![[Critique] Le monde de Charlie](https://ekladata.com/FZHSjKkMgG_9SIHyJ1sTzTYohu0@555x801.jpg)
Meilleur film Independant Spirit Awards 2013
Sujet épineux s'il en est, le passage de l'adolescence à l'âge adulte a fait l'objet de nombreux films. Difficile cependant de parler de cette période sans se confronter aux poncifs du genre et sans tomber dans la caricature pure et simple. Adapté du livre éponyme, Le Monde de Charlie se risque à cet exercice périlleux. Cas relativement rare dans le monde des adaptations romanesques au cinéma, le long-métrage est l'oeuvre de Stephen Chbosky, lui-même auteur du roman. Il s'agit de son second film après The Four Corners of Nowhere et de sa participation télévisuelle à la défunte série Jericho. Précédé par une réputation flatteuse, Le Monde de Charlie embarque quelques belles têtes d'affiches tels que Logan Lerman (Percy Jackson, Noé, Fury), Ezra Miller (We need to talk about Kevin, Flash) ou encore Emma Watson (Harry Potter, The Bling Ring). Cela peut-il être suffisant pour se démarquer dans un genre des plus balisés ?
Refusant de faire de son film un simili-Skins ou une énième bleuette pour midinettes, Chbosky base tout son récit sur le personnage passionnant de Charlie. Pour expliquer plus précisément l'importance de celui-ci, il faut se souvenir que Le Monde de Charlie s'intitule en réalité The Perks of being a Wallflower, un titre déjà infiniment plus beau que l'hideuse traduction française mais qui a surtout l'avantage de donner le ton. Charlie représente un peu le cliché du jeune lycéen transparent, invisible. Il longe les murs pour la rentrée des classes, cherche désespérément sa place et survit par son goût pour la musique et la littérature. C'est également un garçon discret et introverti qui va avoir le bonheur de tomber sur deux compères hauts en couleurs : Le truculent Patrick et la sublime Sam. Ensemble, ils vont construire une amitié et des amours souvent difficiles. Le film s'attache à suivre leurs parcours à travers les yeux du jeune Charlie en tentant de capturer ce qui constitue l'essence même de cet âge : la passion.
Si tout cela semble cliché au possible (et c'est bien le cas par moments), le réalisateur met un point d'honneur à creuser ses personnages, à les rendre éminemment humains et attachants. En premier lieu, il y a bien sûr Charlie. Ce jeune garçon effacé donne au récit toute sa force. Partant d'une grosse caricature, Chbosky en fait un individu passionnant victime de multiples drames qui font de lui une personne sans équivalent. Il faut évidemment rendre justice au jeune Logan Lerman (que l'on retrouve plus tard dans Fury) qui livre une prestation tout à fait remarquable. Il en va d'ailleurs de même pour les deux autres acteurs du trio, à savoir Ezra Miller, bluffant et criant de vérité dans son rôle de gay clownesque, et Emma Watson qui trouve ici son tout premier rôle véritablement profond. Celle-ci arrive enfin à faire oublier les errances de ses premières prestations dans la saga Harry Potter. Cependant, ce qui fonctionne le plus remarquablement dans Le Monde de Charlie, c'est l'alchimie entre ces trois personnages. C'est au final ce trio aussi divers que soudé qui fait tout le charme du récit.
Seulement voilà, Le Monde de Charlie n'est pas qu'un film de camaraderie. C'est aussi un film sur l'adolescence (et non pour adolescents). Il raconte avec une grande acuité les méandres sentimentaux de cet âge et comment certaines personnes peuvent être aveugles au bonheur qui se trouve juste à côté d'eux. A ce titre la relation Charlie-Sam est formidable de bout en bout, Chbosky capturant cet étrange paradoxe qui veut que l'on se dévalorise pour être avec des personnes vides d’intérêt quand celles qui vous feront le plus de bien se trouvent à côté de vous. Dans ces instants, le film tutoie parfois les sommets comme lors de ces séquences dans la chambre éclairée de milles ampoules de Sam. Ou lors des deux passages du tunnel sur fond de David Bowie. Le Monde de Charlie touche alors à quelque chose d’éminemment sensible, la sensation de redécouvrir le réel, de trouver sa place dans l'univers. Certes le réalisateur se trompe parfois, notamment dans la sous-intrigue concernant Patrick et Brad, tellement déjà vue et revue qu'elle n'a plus aucune saveur. Mais c'est pour mieux surprendre son public avec un dernier axe.
Charlie cache en effet un secret, et pas forcément celui que l'on croit. Traitant la chose avec une extrême pudeur et disséminant les indices de façon progressive dans le récit, Chbosky aborde un thème totalement tabou et infiniment douloureux. On ne révélera pas sa teneur mais l'habilité de l'américain pour dévoiler petit à petit la chose force le respect, d'autant plus qu'elle sert le récit. N'oublions pas tout de même que Le Monde de Charlie peut compter sur d'autres atouts de taille. La mise en scène de Chbosky d'abord, franchement surprenante par moment et comportant de vraies morceaux de poésie, la bande originale des plus réussies ensuite, mélangeant The Smiths, Dawid Bowie, Sonic Youth ou encore New Order (sans oublier les partitions discrètes mais superbes de Michael Brook), son humour et enfin ses références littéraires, véritable hommage à la belle littérature où l'on retrouve L'attrape-cœurs de Salinger, Ne tirez pas sur l'Oiseau Moqueur de Harper Lee ou L'étranger d'Albert Camus. Dans le fond, Le Monde de Charlie fait plus que parler de fougue amoureuse et d'amitié, il parle du fait de vieillir ensemble, de découvrir le monde avec ceux que l'on aime et de surpasser le passé, le tout en oubliant jamais le rôle primordial de la culture pour définir qui l'on est.
Authentique surprise, Le Monde de Charlie s'impose comme un des meilleurs représentants des films consacrés à l'adolescence. Intelligent, mis en scène avec talent et regroupant trois acteurs talentueux, le film de Stephen Chbosky surpasse ses clichés de départ pour imposer quelque chose de touchant et criant de sincérité. Un superbe découverte.
Note : 8.5/10
Meilleures scènes : Le premier baiser de Charlie - Les 2 séquences du tunnel - Patrick et Charlie échangeant des légendes urbaines
Meilleures répliques :
- Welcome to the island of misfit toys
- Why do I and everyone I love pick people who treat us like we're nothing? We accept the love we think we deserve.
- You are alive, and you stand up and see the lights on the buildings and everything that makes you wonder. And you're listening to that song and that drive with the people youlove most in this world. And in this moment I swear, we are infinite
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