• [Critique] Valley of Love

    [Critique] Valley of Love

    On trouve quelques curiosités lors du Festival de Cannes. L'édition 2015 n'a pas dérogé à cette règle. Que ce soit Tale of Tales de l'italien Matteo Garrone ou The Lobster du grec Yorgos Lanthimos, la Croisette a encore vu défiler quelques OFNIs. Parmi eux, le discret mais intriguant Valley of Love de Guillaume Nicloux. Réalisateur fantasque à qui l'on doit L'Enlèvement de Michel Houellebecq, Nicloux recrute deux acteurs français, Isabelle Hupert et le revenant Gérard Depardieu, et les emmène dans la Vallée de la Mort aux Etats-Unis. Malgré un certain désamour des festivaliers, le long-métrage intrigue. 

    Au milieu des paysages désertiques américains, on retrouve Isabelle et Gérard - les personnages portant les mêmes noms que les acteurs  - qui se retrouvent dans la Vallée de la Mort pour honorer le dernier souhait de leur fils. Celui-ci s'est en effet suicidé 6 mois auparavant et leur a écrit à chacun une lettre énigmatique au possible où il parle à cœur ouvert à ses parents avant de leur donner rendez-vous à une date précise. Ils doivent en outre se conformer à un itinéraire précis durant une semaine. Si Isabelle veut croire que son fils viendra les revoir une dernière fois envers et contre tout, Gérard lui n'a rien d'un homme spirituel. Forcément, les retrouvailles de ces deux-là vont faire des étincelles. Simple façon de faire le deuil ou réelle dernière chance de revoir leur défunt fils ?

    Film tout à fait singulier, Valley of Love repose intégralement sur ses deux acteurs. Evidemment, on n'oublie pas les superbes panoramas offerts par la Vallée de la Mort ainsi qu'un certain talent de Nicloux pour capturer l'intimité du couple, mais ce sont les prestations de Gérard Depardieu et d'Isabelle Hupert qui font tout. Du fait, et malgré un démarrage poussif, le récit est avant tout l’occasion de retrouver deux immenses légendes du cinéma français. Impeccable de bout en bout, la relation nostalgique qui s'installe progressivement entre les eux marche d'ailleurs très bien. Mais c'est surtout le deuil qui les rapproche donnant à ce couple improbable une saveur toute particulière.

    Lent et intimiste au possible, Valley of Love parle du deuil, forcément. Nicloux confronte la blessure profonde du couple à ces lettres-fleuve écrites par leur fils. Dans ces instants où tout passe par l'écrit et le visage torturé des acteurs, Valley of Love arrive à toucher de belle façon le spectateur. Il devient alors un film relativement dur et bouleversant sur la douleur de parents confrontés à l'impensable : la perte de leur enfant. Derrière les mots de Michael, on ressent également beaucoup de non-dits, de reproches et de cicatrices à peine refermées. Valley of Love n'est jamais aussi bon que lorsqu'il s'intéresse à cette sourde douleur et aux sentiments explosifs qu'elle engendre. Seulement voilà, Nicloux choisit étrangement de faire un film avec des acteurs pris au piège de leurs rôles. Plus que des doubles cinématographiques, les deux personnages portent le même nom que ceux qui sont censés les incarner à l'écran, exercent le même métier qu'eux dans la vie réelle. Pis encore, bien des éléments renvoient au passé de Gérard Depardieu, notamment la perte d'un fils qui n'appréciait guère son père. Ainsi, et sans vraiment savoir si cela dessert le récit ou non, difficile d'oublier qui se trouve devant nous. On gardera en mémoire quelques traits d'humour bien sentis et une certaine autodérision bienvenue de la part de Gérard Depardieu notamment. 

    En fait, Valley of Love semble hésiter constamment. D'une part entre choisir un abord totalement fictif ou faire une pseudo-biographie de ses deux acteurs, d'autre part entre l'approche fantastique ou réaliste. Même s'il devient clair que le film glisse doucement vers le fantastique, notamment avec cette fin un tantinet abrupte, il ne sait pas vraiment prendre les choses à bras le corps. Le métrage se retrouve à courir après une certaine identité à l'image de Gérard dans ce défilé à la fin du film. Michael est-il un fantôme ? Les personnages souffrent-ils d'une sorte d'hystérie ? Nicloux a bien du mal à trancher. Par son choix de ne rien montrer à part des stigmates douteux, le réalisateur nous laisse dans le flou, seul juge de ce qui est réel ou ne l'est pas. Ainsi, Valley of Love reste brumeux jusqu'à la dernière minute mais toujours avec cette sympathie étonnante vis-à-vis de ses deux personnages. Littéralement sauvé par ses acteurs et l'émotion parfois poignante de son histoire, le long-métrage aurait cependant pu viser bien plus haut.

    Hésitation fantastique par excellence, Valley of Love ne sait pas bien comment se positionner. Nicloux tâtonne, fait courir ses personnages derrière autant de chimères et oublie parfois le spectateur en route. Tentative méta ou non, le long-métrage vaut bien plus pour son message touchant sur le deuil et pour ses personnages en niveaux de gris que pour le reste de son récit parfois bien brumeux. 
    A réserver aux amateurs.

     

    Note : 6/10

    Meilleure scène : Isabelle et Gérard discutant au sommet d'une falaise

     

     

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