• [Interview] Paolo Bacigulapi - Water Knife

    [Interview] Paolo Bacigulapi - Water Knife
    Paolo Bacigalupi aux Utopiales de Nantes 2016

     

    Cette interview a été enregistré durant les Utopiales de Nantes 2016 avec le concours de Marion Mazauric des éditions du Diable Vauvert et bien évidemment Paolo Bacigalupi, auxquels j'adresse tous remerciements.
    Une version audio est mise à disposition suivi d'une retranscription-traduction.



    Bonjour Paolo,
    En quelques années, vous êtes devenu l’un des auteurs de science-fiction les plus importants et les plus récompensés, mais en France certains ne vous connaissent pas encore, c’est une honte ! Pouvez-vous vous présenter ?


    [Interview] Paolo Bacigulapi - Water KnifeOkay, alors voyons.
    Comment se présenter soi-même ? Cela sonne toujours arrogant quand je me présente moi-même.
    Donc mon nom est Paolo Bacigalupi, j’écris de la science-fiction depuis environ les sept dernières années.
    Mon premier roman, La Fille-Automate, a gagné le Hugo, le Nébula, le Compton Crook, le John W. Campbell, le Locus, le Seiun Award et ainsi de suite… c’est vraiment embarrassant et merveilleux à la fois !



    Et mon second roman fut un roman jeunesse intitulé Ferrailleurs des Mers, il a été finaliste du [Interview] Paolo Bacigulapi - Water KnifeNational Book Award et a aussi gagné le Michael Printz Award qui est notre plus grande récompense pour la littérature jeunesse. Depuis, j’ai écrit à la fois pour les adultes et les adolescents, et aussi les enfants. Je suis principalement intéressé par le changement climatique, l’ingénierie génétique, je suis intéressé par le contrôle corporatiste de l’alimentation, par les énergies fossiles, et je tente de raconter des histoires qui sont intéressantes à propos de ces sujets.



    Vous êtes un auteur de science-fiction, pourquoi la science-fiction en premier lieu ?
     
    Pour moi, je trouve que la science-fiction possède une collection d’outils pour parler d’un monde que vous n’auriez pas dans de la littérature traditionnelle. L’outil principal qui m’intéresse, c'est le fait que la science-fiction nous permette de poser cette question : si cette trame continue, à quoi ressemblera le monde ? Si cette chose qui se passe en ce moment devient de plus en plus exacerbée, devient de plus en plus sérieuse, qu’est-ce qui se passerait ? Pour ma part, je suis intéressé par une question comme qu’est-ce qui se passerait si le changement climatique devenait un problème croissant et que dans le même temps nous essayions de prétendre qu’il n’existe pas ! Quel genre de monde cela nous donnerait-il ? Où cela finirait-il ? Et ce que la science-fiction nous permet c’est de… euh, reculez… Je pense que la fonction principale de la fiction est de créer de l’empathie pour le lecteur pour une expérience qui nous est étrangère et qui nous permette d'entrer dans la peau de quelqu’un d’autre qui a un genre différent, une classe sociale différente, ou qui vient d’une partie différente du monde. Vous pouvez donc apprendre à propos de ce monde et vous pouvez vivre dans ce monde, vous pouvez vivre à l’intérieur de ce personnage et y croire, le ressentir, le comprendre. Et maintenant ce que la science-fiction fait, c’est qu’elle nous permet de comprendre des choses qui autrement aurait été éloigné de nous. Ce que la science-fiction fait c’est qu’elle nous permet d’étendre notre empathie vers le futur. Donc si, par exemple, j’écris à propos du changement climatique, et que je donne au lecteur - vous - l’opportunité de vivre à l’intérieur de ce monde brisé futur où le changement climatique a dévasté une partie de votre maison, où votre coin n’a plus d’eau, ou encore où vous être en fuite parce que vous n’avez plus aucun endroit où aller, si vous vous glissez dedans et que cela vous connecte avec les réfugiés climatiques, c’est une autre opportunité pour construire de l’empathie avec une idée de nous-même, de notre futur nous-même, ou une idée de ce dans quoi nos enfants devront vivre et cela nous connectera à ce futur… et au-delà de ça, ce que je pense que la science-fiction fait, c’est que parce que nous vivons dans ce futur, parce que je peux bâtir un incroyable futur brisé dans lequel vous vivez et expérimenter si tôt, immergé dans cette expérience précoce, quand vous êtes proche du livre et que vous revenez à votre moment présent, l’idée est que vous allez regarder le monde autour de vous différemment. La science-fiction contextualise notre présent en nous disant où nous pourrions nous diriger. Nous revenons au moment présent et nous ouvrons le journal et nous lisons une histoire, un article à propos du changement climatique et nous portons un regard sur ces choses, soudainement ces histoires silencieuses que nous aurions autrement ignoré, ces histoires ont un sens. Parce que nous pouvons lire une histoire au sujet du Lac Mead sur la rivière Colorado et voir qu’ils ont atteint un bas niveau record...si vous voyez ça, vous vous rappelez aussi « Oh, j’ai lu quelque chose à ce propos dans un livre » et dans ce livre il y avait un désastre en cours et vous vous dites « Oh, c’est le premier pas pour en arriver là ! » et soudainement quelque chose qui semblait vraiment inerte et pas vraiment intéressant, et en quelque sorte barbant, soudainement cela devient extrêmement réel, extrêmement important pour vous et c’est pour cela que je pense que la science-fiction apporte plus que les autres littératures, cela nous permet d’aller dans le futur et d’en revenir ! Soudainement, votre moment présent a plus de contexte et de signification, et vous avez une idée sur ce que devrait être notre orientation future.

