• Princesse Mononoké


    En Occident, c'est clairement l'animation et les dessins-animés à l'américaine qui dominent le marché. Parfois pour notre plus grand bonheur (la grande époque Pixar avec Wall-E ou Monstres & Cie, ou encore Dreamworks et son Dragons) mais souvent à notre grand désarroi devant la foultitude de copier-coller industriels made in Disney et autres tentatives e
    uropéennes timides. Il existe cependant un autre type de dessin-animés relativement boudés par le grand public sous nos latitudes : l'anime japonais. Riche et beaucoup plus profond que son pendant occidental, l'anime compte ses maîtres (on pense à Takahata, Oshii...) et surtout son grand maître, le vénérable et respecté Hayao Miyazaki, fondateur des prestigieux studios Ghibli. Si, à l'heure actuelle, sa renommée a largement touché nos contrées, il n'en fut pas toujours ainsi. C'est grâce à ce qui constitue une des pièces maîtresses de sa filmographie qu'il a véritablement crevé l'écran en France... Princesse Mononoke. Depuis, le film a acquit une aura de chef d'oeuvre et permis à son auteur d'acquérir une renommée mondiale. Retour sur un succès.

    Dans la Japon médiévale, le jeune prince Ashitaka défend vaillamment son petit village contre un démon maléfique ayant pris possession d'un dieu sanglier. Se faisant, il est infecté par la malédiction et se voit contraint d'aller dans des contrées inconnues à la recherche de réponses sur l'arrivée de ce maléfice et comment en guérir. Pour cela, il va se rendre dans la forêt de l'Esprit Suprême peuplée de créatures mythiques et en guerre contre les hommes et notamment le village voisin dirigée par Dame Eboshi. Sa rencontre avec celle-ci va le mener à sauver la jeune princesse Mononoke, fille du Dieu-loup Moro et servante du Dieu Cerf. Mais Ashitaka pourra-t-il empêcher les hommes et la nature de s'entretuer ?

    Avec un tel point de départ, Princesse Mononoke prouve immédiatement qu'il ne sera pas d'un banal petit dessin-animé. En fait, c'est même tout le contraire. Aussi bien fait pour les enfants que pour les adultes, il rassemble plusieurs niveaux de lectures à même de contenter tous les spectateurs. Sans aucune exubérance et avec un rythme entraînant, on suit l'aventure d'Ashitaka et de sa découverte de tout un monde surnaturel. Miyazaki affectionne particulièrement ce genre d'imaginaire et de bestiaire mythique et s'en donne ici à cœur joie. Instantanément, on tombe dans un autre univers, à la fois envoûtant, effrayant et poétique. La forêt de Mononoke resplendit de mille feux et se trouve à bien des égards hors du temps, hors de tout. Ses habitants, des Dieux et des animaux fantastiques, font des merveilles. Caractérisation sublime et design traditionnel accouchent de figures emblématiques et fascinantes. Parmi elle, évidemment, on retrouve le Dieu-loup Moro et l'Esprit Suprême du Cerf. Mais c'est aussi ces tas de petits fantômes japonais qui donnent le cachet si particulier du film et son ambiance onirique. C'est là la plus grande des qualités de Mononoke, nous faire pénétrer dans un monde incroyablement poétique et beau, d'une douceur infinie dans sa fureur de survivre.

    Car de l'autre côté se trouve les humains du village de Dame Eboshi qui défrichent la forêt pour fondre du fer et fabriquer des armes. Contrairement à ce que l'on pourrait attendre, il n'y a aucun manichéisme chez Miyazaki, tranchant radicalement avec l'habitude occidentale. On apprécie avec Ashitaka les hommes du village, drôles et courageux, et les femmes encore davantage. Pendant longtemps, Dame Eboshi reste mystérieuse, mais loin d'être l'image de la parfaite méchante, elle incarne une sorte de féminisme avant-gardiste et de lucidité anti-traditionnelle tout à fait inattendues. En réalité, dans l'anime, il n'y a pas vraiment de méchants, juste des gens qui ne se comprennent pas et qui tentent, chacun à leur manière, de survivre. Par la-même, cette survie du village passe par la mort des animaux et de la forêt, chose atroce lorsque l'on a pénétré dans celle-ci et surtout quand on s'est pris d'amitié pour les Dieux et...la princesse Mononoke.

    Ce personnage splendide représente l'autre facette de l'humanité, revenue à la bestialité mais qui n'oublie jamais sa grandeur. Avec son apparence envoûtante et sa rage naturelle, Mononoke s'impose comme le pont entre les deux mondes, formant avec Ashitaka l'harmonie tant recherchée des deux clans. Sa relation avec la forêt et avec sa mère-Dieu Moro touche à la perfection. C'est elle qui magnifie ce combat désespéré de la nature et ce respect de la vie animale, c'est encore elle qui porte bien haut les couleurs de la forêt et de son peuple. Alors qu'Ashitaka restera longtemps un personnage neutre, la férocité et la détermination de Mononoke en font le personnage noble par excellence et, peut-être, le tout meilleur d'un dessin animé. Mais elle ne serait rien sans le sens de la narration de Miyazaki. Fable écologique parfois brutale (les morts sanglantes ou les cadavres calcinés de sangliers), Princesse Mononoke est une petite pépite d'intelligence. Il communique la nécessaire harmonie entre l'ancien et le nouveau monde, entre la nature et l'homme. Sans vouloir prendre définitivement le parti d'un camp pour éliminer l'autre, le japonais décrit la mort de la nature avant de la faire renaître et de l'installer en paix, enfin, avec le monde humain. Cette vision utopiste passe pourtant dans bien des visions d'horreur avec la mort des différents Dieux, un crève-cœur à chaque fois, de Okkoto à Moro en passant par le Dieu Cerf. Mononoke ne fait jamais dans la facilité.

    Rajoutons encore une musique superbe et une animation traditionnelle de toute beauté, et on obtient avec Princesse Mononoke rien de moins qu'un chef d'oeuvre en puissance, symbole de la suprématie de l'anime et de Miyazaki. Poétique en diable, intelligent à faire peur et tout simplement marquant, Princesse Mononoke émerveille du début à la fin, retrouvant le maître-mot du film pour enfants en y alliant la noblesse et la grandeur d'une réflexion adulte. Tout simplement immanquable.

    Note : 10/10

    Meilleure scène : Le passage du Géant au milieu du vrombissement des esprits de la forêt.

    Meilleure réplique : The trees cry out as they die, but you cannot hear them. I lie here. I listen to the pain of the forest and feel the ache of the bullet in my chest, and I dream of the day I will finally crunch that gun-woman's head in my jaws.


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