• [Critique] Cérès et Vesta

     Lentement, mais sûrement, la collection Une Heure-Lumière des éditions du Bélial creuse son trou dans le monde de l'imaginaire. Dernier né de celle-ci, Cérès et Vesta de Greg Egan voit le retour de l’écrivain australien que l'on avait pas lu depuis la parution de Zendegi en 2010 toujours chez le Bélial qui, on le sait, affectionne tout particulièrement cet auteur. Considéré par beaucoup comme l'un des piliers de la science-fiction moderne, Egan est surtout connu en France pour son talent de nouvelliste. Il était donc logique de le retrouver dans cette collection consacrée aux textes courts (ou novella) aux côtés d'autres ténors comme Ken Liu ou Vernor Vinge. De plus en plus engagé politiquement ces derniers temps, l'australien livre encore une fois un texte très actuel.

    Cette fois, Egan situe son action dans un futur où les hommes ont colonisé deux astéroïdes, Cérès et Vesta qui, de ce fait, se retrouvent dépendants l'un de l'autre par leur échange de roche et de glace. Considérés comme deux "états" distincts, les astéroïdes disposent donc de deux visions différentes de la politique et du sens moral. Sur Vesta, une polémique fait rage contre les Sivadiers, accusés d'avoir exploité les colons de jadis en se servant de la propriété intellectuelle pour faire main basse sur certaines ressources. Exhumant cette histoire, Denison et son manifeste créent un mouvement de mécontentement parmi la population qui finit par se transformer en authentique ségrégation. Obligés de fuir Vesta, les Sivadiers trouvent refuge sur Cérès où Anna, directrice du port spatial, apprend leur histoire et s'implique dans leur sauvetage. Parmi ces rescapés, Olivier, va lui raconter l'histoire de Camille, médecin de Vesta devenu du jour au lendemain un Parasite aux yeux des autres. 

    Les fans de la première heure de Greg Egan le savent déjà mais celui-ci souffre d'un défaut récurrent : la froideur de ses textes. Cela s'explique principalement par les affinités de l'auteur pour le versant Hard-SF du genre et de ce fait par le style très clinique qui en découle. Si cela ne pose que peu de problèmes dans la plupart de ses textes, il faut avouer que Cérès et Vesta souffre particulièrement de ce défaut récurrent. En se penchant sur le triste sort d'une communauté progressivement ramenée à un rang de nuisibles, considérée rapidement comme d'authentiques parasites (avec la déshumanisation que cela sous-entend), Egan aborde un sujet qui pourrait être poignant. Sauf qu'il l'est beaucoup moins qu'il ne devrait l'être du fait du caractère très détaché de son écriture. Pour faire simple, il manque la dimension humaine d'un Ken Liu à Cérès et Vesta, celle qui vous prend aux tripes et vous serre le cœur.

    Pour autant, la novella doit-elle être considérée comme ratée ? Certainement pas.
    En effet, Egan conjugue son génie scientifique, en prenant comme toile de fond deux astéroïdes creusés et aménagés pour devenir habitables, et son engagement politique qui fait mouche dans une époque où nous semblons en avoir cruellement besoin.Il faut comprendre que Cérès et Vesta n'a pas l'ambition du vertige scientifique procuré par un grand nombre de textes d'Egan, mais bien de secouer son lecteur en abordant certains sujets brûlants. En prenant les Sivadiers, l'Australien ratisse large. On pense évidemment à la persécutions des juifs (d'autant plus que le statut de soi-disant privilégiés dans la société Vestienne fait fortement penser à l'argumentation nazi) mais également à d'autres racismes et horreurs plus modernes. L'apartheid sud-africain, la décimation du peuple aborigène ou même, dans un sens plus large, la lente montée du racisme ordinaire dans le monde occidental. Car non seulement Egan évoque la persécution d'une communauté mais également sa fuite (et donc l’immigration) vers Cérès. En adoptant consciemment une position progressiste et, disons-le carrément, humaniste quant à la réaction des autorités de Cérès, l'australien affirme clairement ses positions. Loin d'être simpliste à cet égard, il explique également comment ce parti-pris peut se retrouver face à des choix cornéliens, surtout lorsque l'enjeu s'avère élevé aussi bien moralement qu'humainement. Il en coûtera énormément à Anna en ce sens. 

    C'est donc cette dimension politique qui sauve le texte. On voudrait éprouver de l'empathie pour les Sivadiers, mais celle-ci n'est jamais aussi forte qu'elle devrait l'être, Egan a du mal à se détacher de son point de vue analytique. D'un autre côté, cela lui permet d'aller bien plus loin dans ses réflexions politiques en parlant du bien-fondé de la propriété intellectuelle, des dangers du révisionnisme et de la manipulation de masse. Ce qui perturbe véritablement dans Cérès et Vesta, c'est la terrible proximité avec notre monde actuel. L'action a beau prendre place sur deux astéroïdes, cela pourrait aussi bien être à côté de chez nous...A cet égard, la novella mérite certainement qu'on s'attarde dessus. Elle démontre avec brio que la haine engendre la haine, que l'escalade qui en résulte mène à l'horreur. L'histoire nous l'a montré. Malheureusement, celle-ci a une fâcheuse tendance à se répéter. C'est pourquoi Cérès et Vesta trouve toute son importance. 

    Moins convaincante que les dernières parutions de la collection Une Heure-Lumière (mais Ken Liu a placé la barre terriblement haut), Cérès et Vesta montre une facette plus engagée de l'auteur australien et moins hard-science que d'habitude. Si la froideur du texte n'aide pas à l'empathie du lecteur, son intelligence rappelle que Greg Egan reste un auteur qui compte. Tout en offrant un texte accessible au plus grand nombre, l'Australien pose des questions essentielles dans une époque qui en a grandement besoin.

      

    Note : 7/10

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  • [Critique] Les chevaux célestes

    Prix Elbakin.net du meilleur roman étranger 2015
    Prix Sunburst 2011

     Avant de s'attaquer à ce pavé de 649 pages (!!) que représente Les chevaux célestes, (ré)introduisons son auteur, le canadien Guy Gavriel Kay. Après avoir travaillé avec Christopher Tolkien, fils d'un certain J.R.R Tolkien, Kay écrit dans un premier temps une fantasy plutôt classique avec La Tapisserie de Fionavar, c'est seulement par la suite qu'il commence à trouver sa propre voie avec des romans tels que Les Lions d'Al-Rassan ou La Mosaïque de Sarance. Pour ces derniers, l'écrivain développe un univers historique teinté de fantasy. S'inspirant à chaque fois d'une période historique différente, le canadien en tire une version fantasmée (mais toujours très proche de la réalité en définitive) qu'il tord selon sa volonté pour en faire une épopée à chaque fois plus ambitieuse. Devenu en quelques années un auteur majeur et distingué par la critique - il a en effet reçu à plusieurs reprise le prix Aurora et, consécration suprême, le World Fantasy Award pour Ysabel -, Guy Gavriel Kay est revenu en 2010 avec Under Heaven, un énorme roman se déroulant dans la chine des Tang du VIIIème siècle, traduit dans un premier temps aux éditions québécoises A lire sous le titre Sous le Ciel puis repris aujourd'hui (et retraduit pour l'occasion) par les éditions L'Atalante sous une nouvelle dénomination : Les chevaux célestes. De quoi va nous parler cette fois le canadien ?