    [Interview] Paolo Bacigulapi - Water KnifeVous nous avez parlé de votre dernier livre, Water Knife, THE Water Knife (titre V.O), et je pense qu’en France, dans les prochains mois, et aux USA, ce livre sera une petite bombe à propos de l’eau, de la question de l’eau. Comment construisez-vous une histoire, car au départ c’était une nouvelle, dans votre premier livre, La Fille-Flûte et autres fragments de futurs brisés, comment êtes-vous passé de cette nouvelle à cet énorme roman ? 

    D’habitude, quand je pense à ce qui va arriver quand j’écris un roman, la première chose qui se passe c’est que j’ai vraiment besoin de croire que le sujet sera assez énorme, assez compliqué et assez intéressant pour moi passer beaucoup de temps à jouer avec dans un livre. Parce que cela prend un an ou un an et demi pour écrire. Pour s’engager à écrire, vous devez penser au fait que le sujet soit assez compliqué et qu’il soit assez intéressant pour ça.
    Pour cela, j’ai écrit une histoire « Le Chasseur de Tamaris » un an auparavant et en un sens, c’était à propos de la sécheresse, du changement climatique, de l’environnement changeant. A ce moment-là , notamment parce que j’étais un écrivain de nouvelles, je croyais réellement que j’en avais fini avec le concept, les idées et ce qu’il y avait à explorer de plus. Si je dois écrire un livre à propos de cela, je veux en avoir le « feeling » et c’est ce qu’un livre est généralement pour moi. Je veux être capable de voir cette idée depuis différents angles. Ainsi, originellement, j’ai débuté avec l’idée du changement climatique et l’idée de ce qui arriverait pour nous si nous ne nous y préparions pas, si nous n’acceptions pas que le changement climatique fût réel. Que se passerait-il si nous faillions à nous adapter ? Que se passerait-il si nous faillions à nous préparer ? Ou cela nous mènerait-il ? Donc ça c’est le gros de l’histoire que je veux raconteur, pour y placer, y faire vivre mes personnages.
    Et ensuite, pour moi usuellement, après avoir eu cette grande idée, je pense à où cela va se dérouler.
    Je voulais revenir de base à la rivière Colorado parce que je sais que dans le Sud des Etats-Unis, il y a un nombre croissant de personnes, un nombre croissant de demandes pour de l’eau dans un « système de l’eau » compliqué. Il y a des chutes de neiges dans les montagnes, elles fondent et s’écoulent dans le Colorado, des milliers de miles de distance sont couverts et supportés par cette seule rivière, et une énorme somme d’aires géographiques sont supportées par cet unique système de rivière. De plus, nous savons qu’il y a déjà trop de monde et de plus en plus de demandes et une baisse de l’approvisionnement. C’est donc l’endroit parfait, l’endroit géographiquement parfait. C’est de là que je commence à chercher des personnages comme Angel Velazquez, le water knife qui travaille pour Las Vegas et coupe l’eau, ainsi il détruit les installations de traitement de l’eau des autres et de cette façon Las Vegas peut continuer à pomper l’eau pour eux-mêmes. Il fait des offres à des gens sur leurs droits à l’eau qu’ils ne peuvent refuser, c’est une sorte de 007, notre James Bond de l’eau, et je l’ai dans l’histoire d’une part parce qu’il procure de l’action et de l’excitation, et parce qu’il est intéressant et tout ça mais aussi pour illustrer ce qu’est Las Vegas. C’est une ville simple, une cité tendue, crispée. Ils sont sympathiques mais ils s’assurent qu’ils auront leur eau. Donc Angel nous donne une certaine fenêtre sur comment résoudre le problème de ne pas avoir suffisamment d’eau. La solution de Las Vegas c’est « Nous allons couper l’approvisionnement de tous les autres et nous serons sûre d’avoir le nôtre »

