• [Critique] Vice-Versa

    [Critique] Vice-Versa

    Il fut un temps où Pixar régnait sur l'animation. Un temps où des pépites telles que Wall-E, Ratatouille ou Toy Story n'avaient aucun rival. Malheureusement, les années ont passé et le talent de Pixar semblait se flétrir toujours davantage. Pire que tout, le studio à la lampe s'était abaissé à se reposer sur des suites telles que le faiblard Monstres Academy ou le navrant Cars 2. Même les productions originales restaient en retrait (Rebelle...) donnant l'avantage à Dreamworks et son magnifique Dragons, pour ne citer que lui. Pixar se devait de réagir. C'est à Pete Docter, le père du plus beau Pixar jamais réalisé (Monsters et Cie), que la firme a confié cette tâche. Ainsi est né Vice-Versa (Inside Out en VO) qui fut présenté au Festival de Cannes cette année. Son sujet atypique et son réalisateur génial ont-ils réussi à convaincre la Croisette ? Pourront-ils enfin remettre Pixar sur les rails ?

    Pour ce nouveau long-métrage, Pete Docter nous présente Riley, une petite fille qui vient tout juste de naître. Comme tout être humain, Riley possède des émotions. Imaginez un instant que celles-ci soient en fait de petits personnages se disputant le panneau de contrôle installé dans votre tête. Ainsi, vous rencontreriez Joie, Tristesse, Dégoût, Colère et Peur, les cinq chefs d'orchestre de ce petit être fabuleux que représente Riley aux yeux de ses parents. Seulement, dans l'antre des souvenirs, les choses changent à toute allure. Riley grandit et doit bientôt faire face à une épreuve à laquelle elle ne s'attendait pas : déménager. Joie tente alors tout ce qui est possible pour rétablir un semblant d'ordre dans le monde fragile et turbulent du quartier cérébral central. L'enfance touche à sa fin, Riley va devoir s'adapter.


    On l'attendait ce Pixar et, pour tout dire, on le redoutait énormément. Dès les premiers instants pourtant, Pete Docter laisse éclater son talent. Avec douceur et tendresse, il introduit Riley puis ses émotions, de la pétillante Joie à l'impayable Tristesse. On craignait que la présence de cinq émotions aussi basiques soit quelque peu limitée, mais il n'en est rien. La raison est simple : Vice-Versa regorge d'idées. En une heure et demie, Pete Docter nous refait le coup de Monstres et Cie. Il façonne un univers d'une richesse immense et surtout, il arrive à conjuguer le niveau de lecture enfantin et le registre adulte. Ainsi, chacun trouve ce qu'il est venu chercher au cinéma. Si les enfants riront aux éclats avec les incessantes chamailleries entre les émotions, les adultes verront bien plus que des gags bas de gamme. On trouve dans Vice-Versa tout ce qui a fait le succès des précédents Pixar.

    Dès lors, les moments succulents s'accumulent à une vitesse incroyable. Pete Docter fait tourner à plein régime son moteur à métaphores et arrive à retranscrire des concepts totalement farfelus, comme le monde imaginaire ou la mémoire à long terme. Le sommet de ce génie pictural est atteint avec le passage dans l'entrepôt de l'abstraction, un délice d'inventivité et d'intelligence. L'américain parvient à faire passer des concepts ardus pour des enfants avec une facilité déconcertante. Mieux encore, il le fait avec une telle intelligence qu'il régale les adultes. A aucun moment Docter ne prend son public pour des idiots. Il tente constamment de surprendre, jongle avec les différents registres, exploite à fond ses personnages. Les cinq émotions auront ainsi chacune leurs moments de gloire et leurs running-gags. L'humour, forcément très présent, renoue avec la grande qualité d'un Monstres et Cie (comme par hasard...), arrivant tout à la fois à tirer des éclats de rire au spectateur et à le préparer à des moments de pure émotion.