    Avec ce nouveau livre, Guy Gavriel Kay nous emmène dans la Kitai, version revue et corrigée de la chine des Tang au VIIIème siècle. Alors au fait de sa gloire, l'empire a réussi à faire la paix avec son rival de toujours, le royaume de Tagur. Au Kuala Nor, terre d'affrontements perpétuels, les fantômes cherchent pourtant toujours le repos. Obligé de se retirer de la vie publique après le décès de son père, Shen Taï a entrepris une oeuvre pharaonique : donner une sépulture décente à chaque homme tombé sur ce champ de bataille. Sous le regard des forteresses frontalières de la Kitai et du Tagur, Taï passe près de deux années dans cette contrée inhospitalière, écoutant le murmure des trépassés. Jusqu'au jour où Chen-Wang, princesse du Tagur, lui offre un présent colossal : deux cent cinquante chevaux de Sardie, les fameux coursiers célestes. Dès lors, Shen Taï doit se résoudre à retrouver l'empire malgré l'immense danger que fait peser sur lui ce cadeau inattendu. Déjouant un premier assassinat, il va devoir composer avec les pièges d'une cour impériale dominée par le nouveau premier ministre When Zhou et son propre frère, Shen Liu. Pris au milieu de la rivalité entre When Zhou et le général Roshan, chef militaire tout puissant des septième, huitième et neuvième circonscriptions, Shen Taï devra choisir son camp. 

    Commençant timidement, Les chevaux célestes affiche pourtant une claire ambition de la part de Guy Gavriel Kay, celle de construire patiemment un univers convaincant et profond restituant dans toute la splendeur et la poésie de la Chine ancienne. En se concentrant d'abord sur une frange de l'empire, à savoir le Kuala Nor, et en faisant petit à petit rentrer le lecteur dans ce nouveau monde, le canadien prend un risque calculé : produire un roman lent. C'est peut-être le premier revers de la médaille de l'entreprise monumentale (et c'est peu de le dire) que d'écrire cette fresque historique. Kay a besoin de bases solides pour démarrer sa véritable intrigue, c'est à dire la rivalité entre When Zhou et Roshan qui sera au final bien plus importante que l'acheminement des chevaux de Sardie eux-mêmes. De ce fait, l'histoire prend son temps, certainement un peu trop, surtout que le canadien connaît un défaut mineur mais récurrent, celui de répéter des faits déjà connus du lecteur. Cet excès de didactisme n'empêche pourtant pas rapidement de s'immerger totalement dans cet univers incroyable capturé avec un talent stupéfiant par l'écrivain canadien.

    En s'attardant sur la poésie, la calligraphie, le pipa et tous les autres arts de la chine ancienne, Kay développe une atmosphère, une ambiance. Les chevaux célestes acquiert rapidement une saveur unique qui permet une lecture dévorante. Cette fluidité de l'histoire doit également beaucoup au style de l'auteur, toujours élégant et recherchant constamment une certaine poésie lancinante. En même temps que la mise en place de sa toile de fond, Kay construit des personnages extrêmement attachants. De Shen Taï à Bruine en passant par Sima Zian ou Taizu, tous s'avèrent réussis et vivants. Dans cette fresque historique qui aurait pu rapidement tourner au catalogue, le canadien arrive à faire vivre chacun avec une force tout bonnement incroyable. Au-delà du bâtisseur de monde, on se retrouve face à un modeleur de héros. Même le plus petit personnage secondaire fera surgir une émotion, quelle qu'elle soit, même en deux ou trois pages seulement d'existence. Cette capacité à toucher, à émouvoir, à nuancer aussi - on pense au général Roshan, personnage fascinant - fait aussi la grande force du roman. Ce qui impressionne encore davantage c'est la capacité de Kay à entrelacer ses fils narratifs pour ne jamais perdre son lecteur mais également pour faire monter crescendo son suspense. De ce fait, Les chevaux célestes, malgré ses 649 pages, se dévore.

    Evidemment, puisqu'il est publié par un éditeur de l'imaginaire, on pourrait s'attendre à de la fantasy quelque part. Ce qui n'est pas véritablement le cas. Bien évidemment l'auteur entretient le doute sur la possible origine surnaturelle de certains événements - on pense à l'histoire parmi les Bogü, au personnage de Meshag ou au mythe de la femme-renarde - mais à y regarder de plus près rien n'est vraiment arrêté. Chaque lecteur choisira d'y voir ce qu'il veut et l'on peut dire clairement que le roman pourra être perçu comme purement historique (juste décalqué dans un univers fantasmé) ou jouant à cache-cache avec une fantasy légère et discrète du plus bel effet. Toutes les catégories de lecteur devraient donc y trouver facilement leur compte. Ce qui importe au final, c'est l'intelligence dans le traitement de cette période historique. Kay jouant sur la mélancolie d'un Empire qu'on sent prêt à vaciller car arrivé au sommet, on ne peut que tomber. Il déploie alors au fur et à mesure des pages une tristesse lancinante, conscient de la disparition prochaine d'un empire légendaire qui ne connaîtra plus jamais son pareil. On pourrait encore parler de l'importance attachée à la culture et aux arts, terreau pour Kay d'une société plus solide, plus belle ou encore de la place importante de figures féminines fortes (et splendides) telles que Bruine-de-Printemps ou Wei Song. Mais c'est par l'amour que l'on finira en disant qu'à côté de ses intrigues politiques passionnantes, le roman nous parle également d'aimer envers et contre tout, malgré la tourmente (et son successeur, Le fleuve céleste, le fera encore de plus belle façon). La poésie de Kay dans ces instantes là s'avère renversante, s'éloignant alors de la question du pouvoir pour revenir à une dimension intimiste bouleversante.

     Difficile de pinailler à l'excès sur la longueur des chevaux célestes quand on voit l'intelligence et l'érudition déployée pour cette épopée aussi ambitieuse que passionnante. Guy Gavriel Kay réaffirme sa domination sans partage de la fantasy historique avec une fresque délicate qui piège son lecteur de la première à la dernière page dans un univers d'une infinie poésie. Un tour de force en somme. 

     

    Note : 8.5/10

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  • [Critique] Jackie 

    Meilleur scénario Mostra de Venise 2016

     Décidément, le réalisateur chilien Pablo Larrain est un homme extrêmement productif ces derniers temps. Après son excellent Neruda (critiqué ici), biopic sur le poète et homme politique éponyme, voici qu'il continue son exploration du genre en s'attaquant à un autre personnage emblématique, à savoir Jackie Kennedy, certainement l'une des premières dames les plus célèbres de l'histoire pour les faits tragiques que l'on sait. Pour assumer ce rôle difficile, Larrain porte son dévolu sur Natalie Portman dont l'interprétation a envoûté la critique au point de lui valoir une nomination aux Oscars dans la catégorie meilleure actrice. A l'instar de ce qu'il a fait sur Neruda, Larrain ne choisit pas une voie classique pour décortiquer le personnage de Jackie et se concentre sur une partie précise de sa vie, à savoir l'assassinat de Kennedy et ses conséquences à la fois personnelles et politiques.

