• [Critique] Comme des bêtes

     Entre les ténors de l'animation occidentale tels que Pixar, Blue Sky et Dreamworks, un petit studio tente de se faire une place : Illumination Entertainement. Déjà à l'origine de la franchise Moi, moche et méchant et du Lorax, les créateurs des Minions nous offrent pas moins de deux nouveaux films d'animation cette année. Si Tous en scène ne sortira que bien plus tard, c'est déjà l'heure pour The Secret Life of Pets (renommé Comme des bêtes pour le territoire français, car le français moyen aime les titres débiles semble-t-il...) de jouer dans la cour des grands. Entre L'Âge de glace 5, Le Monde de Dory et La Tortue Rouge, on peut dire que la concurrence sera rude. Heureusement, Comme des bêtes a quelques atouts dans sa manche, à commencer par un character design attachant et une thématique qui laisse entrevoir de grandes possibilités. Un pari réussi ?

    En réalité...pas vraiment.
    Comme des bêtes entraîne le spectateur dans la vie des chiens, chats, oiseaux et autres rongeurs qui nous servent d'animaux de compagnie...une fois que nous les laissons seuls. Première mauvaise surprise, la bande-annonce initiale a tout montré des cinq premières minutes du film. Du coup, aucun éclat de rire ou sourire. Deuxième mauvaise surprise, et malgré ce que semblait affirmer la campagne marketing autour du film, Comme des bêtes reste un film à l'ancienne. Une fois la porte refermée, Chris Renaud et Yarrow Cheney nous entraînent dans l'histoire de Max et Duke, deux chiens qui vont devoir cohabiter ensemble et qui, forcément, n'en ont aucune envie. Autour d'eux gravitent un tas de second rôle, de Chloé à Pops en passant par Gidget. Jusque là, rien de mauvais, beaucoup de divertissement et une aventure joyeuse et relativement rythmée.

    Sauf que les choses n'iront jamais plus loin.
    Il faut bien comprendre que Comme des Bêtes n'est pas un mauvais film d'animation. Aucun aspect du long-métrage n'est mauvais en soi, on peut même dire que l'animation en elle-même est une pure réussite. C'est juste qu'il semble relever d'une autre époque. Au-delà de son aventure principale et de quelques fils secondaires (notamment la quête de Gidget et des autres), il n'y a rien d'autre. Il n'y a aucune émotion profonde dans Comme des Bêtes. On se retrouve devant un film d'animation agréable mais dénué de tout fond. Ou tout du moins, qui ne fait qu'effleurer très rapidement ce qui aurait pu constituer des thématiques fortes tels que l'abandon, le temps qui passe, le lien maître-animaux...Tout est survolé, jamais exploité. On éclate parfois de rire devant les répliques de Kevin, le lapin déglingué vivant dans les égouts avec sa bande, mais on ne retrouve jamais le dimension supplémentaire apportée par les films Pixar ou l'immense intelligence d'une Tortue Rouge. 

    A côté de ça, les réalisateurs nous offrent tout de même un agréable moment de détente avec quelques trouvailles vraiment amusantes, du lapin dont on parlait plus haut au running-gag du hamster. Les personnages sont attachants, l'histoire ne laisse pas beaucoup de temps morts. Bref, Comme des bêtes peut s'apprécier comme un dessin-animé occidental à l'ancienne, sans sous-texte, sans double lecture. Au vu des possibilités qu'il renferme, le film ne peut pourtant que décevoir tant ses créateurs peinent à faire jaillir la moindre émotion. Ils n'arrivent jamais à atteindre la tendresse qui se tissait entre Gru et les enfants dans le premier Moi, moche et méchant, restant constamment un large cran en-dessous de ce dernier. Le résultat s'avère frustrant.

    Loin de la poésie de La Tortue Rouge ou de l'émotion latente du Monde de Dory, Comme des bêtes assure le minimum et se repose sur une formule un tantinet dépassée. On espère que Tous en scène parviendra à rectifier le tir. 
    Amusant mais rapidement oublié.

      

    Note : 7/10

    Meilleure scène : L'arrivée du lapin et de son gang

    Meilleure réplique : Ricky, on pense à toi !

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  • [Critique] Le Monde de Dory

     Immense succès lors de sa sortie en 2003, Le Monde de Némo était l'oeuvre de deux hommes : Lee Unkrich et Andrew Stanton. Ce dernier revient, seul, aux commandes du Monde de Dory, suite située un an après les événements du premier volet. Malheureux depuis le cuisant échec de son John Carter, Andrew Stanton retrouve un univers qui lui est familier et centre cette fois-ci l'aventure sur le personnage secondaire le plus truculent du Monde de Némo : Dory. Victime de Troubles de la Mémoire Immédiate, elle apportait une fraîcheur et un zeste de folie à la quête de Marin. Cependant, comme on l'on a pu s'en rendre compte avec le désastreux Monstres Academy, Pixar n'est jamais aussi bon que lorsqu'il génère de nouvelles idées (Vice-Versa en fut la démonstration éclatante l'année passée). De ce fait, voir débarquer une nouvelle suite dans la filmographie du studio a de quoi laisser le spectateur dubitatif. D'autant plus que l'aventure semble se calquer sur une redite du Monde de Némo... Dory peut-elle être à la hauteur ?

    Le plus gros défaut de ce Monde de Dory, c'est évidemment son postulat : Dory se lance dans une folle aventure pour retrouver ses parents. Un petit air de déjà-vu puisque l'on remplace un disparu par un autre. On sait donc d'emblée que le film ne sera certainement pas à la hauteur de son prédécesseur puisqu'il perd forcément en fraîcheur et en originalité. Cependant, Stanton ne fait pas les deux erreurs capitales qu'avait commis Monstres Academy. Tout d'abord, Le Monde de Dory capitalise sur ce qui était peut-être le meilleur personnage du précédent opus. Dory reste toujours ce feu-follet au cœur tendre que l'on a connu par le passé ,et Stanton lui ajoute une profondeur bienvenue, même si un peu simpliste. Ensuite, Le Monde de Dory est une suite, non une préquelle, les choses ne sont pas figées dans le temps, évitant ainsi de révéler à l'avance la fin de son intrigue (cela même si celle-ci n'a rien de bien originale dans son dénouement).

    Dory s'impose naturellement comme une héroïne ultra-attachante pour le spectateur. En explorant son Trouble de la Mémoire Immédiate, Stanton tient évidemment quelque chose de très fort, transposant ici un thème qu'on aurait plutôt l'habitude de voir dans une autre tranche d'âge (Alzheimer) pour lui donner une dimension plus cruelle encore. Si l'on peut reprocher au réalisateur de n'utiliser que de façon très opportune cette problématique (Dory a tendance a oublier les choses quand cela apporte quelque chose au scénario ou pour un effet comique), elle mène tout de même à une authentique touche émotionnelle lorsque le handicap dresse une barrière entre Dory et le monde qui l'entoure. Le film est d'ailleurs d'autant plus efficace et poignant quand il met en scène Dory bébé avec ses parents. Son apprentissage et son désespoir quand elle se perd auraient pu constituer une histoire superbe à bien des égards. Ce n'est malheureusement que partiellement exploité. Qu'à cela ne tienne, Stanton tente de combler ce manque de profondeur émotionnelle en ajoutant un excellent personnage secondaire en la personne de Hank, une pieuvre un tantinet asociale et dont la relation avec Dory finira par émouvoir (Cf la séquence où Hank relâche Dory en lui disant qu'il ne l'oubliera pas).

