• [Critique] Le Garçon et la Bête

     Bien que le grand Hayao Miyazaki ait pris sa retraite, d'autres auteurs continuent à entretenir la réputation d'excellence du Japon en matière d'anime. Parmi eux figure Mamoru Hosoda qui nous avait offert en 2012 l'excellent Les Enfants loups, Ame et Yuki. Fort d'un beau succès public et critique en France, le réalisateur a de nouveau l'honneur d'une sortie en salles pour son dernier long-métrage : Le Garçon et la Bête. Renouant avec une certaine dimension fantastique où hommes et bêtes se côtoient, le film s'intéresse au deuil au moyen d'une aventure initiatique haute en couleurs.

    Dans l'univers du Garçon et la Bête, le monde se scinde en deux : le monde des hommes tel que nous le connaissons et le monde des Bêtes qui existe quelque part derrière un enchevêtrement de ruelles obscures. Seul et abandonné de tous, le jeune Ren fait la rencontre improbable de Kumatetsu, une Bête braillarde et toujours prête à se battre dont l'unique rêve semble être d'accéder au trône de Jutengaï, le monde des Bêtes. En suivant Kumatetsu, Ren prend le nom de Kyuta pour devenir son disciple et accéder au rang de maître des arts martiaux...tout en corrigeant sans le savoir les défauts qui hantent le cœur de Kumatetsu. Malheureusement, pour l'un et pour l'autre, l'aventure s'annonce difficile tant tout semble les opposer. Pourront-ils vaincre leurs démons respectifs et Kumatetsu pourra-t-il surpasser Iôzen pour devenir le nouveau seigneur de Jutengaï ?

    Au départ, Le Garçon et la Bête rappelle les Enfants loups. Tout comme dans ce dernier, le film commence sur une note très dure, à savoir la mort de la mère de Ren. Seul et perdu, en colère de surcroît, Ren cherche le réconfort dans les rues avant de tomber sur un petit animal fantastique qui deviendra un peu son compagnon de route. La tendresse et la dureté. Ce sont là les deux maîtres-mots du Garçon et la Bête. Avec sa volonté de s'inscrire dans le légendaire, le long-métrage dévoile un monde onirique et surprenant, celui des Bêtes où les hommes sont vus comme un danger. Comme si l'animalité n'était pas en soi le pire dans l'être humain mais sa propension à être rongé par une noirceur cachée. Avec Ren, on fait la rencontre de Kumatetsu, une Bête atypique parmi ses pairs, lourde et gueularde, qui n'a rigoureusement aucune discipline et aucun tact. C'est de cette rencontre que naît le principal intérêt du Garçon et la Bête.

    En explorant le lien d'amitié puis d'amour qui va unir les deux personnages, Hosoda explore le lien filial, le sentiment d'appartenance et, plus simplement, la nécessité d'un parent. Plus qu'un simple maître turbulent et agaçant, Kamatetsu devient une ombre tutélaire pour Kyuta, lui apporte l'amour d'un père d'une façon singulière mais salvatrice. Sous des dehors de rustre, le maître va devenir un père de substitution et jouer le rôle qui manquait à la vie de Kyuta finissant par devenir une part de lui, ceci dans tous les sens du terme. Le foisonnement de l'univers, la beauté de cette relation inattendue et l'humour qui s'en dégage n'en font pas oublier l'originalité du monde visité. L'esthétisme de Jutengaï rappelle les beautés inattendus d'un Miyazaki sans en atteindre toutefois les plus hauts sommets. On regrette certains choix d'emblée, comme ce voyage initiatique beaucoup trop court et qui frustre plus qu'il ne régale le spectateur, ou comme ce brusque retour dans la réalité des hommes pour une histoire parallèle qui manque cruellement de charme. Le bête apprentissage des lettres et des chiffres semblent bien fade par rapport aux folies proposées dans l'univers des Bêtes.

    Reste que dans son abord de la comparaison Hommes/Bêtes ainsi que dans sa façon de présenter le néant qui ronge le cœur de tous ces enfants qui n'ont pas connu leurs racines ou trop peu, Le Garçon et la Bête renoue avec la beauté fragile des Enfants loups, en moins poétique et en moins touchant certes, mais en y ajoutant un sens fantastique plutôt bien pensé. Si le Moby Dick que chasse Kyuta semble s'incarner en son double Ichirôhiko, c'est pour mieux le confronter à lui-même et à ce qui le ronge, à cette masse informe qui le tenaille depuis la perte de ses repères suite à la mort de sa mère. Toute la beauté de l'entreprise est surement là pour Mamoru Hosoda, vaincre son passé et regarder vers l'avenir grâce à l'amour porté par un autre rencontré un peu au hasard. Sans oublier que la nouvelle relation marche dans les deux sens et que c'est le fait même de prendre quelqu'un sous son aile qui donne à Kumatetsu une maturité et une confiance en soi qui lui faisaient cruellement défaut auparavant. Le Garçon et la Bête tire à la ligne, développe une pseudo-quête du retour au monde des hommes peu passionnante mais rattrape en grande partie ses faiblesses par le reste de ce qu'il raconte dans le monde des Bêtes, ce qui est déjà franchement pas mal tout bien considérer.

    Plus inégal et forcément moins fort que son prédécesseur, Le Garçon et la Bête reste tout de même un anime de qualité qui sait ébaucher un duo improbable et attachant en diable tout en développant avec brio la thématique du père et du besoin d'origines. Ajoutez-y la fantaisie de Jutengaï et vous obtenez un bon moment de cinéma dont les défauts ne peuvent occulter les (nombreuses) qualités. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Kyuta imitant les gestes de Kumatetsu

     

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  • [Critique] Steve Jobs


    Homme devenu légende, Steve Jobs, le fondateur d’Apple, est décédé en 2011 d’un cancer du pancréas. Celui à qui l’on doit des révolutions technologiques comme l’IPod ou l’Iphone n’a toujours pas cessé de hanter l’imaginaire collectif, même 5 ans après sa disparition. En 2013, Joshua Michael Stern proposait un premier biopic où seul surnageait la bonne prestation d’un Asthon Kutcher méconnaissable. Terne, fade et dénué de toute vision artistique véritable, Jobs passait à côté de son sujet. Deux ans plus tard, c’est au tour de l’anglais Danny Boyle de tenter sa chance sur le même sujet mais, cette fois, avec un allié de poids : Aaron Sorkin. Ce nom ne vous dit peut-être rien mais il s’agit de l’homme derrière le scénario du génial The Social Network ou encore de l’excellent Moneyball. Du coup, le projet s’avère bien plus excitant et enflamme rapidement la critique US. Juste à temps pour les oscars, le long-métrage sort dans les salles françaises accompagné d’un buzz des plus positifs. Casting quatre étoiles, réalisateur réputé et scénariste chevronné, il n’en faut pas plus pour attirer l’attention !

    On ne reviendra pas sur l’histoire de Steve Jobs. On dira tout au plus que le film tente de peindre le portrait d’un génie du marketing qui a imposé sa marque dans le monde de l’informatique. Sorkin et Boyle prennent le contrepied des biopic habituels et tentent quelque chose d’une immense audace : raconter Steve Jobs sur trois séquences de 40 minutes, toutes les trois se situant dans les coulisses quelques instants avant la présentation d’un nouveau produit. Théâtral de bout en bout – le fait que Sorkin soit issu de ce monde-là étonne peu sur le produit final qui nous est livré – Steve Jobs arrive à se départir de l’ombre tutélaire de son encombrant grand frère, le chef d’œuvre The Social Network de David Fincher, pour trouver une voix propre et se recentrer tout entier sur son personnage principal en abandonnant la piste transgénérationnelle. Une bonne idée ? Pas totalement en fait puisque le film perd forcément en puissance intellectuelle et en impact. Heureusement, Sorkin n’abandonne cet aspect que pour se tourner vers autre chose et tenter, comme Jobs, de penser différent.

