• [Interview] Catherine Dufour - Utopiales 2016

    [Interview] Catherine Dufour - Utopiales 2016

    Interview effectuée dans le cadre des Utopiales de Nantes 2016. Tous mes remerciements à la truculente Catherine Dufour et à l'aide des organisateurs du Festival.

    Critique du Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses
    Critique d'Outrage et Rébellion


    Comme Catherine est un mauvais sujet notoire, elle a laissé son portable ouvert durant l'interview. Excusez donc de la gêne en début d'enregistrement !

    Bonjour, Catherine Dufour.
    J’ai entendu qu’il y a certaines personnes qui ne vous connaissent pas encore en France…Donc, vous pouvez réparer cette lacune, cette injustice pour eux ?

    Donc je me présente, je m’appelle Catherine Dufour. J’ai cinquante ans cette année. Dans le civil, je suis informaticienne. J’ai une activité annexe qui consiste à écrire des chroniques pour Le Monde Diplomatique et puis je suis écrivain aussi…par vocation. J’ai commencé par écrire de la fantasy un peu imitée de Terry Pratchett, j’ai écrit une série de quatre livres, c’est une série qui s’appelait Quand les Dieux buvaient. Terry Pratchett pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un auteur britannique avec un humour pince sans-rire qui me fait hurler de rire. Il a écrit la saga du Disque-Monde, il avait entre trente et quarante ans, pour ceux qui connaissent pas Pratchett, c’est dans la filiation des Monty Pythons, Sacré Graal et tout ça. Après ces livres de fantasy, j’ai écrit des livres de science-fiction pour qu’on me prenne au sérieux, j’ai eu plein de prix grâce au Goût de L’immortalité, j’ai écrit une suite qui s’appelle Outrage et Rébellion et après je suis entrée comme auteure chez Fayard où là j’ai sorti plutôt des guides pratiques. Le premier c’est L’Histoire de France pour ceux qui n’aiment pas ça, comme son nom l’indique, et le second c’est le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses, là aussi c’est un petit peu comme son nom l’indique, j’ai écrit ça pour pallier au manque de modèles professionnels pour les filles jeunes et moins jeunes. Et j’ai aussi écrit la Vie sexuelle de Lorenzaccio, ça c’est pour les gens qui aiment bien Musset, c’est une étude un peu drolatique de la pièce. Voilà.


    [Interview] Catherine Dufour - Utopiales 2016Vous avez commencé par de la fantasy bourrée d’humour, pourquoi commencer justement par de l’humour ?

    Parce que moi j’ai commencé par écrire comme beaucoup d’écrivains, c’est le cas aussi pour les dessinateurs, j’ai commencé à écrire dès que j’ai pu. J’ai appris à lire toute seule. J’ai commencé à écrire à 7 ans. Et j’ai écrit en roue libre comme ça jusqu’à 30 ans. Je n'ai pas eu l’utilité de le faire tellement publier parce que bon ça consiste quand même à abattre des arbres pour faire de la pâte à papier. Jusqu’au moment où j’ai découvert Pratchett, et Pratchett m’a fait rire. Et je me suis dit (c’était une époque où j’avais besoin de rire), j’me suis dit que ça ça avait une utilité donc j’ai décidé de faire des livres qui devraient être remboursés par la Sécu, c’est-à-dire des livres qui ont une utilité morale donc des livres drolatiques. Voilà, j’ai commencé par la fantasy humoristique.



    Du coup après, vous faites un virage à 360° (et ça brûle), vous continuez par de la SF, par Le Goût de l’Immortalité, je ne pense pas que c’est vraiment utile de présenter Le Goût de L’Immortalité, et dedans vous dépeignez un futur noir, désespérant, désespéré parfois… Pourquoi faire cet espèce de grand écart ?

