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     I've seen things you people wouldn't believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain. Time to die.

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  • [Critique] Free Fire

     Si vous ne connaissez pas encore Ben Wheatley, réalisateur britannique atypique s'il en est, Free Fire risque de vous surprendre un tantinet.
    Film d'action saupoudré d'une bonne dose d'humour noir filmé en huit-clos complet, le long-métrage de l'anglais utilise un scénario timbre-poste pour coincer le spectateur dans un improbable affrontement entre gangsters. Des membres de l'IRA (organisation terroriste d'Irlande du Nord) rencontrent des vendeurs d'armes dans un hangar désaffecté de Boston. Alors que les tensions surgissent entre les deux groupes, l'antagonisme entre deux des hommes présents va finir par faire exploser le tout. On connaît la propension de Ben Wheatley pour aller là où on ne l'attend pas. On se souvient notamment de Kill List, film dingue et ultra-violent, ou de Touristes où le gore se mêlait à un humour (très) noir. Après un détour par un cinéma expérimental en diable avec l'adaptation de High-Rise de Ballard, il change une nouvelle fois totalement de voie avec ce Free Fire

    Tarantino n'est pas mort. Si vous avez été (comme beaucoup) amèrement déçus par les Huit Salopards, réjouissez-vous Wheatley a décidé de prendre le relais. Un hangar isolé, des gangsters, un huit-clos, des dialogues savoureux...Free Fire est une version revue et corrigée du Reservoir Dogs de 1992. Son scénario minimaliste cache en réalité une galerie de personnages tous plus truculents les uns que les autres. Film au casting all-stars, Free Fire invite Cilian Murphy, Brie Larson ou encore Sharlto Copley dans une ambiance qui fleure bon les années 80. L'acteur sud-africain que l'on avait tant apprécié pour son rôle dans District 9 revient ici dans l'habit d'un vendeur d'armes ridicule au possible avec un accent franchement exagéré mais hilarant. En face, Cilian Murphy et Armie Hammer composent des meneurs d'hommes aussi efficaces que dépassés par une situation qui échappe à tout contrôle. Soyons clairs, Free Fire est un joyeux bordel où les balles fusent. Après une introduction courte et efficace, le spectateur est plongé au cœur d'un imbroglio monumental. Tout le monde dégaine, tire, se fait toucher, crie.

    Mais dans ce foutoir absolu, Wheatley arrive toujours à coller à ses personnages, à ne pas perdre son public entre les positions des uns et des autres. Mieux, il arrive à incarner chacun avec une efficacité qui force le respect. Non seulement le gunfight s'avère parfaitement filmé, dynamique et précis, mais il fourmille d'idées scénaristiques pour relancer l’intérêt. Qu'il s'agisse de l'arrivée impromptue de nouveaux belligérants ou d'une simple sonnerie de téléphone, Wheatley utilise toutes les possibilités qu'il trouve. Surtout, au milieu, l'anglais se marre. Si tout le monde se tire dessus dans Free Fire, c'est avec un mauvais esprit réjouissant qui rappelle les meilleurs gunfights du cinéma de Tarantino. C'est drôle, caustique, sale gosse, bref, c'est tout sauf dramatique. Et ça fait du bien. Le second degré constant de l'intrigue ainsi que la folie destructrice qui s'empare des personnages, les menant à des extrémités d'une violence incroyable, fait sourire le spectateur. Il faut voir Copley se traîner en armure de carton et se prendre une machine à écrire pour comprendre que tout ce beau monde s'amuse comme pas possible.

    Au-delà de son humour constant, Wheatley continue à explorer un thème qu'il affectionne depuis le début de sa carrière : l'irruption d'une violence extrême et absurde dans des situations banales. Remplacez les campeurs de Touristes ou les riches de High-Rise par ces deux gangs de fous furieux, et vous constatez directement des ressemblances évidentes. Si le scénario semble tenir sur un timbre-poste, c'est aussi parce qu'il synthétise très abruptement ce qui cloche dans la société humaine. Mettez des armes, un bon paquet de pognon et de l'ego en veux-tu en voila, et vous avez une bonne synthèse du mode de fonctionnement de notre chère espèce. Pour pousser la blague encore plus loin, Wheatley profite du personnage de Brie Larson, unique femme du lot, pour livrer un pied de nez succulent à cette société masculine stupide. De bout en bout, Free Fire est un délice d'ironie mordante.

     Petit plaisir Tarantinesque, Free Fire est peut-être le film le plus accessible de Ben Wheatley. Fun, drôle et inattendu, le long-métrage rassemble une équipe de choc le temps d'un huit-clos méchamment réjouissant.
    Une belle réussite.

     

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Quand tout dérape...

    Critique de High-Rise de Ben Wheatley

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  • [Critique TV] American Gods, Saison 1

     En 2011, l'auteur américain Neil Gaiman annonce un projet d'adaptation d'une de ses œuvres les plus connues, American Gods, en collaboration avec la prestigieuse chaîne HBO. Après de multiples rebondissements, le projet prend l'eau et c'est finalement la chaîne Starz qui récupère la série. Pour s'occuper de cette première saison, Starz fait appel à des poids lourds du domaines : Bryan Fuller (Pushing Daisies, Hannibal), Michael Green (The River, Logan) et David Slade (Hard Candy, 30 jours de Nuit). La première saison affiche 8 épisodes au compteur et un casting des plus alléchants notamment avec le retour d'un certain Ian McShane (Deadwood) et de l’évanescente Emily Browning (Sucker Punch, The Sleeping Beauty). Le problème, c'est que le roman de Gaiman reste une adaptation très complexe du fait de la richesse de son monde et des nombreuses mythologies impliquées. Malgré la présence de l'auteur lui-même au poste de scénariste, American Gods peut-il passer au format série TV sans perdre ce qui faisait son charme original ?

    Tout d'abord, résumons pour les deux du fond ce qu'est American Gods. Dans l'Amérique d'aujourd'hui, Shadow Moon (aka Ombre) sort de prison après avoir purger une peine de plusieurs années pour tentative de vol dans un casino. A sa libération, il apprend que sa femme, Laura, est décédée dans un accident de voiture et qu'elle le trompait avec son meilleur ami. En route pour l'enterrement, il fait la connaissance d'un homme mystérieux du nom de Wednesday (aka Voyageur) qui lui demande d'entrer à son service. Après une longue réflexion et quelques shots, Shadow Moon accepte. Il ne se rend pas compte qu'il vient de pactiser avec une puissance bien au-delà de sa compréhension. Une guerre se prépare en Amérique et opposera les Dieux d'antan aux Dieux modernes. Et Shadow Moon vient de choisir son camp...
    Voilà, peu ou prou, le sujet d'American Gods, du moins pour tenter de résumer une oeuvre aussi énorme et vaste que celle créée par Neil Gaiman. De surcroît, la série intègre des éléments de la "suite", Anansi Boys, faisant du projet un formidable défi créatif et narratif.

    Un défi qui semblait taillé sur mesure pour Bryan Fuller et David Slade, deux habitués des œuvres esthétiquement exigeantes et qui n'ont pas froid aux yeux. Le pilot, très efficace, souffle pourtant le chaud et le froid. Pour présenter l'univers d'American Gods et sa cohorte impressionnante de Dieux, les créateurs de la série choisissent de prendre leur temps et d'insérer de multiples histoires/légendes dans leur récit pour introduire chaque divinité. Cette excellente idée est pourtant à double tranchant, mais nous y reviendrons. Ainsi, le premier épisode s'ouvre sur l'arrivée d'un Dieu viking dans le Nouveau Monde. Et là...énorme déception. On retrouve vingt figurants sur une plage déserte, des effets numériques cheap et du sang par hectolitres pendant des ralentis gratuits. Malgré une idée de base excellente, on retrouve là en réalité tous les défauts des séries estampillées Starz depuis Spartacus. Au cours du pilot, on s'aperçoit de l'omniprésence de filtres ainsi que du recours aux images de synthèse. Le véritable problème, c'est que Starz ne dispose pas d'une équipe de qualité pour ce genre de choses et le résultat s'avère totalement inégal. Il peut être génial (L'animation en début d'épisode 5 !) ou d'une médiocrité affolante (le jardin d'os de l'épisode 1, les portes de la mort...). Autre point immédiatement contestable, Starz est resté bloquée à une certaine époque racoleuse (HBO par exemple faisait de même dans les premières saisons de Game of Thrones) en ajoutant du sang par hectolitres et des nude full-frontal pour faire oser. Sauf que le résultat se révèle juste putassier. 

    Ce genre de défauts que l'on constate dans l'épisode pilot se retrouve par la suite de façon plus ou moins prégnante. Heureusement, American Gods peut compter sur beaucoup d'autres choses. A commencer par un casting parfait où s'illustre Ricky Whittle qui compose un Shadow Moon impeccable, où Ian McShane retrouve enfin un rôle à sa juste mesure en Wednesday et où de nombreux rôles secondaires brillent par leur charisme. On citera l’excellente Gillian Anderson en Marilyn Monroe/David Bowie,  le génial Pablo Schreiber en MadSweeney ou encore le terrible Peter Stormrare en Czernobog. Dans le même ordre d'idée, le show fourmille d'idées de mise en scène et de tableaux esthétiquement magnifiques. Il faut reconnaître à Fuller et à Slade de savoir parfaitement magnifier leurs créations, tant sur le plan des univers dévoilés que sur celui des dieux purement et simplement. La série, à l'instar du roman, développe une mythologie délectable pour le spectateur en opposant Dieux anciens et Dieux de l'ère Moderne (Média, communication,TV ,  etc...). Ces derniers sont d'ailleurs l'une des plus grandes réussites de cette première saison, non seulement grâce aux excellents acteurs qui les incarnent, mais aux multiples idées visuelles pour les mettre en scène. 