    En fait, c'est d'ailleurs dans sa galerie de personnages secondaires farfelus que Le monde de Dory trouve un second souffle. Outre Hank, on citera Becky, Destinée, Bailey...ou l'impayable Gérard, qui concourent tous à la dimension comique, et parfois absurde, de l'histoire. On ne peut pas forcément en dire autant de Némo et Marin qui font vraiment rajouts à cette histoire concernant avant toute chose Dory. C'est un peu le même défaut qui gangrène les suites Pixar, le fait que la firme à la lampe n'est jamais aussi éblouissante que quand elle introduit de nouveaux personnages ou quand elle donne une véritable raison d'être à la présence d'anciens héros (comme pour les Toy Story). Ici, tout se passe comme si Némo et Marin se devaient d'être là. Une sorte de fan-service un peu opportuniste en somme. Car dès que l'on reste sur Dory, les choses se passent beaucoup mieux. Sans jamais arriver à la cheville émotionnelle d'un Vice-Versa, Le Monde de Dory donne encore quelques beaux moments (les retrouvailles et la plupart des flash-backs). Reste alors un aspect technique forcément éblouissant qui, lui, mettra tout le monde d'accord : visuellement parlant, le film est une pure réussite.
    Tout comme le court-métrage qui le précède d'ailleurs, Piper, un petit bijou technique doublé d'une très jolie histoire muette.

    Si Le Monde de Dory fait bien mieux que Monstres Academy, il ne constitue pas non plus un Pixar majeur. Il s'agit juste en l'état d'un film d'animation visuellement magnifique avec des personnages attachants et une thématique relativement originale...mais qui aurait mérité des choix plus audacieux sur le plan scénaristique. Dommage que Pixar semble s'entêter à reprendre ses franchises-phares plutôt que d'investir dans des histoires originales.
     

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Les lions de mer et Gérard

    Meilleure réplique : Tu prends la confiance Gérard !  - Nage droit d'vant toi !


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  • [Critique] La Tortue rouge
    Prix Spécial du jury Un Certain Regard, Cannes 2016

    Entre Le monde de Dory, Comme des Bêtes et L’âge de glace 5, un curieux (et discret) long-métrage d’animation s’est glissé.
    Tout en 2D pour le coup, La Tortue rouge est la rencontre de deux mondes : celui des japonais du studios Ghibli (le film est produit par le célèbre studio et notamment par un certain Isao Takahata) et celui du néerlandais Michaël Dudok De Wit.
    Si ce nom ne vous dit rien, c’est assez normal puisqu’il s’agit de son premier long-métrage. Pourtant, le monsieur a déjà remporté l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation avec Père et Fille en 2000 ainsi que le grand Prix du festival d’Annecy…rien que ça. En 1994 d’ailleurs, son court Le Moine et le Poisson lui avait déjà valu un César.
    Il était donc plus que temps pour lui de porter son talent sur grand écran.La Tortue rouge n’est pas seulement la révélation de Michaël Dudok De Wit à un plus large public, c’est aussi une œuvre audacieuse, poétique de la première à la dernière seconde et simplement magistrale.


    Dans une 2D magnifique, La Tortue rouge raconte le naufrage d’un homme, dont le nom restera un mystère tout du long, sur une petite île déserte au milieu de l’océan. Cette histoire minimaliste à souhait réserve un nombre de surprises assez hallucinantes et, avant toute autre chose, une prise de risques certaine. Alors qu’à l’heure actuelle les productions cinématographiques, et à plus forte raison les œuvres pour enfants, ont une peur évidente du silence, ne pouvant s’empêcher de remplir l’histoire par toutes sortes de dialogues parfois ineptes, La Tortue rouge opte pour un silence quasi-complet.
    A peine percé par quelques cris ou rires, le film de De Wit s’avère une œuvre intégralement muette.

    Ce pari d’une extrême audace paye pourtant rapidement car le néerlandais fait passer toute l’émotion et la poésie de ce qu’il raconte par le visuel et la musique. Cette dernière, composée par Laurent Perez Del Mar, est un ravissement de tous les instants et convoque les meilleures partitions des films des studios Ghibli. C’est à ce moment qu’il faut préciser que l’influence de l’œuvre de Miyazaki et Takahata est omniprésente dans La Tortue rouge. Non content de raconter une histoire humaine forte et universelle, celle de la solitude, le film peut s’appréhender comme une ode à l’écologie, un plaidoyer vibrant pour un retour à la nature. Avec ses tempêtes destructrices et ses injustices mais aussi avec sa beauté d’une simplicité désarmante qui ramène aux fondamentaux de l’existence.

    A cette dimension, il faut ajouter l’indubitable aspect émotionnelle que façonne le réalisateur néerlandais à travers des séquences simples mais maîtrisées à la perfection. Sans aucune parole (et c’est vraiment bluffant), il nous fait ressentir la tristesse, la culpabilité, la joie, l’émerveillement et la mélancolie. Il prend le pari fou de décrire le cycle de la vie sur une île déserte avec trois personnages et des crabes. L’amour, la mort, l’émancipation, l’enfantement, l’apprentissage, tout cela n’aura jamais été aussi bien filmé dans une œuvre animée. Dudok De Wit s’avère un magicien à bien des niveaux mais il excelle dès lors qu’il s’agit de distiller des existentielles tout en ne reniant jamais la dimension humaine, et donc cruelle, de la chose.

    Car tout a une fin, même (ou surtout en fait) dans La Tortue rouge. La beauté intense qui irradie du film tend vers une mélancolie lancinante qui utilise la musique et les images pour transpercer le cœur du spectateur. Du coup, si les enfants y verront surtout l’aventure rocambolesque et semée d’embuches d’un homme perdu au milieu de nulle part trouvant l’amour de façon improbable, les adultes, eux, pourront en tirer une fabuleuse métaphore sur la vie en général et un vibrant plaidoyer écologique. Cette double lecture, marque des grands films, achève de convaincre de l’infinie talent de Michaël Dudok De Wit.

    Surprise audacieuse et poétique, la Tortue Rouge s’impose comme un chef d’œuvre d’intelligence. Sa délicatesse en fait un film d’une beauté sidérante qui ne cesse de hanter le cœur de son spectateur par la suite.
    Certainement l’un des plus grands dessins animés de ces dernières années !

    Note : 10/10

    Meilleure scène : La culpabilité du naufragé face à la Tortue

     

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  • [Critique] The Neon Demon

    Ceux et celles qui ont découvert le cinéaste danois Nicolas Winding Refn grâce à Drive en 2011 risquent d'être une nouvelle fois surpris. En effet, alors qu'Only God Forgives avait déjà passablement remis les pendules à l'heure en retrouvant l'expérimentation cinématographique si chère au réalisateur, The Neon Demon n'emprunte pas seulement la même voie mais va beaucoup, beaucoup plus loin. Annoncé au départ comme le film "horrifique" selon Refn, le long-métrage déroute dès les premières minutes. Après avoir clivé une partie de la critique à Cannes cette année, The Neon Demon débarque sur les écrans pour prouver une nouvelle fois à ceux qui en doutaient que Nicolas Winding Refn a encore bien des choses à dire.

    Pour cela, il embauche la jeune et virginale Elle Fanning pour jouer l'ambitieuse mais niaise Jesse, fraîchement débarquée à Los Angeles pour accomplir son rêve : devenir mannequin. Elle ne s'attend certainement pas à vivre dans un motel miteux tout en s'élevant dans les strates d'un milieu très fermé où la jalousie et la compétition sont deux valeurs fondamentales. Elle découvre bien vite que personne ne lui fera de cadeau. Seule sa beauté pure et inestimable lui permet de laisser tout le monde sur le carreau. Plus dur sera la chute... Nicolas Winding Refn pose donc sa caméra dans le monde de la mode pour capturer le parcours terrifiant et hypnotisant de Jesse. Si The Neon Demon a été vendu au départ comme un film d'horreur, c'est certainement du fait du ton adopté par Refn pour filmer son histoire. Seulement voilà, difficile d'apposer une étiquette véritable sur le métrage.

