• [Critique] American Pastoral

     S'il existe une chose difficile, c'est de mener à bien un premier long-métrage. La chose est encore plus ardue lorsque l'on est un acteur reconnu qui doit faire ses preuves derrière la caméra. Clint Eastwood ou Ben Affleck en savent quelque chose. C'est aujourd'hui au tour d'un autre grand nom d'Hollywood de tenter de devenir réalisateur : Ewan McGregor. L'acteur britannique recrute Jennifer Connelly et Dakota Fanning (un peu perdue dans l'ombre de sa sœur, Elle Fanning) pour un drame académique sur une famille américaine typique adapté du roman éponyme de l'immense Philip Roth. Cependant, malgré tout le talent d'acteur qu'on lui connaît, Ewan McGregor aura fort à faire pour nous convaincre. Cela même s'il est également l'acteur principal de son film. Que vaut réellement cet American Pastoral ?

    Tout d'abord, McGregor choisit d'introduire son film par une histoire annexe à celle de la famille principale. En faisant intervenir un écrivain qui finit par nous raconter le drame qu'a subi les Levov, le réalisateur britannique commet une faute qu'on pourrait dire de didactisme. Quelque soit la raison pour laquelle il fait intervenir ce procédé, il perd la fluidité de son récit dans la prmeière partie et le rallonge de façon tout à fait artificielle. Cette introduction maladroite et assez lourde ne peut cependant pas occulter le fait que d'emblée, McGregor dispose d'une mise en scène élégante, académique certes mais véritablement élégante. Ses plans, ses cadres, tout concourt à nous immerger dans son aventure sans jamais remarquer qu'il s'agit là d'une première fois derrière la caméra. Le vraie problème dans la narration d'American Pastoral s'envole dès que l'on plonge dans l'histoire des Levov.


    A ce stade, McGregor acteur tient le film sur ses épaules d'une façon remarquable. En face, Jennifer Connelly rappelle qu'elle est une très grande actrice injustement négligée. Ce que vont traverser Swede et Dawn Levov pourtant n'a rien d'anodin. Nous en arrivons donc au cœur de ce drame familial et, d'une certaine façon, social. American Pastoral raconte comment tout peut s'effondrer pour un couple à qui tout semble sourire. Il le fait en exploitant l'un des aspects les plus redoutables de la société américaine : son fanatisme. Qu'il soit religieux ou politique, le fanatisme américain s'incarne dans la jeune Merry, fille brillante mais influençable et fragile, qui perd pied par les manipulations qu'elle va subir. Avec un simple grain de sable dans les rouages harmonieux de la famille Levov - la vision de ce moine qui s'immole à la télévision - tout vole en éclats. 

    American Pastoral se retrouve alors en même temps un drame familial poignant magnifié par la prestation de son couple vedette, et une mise en abîme de la fragilité de la société américaine. Ou comment sa propension à l'extrême peut finir par détruire ses valeurs les plus sacrées. Ce qui touche le plus en réalité, c'est la relation entre un père et sa fille, une fille qu'il ne cessera de rechercher jusqu'à la fin et qui, selon toute évidence, est morte sans qu'il s'en aperçoive. American Pastoral parle donc du passage à l'âge adulte, de comment les enfants peuvent aller vers des horizons plus sombres où quoique l'on fasse, on ne pourra jamais les rattraper. A cet égard, American Pastoral reste un grand film triste jusqu'à sa scène de fin magnifique mais tragique en diable. On retrouve dans cette dernière partie la lourdeur didactique imposée par le choix narratif de départ mais la force émotionnelle dégagée amoindrit quelque peu ce défaut.


    Pour une première réalisation, et malgré un académisme certain ainsi que des choix narratifs discutables, American Pastoral s'avère un film de qualité. Ewan McGregor assure deux rôles extrêmement difficiles en s'en sortant franchement de belle manière pour accoucher d'un long-métrage poignant et sombre sur les travers d'une société américaine qui n'en a pas fini avec ses vieux démons. 

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  Swede découvrant sa fille en banlieue

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  • [Critique] Beauté cachée

    Certains mystères continuent à planer sur le cinéma hollywoodien. L'un des plus impénétrables pourrait être la disparition quasi-totale d'immenses acteurs qui finissent par croupir dans des métrages de seconde zone. Prenons, au hasard, Beauté Cachée de David Frankel (un nom qui ne vous dis rien mais qui est à l'origine Du Diable s'habille en Prada ou encore de Marley et moi), ce film rassemble un casting tout à fait époustouflant avec, en tête, le génial Edward Norton, la formidable Helen Mirren et l'excellente Kate Winslet (on reparlera du cas Will Smith plus tard...). Un trio d'acteurs presque tombés dans l'oubli de façon totalement...incompréhensible. On les retrouve donc au casting de Beauté Cachée, film choral mélodramatique qui, ne le cachons pas, résume toutes les choses détestables de ce sous-genre lorsqu'il est bouffé par le système Hollywoodien. Un résultat d'autant plus pathétique que l'idée de départ, elle, n'est pas forcément mauvaise.

    En effet, Beauté Cachée nous parle de la descente aux enfers d'Howard Inlet, chef d'entreprise et publicitaire New-Yorkais, qui n'arrive pas à surmonter la mort de sa fille. Pour l'aider (et aussi un peu pour sauver leurs miches), ses trois plus "proches" amis vont faire intervenir des acteurs pour incarner la Mort, l'Amour et le Temps, des abstractions chères à Howard et auxquelles il écrit depuis un certain temps. Malgré un arrière-goût déjà assez sirupeux (on sent que l'on peut glisser à tout moment dans le tire-larmes facile), le postulat pourrait être intéressant au vu du casting assez hallucinant engagé. Le problème, et on s'en rend compte dès les premiers instants, c'est que Beauté Cachée n'est qu'un projet de commande lambda sans âme, sans talent et bouffé de tous les côtés par des hordes barbares de clichés.

    Le problème le plus évident, c'est évidemment le scénario. Tout dans Beauté Cachée est d'une prévisibilité sans nom. A moins d'avoir vécu dans une grotte les dix dernières années et n'avoir jamais vu un seul film mélodramatique, tout se devine à l'avance. Cette incapacité à ménager la moindre surprise aurait cependant pu être compensée par de beaux personnages...et là, c'est encore le drame. Caricatures sur pattes ne servant qu'à s'imbriquer dans un scénario cousu de fil blanc, les héros de l'histoire n'ont en fait qu'une seule facette qui permet d'ébaucher sur chacun d'entre eux une sous-intrigue. De ce fait, les trois amis d'Howard sont liés à l'un des trois acteurs qu'ils engagent et Frankel morcelle son récit pour en faire une sorte de simili-film choral. En anémiant son histoire principal, il se doit donc être d'une subtilité éléphantesque pour tout régler dans le temps imparti. Donc, les acteurs qu'il dirige jouent sans aucune conviction, juste là pour encaisser leur chèque. Tout ce rassemblement de talents pour rien en somme....Arriver à faire jouer de façon totalement oubliable Norton et Mirren reste tout de même un sacré exploit en soi. 