    American Gods rappelle d'ailleurs par moment Penny Dreadful lorsqu'il capitalise sur des quasi-loners (épisodes 4 et 7) qui sont, de loin, largement meilleurs que les autres. Le long de ces huit premiers épisodes, la série nous captive par son monde d'une immensité désarmante, rempli de créatures et de dieux tous plus fascinants les uns que les autres. C'est là aussi que réside le principal défaut de la série, à savoir son rythme. Bryan Fuller est tellement préoccupé par son esthétisme et par les histoires qu'ils insèrent au cours des épisodes qu'il transforme la première saison en une longue introduction où le récit fait du sur-place les trois quarts du temps. Le pari est osé mais il est aussi à double-tranchant comme nous le disions plus haut. D'un côté, le spectateur visite un univers foisonnant et passionnant, de l'autre côté, l'aventure n'avance quasiment pas, si bien qu'on est un peu au même point en fin de saison qu'après les quelques premiers épisodes. American Gods joue les équilibristes et risque en fait la chute à tout moment. C'est assez dommage car quelques petites prouesses viennent améliorer cette narration ultra-lente. L'épisode 7, par exemple, en forme de conte populaire, est un petit chef d'oeuvre de même que le passage dans la ville de Vulcain. Tout le problème de cette première saison réside dans le fait qu'il faut être prêt à visionner huit heures d'introduction...en espérant que la future saison 2 passe la seconde (enfin!).
    Il manque enfin une dernière chose à la série : un fond fort et moderne. Pour le moment, la question de la religion n'a été qu'effleurée par les créateurs. Du coup, la première saison reste un pur divertissement qui ne questionne pas encore réellement son matériel de base. Le résultat ? Du divertissement qui manque d'une véritable portée symbolique.

     Globalement, American Gods s'en sort très bien. Un casting magnifique, une mise en scène souvent excellente à peine gâchée par quelques images de synthèses/idées contestables, et un univers sublime. Reste que cette introduction forte en promesses demande maintenant à aboutir à quelque chose de plus marquant en ne sacrifiant pas son rythme narratif sur l'autel de l'esthétisme pur et dur.
    A ce petit jeu, The Handmaid's Tale corrige sévèrement la série de Starz.

     

    Note : 8/10

    Meilleur épisode :   Episode 7 - A Prayer for Mad Sweeney

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  • [Critique] The Handmaid

     En 1985, l'auteure canadienne Margaret Atwood publie un roman de science-fiction appelé à devenir un classique du genre : The Handmaid's Tale (connu sous le titre français de La Servante Écarlate). Acclamé par la critique, le récit nous plonge dans une dystopie patriarcale et théocratique. Les Etats-Unis se sont effondrés, remplacés par la République de Gilead. Fondée par une organisation connue sous le nom des Fils de Jacob, cette nouvelle société s'appuie sur le dogme religieux chrétien pour édifier règles de vie, valeurs morales et prôner un retour au traditionalisme dans tous les domaines. The Handmaid's Tale est le témoignage de Offred (de son vrai nom June), l'une des servantes attribuées au commandant Fred Waterford. Elle nous raconte comment elle a été enlevé, séparée de sa fille et mise en esclavage au sein d'une société cauchemardesque où la femme n'est plus rien. Terrible dans son ton et dans sa forme (avec un style très froid et distancié, presque clinique), le roman laisse un goût de soufre dans la bouche du lecteur. 

    C'est en avril 2016 qu'Hulu, principale plateforme concurrente de Netflix aux Etats-Unis, annonce produire une série tirée du roman. Dirigé par Bruce Miller (qui avait jusqu'à présent officié que pour des séries mineures), The Handmaid's Tale réunit un casting des plus solides avec notamment Elisabeth Moss (Top of The Lake ), Joseph Fiennes (American Horror Story) ou encore Ann Dowd (The Leftovers). Lancé en avril 2017, la première saison connait un succès critique foudroyant qui pousse Hulu à renouveller la série pour une seconde saison dès mai 2017. Acclamé par la presse américaine (et bientôt française), The Handmaid's Tale reprend une très large part de l'intrigue du roman et adapte l'univers d'écrit par Margaret Atwood à la lettre. Prenez une grande inspiration, et plongez dans un cauchemar.

    Car The Handmaid's Tale est un cauchemar. Un vrai. Une atroce dystopie où l'horreur théocratique est poussée à son paroxysme. Le pilot réunit immédiatement toutes les qualités que développera ensuite la série. La mise en scène tout d'abord, d'une sobriété impressionnante, qui découvre un univers glacial et glaçant où le rouge des servantes devient aussi familier que la lumière du soleil. Contrairement au récent American Gods, la série de Bruce Miller ne joue sur aucun effet de manche. A peine s'offre-t-elle des ralentis pour souligner certaines actions importantes ou tragiques. Cette mise en scène minutieuse, terrifiante dans ses moindres recoins, s'accompagnent d'une bande-originale parfaite qui sait être discrète quand il le faut, ménager des silences quand il le faut...et s'imposer quand il le faut. Rien n'est laissé au hasard dans la constitution de cette première saison. 

    Si dans le roman nous suivons uniquement Offred, il n'en est pas de même pour la série. Le téléspectateur est bien entendu dans la tête de la jeune femme dont il entend les pensées en voix-off, mais le format permet également de développer d'autres personnages qui deviennent donc plus profond tels que Nick, le couple Waterford ou Moira. On ne pénètre jamais dans leurs esprits comme on le fait avec June, mais on les suit et on les comprends mieux. Puisque The Handmaid's Tale, avant d'être une oeuvre engagée et polémique, est avant tout une histoire humaine tragique. Ce qu'a bien compris Bruce Miller qui donne toute la place nécessaire aux personnages et aux acteurs qui les incarnent. C'est eux d'ailleurs qui constituent l'autre force majeure de la série. Dire que le casting de The Handmaid's Tale est impeccable serait être en dessous de la vérité. Joseph Fiennes est aussi glaçant que mystérieux dans le rôle du commandant Waterford, Yvonne Strahovski compose un des personnages les plus complexes de la série entre le monstre et la femme brisée, Ann Dowd endosse le rôle tyrannique de tante Lydia avec la même force qu'elle avait dans The Leftovers. 

    Mais surtout, il y a Elisabeth Moss. En prenant l'habit écarlate de la servante, l'américaine trouve le rôle de sa vie. Elle est, à chaque minute, plus grandiose qu'à la précédente. A la fois colère, tristesse et révolte, l'actrice joue tout à la perfection et émeut comme pas possible. C'est elle, c'est définitivement elle qui porte littéralement le show sur ses épaules. Chapeau. Faisons également mention à la fois d'un sublime personnage secondaire mais également d'une grandiose actrice : l'américaine Madeline Brewer dans le rôle brise-cœur de Janine. Un personnage secondaire qui montre le talent d'écriture insolent de Bruce Miller et de ses scénaristes. Puisque c'est bien l'écriture du show lui-même qui constitue le dernier grand point fort de cette première saison. Il faut dix épisodes à The Handmaid's Tales pour développer son monde, décrire l'avant et comment tout a lentement glissé dans l'horreur mais aussi, et surtout décrire avec minutie une société malade. Mieux encore, le show arrive à "humaniser" d'authentiques monstres par le biais de quelques séquences improbables. Comme lorsque Tante Lydia console Janine de ne pas aller à la soirée, ou comme lorsque l'on suit l'histoire du couple Waterford. Ce tour de passe-passe moral s'avère rien de moins qu'impressionnant. En l'état, c'est comme si l'on humanisait Himmler ou Heydrich...

    Ce que réussit cependant le mieux la série, c'est à retranscrire l'horreur théocratique décrite par le roman de Margaret Atwood. La série décrit avec minutie la constitution d'un Etat totalitaire où les femmes deviennent des ventres. Instrumentalisées au nom d'un passage biblique, les femmes fertiles deviennent des esclaves qui n'ont plus aucun droit. Elles sont cérémonieusement violées chaque mois (et les premières séquences de la fameuse cérémonie sont insupportables) pour donner des enfants aux épouses stériles des commandants. Il y a encore cette seconde torture, de se faire prendre son enfant, de se le faire enlever (et l'épisode deux, déjà, est insoutenable à ce sujet) pour ensuite changer de maison et.....recommencer ! La série décrit de même l'avant, et a l'excellente idée de faire comprendre au spectateur que l'on glisse. On ne tombe pas. Que petit à petit, la dictature s'installe parce que l'on dort. Parce que l'on ne se bat pas. Dans la situation actuelle des Etats-unis et de la France, la chose est d'autant plus importante à entendre. The Handmaid's Tale est non seulement un plaidoyer féministe d'une dureté extraordinaire, mais également une remise en question de notre obsession de la maternité. C'est certainement là le thème le plus original traité par la série, notamment au cours du fameux épisode 6, A Woman's Place, qui explique en filigrane que l'une des causes de cette folie est l'obsession maladive pour l'humanité d'avoir des enfants. En substance, The Handmaid's Tale est une brillante destruction de la GPA, cette marchandisation du corps de la femme pour pallier à la (malheureuse) stérilité d'autres. 