    D’abord parce que moi j’ai un fort gout pour la science-fiction, j’ai commencé à lire de la SF depuis très jeune, tout simplement parce que c’était à l’époque une littérature dites « sans qualité », c’est-à-dire sans jugement. Autant on vous dit en littérature générale Balzac c’est bien, Flaubert c’est bien, Sainte-Beuve c’est mal… Donc c’est déjà très balisé. Alors que la science-fiction, c’était de l’époque une littérature où ça arrivait par cargaison et où on devait faire le tri soi-même. Il y avait vraiment des choses géniales et des choses absolument nullissimes, c’est ça qui était agréable, c’était cette liberté de se faire son propre goût et de se faire son propre choix. Donc, j’ai beaucoup aimé ça. J’ai décidé d’écrire un livre de science-fiction, j’avais déjà écrit pas mal de nouvelles de science-fiction qui ont été publié au Bélial sous le titre l’Accroissement mathématiques du Plaisir mais j’avais pas fait de roman de science-fiction. Alors ici même aux Utopiales, quand j’ai eu publié mes livres de fantasy drolatiques, y’a quelqu’un qui m’a dit « Alors quand est-ce que tu nous fais un vrai livre ? » parce que la fantasy est considérée comme…


    Encore pire que la science-fiction !

    Voilà, c’est une espèce de sous-littérature pour filles. Bon. Donc de rage, j’ai écrit un livre spécialisé garçons : c’est-à-dire pas de sentiment, beaucoup de politique, une intrigue très foisonnante et très compliquée pour faire totalement mondialisée à laquelle personne même moi comprend rien mais comme ça ça donne l’impression au lecteur qu’il est face à un écrivain super intelligent qui maîtrise son sujet. J’ai employé quelques ficelles pour que ce livre impressionne le plus grand monde et ça a pas mal marché. C’était vraiment pour me prouver à moi-même que moi aussi je pouvais avoir des prix et écrire ce qu’on appelle un vrai livre, c’est-à-dire un livre un peu triste et sérieux, ça c’est une chose reconnue. En France, l’humour n’a pas bonne presse littéraire, ce qui est pas du tout le cas aux Etats-Unis où Pratchett a été anobli et vendu par containers, c’est comme ça.


    En lisant Le Goût de l’Immortalité, ce n’était pas tant la description sociétale qui m’avait autant impressionné.[Interview] Catherine Dufour - Utopiales 2016
    J’avais beaucoup été attaché par les personnages, par ce côté intimiste que vous lui donné, vous étiez plus attachée à décrire ces personnages que décrire une vraie dystopie même s’il y avait des choses vraiment marquantes de noirceur dedans ?

    Alors, c’est une vraie dystopie mais je me suis pas fatiguée, j’ai juste pris les prévisions avant 30 ans de Green Peace et je les ai projeté à 100-150 ans donc effectivement c’est catastrophique mais enfin on peut espérer que d’ici là l’humanité aura arrêté d’être bête et aura fait quelque chose pour sauver la planète d’une pollution irréversible. Donc, ça on va pas dire que c’était facile mais si on continue comme ça on arrivera probablement au monde que j’ai décrit, c’est-à-dire extrêmement pollué, tout le monde vivant dans des tours faute de pouvoir vivre à l’air libre, etc…
    Par contre, je me suis effectivement attaché à décrire des personnages et c’est très marrant parce que je crois que c’est pour ça que mon livre a plu et je l’avais pas prévu. C’est notamment dans les relations mère-fille. Il y a une héroïne, ou du moins une narratrice, qui a elle-même une mère avec qui elle a des relations mère-fille de l’ordre du désastre et là j’ai tout eu !
    De ce qui m’ont dit « Ah mon Dieu cette pauvre fille écrasée par sa mère jusqu’à sa mort. » jusqu’à « Ah mon dieu cette pauvre mère harcelée par sa fille jusqu’après sa mort » et donc là j’ai vu projeté beaucoup de gens leur propre enfance malheureuse sur ces personnages-là. Je ne l’avais absolument pas calculé du tout. Sachant que moi je m’entends pas mal avec ma mère, j’ai pas tout ce passif et ce pathos.