    Il faut alors reparler du cas Will Smith, un peu sensé être le centre de tout ça. En réalité, Will Smith fait du Will Smith. Depuis un certain temps, celui-ci ne fait que répéter ad vitam aeternam le même rôle larmoyant avec un père qui pleurniche sur son enfant. Will Smith tend à devenir l'empereur du tire-larme facile mêlé à une espèce de cool-attitude qui finit par agacer. Un pur produit Hollywoodien alors qu'il avait à la base un potentiel sympathie énorme. Forcément, Beauté Cachée semble taillé pour lui. Le film s'avère tout à fait incapable de sortir de son carcan de drame affligeant où il faut pleurer mais...quand même à la fin...on doit avoir le sourire parce que même si tu vas crever, même si tu es divorcé, même si tu vas finir vieille fille, même si ta gosse est morte...la vie est pas si mal quoi. Merde, on peut quand même faire des ballades à Central Park et voir des écureuils. Beauté Cachée n'a rien compris au potentiel de son postulat de base et on soupçonne qu'il n'en a jamais rien eu à faire en réalité.

    Qu'est-ce qui peut alors rattraper le métrage ? Ce n'est ni la mise en scène banale au possible, ni la musique sans saveur, ni même son pseudo-twist de fin que tout le monde a compris depuis le début. Vous pleurez très certainement devant Beauté Cachée de David Frankel mais pas pour les raisons attendues. On cherche toujours l’intérêt de ce genre de film, à part de payer les impôts de Smith et compagnie. 
      

    Note : 1.5/10

    Meilleure scène :  Euh...

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  • [Critique] Paterson

     A sa manière, chaque nouveau film de l'américain Jim Jarmusch est un petit événement. Prenons par exemple son dernier en date, Only Lovers Left Alive qui revisitait le mythe vampirique à la sauce moderne avec une mélancolie lancinante délicieuse. Cette fois, c'est un cinéma dénué de tout élément fantastique qui voit le retour du réalisateur avec Paterson. A la fois petite-ville du New-Jersey et prénom du héros du personnage principal, Paterson plonge dans l'intimiste à la sauce Jarmusch d'un couple de passionnés qui coule des jours paisibles avec leur chien dans une modeste maison de banlieue. Sélectionné en compétition officielle à Cannes, le film est reparti bredouille prouvant, s'il le fallait encore, que le jury de Cannes de l'année passée avait des goûts fort contestables.

    Paterson n'est certainement pas un film facile et commun...même s'il nous parle justement du commun, du banal de notre existence. Jarmusch place sa caméra dans l'intimité d'un couple et surtout dans la routine de Paterson. Le rythme s'avère forcément extrêmement lent de par son sujet, encore davantage que les films traditionnels du réalisateur. Car Jarmusch tente de montrer le temps qui passe de manière effronté, ne s'arrêtant jamais. Son héros, Paterson, à la fois humble et magnifique, est incarné par un Adam Driver toujours aussi talentueux. En face, Golshifteh Farahani s'avère à la fois un contrepoids au flegme de Paterson ainsi qu'un feu d'artifice de création artistique. C'est cette dernière thématique qui est explorée par le cinéaste dans son long-métrage. La passion, la capacité à créer et, surtout, la poésie qui se cachent dans le banal de nos vies.

    A travers le parcours journalier de Paterson, Jarmusch déniche des instants de grâce discrets où les moindres petits détails semblent devenir de petites merveilles. On le constate par les conversations captées par Paterson lorsqu'il conduit son bus, petites tranches de vies touchantes de passagers qui ignorent leur propre grandeur. On le constate aussi par les nombreuses personnes que côtoie Paterson : acteur en mal d'amour, créatrice folle, poète oublié, rappeur anonyme...Tout ce petit monde prend vie...quand on sait regarder et ralentir. Paterson délivre ce message : ralentissez et regardez autour de vous, regardez cette vie qui recèle des merveille simples et délicieuses. Peut-être découvrirez-vous des artistes inconnus et qui resteront dans l'ombre pour toujours. Peut-être verrez-vous le bonheur simple d'un couple discret qui crée, qui s'aime, en toute simplicité et pour qui la routine n'a rien d'un fléau...mais tout d'un voyage langoureux et infini. 

    Paterson s'attaque surtout à la poésie puisque son personne principal est poète. Traversé par les poèmes de Ron Padget et de William Carlos Williams, le long-métrage affiche ses vers à l'écran avec pudeur et tendresse, lus par la voix-off d'un Adam Driver touchant. Il faudra bien sûr avouer que l'on aimera ces vers en fonction de notre sensibilité à la poésie de ses auteurs. Pourtant, ces poèmes bâtit sur le quotidien s'insèrent formidablement bien avec ce qui nous est raconté à l'écran. C'est aussi ça la force de Paterson, de faire correspondre son fond, son message sur la création et la poésie, avec sa forme lente et aérienne, qui se déguste petit à petit comme on goûte un grand vin. Si l'on goûte de la bonne façon, on redécouvre avec un émerveillement constant un quotidien pas si soporifique et tout à fait grandiose par la somme des petites gens qui le constitue. Paterson semble trouver du génie créateur en chacun d'entre nous, et c'est surement cela le plus beau.

     Presque contemplatif par moment, Paterson ne déroge pas au cinéma habituel de Jim Jarmusch. Avec son talent consommé pour exprimer la mélancolie et la difficulté de la création artistique, Jarmusch nous offre un anti-blockbuster qui prend son temps et redonne foi en l'humanité. Une humanité belle dans ce qu'elle a de plus ordinaire ou comment transformer le banal en fabuleux.  

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La rencontre avec le poète asiatique

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  • TOP CINE 2016 - JUST A WORD

    Ce top a été composé après visionnage de 96 films au cinéma sortis cette année 2016.