    Reste que cette série, aussi forte soit-elle sur le fond, reste une intense aventure émotionnelle. Chaque personnage présente des démons, des fêlures,des peines, des tragédies. La somme de toutes ces blessures donne cette première saison sublime, grandiose. The Handmaid's Tale, c'est avant tout l'histoire d'une femme (de femmes !) privée de sa liberté, privée de sa vie, privée de tout. C'est l'histoire d'une révolte, même insignifiante, gravée dans une plinthe ou tombant avec une pierre, qui dit NON. C'est l'histoire d'une femme qui veut se battre malgré toutes les horreurs qu'elle subit. Au fond, le plus important dans The Handmaid's Tale, c'est ça. Ce courage humain devant l'horreur absolue, devant la monstruosité. Un cri dans le silence. Un appel à la raison dans un océan de religiosité qui, pourtant, ressemble de plus en plus à notre siècle (et qui est déjà vécu par certaines femmes en Arabie Saoudite et dans le Moyen-Orient !). C'est une série militante, engagée, féroce et sans demi-mesure. Une série qui fait du bien en nous faisant mal, très mal parfois.

     Adaptation brillante portée par un casting simplement parfait, cette première saison de The Handmaid's Tale n'est rien de moins qu'un chef d'oeuvre d'une importance primordiale à l'heure actuelle.
    Un chef d'oeuvre.

      Nolite Te Bastardes Carborundorum

    Note : 10/10

    Meilleur épisode :   Episode 6 - A Woman's Place / Episode 9 - The Bridge

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  • [Critique] The Jane Doe Identity

     En 2010 sortait discrètement sur nos écrans un petit film norvégien qui s’inscrivait dans la mode (agaçante) du found footage : The Troll Hunter. Ce long-métrage norvégien, bien loin des médiocres Paranormal Activity et autres Tchernobyl Diaries, arrivait à jongler avec bonheur entre horreur, humour et documentaire. Son réalisateur, André Øvredal, revient sept ans plus tard avec un second long-métrage et deux excellents acteurs américains, Emile Hirsch et Brian Cox. The Autopsy of Jane Doe (renommé The Jane Doe Identity pour l’occasion parce que...bah parce que ça fait un peu Jason Bourne et que ça pète...) nous plonge dans une atmosphère pesante au cœur d'une vieille morgue tenue par un soir d'orage. Alors que le shérif Sheldon intervient sur une scène de crime particulièrement sanglante, il découvre le cadavre d'une jeune femme impossible à identifier. Cette Jane Doe est amenée à Austin et Tommy Tilden pour que les deux légistes découvrent enfin son identité. Mais d'étranges choses commencent à survenir durant l'autopsie... C'est donc un postulat de départ très simple que propose The Autopsy of Jane Doe et qui semble tout entier contenu dans son titre. 

    Øvredal a quelques idées bien arrêté qu'il met en pratique dès les premiers instants du film. The Autopsy of Jane Doe démarre rapidement, et l'on entre dans le vif du sujet au bout d'une quinzaine de minutes. La principale originalité du métrage est de proposer une approche atypique dans le traitement de son horreur, à savoir que toute la première moitié du récit se concentre sur l'examen d'un corps, faisant surgir l'horreur et entretenant son ambiance oppressante par les découvertes et déductions des deux légistes. Le show repose alors sur deux éléments : la capacité de mise en scène du cinéaste norvégien dans ce qui est, en réalité, un huit-clos, et la prestation des deux acteurs principaux. Sans surprise, Hirsch et Cox assurent permettant au spectateur d'avoir à la fois une attache empathique (notamment avec le personnage d'Austin) et une immersion convaincante dans l'enquête en cours. Jamais Øvredal ne mise sur les effets gores de son autopsie comme aurait pu le faire un film lambda et durant une bonne moitié de l'histoire, le norvégien arrive à faire vivre ses personnages et son intrigue avec une habilité qui force le respect. D'autant plus qu'il développe une atmosphère lourde en arrière-plan.

    Cependant, à un certain stade (et peut-être par peur de lasser le spectateur), le réalisateur s'engage dans une autre voie horrifique en transformant son huit-clos d'expertise et de sous-entendus en un huit-clos horrifique surnaturel avec fantômes et autres apparitions. Ce virage n'est, en soi, pas forcément mauvais, il permet à Øvredal de varier les sources de terreur et de jouer également avec le cliché du fantôme. Evidemment, puisque la chose est plus courante ailleurs, l'originalité a tendance à disparaître. Il faut cependant concéder que le norvégien s'y prend fort bien, évite les jump-scares abusifs, et privilégie les silhouettes aux effets gores grossiers. Quelques astuces simples comme la clochette au pied d'un des cadavres, permettent ne pas miser frontalement sur l'horreur, Øvredal comprend qu'il vaut mieux laisser de la place à l'imagination. Certes, il est assez difficile de comprendre pourquoi la petite amie d'Austin est impliquée là-dedans. Le film n'y gagne rien en réalité. Mais le reste se révèle tout à fait honorable.

    Le vrai raté de The Jane Doe Identity, c'est de ne pas aller au bout de son postulat de départ et de ne pas intégralement fondé son intrigue sur une autopsie. Evidemment, il est fort possible que le résultat d'une telle démarche soit rébarbative mais elle éviterait au moins la sévère sensation de manque d'originalité de la seconde partie du métrage. En l'état, l'intrigue de fond, elle, reste accrocheuse. Øvredal arrive à retourner les hypothèses du spectateur quand à l'identité de la jeune fille et même à inverser le sempiternel cliché de la sorcière. Il y a donc du bon dans cette histoire de revenants matinée de satanisme. Du très bon même puisque le norvégien tient de bout en bout une atmosphère délicieusement effrayante grâce à une mise en scène précise et épurée.

     Pour son second long-métrage, André Øvredal offre un spectacle à la hauteur des attentes. Même si The Jane Doe Identity semble avoir du mal à choisir parfois, il n'en reste pas moins un film fantastico-horrifique relativement original et efficace supporté par deux excellents acteurs. Les amateurs seront ravis. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure(s) scène(s) :  L'autopsie

    - Critique de The Troll Hunter d'André Øvredal

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  • Critique de la Saison 1
    Critique de la Saison 2

    Difficile d'expliquer à ceux qui ne la connaissent pas encore à quel point The Leftovers est devenu une série culte en un laps de temps très court.
    Malgré l'évidente difficulté de garder une telle série à l'écran, HBO a décidé d'accorder une troisième saison pour conclure l'intrigue de Tom Perotta et Damon Lindelof. Nous avions laissé Kevin, Nora et les autres dans une situation tout à fait apocalyptique la saison dernière puisque l'apparente sérénité de la ville de Miracle avait volé en éclat sous l'impulsion des Guilty Remnants et de son nouveau gourou, Megan Abott. 
    Comme pour la saison 2, cette nouveau chapitre s'ouvre sur une séquence mystérieuse situé dans le passé et qui semble se raccrocher à la fois au ton mystique de la série tout en mettant l'accent sur la peine, la tristesse de ce que l'on perd. 
    On retrouve par la suite Kevin, devenu shérif de Miracle, et Nora, toujours agent du DSD. De la même façon que tout avait changé entre les saison une et deux, une ellipse temporelle permet de faire un nouveau saut dans le temps pour cette nouvelle saison. Miracle n'est plus la ville isolationniste et élitiste que l'on a connu, et ses habitants ont forcément du s'adapter. 

    John et Ericka ne sont plus ensemble, Matt continue ses prêches avec plus de vigueur encore mais avec Michael comme apprenti, et enfin Laurie et Tommy ont rejoint Kevin au sein de cette nouvelle communauté. A l'image de ce qu'ils ont fait pour la saison précédente, Perotta et Lindelof choisissent de secouer l'échiquier pour changer de lieu. Rapidement, les personnages s'envolent pour l'Australie, sorte de Terre Promise où les réponses attendent. En oubliant cette fois de s'intéresser à une quête spécifique (la principale erreur de la saison deux), The Leftovers retrouve l'entière puissance de la première saison. Il faut bien avouer que, de toute façon, The Leftovers n'est jamais aussi fort que quand elle se concentre sur les émotions et les bizarreries de ses personnages. C'est pourquoi ce baroud d'honneur semble avoir tout compris.