    Le spectateur est pris de cours par le film qu'il vient voir. Steve Jobs ne va pas de l’origine à la toute fin comme pourrait le faire n’importe quel autre biopic. Il ne cherche pas non plus à lisser une image ou à magnifier son sujet, mais bien à tenter de coller au plus près de ce qu’était Jobs en mélangeant presque à parts égales le côté homme du monde et l'aspect intime. Autre surprise, le film se concentre sur trois lancements, et pas les plus célèbres, bien au contraire. Sauf qu’ils semblent rapidement être les plus pertinents possibles. Boyle s’efface derrière Sorkin, gomme ses tics habituels (et devient bien moins agaçant !) pour aboutir à une œuvre à la densité apoplexiante. Ouragan de dialogues et de Walk and Talk, Steve Jobs transmet tout à travers ses dialogues et son casting, comme un théâtre gigantesque. Il ramène en ce sens furieusement à l’excellent Birdman d’Inarritu mais sans la volonté métaphysique évidente. Ici, les coulisses servent de révélateurs et présentent Jobs dans son impériale et détestable gloire. Le versant théâtral partagé en trois actes reproduit les mêmes motifs, comme autant d’échos évolutifs qui mènent, finalement, à une peinture somptueuse de cette personnalité formidablement complexe qu’était Jobs.

    On ne peut s’empêcher de penser aux fantômes des Noëls passé, présent et futur dans Steve Jobs tant la trame renvoie à Dickens, tant les constantes joutes verbales successives entre Jobs et ses démons de chair et d’os parviennent à briser le cadre. Sorkin comprend qu’il est inutile de retracer la vie de Jobs et se success-story, que pour approcher de son sujet, il faut surtout capturer l’homme et non son histoire exhaustive. Cette volonté amène à ces trois séquences qui brassent à peu près tout ce qu’il faut savoir sur Jobs et cela sans jamais tenter de le faire reluire, bien au contraire. Monstrueusement mégalomaniaque avec une pointe de paranoïa, condescendant comme pas possible et pour tout dire, souvent détestable, Jobs possède l’aura d’un génie mais n’en est pas un au sens strict du terme. Il est un voleur magnifique et un manipulateur exemplaire, mais jamais il n’est un homme bien. Même dans une fin qui pourrait hâtivement sembler rédemptrice, il n’est juste question que d’une harmonie retrouvée au moins de façon temporaire entre le caractère fondamentalement écœurant du fondateur d’Apple et sa volonté profonde de changer le monde. Pendant près d'une heure cinquante-cinq, Sorkin casse la légende pour mieux la reconstruire avec lucidité. Oui, Jobs était un connard, oui, Jobs n’était pas le génie que l’on connaît, mais surtout oui, Jobs a su monter ses plans et utiliser les talents des autres comme personne. C’est certes bien moins flatteur et reluisant que la fausse-légende qui lui colle à la peau, mais c’est bien plus humain et appréciable. Sorkin tape dans le mille. Encore.

    Et cela, il le doit aussi, et surtout, à son casting remarquable. Un casting qui ressemble cette fois bien peu à la réalité mais pourtant lorsque Michael Fassbender parle, vocifère, enrage, éructe, murmure, il est Steve Jobs comme aucun autre et peu importe à quoi il ressemble. Formidable de la première à la dernière seconde, Fassbender s’efface et n’en finit plus de prouver qu’il est l’un des meilleurs acteurs en activité. Autour de lui gravite une cour tout à fait remarquable également. De la sublime et impériale Kate Winslet à l’inattendu Seth Rogen, tous les seconds rôles apportent quelque chose en terme qualitatif et émotionnel. C’est la conjonction et l’alchimie parfois rêche de cette troupe qui donnent le résultat impeccable sur lequel Boyle bâtît son film. Si le cinéaste est d’habitude agaçant comme pas possible et clippeur à l’extrême, il se calme gentiment pour l’occasion et met ses tics en sourdine, ne les intercalant qu’avec bonheur sans faire foirer l’entreprise. En arrière, la musique discrète mais entêtante de Pemberton vient harmoniser le tout.

    Contrairement à The Social Network qui visait d’emblée une métaphore générationnelle totale, Steve Jobs met l’accent sur l’individu et sur les racines familiales. Sorkin s’avère moins habile à ce niveau mais reste d’une grande efficacité. En montrant Lisa comme le fil rouge de la vie de Jobs, il arrive à capturer les contradictions d’un homme qui veut un système fermé et semble même l’appliquer à sa propre vie. Qui refuse que l’on intervienne dans la sienne et qui doit tout contrôler. Malheureusement, il en oublie que le monde n’a pas forcément ses défauts à lui et encore moins sa propre fille. Blessé dans son orgueil et rongé par son adoption, Jobs ne sait pas gérer, tout simplement. Il sait décoder les envies et le marketing mais est incapable de comprendre la tristesse d’une fillette de 5 ans. La seule scène où Lisa le serre dans ses bras en lui demandant d’habiter avec lui résume tout le paradoxe de vouloir la perfection. Ce perfectionniste insupportable passe à côté de certaines choses essentielles dans l’esprit humain, à commencer par l’amour filial et l’amitié, ce qui le rend à la fois totalement détestable et bourré d’humanité. Steve Jobs révèle avec justesse qu’au fond le fondateur d’Apple n’était bien qu’un homme.

    On attendait fébrilement ce Steve Jobs et force est de constater que l’on est pas déçu du résultat. Evidemment, il ne s’agit pas d’un biopic conventionnel, c’est même tout le contraire. Son verbiage incessant épuise autant qu’il impressionne mais c’est finalement l’audace du projet, son insolente énergie et sa force impressionnante qui remportent le combat. Steve Jobs est le premier grand film de 2016, un très (très) grand moment de cinéma.


    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Jobs confronté à Wozniak avant le lancement de l'IMac

     

     

     

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  • [Bilan] Liste et critiques cinéma en 2015

     

    Liste classée des Films de 2015 :