    [Top] Bilan Cinéma 2016

    10 - Nocturama de Bertrand Bonello

    Et si l'on commençait ce top par un film français ?
    Nocturama, c'est le dernier bébé de l'excellent Bertrand Bonello qui nous démontre avec brio que le malaise de la société moderne va bien plus loin que ce que constate les journalistes. Après une première partie en apesanteur, Bonello traîne son regard de vieux révolutionnaire déçu sur une jeunesse sacrifiée qui ne sait plus comment exister et combattre. C'est aussi beau que fort et ça prouve que le cinéma français vit encore quelque part !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    9 - Ma Loute de Bruno Dumont

    Encore un film français ? 
    Avec Ma Loute, nouvelle dinguerie signée Bruno Dumont, le top 2016 est bien représenté sous nos latitudes ! Accompagné d'une bande de joyeux drilles tous plus loufoques les uns que les autres, Bruno délivre un chant d'amour à sa région du Nord en s'en gaussant à outrance avec une caméra virtuose, un humour improbable et un sens de la mise en scène impressionnant. L'un des films les plus drôles et les plus jusqu'au-boutistes de l'année !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    8 - La Tortue Rouge de Michael Dudok De Wit

    Le film d'animation à l'occidental est-il mort dans l'ombre de l'anime japonais ?
    Avec la fusion de ces deux univers, Michael Dudok De Wit nous démontre qu'il n'en est rien. Petit joyaux brut inattendu, La Tortue Rouge est un monument de poésie muet où la beauté se cache dans la moindre image. Ode à la vie, au temps qui passe, à la nature et tout simplement à l'amour, La Tortue Rouge émerveille de la première à la dernière seconde. Le film d'animation de l'année !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    7 - Comancheria (Hell or High Water) de David MacKenzie

    L'année 2016 réservait au moins une authentique surprise avec Comancheria de David MacKenzie. L'auteur de Perfect Sense nous offre rien de moins qu'un des meilleurs films de l'année et cela en toute discrétion. Passé inaperçu en salles sauf pour une poignée de cinéphiles avertis, Comancheria revisite le western à la sauce sociale, charge une Amérique en train de se bouffer elle-même et offre un portrait de frères touchant en diable. Une véritable merveille.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    6 - The Witch de Robert Eggers

    Catégorie injustice, voici The Witch.
    Sorti directement en DVD, ce film d'horreur arrive pourtant à mettre une bonne claque à 99% des long-métrages sortis en salles. Dans une Amérique puritaine, une famille va découvrir l'horreur à l'orée d'une forêt pleine de mystères. Avec une économie de moyens tout à fait remarquable, Robert Eggers vous donne la chair de poule en filmant un lapin et un bouc. Redoutablement intelligent et incroyablement mis en scène, The Witch ne laisse personne indemne. Et c'est un premier film...

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    5 - Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich 

    Après The Look of Silence l'année dernière, c'est cette fois Jodorowsky's Dune qui gagne la place du documentaire de l'année ! Frank Pavich ébauche un film passionnant sur un projet mythique qui n'a jamais vu le jour mais semble couvrir de son ombre toute la production moderne. Tour à tour truculent, hilarant et passionnant, le documentaire émerveille par la passion qui en suinte par tous les pores. C'est jubilatoire de bout en bout et ça fait du bien à notre cœur de cinéphile !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    4 - The Revenant d’Alejandro González Iñárritu 

    Premier choc cinématographique de l'année, The Revenant n'a pas que permis à Di Caprio de recevoir l'oscar mais de confirmer l'incroyable talent du réalisateur mexicain. Pièce de choix du survival, The Revenant offre un moment de cinéma confinant au sublime dans une première séquence à couper le souffle puis en émerveillant à chaque seconde par la beauté maniaque de ses plans. En y ajoutant une dimension mystique passionnante et une pléiade d'acteurs formidables - Tom Hardy en tête - The Revenant entre dans l'histoire. Prenez une doudoune quand même.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    3 - Premier Contact de Denis Villeneuve

    Voici donc le podium de l'année en commençant par Premier Contact de Denis Villeneuve.
    Basé sur le texte de Ted Chiang, Premier Contact déjoue les pièges du blockbuster américain et se concentre sur l'intime devant tout le reste. Porté par une Amy Adams en état de grâce, le film de Villeneuve montre à nouveau le talent de mise en scène fabuleux du canadien. Véritable chant d'amour à une Science-fiction de l'humain, Premier Contact émeut. Devant l'immensité spatiale, c'est bien tout ce qui compte. La vie comme un palindrome.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    2 ex-aequo - Mademoiselle de Park Chan-Wook

    Tricherie éhontée dans ce top ! Un ex-æquo !!!!!
    Eh bien oui, devant l'impossibilité de faire un top 3 digne de ce nom, Mademoiselle de Park Chan Wook se retrouve ex-æquo ! Oeuvre incroyablement sensuelle et dense, Mademoiselle consacre de nouveau le réalisateur coréen comme un artiste de toute première catégorie. Mise en scène à tomber, musique raffinée et héroïnes extraordinaires, Mademoiselle incarne la quintessence du cinéma dans tout ce qu'il a de sensuel. En réalisateur machiavélique, Park Chan-Wook nous tient au creux de sa main pour mieux nous faire jubiler avec des plaisirs inavouables !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    2 ex aequo - Steve Jobs de Danny Boyle

    La surprise du podium de cette année, c'est bien l'apparition d'un biopic sur la seconde marche.
    Danny Boyle profite de l'expertise d'Aaron Sorkin pour livrer un long-métrage tout simplement extraordinaire sur un homme fascinant : Steve Jobs. Pensé comme une pièce de théâtre, Steve Jobs offre des dialogues succulents accompagné par une mise en scène qui n'en finit pas d'épater le spectateur pendant qu'un certain Michael Fassbender vole le show à lui seul. En contournant les pièges du biopic classique et en donnant sa vision de l'homme devant le génie, Boyle et Sorkin ont tout compris. Et si l'amour d'une fille était tout ce qui comptait en réalité ?
    Juste sublime.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    1 - The Neon Demon de Nicolas Winding Refn

    La beauté est tout.
    Vainqueur de cette année 2016, le film-expérimental de Nicolas Winding Refn laisse un peu tout le monde sur le carreau. Dans une ambiance qui vire peu à peu vers le glauque, The Neon Demon se révèle une véritable oeuvre d'art ciselée dans les moindres détails par un artiste fou. Parabole sur le monde moderne de l'apparence à tout prix, le long-métrage vous chope à la gorge pour vous murmurer à l'oreille que votre existence n'a aucun but. Que vous serez dévoré par le système. Plastiquement irréprochable, thématiquement terrifiant, The Neon Demon s'arroge la première place pour cliver encore un peu plus son monde. 
    Hail to the king !

    >>>>> CRITIQUE


    Les Coups de Cœur :

    - Captain Fantastic de Matt Ross -- Critique
    - Paterson de Jim Jarmusch -- Critique

    - Vaiana de John Musker et Ron Clements
    - Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson  -- Critique
    - Le ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar 
    - Ma Vie de Courgette de Claude Barras -- Critique
    - L’effet aquatique de Solveig Anspach 
    - Men & Chicken de Anders Thomas Jensen -- Critique
    - Batman vs Superman de Zach Snyder -- Critique
    - Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase 


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  • [Critique] Mademoiselle

     

     Est-il encore besoin de présenter le meilleur réalisateur coréen vivant à l'heure actuelle ? Propulsé au rang de star mondiale avec son Old Boy, Park Chan-Wook a depuis enchaîné les coups d'éclats. Le dernier en date, le magnifique Stoker, datait tout de même de 2013 et l'on attendait avec une impatience non dissimulée l'arrivée de son dernier métrage, le fameux Mademoiselle. Présenté sur la Croisette cette année et reparti bredouille de celle-ci (!!), le film a pourtant largement recueilli les faveurs de la critique. En retournant à un casting intégralement coréen, Park Chan-Wook revient à un genre qu'il aime plus que tout, le thriller vengeresque et retors. Coiffé au poteau par Moi, Daniel Blake de Ken Loach dans la course à la Palme d'Or, Mademoiselle a pourtant de très sérieux atout à faire valoir. Reste cependant l'interrogation autour de l'orientation ouvertement homosexuelle du métrage qui peut faire craindre un Vie d'Adèle bis. C'est pourtant bien mal connaître Park Chan-Wook...