    Perotta et Lindelof ont pour claire mission de refermer toutes les intrigues. Pour cela, ils font revenir un tas de personnages de la première saison, à commencer par Kevin Garvey Sr, et tente de trouver l'équilibre entre la folie sous-jacente de leur histoire et la cruelle réalité des choses. Ceux qui détestaient le versant mystico-bizarre de la série en seront pour leur frais puisque cette saison trois plonge dedans à corps perdue. Mais elle le fait bien. 
    De toute façon, cette dimension biblique, The Leftovers l'affichait déjà dès les premières minutes. En faisant cette fois de Kevin un nouveau Jésus, The Leftovers cristallise l'importance de ce personnage et de celui, par ricochet, de Nora. Si le couple porte encore une fois le show sur ses épaules, les autres personnages ne sont pas en reste et interviennent avec bonheur dans cette espèce de mythologie new-age. Entre folie pure (à travers les visions de Kevin), croyances (à travers le personnage de Matt) et deuil, The Leftovers fait figure d'équilibriste. 

    L'audace narrative constante de la saison trois alterne les épisodes de groupe et les loners qui, comme d'habitude, sont de petits chef d’œuvres en puissance. La multiplicité des thèmes abordés ainsi que la justesse du traitement force le respect. L'exemple typique est bien celui du personnage de Matt Jamison, interprété par un Christopher Eccleston divinement bon, qui s'avère la synthèse des préoccupations autour de la foi. Au cours de son loner, le fantastique et fantasque épisode 5, le ton flirte avec le grotesque sans jamais y tomber, pour finir par aller vers une confrontation aussi farfelue que métaphysique. Par un astucieux tour narratif, Lindelof et Perrota confronte Matt à Dieu, l'homme de foi à son maître. Le résultat n'est rien de moins qu'éblouissant, nihiliste et mélancolique en diable, tout en gardant un rire grinçant et assez de recul pour ne pas détruire le propos de fond. Ce numéro d'équilibriste se retrouve évidemment ailleurs, dans l'épisode WTF de Kevin par exemple, ou dans le délire de Kevin Garvey Jr. The Letfovers explique que l'homme a besoin de la foi, il a besoin de croire, même en l'absurde, car il faut donner un sens au drame, un sens à sa propre existence. (Re)découvrir que Dieu n'existe pas demande du courage, de la folie ou de l'abnégation, voir les trois.

    Mais là ou cette saison retrouve son génie total, c'est en se recentrant sur le couple Kevin-Nora, deux personnages sublimes interprétés respectivement par Justin Theroux et Carrie Coon, deux acteurs au sommet de leur art. Tout le propos de The Leftovers tourne autour du deuil depuis le départ. Comment faire face à la perte ? Comment trouver un nouveau départ, un nouveau sens à son existence ? Certains plongent dans la foi (Matt, Michael), d'autres dans la folie (Kevin et son père) et d'autres n'arrivent simplement pas à faire face (Nora et Laurie). En creusant encore et encore sur ce thème, la saison 3 déterre des trésors, fait pleurer son spectateur à chaudes larmes et secoue durablement. Grâce à la justesse narrative de l'ensemble, à la sobriété de la musique lancinante de Max Richter (pour toujours associé à cette série) et au talent immense de ses acteurs, The Leftovers explique quelque chose de simple et difficile à la fois : on n'arrive jamais à faire véritablement son deuil. Qu'est-ce qui peut nous sauver en définitive ? L'amour. C'est pour cela que l'histoire entre Kevin et Nora prend tout son sens. 

    La conclusion, à la fois redoutée et attendue, s'avère parfaite. Simplement parfaite. Il est en un sens heureux que Lindelof n'ait pas eu le temps de faire de multiples saisons et de se perdre dans sa propre histoire car The Leftovers, en 3 saisons, permet de condenser l'émotion. Dans ce face-à-face ultime, les deux principaux personnages de la série lèvent le voile sur le mystère, toujours sans le montrer. On sait enfin ce qui est arrivé aux disparus mais...ce n'est toujours pas l'important. Ce qui importe c'est le regard de ces deux amants, de ceux deux personnages qui ont trouvé l'un dans l'autre un moyen de faire la paix avec leur tristesse. Ce qui importe, à la fin, c'est la beauté de ce "I'm here" entrecoupé de larmes. C'est beau, c'est sobre et ça brise le cœur autant que ça réconforte. 

     Il faut donc tirer un bilan de cette série HBO après trois saisons. Malgré une deuxième saison un tantinet plus faible, The Leftovers se révèle aussi intense que juste. Jamais une série n'aura parlé avec autant de justesse et d'audace de l'après, de ce sentiment qui ronge l'être humain sur comme faire face à la disparition. Bien sûr Six Feet Under nous parlait de la mort, mais The Leftovers trouve un ton plus métaphysique, plus universel et, certainement plus intensément triste. Avec cette dernière saison, The Leftovers confirme qu'elle est l'une des meilleures séries jamais produites et, sans aucun doute la meilleure série récente diffusée à la télévision.
    En somme, un chef d'oeuvre. 


    Note : 9.5/10

    Meilleur épisode :   Episode 5 - It's a Matt, Matt, Matt, Matt World

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  • [Critique] Pirates des Caraïbes 5 : La Vengeance de Salazar

     

     Triste destin que celui de la franchise Pirates des Caraïbes. Ce coup de poker des studios Disney en 2003 qui tentent alors d'adapter une attraction-phare du parc devient un énorme succès. Forcément, deux suites sont mises en chantier, Le secret du coffre maudit et Jusqu'au bout du monde, toujours sous la direction de Gore Verbinski mais qui finit clairement par épuiser le filon avec un épisode trois poussif. Malgré le départ du créateur de la trilogie, la production choisit de remettre le couvert en confiant le quatrième volet à Rob Marshall. La Fontaine de Jouvence s'avère logiquement un échec artistique quasi-total. Malgré tout, le public suivant, un cinquième film est mis en chantier. Cette fois, le métrage est co-réalisé par les réalisateurs norvégiens Joachim Rønning et Espen Sandberg à qui l'on doit Kon-Tiki mais aussi Bandidas. Difficile donc de soulever un véritable enthousiasme pour cette énième aventure malgré la présence inattendue de Javier Bardem. Ne serait-il pas temps de couleur le Black Pearl ?

    Difficile de se voiler la face, ce nouveau volet de Pirates des Caraïbes n'a plus la fraîcheur d'antan. En effet, on marche en territoire connu avec malédictions, moussaillons, canonnades, couple d'amoureux, abordages, singes voleurs, Jack Sparrow et autre Barbossa. A priori rien de nouveau sous le soleil. Cependant, les cinéastes étant certainement bien conscients de cet état de fait, capitalisent justement sur ce qui a fait le succès de la franchise à ses débuts. La Vengeance de Salazar (en réalité Dead men tell no tales, mais les français adorent les titres moisis, c'est bien connu) s'ouvre donc de façon très semblable au premier opus en misant tout, ou presque, sur un côté aventure décontractée qu'il fait assez plaisir de retrouver. Le ton mystérieux est là, Jack Sparrow égal à lui-même (bien que le personnage commence à lasser) et surtout les réalisateurs norvégiens nous présentent Salazar. Très (très) loin du fade Barbe Noire, le grand méchant interprété par un succulent Javier Bardem bénéficie non seulement d'un background efficace mais également de superbes effets spéciaux qui, sans égaler la perfection graphique du Hollandais Volant, renvoie à l'équipage maudit du Secret du coffre maudit. 

    En s'ouvrant sur une séquence d'action drôle et impressionnante à souhait, La Vengeance de Salazar réjouit. Certes, on le savait en entrant dans la salle, on ne trouvera rien de véritablement nouveau là-dedans mais au moins Joachim Rønning et Espen Sandberg ont-ils la bonne idée d'offrir un divertissement le plus proche possible des origines. On évite évidemment pas les défauts comme celui du couple formé par Brenton Thwaites-Kaya Scodelario, copie à peine masquée de celui d'Elizabeth et Will, ou le manque cruel de scènes véritablement épiques. Mais ce cinquième volet a pourtant bien des choses à proposer. A commencer par un antagoniste puissant au navire franchement excellent, et surtout, comme on le disait plus haut, d'un background qui fait plaisir et sort des ornières habituelles. De même, l'humour, malgré quelques errements, s'avère globalement meilleur avec quelques blagues franchement drôles (l'astrologue putative). Saluons enfin quelques séquences qui sortent du lot comme le combat sur les canons, la libération de Jack ou encore le cambriolage. Tout cela sur une bande-son dans la droite lignée des autres opus et, donc, excellente.

    Plus court que tous les autres volets précédents, La Vengeance de Salazar n'a pas le temps de faire bailler son spectateur comme pouvait le faire Jusqu'au bout du monde ou La Fontaine de Jouvence. Mieux même, les deux réalisateurs tentent de rattacher les wagons de l'histoire de la trilogie originale pour lui donner un épilogue qui, s'il semble un peu téléphoné, n'en demeure pas moins touchant. Reste alors le cas de Jack Sparrow interprété par un Johnny Depp égal à lui-même qui finit, simplement par agacer. Pas que le personnage en lui-même soit mauvais - il a été brillantissime par le passé - mais il est l'exemple même du héros usé jusqu'à la corde et dont on connaît chaque réplique. C'est pourquoi la séquence si contestée du flash-back s'avère une excellente idée. Elle permet de montrer quelque chose de neuf à propos de Jack tout en achevant en un certain sens sa légende. Espérons simplement qu'il s'agisse là de la dernière apparition de l'excentrique pirate des caraïbes. 