    Fidèle à ses habitudes, Refn ne fait pas les choses à moitié. The Neon Demon suivant Jesse dans l'univers de la mode, le film se doit d'être à l'image du dit-univers. Dès l'écran titre, le spectateur voit apparaître les initiales NWR dignes d'une pub pour un parfum. Adoptant une esthétique extrêmement travaillée, The Neon Demon transpose l'artificialité du milieu visité jusque dans sa mise en scène. Ainsi, le danois lâche la bride à son goût pour l'esthétisation parfois outrancière (souvenez-vous de Only God Forgive ou Bronson) et ouvre son long-métrage sur un très long plan fixe en travelling avant où Jesse pose couverte de sang pour un photo-shoot morbide. Accompagné de la musique géniale de Cliff Martinez (devenu une vraie marque de fabrique pour le réalisateur), on comprend d'emblée que The Neon Demon ne sera pas un film accessible. Pourtant, soyons clairs, aucun autre métrage dans l'année n'a fait montre d'une maîtrise formelle plus impressionnante. Jusqu'au bout des ongles, The Neon Demon consacre sa mise en scène à son sujet de fond : la beauté.

    "Beauty is everything" dira Jesse à son petit-ami jetable en milieu de film. The Neon Demon prend la chose au pied de la lettre en montrant au spectateur que le message du métrage se confond totalement avec son apparence. On assiste alors à des séquences hallucinantes et hallucinées : La boîte de nuit éclairée par des flashs de lumière blanche où un corps torturé se contorsionne sur scène, une scène de défilé où Jesse tombe amoureuse de sa propre image ou encore un viol vécu par l'autre côté du mur. Tout est à tomber, la maîtrise technique de Refn est ici absolue.Cependant, The Neon Demon ne peut simplement se résumer à sa formidable mise en scène. En bon trublion, Nicoals Winding Refn dépeint l'univers de la mode avec un ton horrifique délicieux. La chair se transforme, devient une matière première, pure ou modifiée, malléable ou peinte. Dans ce monde d'artifices, la moindre petite chose devient terrifiante, le moindre défilé plonge dans une horreur sourde et malicieuse qui met mal à l'aise. Jesse, incarnation de la jeunesse naïve et prétentieuse par excellence, ne se rend pas compte qu'elle évolue au milieu d'un peuple de loups prêt à la bouffer au moindre faux-pas. En mélangeant sexe (lesbien ou pas), en pervertissant les codes du conte traditionnel (le petit-ami qui a tout d'un prince charmant se fait éconduire par sa belle qui ne voit que la beauté et rien d'autre) ou le château abandonné où règne une méchante sorcière travestie en marraine attentionnée et avide de sexe. 

    Rapidement, The Neon Demon donne des sueurs froides. Les remarques des compétitrices se font de plus en plus voraces, les personnages qui gravitent autour de Jesse de plus en plus inquiétant. Filmant la mode en mélangeant sensualité, sexe, attirance morbide voir nécrophile et cannibalisme, Nicolas Winding Refn redéfinit un univers clinquant pour en faire un lieu de débauche malsain où l'arrivée du fantastique n'a en fait plus rien de surprenant. Transformant son récit en histoire quasiment mystique, Nicolas Winding Refn ne recule devant rien, immisçant de plus en plus franchement l'horreur et le sang dans l'histoire de Jesse. Pour autant, il ne cède jamais aux facilités actuelles du genre, préférant adopter un point de vue à mi-chemin entre la fascination et la répulsion pour mieux perdre le spectateur. La vorace Jena Malone incarnant à merveille cette dualité. Si l'on a beaucoup parlé de belle coquille vide pour décrire The Neon Demon à Cannes, inutile de dire qu'une nouvelle fois une bonne partie de la critique est passée à côté du génie de Refn. Après tout, Mad Max : Fury Road avait de toute façon reçu le même genre de critiques l'année dernière. En l'état, The Neon Démon se clôt comme il s’est ouvert, avec un aspect de clip pour parfum ironique où semble retentir le rire carnassier du danois.

    Certainement son oeuvre la plus expérimentale à ce jour, The Neon Demon n'est pas un film grand public. Épousant son sujet jusque dans les moindres détails de sa mise en scène, le métrage de Nicolas Winding Refn hypnotise par sa mise en scène incroyable tout en immisçant l'horreur et le fantastique dans un univers de la mode froid et morbide. 

    En définitive, un très grand film !
     

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Le défilé

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  • [Critique] Paranoia Agent 

     Alors qu'elle rentre de son travail, la créatrice-star Tsukiko Sagi est attaquée par un mystérieux enfant portant des rollers dorés, une casquette et une batte de base-ball. Forcément très exposée dans les médias depuis que sa peluche kawaii, Maromi, est devenue un phénomène de société, Tsukiko cache pourtant quelques secrets. Dont le fait qu'elle se sent piégée par le succès remporté par sa dernière création et que, depuis, l'inspiration lui fait défaut. Ce triste événement va pourtant vite prendre une toute autre dimension. Bientôt, celui que l'on surnomme Le Gamin à la batte (shônen bat en VO) s'en prend à d'autres personnes : deux écoliers que tout oppose, une jeune femme aux activités nocturnes peu recommandables, un journaliste et même un policier. L'affaire enfle rapidement pour prendre des proportions nationales et la paranoïa se répand plus vite qu'un feu de forêt. L'enquête de l'inspecteur Ikari et de son jeune collègue Maniwa va pourtant connaître des obstacles inattendus. A commencer par l'amnésie des victimes et leur fragilité psychologique... Qui donc est ce Gamin à la batte et que veut-il réellement ?

    Aujourd'hui reconnu comme l'un des plus grands génies de l'animation japonaise, Satoshi Kon n'a livré qu'une unique série anime au cours de sa (trop) courte carrière. Après son Tokyo Godfathers, le réalisateur se tourne vers un nouvel univers qui, finalement, porte en lui tous les germes de son futur chef d'oeuvre et film-testament, le fameux Paprika. Épaulé par Seishi Minakami, il conçoit une série de treize épisodes de 24 minutes chacun en partant d'un postulat minimaliste et, apparemment, banal. Seulement voilà, et ceux qui connaissent Satoshi Kon s'en doutent bien, Paranoia Agent va beaucoup plus loin qu'une simple enquête policière. En voulant ausculter la société japonaise moderne et ce qui représente peut-être son mal le plus caractéristique, à savoir le mal-être psychologique qui la gangrène, le cinéaste nous plonge dans un récit aux multiples facettes recelant autant de mystères que de pistes de réflexion. Dans Paranoia Agent, tout est pensé et repensé minutieusement retrouvant ainsi la profondeur sociétale et psychologique de l'oeuvre de Satoshi Kon au cinéma. 

    On peut, de façon tout à fait artificielle, scinder Paranoia Agent en trois parties. La première, entre les épisodes 1 à 7, suit l'enquête d'Ikari et Maniwa en introduisant graduellement de nouveaux personnages, étoffant ainsi l'intrigue et dévoilant au spectateur l'identité des différents individus qui défilent dans le générique d'ouverture. La seconde marque une pause dans la série en relayant Le Gamin à la batte au second plan pour livrer trois épisodes qui pourraient se concevoir comme des loners : Planning Familial (Episode 8), ETC (épisode 9) et Mellow Maromi (épisode 10). Enfin, la dernière partie boucle les différents fils narratifs et permet à Satoshi Kon de s'amuser avec le spectateur sur les différents niveaux de réalité comme il le fera si bien dans Paprika deux ans plus tard. Après un pilote qui pose les bases et introduit les personnages les plus importants, à savoir Tsukiko, Ikari et Maniwa ainsi que le duo Maromi/Gamin à la Batte, Satoshi introduit à peu près un nouveau personnage par épisode pour étoffer son intrigue, l'élargir et tisser un suspense qui frôle parfois l'incompréhension. Flirtant toujours avec l'hermétisme, le japonais arrive toutefois toujours à maintenir le spectateur la tête hors de l'eau et ébauche une histoire passionnante et aux multiples facettes.