    C'était non voulu en fait ? Ce n’était pas calculé ?

    Ce n'était pas calculé mais ces relations-là ont parlé à pas mal de gens !


    [Interview] Catherine Dufour - Utopiales 2016Vous finissez ce roman et vous imaginez déjà donner une « suite » ?

    De toute façon moi, j’ai bâti un monde mais c’est un monde qui était déjà pré-bâti dans ma tête parce que quand on lit plein de science-fiction on se fait une vague idée de l’avenir – Chacun a la sienne – et j’avais déjà écrit des nouvelles et notamment Noir et blanc et en silence qui se situe déjà dans ce monde-là et j’ai décidé d’écrire un autre livre de science-fiction mais qui lui soit plutôt rigolo parce que finalement j’aime bien écrire de l’humour, des choses humoristiques. Et surtout j’avais à cœur de rendre hommage à tout un pan de la culture qui à mon avis n’a pas reçu toutes ses lettres de noblesse qui est tout ce qui est musique populaire : le Rock N’Roll, le Punk, la Techno. Moi ça a été une grande partie de ma vie. C’est ce qu’on appelle la fête, c’est là que j’ai la plupart de mes amis même si maintenant on a arrêté de faire des fêtes de trois jours et de se droguer éhontément. J’étais tombé sur un livre qui s’appelle Please Kill Me qui est de Legs McNeil et qui est une anthologie du punk on va dire depuis la Factory d’Andy Warhol jusqu’au Sex Pistols et un peu après. J’ai trouvé ce livre absolument fabuleux et je me suis dis on va faire le même mais dans le futur. J’me suis dis on va faire un roman punk en 2320, et mine de rien ce livre est une utopie, c’est à dire qu’on commence par un monde très pollué et à la fin on a une histoire politique qui fait que l’humanité arrive enfin à quitter cette planète polluée, à habiter ailleurs et à dépolluer sa planète. Mais c’est un livre qui n’a pas reçu un très bon accueil dans le milieu de la science-fiction parce qu’il parlait trop de sexe, des drogues et de Rock N’Roll et pas assez de science-fiction.  Par contre, c’est celui dont on me parle le plus.


    En lisant ce livre, la forme adoptée est surprenante. Une espèce de discours oral de chaque personnage, repris par chaque personnage à chaque fois et qui change de partie en prenant d’autres personnages à chaque fois, pourquoi ?

    C’est intégralement volé à Please Kill Me. C’est plus que par inspiration, j’ai vraiment vécu dans ce livre Please Kill Me que je recommande qui est aux éditions Allia et que je connais absolument par cœur. Les personnages qui parlent là-dedans c’est Lou Reed, c’est Iggy Pop, c’est à hurler de rire. J’ai vraiment repris cette forme dialoguée. Ils sont tous complètement guedins, ça donne des situations que j’ai trouvé très très rigolotes.


    Le Goût de l’immortalité a une pluie de récompenses, on ne va pas toutes les citer, ça vous fait quel effet à ce moment-là et surtout, est-ce que ça a une influence sur votre manière d’écrire par la suite.

    Non, ça fait toujours extrêmement plaisir d’être reconnu. Faut pas non plus trop en attendre parce que sinon dès que vous êtes plus reconnue, vous vous demandez ce qui vous arrive. Heureusement pour moi j’ai été reconnu j’avais 40 ans et j’écrivais depuis l’âge de 7 ans donc j’avais l’habitude d’écrire sans reconnaissance mais ça fait super plaisir d’être reconnue. Ça va vous ouvrir un certain nombre de portes et ça va surtout permettre de discuter avec beaucoup de gens. Je pense que ceux qui ont un jour la chance d’être reconnu dans leur métier quel qu’il soit vous dirons que c’est pas tellement le fait d’avoir les mollets qui enflent qui est intéressant mais c’est plutôt le fait que tout d’un coup ça va vous ouvrir des portes, d’avoir des gens qui se mettent à vous parler, des gens qui ont les mêmes centres d’intérêt que vous et c’est ça qui est intéressant, ça élargit le champ des possibles humains. C’est ça qui est intéressant plus que le reste parce que finalement on reste quand même dans le milieu de la science-fiction, c’est pas un milieu énorme, je me suis pas mise tout un coup à vendre 300.000 exemplaires.