    Pour se faire, il construit son métrage sous la forme d'un long flash-back autour de l'interview de Jackie Kennedy par le journaliste Theodore White. Même si la chose peut sembler assez artificielle - raconter directement les événements n'aurait pas changer véritablement le cheminement de la narration - elle permet d'appréhender Jackie Kennedy sous une autre facette à distance du choc reçu. Elle permet également d'explorer le rapport aux médias de la première Dame. Il faut cependant avouer que l'essentiel de l'histoire tient donc dans les événements suivants l'assassinat du président. Ainsi, Pablo Larrain adopte la meilleure des perspectives possibles sur un personnage vue et revue : celui de la dimension émotionnelle à travers le prisme d'une courte période de sa vie permettant de croquer efficacement la personnalité et les ambitions morales de Jackie.

    Pour tenir ce rôle, l'américaine Natalie Portman s'est métamorphosée, adoptant non seulement les manières mais aussi le timbre de voix de Jackie Kennedy. Pour beaucoup, voir même pour l'essentiel de l'histoire, c'est sur elle que repose la réussite du métrage avec une prestation émouvante, toujours juste et, surtout d'une grande sobriété au regard de la charge émotionnelle des événements narrés. En un mot comme en cent, Portman se révèle parfaite. Il ne faut cependant pas oublier en face d'elle deux excellents acteurs : John Hurt (dont c'est malheureusement ici le dernier rôle) et surtout Peter Sarsgaard, formidable Bobby Kennedy. En se basant sur ce casting brillant, Larrain a la liberté d'explorer le personnage de Jackie en ne tombant jamais dans le mélo facile. Il n'est jamais question dans le métrage de s'apitoyer sur le sort bouleversant de cette femme mais au contraire de montrer son courage et sa ténacité face au deuil.

    L'ambition du cinéaste s'articule autour de deux axes. Celui du deuil, de comment affronter un véritable cataclysme, d'autant plus lorsque l'on est une figure publique et donc soumise à des pressions bien plus importantes.
    Et celui de l'aspect politique de la chose.
    Outre l'évident choc émotionnel, Larrain choisit de décrire le raisonnement politique de Jackie Kennedy, obsédée par l'idée que son mari ne soit pas mort en vain, qu'il doit survivre dans la mémoire collective. Ce travail autour du souvenir et de la transmission aux générations futures de valeurs importantes, le long-métrage l'explore patiemment au travers de l'acharnement de Jackie qui, malgré son chagrin, tient envers et contre tout à signifier que la politique n'est pas une simple affaire d'élections mais bien de valeurs. C'est certainement dans cet aspect que le film déborde le plus de son cadre initial avec une certaine nostalgie d'une époque où la politique pouvait avoir un sens véritable, et non un jeu de tristes sires comme elle l'est devenue à l'heure actuelle.

    Jackie sait tirer profit de son héroïne pour nous parler de dignité, de grandeur et, finalement d'image. Comment se battit une image historique ? Comment entre-t-on dans l'Histoire et surtout quel sens donner aux événements qui semblent les plus dénués de sens ? C'est tout cela que Jackie permet d'appréhender en sélectionnant une minuscule tranche de vie de l'ancienne première Dame. Larrain n'arrive certes pas à transcender le média comme il avait pu le faire avec la correspondance fiction littéraire/cinéma dans Neruda, mais il évite le piège Hollywoodien et le biopic lisse. Jackie, au contraire, s'intéresse à des thématiques importantes en les traitant de façon brillante. Il ne se contente pas de nous raconter le chagrin d'une femme et, de ce fait, ne réduit pas son héroïne à une figure brisée. Il la magnifie, s'en sert pour dépasser son postulat de départ et évite ainsi de devenir un biopic lambda. En somme, Pablo Larrain a tout compris sur ce qui fait la force de ce genre si particulier.

     En l'espace de deux mois, Pablo Larrain nous offre donc deux biopics passionnants. Bien que Jackie ne puisse prétendre se mesurer à l'intelligence scénaristique de Neruda, il n'en reste pas moins un brillant long-métrage porté par une Natalie Portman formidable de bout en bout. Jackie ne se contente pas d'être le portrait d'une grande dame, il porte également sur la vision d'une certaine idée de la politique à une époque où cela n'a jamais été plus nécessaire.
     

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  Jackie essuyant le sang sur son visage.

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    [Interview] Jean-Laurent Del Socorro

    Interview effectuée dans le cadre des Utopiales de Nantes 2016. Tous mes remerciements à Jean-Laurent Del Socorro et à l'aide des organisateurs du Festival.
    Boudica paraîtra le 20 Avril 2017 chez ActuSF !
    Et Royaume de Vent et de colères sort le 8 Mars en poche !

     

     

    Vous êtes depuis peu écrivain dans l’Imaginaire. Pour ceux qui ne connaissent pas encore Jean-Laurent Del Socorro, qui êtes-vous ?

    Je suis auteur effectivement depuis à peine quelques années. Ma première publication est une nouvelle au Bélial en numérique qui s’appelle La Mère des Mondes qui était dans le monde de Point Chauds de Laurent Genefort. Mon premier roman, Royaume de Vent et de Colères, est un royaume de fantasy historique pendant les guerres de religions qui est sorti chez ActuSf l’an dernier.

    [Interview] Jean-Laurent Del SocorroPremière question un peu obligatoire : vous en êtes venu comment à l’écriture ?

    L’écriture je vais dire, c’est arrivé sur le tard. C’était il y a 4-5 ans, j’ai commencé par vouloir m’essayer à l’écriture par les nouvelles, je pense que c’est un schéma assez classique en fait chez les auteurs, sur des appels à textes et donc la fameuse Mère des mondes publiée au Bélial en numérique – elle est gratuite et disponible sur le site (à cette adresse), si les gens veulent y jeter un œil – et à partir de là, j’ai voulu m’essayer au roman et j’ai pris 6 mois pour écrire et j’ai commis Royaume de vents et de colère qui a été retenu aux éditions ActuSF. Donc, ça a été un schéma assez naturel en fait. J’ai décidé il y a 4-5 ans, je me suis essayé à la nouvelle, quand j’ai vu que le style commençait à plaire, je me suis essayé à une forme un peu plus longue.





    Pour le coup, c’était un peu une forme d’essai ?

    Alors dans l’idéal, j’écrirai de la forme courte, j’écrirai de la nouvelle de science-fiction. Mais comme je dis souvent, la nouvelle en France c’est un genre malheureusement très peu commercial et la science-fiction, même si la forme de nouvelle y correspond bien, ce n’est pas toujours la forme la plus idéale. La fantasy se vend mieux que la science-fiction en France. Qui plus est, c’est bien plus dur d’écrire une nouvelle qu’un roman. Je pense que je ne suis pas trop mauvais en roman, je ne suis pas un bon nouvelliste c’est évident… La nouvelle est vraiment un art difficile.