    MacBeth de Justin Kurzel : 10/10

    Crosswinds de Martti Helde : 10/10
    Foxcatcher de Benett Miller : 9.5/10
    Mad Max : Fury Road de George Miller : 9.5/10
    Vice-Versa de Pete Docter : 9.5/10
    The Look of Silence de Joshua Oppenheimer : 9.5/10
    Birdman d'Alejandro Gonzalez Inarritu : 9.5/10
    Sicario de Denis Villeneuve : 9/10
    Loin des Hommes de David Oelhoffen : 9/10
    Inherent Vice de Paul Thomas Anderson : 9/10
    Papa ou Maman de Martin Bourboulon : 9/10
    Virunga d'Orlando von Einsiedel : 9/10 [NETFLIX]
    The Voices de Marjane Satrapi : 9/10
    It Follows de David Robert Mitchell : 9/10
    Les Nouveaux Sauvages de Damian Szifron : 9/10
    Le Fils de Saul de Lazslo Nemes : 9/10
    Goodnight Mommy de Veronika Franz et Severin Fiala : 9/10 [DTV]
    Youth de Paolo Sorrentino : 8.5/10
    Notre Petite Soeur d'Hirokazu Koreeda : 8.5/10
    The Lobster de Yorgos Lanthimos : 8.5/10
    Mon Roi de Maïwenn : 8.5/10
    Star Wars Episode VII : The Force Awakens de J.J Abramns : 8.5/10
    My Skinny Sister de Sanna Lenken : 8.5/10
    Les Mille et une nuit - 1 L'inquiet de Miguel Gomes : 8.5/10
    Ex Machina d'Alex Garland : 8.5/10
    L'ennemi de la classe de Rok Bicek : 8.5/10
    Le Président de Mohsen Makhmalbaf :8.5/10
    Une Belle Fin d'Urberto Pasolini : 8.5/10
    Avengers : Age of Ultron de Jess Whedon : 8.5/10
    Sea Fog de Sung Bo Shim : 8.5/10
    Dheepan de Jacques Audiard : 8.5/10
    Beast of No Nations de Cary Fukunaga : 8.5/10 [NETFLIX]
    Taxi Teheran de Jafar Panahi : 8.5/10
    Les Mille et Une Nuit de Miguel Gomes 2 - Le Désolé : 8.5/10
    Au-Delà des Montagnes de Zhang-ke Jia : 8.5/10
    Une Merveilleuse histoire du temps de James Marsh : 8/10
    Joy de David O.Russell : 8/10 
    Hard Day de Kim Seong-hun : 8/10
    Le Voyage d'Arlo de Peter Sohn : 8/10
    Souvenirs de Marnie de Hiromasa Yonebayashi : 8/10
    Dear White People de Justin Simien : 8/10
    Masaan de Neeraj Ghaywan : 8/10
    Tale of Tales de Matteo Garrone : 8/10
    Le Prodige d'Edward Zwick : 8/10
    Difret de Zeresenay Mehari : 8/10
    Mission Impossible : Rogue Nation de Christopher McQuarrie : 8/10
    Shaun le mouton de Richard Starzak : 8/10
    Umrika de Prashant Nair : 8/10
    Summer de Alanté Kavaité : 8/10
    Le Pont des espions de Steven Spielberg : 8/10
    Mustang de Deniz Gurman Ergoyen : 8/10
    Life d'Anton Corbjin : 8/10
    La loi du marché de Stéphane Brizé : 8/10
    Kingsman, Services Secrets de Matthew Vaughn : 7.5/10
    Imitation Game de Morten Tyldum : 7.5/10
    Chelli d'Asaf Korman : 7.5/10
    Une seconde mère d'Anna Muylaert : 7.5/10
    Phoenix de Christian Petzold : 7.5/10
    Captives d'Atom Egoyan : 7.5/10
    Une seconde mère d'Anna Muylaert : 7.5/10
    Still Alice de Richard Glatzer : 7.5/10
    Je suis mort mais j'ai des amis de Guillaume et Stéphane Malandrin : 7.5/10
    Hyena de Gerard Johnson : 7.5/10
    A la poursuite de demain de Brad Bird : 7.5/10
    Seul sur Mars de Ridley Scott : 7.5/10
    American Ultra de Nima nourizadeh : 7.5/10
    Vers l'autre rive de Kiyoshi Kurosawa : 7.5/10
    Agents très spéciaux - Code UNCLE de Guy Ritchie : 7.5/10
    Frank de Lenny Abrahamson : 7/10
    Les Jardins du roi d'Alan Rickman : 7/10
    Les Nouveaux Héros de Don Hall et Chris Williams : 7/10
    Le Petit Prince de Mark Osborne : 7/10
    Renaissances de Tarseem Singh : 7/10
    Les Suffragettes de Sarah Gavron : 7/10
    Wild de Jean-Marc Vallée : 7/10
    Love & Mercy de Bill Pohlad: 7/10
    Loin de la foule déchaînée de Thomas Vinterberg : 7/10
    Ant-Man de Peyton Reed : 7/10
    Miss Hokusai de Keiichi Hara : 7/10
    Le Labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli : 7/10
    Dark Places de Gilles Paquet Brenner : 6.5/10
    Hotel Transylvanie 2 de Genndy Tartakovsky : 6.5/10
    Régression d'alejandro amenabar : 6.5/10
    007 Spectre de Sam Mendes : 6.5/10
    Strictly Criminal de Scott Cooper : 6.5/10
    Spy de Paul Feig : 6.5/10
    Les Minions de Pierre Coffin et Kyle Balda: 6.5/10
    Broadway Therapy de Peter Bogdanovich : 6.5/10
    Everest de Baltasar Kormákur : 6.5/10
    Ixcanul de Jayro Bustamante : 6.5/10
    Victoria de Sebastian Schipper : 6.5/10
    Un Pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence de Roy Andersson : 6/10
    La Tête haute d'Emmanuelle Bercot : 6/10
    Les Mille et Une Nuit de Miguel Gomes 3 - l'Enchanté : 6/10
    Cemetery of Splendour d'Apichatpong Weerasethakul : 6/10
    Valley of Love de Guillaume Nicloux : 6/10
    Queen and Country de John Boorman : 6/10
    La Peur de Damien Odoul : 5.5/10
    Lost River de Ryan Gosling : 5/10
    Ted 2 de Seth McFarlane : 5/10
    Mia Madre de Nanni Moretti : 5/10
    Absolutely Anything de Terry Jones : 5/10
    Parole de Kamikaze de Masa Sawada : 5/10
    Snow Therapy de Ruben Östlund : 4.5/10
    Crimson Peak de Guillermo Del Toro : 4.5/10
    Chappie de Neill Blompkamp: 4.5/10
    American Sniper de Clint Eastwood : 4/10
    Les 4 Fantastiques de Josh Trank : 4/10
    Jurassic World de Colin Trevorrow : 4/10
    Maggie d'Henry Hobson : 3.5/10
    La Rage au ventre d'Antoine Fuqua : 3/10
    Jupiter's Ascending des frères Wachowski: 3/10
    Les Merveilles d'Alice Rohrwacher : 2/10
    The Visit de Night Shyamalan : 0/10

     

    Par pays :

    Américain +++++++++++++++++++++++++++++++++++++ = 37
    Anglais ++++++++++++ = 12
    Français ++++++++++ = 10
    Italien ++++++ = 6
    Japonais +++++ = 5
    Indien +++ = 3
    Portuguais +++ = 3
    Suédois +++ = 3
    Allemand ++ = 2
    Iranien ++ = 2
    Coréen du Sud ++ = 2
    Mexicain ++ = 2
    Mexicain ++ = 2
    Canadien ++ = 2
    Turque ++ = 2
    Argentin + = 1
    Australien + = 1
    Autrichien + = 1
    Belge + = 1
    Brésil + = 1
    Chinois + = 1
    Danemark + = 1
    Espagne + = 1
    Estonien + = 1
    Ethiopien + = 1
    Georgien + = 1
    Grec + = 1
    Guatemala + = 1
    Hongrois + = 1
    Irlande + = 1
    Islande + = 1
    Israélien + = 1
    Lituanie + = 1
    Norvégien + = 1
    Pays-Bas + = 1
    Slovène + = 1
    Thaïlandais + = 1


    Plan de l'année :

    [Bilan] Liste et critiques cinéma en 2015



    Bande annonce de l'année 2015 :

     

     

    Bande-originale de l'année 2015 :



    Chanson de l'année 2015 :




    Et le bonus, Filmography 2015 :



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  • [Critique] Au-delà des montagnes

    Réalisateur prolifique, Jia Zhang-ke n'a pourtant vraiment été mis en avant qu'en 2013 avec son film à sketchs A Touch of Sin. Véritable peinture de la société chinoise, il mettait en lumière les inégalités et les contradictions du système de la République Populaire. De nouveau invité au Festival de Cannes en 2015, le réalisateur chinois est venu y présenter un long-métrage plus conventionnel mais pas moins intelligent intitulé Mountains May Depart (traduit chez nous par Au-delà des montagnes). Largement salué par la critique, le film s'est depuis avéré, à son échelle, un petit succès public en France. Axant son histoire une nouvelle fois sur l'histoire de son pays ainsi que son évolution récente (et future), Zhang-ke livre un ode à la Chine traditionnelle et analyse le difficile passage de flambeau à une génération en mal de liberté.

    Contrairement à A Touch of Sin, Au-delà des montagnes n'est pas un film à sketchs. Enfin pas vraiment. Il s'agirait plutôt d'une fresque temporelle en plusieurs tableaux commençant en 1999, à la veille de XXIème siècle, alors que la Chine semble bouffée par la crise minière qui érode ses exploitations de charbon. On y fait la connaissance d'une belle jeune femme, Tao, qui devient l'enjeu d'un triangle amoureux où s'affronte Liangzi et Zang, le premier est un ambitieux responsable de station service, le second est un simple ouvrier vivant du charbon. Le choix de la jeune femme va sceller son destin et nous projeter quinze ans plus tard dans un pays en plein bouleversement sociologique et économique où elle sera confronter au regard de son fils, Dollar. C'est finalement ce dernier qui conclura cette histoire chinoise dans une Australie du futur où la technologie n'arrive pas à effacer le besoin de racines.

    Le récit part mal. Parce que l'on croit dans un premier temps que Zhang-ke s'est laissé aller à nous monter un trio amoureux et les tergiversations attenantes à une telle situation. On se rend heureusement compte rapidement qu'il pose les bases de toute sa réflexion sur la Chine et sur ses habitants, sur le passage du temps et le changement social. Ainsi, les deux prétendants ne sont pas choisis au hasard. D'un côté Liangzi représente l'humble et pauvre travailleur, le milieu ouvrier par excellence, quand Zang synthétise l'ambition dévorante et le capitalisme naissant dans une Chine encore largement communiste. Dès lors, le choix de Tao semble fort se superposer à celui du régime, celui d'un capitalisme timoré mais clinquant qui ne fera pas long feu. Avec malice, le réalisateur chinois filme le passé proche de son pays en y plantant les graines du changement, lors d'une séquence en boîte de nuit ou lors d'un concert traditionnel, il montre le basculement dans le nouveau millénaire d'un pays en mal de nouveautés. Si l'on croise encore de jeunes garçons portant avec fierté le guandao, si les déguisements festifs en dragons éclairent encore le nouvel an chinois, les choses changent petit  à petit.