     Surprenant par sa volonté affichée de revenir aux sources d'une saga passablement essoufflé, Pirates des Caraïbes 5 se hisse au rang des bons divertissements. En tentant de se faire plus léger, plus rythmé, plus esthétique et surtout de rassembler les personnages des premiers volets, le long-métrage de Joachim Rønning et Espen Sandberg offre une fin satisfaisante aux aventures de Jack Sparrow. Du moins, on l'espère. 

     

    Note : 6.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Le cambriolage

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  • [Critique] Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur

     C'est périodique, il faut toujours qu'à intervalle régulier Hollywood tente de relancer un film estampillé Roi Arthur. La dernière tentative (en 2004 déjà) voyait Antoine Fuqua enrôler Clive Owen, Keira Knightley ou encore Mads Mikkelsen pour une vision "réaliste" (comprendre dénuée de magie) du fameux mythe Arthurien. Un échec à tous les niveaux. Cette fois, Warner Bros choisit Guy "Snatch" Ritchie pour donner une seconde jeunesse à la légende (et jeunesse est bien le meilleur terme). Tout ceux qui connaissent Guy Ritchie et son style très particulier risquent pourtant de faire un AVC s'il aime la tradition arthurienne.On se doute bien qu'avec le réalisateur qui a fait de Sherlock Holmes, une version gypsie-action du fameux détective, Le Roi Arthur risque fort de se contrefoutre de la légende. Ce que viennent confirmer les bandes-annonces. En quelque sorte, on est prévenu dès le départ, Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur aura autant avoir avec le mythe que Keira Knightley ressemble à Guenièvre. 

    Ritchie n’est cependant pas un mauvais réalisateur, du moins est-il beaucoup plus tranché dans son style qu'un Antoine Fuqua. Dès les premières minutes de film, la chose apparaît plus qu'évidente. Le Roi Arthur s'ouvre sur une séquence simplement folle où Ritchie imagine un monde Arthurien à mi-chemin entre Seigneur des Anneaux et Conan le Barbare. C'est immense, épique en diable, totalement WTF mais...c'est diablement excitant. En faisant cette intro, Ritchie rompt clairement avec son prédécesseur et prévient son spectateur : voici un film de fantasy pure et dure. Dans cette mouture, Mordred est un magicien rebelle qui tente de détruite Camelot mais Pendragon, aidé par l'épée magique Excalibur forgée par Merlin, stoppe son avancée. Malheureusement, Pendragon est trahi par son frère Voltigern qui s'empare du Royaume. Reste le jeune Arthur envoyé tel Moïse sur une barque vers Londinum où il grandit dans les bordels et les bas-fonds pour finir chef de meute d'une bande de bras cassés. Difficile de faire plus Ritchie dans le genre. En renouant avec son style thief/gypsie qu'il affectionne tant, le cinéaste se lâche également sur tous les plans. Ce qui était certainement la meilleure et la pire des choses qu'il pouvait faire.

    Pendant longtemps, le métrage fait illusion voir même plus. La mise en scène est ultra-nerveuse (mais on s'y attendait) avec une bande-son géniale de Daniel Pemberton qui rythme à merveille le personnage de sale gosse d'Arthur. Charlie Hunnam trouve ici un rôle taillé sur mesure pour lui (Si l'on y réfléchit, il n'est pas si loin de son rôle dans Sons of Anarchy) et assure le show. Ritchie se fait un immense plaisir d'alterner les séquences d'action shootées à l'adrénaline avec des dialogues à la cadence d'un AK47. Les problèmes commencent cependant dès ce départ. Si l'on excepte le grand méchant incarné par un Jude Law des plus convaincants, les autres personnages n'ont aucune existence. Comme si Ritchie misait tout sur Arthur et...c'est tout. Pire encore que cette absence de caractérisation, le casting pullule de miscasts, Aidan Gillen et Djimon Hounson en tête. On comprend que Ritchie tente d'ébaucher un Roi Arthur social (sisi !) en opposant les pauvres aux puissants, en faisant vaincre la plèbe multiraciale contre un blanc tyrannique. L'idée n'est pas mauvaise, et pas forcément si mal exploitée mais puisque les personnages n'existent pas, impossible de trouver le procédé autre qu'opportuniste.

    Jusqu'à un certain degré ce Roi Arthur amuse et retrouve même une ambiance fantasy-thief réjouissante. Ritchie a un mal fou à se canaliser et déborde (la caméra sur les personnages pendant une course-poursuite en ville, très mauvais effet digne d'un film amateur)...mais il insuffle une énergie rare dans son métrage. Là où le bât blesse c'est que le développement de l'intrigue sur le traumatisme d'enfance d'Arthur ainsi que sa confrontation avec Voltigern s'éternisent alors qu'on sait pertinemment comment tout va finir. Ritchie n'aurait-il pas gagner à s'engouffrer encore plus profondément dans son versant fantasy notamment durant la séquence terrible (mais beaucoup trop courte) des Terres Sombres ? Ce qui étonne le plus, c'est qu'Arthur réussit là où l'on ne l'attendait pas : dans la fantasy. Mais, là aussi, jusqu'à un certain point. Ritchie joue toujours sur la corde raide et ce dernier métrage bascule assez vite vers le foutoir tendance WTF en fin de parcours. La conclusion finit par faire...n'importe quoi. Un serpent géant pour jouer les Deus ex machina, une baston d'Arthur contre un régiment en mode jeu vidéo pour finir sur un combat de boss final style Mortal Kombat...Ritchie finit par perdre son sang-froid et craque. La conclusion ressemble plus à un vaste jeu vidéo qu'à la splendide (et épique) introduction. C'est d'autant plus dommage que le réalisateur évitait le piège de l'histoire d'amour ou celui de réunir tous les chevaliers de la table ronde dès le départ. 

    Esthétiquement incroyable avec un côté fantasy assumé qui fait du bien, Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur est loin d'être le naufrage annoncé. Il s'agit surtout d'une proposition radicale par un Guy Ritchie qui s'éclate tellement qu'il finit par oublier en route ses personnages, son timing et une conclusion moins téléphonée. En l'état, le long-métrage s'avère un divertissement décomplexé plus intéressant que la moyenne. Par contre, si vous êtes fan de la légende Arthurienne, vous risquez d'avoir un malaise. Que cela se tienne pour dit. 

     

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) :  L'introduction 

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  • [Critique TV] Legion, Saison 1

     

     Les séries TV et les super-héros, c'est un peu tout et son contraire.
    D'un côté, des tentatives qui ont vraiment fait du bien (Daredevil voir Jessica Jones dans une moindre mesure) et de l'autre, une succession de variations bas de gamme qui font honte dès la bande-annonce (Supergirl, Arrow...). Alors que l'on croyait avoir trouvé la réponse dans l'association Netflix-Marvel avec l'adaptation réussie de Daredevil (et l'excellent personnage du Punisher), les dernières séries du géant américain ont un peu refroidi cet enthousiasme. Un Luke Cage poussif et un Iron Fist à la ramasse...Bref, on craint un peu pour la suite des opérations avec The Defenders
    Et puis...dans son coin, la chaîne câblée FX accueille une petite nouvelle : Legion. Le projet est porté par un certain Noah Hawley, le génial créateur de la série Fargo, et s'intéresse à un mutant de l'univers X-Men sans pour autant explicitement le dire. Un format très court (8 épisodes) et donc autant de chances de maintenir une qualité équivalente tout du long, un créateur reconnu et une chaîne exigeante, Legion serait-elle le Messie ?

    Si le nom de Legion ne vous dit rien, c'est assez normal et on vous laisse le grand plaisir de découvrir l'identité de ce mutant durant cette première saison. Pour remettre la série dans son contexte, commençons par présenter David Haller. David vit dans une institution psychiatrique depuis plusieurs années maintenant. Il s'y est fait des amis, Syd, sa copine qu'il ne peut pas toucher car elle ne supporte pas le contact des autres, et Lenny qui a toujours des écouteurs sur elle pour écouter de la musique. La vie de David est rythmée par la prise de ses médicaments, ses sessions de groupe et ses hallucinations auditives voire visuelles. Jusqu'au jour où David devient l'enjeu d'une guerre entre un groupe de résistants et la mystérieuse Division 3, une branche secrète du gouvernement. Pourquoi ? Parce que David pourrait ne pas être un schizophrène, David pourrait être l'un des mutants les plus puissants jamais rencontrés. Le problème, c'est qu'il peut aussi tout simplement être fou à lier. Ce qui est certain, c'est que l'esprit de David cache de terribles et terrifiants secrets.

    Quel pitch alléchant !
    Noah Hawley le dit lui-même : s'il a voulu faire Legion c'est parce qu'il était intéressé par les possibilités offertes par un tel personnage et une telle intrigue. La série n'est donc pas une création opportuniste mais bel et bien une envie artistique en premier lieu. Ce qui va d'ailleurs faire toute la différence. 
    Legion se divise en huit chapitres tournant autour d'un seul et unique personnage : David Haller. Interprété par l'excellent Dan Stevens (tellement évident pour ce rôle, tellement miscast dans La Belle et la Bête), David est avant tout un personnage attachant, éminemment humain. Dès le pilot, on est touché par son mélange de maladresse et ses pouvoirs (ou pas ?) inquiétants. Une bonne partie de la force de la série repose sur les épaules de Stevens, capable d'être aussi sympathique qu'effrayant ou charismatique. Pourtant, même si on adore l'équipe de mutants de la série, ce n'est pas les personnages à proprement parler qui font la qualité de Legion. C'est son audace visuelle et esthétique.

