• [Critique] Winter is coming

    [Critique] Winter is coming

     Pierre Jourde, pour ceux qui ne le connaisse pas encore, est certainement l'un des meilleurs écrivains et critiques français existant. Il a marqué l'univers littéraire avec son génial Festins Secrets ou sa charge sans concession La Littérature sans estomac. Il tient également un blog culturel et politique que l'on ne peut que vous recommander chaudement. Pourtant ce n'est ni avec un de ses essais ni avec un nouveau roman qu'il nous revient mais avec un témoignage. 
    En 2013, Pierre Jourde apprend que l'un de ses trois fils, Gabriel, est atteint d'un cancer génétique du rein (2 cas en France). Gabriel a alors 19 ans, sa carrière musicale commence à décoller, on le surnomme Kid Atlaas. Un an plus tard, Gazou n'est plus qu'une ombre. Le 17 mai 2017, il décède dans une chambre d’hôpital.
    Winter is coming est le témoignage de Pierre Jourde sur la dernière année de vie de son fils. C'est aussi le titre d'une des musiques de Kid Atlaas. Parce que l'hiver vient, il finit toujours par venir.

    Il est difficile de parler de Winter is coming, d'autant plus difficile quand on connait ce décor d'hôpital dont parle, forcément, Pierre dans son récit. En 157 pages, Jourde raconte sans pudeur et avec sa verve habituelle, son caractère sanguin qu'on lui connaît, la fin de son fils. Gabriel n'avait que 20 ans, il avait l'avenir devant lui, le talent, la beauté, la gentillesse. 
    Il faut tenir. Pendant la lecture, il faut tenir. La plume impeccable de Pierre Jourde se confond avec l'émotion du père, avec sa rage, son sentiment d'injustice. On traverse ses peines, ses espoirs fous, ses coups de colères. L'auteur français ne cache rien, il dit tout, tout ce qu'un papa qui voit son fils s'éteindre peut ressentir.

    Du coup, la lecture de Winter is coming est une épreuve, une vraie. Les trente dernières pages sont quasiment insupportables. Parce qu'il y a l'émotion de Jourde qui éclabousse tout, et puis la colère omniprésente. L'auteur ne cherche pas à la cacher ou à la réécrire. Il déteste ce monde médical qui le fait attendre, qui ne sait pas comment être empathique ou comment être franc. Parce qu'après tout, les médecins, les internes sont des humains, aussi faibles que les autres. Ça, monsieur Jourde, je peux vous l'assurez. Mais je comprends.
    Alors que je tourne les pages, que je suis le calvaire de Gabriel, je comprends la colère, l'amertume et la tristesse. Ce que je ne peux pas comprendre totalement par contre, c'est ce que cela brise en nous, de perdre un fils. Car je ne suis pas père. Heureusement, vous avez la plume, les mots, le talent pour qu'on approche cette sensation que personne ne devrait avoir à ressentir.

    Et voilà, j'ai glissé. Je parle à la première personne mais comment ne pas le faire ? J'ai lu en deux heures l'ouvrage de Pïerre Jourde. J'ai ressenti sa peine, son envie d'être digne et de se foutre de la dignité. J'ai aimé cette sincérité crue, nue. J'ai aimé tout cela et je l'ai détesté. Parce que c’est cruel en diable. D'entendre les souvenirs d'enfance, les petites gloires et les grandes défaites, c'est cruel de suivre la fin de Kid Atlaas qui portait le monde de Pierre Jourde sur son dos. Winter is coming, c'est un monde qui s'écroule. Le monde d'un papa qui n'a pas dit assez de choses à son fils. 

    Mais c'est autre chose, quelque chose d'essentiel. Un exercice cathartique, une déclaration d'amour posthume. Au fond, entre la colère, la tristesse, l'amertume, les fausses joies et les épreuves, il y a l'amour de Pierre Jourde qui inonde les pages et inonde les yeux. J'ai pleuré sans discontinuer pendant les dernières pages. Parce que c'est trop fort, c’est trop dur et, en même temps, c’est nécessaire. Pour dire au revoir à Gabriel, Pierre Jourde lui écrit un livre. Pour tous les parents qui s'en veulent et qui pensent avec regrets à ce qu'ils auraient pu faire de plus ou de moins, Winter is coming prouve qu'ils ne sont pas seuls. Tous nous réagissons ainsi face à la mort. Avec des variations, mais avec une sincérité qu'on ne peut masquer. Livre de colère, livre d'amour, livre de larmes.

    Winter is coming est un livre difficile. Tellement difficile.
    Mais c'est aussi indispensable. Sincère jusqu'au bout, vivant jusqu'à la fin des fins, le témoignage de Pierre Jourde est un adieu de 180 pages qui dit la douleur, la rage et l'amour. C'est beau autant que cruel. 
    Au revoir, Gabriel.
    L'hiver est venu.

    Pas de note pour cet ouvrage. Impossible de noter un livre comme ça...

     

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