    Nous sommes dans les années 30, dans une Corée colonisée par le Japon. Le Comte, un escroc ambitieux, tente d'infiltrer Sook-he, une servante, chez la richissime Hideko que l'on surnomme Mademoiselle. Son but ultime ? Séduire Hideko avec l'aide de Sook-he et empocher sa fortune. Dans le manoir lugubre de son oncle Kouzuki, Hideko va donc recevoir cet homme prêt à tout pour la conquérir. Même à assister aux mystérieuses et dérangeantes séances de lectures d’œuvres littéraires sado-masochistes données pour une poignée de riches amateurs. Le décor est planté, le jeu de dupes peut commencer. En reprenant une intrigue labyrinthique naviguant entre Stoker et Old Boy tout en distillant un lent poison malsain au gré de son histoire, Park Chan-Wook découpe son film en trois actes et joue avec son spectateur comme un chat avec une souris.

    Construit sur de multiples retournements de situation, Mademoiselle pourrait rapidement agacer si le cinéaste coréen n'avait pas une maîtrise totale de son sujet et de ses acteurs. Au cœur de l'histoire, une affaire d'escroquerie qui se métamorphose rapidement en drame psychologique et amoureux. Très doué pour brouiller les pistes et magnifier ses acteurs, Park Chan-Wook dirige impérialement son casting, avec une mention spéciale à Kim Min-Hee et Kim Tae-Ri qui portent littéralement le film sur leurs épaules...moins frêles qu'elles n'y paraissent. Car oui, Mademoiselle est un film féministe de la plus belle facture. Non seulement il nous plonge dans les turpitudes amoureuses d'un amour lesbien mais il montre l'emprise des dames sur une société pourtant résolument patriarcale. La force du propos de Mademoiselle tient en grande partie de cette fabuleuse peinture amoureuse entre la servante et la maîtresse qui, au contraire du putassier et pitoyable film de Kechiche, restitue un érotisme d'une élégance extrêmement rare. 

    L'autre versant de Mademoiselle, c'est sa situation historique et le jeu entre coréen/japonais qui scinde en deux la société présentée. C'est également l'allusion constante à la littérature érotique lorgnant vers le sado-masochisme (un thème déjà présent dans l'oeuvre de Park-Chan Wook) qui transforme le manoir en un lieu effrayant et presque surnaturel d'où suinte des plaisirs interdits. Les séances de lecture autour des œuvres de Sade sont autant de moments de délices jubilatoires où le coréen se permet tous les excès.Il sait aussi se faire plus discret et revenir à des choses bien plus "basiques" mais pourtant d'une efficacité sidérante comme la scène du bain où Sook-he lime langoureusement la dent de sa maîtresse avec le doigt. Sans aucun doute la séquence la plus érotique de cette année 2016 sur grand écran. Mais tout cela n'est possible que par un seule et unique élément : le talent hallucinant de metteur en scène de Park Chan-Wook.

    Dès les premiers instants, Mademoiselle est une splendeur visuelle. En utilisant sa caméra avec une aisance de tous les instants, Park Chan-Wook fait plus que capturer une histoire, il la magnifie dans chaque angle, par chaque petit détail. Là où Kechiche filmait tout en gros plans avec une vulgarité de m'as-tu vu écœurante, le réalisateur coréen recherche toujours le meilleur angle d'attaque, notamment lors des scènes de sexes. De facto, celles-ci deviennent des instants de délices visuels d'un érotisme confondant. La première nuit d'amour entre Sook-he et Hideko a beau être présenté à deux reprises, la maestria visuelle et l'imagination sans renouvelée de Park Chan-Wook pour la filmer laisse pantois. Le point d'orgue du film sera dès lors la séquence de sexe lesbien avec des boules de geisha à clochettes où l'esthétisme érotique rejoint le tintement langoureux des carillons. 

    Sous cette couche d'érotisme sublime, Park Chan-Wook infiltre sournoisement le malaise dans le cœur du spectateur. La cave mystérieuse dont on ne cesse de parler, l'obscur rôle de l'oncle, l'éducation entraperçue de Mademoiselle...tous ces éléments, dévoilés avec une infinie précaution, donne un goût poisseux au film. Il suffit d'ailleurs de quelques minutes au réalisateur pour nous terrifier lorsque l'on découvre la fameuse cave de l'oncle. Les tortures qui y ont lieu nous seront montrées en parti mais on imagine le reste avec un effroi certain. Encore une fois, comme il l'avait fait avec Stoker, Park-Chan-Wook jongle avec le non-dit et le malsain, s'amuse à nous égarer et à nous titiller pour mieux nous faire tomber à côté d'un piège vénéneux. Le sexe est une arme et les femmes savent l'utiliser à la perfection. 

    Sans aucun doute l'un des plus beaux (le plus beau ?) métrage sur le plan formel de l'année 2016, Mademoiselle est un condensé du talent de conteur et de réalisateur de Park Chan-Wook. Servi par un casting irréprochable et par un sens de l'érotisme tout à fait délicieux, voici la véritable Palme d'Or de Cannes en 2016...et l'un des meilleurs films de l'année.

     

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Le limage de dent

     

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  • Palme d'or Cannes 2016

     

     

     Attendu au tournant, Moi, Daniel Blake de Ken Loach a beaucoup fait parler de lui depuis sa présentation au festival de Cannes cette année. Pourquoi cela ? Parce que le film a été récompensé par rien de moins que la Palme d’or, la récompense suprême de la Croisette. Le problème là-dedans c’est que non seulement un certain nombre de films méritait bien davantage la Palme (Qui a dit Mademoiselle ?) mais qu’en plus Ken Loach est un réalisateur très (très) connu à Cannes. Il avait déjà décroché la Palme en 2006 pour Le Vent se lève ainsi que trois Prix du Jury. Dire qu’on soupçonne George Miller (le président du jury 2016) d’un délit de copinage est un doux euphémisme. Cependant, comme cela doit toujours être le cas, il faut d’abord voir le film en question avant de pouvoir juger du bien-fondé de cette récompense et de la hype qui l’accompagne.

