• Fievel et le Nouveau Monde

    Fievel et le Nouveau Monde


    Malgré un succès critique notable, Brisby et le secret de NIMH n’a pas rencontré le même succès public en salles. Pourtant, c’est bien un grand monsieur du cinéma américain qui va tomber sous le charme du cinéma de Don Bluth. Steven Spielberg ne va d’ailleurs pas se contenter d’aimer le travail de son compatriote mais également le soutenir et le financer. De cette collaboration, Don Bluth va tirer un second long-métrage de 76 minutes : An American Tail (plus connu en France sous le titre Fievel et le nouveau monde). Contrairement à Brisby, celui-ci tente une approche plus grand public tout en essayant de conserver la patte Bluth. Cette fois, le dessin animé fait un carton en salles et permet à son réalisateur de gagner en notoriété ainsi que d’ouvrir la voie à ses prochaines œuvres.

    Nous sommes en 1885 dans la Mère Russie. La famille Mousekewitz s’apprête à célébrer Hanoucca. Malheureusement, les cosaques et leurs chats viennent ruiner et incendier le village en pleine nuit. Contraint de s’enfuir, Fievel et sa famille décident d’émigrer en Amérique, cette terre qu’on prétend dépourvue de félins et les rues pavées de fromage. Alors qu’une tempête éclate pendant la traversée, Fievel se retrouve propulsé par-dessus bord et séparé de ses parents. Arrivé à New-York, il va tout tenter pour les retrouver et survivre aux innombrables périls qui le guettent dans le Nouveau Monde.

    Fievel ne déroge pas à l’ambition de Bluth de donner un fond adulte à ses dessins animés. Après les expérimentations animales dans Brisby, c’est l’exode des juifs russes pourchassés par les cosaques qui fait office d’arrière-plan à l’histoire du jeune Fievel. Ainsi, dans une séquence crépusculaire et sauvage, on assiste à la destruction du village par les chats, personnification animale des cosaques. Commence alors le périple de la famille, de l’embarquement à Hambourg à l’arrivée en Amérique en passant par le chaotique voyage maritime.  Ici encore, Bluth s’efforce de décrire de façon réaliste les conditions exécrables de l’exil mais aussi les dégradations subies par les immigrants à leur arrivée. Changement de noms pour s’américaniser, entourloupes et escroqueries dès le débarcadère, l’image du rêve américain s’effrite rapidement aux yeux de Fievel. Rapidement le réalisateur nous emmène dans un centre d’esclavage de souris puis en compagnie des orphelins des rues. Loin de l’image reluisante que s’en faisait les colons, la terre promise perd de son lustre. De même, les classes sociales n’évoluent pas, les souris riches sont au-dessus des souris pauvres qui n’ont guère les moyens de s’élever. Avec humour mais aussi beaucoup d’intelligence, Bluth se moque du système électoraliste américain et de l’impunité dont pensent jouir les riches.

    Pourtant, Fievel ne va pas jusqu’au bout, comme Brisby avait pu le faire. Les personnages sont cette fois plus conventionnels et on trouve même un compagnon à Fievel qui tombe éperdument amoureux d’une jeune et belle souris. De même, là où son premier long-métrage comptait une unique musique, Fievel en rassemble plusieurs et fait chanter ses personnages comme dans les Disney. Les chansons sont certes assez réussies mais on perd en originalité. Comme pour Brisby, on retrouve un personnage annexe drôle et au grand cœur avec le chat Tiger. En fait, dans un certain sens, on ressent toute l’influence de Spielberg et la volonté de rendre le métrage plus accessible malgré son thème de fond.  Il est à noter également que l’on retrouve certaines bases qui seront exploitées dans All dogs go to heaven, le quatrième dessin animé de Bluth. La chanson Somewhere Out There et les plans sur Fievel qui contemple la ville de haut rappellent furieusement Anne-Marie chantant pour ses parents. D’un autre côté, Fievel évolue dans la rue au milieu de gangsters et de paria, ce qui sera le background essentiel de Charlie, sans parler de Tiger et sa façon de chanter qui ne ressemble à s’y méprendre au crocodile que rencontre Charlie. D’une certaine façon, Fievel préfigure ce qui sera le plus beau dessin animé de Bluth.

    En jouant un petit numéro d’équilibriste, Fievel et le Nouveau Monde se fait plus accessible et davantage dans l’air du temps sans totalement renier les influences de son réalisateur. Certainement moins abouti que son prédécesseur, et dans une certaine mesure moins sombre, Fievel n’en reste pas moins un très joli dessin-animé qui ne dépare pas dans la filmographie de Don Bluth. Notons d’ailleurs que comme pour le Petit Dinosaure, le métrage aura un tel succès qu’il engendrera des suites, qui n’ont, malheureusement, rien à voir avec Bluth.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : « Never say never » avec la mouette française


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 31 Juillet 2014 à 16:27

    Il ne faut jamais dire jamais ! Haha, merci pour la madeleine. Qu'est-ce que j'ai pu le regarder quand j'étais gamine ce DA.

    2
    Jeudi 31 Juillet 2014 à 16:41

    Pareil mais j'étais plus accroc encore du petit Dinosaure et de Charlie, les prochains sur ma liste de critiques. Là j'ai revisionné déjà Le Petit dinosaure (le titre VO étant tellement plus beau) et c'est toujours un pincement au coeur avec cette superbe musique !

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