    Partant d'une enquête policière tout ce qu'il y a de plus banale, Satoshi Kon va s'amuser à plonger dans le mal-être sociétal qui ronge la société japonaise et cela par plusieurs abords. Le premier par les répercussions de l'attaque de Tsukiko sur deux collégiens, Yuichi et Ushiyama, mettant en évidence de façon malicieuse la pression qui repose sur les épaules des jeunes japonais, les effets pervers de leur compétition et de leur soif d'excellence ainsi que le phénomène d'harcèlement à l'école. On comprend alors très rapidement que Satoshi tente de croquer les différents malaises qui rongent ses concitoyens à chaque personnage qu'il introduit : Chouno Harumi représente la dichotomie sexualité/pudeur chez les japonais, véritable schizophrénie sociétale, Masami Hirukawa oppose la justice et la corruption, Makoto Kozuka permet de parler de la fascination des japonais pour les mondes imaginaires et l'échappée de la vie quotidienne qu'ils permettent...Même Maniwa, plus tard, opposera traditionalisme et modernité au sein du Japon actuel. Cette dualité se retrouve de toute façon dans tous les aspects de Paranoia Agent. Elle permet, de manière insidieuse mais diablement bien pensée, d'en venir vers un thème dont raffole Satoshi Kon, le rapport de l'homme vis-à-vis du réel...mais nous y reviendrons.

    En l'état, le cinéaste ausculte une société malade (qui pourrait d'ailleurs aussi bien être notre société occidentale à quelques détails près) en se servant de façon simplement brillante de tous les personnages qu'il introduit. Tout est mûrement pensé dans cette pléiade parfois improbable pour contribuer à épaissir, et l'intrigue elle-même, et la réflexion de fond. Du coup, Paranoia Agent montre bien vite une profondeur inattendue de prime abord. Surtout qu'en plus de ce qui a déjà été énoncé plus haut, la série se penche sur la paranoïa sociale (justifiant ainsi son nom). Le Gamin à la batte, avant d'être une métaphore sur la culpabilité et sur un échappatoire au réel, est également la personnification d'une menace, qu'elle quelle soit. Satoshi Kon montre comment d'une simple série d'agressions née toute une légende, voir une véritable mythologie, autour du Gamin à la batte. Ainsi, il passe du jeune garçon à roller au monstre de plusieurs mètres à peine humain. Cette évolution ne sert pas juste un but esthétique ou psychologique mais montre bien comment la rumeur se propage et comment la société s'enkyste dans une paranoïa qui la fait tombé toujours plus bas. On comprend d'autant mieux la chose avec l'excellent épisode 9 "ETC" qui met en scène des commères déformant et inventant à n'en plus finir sur les méfaits du mystérieux agresseur aux rollers dorés. Avec beaucoup d'humour et d'ironie, Satoshi Kon explique ni plus ni moins la naissance des légendes urbaines. 

    A côté de ça, Satoshi Kon se penche sur une autre thématique qu'il affectionne : la réalité. Tous les personnages présentés dans Paranoia Agent partage cette volonté d'échapper au réel, trop épuisant, trop stressant. Le Gamin à la batte, les agressions et, d'une autre manière, Maromi, représente autant de pistes pour fuir le réel. La série raconte avec beaucoup de justesse le besoin d'un autre univers qui pourrait violemment changer la donne (un bon coup de batte) ou plus doucereusement (Maromi ou l'univers fantasy de Kozuka). Cette aspiration culmine dans le meilleur épisode de la série, Planning Familial, où Satoshi Kon aborde le suicide, préoccupation majeure au Japon, d'un point de vue tout à fait fascinant, enlevant tout le dramatisme de la chose pour mieux frapper les esprits. Il s'agit certainement d'une des toutes meilleurs histoires autour de ce fléau qu'on ait jamais vu sur le petit écran. Le dernier des trois loners regroupe un peu tous les thèmes précédents mais en nous emmenant dans l'univers de la création d'un anime, sorte de sous-texte méta malicieux et très intéressant dans le fond. 

    Enfin, outre la multitude sidérante d'interrogations proposée par la série, il s'agit bel et bien d'une magnifique histoire sur le regret et la culpabilité traitée à la Satoshi Kon. C'est à dire avec folie et en mélangeant les univers (graphiquement ou scénaristiquement parlant) et en explosant les barrières du réel. Si l'on se perd parfois, c'est toujours avec délice, en sachant qu'il faut savoir se laisser porter, que d'une façon ou d'une autre le cinéaste retombe toujours sur ses pattes. Les derniers épisodes de  la série resserrent son intrigue ainsi que sa galerie de personnages, prenant un ton plus intimiste et permettant de comprendre encore mieux le miroir que représente les deux (excellents) génériques. Alors bien sûr, rien n'est jamais aussi simple qu'il n'en a l'air avec Satoshi Kon et l'ouverture finale rappelle que peut-être que toute cette histoire n'était qu'un écran de fumée et que certaines réponses ne viendront jamais. C'est aussi cela qui fait de Paranoia Agent une grande série, c'est qu'elle laisse la place à l'imagination.

    Certainement déroutante au premier abord, Paranoia Agent contient tout le génie, le talent et l'intelligence de son auteur, Satoshi Kon. Exploration aux multiples facettes d'une société japonaise moderne malade, la série n'a pas peur d'abattre les murs du réel pour entraîner le spectateur toujours plus loin. 
    Bref...

     

    Note : 9/10

    Meilleur épisode : Planning Familial
     

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  • [Critique] Warcraft

     Franchise vidéo-ludique culte s'il en est, Warcraft allait forcément un jour ou l'autre passer par la case grand écran, et cela pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'il représente une manne financière non-négligeable du fait de la popularité de sa dernière itération, le MMORPG World of Warcraft (et cela malgré l'érosion notable du nombre de joueurs ces dernières années), ensuite parce que l'univers se prête particulièrement bien à une adaptation cinématographique (ou du moins le troisième volet de la saga, mais nous en reparlerons) et enfin, parce que depuis la trilogie du Seigneur des Anneaux - du Hobbit également dans une moindre mesure - il existe un place à prendre sur la scène fantasy épique. Après une difficile gestation, le projet a atterri entre les mains d'un jeune cinéaste, Duncan Jones, déjà connu pour ses deux excellents long-métrages : Moon et Source Code (que l'on vous recommande chaudement au passage). Le film sort enfin sur les écrans après de multiples reports et tergiversations, chapeauté de loin par le studio légendaire qui l'a engendré, Blizzard Entertainement.

    Pour mieux se rendre compte des enjeux derrière cette adaptation, il est nécessaire de replacer Warcraft : Le Commencement dans son contexte. Né en 1994 avec Warcraft : Orcs and Humans, la saga a connu son envol avec le second volet intitulé Tides of Darkness l'année suivante. Ces deux opus avaient une histoire relativement simple se déroulant sur le monde d'Azeroth (il s'agit d'ailleurs également du nom d'un des trois continents de la planète) où le royaume humain de Lordaeron fait face à l'invasion de créatures belliqueuses : les Orcs. Venus d'une autre planète appelée Draenor, les Orcs sont dirigés (et opprimés) par le terrible Gul'dan lui-même émissaire du pouvoir démoniaque ainsi que par Main-Noire le Destructeur, chef de guerre Orc. C'est donc un affrontement assez classique que mettent en scène les deux premiers volets de la saga, agrémenté de quelques morts tragiques. Il faut attendre le troisième volet, le cultissime Warcraft III : Reign of Chaos, et son extension The Frozen Throne, pour que Blizzard exploite à sa juste mesure le potentiel de l'univers grâce à des personnages comme Arthas, Thrall ou Illidan. Sauf que pour son adaptation grand écran, le dévolu de Duncan Jones et Universal Pictures s'est porté sur...une préquelle au premier volet. 