    Moi, Daniel Blake est un film social. Cela ne surprendra personne de la part d’un Ken Loach toujours très engagé même à l’âge de 80 ans. Il nous présente donc Daniel Blake, un veuf de 59 ans qui a perdu son travail de menuisier suite à un infarctus sur le lieu de son travail. Désirant plus que tout reprendre son activité, il demande donc une aide sociale en attendant de pouvoir travailler de nouveau. Sauf qu’on lui refuse et qu’il tombe alors dans les méandres Kafkaïens du Pôle Emploi anglais et des services sociaux attenant. Il y fait la rencontre d’une jeune femme, Katie, mère célibataire de deux enfants, qui survit tant bien que mal en attendant que les services sociaux daignent lui venir en aide.

    Film lent mais rageur, Moi, Daniel Blake pose son personnage principal avec une habilité remarquable. Daniel est le type même de vieux bougre qui ne mâche pas ses mots dans une société où tout a l’air de foutre le camp. La réalisation très sobre et très naturaliste de Ken Loach fait des merveilles dans un Londres froid et souvent déshumanisé qui ne trouve un peu de chaleur qu’à la lumière de ces « parasites ». Moi, Daniel Blake a donc un défaut assez évident : il n’a quasiment aucune nuance. Il s’agit là d’un film à charge et il ne montre que les valeureux écrasés par le système. Il ne fait état d’aucun profiteur ou d’aucun abus. Dans le monde vu par la loupe de Loach, tout le monde est opprimé, est victime, personne n’est profiteur. Le manque de nuance a parfois tendance à agacer, mais c’est sans compter sur la rage qu’il reste au réalisateur. Non seulement à travers deux personnages magnifiques, Katie et Daniel, mais aussi à travers la relation qui en ressort, cette tendresse instantanée qu’on a pour ces deux-là. Le portrait humain n’a rien à se reprocher, même s’il semble être le seul modèle concevable pour le cinéaste.

    C’est ici que cette critique prendra pour le lecteur habituel de ce site une tournure inattendue. Il n’est ordinairement jamais question de point de vue politique ici mais…pour une fois…
    Moi, Daniel Blake s’apprécie et ne se conçoit pas en dehors d’une perspective politique et sociale. Oui, le film n’a pas de nuance. Oui, Ken Loach voit tout de façon très caricaturale, parfois avec bonheur (l’administration froide et mécanique, totalement déshumanisée) parfois avec trop de naïveté (le gentil voisin qui fait de la contrefaçon).
    Mais Moi, Daniel Blake est un film nécessaire, un film qui fait du bien. Sortez de chez vous, allez-y.
    Regardez les trottoirs. Regardez ces gens-là qui crèvent de faim, de froid, de tout. Ces gens qui vous culpabilisent quand vous passez à côté, que vous ne donnez pas assez ou pas du tout alors que vous-même, souvent, vous êtes écrasés par les impôts d’un état totalitaire qui ne dit plus son nom. Ken Loach donne une voix, une dignité à ces gens-là, à ces crève-la-faim qui ne sont pas là pour vous sucer le sang mais pour vivre décemment, qui veulent juste un toit, à bouffer et un travail. Quand votre président gagne rubis sur l’ongle, que vos députés se goinfrent comme des porcs, quand vos footballeurs gagnent des millions, quand les grands du CAC 40 se caviardisent.
    Entendre Daniel Blake fait un bien fou, c’est un cri de raison dans une société moderne capitaliste devenue folle, devenue monstrueuse. Dénuée de toute parcelle d’humanité.
    Mais là où Ken Loach touche au sublime, c’est lors d’une séquence à la banque alimentaire.
    Dans celle-ci, Katie, qui se prive depuis des jours pour que ses enfants puissent manger, ouvre une boîte de conserve en catimini pour pouvoir manger des haricots froids parce qu’elle a « tellement faim ». Cette séquence est terrible, glaçante, magistrale. Sans musique, sans emphase, avec juste sa caméra et rien d’autre, Ken Loach capture l’indicible de notre société. Une femme qui pleure parce qu’elle a honte de mourir de faim.
    Parce qu’elle a honte de mourir de faim !
    Cette scène, emblématique de la rage du film et de sa charge totalement sans nuance fait autant de bien que de mal au spectateur. Rien que pour ça, rien que pour les milliers de personnes dans ce cas, ballottées par des services sociaux débiles et des gouvernements qui nous apprennent à nous détester entre petits plutôt qu’à les brûler vifs eux pour nous laisser crever, rien que pour ça Moi, Daniel Blake n’est pas le film mauvais ou insuffisant qu’on nous a vendu. Au contraire, il s’agit d’un excellent film.

    Le long-métrage de Ken Loach ne méritait pas la Palme d’Or cette année à Cannes d’un point de vue purement cinématographique. Mais cela n’enlève en rien ses qualités. Le cinéaste pousse un cri de douleur, un cri feutré dans ce monde moderne absurde, aidé par deux comédiens extraordinaires – Dave Johns et Hayley Squires – et par une réalisation d’une sobriété exemplaire. Pas de musique, juste des mots, juste des êtres humains qui, l’espace d’un film, redeviennent autre chose que des invisibles.
    Bravo Mr Loach !

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : La banque alimentaire

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  • [Critique] Trolls

    Parfois, on s'imagine les réunions de projets des producteurs Hollywoodiens, surtout dans l'industrie de l'animation.
    Par exemple, comment un jour une personne a pu se dire "Tiens, et si on faisait un film sur des Legos ?" ou "Tiens, si on faisait un film avec des saucisses ?".
    Ou comment un scénariste ou producteur a pu regarder cette figurine culte des années 80-90, le fameux Troll de la société Dam Things et se dire : "Wahou, ça ferait un super film d'animation ?"

    [Critique] Trolls

    Non, parce que, franchement, vu comme ça, c'est pas vraiment la première chose à laquelle on pense. Pourtant, c'est bien ce que Dreamworks a fait en confiant le projet à Mike Mitchell et Walt Dohrn qui avaient surtout bosser sur Bob L'éponge et Shrek auparavant. Pas de quoi être rassuré à priori surtout si l'on rajoute que c'est Justin Timberlake qui supervise la partie musicale. 
    Soyons cependant juste quelques minutes. En effet, Lego : The Movie ne fut pas seulement une bonne surprise mais une petite bombe animée délicieuse et complètement malade, Sausage Party bénéficie quand à lui d'une remarquable presse outre-Atlantique. Alors quand on regarde ce projet totalement improbable, on a envie de se dire "Pourquoi pas ?"
    Et justement...pourquoi pas...