    C’était quand même une bonne réussite en termes de vente ?

    Non, la science-fiction c’est jamais une très grande réussite. Il n’y a qu’Alain Damasio qui ait réussi à vendre 100 ou 130.000 exemplaires. Mais effectivement ça fait plaisir d’avoir la reconnaissance du milieu.


    Donc, après, vous partez pour l’Histoire de France…Pourquoi l’Histoire de France ?[Interview] Catherine Dufour - Utopiales 2016
    Alors il faut savoir que moi ce n’est pas tellement que j’ai décidé d’écrire un livre, c’est le livre qui me tape sur l’épaule en disant « il faut absolument que tu m’écrives ! ». Ça c’est toujours passé comme ça. Là j’arrive peut-être à un âge où je vais pouvoir choisir mais jusque-là tous les livres sont venus me voir, je n’ai pas eu tellement d’intervalle entre les deux. Et l’Histoire de France, ça vient directement de mon fils qui, à 10 ans, m’a dit : « Maman, Napoléon c’est avant ou après Charlemagne ? » et je me suis dit « C’est pas possible ?! ». J’ai décidé de lui écrire un livre et je l’ai écrit en lui racontant au fur et à mesure en corrigeant ce qu’il ne comprenait pas.. Ça a donné l’Histoire de France pour ceux qui n’aime pas ça qui est à la limite au début un peu pour jeunes…Donc j’étais allé voir Flammarion et ça c’est mal passé dans le sens où ils m’ont dit c’est pour un public jeune donc il faut enlever tout ce qui est sexe, tout ce qui est mort, notamment les enfants morts. Alors L’Histoire de France c’est de la politique, si vous enlevez le sexe et la mort, il ne vous reste rien…une phrase…Ça n’a juste pas été possible. Je l’ai donc envoyé chez Fayard parce que c’est un peu mon truc aussi, à chaque fois que je repars comme ça dans une nouvelle direction, j’efface un peu tous mes contacts et je recommence à envoyer mes manuscrits par la poste.

    Ce qui explique le fait que vous ayez été publié par pleins de gens différents.