    Comment c’est fait le premier contact avec ce texte court avec le Bélial ?

    C’est un appel à textes. J’avais besoin qu’on me redonne du cadre donc je regardais les appels à textes sur lesquels je pouvais répondre. Je suis un auteur à contraintes. Ce qui a été assez chouette là, c’est que par rapport à un corpus d’œuvre existant – Points Chauds – il fallait imaginer une œuvre qui était dans Points Chauds. Pour ceux qui ne connaissent pas, ce sont des portes qui s’ouvrent sur Terre dans un futur très proche, des aliens qui passent, et on est obligés de les recevoir, c’est cette problématique-là. Les humains peuvent aussi prendre ces portes pour aller explorer d’autres mondes. Points Chauds explique les aliens qui arrivent sur notre monde et la nouvelle demandait qu’est-ce qui passe si on emprunte une porte et que l’on va de l’autre côté ? Donc c’est comment respecter un corpus déjà existant et jouer avec les règles qui sont imposées pour y aller. Moi, ça m’avait beaucoup plu. A priori ça plu au Bélial et à l’auteur, Laurent Genefort.

    Donc la première fois, c’est un appel à texte. Après vous passez chez ActuSF…comment ça s’est fait ?

    Le Bélial c’est un appel à textes sur un concours, ActuSF, là mon roman est plutôt de la fantasy historique. Je m’installe à Chambéry qui est la base où est située ActuSF, je rencontre Jérôme (aka Jérôme Vincent) pour d’autres raisons professionnelles et il se trouve que le manuscrit, c’est lui qui l’a quasiment deux jours après que je l’ai fini. Ça a été une proximité qui a fait qu’il m’a dit oui quinze jours après. Ça a été la proximité qui a joué en fait sinon j’aurai démarché d’autres éditeurs. Après c’est vrai que le Bélial a une politique d’auteurs qui est un peu plus installée en science-fiction, est-ce qu’ils auraient pris un  jeune auteur de fantasy ? C’est le hasard de la vie…Mais maintenant je travaille aux éditions ActuSF alors que je ne suis pas de l’édition du tout.

    [Interview] Jean-Laurent Del Socorro
    Vous publiez votre premier roman, qui est un roman comme vous le disiez tout à l’heure de fantasy historique ? Pourquoi la fantasy avec l’Histoire ? Qu’est-ce que ça apporte en plus à votre récit qui aurait pu être purement historique ?

    Il y a plusieurs choses que je revendique dans mes romans. La première : j’aime bien le cadre fort et utiliser le cadre historique pour parler de fantasy, ça permet un recul. Les guerres de religion, ce n’est pas juste un cadre pour moi, ça permet de mettre en avant mes thématiques. L’impact de la religion aujourd’hui c’est un euphémisme de dire qu’on est autant baigné dedans d’une première part. Ça donne un cadre d’écriture fort. Et pourquoi avoir rajouté de la fantasy ? Parce que je me revendique auteur de genres, je ne veux pas écrire des romans historiques, j’écris du roman d’imaginaire.



    Ce qui permet de rebondir sur la question suivante : Pourquoi les genres spécialement ? Qu’est-ce qui vous fascine ?

    Je dis souvent que je suis un auteur de fait parce que j’écris mais je suis un lecteur. Ce qui fait la force souvent d’un auteur c’est d’avoir été un lecteur…je suis toujours et d’abord un lecteur. Pas que de genres, j’adore le genre, l’imaginaire notamment - je lis aussi de la littérature blanche à la rentrée littéraire -  et je le revendique en fait. En disant : c’est un style que j’aime bien, je veux le revendiquer, c’est là que j’ai des références, ce serait beaucoup plus compliqué d’être pertinent par exemple sur de l’historique où il y a des gens qui sont beaucoup plus pointus à ce niveau-là, ou sur les polars où j’ai moins les codes par exemple.

    Donc par amour du genre. Le fait aussi que vous soyez plus à l’aise aussi parce que vous connaissez peut-être plus justement.

    Complètement ! Mais je le revendique aussi parce que la question s’est posée sur l’historique mais je pense entre guillemets que j’aurais eu plus de facilités ou un autre public si j’avais démarché que sur l’historique, peut-être d’autres éditeurs ou des choses comme ça, mais non je voulais du genre. Pour moi, c’est important.

    Pour ce premier roman, vous le situez dans la ville de Marseille qui devient un personnage à part entière presque dans le roman. Pourquoi ?

    Alors c’est une question qu’on me pose à chaque fois et je ne saurais pas vraiment vous dire pourquoi. Je peux vous dire que j’ai habité trois ans Marseille, que je suis originaire du Sud, que j’aime beaucoup m’intéresser aux histoires des villes et je ne savais pas que Marseille avait été une république indépendante pendant les guerres des religions, je trouve que c’est un cadre fascinant pour un récit. Et je pense que c’est pour ça que je l’ai posé. Il y a le cadre de la révolte et de l’indépendance, de qu’est-ce qu’un état, qu’est-ce qu’un pouvoir, on aborde la religion, c’est un lieu de mixité sociale depuis toujours donc ça me permet aussi d’aborder les thèmes qui me sont chers. Je revendique des personnages qui sont arabes, noirs…moi je suis d’origine maghrébine et italienne à la fois donc voilà c’est important pour moi de revendiquer ça. Des personnages féminins qui ne soient pas juste des faire-valoir…Fin voilà ça permettait de défendre beaucoup de choses autour de ce récit, de ce cadre.

    [Interview] Jean-Laurent Del SocorroDans votre histoire, votre aventure, on remarque que vous mêlez l’Histoire avec un grand H avec des petites histoires ce qui m’a fait personnellement pensé – et je l’ai pointé dans la critique – à une série télévisée qui utilisait le même procédé et y réussissait très bien, c’était Rome qui mêlait la grande Histoire et les petites histoires invérifiables avec un côté un peu intimiste…Pourquoi de votre côté mêler les deux, pourquoi ne pas de contenter soit des petites histoires soit de juste de la grande Histoire et puis un peu de tordre les personnages historiques ? Pourquoi avoir rajouté d’autres personnages et avoir jonglé comme ça entre les deux ?