    Avec ingéniosité, Zhang-ke permute ses personnages principaux et les fait pour ainsi dire traverser les âges. Il montre alors les choix malheureux fait par notre trio, et comment, à leur image, le pays a perdu peu à peu son identité et sa personnalité. Le phénomène semble toujours s’accélérer, l'ancienne et la nouvelle génération ne semblent plus capables de se comprendre et les plus antiques traditions se fanent pour le petit Dollar (Dao Le en fait), quintessence de la vanité chinoise, paternelle et étatique. Le réalisateur capte avec justesse la tristesse de cette césure. Quasiment étranger à sa propre mère comme peuvent l'être nombre de chinois vis-à-vis de leur propre pays qu'ils ne reconnaissent plus, l'enfant n'aspire pourtant en rien à oublier. La touchante prestation de l'actrice Zhao Tao dans le rôle de Tao souligne ce glissement malheureux et ce fossé générationnel qu'elle tente de combler avec tout l'amour dont une mère est capable. C'est dans ce segment certainement que Zhang-ke touche au plus juste, là où il pointe du doigt l'effacement progressif de racines qui feront cruellement défaut par la suite.

    Puis, de façon inattendue, Au-delà des montagnes devient un film de science-fiction dans son dernier quart. Comme une sorte de promesse d'avenir, terre promise perdue en plein Océan Pacifique, l'Australie devient toile de fond, confirmant que la Chine a fini par s'effacer, les espoirs de tout un peuple envolé. Mais Dollar a grandi, sa génération, entre la douleur de l'absence d'une culture millénaire et une irrépressible envie de liberté, doit composer avec la technologie. Le réalisateur chinois arrive à l'inévitable confrontation père-fils, rejouant un drame que l'on savait couru d'avance, celui d'un fossé infranchissable où la barrière de la langue et de la culture deviennent infranchissables, où même la liberté devient une chimère. Sous des airs de fresque familiale, Au-delà des montagnes dresse le bilan évolutif de la Chine, capturant traditions et modernité. Son constat amer, celui de l'emprise de l'argent au dépend de l'amour et de la transmission culturel, pourrait tout aussi bien s'appliquer à notre échelle et donne, en un sens, une portée universelle au film. Si l'on regrette un ultime segment trop long et poussif dans sa tentative Œdipienne presque malvenue, on saluera la majesté de l'entreprise et sa réussite impressionnante.

    Confirmant de façon brillante son talent de cinéaste, Jia Zhang-ke livre un film passionnant mariant l'intime à l'histoire avec un grand H. Outre une mise en scène remarquable, il profite du talent de la belle Zhao Tao pour parler de la Chine avec une acuité peu commune. Au-delà des montagnes dépasse les espérances et nous emmène dans un voyage riche en sagesse. Une bien belle façon de conclure l'année cinéma 2015.

    Note : 8,5/10

    Meilleure scène : Tao donnant les clés de sa maison à Dollar

     

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  • [Critique] Mistress America

    Habitué du genre, Noah Baumbach récidive après While We're Young et Frances Ha en ce début d'année 2016. Sans bouleverser ses marottes habituels, le réalisateur américain continue dans la comédie indé gentiment turbulente. Mieux encore, il retrouve son actrice fétiche, Greta Gerwig, qui, pour l'occasion, co-scénarise son nouveau long-métrage en plus d'en assurer le principal rôle secondaire. Baumbach pose une nouvelle fois sa caméra à New-York, dans les milieux des jeunes artistes qu'il affectionne tant, pour près d'une heure trente d'un récit vivifiant. Mistress America fait la part belle à une certaine conception de le jeunesse et de l'émancipation intellectuelle, ceci par le regard tantôt naïf tantôt désabusé de sa jeune héroïne, Tracy, incarnée par la rafraîchissante Lola Kirke. Après la petite déception Frances Ha, Noah Baumbach arrive-t-il enfin à trouver l'équilibre suffisant entre influences indé et cinéma d'auteur ?

    Tracy vient d'intégrer l'université. Écrivaine en herbe, elle souhaite intégrer le plus prestigieux des clubs de lecture du campus, le fameux Moebius. Avec son ami Tony, dont elle tombe rapidement amoureuse, Tracy va découvrir peu à peu que la vie étudiante est loin d'être aussi excitante et libératrice qu'elle se l'imaginait. Sur un coup de tête, elle décide d'appeler Brooke, la fille de son futur beau-père. Véritable feu-follet new-yorkais, Brooke n'a pas sa langue dans sa poche et accumule les projets excitants. Sous le charme puissant de cet électron libre, Tracy se met à écrire une nouvelle inspirée de l'histoire de celle qu'elle admire tant. On reconnaît immédiatement, dans sa façon d'utiliser la voix-off, de filmer ou de bâtir des personnalités jeunes et bouillonnantes, la patte de Noah Baumbach. La petite vie de Tracy, sa rencontre avec la fantasque Brooke qui incarne tout ce qu'elle voudrait être et les dialogues fusant à deux cent à l'heure, aucun doute, Mistress America renoue avec l'enthousiasme communicatif de l'oeuvre de Baumbach.

    Heureusement, et contrairement à Frances Ha, Mistress America ne tombe jamais dans l'auteurisation. Pas de noir et blanc incongru ici, juste de magnifiques vues d'un New-York plus charmeur que jamais. Bien aidé par une bande-originale aux petits oignons, Noah Baumbach nous balade entre les illusions étudiantes et les fantasmes de Tracy. L'alchimie entre elle et Brooke fonctionne quasi-immédiatement, procurant un saisissant contraste entre les deux amies. Greta Gerwig trouve un rôle taillé sur mesure où son exubérance naturelle et son débit de parole ajoutent un véritable cachet d'authenticité au personnage farfelue et attendrissant qu'est Brooke. Naoh Baumbach filme avec bonheur et tendresse les entreprises follement rafraîchissantes des deux amies, passant des soirées huppées aux aventures délurées des new-yorkaises. Grâce à des dialogues travaillés et rythmés à la perfection, l'américain ferre son public et l'attire dans un aspect théâtral savoureux. 

    Dans son univers coloré plein d'espoirs, on croise des voyants et des voisins conciliants, on achète mille sorte de pâtes et l'on s'embarque à quatre pour renouer le contact avec une vieille ennemie. Mistress America est l'expression d'une jeunesse pleine de charme, à la fois agaçante et débrouillarde, qui se cherche et se mésestime. Le versant théâtral du film ne fera d'ailleurs que s'accentuer jusqu'à cette longue séquence chez Mamie-Claire où les répliques et les personnages semblent jouer une pièce pleine de quiproquos et de retournements de situation. Les acteurs, tous délicieux, jouissent de leur petit instant de gloire, vivent réellement sous la caméra malicieuse de Baumbach. Puis l'américain revient finalement au thème principal de Mistress America, apprendre à être soi-même, à s'accomplir par soi et non par les attentes des autres, arriver à s'aimer avant de vouloir aimer les autres. Du coup, la relation Tracy-Brooke s'inverse, prend un tout autre sens et sur la musique Souvenir, on se prend à rêver nous aussi, à se considérer autrement. 

    Bien plus convaincant et authentique que son Frances Ha, Mistress America incarne certainement un cinéma indépendant doux-amer et rêveur qui s'octroie le droit de ne pas choisir entre grand écran et scène de théâtre, brisant les codes pour mieux se les réapproprier. Comme inspiré par sa muse, la géniale Greta Gerwig, Noah Baumbach rassure et offre au spectateur une petite sucrerie douce-amer entre humour et tendresse.

