• [Critique] Zombie (Dawn of The Dead)

    [Critique] Zombie (Dawn of The Dead)

     Après son succès critique et public, La nuit des morts-vivants a entraîné un engouement peu commun. George A.Romero attendra pourtant près de dix ans avant de revenir à cet univers. Après des long-métrages plus confidentiels (La nuit des fous-vivants, Martin...), l'américain s'assure son indépendance vis-à-vis des majors pour réaliser Dawn of the Dead. Rebaptisé Zombie en France, le film bénéficie des soins d'un certain Dario Argento qui monte la version européenne. Interdit pendant des années en raison de sa violence et d'une certaine orientation malsaine, Zombie suscite pourtant l'admiration d'une franche restreinte de critiques spécialisés. Rapidement, grâce à sa dimension politico-sociale, le film acquiert une aura culte qui persistera tant et si bien que même ceux qui l'avaient descendu à sa sortie viendront louer sa qualité lors de la parution du remake de Zack Snyder en 2004. Près de vingt-sept ans plus tard, qu'en reste-t-il ?

     Tout comme pour son illustre aîné, Zombie s'appuie sur un pitch simpliste. Reprenant la suite de La nuit des morts-vivants (ou pas tout à fait puisque le récit s'apparente à une sorte de reboot), Romero nous expose la survie d'un groupe de survivants hétéroclites (journalistes, flics...) dans un centre commercial. Dans ce volet, pas d'installation de l'univers, les morts-vivants sont présents dès le départ, pire encore, la planète croule sous leurs assauts et l'épidémie semble impossible à enrayer. Du fait, là où La nuit des morts-vivants pouvait se concevoir comme une épopée horrifique transitoire, Zombie joue la carte de l'apocalypse. Pour incarner ses survivants, Romero choisit deux journalistes, Stephen et Francis, ainsi que deux flics, Peter et Roger. Une nouvelle fois l'américain ose reposer son récit sur les épaules d'un héros noir, clin d’œil au précédent opus et marque claire de contestation.

     L'énorme souci avec Zombie, c'est que le film a terriblement mal vieilli. En premier lieu, ses effets spéciaux, déjà relativement faibles à l'époque, et ses effets gores qui, s'ils ont pu impressionner en 78, donnent surtout un côté cartoon au film. Cette énorme lacune se ressent tout particulièrement durant toute la deuxième partie du film, lorsque les survivants investissent le centre commercial et le nettoie des morts-vivants. Aucune crédibilité et surtout, aucun frisson. La lenteur des zombies faisant d'eux des adversaires tout sauf dangereux, conduisant Romero à multiplier les maladresses de ses protagonistes pour apporter un tant soit peu de suspense. En fait, on peut grossièrement scinder le long-métrage en trois parties : la présentation des personnes et de la fin du monde, la prise de contrôle du centre commercial et l'attaque des bikers. Si, comme nous venons de le voir, la seconde partie s'avère longue et pénible, accumulant les fautes de goûts et les artifices pour rallonger la sauce, il n'en va heureusement pas de même pour les deux autres;

     La première partie s'échine à poser les bases d'un monde mourant. Romero retrouve immédiatement tout son talent pour la critique sociale et flingue le monde des médias d'emblée en exposant un plateau de télévision plus digne d'une jungle que d'autre chose. Une nouvelle fois, le cinéaste montre l'envers du petit écran et comment celui-ci s'avère tout sauf flatteur pour les journalistes l'animant. Il profite également de cette partie pour présenter les deux flics lors d'un raid dans une barre d'immeuble envahi de morts-vivants. Le pétage de plomb d'un des flics traduisant encore une fois l'aversion de Romero pour la répression aveugle et la ségrégation raciale (il n'y a que des noirs ou des hispaniques dans l'immeuble). Toutes ces bonnes choses ont pourtant du mal à faire oublier la longue arrivée au centre commercial où Romero tente maladroitement de débuter un discours critique sur le consumérisme se noyant un tantinet dans la longueur de l'affrontement avec les zombies.

     Pourtant, sur ce point précis, Zombie fait preuve d'un génie indéniable. Roméro compare les zombies errant sans but dans le centre commercial aux consommateurs américains lambda, aussi décérébrés que des morts et vagabondant à la recherche d'un produit ou, plus certainement, d'un but qu'ils peinent à atteindre. De l'autre côté, les survivants (les policiers en réalité) apparaissent comme des êtres humains tout à fait triviaux, leur première préoccupation étant d'aller piller des magasins... Même face à l'enfer, l'attraction de l'argent et la possession matérielle semblent primer. C'est finalement ce sous-texte politico-social qui sauve le film dans sa dernière partie, à la fois plus rythmée sur le plan de l'action mais également plus incisive politiquement parlant. L'arrivée des bikers dans le centre permet à Romero d’enfoncer le clou en retournant la première opinion du spectateur...les monstres ne sont peut-être pas ces morts-vivants qui errent entre les rayons, mais peut-être bien les hommes eux-mêmes.

     Pour cela, Romero filme une longue et violente séquence où un gang de bikers casse tout et prend un plaisir malsain à dégommer du zombie. La violence et l'humiliation (l'entartage pour ne citer que lui) conduisent au final le spectateur à changer son regard. C'est le premier acte dans la saga destiné à humaniser les morts. Une étape fondamentale que l'on retrouvera dans les opus suivants. La fin renoue également avec une certaine tradition gore, Zombie présentant quelques belles scènes de carnage lorsque les humains se retrouvent piéger par une masse inquiétante de morts-vivants. La désormais traditionnelle séquence de festin d'intestins ponctuera avec bonheur cette partie avant une fin assez attendue mais avec un arrière-goût pessimiste appréciable.

     Très certainement surévalué en son temps, Zombie a du mal à s'extirper du statut de série B lambda pour s'accaparer celui du film plus malin qu'il n'en a l'air. Malgré un gros ventre mou et des effets spéciaux qui accusent leur âge, ce second volet de la saga des zombies installe durablement George A.Romero en tant que réalisateur culte.
    Un classique en somme mais pas un le chef d'oeuvre annoncé.


    Note : 6/10

    Meilleure scène : L'attaque des bikers

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