    C’est une solution. Pas une gentille solution…(rires)
    Quand j’ai un personnage comme ça sur page, cela me donne l’opportunité de parler de mes idées et vous donne beaucoup d’excitation et de fun aussi puisqu’il doit faire exploser des choses et je recherche les deux dans mes histoires. Je veux que mes histoires soient à la fois intéressantes au niveau des idées et également divertissantes.
    Donc, vous voyez je voulais avoir une journaliste. J’aime Lucy Monroe en tant que journaliste parce qu’elle me donne une chance d’amener le lecteur aux différents aspects de ce à quoi ressemble Phoenix quand elle n’est pas organisée, quand elle n’est pas bien structurée et qu’elle n’arrive pas à s’organiser elle-même. Et elle peut interviewer différentes personnes, elle peut aussi également avoir tous ces différents accès à ces expériences, et elle peut aussi avoir une sorte de point de vue académique sur comment Phoenix en est arrivé là. Cela permet de donner une autre fenêtre sur notre monde.
    Et je voulais avoir Maria qui est une réfugiée climatique, une looser, elle est une personne qui a tout perdu parce que tout les autres ont échoué à s’organiser. Elle est une victime de ce climat brisé.

    Maria me rappelle un de vos précédents personnages, Emiko, dans la Fille-Automate, un personnage qui a beaucoup souffert.

    Oui, Maria est au pied de la pile, comme Emiko, oui. Et elle est aussi une autre fenêtre. Je voulais tous ces points de vues pour voir le monde et que ce monde donne l’impression d’être immense pour le lecteur. C’est aussi parce que vous pouvez voir tant de points de vues.
    Ensuite, après avoir trouvé personnages, après avoir trouvé les bons personnages, c’est là que je commence à essayer de m’imaginer comment raconter une histoire à l’intérieur de ce monde. Comment ces personnages vont possiblement interagir ? Qu’est-ce qu’il vont pouvoir faire ? Comment les choses que je sais à propos d’eux me disent ce qu’ils vont vouloir ? Ainsi je peux bâtir toute une histoire de ça.

    Donc, c’est quasiment d'en partant d’une grande idée vers l’endroit puis aux personnages pour finalement arriver à l’histoire.

    Pour terminer cette petite interview, vous parler dans vos livres de situations écologiques, même dans vos livres pour adolescents, Zombie Ball par exemple. Quand je vous lis, j’ai une question en tête à propos non pas de ce que vous pensez en science-fiction mais dans le monde actuel du débat climatique aux USA ?

    Je pense que les priorités sont étranges aux Etats-Unis. Nous ne comprenons toujours pas à quel point nos problèmes environnementaux sont sérieux, je pense que politiquement, spécialement avec les changements climatiques, que les Etats-Unis rattrapent toujours simplement leur retard, nous sommes toujours derrière et probablement parce que nous avons été tellement embrouillés, notamment par de grosses compagnies comme ExxonMobil qui dépense beaucoup d’argent pour garder les gens confus à propos des changements planétaires et à quel point cela était sérieux. Mais depuis vingt ans, la science nous a dit que le changement climatique est réel et que cela va être un énorme problème pour nous et depuis tout ce temps nous n’avons pas agi assez rapidement et même maintenant que les Etats-Unis s’investissent dans quelque chose, j’ai toujours la sensation que c’est trop peu et que nous avons besoin de faire davantage. Et je suis tout spécialement inquiet dans un contexte comme les actuelles élections présidentielles où les changements climatiques ne sont même pas discutés du tout. Ce n'est pas le sujet même si cela va tout définir à propos de notre futur. Et donc, pour moi, c’est une des raisons pour laquelle j’écris quelque chose comme Water Knife, parce que je suis anxieux, je suis anxieux à propos de la façon dans nous traitons banalement quelque chose qui va tout définir au sujet de notre futur.

    D’une certaine façon, est-ce que vous pensez qu’il est trop tard ? Ou n’est-il jamais trop tard ?

    Eh bien, je pense que…s’il est réellement trop tard alors merde ! (rires) Laissons le monde s’arrêter de tourner !

    Je ne pense pas qu’il soit trop tard, je pense que comme nous attendons de plus en plus longtemps nous allons devoir être de plus en plus sérieux à propos de comment nous allons y faire face. C’est quelque chose d’étrange que nous soyons si incroyablement stupide en tant qu’espèce que nous soyons capables d’attendre aussi longtemps pour affronter le problème. Je pense que nous sommes aussi ingénieux, nous avons une grande capacité à faire face aux problèmes et essayer de les résoudre et donc je pense qu’il reste encore du potentiel pour nous pour résoudre nos problèmes mais chaque fois que nous attendons, cela devient un peu plus difficile. Ce sont nos enfants qui vivrons dans un monde changé à cause de ça, parce que nous attendons et je ne pense pas qu’ils nous en remercieront. Je pense que nous pouvons éviter un désastre total si nous nous y mettons, et si je pensais qu’il était trop tard pour éviter quelque chose alors je pense que nos enfants nous maudiront pour ça et qu’ils diront que nous étions immensément égoïstes.