    Voilà. En fait, là c’est quand même l’autre courant, parce que dans le milieu j’ai été édité par les éditions Nestiveqnen pour la fantasy, et c’est dans ce milieu des littératures l’imaginaire que j’ai rencontré Audrey Petit (NDLR : Mnémos) qui a publié le Goût de l’Immortalité etc… Mais là, pour repartir sur une autre direction qui n’était pas de la littérature de l’imaginaire mais de la littérature blanche mainstream, je me suis dit que ça ne m’était pas utile de me servir de mes contacts dans la littérature de l’imaginaire…C’est plus rigolo de renvoyer ses manuscrits par la poste ! Voir si vraiment ça plait. Donc ça a plu à Fayard et après je suis resté chez Fayard pour le livre suivant, le guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses parce que je suis allé dans une grande surface au moment de Noël et j’ai trouvé un catalogue avec des pages bleus pour les garçons avec des autos, des motos, des boîtes de petits chimistes… Non seulement il y a des métiers, boîtes de petits chimistes par exemple, mais il y a des moyens de visiter le monde – autos, motos tout ça – mais les petites filles non, elles, elles ont le choix entre s’occuper d’enfants, faire le ménage et bien s’habiller pour qu’un homme les choisissent donc j’appelle ça princesse mais en fait c’est prostitutif. Mais surtout, ça se fait au sein d’une maison, elles n’ont pas d’avions roses, de voitures roses ou de motos roses. Donc ça implique non seulement des rôles qui sont extrêmement limités, qui sont limités au nécessaire…bon parce qu’il y a un moment y’a beaucoup de gens qui ont envie de se reproduire, faire le ménage on y est bien obligés, la séduction tout le monde aime bien, mais on se limite un peu à, on va dire, des besoins primitifs réalisés au sein du foyer. J’ai trouvé ça catastrophique.
    Il est évident que toutes les filles qui j’ai interrogé qui font informaticienne ou chercheuse d’or, elles disent toutes « Ah bah oui mais moi j’avais un poster de Marie Curie dans ma chambre ». Il faut des modèles sinon on n’arrive pas à les inventer soi-même.  Donc j’ai décidé de donner des modèles à des petites filles dans tout, aussi bien physicienne que chercheuse que surfeuse, que voileuse et aussi que tortionnaire pour prévenir que les femmes qu’elles ne sont pas que jeux, rires et rubans roses.  
    Ça aussi ça s’est imposé, j’en ai parlé à mon éditrice qui m’a dit « Moi aussi je suis outrée, il faut absolument sortir quelque chose pour donner des modèles aux petites filles ».  Donc en fait, ça se succède à chaque fois, on ne peut pas dire que j’ai un plan de carrière déterminé au niveau éditorial. C’est ma grande chance, c’est d’avoir un métier alimentaire à côté.

    Vous portez quel regard sur les perspectives professionnelles qu’on offre à ces jeunes filles ?

    [Interview] Catherine Dufour - Utopiales 2016
    Alors, elles ne sont pas très bonnes. Pour ça, je vous renvoie à une revue qui existe depuis 1990 qui publié par Mme Maruani, qui s’appelle TGS (Travail Genre Société). Depuis 1990, Maruani, elle va à la sortie des collèges et des lycées et elles demandent aux jeunes filles ce qu’elles veulent faire dans la vie. Donc on note qu’elles s’orientent toutes vers des métiers féminins sauf quelques-unes qui disent « Moi je vais être maître-chien » et on leur répond systématiquement « C’est pas un métier de fille » donc elles laissent tomber leurs envies pour s’orienter vers un métier de filles.  Celles qui s’en foutent et s’accrochent et disent « Moi, j’men fous, je veux quand même faire génie mécanique », dans leur promo de cent, elles sont deux filles, et elles se font défoncer. C’est-à-dire qu’on leur vole leurs outils, on leur rend cassé, on leur rend graphiter de bites, et on essaye de les casser, de les fatiguer jusqu’à ce qu’elles partent…et en général elles partent, celles-là elles vont en coiffure. Alors que les quelques garçons qui ont décidé de faire coiffeurs sont extrêmement bien accueillis dans leur promo composée à 98% de filles.  Il y a une volonté d’orienter les filles vers les métiers éduquaires, c’est-à-dire le soin aux enfants, aux personnages âgées, l’esthétique etc… Et de les empêcher d’accéder aux métiers de pouvoirs bien payés avec beaucoup beaucoup de technicité. Parce que si on a dit aux femmes « Sortez de chez vous, allez gagner votre vie » ça ne voulait absolument pas dire sortez de chez vous et aller voler le salaire des hommes, ça voulait dire sortez de chez vous pour continuer à faire la mère au foyer mais au niveau de la société. A partir du moment où l’on veut sortir les femmes de là, on a du souci à se faire parce qu’il y a vraiment eu un mieux entre les années 60 et les années 80 – les années 60, il n’y avait pas une femme qui était enseignant-chercheur, il n’y avait pas une femme à Polytechnique -  Tout d’un coup, il y a eu une femme qui est entrée à Polytechnique et en plus elle était major, on s’est mis à avoir 20% d’enseignants-chercheurs, tout ça dans les années 80, c’était bien parti. Vous demandez à n’importe qui, par exemple enseignant-chercheur femme actuellement, elle vous dira on est toujours à 20%. Ca fait 10-20 ans que l’on plafonne…et on fait pire que plafonnez, j’ai l’impression qu’on régresse quand même un peu. Où que ce soit, quel que soit le métier même le plus féminisé du monde, on va dire dans l’assistance aux personnes âgées, vous allez trouver au niveau des catégories C (Bac-2) 90% de femmes, dès que vous arrivez en cadres intermédiaires ça va être mâtiné hommes-femmes et quand vous arrivez aux instances dirigeantes, il n’y a que des hommes. A l’Assemblée Nationale, c’est une masse d’hommes, les gouvernements sont composés massivement d’hommes, ni Holland ni Sarkozy ne sont des femmes et vous regardez les dirigeants du CAC 40, c’est uniquement des hommes qui ont des boards qui sont essentiellement composés d’hommes. Après on pourrait aussi dire que non seulement ce sont des hommes mais en plus ils ont plus de 50 ans et par là-dessus, ils sont quasi tous blancs sauf les rares qui sont jaunes. Donc, il y a un véritable souci social qui ne s’arrange pas. Moi je regarde en me disant petit à petit on va gratter…Je vois à l’Assemblée Nationale, ils ont fait un effort, on était à 10% de députées maintenant on est peut-être bien à 25%. 10% de députés c’est à peu près le même pourcentage de femmes qu’au Front National et je vous parle de ça en 2008. On est vraiment au tout début d’une vague féminisation et encore, si on ne se bat pas, elle va re-dégringoler.
    Voilà pourquoi mon livre. Je me suis dit « Est-ce que ce n’est pas un peu inutile parce que la moitié de la route est faites et que tout le monde en a conscience ? », en fait, non pas du tout.