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : La visite chez Mamie-Claire

     

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  • Le voici enfin, le huitième film (Kill Bill ne comptant en fait que pour un…) de Quentin Tarantino, l’enfant terrible du cinéma US. Inutile de représenter une énième fois le monsieur, alors passons à la suite immédiatement. Après Django Unchained, un western esclavagiste jubilatoire mais handicapé par une dernière partie accessoire, Tarantino reste dans un univers pas si éloigné avec Les Huit Salopards, un huis clos horrifique où huit acteurs renommés jouent à Dix Petit Nègres. L’action se situe cette fois après la Guerre de Sécession, dans une Amérique qui panse ses plaies et fait la part belle aux chasseurs de primes. C’est l’occasion de rencontrer un certain John « Hangman » Ruth qui fait route vers la ville de Red Rock pour livrer une fameuse prisonnière, Daisy Domergue. Sur le chemin, il rencontre un noir ancien major de cavalerie devenu chasseur de primes, Marquis Warren, et le futur shérif de Red Rock, le beau-parleur Chris Mannix. Une fois arrivés à la Mercerie de Minnie, un relais de diligence perdu dans la neige, les choses se gâtent puisque ni Minnie ni son Sweet Dave ne sont présents… à la place quatre inconnus aux motivations bien floues. John Ruth en est certain, l’un d’eux est le complice de sa prisonnière et va tenter de la délivrer durant le blizzard qui s’abat sur le refuge. Le petit jeu de massacre de Tarantino peut réellement commencer.

    Découpé en plusieurs actes, Les Huit Salopards renvoie instantanément aux autres films de Tarantino. On pense à Django pour le personnage principal noir et l’époque, à Reservoir Dogs pour le côté huis clos avec une tripotée de salauds, à Inglourious Basterds pour l’équipe éclectique qui s’assemble dans la diligence, ou encore à Kill Bill pour le découpage. Le film ressemble étrangement à un joyeux melting pot de l’œuvre de Tarantino, cela pour le meilleur…comme pour le pire. Filmés en format cinémascope, les paysages se révèlent impressionnants et infinis dans la première partie, avant de donner une impression de fausse immensité dans le refuge devenu piège à loups où se déroulent les trois quarts de l’action du récit. En prouvant une nouvelle fois sa maîtrise incontestée et incontestable de la mise en scène, Tarantino déroule. Tout est splendidement capturé et magnifié, les anti-héros croqués dans toute leur insolente gloire.

    Pourtant, Quentin prend son temps. Il installe ses personnages au fur et à mesure et tente, avec plus ou moins de bonheur, de leur donner une épaisseur, particulièrement à John Ruth, au major Warren, au shérif Mannix et au vieux général Sandy Smithers. Les acteurs sont impériaux, comme d’habitude chez Tarantino, excellent directeur d’acteurs qui n’a plus grand chose à prouver dans ce domaine. On tire un coup de chapeau au petit nouveau, Walton Goggins, toujours entre cabotinage et grandiloquence inquiétante, et au génial Samuel Lee Jackson, encore une fois parfait dans son rôle. Les choses avancent… avancent… enfin avancent… arrivant à l’auberge de Minnie. Sauf qu’il y a déjà bien trois quarts d’heure de passés et que, dès l’arrivée au refuge, on sent que ce n’est là que le « véritable début ». Voici donc le sujet qui fâche : Les Huit Salopards s’avère abominablement long !

    Comme tous les Tarantino, diront les mauvaises langues. Excepté que cette fois, le réalisateur n’use d’aucun artifice pour nous divertir et qu’il étire des monologues sans vraies raisons sur des longueurs indécentes. La discussion entre Mannix, Warren et Ruth en est le premier exemple. Un lieu exiguë (la diligence), trois personnages qui parlent… parlent… parlent et parlent encore, sans jamais apporter de dynamisme ou de réel intérêt au récit; excepté celui de présenter les personnages. On est très loin de l’extravagance d’un Kill Bill ou de l’efficacité d’un Reservoir Dogs. Sachez-le, ce qui vient sera semblable. Seules surnagent quelques séquences excellentes et made in Tarantino, comme l’histoire de la torture revue et corrigée par Samuel Lee Jackson. L’énorme problème, c’est que pour la première fois, Tarantino boit la tasse. Pour le dire tout net, Les Huit Salopards emmerde son public avec son verbiage et son didactisme. Jamais un film de l’américain n’a été si didactique. Le summum étant atteint dans le flashback d’une bonne demi-heure, rigoureusement inutile, ou dans les négociations finales, tellement mais tellement lourdes… Quelque part en chemin, à vouloir trop en faire, Tarantino se tire une balle dans le pied.

    La chose est d’autant plus rageante qu’il y avait matière à livrer quelque chose de génial avec un tel casting (et malgré l’étrange envie de Tim Roth de singer Christoph Waltz…) et une telle réalisation. Les Huit Salopards comporte bien un message politique fort, celui d’une vision acerbe de l’Amérique Post-Guerre de Sécession, où rien n’a vraiment changé et où le nègre, même libre, reste libre et doit devenir un monstre pour survivre. Le cinéaste découpe le refuge en états, symbolise les forces du pays par chaque rôle interprété par les personnages, pose la femme en punching-ball (une de ses meilleurs idées grâce, notamment, à la géniale Jennifer Jason Leigh) et finit par condamner la violence et le voyeurisme (n’est-ce pas délicieux pour un Tarantino ?) dans un final qui glisse malheureusement vers le Grand-Guignol dénué de ce fun jubilatoire des précédentes œuvres du réalisateur. Il ne reste à l’arrivée qu’un sous-texte peinant à rattraper une bavasserie interminable qui ne peut se sauver par les gimmicks habituels de Tarantino.

    Véritable hommage à l’immense The Thing de Carpenter (un huis-clos dans le blizzard avec une cahute reliée par un fil, un intrus à débusquer et des morts en cascade…), les Huit Salopards a tendance à oublier qu’il doit tenir la distance et tout le talent de ses acteurs n’y fera rien, pas plus que la mise en scène parfaite ou la bande-originale concoctée par Ennio Morricone. Il semble que Tarantino, à force de se regarder filmer et de s’écouter déblatérer, soit passé à côté de ce qui faisait la force d’un Reservoir Dogs, à savoir l’opposition avec l’extérieur, la rapidité de l’action et son enchaînement palpitant, mais aussi ses personnages saisis au vol. Il loupe la force évocatrice de son lieu de jeu, la puissance que pourrait contenir son sous-texte en un temps plus ramassé. Toute la métaphore sur la lettre de Lincoln reste brillante de bout en bout, comme un mirage porté par l’homme noir pour se prémunir d’un homme blanc crédule et superficiel. Une grande idée certes, mais Tarantino foire le reste. Du coup, Les Huit Salopards devient l’un de ses films les moins convaincants.

    Fresque beaucoup trop ambitieuse, d’une interminable longueur et d’une lourdeur qui ne trouve aucune échappatoire dans ce minuscule lieu d’action, pas même la folle inventivité habituelle de Quentin Tarantino, Les Huit Salopards se vautre, littéralement. Son casting, soit formidable, soit sous-exploité (Madsen, Roth…) ne peut rien à cela, ni même cette superbe mise en scène qui rappelle que Tarantino n’a plus rien à prouver.
    Peut-être est-ce justement dans cette assertion que se trouve tout le problème du film…
    Une (énorme) déception.

    Note : 6/10

    Meilleure scène : Le major Warren racontant au général Smithers le destin de son fils.

     

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  • [Critique] Joy

     

    Sorti in extremis en France cette année 2015, le nouveau David O'Russell a un arrière-goût de déjà vu. Pourquoi ? Du fait de son casting rigoureusement identique à celui de son plus gros succès, l'excellent Happiness Therapy sorti en 2012, et rassemblant de nouveau la talentueuse Jennifer Lawrence, le vieux briscard Robert De Niro et Bradley Cooper. Les ressemblances s'arrêtent là puisqu'il ne s'agit pas du tout d'une romance ou d'un film d'escrocs comme American Bluff mais bien d'un biopic consacré à Joy Mangano, self-made woman devenue présentatrice de télé-achat et business woman accomplie. Malgré un succès public tout relatif aux Etats-Unis, Joy a cependant quelques atouts dans sa manche pour faire du nouveau long-métrage de O. Russell un bon moment de cinéma. 

    Bienvenue dans la vie de Joy. De petite fille excentrique et bourrée d'imagination, celle-ci est devenue une adulte d'une affreuse banalité. Vivant avec sa mère rivée à l'écran pour suivre ses soaps improbables, et son ex-mari qui rêve encore et toujours de devenir un chanteur renommé, elle doit aussi composer avec le retour d'un père encombrant et une demi-sœur qui la jalouse au point de la détester. Forcément, élever sa petite fille dans ces circonstances et quand on est qu'une hôtesse des réclamations aériennes, c'est un peu difficile. D'autant plus que Joy fourmille d'idées et d'ambitions, encouragée par sa seule grand-mère, Mimi, qui voit en elle une femme pleine de promesses. C'est lorsque Joy a l'idée de concevoir un balai révolutionnaire qui s'auto-essore que les choses vont enfin finir par s'emballer. Seulement voilà, pour populariser son produit, elle va devoir relever bien des défis, à commencer par celui de devenir une véritable femme d'affaires. De ce postulat plein de bonnes choses, à commencer par sa figure féminine charismatique et ordinaire à la fois, David O.Russel va livrer le portrait d'une Amérique sexiste mais où chacun peut s'accomplir à force de sacrifices.