    Si le film tourne entièrement autour de l'émotivité et de ce qui définit un être humain, ce n'est pas pour rien. Pete Docter s'emploie à marier une aventure passionnante avec un message magnifique sur la fin de l'enfance. Dans un instant de grâce totale, il détruit les vestiges du passé pour s'élancer vers les sommets du futur, laissant derrière la beauté d'un monde déjà oublié. A ce titre, le personnage de Bing Bong reste la plus belle surprise du long-métrage, mais on vous laisse le plaisir. Vice Versa ne se borne pourtant pas à ces intenses moments de créativité. Non, Pete Docter s'intéresse aussi à l'autre et n'hésite pas à plonger dans la tête des personnages secondaires, accouchant ainsi de moments purement hilarants et bien plus intelligents qu'il n'y parait de prime abord. A ce titre, la séquence du repas reste mémorable. D'autres instants le seront également, mais finalement, c'est la capacité de Pete Docter à poser un regard rempli de poésie sur ce que l'on pourrait considérer comme ordinaire qui hisse le film encore un cran au-dessus. En magicien, il transforme un banal déménagement en une métaphore sur le passage vers l'âge adulte. Comme pour Monstres et Cie, l'américain tire des larmes d'une petite fille l'élément le plus humain qui soit : l'amour.

    On pourrait encore parler longtemps de Vice-Versa, notamment de ses cinq troublions émotionnels, mais on se contentera d'en retenir deux, les principaux au fond : Tristesse et Joie. Ces deux émotions aux antipodes l'une de l'autre sont utilisées par Docter avec une malice surprenante. En les dosant proprement, le réalisateur arrive à raconter en filigrane ce qui arrive aux gens dépressifs. Pour un film censé être pour enfants, il s'agit d'un petit exploit. Le rôle de Tristesse, loin d'être inutile, constitue en soi un défi. Celui d'expliquer que sans tristesse, la joie ne peut jamais vraiment être appréciée, et que même de la plus profonde tristesse peut naître la joie la plus improbable. C'est ce genre de petites subtilité (avec une myriade d'autres, comme le moment où le train de la pensée s'évapore, ou l'émotion dominante propre à chacun) qui font de Vice Versa un plaisir constant pour le spectateur. Rajoutez des scènes de générique à mourir de rire (le chat !) et vous obtenez le meilleur film d'animation de cette année et simplement un des meilleurs Pixar.

    Le studio à la lampe peut remercier Pete Docter. Le père de Monstres et Cie et Là-Haut ressuscite Pixar en un seul long-métrage. Vice-Versa est bien le feu d'artifice émotionnel tant attendu, regorgeant de créativité et d'intelligence, traversé par une foule de personnages succulents.
    A consommer sans aucune modération ! 


    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Le repas de famille

    Meilleure réplique : "Fille ! Fille ! Fille !"

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 15 Juin 2015 à 23:46
    Dionysos89

    Complètement d'accord : on retrouve un film d'animation enfantin avec plein de messages adultes et tellement de bonnes idées (trop d'un coup quand on arrive dans le "Monde l'Imaginaire", certes) ! :)

    2
    Mardi 16 Juin 2015 à 00:10

    L'académie des nounours ^^

    3
    Dimanche 21 Juin 2015 à 08:19

    Vu hier soir avec les enfants. J'ai vraiment passé un chouette moment. 

    Ma meilleure scène reste celle de Joie qui découvre ce que Tristesse a apporté à Riley quand elle a perdu un marche de Hockey. 

    Très chouette Pixar.

    Par contre, j'ai été moins fan du court métrage avec Lava. 

    4
    Vendredi 28 Août 2015 à 22:03

    Mouaiiiis... J'ai malheureusement l'impression que le film est surestimé. La faiblesse? Les 20 premières minutes sont une promesse sur les interactions des émotions entre elles, jusqu'à la scène du dîner. Puis, on bascule sur l'Aventure Intérieure, une exploration des zones du cerveau. Problème: on comprend trop tard qu'il ne s'agit pas d'un interlude mais de l'essentiel du film. On reste donc sur sa faim: la "promesse" des 20 premières minutes n'est pas tenue, on n'y revient jamais.

    Oui, c'est vrai, plein d'idées dans les zones du cerveau. Mais c'est l'Aventure Intérieure, on va faire le tour des organes, hein, parce qu'il faut ne rien oublier. Donc prétextes bien faibles pour, par exemple, passer par l'inconscient. On finit par se lasser.

    Le scénariste se rend compte du piège et introduit un personnage secondaire (Ding Dong) qui est tellement décalé par rapport aux émotions qu'il en devient une verrue, un pénible qui se tape l'incruste dans le film. Le voir disparaître est un soulagement.

    Malgré les idées ici ou là, comme l'effondrement des "îles" pour la fin de l'enfance, la fugue de l'héroïne etc., c'est un film de la main gauche (comme disait Truffaut). Une curiosité dans la production Pixar, mais pas l'essentiel du corpus.

     

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