    Premier défi pour les réalisateurs, inventer une histoire derrière de simples figurines. Nous sommes dans le pays des Trolls, d'adorables créatures à la chevelure pour le moins détonante, qui adorent chanter, se faire des câlins et dire tout plein de choses gentilles. En gros, les Trolls sont des bisounours version pop-rock. Le problème, c'est que leur joie de vivre leur donne un goût particulièrement délicieux pour le palais des Bergen, des sortes de trolls au vrai sens du terme avec le physique qui va avec. Devenus des mets précieux pour les Bergen et enfermés dans un arbre-prison pour la dégustation annuelle des Bergens, les Trolls retrouvent espoir grâce à leur roi qui les emmène dans une contrée lointaine pour vivre en harmonie. Le souvenir des Bergen s'effaçant, la fille du roi, Poppy, ainsi que ses amis Trolls, oublient ce qu'était le danger. Seul un Troll continue à vivre en reclus dans un bunker en attendant le retour de la menace Bergen. Le sinistre Branche qui ne chante pas, n'aime pas les câlins et refuse de se mêler aux autres. Jusqu'au jour où la terreur resurgit.

    Expliqué de cette façon, le scénario des trolls ne restitue pas la folie de l'entreprise parce que, soyons clairs, à l'écran c'est un festival de WTF pendant les trente premières minutes. Les Bergens sont des monstres grotesques qui bouffent des Trolls pour ressentir un peu de bonheur, les Trolls sont des caricatures sur pattes de bisounours sous amphet avec des personnages carrément improbables parmi eux - une chenille qui ne sait pas parler, une espèce de...créature au long cou en miniature qui défèque des cupcakes, un Trolls boule à facettes qui crache des paillettes...Mais quest-ce que c'est que ce film ? En plus d'une histoire tirée par les cheveux - c'est le cas de le dire - Trolls affiche fièrement un tas de personnages improbables qu'on dirait inspirés d'un univers à la Pratchett...et ça tombe bien puisque les réalisateurs avouent s'en être inspiré avec Le Grand Livre des Gnomes. On comprend mieux pourquoi l'on obtient un résultat aussi étrange et farfelu.

    Certes le cheminement du film ne sera pas extraordinairement original mais il compte un sacré paquet de séquences hallucinogènes et d'idées excellentes. A commencer par Branche, le Troll en noir et blanc qui n'aime personne ou, mieux, le petit roi Bergen et sa servante follement amoureuse de lui. Deux mochetés hyper-attachantes et complètement inattendues. Les réalisateurs, conscients surement de l'improbabilité totale de leur scénario, s'en donnent à cœur joie. On arrive donc rapidement à une histoire fun, drôle et jouant constamment sur un côté WTF qui fait plaisir. Des délires comme un nuage avec des bras et des jambes...et qui parle ou une séquence de relooking à la Cendrillon de la servante Bergen. C'est cependant encore ailleurs que Trolls tire son épingle du jeu : Trolls est un film d'animation ET une comédie musicale en même temps.

    Rythmé par des chansons modernes, le métrage aurait pu devenir une parodie populaire d'un Disney d'antan. Mais ce n'est jamais le cas car les multiples chansons choisies s'incluent avec bonheur dans l'histoire. Il suffit de voir The Sound of Darkness remixé pour plaire à Branche pour s'en convaincre. Cette utilisation malicieuse donne au film encore plus d'humour et même de profondeur émotionnelle. On parle ici bien évidemment de la magnifique séquence dans la marmite où les Trolls réinterprètent la chanson True Colors. A ce moment-là, le film arrive à toucher son public. En somme, si Trolls fonctionne aussi bien, c'est parce qu'il ne se prend jamais au sérieux, s'amuse avec son postulat pour faire à peu près n'importe quoi dès qu'il le peut tout en laissant des prises plus classiques au spectateur...et parce qu'il est diablement beau. L'animation est en effet irréprochable et se permet quelques fantaisies comme les scènes en scrapbooking imaginées par Poppy. Décidément, Trolls regorge de surprises.

    Voila. Encore une fois, un projet complètement...grotesque...se transforme en un film d'animation sympathique, drôle, attachant et souvent complètement jeté.
    En tentant quelques petites choses délicieusement improbables, Trolls transcende son aspect banal pour devenir un divertissement fun utilisant la musique avec élégance et humour. Une bonne surprise qui vous laissera un grand sourire au lèvres et quelques notes sur la langue.  
    A voir ABSOLUMENT en VO par contre... le doublage français des chansons étant une catastrophe intégrale.


    Note : 7/10

    Meilleure scène : La séquence True Colors 

     

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  • [Critique] War Dogs

     Very Bad Guns

    Connu pour sa trilogie Hangover ( Very Bad Trip en français...), l'américain Todd Philips n'avait pas particulièrement brillé après un premier volet fun et rafraîchissant. En tentant de changer de formule dans le dernier épisode en date, le réalisateur s'était pourtant un tantinet perdu, incapable de dépasser un schéma narratif bancal finissant par ennuyer poliment son spectateur. Il continue cependant dans la veine comédie avec War Dogs, un biopic sur deux marchands d'armes amateurs qui avait, sur le papier, beaucoup d'arguments pour séduire. A commencer par un beau casting rassemblant Miles "Whiplash" Teller, Jonah Hill et Bradley Cooper. Le problème, c'est bien de savoir si Todd Philips est capable de sortir de sa routine narrative comme il l'avait fait dans Very Bad Trip 3...tout en gardant un rythme et un sujet intéressant pour le public. 

    De quoi parle War Dogs ? De l'histoire authentique de deux jeunes américains, Efraïm Diveroli et David Packouz, qui s'en sont mis plein les poches durant la guerre d'Irak grâce à une astucieuse entreprise qui profitait des appels d'offres d'armes de l'armée américaine dont personne ne voulait. Les miettes en somme. Mais des miettes qui valaient un sacré pesant de cacahuètes pour monsieur tout le monde. C'est ainsi qu'en flouant la Défense, ces deux marchands d'armes ont réussi à décrocher un faramineux contrat qui finit par les perdre. War Dogs est donc une sorte de biopic vendu comme une comédie. C'est d'ailleurs là que le bât blesse.

    De la comédie dans mon drame ?

    Le problème, c'est que War Dogs n'est pas véritablement un film comique. Evidemment, les deux personnages principaux sont des gentils losers (enfin presque), qui n'iront jamais très loin. Jonah Hill s'en sort très bien dans un rôle tout de même assez ingrat en interprétant un Efraïm Diveroli jouissif mais dont le seul gag consiste en un ricanement qui finit par agaçer. En face, Miles Teller écope d'un personnage assez vu et revu, le brave gars qui se retrouve piégé dans une entreprise louche dans le but d'offrir ce qu'il se fait de mieux à sa femme et son enfant. Globalement pourtant, War Dogs n'est pas une franche comédie. Quelques gags font sourire le spectateur mais ça s'arrête là. Todd Philips mise en réalité sur un domaine plus délicat: le drame. En construisant son récit comme une histoire sérieuse, le cinéaste fait dans la redites. Il se confronte par la même à un poids lourd du genre : Lord of War d'Andrew Niccol.