    Sur deux heures de film, Joy repose sur les épaules de son actrice principale, la superbe et géniale Jennifer Lawrence. Sortie des imbécillités crasses d'Hunger Games, la jeune femme retrouve son réalisateur fétiche pour un rôle qui lui va comme un gant. A la fois forte et fragile, Lawrence emporte l'adhésion du public quasi-immédiatement dans son rôle de mère ambitieuse incapable de se débarrasser de sa famille-boulet faute d'un amour familial chevillé au corps. Capable d'incarner la travailleuse moyenne américaine de l'époque avec un naturel désarmant, Jennifer Lawrence arrive rapidement à jouer les femmes d'affaires impitoyables tout en conservant cette part de fragilité qui l'a rend si touchante. Pour dire vrai, le plus grand atout de Joy, c'est elle, définitivement. Evidemment, on saluera le rôle (ingrat) de De Niro en père agaçant et médiocre, et Bradley Cooper toujours aussi bon lorsqu'il est dirigé par Russell. Mais c'est bien Jennifer Lawrence qui écrase tout le monde. Il faut dire que le film a été bâti autour de son rôle, qu'il est une sorte de succès-story mâtinée de drame familial tendance soap et de conte pour enfants. Ce dernier point se révèle d'ailleurs rapidement à la fois un atout et un inconvénient pour le long-métrage

    Pensé comme un conte, raconté en réalité à toutes les petites filles de la planète (ou au moins des USA), Joy a un côté gentillet qui agace autant qu'il séduit. Telle une Cendrillon des temps modernes, Joy Mangano s'élève de sa condition ingrate vers celui d'une princesse avant-gardiste, finissant dans son propre château avec le prince charmant venant la courtiser de temps à autre. Seulement voilà, c'est aussi l'aspect un peu trop propret de Joy, la perfection morale absolue du personnage et le côté glorifiant du film sur les possibilités de succès offert par le way of life américain qui irritent. Joy est trop gentille, trop parfaite, trop bien. Lorsque l'on voit en plus que la véritable Joy Mangano est productrice exécutive du métrage, on se pose de sérieuses questions quand à l'authenticité de cette description. Alors, évidemment, David O.Russell a d'autres cordes à son arc, à commencer par la description d'un système qui, à l'époque, considère encore que la femme doit s'occuper de ses enfants et rester à la cuisine, qu'elle ne peut pas être responsable et active. En ce sens, Joy peut être perçu comme un film féministe. 

    Il reste aussi la reconstitution d'une Amérique qui découvre les "vertus" du télé-achat et toute la machinerie qui se cache derrière, montrant encore et toujours que tout est une question d'image dans le monde capitaliste, que le succès a besoin d'une dose de mensonges et de mise en scène léchée. Cette partie du film reste, de loin, la plus intéressante, il est fort dommage que Russell passe beaucoup trop de temps sur la famille minable de Joy. Les coup bas de l'industrie, les escroqueries, la publicité mensongère et les artifices du milieu de l'entertainement et de la vente restent, franchement, passionnants. D'une certaine façon, le film montre comment il faut devenir soi-même un requin pour réussir. On regrette simplement que ce que Joy se voit contraint de faire soit au final si moralement acceptable et gentillet à l'arrivée. Une nouvelle fois, on ne peut s'empêcher de penser que le côté lissé du personnage principal finit par nuire au récit. Chose d'autant plus dommage quand celui-ci s'avère véritablement attachant et agréable une fois l'entreprise commerciale de Joy lancée (et la storyline familiale mise en sourdine).

    Joy fait bien mieux que le décevant American Bluff qui misait bien trop sur ses costumes et son ambiance au dépend des personnages. Cette fois, le film de David O.Russell nous offre une héroïne forte et séduisante incarnée par la géniale Jennifer Lawrence et épaulée par un casting impeccable. Film féministe certainement trop lisse pour pleinement convaincre, Joy reste à l'arrivée un divertissement plus qu'agréable où le conte finit par l'emporter sur le soap. Une belle histoire, peut-être justement un peu trop belle.
     

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : La première prestation télévisuelle de Joy

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  • [Critique] The Leftovers, saison 1

    Créée en 2014, The Leftovers est une des dernières séries estampillées HBO. Depuis l'avènement de Netflix et, plus récemment, Amazon, dans le monde de la télévision, il semble que la chaîne câblée américaine ait perdu de son aura. Même si son Game of Thrones continue à battre des records, cela fait quelques années qu'une autre production n'a pas soulevé un enthousiasme comparable. Cette année pourtant, la deuxième saison de The Leftovers a connu un succès critique des plus impressionnants, si bien qu'on a fini par en parler un peu partout. En s'y intéressant de plus près, on remarque tout de suite un certain nombre d'éléments qui ont de quoi effrayer voire même repousser de prime abord. 
    Tout d'abord, The Leftovers est une série signée Damon Lindelof, le même Lindelof qui avait dirigé la fameuse série Lost. Pire encore, le bonhomme fut un des grands coupables du naufrage Prometheus avec un scénario incohérent et désolant. Pourquoi diable alors la plus prestigieuse des chaînes câblées américaines l'a-t-elle engagé ? Peut-être parce que, jusqu'ici, Lindelof faisait montre d'une créativité débordante mais bordélique. Comme submergé par ses propres idées, le scénariste buvait la tasse tout seul. Sauf que The Leftovers est également la création de Tom Perrotta, un excellent écrivain américain, et que la série n'est en réalité dans sa première saison qu'une adaptation de son livre Les Disparus de Mapleton. On peut donc espérer que Perrotta soit parvenu à canaliser Lindelof et à lui fournir un cadre assez solide pour bâtir une oeuvre (enfin) mature. Reste alors le postulat de départ.

    Le 14 Octobre, 2% de la population mondiale a tout simplement... disparu ! Sans aucune explication ni signe annonciateur. L'histoire de The Leftovers prend place trois ans plus tard dans une petite ville proche de New-York, Mapleton, où les habitants tentent tant bien que mal de continuer leurs existences. Et comme tous les ans, tous s'apprêtent à célébrer la date commémorative de la disparition. Du moins, pas tous. Une secte qui se fait appeler les Guilty Remnants, n'a aucune intention de laisser se produire l’événement. Ce sera au chef de la police locale, Kévin Garvey, d'assurer un semblant d'ordre. La grande appréhension lorsque l'on prend connaissance de ce postulat, c'est qu'il semble être familier. On pense (un peu) à la série française Les Revenants, et (beaucoup) au navet américain Les 4400. The Leftovers serait-elle, encore, une histoire consacrée à la réapparition mystérieuse de personnes disparues ? Ou, pire, une enquête sans fin pleine de rebondissements sur les raisons de cette disparition ?
    En fait, il n'en est rien. Lindelof et Perrotta prennent un pari casse-gueule et d'une grande audace avec cette première saison : celle de ne jamais aller fouiller du côté des disparus mais de se concentrer uniquement et totalement sur ceux qui sont restés en arrière. 

    C'est bien là l'idée géniale de The Leftovers. Durant les dix épisodes qui constituent la première saison, jamais les scénaristes ne vont venir s’embarrasser d'une enquête autour des disparus. Si vous pensiez découvrir une série où vous aurez toutes les réponses, vous pouvez d'ores et déjà passer votre chemin. Mais attention, The Leftovers n'est pas Lost. Si la seconde n'avait simplement aucune idée d'où elle allait, la première est réglée avec une minutie qui force le respect. En explosant les barrières de genres et en infiltrant de bonnes doses de SF et de fantastique dans la série, Lindelof parvient cette fois à diriger proprement ses idées. En fait, The Leftovers est cette oeuvre que l'on espérait depuis longtemps pour le scénariste américain, celle de la maturité. Faisant fi des rebondissements abusifs et des cliffhangers faciles, la série se resserre sur ses personnages et, notamment, autour de la famille Garvey. Une des principales originalités de The Leftovers, c'est de faire pénétrer le spectateur dans un monde où l'on arrive après la bataille. Il faut égrener les épisodes pour comprendre petit à petit les raisons de chacun. Du prêtre au gourou de la secte locale, en passant évidemment par le chef de la police. De ce fait, en plongeant tête la première dans une thématique difficile, celle du deuil, la série fait des merveilles comme on en avait pas vues depuis Six Feet Under !