    Inutile de le cacher puisque la chose est évidente dès le pilot, Legion est un laboratoire d'expérimentation pour Noah Hawley. Le créateur de Fargo laisse ici libre court à toutes ses envies visuelles et, le moins que l'on puisse dire, c'est que le monsieur en a sous le coude. Dans son montage, son cadrage, son esthétisme, son dynamisme, sa photographie et sa musique, Legion est une constante recherche de nouveautés. Hawley ne se contente pas de raconter son histoire, il l'incarne visuellement et fait se rejoindre parfaitement fond et forme en profitant à plein régime des ambiguïtés narratives de son sujet. Sommes-nous dans le réel ? David hallucine-t-il ? Comment décrire un plan astral ? Cette première saison est un trésor visuel qui n'est égalé que par la maestria de sa narration qui joue constamment sur le doute et élude volontairement les autres X-Men. De ce fait, il est quasiment possible de regarder Legion sans rien connaître aux mutants. Certes les connaisseurs auront un sourire en coin à l'évocation de tel ou tel personnage, mais la chose n'est absolument pas nécessaire. Il ne s'agit pas d'une série X-Men ou d'une série de super-héros mais d'une série tout court. C'est là que Hawley et FX ont tout bon, au lieu de jouer la carte de la hype Marvel, ils mettent en avant leur héros et leur univers. Le résultat ? Un monument de mise en scène. 

    Encore une fois, Legion est une claque visuelle. Hawley semble avoir dix idées à la minute et les mets en pratique avec une force peu commune. Legion, c'est le genre de série capable de faire danser ses acteurs principaux pour ensuite aller s'enfermer dans un cube de glace géant avant de revenir dans un asile psychiatrique aux couleurs chatoyantes. Plus loin encore : Legion, c'est une audace narrative réjouissante. Dans sa folie, Hawley modifie les couleurs, fait des clins d’œils à Invasion : Los Angeles de Carpenter, change de registre en un tour de main (le passage sans son dans la maison de David) et tout ça culmine dans un épisode 7 simplement inoubliable. Au détour d'une séquence folle, Legion explose les limites télévisuelles conventionnelles en recréant à la fois un film muet en noir et blanc tout en remixant le fameux Boléro de Ravel. Monumental on vous dit ! Rien que cet épisode renvoie toutes les séries Netflix (même l'excellent Daredevil) dans les cordes. C'est aussi un peu le revers de la médaille puisqu'en plaçant un tel chef d'oeuvre en septième position on se sent un peu floué par un final forcément moins fort (même si toujours passionnant).

    Tout ça ne serait pourtant rien sans une vraie bonne histoire. De ce côté-là (et sans pouvoir franchement distinguer forme et fond tant les deux sont liés), Legion assure aussi méchamment. En reprenant à son compte l'un des mutants les plus originaux de l'histoire, Hawley se démarque assurément du reste. La série prend un malin plaisir à jouer avec les codes du genre, maintient le doute sur la folie ou les pouvoirs de David, dresse à côté une équipe de super-héros humains (notamment l'atypique duo Cary-Kerry) et arrive à donner des miroirs de la dualité de David dans le même mouvement. Si l'on regrette le manque de travail sur le principal mutant de la Division 3, autant dire que l'immense réussite du Shadow King fait largement oublier la chose. Il s'agit tout bonnement du meilleur super-vilain de l'univers X-Men et l'un des tous meilleurs tout court. Interprété par une Aubrey Plaza délicieuse et profitant d'un design parfaitement réussi, le Shadow King donne des frissons. 

    Vous l'aurez compris, Legion est une immense surprise.
    L'autre série de Noah Hawley met une claque visuelle et narrative à tout ce qui se fait dans le milieu. Cette première saison frôle le sans-faute et stupéfie par son audace. On attend de pied ferme le retour de David Haller et de sa bande pour un second tour de piste en février 2018.

     

    Note :  9/10

    Meilleure épisode :  Episode 7 - Chapter 7

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  • [Critique] The Last Girl : Celle qui a tous les dons
    Prix du Public Gerardmer 2017

     Après un premier long-métrage, Outcast, passé totalement inaperçu, l'américain Colm McCarthy réalise son second long-métrage en adaptant le scénario écrit par le britannique M.R. Carey (pseudonyme de Mike Carey). The Girl with All the Gifts (pour lui donner au moins une fois son véritable titre et ne pas tomber dans le délire marketing à la française) est en effet adapté du roman éponyme du même M.R. Carey (et traduit en France chez L'Atalante). Film de genre horrifique, il nous emmène dans un monde où l'apocalypse zombie a eu lieu mais pas forcément de la façon attendue. Pour porter cette histoire sur grand écran, McCarthy recrute Gemma Arterton, Paddy Considine et Glenn Close tout en offrant le rôle principal de Mélanie à une jeune inconnue : Sennia Nanua. Qu'apporte The Girl with All the Gifts au genre horrifique et zombiesque en particulier ?

    En premier lieu, une approche du phénomène de contamination légèrement différente. Ici, c'est un agent pathogène fongique (comprendre un champignon) qui infecte le cerveau de la victime et la rend affamée (c'est d'ailleurs le nom de cette variante zombie, The Hungries). Une petite touche d'originalité bienvenue mais...pas si originale que ça pour les plus fins connaisseurs puisque c'est le principal ressort du jeu vidéo et chef d'oeuvre The Last of Us (sorti un an avant le roman de Carey...). Non, la réelle originalité de cette nouvelle histoire, c'est avant tout son excellent point de départ. Le spectateur fait connaissance avec Mélanie (qui sera également le principal point de vue durant le film), une gamine qui semble aussi adorable que curieuse. Enfermée dans une cellule, elle est emmenée chaque jour ligotée sur une chaise roulante par des militaires jusqu'à une salle de classe où Mme Justineau fait cours à une trentaine d'enfants particuliers. Comme eux, Mélanie est spéciale. En fait...Mélanie est un monstre, qui, s'il sent l'odeur de la viande, devient fou et tente de dévorer tout ce qui passe à sa portée. Le problème, c'est que pour une mystérieuse raison, Mélanie reste tout à fiat humaine en dehors de ses accès de fureur. Elle pourrait être la clé de l'épidémie qui ravage la Terre et transforme les hommes en affamés.

    Encore une fois, on remarque la similitude avec The Last of Us qui frôle le plagiat puisque dans le jeu vidéo également on retrouve une jeune fille, Ellie, qui pourrait être la clé de l'antidote pour sauver l'humanité. Passé ce constat, revenons donc sur la première partie du film où l'on suit le personnage de Mélanie interprétée par une Sennia Nanua véritablement bluffante. Ce qui donne toute sa puissance au métrage, c'est de jouer sur la dualité monstre/enfant avec une justesse épatante. Toute la partie dans la prison est d'ailleurs une très grande réussite. Non seulement visuellement avec une sensation de claustrophobie extrêmement réussie, mais aussi humainement avec une empathie immédiate pour cette gamine pas comme les autres ainsi que pour sa relation poignante avec Mme Justineau. Tant que le film s'appuie principalement sur Mélanie et sa façon de découvrir sa véritable nature, The Girls with All the Gifts apparaît comme une histoire puissante qui lorgne davantage vers The Last of US que vers World War Z (et c'est heureux !). Colm McCarthy va cependant devoir faire avancer son histoire et ne peut éviter certains défauts/clichés du genre.

    Avant de revenir sur ces défauts, on comprend à un certain moment que le métrage va devenir un road-movie avec la fuite des principaux personnages. On est alors témoin de quelques scènes vraiment impressionnantes avec ces hordes de zombies contre les clôtures ou un Londres totalement envahi de créatures affamées dans un style proche de 28 Jours plus tard. L'atmosphère réussie du film doit d'ailleurs autant à la mise en scène de McCarthy qu'à la musique de Cristobal Tapia de Veer - qui s'inspire cependant parfois un peu trop de la bande-son d'Arrival. Tout fonctionne donc très bien dans The Girl with All the Gifts mais l'on n'évite pas les incohérences et les actes stupides de film d'horreur de série B (comme l'oubli du silencieux pour un militaire entraîné). Heureusement pour l'histoire, ces incohérences restent relativement tolérables, et la relation entre Mélanie et les autres humains se révèle tellement réussie qu'on oublie un tantinet le reste. Il faut cependant pointer du doigt une dernière partie relativement peu convaincante qui contraste avec une idée pourtant très forte (et qui renvoie à celle développée dans Je suis une Légende, le roman) qui est celle que l'humanité doit céder sa place à une espèce nouvelle, plus adaptée. Cette thématique n'est malheureusement pas assez exploitée et un peu trop rapidement expédiée, ce qui s'avère dommage tant la puissance de cette idée se perçoit lors de l'ultime confrontation entre Mélanie et le Sergent Parks. On se consolera avec un casting franchement excellent, Glenn Close et Paddy Considine en tête, et avec une fin relativement maligne.