    Ah, c’est une excellente question !
    La grande Histoire, ce qui est bien ça nous donne un cadre fort et comme je prends un moment singulier, ce n’est pas pour rien que je prends cette année-là, ce siège-là, symboliquement, historiquement c’est assez fort sur la fin des guerres de religions donc c’est pour ça que je veux garder le cadre historique réel. Premier point. Deuxième point, on peut être un écrivain d’histoire, on peut être un écrivain d’univers, on peut être un écrivain de personnages. Ouvertement, ce n’est pas le scénario qui va renouveler le genre puisque j’utilise quasiment le scénario historique, le cadre, il est historique, par contre moi ce qui me touche, ce sont les personnages en tant que lecteur. Ce que j’aime travailler en tant qu’écrivain c’est aussi les personnages. Donc je prends cette liberté-là de les créer ex-nihilo pour pouvoir les manipuler, en faire un petit peu ce que je veux et avoir plus de marge de manœuvre sur un personnage historique sur lequel j’aurais un carcan. Par contre, j’adore utiliser les personnages historiques en second plan.
    Et pour rebondir sur Rome, c’est vrai que je n’avais pas fait le lien mais j’adore cette série et pour la petite anecdote…je travaille un peu comme eux parce que sur les deux personnages héros de la série dont j’ai oublié les noms, ce sont les deux seuls noms qui sont cités dans Les Mémoires de Gaules de Jules César et ce sont vraiment les deux noms qui ont récupéré la bannière de la légion donc pareil, ils ont utilisé des éléments historiques pour après les réinjecter dedans.

    Vos personnages ont quand même un passé difficile le plus souvent…même un peu on va dire cruel pour certains…C’était important d’être aussi cruel , aussi difficile avec ces personnages pour vous, de faire quelque chose d’un peu noir quand même pour eux ?

    Je sais pas…ah, on m’a jamais posé la question sous cet angle-là. Alors, ils ont des vies difficiles mais j’ai malgré tout une certaine bienveillance sur mes personnages…peut-être sauf les deux amants en fuite qui ont vraiment une vie où l’espoir est quand même très peu présent. Sur les autres, c’est des gens qui se relèvent, qui se battent jusqu’au bout, c’est des gens qui voient toujours la bouteille à moitié pleine. C’est vraiment des gens qui peuvent avoir été cassé mais qui se relèvent. C’est ça aussi que je voulais défendre aussi. Et oui, la vie et dure et…oui…peut-être que je suis un peu noir.

    Je rebondis sur une des choses que vous m’avez dit auparavant et qu’on remarque aussi d’emblée dans le roman : il y a des très beaux personnages féminins. Donc marre de voir juste des hommes en fantasy ou alors il y avait d’autres choses derrière, d’autres messages à faire passer avec ces très beaux personnages féminins ? Quelle était votre envie en fait ?

    Plus globalement, j’avais envie d’un réalisme fantasy, c’est peut-être pour ça aussi que je veux de l’historique. Je voulais des personnages féminins qui existent sans être ou des faire-valoir ou un peu malheureusement les archétypes sont des caricatures. On a Victoire qui est une chef d’entreprise avec ses problématiques, qui est montée, qui veut faire sa place dans un monde d’hommes, c’est des problématiques qu’on a dans nos sociétés aujourd’hui. Pareil pour Axelle qui est une femme qui pour des raisons personnelles obligée de se plier à certaines contraintes et sa vie ne lui convient pas. Voilà pour moi des thématiques qui sont fortes. Mais pareillement, il n’y a pas que ça. C’est-à-dire qu’hormis ces aspects de personnages de femmes fortes, de femmes réelles, je ne voulais pas non plus tomber dans les archétypes féminins ou masculins. J’ai une vieille personne avec le rôle de Gabriel qui est fatigué, qui n’est pas un jeune premier, c’est important pour moi aussi d’aborder cela…moi je revendique énormément la mixité sociale, une représentation de ce que je disais, de personnes originaires d’Afrique, des Noirs, des Arabes, vraiment toute cette mixité sociale, il y a des homosexuels, c’est important pour moi, c’est la société que l’on a aujourd’hui et je veux, à travers ce roman historique, même si je sais que c’est un peu biaisé parce que ça m’étonnerait qu’il y a ait une femme capitaine noire mercenaire au XVIème siècle mais c’est important de revendiquer ça. Je veux du réalisme et je veux que les gens d’aujourd’hui puissent s’identifier à mes héros.

    C’est aussi historique qu’actuel dans le fond ?[Interview] Jean-Laurent Del Socorro

    Complètement, sur l’aspect social c’est ça que je revendique, c’est ça à mon avis qui est important. Il y en a qui font de l’épique très bien en fantasy avec des héros qui rutilent, moi j’adore ça…Non je pense qu’on peut se retrouver assez facilement et je pense qu’on oublie un personnage là-dedans, c’est le personnage de Gabin qui est la nouvelle qui termine le roman, moi j’y tiens énormément. Il aborde un sujet compliqué qui est celui de la violence infantile, la violence parentale mais sur un aspect un peu bienveillant.
    Je veux – alors c’est très prétentieux - que les gens de la société d’aujourd’hui puissent s’identifier à travers cette fantasy quel que soit le lecteur.
    Juste pour la petite anecdote comme quoi je vis dans un monde de bisounours. Sur ce roman-là, j’ai beaucoup de lectrices noires qui m’ont dit « Ah ben c’est chouette d’avoir une héroïne noire dans un roman » et naïvement je ne pensais pas que c’était aussi peu représenté même en France, je pensais que c’était plus présent. Enfin voilà, ça m’a surpris.



    Bon, ça c’est une question dont on a déjà la réponse mais….comment ça s’est passé la réception critique du roman ?

    Ben écoutez, j’ai été très agréablement surpris parce qu’il y a eu un peu un effet « poudre qui s’enflamme » et c’est vrai que j’ai eu plutôt des retours bienveillants sur les sites…et la belle surprise c’est le prix Elbakin.net.

    J’allais y venir, justement avec une question double que j’aime bien poser aux gens qui reçoivent des prix c’est : quel effet ça vous a fait (parce que c’est pas toujours la même réponse) et ça a eu quoi comme influence pour l’écriture ?

    Eh bien, j’a été ravi. En fait je suis un grand naïf, j’étais hyper content d’être nominé, globalement les titres qui sont nominés sont des bons titres donc c’est déjà énorme d’être nominé et j’ai été un peu surpris en fait de l’avoir, j’ai été ravi. Donc à titre personnel, c’est génial. Je pense que pour la suite ça a permis de rajouter une autre visibilité au roman et ça a rajouté un effet de pression. Je ne pensais pas qu’il y aurait cet accueil là sur le roman et finalement, sur mon deuxième roman, je vais avoir la pression du premier. Je suis allé sur un format d’écriture qui me convenait, quelque chose de très morcelé, à plusieurs voix, un roman choral, on savait pas qui j’étais donc il y a un effet de surprise que je ne peux pas avoir sur le suivant avec un effet d’attente du lectorat donc effectivement ça me rajoute surtout de la pression.

    On dira « C’est Jean-Laurent, il faut qu’il assure comme dans le premier » ! Voilà c’est un peu ça !

    [Interview] Jean-Laurent Del SocorroCe qui me permet d’ouvrir : vous préparez un deuxième roman ?