    Ca fait un petit moment que l’on a pas eu d’œuvres de vous, vous avez des projets là en ce moment ?

    Le dernier que j’ai publié effectivement c’est 2014. Je n’ai rien sorti en 2015. Alors je travaillais sur plusieurs projets qui n’ont pas abouti. C’est un peu l’orientation qu’il y a maintenant, c’est-à-dire qu’un écrivain est quand même pas mal sollicité dans des projets transmédias. On ne vous demande plus un livre, on vous demande un livre, des nouvelles finalement une bible, un synopsis, d’imaginer un jeu vidéo, une série télé, un film…. Ce sont des gros projets chronophages qui n’aboutissent d’ailleurs pas forcément. Ensuite j’ai aussi travailler sur un thriller qui a pas forcément trouvé preneur parce que je ne suis pas certaine de sa qualité, que j’ai pas forcément l’obligation de le sortir. Il faut que je le sorte pour exactement son lectorat qui n’est pas mon lectorat habituel. J’ai écrit un livre mais je ne l’ai pas sorti parce que je l’ai énormément retravaillé et il va falloir encore que je le réoriente. Je suis aussi sur un autre livre depuis 1 an qui serait lié au Bataclan parce que je n’ai absolument pas risqué ma peau dans la fosse du Bataclan, par contre j’été coincé dans un bar à l’arrière du Bataclan. Les gens qui fuyaient le Bataclan, ils tombaient dans ce bar là et j’ai vu des tas de gens très jeunes, de l’âge de mes enfants, couverts de sang. J’ai donc été absolument horrifié par cette espèce de guerre aux jeunes et j’ai décidé d’écrire là-dessus. J’ai écrit la moitié du livre mais ce n’est pas un livre sur lequel je vais me dépêcher, c’est très très délicat à écrire donc je vais prendre mon temps et j’espère l’avoir fini en 2017.  Ce qui explique qu’effectivement en 2015-2016, j’ai publié quelques nouvelles mais je n’ai pas publié de roman.