    Et dernière question, avez-vous d’autres projets pour le futur ?

     Oui, j’ai toujours des projets !

    Les deux choses auxquelles je pense ne ce moment… l’une d’entre elle est que j’ai écris une nouvelle intitulé Le Modèle Mica et je pense que je devrais en faire un roman, juste parce c’est fun et cela me semble intéressant.
    Et il y a un autre projet plus compliqué auquel je pense en ce moment. Je suis intéressé par le langage et comment nous nous structurons, qu’est-ce que cela signifie d’être humain maintenant, parce que nous pensons à nous en tant qu’être humain donc je suis juste cette personne assise dans cette chaise mais la vérité c’est que c’est la même conception de nous-mêmes que nous avons depuis que nous sommes des singes dans la savane. Nous n’avons pas adapté notre propre compréhension de ce que c’est que d’être humain maintenant, nous ne comprenons pas ce que cela signifie d’être des hommes qui soient 9 milliards sur une planète, nous avons changé d’échelle. Ce que cela signifie d’être humain à cette échelle, ce que cela signifie d’être un humain qui possède un téléphone portable, parce qu’une fois que je possède ce téléphone portable, je pense à moi assis dans cette chaise mais il s’avère que ma main touche le monde et touche la Chine où il a été fabriqué et touche le Pérou d’où provient le Lithium pour la batterie. Je pense à moi-même à ma place mais je suis tout autour du monde, le touchant, l’influençant et avec des choses comme le changement climatique vous voyez qu’une décision que je prends aujourd’hui, de prendre l’avion pour aller à Paris aujourd’hui, cette décision se propage à travers les générations. Le carbone que j’ai consommé pour venir ici affectera mes enfants et mes petits-enfants donc j’existe à travers le temps et nous ne comprenons pas ces choses à propos de nous-mêmes. Chaque décision, chaque téléphone portable que nous achetons n’est pas juste ce téléphone, c’est en fait neuf milliards de téléphones parce que nous prenons de petites décisions qui s’additionnent. Nous avons passé une échelle, notre impact à travers le temps, nous touchons le monde entier et nous n’avons pas de langage pour…parler à propos de ça, pour dire ce que c’est d’être un homme moderne. Et je pense que c’est à cause de ça que c’est difficile pour nous d’affronter des problèmes complexes comme le changement climatique. Donc je pense que je veux [Interview] Paolo Bacigulapi - Water Knifeécrire une espèce d’histoire qui nous permette de réfléchir à nous-même de façon différente et nous donne un langage qui nous permette de comprendre et en quelque sorte de déplacer des concepts au sujet de ce que nous sommes en tant qu’espèce. Des gens comme George Orwell, quand il a écrit 1984, il a…il a défini des termes qui nous ont aidé à mieux comprendre le monde. Quand il a dit Big Brother, nous avons su quelque chose, et désormais quand nous utilisons ce mot, nous pouvons parler et instantanément quand vous entendez parler de la NSA espionnant des pays, des gens, vous pouvez dire "Big Brother!" et il y’a une signification derrière. Nous avons un mot structurant pour comprendre ce que la NSA fait. Je sens que parce que nous n’avons pas la bonne structure, nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes là maintenant donc j’aimerais écrire une sorte d’histoire de thriller de science-fiction vraiment divertissant, une histoire excitante entièrement à propos du langage mais c’est un projet compliqué donc il prendra peut-être quelques années à se faire…

    Eh bien, merci beaucoup…un dernier mot pour vos lecteurs français ?

    J’apprécie vraiment réellement combien tout le monde me supporte ici et je suis vraiment stupéfié que mes livres comptent autant de lecteurs enthousiastes. Je vous en suis vraiment reconnaissant.


    Merci encore à Paolo Bacigalupi, un auteur toujours souriant et discret mais passionnant de bout en bout. Un immense
    plaisir de rencontre !

    - Critique de Water Knife 
    - Critique de La Fille-Automate
    - Critique de La Fille-flûte et autres fragments de futurs brisés
    - Critique de Zombie Ball

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  • Commentaires

    1
    Samedi 5 Novembre 2016 à 11:36
    Merci pour cette interview. Vivement les prochaines. Tu mènes ça très bien.
    2
    Samedi 5 Novembre 2016 à 12:49

    Merci beaucoup Hélène !

    3
    Samedi 5 Novembre 2016 à 13:08

    Très très belle idée, merci pour cet entretien.

    4
    Dimanche 6 Novembre 2016 à 13:01
    Lhisbei

    Merci Nicolas !

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