    Une fois cette notion en tête, on s'aperçoit très vite des similitudes entres les deux métrages. La lente montée en puissance de David, son envie d'impressionner sa femme et de vivre bien au-delà de ses moyens, ses entreprises de plus en plus dangereuses et embarrassantes d'un point de vue moral...et la chute, inévitable. Sauf que War Dogs n'arrive jamais à la cheville de ce maître-étalon. Todd Philips n'y peut rien, son film parait insignifiant. Il aborde un thème très fort, la vente d'armes, en ouvrant les portes sur un sous-texte contestataire important avec le rôle joué par les Etats-Unis...sauf qu'il n'en fait rien. Du tout. War Dogs reste du pur entertainement et n'a en réalité aucune épaisseur. Malgré son pompeux découpage en chapitres (qui ne sert à rien), le long-métrage ne sait pas où se placer ce qui finit par le ranger dans la catégorie : "vite vu, vite oublié".

    Tir manqué 

    War Dogs n'a rien de désagréable à la vision. Il montre que Todd Philips cherche à se renouveler en explorant des domaines autres que celui de la pure comédie. Malgré cette bonne volonté, l'américain ne sait pas positionner son film et se décider sur la façon de traiter son sujet accouchant ainsi d'un objet filmique inoffensif. Quitte à choisir, revisionnez Lord of War.

    Note : 6/10

    Meilleure scène : La traversée du triangle de la mort

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  • Grand Prix Cannes 2016
    Meilleur réalisateur pour Xavier Dolan Césars 2017
    Meilleur acteur Gaspard Ulliel Césars 2017

    Enfant chéri de la critique cannoise, le canadien Xavier Dolan a encore frappé cette année sur la Croisette. Après le prix du Jury pour son merveilleux Mommy en 2014, il remporte cette fois le Grand Prix pour Juste la fin du monde. Dans un palmarès très contesté, le jeune cinéaste n’a pourtant pas été épargné par la critique. Premier film avec un casting français de prestige, Juste la fin du monde joue la carte de l’adaptation de la pièce de théâtre, en l’occurrence ici celle de Jean-Luc Lagarce. Clivant largement le public lors de sa diffusion, le métrage a-t-il vraiment mérité sa récompense ou Cannes a-t-il encore commis un délit de copinage de plus ?

    Sur un thème relativement simple – mais très dur à traiter -, celui de l’annonce d’une mort prochaine, Juste la fin du monde s’enferme dans la maison familiale où tous les drames du passé sont restés piéger dans l’ambre, où les rancœurs sont encore chaudes et où les esprits un brin revanchards. Car Louis, personnage central de l’intrigue, revient après 12 ans passés à l’étranger et après avoir littéralement abandonné sa sœur, son frère et sa mère. On devine très vite que Louis vient dire une chose terrible à cette famille qu’il regrette mais qu’il ne sait absolument pas comment leur parler.

    « J’ai peur d’eux » répète Louis durant ce huit-clos familial. Et l’on comprend rapidement pourquoi. On pénètre dans une sorte de cocotte-minute, où les émotions sont prêtes à péter, où l’on sent constamment la tension qui monte. Le style Dolan est toujours présent, le réalisateur choisissant de nouvelles expérimentations – encore plus radicales – en filmant presque constamment en plans serrés ou en gros plans ses personnages. On est donc capturés par les émotions ainsi qu’asphyxiés dans le même temps. Ce choix artistique s’avère vite à double tranchant. En enfermant son intrigue dans un lieu unique, le canadien redouble l’effet claustrophobe de son film en le conjuguant avec son choix de mise en scène. Le problème majeur qui se pose, et c’est une première pour un film de Xavier Dolan, c’est que le métrage tombe dans l’hystérie la plus totale ainsi que dans la logorrhée chronique de ses personnages.

    Forcément, avec tant de ressentiment contre Louis, on sait dès le départ que les choses avec Antoine, son frère irascible, Suzanne, sa sœur perdue et Martine, la mère excentrique style Diane de Mommy, vont être compliquées et explosives. C’est ici que Juste la fin du monde perd son public. Les acteurs passent leur temps à crier, à s’engueuler, à s’emballer. Les longs tunnels de dialogues en tête-à-tête (le film fonctionne par confrontation entre Louis et un autre membre de la famille présente) se révèlent douloureux au possible. La palme revenant à l’entretien entre Louis et Suzanne, juste exécrable et inutile. Le film fatigue par ce mécanisme d’hystérie perpétuelle. Le spectateur se sent écrasé par les disputes et les cris, d’autant plus que tout se filme en gros plan. On est piégés et, franchement, c’est très désagréable à la longue.

    On n’arrive en réalité bien vite à comprendre ce qu’a voulu tenter Xavier Dolan. Dresser le portrait douloureux d’un homme confronté à ses erreurs passées, à ses manques. Gaspard Ulliel, magnifique, erre de pièce en pièce chassant les vieux fantômes de sa mémoire. Dans ces instants de flash-backs stylisés, Dolan redevient égal à lui-même, c’est clinquant mais c’est outrageusement beau. Sauf que cela ne se produit que par fugaces instants mélancoliques. On regrette amèrement que le cinéaste se prenne les pieds dans le tapis tant on sent le potentiel d’émotion derrière. Un potentiel palpable lors de l’entrevue entre Nathalie Baye, la mère, et Ulliel dans un cabanon. Dolan excelle à filmer avec sincérité la relation mère-fils, cette fois encore. Ou surtout dans ce crescendo final où Cassel brille d’un coup dans cette colère foudroyante mais…qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Il manque la narration logique et charmeuse d’un Mommy. Il manque même l’extravagante musique des précédents films avec des morceaux qui sonnent faux ! Une première ! Une chanson de Moby très mal placée, une autre de Blink 182 qui n’a rien à faire là…bref, que se passe-t-il à l’école Dolan ?