    Parce que, ne tournons pas autour du pot, cette première saison de The Leftovers est d'une incommensurable tristesse. Ce qui ne veut pas dire que la série tourne au mélodrame appuyé et rasoir, non, pas du tout. Avec une écriture d'une subtilité prodigieuse, Lindelof et Perrotta ménagent leurs effets et laissent s'écouler une petite mélodie triste, aussi triste que les quelques notes de Max Richter qui brisent le cœur du spectateur en quelques secondes. Chaque personnage à l'écran, du plus incompréhensible au plus rationnel, chacun va avoir son heure de gloire et exposer son chagrin de façon digne. Les dix épisodes de The Leftovers s'intéressent à ceux qui restent, à la peine du survivant. En cela, elle aborde un thème universel qui va bien plus loin que le postulat de départ. Cela pourrait être les conséquences d'une guerre ou d'un séisme, mais c'est bien un événement indéterminé et fantasque qui cause la disparition de masse. Du coup, la peine ressentie et les émotions qui en jaillissent paraissent encore plus authentiques. Aussi cruelle que la mort aléatoire d'un être cher en somme. C'est le questionnement sur la perte et, surtout, sur comment la vivre, qui donne à The Leftovers sa phénoménale capacité à émouvoir.

    Alternant les moments improbables et mixant à parts égales les mystères (les chiens pourchassés, la secte des Guilty Remnants, la possible folie de Kévin, les pouvoirs de Wayne...), The Leftovers joue constamment sur la corde raide. Là où Lost a fini par rapidement perdre à ce petit jeu, The Leftovers remporte la mise. Les éléments surnaturels et/ou inexpliqués viennent rajouter du suspense et jouent le rôle de catalyseur pour les personnages. Si l'on n'a pas toutes les réponses dans cette première saison, ce n'est jamais un frein ni un inconvénient, tant cette fois les artifices du scénario sont au service de la dramaturgie. A l'image d'un Penny Dreadful, The Leftovers joue la carte des loners - c'est-à-dire un épisode entier consacré à un unique personnage - avant de revenir sur le chassé-croisé des différents personnages, Kevin Garvey en tête. Et comme pour la série de Showtime, les loners s'avèrent sublimes. On pense à l'épisode 3 Two boats and a Helicopter, mettant en avant le personnage du révérend Matt Jamison, incarné par le génial mais trop rare Christopher Eccleston. On pense aussi à l'épisode 6 Guest, où Lindelof nous fait redécouvrir totalement le personnage de Nora Durst, joué par la formidable Carrie Coon. Ces deux épisodes montrent la capacité de la série à adopter un caractère feuilletonesque sans pour autant renier son côté romanesque et ample. Au lieu de devenir des trésors écrasants en regard du reste - comme pour les loners de Penny Dreadful -, ils magnifient et décuplent le reste de la saison. Le résultat, forcément, est tout simplement génial.

    Seulement, The Leftovers ne serait rien sans sa galerie d'acteurs. A commencer par son rôle principal, Justin Theroux, qui compose un Kevin Garvey tout en nuances, à la fois play-boy en uniforme et père de famille brisé et imparfait. A l'instar de tous les personnages qui traversent The Leftovers, Kévin incarne la fragilité de l'homme, la tristesse de celui qui voit tout s'écrouler et qui perd ses proches sans jamais être capable de retrouver le contrôle de la situation. On citera également un des rôles les plus éminemment difficiles de la série, celui de la gourou des Guilty Remnants, Ann Dowd. Si son personnage arrive à être constamment détestable, c'est grâce au jeu impeccable de l'actrice qui explose littéralement dans l'épisode 8 Cairo. Il faut d'ailleurs saluer la description de la secte des Guilty Remnants à cette occasion. Elle est l'exemple même que Lindelof peut utiliser son hermétisme à des fins salutaires. Comme nombre de sectes, et celle-ci davantage encore, on ne comprend jamais les raisons de leurs actes incroyables et quasiment honteux. Même lorsque Patty s'échine à expliquer sa vision des choses à Garvey. Car le but, finalement, n'est pas de comprendre, mais bien de montrer que selon les différents points de vues, certaines positions ne seront jamais totalement explicables. En ce sens, Lindelof était l'homme idéal pour porter les Guilty Remnants à l'écran.

    Que reprocher à cette première saison ? Trop de mystères parfois ? Possible. A coup sûr en tout cas de ne pas avoir réussi à exploiter l'arc de Tom Garvey, qui semble bien pâle en comparaison des autres et qui finit par ennuyer par rapport à la grandiose réussite du reste. Même le destin de Wayne, personnage le plus improbable de la série, finit par devenir captivant et émouvant. Mais ce reproche peut-il vraiment venir ternir la première saison de The Leftovers ? Non, définitivement pas. Parce que la série se conclut par deux épisodes encore plus formidables que ce que l'on pouvait espérer. L'épisode 9, The Garveys at Their Best, revient sur l'avant-disparition avec une justesse d'écriture époustouflante et une séquence finale à donner des frissons qui arrive, enfin, à expliquer le personnage de Laurie et son devenir. Et puis la conclusion, avec un épisode 10, The Prodigal Son Returns, qui fait des choix radicaux en abandonnant quasi-totalement Mapleton durant la moitié du temps, pour venir nous jeter à la figure les événements qui s'y sont déroulés en conclusion. Une conclusion superbe, encore plus émouvante que la séquence terrible de Kévin s'effondrant en larmes devant Matt. Si la série s'achève sur le monologue de Nora Durst, c'est aussi pour en finir avec les larmes de ceux qui ont tout perdu, pour montrer, comme un ultime pied de nez, que l'espoir peut surgir de la façon la plus improbable qui soit. 

    Si vous avez peur de subir la même déconvenue qu'avec Lost, soyez tranquilles, en soi, la première saison de The Leftovers peut se voir de façon isolée, sans aucune nécessité de poursuivre. Cette brillante histoire de disparus, de deuil, de foi, d'espoir, d’ésotérisme, de folie et d'humanité servie par une galerie de personnages superbes, c'est la conjugaison de deux talents, ceux de Tom Perrotta et de Damon Lindelof. The Leftovers constitue l'une des découvertes les plus marquantes dans l'histoire télévisuelle, une découverte pleine d'audace, de justesse et d'émotions, où quelques notes de Max Richter suffisent à nous tirer des larmes. 
    Nul doute que la saison 2 aura fort à faire pour reprendre dignement le flambeau.  
     

    Note : 9/10

    Meilleur(s) épisode(s) : The Garveys at Their Best et The Prodigal Son Returns



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  • [Critique] My Skinny Sister

    Les pays nordiques ont le vent en poupe dans le paysage cinématographique actuel. Après le buzz de Snow Therapy en début d'année, c'est au tour du discret My Skinny Sister de faire parler de lui. Trainant une réputation de Little Miss Sunshine bis, le premier long-métrage de la suédoise Sanna Lenken se penche sur un sujet relativement rare au cinéma, celui de l'anorexie mentale. Dans la grande tradition de sobriété et d'authenticité des films scandinaves, mêlant à la fois humour doux-amer et drame, My Skinny Sister permet également de découvrir un duo de jeunes actrices avec Amy Deasismont et Rebecka Josephson.

    Stella a 12 ans et vit dans une famille des plus banales. La tête dans les étoiles, la petite fille un peu rondelette écrit des poèmes d'amour au professeur de danse de sa sœur, élève des scarabées qu'elle récolte au gré de ses promenades et s'entraîne à embrasser les garçons avec des tomates. Bref, Stella a tout de la petite fille ordinaire qui s'éveille doucement aux joies de l'adolescence. Sa grande sœur Katja, elle, n'a pas les mêmes préoccupations. Celle-ci s'entraîne durement pour le futur concours de patinage artistique...peut-être même trop durement. Stella découvre vite que sa sœur surveille de plus en plus maladivement son poids et qu'en secret, elle se fait vomir dans les toilettes. Sans vraiment comprendre, la petite fille a l'intuition que Katja va mal. Entre l'amitié et la confiance qui lit les deux sœurs d'un côté, et l'inquiétude de ses parents, Stella va devoir faire face avec sa famille à la terrible maladie de sa sœur.