    Oui, alors il est plus que préparé parce que j’ai une équipe de relecteurs, j’ai un gros processus sur l’écriture des romans, j’ai un premier jet, un groupe de relecteurs qui me fait des retours que je monte à chaque fois en fonction des thématiques. Là, ce sera sur le personnage de Boudicca, une reine Celte de l’an I, qui est une figure de résistance anglaise contre les Romains. C’est la vie et mort de ce personnage qui est assez fascinant, qui est une emblème en Angleterre, elle a sa statue à Londres. Un personnage pareil de femme forte. Je me suis rendu compte après en travaillant sur le personnage que c’était une figure assez forte du féminisme, ce que j’ignorais, mais pareil au sens politique du terme autour de ça. Je travaille avec un archéologue, Gwendal Gueguen pour ne pas le citer, j’espère que je n’écorche pas son nom, pour m’aider sur la cohérence historique puisque l’on a souvent sur cette période-là des textes Romains qui donnent un avis et j’avais besoin d’un terrain pour dire qu’elle était la réalité en fait. Donc ça c’est ce qui est en train de se préparer, ce sera toujours chez ActuSF pour le 20 avril, le titre n’est pas définitif mais ce sera donc à priori sur la reine Boudicca, ce sera un roman unique qui se terminera sur une nouvelle….par contre je ne voulais pas reprendre un roman choral, je ne voulais pas faire un Royaume bis, là on est sur un roman à la première personne de la naissance à la fin d’un personnage, sur un long cours.

    Nouvelle forme ?

    Nouvelle forme, nouveaux risques !

    Et même si vous aviez déjà fait la nouvelle avec Gabin et que vous dites là que vous finirez aussi par une nouvelle, est-ce que dans le futur on peut espérer vous voir revenir à la nouvelle ? Est-ce qu’on peut espérer pourquoi pas dans le futur un recueil de nouvelle ?

    Alors des nouvelles j’en écris toujours, c’est que j’ai moins le temps pour le faire mais si je met une nouvelle à la fin c’est aussi parce que je tiens à cette forme. Et, je le dis souvent parce que j’ai un planning plutôt chargé, je reviendrai quasiment sûr dans Royaume de vents et de colères à travers une forme qui sera de la nouvelle mais pas que, peut-être un roman court, une novella parce qu’il y a quelques personnages qui ont pris vie, je pense au personnage de Silas notamment sur lequel il faut que l’on revienne ne serait-ce que pour un baroud d’honneur !

    [Interview] Jean-Laurent Del Socorro
    Content d’apprendre qu’il y aura d’autres choses sur le même univers !
    Une question que je pose à tous car le site est consacré non seulement à la littérature mais aussi au cinéma, aux séries, aux comics….est-ce que dans tous ces domaines-là vous des coups de cœurs ?

    Moi je suis un grand fan de Ken Liu donc L’homme qui mit fin à l’Histoire au Bélial (Critiqué ici) c’est une tuerie si vous voulez commencer pour découvrir Ken Liu, une novella magnifique. On parlait que la nouvelle était dur, je pense que je n’ai jamais vu un nouvelliste avec autant de talent et d’humilité. L’homme qui mit fin à l’Histoire au Bélial, c’est une tuerie ! Voilà pour le premier. Au cinéma j’ai pas eu de gros coup de cœurs, je suis un Marvel-fan mais voilà… Je suis allé voir le Dr Strange mais non pas de coup de cœur récent. Sur l’aspect des comics, je viens de finir – ce n’est pas une nouveauté – les Civil War qui ont été réédité chez Marvel, c’est une tuerie. Si vous connaissez pas, laissez-vous tenter par Civil War même en ne connaissant pas Marvel, c’est brillant en terme de scénario et de montage.

    Et vous regardez des séries ?

    Des séries, oui ! Alors j’ai pas encore attaqué la saison 3  de Netflix mais je suis un grand fan de Black Mirror et je pense que ce sera parfait.

    Merci pour l’entretien. Pour le mot de la fin, pour les jeunes écrivains qui pourraient nous lire, nous écouter, un mot pour eux, un conseil ?

    Un qui me semble vital mais qui n’engage que moi. On ne peut pas être un écrivain si on n’est pas d’abord un lecteur donc soyez un lecteur et vous pourrez être un écrivain !

     

    La Critique de Royaume de Vent et de Colères de Jean-Laurent Del Socorro

    Les critiques de L'Homme qui mit fin à l'Histoire de Ken Liu, Black Mirror Saison 1, Saison 2 et Saison 3.

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  • [Critique] Silence

     On ne présente plus Martin Scorsese, réalisateur américain incontournable à la carrière jalonnée de grands films inoubliables. Trois ans après Le Loup de Wall Street, Scorsese revient à un genre plus sage, celui du récit historique. Avec Silence, projet de longue date du cinéaste, il adapte le roman éponyme de Shusaku Endo se déroulant dans le Japon du XVIIème siècle en proie aux persécutions de la minorité chrétienne. Emmené par Andrew Garfield - décidément très en vogue ces derniers temps puisqu'il était également à l'affiche du Hacksaw Ridge de Mel Gibson - et Liam Neeson, Silence se penche sur la question de la foi. Superbement ignoré à la prochaine cérémonie des oscars, le long-métrage n'a pourtant pas à rougir de la concurrence. Sur près de 2h40, Martin Scorsese nous transporte dans le temps pour revivre le chemin de croix du père Sebastião Rodrigues.

    Silence n'a cependant rien d'un film facile, à l'image des souffrances endurées par les chrétiens de cette sombre période. Immédiatement, Scorsese affirme sa maîtrise absolu sur le plan formel par une introduction dans les brumes de toute beauté. La voix-off, omniprésente de bout en bout, nous fait pénétrer dans l'esprit torturé des différents prêtres qui traversent le film. C'est avec le père Ferreira que l'on commence Silence mais c'est rapidement avec le père Rodrigues que l'on continue à explorer ce Japon effrayant. Bien décidé à éradiquer la religion chrétienne de leur île, les autorités japonaises, menées par l'impitoyable inquisiteur Inoue, vont torturer les croyants mais également les prêtes. Leur but est simple : l'apostasie. Réduire au néant le culte chrétien et restaurer la tradition. Au milieu de ce carnage abominable, Les pères Rodrigues et Garupe débarquent du Portugal pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, dont on dit qu'il a apostasié et qu'il vit désormais comme un authentique japonais. Confronté à l'immense souffrance des chrétiens de l'île, Rodrigues et Garupe vont durement éprouvés leur propre foi.

    ...Et le spectateur aussi. Silence n'est pas le Loup de Wall Street. Il n'est pas un film facile d'accès ou même divertissant. Silence est une épopée introspective dans la tête du père Rodrigues. Scorsese livre un métrage à la fois bavard - par l'intermédiaire des voix-off - et taiseux - par l'absence de dialogues entre les personnages à l'écran une bonne partie du temps. Il raconte le chemin de croix à la fois d'une figure christique et d'un avatar de Pierre (qui renia le Christ justement). Le père Rodrigues (et par extension le père Ferreira) synthétise en eux une bonne part de ces deux personnages bibliques et incarnent à eux seuls la souffrance des chrétiens de l'époque mais également le dilemme théologique qu'est celui de renier sa propre foi. Sur près de 2h40, Silence prend donc un temps fou (certainement trop long par ailleurs) pour raconter, en somme, la souffrance morale et physique. 