    En quoi cela pose-t-il problème ? Tout simplement parce que non seulement Warcraft I et II présentent trop peu de matériel narratif digne de ce nom pour construire une storyline efficace au cinéma mais aussi, et surtout, parce qu'en regard du potentiel épique de Warcraft III, la démarche parait totalement inerte. Pire encore, Duncan Jones livre une préquelle à une histoire déjà mince et qui amènera forcément une répétitivité pour la suite - si suite il y a, bien évidemment. Du coup, le film part sur de mauvaises bases et accuse rapidement le coup puisque le récit met un temps fou à décoller. En fait, elle ne semble même prendre son envol que dans les vingt dernières minutes avec l'inévitable bataille finale, cliché éculé du genre fantasy au cinéma. Entre temps, on s'appesantit longuement sur le fade camp humain et de (prévisibles) imbroglios politiques. Ce n'est cependant que le premier des (gros) défauts du film. Outre son problème de rythme dû à un très mauvais choix de départ, Warcraft souffre également d'un problème de casting flagrant et de caractérisation défaillant.

    Dans le métrage, tout se passe à l'image d'un jeu vidéo. On retombe sur l'un des plus gros points noirs de toutes les adaptations vidéo-ludiques, la volonté de fan-service et de vouloir montrer à l'écran un décalque de ce qui se fait dans le jeu. Sauf qu'une nouvelle fois, cela ne fonctionne pas. La plupart des personnages sont définis par leur fonction. Ainsi on retrouve le guerrier, le roi, le mage, l'apprenti-mage, le fils et la guerrière rebelle. Cette simplicité dans la caractérisation donne donc un sentiment de vide au camp humain. Pire encore, le casting de ces derniers s'avère un retentissant échec. Warcraft regorge de miscasts ! Seul Travis Fimmel en Anduin Lothar ajoute un petit quelque chose dans ce bouillon infâme de jeu d'acteurs médiocres...et encore. Non seulement les acteurs jouent mal mais ils n'ont tout simplement pas la "gueule" de l'emploi. La chose est évidente avec Ben Foster, très peu crédible en vénérable gardien, mais devient vite pathétique avec Khadgar interprété par le ridicule Ben Schnetzer, à la fois à côté de la plaque dans son jeu mais aussi complètement dénué de charisme. Ne parlons même pas de Dominic Cooper et de son rôle aussi inconsistant que cliché... Là où Le Seigneur des Anneaux faisait un remarquable sans-faute, Warcraft se vautre presque totalement.

    Quid des Orcs alors ? Difficile ici de parler de miscast, puisque les acteurs ne font que prêter leurs voix aux images de synthèse qui composent ce pan de l'histoire. Globalement d'ailleurs, cet axe narratif s'en tire légèrement mieux que son pendant humain. Evidemment, et on s'y attendait, les Orcs à l'écran font un tantinet cinématique de jeux vidéos. Malgré toute la bonne volonté de l'équipe en charge des FX (et en précisant bien que le rendu n'a rien de honteux pour la Horde), les créatures ainsi que la multitude (certains diront l'overdose) de synthèse à l'écran donne un cachet fake et kitsch à Warcraft. Un écueil évité par Le Seigneur des Anneaux avec beaucoup de malice en son temps mais dans lequel tombait également Le Hobbit. Curieusement cependant, le récit des Orcs passionne davantage. Même si passionner est un grand mot. Au vu de l'ennui profond et de la mauvaise direction prise par la partie humaine de l'aventure, les péripéties de Durotan et Gul'dan apparaissent comme forcément meilleures. Pourtant, de façon objective, la trame des Orcs s'avère attendue et, comme tout le reste, atrocement manichéen avec ses traîtres et ses grand méchants. Rien que du très prévisible...si l'on omet un dernier twist de fin qui tente désespérément de venir réveiller le spectateur.

    On sent une volonté de créer un monde dans Warcraft et même, en filigrane, de la passion. Sauf que cela ne suffit pas tant les tares qu'accusent la direction d'acteur, le casting, le récit et les choix artistiques étouffent le reste. Pour parachever la chose, Warcraft se retrouve le cul entre deux chaises. D'un côté, il raconte une histoire très peu palpitante pour tous les fans de la franchise qui ont encore en tête les émotions ressenties lors du retour d'Arthas ou lors de sa confrontation avec Illidan. Les aficionados n'apprennent donc rien et s'ennuient passablement devant un récit perclus de défauts. De l'autre, les novices eux ne comprendront pas complètement l'intrigue car malgré l'étirement de celle-ci, son découpage parfois aberrant ainsi que ses allusions destinées aux fans l'égareront en route. Il manquera la profondeur et la richesse visuelle d'un Seigneur des Anneaux ou l'épique de la saga de Peter Jackson justement. C'est là le dernier reproche que l'on peut faire à Warcraft : sa mise en scène. Alors que c'était certainement le dernier point où l'on pouvait espérer quelque chose, Duncan Jones est méconnaissable. Comme écrasé par le blockbuster, le cinéaste ne donne aucune véritable ampleur à ce qu'il filme, n'incarne rien et ne produit que du fonctionnel. A peine aura-t-on un plan en plongée à dos de griffon pour se consoler...

    Énorme déception, Warcraft confirme une énième fois que les adaptations de jeux vidéos au cinéma ne marchent pas. Parce que les studios et les réalisateurs ne comprennent pas ce qui fait le sel d'une saga culte. Pas son visuel, pas son gameplay...mais bien son ambiance, ses personnages et son histoire. Il n'y a presque rien à sauver dans ce blockbuster sans âme qu'est Warcraft : Le Commencement. On espère juste simplement que l'univers Blizzard au cinéma sera laissé en paix à l'avenir...et que Duncan Jones retournera à un cinéma plus personnel.

    Note : 2/10

    Meilleure scène : Le griffon déchaîné au milieu des orcs

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  • [Critique] Men & Chicken

    Sortant dans le même laps de temps que Ma Loute, autre comédie folle et inclassable, Men & Chicken est le quatrième long-métrage d’un réalisateur danois jusqu’ici inconnu dans l’Hexagone : Anders-Thomas Jensen. Détenteur de deux oscars pour ses court-métrages, le cinéaste regroupe un casting alléchant avec Mads Mikkelsen (Hannibal, A Royal Affair…), David Denick (The Homesman, La Taupe…) ou encore Soren Malling (The Killing, Hijacking…) pour un film improbable et, pour tout dire, complètement jeté. L’humour danois mêlé au talent de mise en scène du réalisateur font pourtant de Men & Chicken une (très) bonne surprise.

    Dans cette histoire difficilement racontable, Jensen nous présente deux frères, Elias et Gabriel, qui vont découvrir à la mort de leur père…qui ne l’est en fait pas. C’est un vieil homme du nom d’Evelio Thanatos (!!) vivant sur une petite île danoise loin de tout qui serait leur véritable géniteur. Arrivé là-bas, les deux compères font la rencontre plutôt brutale de leurs trois demi-frères : Josef, Gregor et Franz. Tous ont le même père mais leurs mères respectives ont disparu, supposément mortes en couche. Que se passe-t-il sur cette île inquiétante ? Voilà bien la façon la plus sérieuse de poser les choses quant à l’histoire de Men and Chicken. Parce que le film déjoue systématiquement les attentes du spectateur.

