• [Critique] Virunga

    [Critique] Virunga
    Nommé Oscar du Meilleur Documentaire 2015

    Après le remarquable Act of Killing de Joshua Oppenheimer, c'est un autre documentaire formidable qui s'est vu boudé aux Oscars cette année. Éclipsé par le très politique CitizenFour, Virunga n'en reste pas moins une oeuvre incontournable ces derniers temps dans les festivals. Réalisé par le britannique Orlando von Einsiedel, le documentaire a connu un essor rapide dès après sa reprise par Netflix qui en a même fait un argument de vente majeur en France. Malgré son échec au Theatre Dolby, Virunga a en quelque sorte déjà gagné puisqu'il a le mérite d'attirer l'attention sur des événements cruciaux se déroulant au Congo, dans le parc éponyme. Plus qu'un plaidoyer écologiste, le documentaire s'affirme comme une enquête à charge au contenu révoltant. 

    Après une courte mais informative séquence d'introduction brassant documents d'époque et jalons historiques du Congo, Virunga nous entraîne sur la trace des gardes d'un des plus grands parcs du pays, le fameux parc Virunga. Von Einsiedel nous fait découvrir la vie des rangers qui luttent, envers et contre tous, pour préserver ce sanctuaire extraordinaire. A leur tête, Emmanuel de Merode, un belge de la famille royale, directeur du parc et dernier rempart incorruptible contre le mal qui se répand dans tout l'est du Congo. Pourtant, il ne serait pas grand-chose sans le courage insensé de ses hommes dont quelques-uns sont également mis en avant, tel que Andre Bauma, à la fois ranger de Virunga et principal gardien du centre d’accueil des gorilles orphelins. Tous ces hommes décident, avec la complicité d'une journaliste indépendante française, Mélanie Gouby, de dénoncer le funeste destin qui semble étendre son ombre sur leur parc.

    Virunga, une des plus grandes réserves naturelles du Congo, est en danger. En grand danger. Au lieu de nous livrer une simple vision des derniers gorilles des montagnes, Orlando von Eisendel les inclut dans un combat bien plus vaste, celui d'un pays entier par le prisme d'un parc naturel qui cristallise l'âme et l'avenir de ce fier pays. L'entreprise s'avère bien plus forte qu'escomptée de prime abord et explique l'immense bourbier politico-économico-militaire où se retrouvent piégés les villageois et le parc. D'un côté un gouvernement corrompu, de l'autre des rebelles qui ne rêvent que de conquête et d'argent. Dans l'ombre pourtant, se trouve une multinationale pétrolière britannique, SOCO, qui joue au diable avec les différents partis pour un seul et unique but : l'argent de l'or noir. Virunga devient alors une enquête policière et une véritable charge contre l'horreur de l'exploitation par les blancs du continent africain, encore et toujours.

    Mélanie Gouby n'hésite pas au cours de ce documentaire à donner de sa personne en se mettant clairement en danger. Son courage et sa force permettent pourtant à Virunga de révéler la corruption, le racisme le plus primaire et la haine la plus barbare. On découvre alors de véritables ordures (aucun autre qualificatif ne peut convenir) comme le français Julien Lechenault, parangon du blanc condescendant, raciste au dernier degré et dont la cupidité n'a d'égale que l'immoralité. Virunga va bien plus loin que son postulat de départ ne le laissait penser et met en lumière l'horreur qui se joue avec la complicité des Occidentaux. L'intelligence de la démonstration permet de se rendre compte de la totale inhumanité qui règne dans cette partie du monde, broyant hommes, femmes, enfants... et animaux. Parce que même si Virunga se fait brûlot politique, il n'oublie pas, au milieu de tout ça, les merveilles naturelles qui tentent de survivre dans la folie des hommes.

    Von Einsiedel filme avec parcimonie mais toujours en replaçant judicieusement ses scènes, les derniers gorilles des brumes. On les découvre principalement dans le centre d’accueil pour quatre orphelins victimes du braconnage. En quelques instants, les gorilles et leur gardien, Andre Bauma, deviennent à nos yeux une vraie famille. On retrouve dans leurs relations si particulières plus d'humanité que dans une très grande partie du film. Les gorilles jouent, cajolent, émerveillent. Ils sont les vrais joyaux du pays, bien plus importants que tous les monceaux de minerai et de pétrole du sous-sol congolais. En y ajoutant la sidérante beauté du parc Virunga ainsi que les touchantes images des gorilles dans leur habitat sauvage, le documentaire devient poignant. Il prouve avec une facilité étonnante que la beauté se trouve bel et bien sous les yeux des hommes.

    Même si Virunga reste un documentaire, il arrive à monter en puissance tout du long pour culminer dans la terrible attaque de fin où le spectateur tremble avec les rangers. Reste alors à entendre les paroles de Mélanie Gouby, de ne pas oublier le documentaire sitôt celui-ci terminé. L'implication des différents intervenants, de Emmanuel de Merode à Mélanie Gouby, en passant par Rodrigue Katembo, donne une immense portée à Virunga. Dès lors, impossible de comprendre l'échec aux Oscars, tant Virunga semble relever de l'essentiel. Espérons simplement que l'engouement populaire portera le documentaire sur le devant de la scène, il le mérite amplement.

    Au-delà d'une simple description d'un parc sublime, Virunga dénonce avec force SOCO et ses sbires, la corruption, le racisme et tout simplement la nocivité de l'argent. Orlando von Eisendel nous offre quelque chose d'essentiel et d'intime, qui touche, qui révolte, bref qui ne laisse personne indemne. Un documentaire brillant.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : Andre Bauma avec les gorilles.

    We will not go 

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