    Disons-le d'emblée, My Skinny Sister partage en réalité peu de points communs avec Little Miss Sunshine. La principale ressemblance se situant dans le personnage principal avec la petite Stella qui rappelle inévitablement Olive. C'est Stella qui fait en très grande partie le charme intense et enfantin du long-métrage. On assiste par ses yeux à la spirale incontrôlable dans laquelle tombe sa sœur et comment sa maladie vient à la fois briser l'équilibre familiale et influencer les propres perceptions de Stella. My Skinny Sister arrive avec bonheur à jongler entre l'humour et le drame. Il mêle à part égale la naïveté enfantine de la plus jeune et la lente auto-destruction de la plus vieille. En installant très progressivement la pathologie mentale de Katja, Sanna Lenken permet de représenter avec une grande justesse l'anorexie mentale et ses répercussions.

    Parce que l'autre personnage majeur du métrage, c'est bien Katja. Adolescente admirée pour ses compétences artistiques, elle incarne l'archétype de l'anorexique sans pourtant forcer le trait. Par petites touches, Lenken montre comment la conjonction d'un caractère exigeant et le manque de stabilité des parents peut produire un résultat dramatique sur une adolescente déjà fragile. La grande force de My Skinny Sister se niche dans la représentation plus vraie que nature de cette pathologie dévastatrice et incompréhensible pour le commun des mortels. Du coup, l'interprétation des deux jeunes actrices devient forcément essentiel pour donner toute sa force au film. En cela, ni Amy Deasismont ni Rebecka Josephson ne déçoivent, intenses et authentiques de bout en bout.

    Avec sa réalisation discrète mais élégante, My Skinny Sister peut également se permettre le luxe de mettre en avant la relation privilégiée entretenue par deux sœurs et par le retentissement que peut avoir l'état de santé de l'une sur l'autre, ou, pire, l'influence du comportement de l'aînée sur la cadette. Véritable modèle de perfection pour Stella, Katja a un effet à la fois néfaste sur sa petite sœur du fait de son obsession maladive vis-à-vis de son poids (risquant de faire basculer également Stella dans la même spirale) et bénéfique par le support et l'amour réciproques que l'on sent toujours présent quelque soit les épreuves. Grâce à quelques plans bourrés de poésie, Sanna Lenken capte davantage qu'un simple tableau d'anorexie mentale, elle offre dans le même temps un émouvant portrait familial.

    Excellente surprise pour terminer cette année 2015, My Skinny Sister aborde avec une grande justesse et sans patho excessif l'anorexie mentale. Grâce aux talents conjugués de ses deux jeunes actrices ainsi qu'à l'élégance de sa mise en scène, le premier film de la suédoise Sanna Lenken atteint toutes ses promesses et peut-être plus encore.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Les deux sœurs front contre front à l’hôpital.

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  • [Critique] Le Pont des Espions

    Si son dernier film date de 2012, Steven Spielberg croule sous les projets. On a un temps cru qu'il allait adapté le roman de science-fiction Robopocalypse avant que l'américain annonce la mise en veille du projet pour se consacrer à un film d'espionnage durant la guerre froide. Après un détour par le XIX ème siècle, le réalisateur revient donc au XX ème pour explorer à nouveau la guerre froide du point de vue des deux grands blocs (à la différence de son travail dans Munich). Il offre par la même occasion le rôle principal à son vieil ami devenu plutôt rare, l'excellent Tom Hanks, qui incarne ici l'avocat James Donovan. Sans autre star majeure au casting, Le Pont des Espions joue la carte du thriller historique comme en raffole les majors américains en s'intéressant à un échange de prisonniers politiques entre l'Est et l'Ouest. A près de 69 ans, Steven a-t-il encore des choses à dire ?

    Pour tenter de répondre à cette question, situons le contexte de ce nouveau métrage. Nous sommes dans les années 60 et la guerre froide entre les USA et l'URSS bat son plein. La paranoïa est à son comble et les espions des deux camps doivent redoubler de prudence. Rudolf Abel, un vieil homme ordinaire, se fait arrêter dans son appartement. Bien vite, il se révèle que celui-ci fournissait bien des informations aux soviétiques et qu'il doit donc être juger en tant qu'espion communiste. Désigné pour le défendre, James Donovan s'aperçoit rapidement que le procès organisé est une mascarade. Dans le même temps, le pilote Francis Powers se voit confié une mission de reconnaissance au-dessus du sol soviétique à bord d'un avion-espion U2. Malheureusement, il est abattu par des tirs russes et se retrouve prisonnier. Donovan va alors devoir organiser un échange dans un Berlin divisé en deux...


    Le Pont des Espions se présente comme un thriller historique assez classique. Il débute sur un versant "tribunal" dans la lignée d'un Philadelphia puis repasse rapidement du côté thriller pur et simple. Avec Steven Spielberg aux manettes, inutile de dire que la mise en scène est soignée, recherchée et que la reconstitution historique s'avère à la hauteur des espérances. De même, l'arrivée dans un Berlin alors en pleine division a quelque chose de glacialement efficace, entre la construction du mur, l'exode des Berlinois et les décombres de la seconde guerre mondiale. Du côté purement formel, nul doute que le père Spielberg n'a pas perdu la main. On ne pourra cependant pas s'empêcher de voir dans le cheminement emprunté par Le Pont des Espions quelque chose de finalement très académique, très classique et relativement sans surprise. Efficace certes mais peu surprenant.

    Heureusement, le sujet de fond abordé par le film est autrement plus captivant. Spielberg se sert d'un échange de prisonniers pour croquer l'Amérique et ses défauts. Son approche du personnage ambiguë de Rudolf Abel, même si on aurait aimé la voir plus audacieuse encore, reste le meilleur élément du long-métrage. Spielberg tente de montrer comment, en pleine guerre (froide ou non) et en pleine vague de paranoïa, les Etats-Unis toujours si vertueux ne valent à l'arrivée pas mieux que leurs méprisés adversaires. La remise en cause de la justice et de ce côté "nous sommes les gentils" par le réalisateur américain a ceci d'intelligent qu'elle utilise le point de vue d'un avocat qui est contraint de défendre ce qui pourrait facilement être réduit à l'Ennemi. Sauf que la chose n'est pas aussi simple. Spielberg explique patiemment et intelligemment pourquoi l'avocat ne doit se préoccuper que de son client et non de l'opinion populaire. En faisant progressivement changer de paradigme le spectateur, Le Pont des Espions réussit à démontrer que le bien et le mal ne sont que le résultat d'un point de vue.

    Du coup, le long-métrage devient nettement plus intéressant dès que Donovan est confronté à ses propres concitoyens et collègues. On retrouve ici la volonté de Spielberg de toujours faire la part des choses et de ne pas tomber dans un manichéisme historique déplacé, ce qu'il avait déjà réussi à faire dans son excellent Munich. L'excellent jeu de Tom Hanks et, surtout, Mark Rylance, permet au spectateur de s'attacher aux deux personnages principaux sans pour autant nier la réalité de la situation historique. Si l'on aurait aimé davantage encore de jeux politiques, Spielberg se rattrape en ajoutant un troisième parti dans le Berlin des années 60, compliquant la donne et ajoutant une dose de suspense bienvenue au récit. Reste alors l'amitié entre Donovan et Abel, émouvante et juste, ainsi que - et pour poursuivre sa critique de la culture américaine et son hyper-patriotisme - le regard posé sur le destin du jeune Powers qui a quelque chose de très puissant. D'autant plus d'ailleurs qu'il n'est qu'effleuré et laissé à notre imagination. 

    Sans arriver à la cheville de ses meilleurs films, Le Pont des Espions arrive à compter parmi les bons Spielbergs. Porté par deux acteurs excellents et jouissant d'une mise en scène impeccable, le long-métrage peut surtout compter sur une critique maligne et roublarde de l'histoire américaine durant la Guerre Froide, posant un regard critique sur un passé moins manichéen qu'on voudrait nous le faire croire.
    Un très bon moment. 

    Note : 8/10

    Meilleure scène : James Donovan regardant la façon de mettre Rudolf Abel dans la voiture des soviétiques

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