    Pour se faire, c'est Andrew Garfield qui va tenir le film sur ses épaules. Tout le long-métrage s'intéressant au calvaire enduré par le père Rodrigues, la prestation de Garfield devient dès lors essentiel. Peut-être un peu trop jeune encore pour ce rôle (qu'on aurait en fait bien plus imaginé pour son partenaire sous-exploité à l'écran, l'excellent Adam Driver), l'américain s'en tire plutôt bien parvenant même parfois à susciter de vrais instants d'émotions (on pense à la séquence de la plage ou aux Adieux à Mokichi).A l'instar de ce héros, le film de Scorsese fait souffrir le spectateur. Il est lent, répète sans cesse la torture et la souffrance, et ne semble jamais vouloir dévier de cet axe de réflexion. Pour cause d'ailleurs, puisque tout l'histoire elle-même parle de résilience, de courage et de lutte spirituelle.

    Il faut donc immédiatement avouer que si le sujet ne vous passionne guère de base, Silence sera certainement une épreuve pour vous. Cependant la mise en scène toujours aussi épatante de Scorsese ainsi que sa reconstitution minutieuse du Japon de l'époque forcent le respect. Silence nous embarque dans un autre temps, plus noir, plus désespéré mais aussi, et certainement, plus courageux à bien des égards. Authentique leçon de bravoure et d'abnégation, l'histoire de Silence interroge sur la capacité à croire envers et contre tout, sur la persécution des minorités religieuses dans le monde et sur l'universalité des croyances. Il le fait en exposant des choses horribles mais d'où peut jaillir des éclairs de beauté insoupçonnés, comme ces communautés qui n'ont rien mais qui vivent par leur foi ardente, ou ce père qui va tout sacrifier pour sauver les siens. Silence apporte un message fascinant sur la confrontation à Dieu, sur la recherche de sa voix et la solitude de l'homme. 

    Mais il échoue aussi d'une certaine façon, non seulement dans sa façon abrupte de présenter son sujet - peu nombreux seront les spectateurs à pénétrer l'histoire - mais aussi avec sa profusion de voix-off. Cette dernière reste assez surprenante chez Martin Scorsese qui devrait pourtant être capable de faire passer les émotions de ses personnages ainsi que leurs sentiments sans cette lourdeur didactique parfois lassante. Silence aurait également mérité de franches coupes, ne serait-ce que pour éviter la répétition dont il est victime. Certes le film est à l'image du chemin de croix de son héros mais on l'aurait bien compris au bout de deux heures derrière l'écran. C'est d'autant plus dommage que le long-métrage présente une véritable ambition narrative qui fait du bien, bien davantage en tout cas que le mou et consensuel Sully de Clint Eastwood. 

    Film clivant mais fascinant, Silence permet d'aborder une autre facette de Martin Scorsese tout en réaffirmant le talent de mise en scène extraordinaire de l'américain. Certainement difficile pour le spectateur lambda, le long-métrage n'en reste pas moins une formidable plongée sur les croyances et la capacité à se battre pour sa foi et les siens. Un chemin de croix qui en vaut la peine. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  L'adieu à Mokichi sous la pluie

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  • [Critique] Moonlight

    Meilleur film dramatique Golden Globes 2017
    Meilleur film Oscars 2017
    Meilleur scénario adapté Oscars 2017
    Meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali Oscars 2017

     Réalisateur discret, l'américain Barry Jenkins n'avait jusque là réalisé qu'un unique long-métrage à petit budget : Medicine of Melancholy. Bien accueilli par la critique de l'époque, il aura tout de même fallu huit ans pour que le cinéaste revienne sur le devant de la scène avec un second long-métrage remarqué dans les festivals. D'ors et déjà été récompensé aux Golden GlobesMoonlight figure également dans la shortlist des films sélectionnés pour les Oscars 2017. Avec son sujet épineux - l'homosexualité masculine chez la population noire américaine - et son ambition aussi bien formelle que narrative, Moonlight fait clairement parti des favoris de cette saison. Mais peut-il vraiment s'imposer ?

    Pour parler d'un sujet quasiment tabou (ou du moins bien moins exploité au cinéma), Barry Jenkins se penche sur la vie de Chiron, enfant afro-américain vivant dans les quartiers défavorisés de Miami avec sa mère toxico. C'est sa rencontre avec Juan, dealer de drogue local, qui va changer l'existence de ce petit garçon jusque là fragile et peu sûr de lui. Moonlight se propose de suivre la vie de Chiron sur trois périodes : l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte. Ainsi, le cinéaste peut nous parler à la fois de l'évolution sociale mais également psychologique de Chiron qui se retrouve confronté à la découverte de son homosexualité. Comment l'assumer dans un milieu social et culturel où l'homosexualité est vue comme une marque de faiblesse ?

    Moonlight se divise donc en trois parties distinctes marquées chacune par l'évolution psychologique et sociale de Chiron. Barry Jenkins prend un soin tout particulier à approfondir sa personnalité et ce dès les premiers instants. L'immense force de Moonlight, c'est d'arriver à capter simultanément la détresse de celui-ci face à son homosexualité mais aussi face à son environnement. En effet, outre le questionnement vis-à-vis de comment trouver son identité sexuelle quand on est encore un gamin (et qu'on ne comprend pas encore bien ces choses là) et quand on est adolescent (où l'on est en plein bouleversement), c'est la confrontation de Chiron face à un milieu hostile, celui de la banlieue noire américaine basée sur la loi du plus fort avant tout. Barry Jenkins réussit à chaque fois à expliquer comment la crise d'identité que traverse Chiron se ressent dans son destin social et vice-versa. 

    Sans jamais tomber dans le mélo, Moonlight illustre avec force le destin tragique d'un gosse perdu entre sa mère toxico, sa banlieue asphyxiante et sa couleur de peau qui rend le tout encore plus complexe. Car c'est là l'une des particularités les plus évidentes de Moonlight, celle de se pencher entièrement sur le ressenti d'un homosexuel noir américain. La problématique change alors passablement et cela dès le départ. Lorsque Chiron rencontre Juan, les deux extrêmes entrent en collision : l'enfant timide et fragile d'un côté, et l'homme imposant et menaçant de l'autre. Cependant, les deux brisent vite les clichés en apprenant à se connaître, à se changer l'un l'autre. Ce changement de paradigme se retrouve aussi dans la seconde partie avec l'arrivée à l'adolescence. C'est cette partie qui brise le cœur du spectateur avec l'intensité du jeu d'Asthon Sanders mais également le premier frisson amoureux, superbement capturé par le cinéaste américain. La cruauté de sa conclusion ramène aux normes sociétales, voir même communautaires et l'impossibilité de concilier les deux.