    Il avait pourtant bien des cartes en mains pour briller. A commencer par un casting de stars-égéries qui font tout ce qu’elles peuvent pour être à la hauteur. Cassel est excellent, Ulliel aussi, Nathalie Baye se Dolanise de la meilleure des façons possibles, Léa Seydoux n’est pas insupportable…Et Marion Cotillard interprète le rôle le plus intéressant et le plus nuancé du métrage. C’est son personnage qui aurait mérité plus d’approfondissement encore, surtout qu’il est à la fois extérieur et intérieur à la cellule familial. Mais non, Xavier Dolan, patauge, ne retrouve que quelques éclats de sa grandeur bien connue et ne peut sublimer son sujet comme il sait pourtant si bien le faire…

    Juste la fin du monde est le premier échec de la carrière du jeune Xavier Dolan. On voudrait aimer ce film plein d’émotions brutes, on voudrait vraiment mais c’est trop. Trop hystérique, trop asphyxiant, trop mal raconté,trop mal dosé…Le réalisateur passe à côté de son sujet. Du coup, on se demande avec un tel Grand Prix ce que nous réserve la Palme d’Or

    Note : 4/10

    Meilleure scène : Louis et Antoine plus jeunes en train de jouer - Louis et Martine dans le cabanon - La colère d'Antoine

    Meilleure réplique : "J'ai peur d'eux"

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  • [Critique] Spartacus

    Oscar 1961 du meilleur second rôle pour Peter Ustinov

    En 1960, Stanley Kubrick entre à Hollywood par la grande porte. Son dernier film, Les Sentiers de la gloire, lui a permis d'attirer l'attention des majors et de gagner à sa cause un certain Kirk Douglas. Véritable pilier de l'industrie Hollywoodienne à cette époque, Kirk Douglas se met en tête d'adapter le roman d'Howard Fast sur grand écran. Narrant la fameuse rébellion de Spartacus à l'époque de l'empire romain, l'histoire présente un énorme potentiel commercial et artistique, d'autant plus que le péplum est alors un genre en vogue. Seulement voilà, Douglas doit d'abord composer avec la commission des activités anti-américaines qui a blacklisté Howard Fast mais également le génial Dalton Trumbo, soupçonnés tous deux d'être des agents communistes. Trumbo va tout de même finir par être crédité avec l'appui acharné de Kirk Douglas. Autre problème, peut-être encore plus important, le réalisateur de Spartacus ne convient pas à Kirk Douglas. David Lean ayant refusé, c'est Anthony Mann qui prend le relais mais celui-ci est viré au bout de 2 semaines de tournage pour être remplacé par Stanley Kubrick lui-même. Un pari risqué, à la fois pour l'acteur Hollywoodien et pour le réalisateur alors en pleine ascension. 

    Souvent décrit par Kubrick comme son film le plus impersonnel, Spartacus n'en reste pas moins un énorme blockbuster à l'ambition dévorante ainsi que le témoin de toute une époque. Il faut tout de suite clarifier les choses quand à la parenté du métrage. Stanley Kubrick garde ici son sens de la mise en scène (les scènes de bataille et l'icônisation des personnages) et donne une authentique patte visuelle au film. Le problème, c'est qu'en effet, Spartacus n'a presque rien de Kubrickien. Si l'on excepte une ambiance de fin du monde lorsque l'on sait Spartacus voué à la défaite et la description particulièrement sanglante (pour l'époque) qui en est fait, les thèmes récurrents du réalisateur américain n'apparaissent simplement pas. La raison en est assez simple : Spartacus est un film de Kirk Douglas et Dalton Trumbo avant toute chose. Se faisant, le résultat peut laisser perplexe dans la filmographie du cinéaste qui semble ici perdre l'âme de son cinéma pour mettre son talent de metteur en scène au service d'un divertissement de haute volée. Voilà pourquoi Spartacus apparaît à la fois comme une mauvaise et une bonne chose dans le parcours de Kubrick. 

    Spartacus raconte l'histoire archi-connue de l'esclave du même nom qui se révolta contre l'Empire Romain. Histoire aussi héroïque que tragique, la légende de Spartacus devient une fresque impressionnante entre les mains de Kubrick, Douglas et Trumbo. Le film profite d'une distribution royale, d'un budget colossal qui se ressent constamment à l'écran (notamment la dernière scène de bataille hallucinante par son ampleur) et de fils narratifs ambitieux, même si imparfaits. On retrouve dans Spartacus tout ce qu'affectionne le grand Hollywood : un héros magnifique, une histoire d'amour passionnée et tragique, un combat pour la liberté et des sous-intrigues politiques passionnantes pleines de coups bas. A première vue, Spartacus est l'archétype du film Hollywoodien. Sauf que.

    Sauf que derrière cette histoire se trouve un certain Dalton Trumbo et qu'en y regardant de plus près, il transforme l'histoire de Spartacus (avec entorses historiques et anachronismes tout du long) en une charge anti-américaine et, plus généralement, anti-capitaliste, incroyablement audacieuse. Si l'on prend le film au premier degré, on se retrouve devant un homme se battant pour la liberté et la libération du joug d'un empire tyrannique, célébrant ainsi certaines valeurs américaines traditionnelles. Mais si l'on creuse et qu'on regarde de plus près, le message s'inverse. Spartacus incarne en réalité l'homme pré-communiste et devient en cours de route le porte-étendard d'une conception communiste de la société où l'esclave (le prolétaire) se libère des chaînes de l'exploitation d'un empire où le riche écrase le pauvre et où la corruption gangrène tout (l'Empire Romain/Américain). En assumant de ce fait que l'Empire Romain soit une métaphore de l'Empire américain, et Spartacus le porte-étendard de la révolution des pauvres et des exploités, le sénat présenté dans le film se divise entre Démocrates (Gracchus) et Républicains (Crassus). Là où Trumbo va encore plus loin c'est lorsqu'il présente la mort de Spartacus, héros communiste naturellement adulé par le public, comme un écho du Christ sur la croix. En somme, le peuple américain, aveuglé par ses dirigeants, crucifie son propre sauveur. Trumbo accomplit là un tour de force scénaristique incroyable, parfaitement retranscrit par le jeu d'un Kirk Douglas toujours impeccable et qui porte littéralement le film sur ses épaules. On pourra même s'amuser (dans la version longue) à débusquer la scène aux connotations homosexuelles insérée par Trumbo entre Antoninus et Crassus. 

    Derrière ce scénario d'une redoutable intelligence, on trouve également un divertissement de haute volée qui préfigure largement des films comme Gladiator de Ridley Scott bien des décennies plus tard. L'intrication des fils politiques, historiques et amoureux forcent le respect et permet de capter l'attention du spectateur sur la colossale durée de 3h17 (!!). Ne reniant pas quelques doses d'humour bien senties grâce au truculent personnage de Peter Uslinov, aka Batiatus, Spartacus n'ennuie jamais. Au contraire, il passionne et offre tout ce que l'on recherche dans un blockbuster d'honnête facture, voir même bien plus en y regardant à deux fois. Ne reste alors qu'à déplorer un certain manque d'ambition visuelle. Loin des travellings des Sentiers de la Gloire, Spartacus semble rendre Kubrick plus sage, plus prévisible. On reconnait encore de-ci de-là l'élégance du réalisateur, mais rien de comparable à ce qu'il donnera par la suite. 

    Ce détour Hollywoodien laissera un gout amer dans la bouche de Stanley Kubrick qui reprend de ce fait les chemins d'un cinéma plus personnel et moins clinquant. Spartacus restera cependant un classique intemporel qui continue de fasciner à l'heure actuelle. Certainement l'un des péplums les importants de l'histoire du cinéma. 

     

    Note : 8.5/10

    Meilleures scènes : La bataille - Spartacus sauvé par ses hommes après la défaite

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