    [Interview] Catherine Dufour - Utopiales 2016Question habituelle : Des coups de cœur récents dans les domaines de la littérature, du cinéma en général ?

    Alors en SF…Lovestar (NDLR : d’Andri Snær Magnason aux éditions Zulma) ! Ah c’est trop fort ! Celui-là est excellent mais j’en ai lu pas mal des bons livres. J’ai lu un livre d’Ariel Kyrou sur le blasphème qui est vachement bien (NDLR : Ceci n’est pas un blasphème aux éditions Inculte), c’est plus un essai. Pour ceux qui ne l’ont pas lu, je viens de me le relire, c’est le Carnet d’Or de Doris Lessing, ça aussi c’est un must. Ah oui, j’ai lu aussi justement le témoignage Vous n’aurez pas ma haine, un témoignage d’un jeune homme dont la femme est morte au Bataclan. On l’a appelé en disant "Votre femme est morte au Bataclan, ben voilà votre femme vous ne la reverrez jamais ". C’est super émouvant. Sinon, je pourrais aussi dire des livres que j’ai pas aimé mais je ne vais pas le faire parce que ça ne serait pas sympa.
    Et en terme de films…Moi en ce moment, les films c’est pas forcément ce qui me marque le plus, c’est plus les Youtubeurs que je suis en train de découvrir via mes enfants et il y a tout un tas de YouTubeurs qui sont extrêmement drôles et extrêmement instructifs. Je vous renvoie notamment à e-penser qui d’ailleurs a fait la première partie de l’ExoConférence d’Alexandre Astier qui était aux Utopiales l’année dernière. Quand vous suivez ces petites vidéos, il vous explique par exemple ce que c’est qu’un sentiment de déjà-vu, qu’est-ce que c’est qu’un atome ?
    Il a aussi plein de copains comme Axolot, qui font un travail remarquable. Et si vous avez plutôt envie de rigoler il faut plutôt regarder Rire Jaune ou Le Joueur du Grenier sur les jeux vidéos. C’est mon nouveau cinéma à moi ça.


    Merci beaucoup…Qu’est-ce que vous diriez pour le mot de la fin pour une jeune fille qui veut être princesse et qui hésite avec le punk etc… (Rires), pour les jeunes filles qui n’ont pas encore lu ce livre justement, sur ce qui leur est possible ?

    Il faut toujours suivre sa pente pourvu que ce soit en montant. C’est-à-dire que pour réussir sa vie, on va avoir tendance à suivre ce qui est raisonnable or on n’est pas bon dans ce qui est raisonnable, on est bon dans ce que l’on aime. Donc il faut faire ce que l’on aime mais dedans il faut y aller à fond, il faut être le meilleur. Il vaut bien mieux suivre ce que l’on aime, adorer ça, et là on est sûr de s’en sortir quelque soit ce que l’on aime sauf si c’est l’assassinat de petites grands-mères, que de faire un truc raisonnable où l’on va être moyennement moyen et où l’on va finir alcoolique et dépressif, ainsi que chômeur à 40 ans. Si vous adorez le jeu vidéo et que tout le monde vous dit c’est pas comme ça qu’on gagne sa vie, allez-y, faites-ça 16h par jour, devenez programmeuse de jeux-vidéos, vous allez inventez d’autres formes d’expression. Si vous aimez vraiment ça et que ça vous passionne vraiment…FONCEZ ! Deuxième chose, quand on est jeunes, on change et on change vite donc si au bout de 2 ans le jeu vidéo vous ressort par les trous de nez parce que finalement c’était pas ça votre vérité, y’a pas de problèmes, vous faites un virage à 190°, de toute façon, ça vous servira un jour mais il ne faut surtout pas hésiter à se tromper, ça c’est je crois le premier des conseils : N’hésitez pas à vous tromper.

     

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