     The Girls with All the Gifts (ou The Last Girl - Celle qui a tous les dons selon les publicitaires français) fait mieux que beaucoup de films/séries zombiesques récents. Il aborde surtout la question sous un angle intelligent et sensible qui permet au long-métrage de Colm McCarthy de se démarquer dans le paysage horrifique. Une bonne surprise en somme.

     

    Note : 8/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Mélanie racontant une histoire en classe 

    Affiche française 

    [Critique] The Last Girl : Celle qui a tous les dons

    Bande-annonce :

     

     

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  • [Critique] Message from the king

     Le réalisateur franco-belge Fabrice Du Welz, à qui l'on doit des pépites horrifiques comme Alléluia ou Calvaire, se tourne aujourd'hui vers Hollywood. Si l'on sait très bien que ce milieu a une fâcheuse tendance à broyer les cinéastes devant des impératifs budgétaires et scénaristiques, on est tout de même heureux de voir Fabrice revenir derrière la caméra pour s'essayer à un genre radicalement différent, celui du revenge movie. Dès la première bande-annonce le ton est donné, Message from the King ne va pas faire dans la dentelle et c'est tant mieux. Avec un casting aux petits oignons qui regroupe Chadwick "Black Panther" Boseman, Teresa Palmer, Luke Ewans ou le trop ignoré Alfred Molina, on peut dire que Du Welz sait s'entourer. Reste maintenant à voir comment il va gérer le changement d'univers et son passage à Hollywood. 

    Première bonne chose, Message from the King n'est pas là pour ergoter pendant des heures, à peine commencer que l'on plonge déjà dans l'intrigue, tout à fait simpliste d'ailleurs : Jacob King débarque à Los Angeles pour retrouver sa sœur Bianca qui lui a laissé un message de détresse sur son répondeur quelques jours plus tôt. Il ne dispose que de quelques centaines de dollars, d'un sac de vêtements pour sept jours. Du Welz pose les bases en quelques minutes et s'intéresse ensuite à son histoire de vengeance. Le métrage va droit au but, fonctionne d'abord comme une enquête pour rapidement suivre les traces d'un vigilante-movie à l'ancienne. Chadwick Boseman, impressionnant de bout en bout, trouve en Jacob King un personnage excellent que Du Welz laisse à moitié inexploré jusqu'à la toute fin de son métrage. Le spectateur ne connaît pas Jacob mais comprend vite que ses origines sud-africaines en font quelqu'un d'autrement plus dangereux et déterminé que des gangsters américains lambda. De Boseman se dégage une aura de charisme brutal mais aussi une sympathie instantanée envers un homme qui tente de faire justice sans chercher à excuser ou minimiser. C'est certes assez basique mais diablement efficace.

    Malheureusement, qui dit revenge movie dit scènes de combat...et là, Fabrice Du Welz montre ses limites de metteur en scène. En effets, les affrontements sont le plus souvent brouillons et parfois carrément illisibles. Si l'on excepte l'idée de la chaîne de vélo (qui renvoie en un sens au marteau de Old Boy, chacun ses goûts), l'action dans Message from the King s'avère simplement ratée. A côté de ce défaut ennuyeux, le film accumule les bonnes idées. La première étant de faire de Los Angeles un endroit crade et violent où les rêves des jeunettes en quête de gloire se brisent sur les rochers de la réalité américaine. Bianca en est le parfaite exemple et le fait même de la rendre aussi peu sympathique permet au film de donner une dimension d'autant plus poignante à la relation Bianca-Jacob. Jacob venge un souvenir plus qu'une réelle personne, il venge sa petite sœur du Cap et pas la droguée paumée de Los Angeles. Sous la caméra de Du Welz, la Cité des Anges adopte un aspect tout à fait repoussant où la richesse n'est qu'une façade, où le mal rode dans les coins. De ce côté-là, le cinéaste n'a rien perdu de son talent de mise en scène.

    Enfin, on peut regretter la simplicité extrême de l'histoire qui, s'il on y réfléchit bien, tient sur un timbre-poste plié en quatre. Cela semble pourtant renouer avec les revenge-movie old school des années 80-90 mais peut très certainement décevoir des gens habitués à des joyaux noirs ultra-fouillés comme Old Boy ou Lady Vengeance. Cette caractéristique d'uppercut de Message from the King s'avère donc à double-tranchant. Reste que le métrage arrive à éviter certains clichés inhérents à ce type de film, comme l'histoire d'amour qui, cette fois, n'en sera heureusement pas une. Malgré la volonté de Fabrice de toujours vouloir investir tout son être dans ses films (cf. Interview), on se rend compte que Message from the King reste tout de même assez loin de la qualité de ses autres long-métrages, plus étranges, plus audacieux et, simplement, plus personnels. 

     Direct, sec et sans pitié, Message from the King tient ses promesses. Emporté par un Chadwick Boseman impeccable dans un Los Angeles magnifiquement capturé par Fabrice Du Welz, le film est aussi simple qu'efficace tout en se permettant quelques subtilités bienvenues. 
    On attend maintenant le retour du réalisateur dans un domaine plus personnel et forcément plus captivant. 

     

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) :   La scène de la morgue 

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  • [Critique] Alien: Covenant

     

     Il y a 5 ans déjà, Ridley Scott (qu'on ne présente plus) se lançait dans une entreprise des plus périlleuses : donner une préquelle à son film culte, Alien, le huitième passager. De cette ambition naissait Prometheus, un long-métrage esthétiquement incroyable avec une intrigue tellement alambiquée et bâclée qu'on n'y comprenait sincèrement pas grand chose. Un pétard-mouillé en somme. Malgré un cuisant revers critique, Scott persiste et revient avec une suite directe à Prometheus intitulée Alien: Covenant (On remarque le retour d'Alien dans le titre, à la fois parce que c'est bien plus vendeur auprès du public mais aussi parce que Scott souhaite se rapprocher encore davantage de la mythique créature). On retrouve pour ce nouvel opus Michael Fassbender qui assure le double rôle de l'androïde David et de Walter. Malgré des bande-annonces alléchantes (c'était aussi le cas de Prometheus d'ailleurs), Alien: Covenant effraie...Ridley va-t-il définitivement enterrer son chef d'oeuvre passé ou arriver enfin à retrouver l'essence de sa saga ?

    La critique d'Alien: Covenant n'est pas chose aisée, c'est même le moins que l'on puisse dire. Évacuons d'abord l'évidence : la mise en scène et l'esthétisme du film. De ce côté là, Ridley Scott n'a plus rien à prouver et le long-métrage s'avère un véritable délice pour les yeux. A la fois pour la minutie de Scott, pour la justesse de ses cadrages et pour son talent de metteur en scène incontestable, mais également pour l'esthétisme dément de l'univers présenté, notamment tout ce qui est en rapport avec la civilisation créatrice. Seulement pour le reste, les choses se compliquent.
    Au départ, Alien: Covenant a un sérieux goût de déjà-vu. L'équipage du Covenant, navire de colonisation composé d'une quinzaine de membres d'équipage transportant pas moins de deux mille colons sur une planète lointaine, se réveille suite à un incident technique majeur provoqué par une éruption solaire. On pense immédiatement à Gravity ou Interstellar avec les menues réparations dans un espace sans limite...avant de basculer purement et simplement sur un ersatz d'Alien, le huitième passager. L'équipage capte une étrange transmission et décide de mettre le cap sur une planète inconnue pendant que la musique de Jed Kurzel nous rejoue les accord du film culte de Ridley en fond. Vous le devinez facilement, l'exploration de la planète mène à une désagréable surprise pour les hommes du capitaine Oram.

    Outre cette furieuse (et agaçante) sensation de déjà-vu, Alien: Covenant passe environ les trente premières minutes comme un film d'horreur et de science-fiction tout à fait banal. Si ce n'est la réalisation luxueuse, l'histoire prend un cheminement balisé et, pire...totalement crétin. Le long-métrage renoue de ce côté avec son prédécesseur en présentant une galerie de personnages intégralement...cons ! Scott nous aligne à peu près tous les clichés les plus stupides des films d'horreur à base de "Tiens, si on déroutait le vaisseau pour aller sur une planète totalement inconnue d'où émane un signal inquiétant au lieu d'aller sur une planète vraiment sûre et sans danger" ou du très fameux "Bon, on se sépare sur une planète inexplorée ?"...Sans parler des dizaines d'autres incohérences scénaristiques que seule la stupidité crasse de l'équipage (sensé à la base coloniser une planète, ça fait peur). Si l'on est émerveillé d'un côté par les images et les Néomorphes (excellents au demeurant), on en finit pas de pester devant les âneries des personnages...Des personnages qui souffriront tous du même problème durant ces deux heures : ils n'existent pas ! En nous balançant quatorze personnes d'un coup d'un seul et en ne prenant pas du tout le temps de les incarner...ils ne créent aucune empathie avec le spectateur et s'avèrent être des proies purement et simplement. A quoi sert-il de tuer un personnage d'emblée pour embrayer sur des séquences de lamentations quand on ne connaît même pas une seule seconde ce personnage ? A rien. La photo de famille de fin type The Descent fait tout à fait hors de propos à cet égard. On connaît à peine trois personnes dessus...

