Ils sont jeunes, beaux et intelligents. Mais surtout, ils sont riches. Jeunes étudiants d'Oxford fortunés, Alistair, Miles, Harry, Hugo et tous les autres ne constituent pas seulement la future élite de la nation britannique, ils représentent également un club privé légendaire : le Riot Club. Tirant son nom d'un nobliau décadent du siècle passé, Lord Ryot, le club a pour vocation d'assouvir les excès de ses membres tout en conservant un statut des plus prestigieux au sein des autres étudiants. L'actuel président, James, a décidé d'ouvrir la période de sélection. Parmi ses nouvelles recrues, deux jeunes hommes : Miles et Alistair. Opposés politiquement, les deux compères s'avèrent toutefois ravis de leur future intégration. Ainsi sont-ils conviés à leur premier dîner du Riot Club dans un petite taverne à l'écart des regards. C'est là que tout bascule...
Pas forcément très attendu (en fait pas du tout), le nouveau film de la réalisatrice d'Une éducation et de Un Jour, la danoise Lone Scherfig, mise tout sur une acerbe critique de la jeunesse dorée britannique. Pourtant, rapidement Scherfig captive. Loin de rentrer dans les canons du genre (il ne s'agit pas d'un Fight Club à l'anglaise, c'est même tout le contraire), The Riot Club propose une plongée dans un monde nébuleux pour le citoyen lambda, celui d'Oxford et de ses privilégiés. Même si l'on a d'abord peur d'assister à une succession de clichés (et c'est parfois le cas), Scherfig tire son épingle du jeu grâce à ses acteurs, tous géniaux, ainsi que les personnages forts qu'elle façonne avec un mordant salutaire. Si l'on apprend vite à aimer - autant qu'à détester - les membres du Riot Club, deux personnages se détachent naturellement du lot : Alistair et Miles. Deux faces d'une même pièce aux idées souvent très éloignés, qui, cependant, viennent d'un même milieu.
Interprété de façon magistrale par Sam Claflin dont la gueule d'acteur n'a d'égal que la violence sourde qu'il renferme, le personnage d'Alistair efface un peu Miles, plus conventionnel et plus politiquement correct (sans rien enlever à l'excellent jeu de Max Irons). D'abord abordés dans le cadre de la vie scolaire, les deux jeunes hommes se retrouvent au cœur d'un dilemme moral lors de la séquence du dîner. C'est à ce moment précis que Lone Scherfig choisit de tenter un coup de poker puisque, à la surprise générale, The Riot Club devient pour une grosse moitié du temps un huit-clos. Dans celui-ci, la danoise montre le glissement très lent mais de plus en plus violent qui se profile. Avec une grande ruse, elle amène ses personnages au point de rupture et crée un décalage entre la société clinquante et pompeuse de l'assemblée des dix jeunes et celle, tout à fait banale, du restaurateur, de ses clients et de sa fille. De cette façon, Lone Scherfig reconstitue en miniature la société britannique - et par extension occidentale - en faisant entrer en collision les convictions et les classes sociales.
En fait, le cœur de The Riot Club n'est pas de montrer les tribulations de dix petits emmerdeurs arrogants mais de disséquer les mécanismes qui mènent au soulèvement, à la violence et, finalement à la cruauté. Ne nous y trompons pas, le film de Scherfig va loin, plus qu'il n'y parait de prime abord. Au-delà de dénoncer la "violence des riches", elle pointe surtout du doigt comment, dans un groupe aux personnalités hétérogènes mais issues d'une même catégorie sociale, un seul homme peut entraîner les autres vers les pires choses. Elle reproduit dans ce huit-clos le mécanisme de la dictature. La démonstration, outre le choc qu'elle peut provoquer et l'indignation du spectateur qui en résulte, met en exergue quelque chose de fondamental, une chose commune à toute les sociétés modernes : la majorité silencieuse n'a pas d'importance, elle est malléable. Il suffit d'une minorité, ici Alistair, suffisamment attirante ou effrayante (voir les deux) pour précipiter les choses. Dans le fond, et malgré la lueur d'espoir du personnage de Miles, The Riot Club est un film profondément noir qui va au fond de son propos. Sa fin, glaçante mais ultra-réaliste, donne à réfléchir sur ceux qui nous gouvernent.
Les loups gardent le troupeau.
Immense surprise que The Riot Club. Plutôt discret depuis sa sortie, le long-métrage mérite franchement toute votre attention. Méchant, cynique et proprement glaçant, il mise en plus sur des aspects vraiment inattendus mais réjouissants. Emporté par une tripotée de jeunes acteurs excellents et par un scénario allant fouillé de plus en plus loin dans les recoins sombres de l'humanité, le film de Lone Scherfig constitue une grande réussite à ne pas louper.
Note : 9/10
Meilleure scène : L'appel à la révolte d'Alistair - La discussion finale