    Vous pensiez voir un thriller banal ? C’est raté. Un film d’horreur ? Encore raté. Une simple comédie ? Toujours raté…
    Men and Chicken c’est un peu tout cela à la fois. Anders-Thomas Jensen se focalise sur la fraternité vraiment…étrange qui unit nos cinq loustics. Pourquoi étrange ? Parce qu’ils ont tous un grain (voir deux) de folie. Elias est un masturbateur compulsif qui se balade avec un rouleau de papier toilettes dans sa poche, Josef un obèse philosophe amateur de fromage, Gregor un coureur de jupons mais qui n’en a pas vu un seul en réalité et Franz adore empailler des animaux pour frapper les autres avec. Seul Gabriel semble un peu mieux loti. Mais dans un tel milieu de doux-dingues, il est aisé de paraître plus normal. Avec cette galerie de gueules – les acteurs sont horriblement grimés pour paraître tous plus repoussants et bouseux les uns que les autres –, difficile de ne pas s’attacher devant les raisonnements débiles et les us et coutumes de ces cinq-là.

    Constamment porté par un humour à mi-chemin entre les Monty Pythons et Laurel & Hardy, Men & Chicken est à mourir de rire dans ses dialogues comme dans ses (rocambolesques) situations. Le cinéaste danois arrive à trouver rapidement l’équilibre parfait entre rire et sérieux, ne réduisant pas le film à une simple comédie vite vue vite oubliée. Il développe aussi, et surtout, une vraie bonne histoire en arrière-plan, superbement filmée et interprétée. On n’aurait d’ailleurs jamais cru Mads Mikkelsen aussi désopilant. Men & Chicken se penche non seulement sur les liens familiaux, explorant avec malice l’adage « On ne choisit pas sa famille », mais également sur le besoin de racines, d’origines. C’est bien cela qui pousse Gabriel et Elias à partir sur la petite île retirée qui sert de décor au film. En parlant de décor, l’idée de filmer cette histoire loufoque dans un ancien sanatorium où les animaux vagabondent librement au milieu de la décrépitude ambiante s’avère exquise. Mariée à la mise en scène sobre et raffinée du danois, on obtient une ambiance unique entre le freaks show et le pur film d’horreur.

    Mais, plus encore peut-être que tout cela, c’est un dernier choix scénaristique qui fait définitivement tomber Men & Chicken du côté du bon film que l'on attendait pas (On vous conseille d’arrêter la lecture de cette critique à ce point si vous voulez ne pas vous spoiler le récit) : la relecture intelligente d’un classique littéraire. Une île mystérieuse, des humains dégénérés, un vieil homme qui manipule les gênes, des animaux partout…oui, Men & Chicken n’est en fait rien d’autre qu’une relecture comique et contemporaine de l’île du Docteur Moreau. Avec de la zoophilie et de l’humour borderline en prime (comme la séquence épique en maison de retraite). Le réalisateur danois livre sa propre version du classique avec un luxe de détails qui permet à l’intrigue de bénéficier d’une cohérence magnifique. Si l’on devine rapidement l’origine des frères, on ne peut qu’éclater de rire devant les mélanges improbables dont ils sont issus. Enfin, et c’est peut-être la cerise sur le gâteau, Men & Chicken parle en filigrane de ces endroits oubliés qui se meurent petit à petit. L’île du film rendant un hommage drôle et tendre à la fois à ces populations s’accrochant à leurs terres d’origines envers et contre tout.

    Drôle à souhait, finement mené, brillamment pensé et interprété, Men & Chicken est une petite sucrerie encore plus délicieuse qu’espérée. Anders-Thomas Jensen nous offre un moment de comédie loin d’être bête qui n’aime pas les conventions. Un délice à apprécier au plus vite.

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : La maison de retraite - Le premier repas

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  • [Critique] X-Men : Apocalypse

     Précurseur en matière d’adaptation de comics dans les années 2000, la saga X-Men au cinéma a connu diverses fortunes au cours du temps. Victime une première fois de la malédiction du troisième volet - X-Men : L’affrontement final -, elle s’est de nouveau égarée avec un spin-off douteux avec Wolverine : Origines. On pensait la franchise morte et enterrée lorsqu’en 2011 Matthew Vaughn lui donne une seconde jeunesse grâce à X-Men : First Class avant que Bryan Singer, maître d’œuvre original sur les deux premiers volets ne reviennent aux manettes par un solide Days of the Future Past. Vu la réussite critique (et publique) de cette seconde trilogie, la Fox et Bryan Singer tentent de déjouer la malédiction en proposant X-Men : Apocalypse. Reprenant le casting des deux précédents épisodes ainsi que de nouvelles têtes comme la jeune Sophie Turner de Game of Thrones ou le génial Oscar Isaac dans la peau du méchant Apocalypse, le troisième X-Men de cette seconde trilogie peut-il déjouer son funeste destin ?

    Après les années 60 de First Class et les années 70 de Days of the Future Past, voici logiquement venir les années 80 pour Apocalypse. Alors que le monde semble peu à peu accepter les mutants et que la nouvelle école de Charles Xavier connaît paix et prospérité, le premier mutant de l’histoire, le terrible Apocalypse endormi depuis l’âge des pharaons, se réveille en Egypte. Enrôlant plusieurs mutants de premier plan tels que Tornade, Psylocke ou…Magnéto, Apocalypse tente de modeler le monde selon sa vision pour construire un univers où ses semblables seraient les maîtres et non les parias. L’apocalypse peut commencer. Et ceci dans tous les sens du terme. Car, non, X-Men Apocalypse n’échappe pas au piège du troisième volet malgré tous ses efforts (souvenez-vous de la saga Terminator ou des Spiderman de Sam Raimi).

    Pour commencer, X-Men Apocalypse fait dans la redites. Depuis six volets, l’univers des X-Men tourne en rond sur la thématique de l’acceptation de soi et de la confrontation mutants-humains. Ce nouvel épisode ne fait pas exception à la règle. Cependant, là où les deux précédents volets pouvaient compter sur d’énormes points forts pour faire oublier définitivement cette redondance (Days of the Future past avait son intrigue temporelle, First Class la force de son origin-story), Apocalypse n’a simplement rien à proposer de neuf. Pire, sous prétexte d’un supposé hommage, le scénario est truffé de séquences déjà vues (le combat dans la cage, le retour de Stryker, un trauma pour Magnéto) … Bryan Singer arrive à bout de souffle, exactement comme l’affrontement final l'était à l’époque. Voir Apocalypse se moquer gentiment de ce dernier a de quoi laisser perplexe…

    Non seulement le long-métrage empeste la redites bon marché mais il oublie la force majeure de cette nouvelle trilogie : le contexte. Si l’on n’avait pas cette courte séquence où Apocalypse se branche sur une télévision pour absorber des informations sur l’époque où il s’est éveillé, difficile de donner un quelconque ancrage politique et historique à cet opus. C’était là pourtant l’une des grandes forces des deux précédents qui rendait l’intrigue d’autant plus pertinente et puissante en incluant la fiction dans la grande Histoire. On se retrouve du coup face à un film d’action teinté très légèrement d’une ambiance eighties qui se concentre sur son scénario catastrophe faisant dans la surenchère destructrice. Sauf qu’X-Men n’avait jamais cédé à ce genre de sirènes auparavant. Le résultat est une quasi-catastrophe.