    Si Moonlight parle d'homosexualité et de la pauvreté de la classe afro-américaine, il parle aussi et avant tout des voies que l'on choisit ou...que l'on subit. Confronté au désamour de sa mère, à l'intolérance des autres et à la cruauté de l'existence, Chiron va devenir tout autre que ce qu'il semble pourtant être au fond de lui. Comme un costume fait sur mesure pour affronter la réalité. A un certain point, Moonlight laisse un goût amer, celui d'une vie gâchée. Un sentiment encore renforcé par les retrouvailles entre Chiron et Kevin. Il faut également saluer la maestria de la mise en scène de Barry Jenkins qui, d'emblée, fait virevolter sa caméra. Tournoyant lors d'un plan-séquence étourdissant ou capturant une main sur le sable qui en dit plus long que bien des visages. Avec sa réalisation élégante et feutrée jouant volontiers avec la lumière, le réalisateur prouve également qu'il maîtrise formellement son sujet. 

    Barry Jenkins ose sur un sujet des plus délicats. Et la surprise, c'est qu'il réussit superbement son coup. On peut reprocher à Moonlight de perdre de sa force émotionnelle dans sa dernière partie certainement un peu délayée, mais ce serait oublier le talent déployé dans la mise en scène et dans les thématiques abordées. Superbement interprété et poignant par instants, Moonlight reste un digne prétendant à l'oscar du meilleur film. Réponse définitive dans quelques jours !

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La scène d'amour sur la plage

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  • [Critique] Neruda

     Petit à petit, le réalisateur chilien Pablo Larrain se taille une sacrée filmographie. Après l'excellent No en 2012 et El Club en 2015, voici qu'il revient sur la Croisette en 2016 avec Neruda, un biopic sur le célèbre poète et politique Chilien du XXème siècle. Dire que l'exercice du biopic reste une entreprise épineuse est un euphémisme. En effet, il existe basiquement deux types de façon d'appréhender la vie d'un personnage célèbre. La première consiste à se borner à raconter de façon linéaire (et parfois ennuyeuse) l'existence d'un homme ou d'une femme célèbre, le plus souvent de sa jeunesse à sa mort. La seconde, bien plus intéressante mais bien plus ardue également, consiste à tirer d'une partie précise de l'existence de ce personnage assez de substance pour le croquer dans toute sa complexité. C'est ce que faisait par exemple le Steve Jobs de Danny Boyle au cours de quatre moments choisis de la carrière du père d'Apple. Pablo Larrain s'engouffre avec audace dans cet angle d'attaque...mais ajoute encore une nouvelle perspective qui va rendre son Neruda simplement fascinant.

    Nous sommes dans l'après Seconde Guerre Mondiale alors que la Guerre Froide s'installe durablement. Pablo Neruda, poète, philosophe et homme politique aux idées communistes bien connues va devenir le centre de l'attention nationale après qu'il eût été déclaré traître à la patrie. Décidant de se cacher au Chili aidé par ses nombreux amis, Neruda doit trouver un moyen de quitter son pays pour éviter l'arrestation et la torture. Lancé à sa poursuite, Oscar Peluchonneau, éminent officier de police chilien, va devoir entrer dans la tête du poète, une entreprise qui va se révéler bien plus ardue qu'attendu. On suit donc en voix-off ces deux personnages principaux, Neruda et Peluchonneau, au cours d'un jeu de cache-cache national qui pourrait n'être qu'une énième chasse à l'homme de plus. Seulement, l'esprit de Pablo Larrain fourmille d'idées scénaristiques pour transcender totalement son sujet de départ.

    En effet, Neruda entre dans la tête de ces deux hommes, deux personnages que tout semble opposer de prime abord mais qui se rapprochent de plus en plus au fur et à mesure de l'avancée de l'histoire. Incarné par l'excellent Luis Gnecca, c'est évidemment Neruda qui occupe le devant de la scène. Poète aux relents de décadence romaine - illustrée par quelques scènes dignes des Bacchanales -, homme politique au charisme fou et à l'aplomb impressionnant, Neruda passionne dès son entrée en scène. Cependant, au lieu de le réduire à son parcours politique, Larrain l'approche par le prisme de la création, et notamment celui de la création littéraire. Cet homme à la poésie constante va se confier au spectateur par une voix-off qui va finir par se mêler, se fondre avec celle de Peluchonneau, supposément responsable de sa traque policière. La subtilité, très important à ce stade de l'histoire, c'est que non seulement la traque en question s'avère en partie fantasmée et ne colle pas historiquement parlant à la vérité, mais qu'en sus de cela, Peluchonneau a tout du personnage fictionnel pur. 

    Le policier, interprété par un grandiose Gael Garcia Bernal, n'est-il que la création du poète ? N'est-il qu'un avatar fantasmé par Neruda pour justifier sa fuite ? N'est-il qu'un décalque ? Ces questions, ainsi que les interrogations autour de Peluchonneau rendent le film éminemment intelligent et profond. Larrain tire de son biopic une histoire fabuleuse sur l'affrontement spirituel entre deux hommes qui pourraient n'être que deux facettes d'une même personnalité. Cette affrontement autant politique que psychologique tient en haleine tout du long le spectateur qui plonge à cœur perdu dans les pensées des deux hommes, dans leurs rêves, leurs craintes, leurs secrets. Bien davantage qu'un portrait sans concession de Neruda, tantôt détestable tantôt charismatique en diable, le long-métrage nous immisce dans un espace de création que l'on attendait pas. Au milieu de ces idées scénaristiques, il y a bien entendu le génie de la mise en scène d'un Pablo Larrain qui n'en finit pas d'épater la galerie jusqu'à cette fabuleuse séquence dans la neige, enfer blanc qui devient boîte de résonance mentale pour les deux héros du métrage. Le cinéaste chilien donne non seulement une épaisseur improbable à son sujet - un peu à la façon du biopic de Fincher sur Zuckerberg dans Social Network - mais il le fait avec une élégance rare digne des plus belles œuvres formelles.

    Neruda n'en reste pas moins également un film éminemment politique qui parle autant de lutte que de doutes. Au fond, la chasse à l'encontre de Neruda révèle l'intolérance vis-à-vis d'idées progressistes et humanistes qui semble d'autant plus d'actualité à l'heure actuelle. Certes Larrain n'est pas tendre non plus avec le milieu fréquenté par le poète, révolutionnaires de salon qui se complaisent davantage dans des soirées feutrées et bourgeoises que dans la lutte aux côtés du peuple. Non, Larrain n'est définitivement pas dupe sur le versant politique de la vie de Neruda. Reste pourtant que son film magnifie l’acharnement et la persévérance de l'homme politique, symbole flamboyant d'une opposition certainement très théâtrale mais essentielle dans le fond. Le réalisateur chilien arrive à faire une chose rare : faire se rejoindre la lutte politique et la puissance créatrice. Le résultat n'est rien de moins que bluffant.

    Nouvelle démonstration du talent de Pablo Larrain, Neruda s'affirme comme une grand film. Porté par deux acteurs épatants et une mise en scène qui impressionne de la première à la dernière seconde, le film va bien plus loin que son postulat de départ pour devenir une oeuvre sur le combat politique, la création artistique et la dualité de l'être humain. 
    Un très grand moment de cinéma.  
     

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène :  La confrontation dans la neige

     

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