    Singer ne capitalise plus sur ses personnages (à l’exception peut-être de Charles Xavier) et mouline tous ses acteurs dans un film-catastrophe sans saveur. Non seulement la dites catastrophe ne se ressent jamais à l’échelle planétaire, mais elle n’a en fait rien de bien passionnant. Il faut dire qu’Apocalypse tente de s’appuyer sur son méchant ainsi que ses quatre cavaliers, ce qui est, en réalité, le plus gros point faible du métrage. Apocalypse, interprété par un Oscar Isaac maquillé comme pas possible et dont Singer a eu la très mauvaise idée de modifier la voix, n’est en fait qu’un nouveau méchant lambda tout à fait fonctionnel. Un mégalomane en puissance qui mixe diverses influences (à commencer par un arrière-goût de Magnéto) pour devenir un vulgaire tyran déjà vu cent fois à l’écran. Pire encore que d’arriver à faire mal jouer Oscar Isaac, cet opus tente de bâtir 4 autres « méchants » mais n’en fait en fait exister aucun réellement. Psylocke est un comble de mauvais goût sexiste sans aucun background, Angel est un ado rebelle qui écoute du hard rock, Tornade une voleuse égyptienne dont on ne sait rien…et reste Magnéto. Pour justifier le passage de ce dernier du côté d’Apocalypse, Singer lui inflige un nouveau traumatisme totalement gratuit que l'on sent venir dès les premiers instants. Fassbender n’y croit d’ailleurs plus vraiment et assure le strict minimum… Le pinacle de la médiocrité étant atteint avec la réécriture de personnages pourtant passionnants. Diablo, par exemple, véritable délice du second X-Men, devient ici un personnage vide et inintéressant. Une honte !

    Reste alors le côté X-Men à proprement parler. Si James McAvoy tire son épingle du jeu face à une Jennifer Lawrence pâlichonne, c’est surtout le personnage de Quicksilver qui rate le coche. Extrêmement intéressant, Singer ne fait qu’effleurer sa quête alors même que l’on sent un énorme potentiel pour ce personnage qui livre une nouvelle fois la meilleure scène d’un film finalement décevant de bout en bout. Bien sûr, les fans du comics auront un large sourire lors du caméo d’un certain Wolverine en Weapon X, peut-être l’un des moments les plus bad-ass du récit, mais cela ne suffit absolument pas à rattraper l’énorme ratage que constitue X-Men : Apocalypse. En cédant aux sirènes de la pyrotechnie et de la multiplication des méchants, le film s’écroule. Il reste alors derrière tout ce fatras un moment de divertissement honnête qui fera passer le temps au spectateur venu se détendre un tantinet devant le grand écran. Un film taillé pour un public occasionnel en somme. X-men est redevenu un produit de divertissement sans saveur.

    Avec cet ultime volet concluant une deuxième trilogie pourtant excellente jusqu’ici, Bryan Singer déçoit amèrement. L’américain ne profite en aucune façon des possibilités offertes par Days of the Future Past et tombe dans tous les travers qu’il avait pourtant évité auparavant. X-Men : Apocalypse s’avère le X-Men de trop…encore. Il serait temps pour Singer de passer à autre chose et à la Fox de laisser les droits à Marvel Studios pour pouvoir offrir de nouvelles perspectives à la franchise.

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène : Quicksilver sauve le manoir - Le caméo de Logan

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  • [Critique] Ma Loute

    "Mais qu'est-ce que c'est que ce film ? " vont certainement s'exclamer un grand nombre de spectateurs en allant voir le dernier long-métrage de Bruno Dumont (le huitième déjà depuis La Vie de Jesus en 1997).
    Avec son casting de grosses stars françaises - Luchini, Binoche et Bruni-Tedeschi - largement (et forcément) mis en avant sur l'affiche, Ma Loute replonge dans ce qui avait fait le succès de la série P'tit Quinquin du même Bruno Dumont : la comédie policière grotesque ancrée dans le Nord de la France. Passionné par cette région où il a vu le jour, le cinéaste n'a donc toujours pas fini de lui rendre hommage...à sa manière du moins. Parce que Bruno Dumont reste Bruno Dumont. Ceux qui ont vu des films aussi radicaux qu'Hors Satan ou Camille Claudel le savent déjà, le réalisateur n'est pas un des tâcherons habituels du cinéma français. C'est même tout le contraire. Du coup, quand on va voir Ma Loute, ce n'est certainement pas à une comédie lambda et médiocre comme Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? qu'il faut s'attendre. Accrochez-vous à votre siège (des fois que vous prendriez la tangente par les airs) et bienvenue en 1910 sur une côte d'Opale où le disparitions s'accumulent...

    Pour y mettre un terme, les forces de l'ordre ont sorti l'artillerie lourde avec l'inspecteur Alfred Machin, bedonnant policier aux intuitions pour le moins étonnantes. Tandis que les cueilleurs d’huîtres - et plus particulièrement la famille Brufort - vaquent à leurs occupations, la famille Van Peteghem prend ses quartiers d'été dans leur luxueuse demeure de style égyptien. Parmi eux, Billy, la fille d'Aude Van Peteghem tombe nez à nez avec Ma Loute, l'aîné de la famille Brufort. Devant son charme...animal (au moins), une histoire d'amour débute dans les dunes. Des dunes de moins en moins sûres à mesure que les mystérieuses disparitions s'accumulent ! Voici peu ou prou le postulat de départ de Ma Loute, comédie loufoque et haute en couleur née de l'esprit pas tout à fait sain, mais carrément génial, de Bruno Dumont. Autant vous dire que si vous n'avez que de la haine et du mépris pour son P'tit Quinquin...Ma Loute ne va rien arranger. 

    En lieu et place de l'humour grassouillet et franchouillard bas de gamme habituel, Dumont saute à pied joint dans le grotesque, au sens noble et premier du terme. Les acteurs surjouent avec bonheur, les gags se multiplient sans aucun contrôle, l'intrigue explose toutes les limites communément admises par la comédie classique à la française, et la région du Pas-De-Calais (y'en a pas que pour le Nord non plus !) s'apprécie à l'aune de traits caricaturaux comme pas possibles. Pourquoi faire un film qui viendrait méthodiquement briser les à priori sur la région (et passant aussi à côté des tares de la dites région) quand on peut prendre le slogan Consanguins, chômeurs, alcooliques au pied de la lettre et, mieux encore, aller beaucoup plus loin ? Non seulement les habitants du Nord sont des consanguins, des imbéciles et des alcooliques notoires dans Ma Loute mais en plus ils sont cannibales ! Rien que ça. Dumont ne recule devant aucun cliché, se les réapproprie dans son jeu burlesque délicieux, les magnifie et les incruste dans son intrigue absurde au possible. Le résultat, pour qui comprend un tantinet le but du réalisateur et son second degré, s'avère à mourir de rire. De surcroît dès que les acteurs ouvrent la bouche.

    On espère pour les autres régions que Ma Loute sera sous-titré...parce que comprendre les Nordistes qui parlent le ch'ti en l'écrasant bien comme il faut n'est pas une mince affaire. C'est aussi (et surtout) atrocement drôle. Ma Loute serait-il donc juste une parodie de la région et, par la même occasion, d'une enquête policière (dont on a la solution après vingt minutes de toute façon !) ? Absolument pas. Non seulement Ma Loute est superbement réalisé grâce au talent incroyable de Dumont pour croquer sa région, les dunes et tout ce qui fait le charme étrange de ce coin de la France, mais aussi parce que derrière son vernis de débilités se terre un film dense et intelligent au possible. On retrouve deux clans dans Ma Loute : les pauvres de la famille Brufort, bruyants, écœurants et, pour tout dire, moches comme pas permis, et la famille Van Peteghem, riche, parlant avec une emphase ridicule, à cheval sur les convenances et imbu d'elle-même. Le petit peuple du Nord d'un côté, et sa bourgeoisie de l'autre. Entre ces deux groupes, le trait d'union Ma Loute/Billy qui vacille forcément montrant l'impossible réunion des deux mondes. Dumont va plus loin d'ailleurs en mettant tous les acteurs connus du côté des bourgeois et les inconnus de l'autre. Directeur d'acteurs brillant, il métamorphose Luchini pour notre plus grand plaisir et nous livre en pâture une Binoche plus maniériste que jamais. Chaque détail a son importance dans Ma Loute.

    La pauvreté, la force du surnaturel et du deus ex machina, la romance tragique, la débilité policière et même l'ascendant générationnel, tout concourt à faire de Ma Loute une comédie à part. Le genre d'objet indescriptible et fou qui prend toutes les libertés et emmerde à peu près tout le monde pour faire ce qu'il veut avec une grosse dose de talent par dessus. La puissance du cinéma de Dumont se niche là-dedans, dans cette capacité à faire croire au public qu'il va se plier au Diktat de l'industrie grand public en engageant des acteurs émérites pour livrer en fait quelque chose de dingue. De salvateur en somme pour les neurones et pour l'amour du beau cinéma. Reste juste à comprendre que cette peinture mi-comique mi-réaliste de sa propre région permet autant à Dumont de déclarer une nouvelle fois sa flamme au Nord (et de façon tellement plus inventive que des navets comme Bienvenue chez les Ch'tis) tout en restant lucide sur le clampin de base, franchement pas finaud. De toute façon, il faut des deux au long-métrage pour pleinement s'épanouir. 

    Brillante réussite, délirante et grotesque, intelligente et loufoque, Ma Loute démontre que Dumont peut plier la comédie à sa volonté. Il ne s'agira certainement pas du film qui réconciliera le grand public avec le cinéaste, mais au fond, est-ce vraiment l'important ? Le cinéma, lui, le remercie. 
    A consommer sans modération (et avec autodérision pour les Nordistes)

    Note : 9/10

    Meilleure scène : Le premier repas de la famille Brufort

    Meilleure réplique : 

    "Votre beau-frère, c'est aussi votre cousin ?"
    "Oui, c'est moderne, c'est capitaliste !"
     

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  • [Critique] Dalton Trumbo

    Nommé Oscar meilleur acteur 2016 pour Bryan Cranston

     On ne peut pas dire, loin de là même, que Jay Roach soit un réalisateur qui compte à l'heure actuelle. C'est pourtant dans son dernier film, Dalton Trumbo, que Bryan Cranston décroche (enfin !!) un rôle à sa hauteur dans les salles obscures. Jusque là cantonné à des seconds rôles plus ou moins discutables au cinéma, l'acteur de génie qui nous a tous bluffé dans des séries comme Malcolm ou Breaking Bad peut enfin déployer pleinement son talent. Endossant la trogne fatigué du légendaire scénariste Hollywoodien, l'américain s'ouvre les portes de la plus prestigieuse des cérémonies : les Oscars. Nommé en tant que meilleur acteur, Bryan Cranston semble enfin pouvoir briller sur grand écran. Malheureusement, Roach n'est pas un réalisateur habitué au genre et encore moins au sérieux d'un tel exercice. Comment peut s'en sortir l'homme derrière Austin Powers ou Mon Beau-Père et moi sur un sujet beaucoup plus délicat et complexe ?

    Il ne s'agit plus cette fois de parler des délires d'un agent secret vulgaire à souhait ou de livrer un remake honteux du Dîner de Cons mais bien de raconter l'histoire d'une légende du cinéma américain, le fameux Dalton Trumbo. Pour ceux qui ne connaissent pas l'homme, et sans déflorer l'intrigue du film, Dalton Trumbo fut l'un des plus grands scénaristes d'Hollywood dans l'après Seconde Guerre Mondiale et le début de la Guerre Froide. Malheureusement pour lui, il était alors membre du Parti Communiste des Etats-Unis et fut donc considéré par la commission des activités américaines comme un agent séditieux chargé de saper par son travail les valeurs américaines de l'époque. Il fut non seulement inscrit sur la fameuse liste noire d'Hollywood mais aussi condamné à une peine de prison lorsqu'il refusa de se plier aux injonctions de la dites commission. Seulement voilà, Trumbo n'est pas du genre à se laisser abattre et finira par remporter deux oscars sous des noms d’emprunt. Forcément doté d'un puissant potentiel dramatique et politique, la vie de Trumbo se prêtait extrêmement bien à un biopic...

    Seulement, à bien des égards, le résultat peut s'avérer décevant. En choisissant Roach, qui n'a qu'un talent de faiseur de seconde zone à Hollywood, les studios de production se prive d'une puissance dramatique certaine. On constate rapidement que le réalisateur n'a rigoureusement aucun trait de génie dans sa mise en scène et qu'il se contente de faire du fonctionnel. Le résultat n'est pas désagréable, pas du tout même, il manque juste de personnalité. Ajouté à la longueur du récit, deux heures, on se retrouve devant un métrage un tantinet longuet qui raconte de façon linéaire et totalement académique le parcours de Trumbo en tentant d'imbriquer avec plus ou moins de succès sa vie personnelle et son rôle politique ainsi que cinématographique. De ce fait, le film pourrait devenir un ennuyeux cours d'histoire saupoudré d'une morale convenue sur la liberté d'opinion. A un détail près.

    Ce détail, c'est Bryan Cranston. Habité par son personnage, l'acteur de Breaking Bad navigue entre ses deux registres favoris, drame et comédie, pour trouver le parfait équilibre et porter tout le film sur ses épaules. Son charisme et sa prestance donne au récit une empathie qui vient combler la fadeur de la mise en scène. Il n'est d'ailleurs pas seul en cela puisque le film aligne les excellents acteurs et actrices. Helen Mirren en garce calculatrice, Louis C.K. en militant idéaliste ou encore Diane Lane en épouse-courage, sans oublier la jeune mais splendide Elle Fanning, Cranston peut compter sur une pléiade de bons partenaires à l'écran pour lui donner la réplique. Devant son numéro bluffant, l'américain arrive à faire passer à la fois les forces et les faiblesses de Trumbo tout en rendant son combat plus important. C'est certainement ici que le film se sauve définitivement.

    Malgré la fadeur de sa mise en scène, le long-métrage cause d'un sujet d'une grande importance historique et il le fait bien. On regrette évidemment qu'un réalisateur plus audacieux ne se soit pas emparé du script de ce biopic mais, en l'état, la portée politique (et sociale) du récit s’impose malgré tout. Non seulement Dalton Trumbo cristallise une époque avec son intolérance et ses peurs, mais il trouve un écho dans la nôtre. Si l'on parle cinéma pendant ces deux heures, on y parle aussi, et surtout, d'idéaux. Doit-on défendre ses idées envers et contre tout ? Un gouvernement, sous quelque prétexte que ce soit, peut-il nous forcer à la délation ou à renier nos convictions ? Le long-métrage explore ces questions, avec des réponses certainement un peu trop évidentes il est vrai, mais nous pousse à réfléchir sur la liberté d'opinion, politique, cinématographique ou autre. Peu importe. On touche alors du doigt le regret initial. Un film sur un scénariste au combat aussi fort et anti-conformiste aurait mérité une mise en scène à son échelle. Il se contentera d'un acteur grandiose et d'un casting impressionnant autour d'une intrigue classique mais prenante et au message fort. 

    Dalton Trumbo n'avait certainement rien à faire dans la cérémonie des oscars en terme de réalisation mais il avait bel et bien sa place dans la course au meilleur acteur. Littéralement porté à bout de bras par un Bryan Cranston génial du début à la fin, le long-métrage se penche sur une page sombre de l'histoire d'Hollywood en délivrant cependant un message intemporel sur la liberté d'opinion. Un biopic conventionnel mais passionnant.

      

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Trumbo s'excusant auprès de sa fille
     

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