    L'autre gros souci d'Alien: Covenant, c'est qu'il semble que Scott se souvient par intermittence qu'il doit remplir un cahier des charges horrifique dans son long-métrage. Il nous balance donc quelques séquences gore à intervalles réguliers pour le rappeler, sans presque aucune véritable tension en réalité. On est très (très) loin des sueurs froides de la chasse à l'Alien dans les conduits d'aération du Nostromo. Evidemment, technologiquement parlant, le résultat est bien plus fluide mais manque sincèrement de caractère et de réalisme. Non, définitivement, il semblerait que le cœur n'y est plus pour ce côté horrifique chez Scott. Alors Alien: Covenant, un désastre ? Non, Alien : Covenant est autant un film pénible...qu'un chef d'oeuvre.

    Revenons au début. Le film ne s'ouvre pas par une séquence spatiale mais, à l'instar de Prometheus, par quelque chose de radicalement différent. On y retrouve David, l'androïde, la seule bonne chose du précédent volet, face à son créateur, Weyland, qui lui apprend à jouer du piano. Trente minutes après les pérégrinations de l'équipage du Covenant, David revient à l'écran...et Ridley Scott façonne une seconde intrigue qui ne joue pas du tout dans la même cour que l'histoire principale. En réalité, ce qui handicape Alien: Covenant, c'est d'avoir à tout prix voulu le rattacher à la saga Alien pour une raison que l'on n'explique toujours pas. Parce qu'à côté des origines du xénomorphe, il y a quelque chose de mille fois plus intéressant : David. David, incarné par un Michael Fassbender toujours fascinant, est l'un des personnages de science-fiction les plus profonds et les plus intéressants jamais portés à l'écran, sorte d'enfant inavoué de Blade Runner jeté au milieu d'extra-terrestres belliqueux.

    Dans l'axe de réflexion autour de David, Ridley Scott se penche sur le rapport à la création. Qu'est-ce qui fait de nous des créateurs ? David, être robotique tellement perfectionné qu'il ne supporte plus de copier et souhaite créer la vie, devient Dieu à son tour. Un Dieu rapidement mégalomane, amoureux de son propre reflet et qui hait la race humaine, ces êtres indignes qui n'ont pas atteint la perfection qu'il semble lui-même rechercher. le cinéaste américain montre à chaque séquence qui se focalise sur David que c'est là ce qui l'intéresse, ce qui le fascine totalement, cet espèce de Diable créateur qui tente de créer la vie pour trouver un sens à la sienne. C'est bien simple, dès qu'on rentre dans l'intimité de David, on se trouve face à un autre film, un film de SF fabuleux qui convoque le fantôme de Blade Runner dans une ambiance mystique. En ce sens, la façon de raccrocher les wagons d'Alien: Covenant avec la saga principale, même si elle est très loin d'être parfaite (Scott contredit sa propre mythologie...) donne davantage de sens à Prometheus et surprend agréablement. Le seul véritable problème de fond, c'est qu'il aurait du s'agir d'une saga à part entière qui ne va pas violer la licence Alien déjà bien entamée avec le catastrophique Alien La Résurrection de Jean-Pierre Jeunet. Lorsque Scott s’intéresse purement et simplement aux ambitions dévorantes de David, disons-le clairement, le métrage est un chef d'oeuvre total jusqu'à cette fin extraordinaire...mais qui réclame tellement à corps et à cris un autre carcan que la saga Alien. L'erreur magistrale commise par Ridley Scott est là : celle de ne pas avoir fait de Prometheus un film de science-fiction original au lieu de se reposer honteusement sur une mythologie qu'il ne respecte de toute façon pas du tout. Le résultat est d'autant plus rageant au regard de l'extrême fascination exercée par le personnage de David qui, dans une séquence d'apprentissage de flûte (qui aurait du être ridicule en fait), devient aussi terrifiant que passionnant.

     Alien: Covenant contient deux demi-films : l'un sur la saga Alien avec les passages (prévisibles) et le registre horrifique (ridicule) que cela implique et l'autre sur un démiurge diabolique s'interrogeant sur le pouvoir de création. De ce fait, le long-métrage de Ridley Scott ne contente personne et frustre tout le monde. Passer aussi prêt d'un total chef d'oeuvre restera comme l'une des plus grandes déceptions de l'histoire du cinéma.  

     

    Note : 6/10

    Meilleure(s) scène(s) :  David apprenant à faire de la flûte à Walter  

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  • [Critique] On l'appelle Jeeg Robot

      Prix du jury Gerardmer 2016

      Devenu l'un des genres les plus populaires au cinéma, le super-héros est aujourd'hui devenu une machine ronronnante. D'un côté, la formule Marvel avec des blockbusters tous les six mois ou presque qui répète à présent toujours les mêmes schémas narratifs pour procurer un divertissement souvent agréable mais manquant cruellement de caractère. De l'autre, un univers DC avec des mises en scène au caractère marqué mais dont le scénario et le clinquant enlèvent l'essence de ce qui constituait le cœur du super-héros. C'est pourquoi la sortie d'On l'appelle Jeeg Robot surprend d'autant plus au sein d'un marché que l'on pensait saturé et complètement dominé par les américains. Véritable phénomène de l'autre côté des Alpes, le long-métrage de Gabriele Mainetti a non seulement conquis un grand nombre de festival - dont Gerardmer - mais également fait une razzia de David Di Donatello (équivalent des Césars en Italie) prouvant une nouvelle fois que la France a des années de retard en la matière (on imagine même pas un film de super-héros français remporter même un César technique...). On l'appelle Jeeg Robot ne ressemble pourtant à aucun film de super-héros récent...tout en respectant scrupuleusement le cahier des charges du genre.

    On l'appelle Jeeg Robot est un véritable OVNI. L'action se situe à Rome (ce qui change déjà radicalement des productions américaines) et nous fait suivre Enzo Ceccotti, petit voyou romain qui vit de vols et de petites combines. Alors qu'il tente d'échapper à la police, Enzo tombe dans le Tibre et en ressort...changé. Il s'aperçoit bien vite qu'il dispose désormais d'une force surhumaine et d'une résistance hors du commun. Là où la majorité des super-héros hollywoodiens auraient enfilé un costume pour sauver la veuve et l'orphelin, Enzo lui...va braquer une banque en arrachant un distributeur automatique. C'est là, la première grosse originalité du métrage : le super-héros a tout de l'anti-héros. Enzo vit dans un appartement miteux et passe ses journées à regarder des films pornos en savourant des danettes vanilles. Il n'a aucun ami et se contrefiche d'en avoir parce qu'il n'aime pas les gens. Difficile de faire plus improbable en la matière. 

    La force d'On l'appelle Jeeg Robot, c'est justement de chercher à la fois à briser les codes...et à les respecter. D'un côté notre super-héros n'est pas vraiment celui que l'on attendait (et c'est peu de le dire) mais de l'autre il va avoir un cheminement qui respecte scrupuleusement les règles des comics books. En rencontrant Alessia, sa voisine du dessous, Enzo va progressivement s'humaniser...et cela malgré le fait que son "amie" soit une fille autiste accroc à l'anime japonais Jeeg Robot. De même, comme tout film de super-héros qui se respecte, On l'appelle Jeeg Robot compte un grand vilain avec le sobriquet qui va avec : Le Gitan. Mais Le Gitan n'est pas non plus l'exemple type du méchant charismatique. Bouffon, chanteur de karaoké amateur, considéré comme le bout de la chaîne alimentaire dans le milieu et qui se vante d'être passé à l'émission Bon Dimanche. Gabriele Mainetti arrive à fondre les codes du super-héros dans un contexte italien moderne et surtout tout à fait banal. De ce fait, on se retrouve devant un film à la fois référencé, satirique et foutrement convaincant. 

    En effet, le réalisateur italien n'oublie jamais le second degré de son entreprise avec un abord très second degré dans le traitement de son histoire. Si l'on sourit souvent devant On l'appelle Jeeg Robot, on s'étonne également de la qualité de la mise en scène dynamique et iconique du jeune cinéaste. De même, les acteurs s'avèrent brillants. Claudio Santamaria dans le rôle d'Enzo "Hiroshi" Ceccotti arrive à la fois à faire rire et à émouvoir le spectateur tout comme la folle-dingue Alessia interprétée par une Ilenia Pastorelli plus vraie que nature. On s'attardera davantage sur Luca Marinelli, simplement génial en grand-vilain ridicule, hommage intelligent au super-méchant le plus célèbre de l'histoire. Que ce soit par son côté mégalomaniaque, par son côté guignol ou son sourire carnassier, Le Gitan est un cousin évident du Joker (avec l'accent italien savoureux en prime !). Cependant, Mainetti inclut une nouvelle fois son méchant dans sa démarche réaliste en en faisant un petit malfrat italien obsédé par la gloire...et en l’occurrence son nombre de vues sur YouTube !

    Ce qui fait plaisir dans On l'appelle Jeeg Robot, c'est que le long-métrage dégage à la fois une sincérité évidente mais également un authentique amour du genre. Gabriele Mainetti connaît les codes et tente d'en faire quelque chose d'accessible, de drôle et d'intelligent. Jamais le métrage ne prend le spectateur pour un idiot et il arrive à jongle avec un nombre impressionnant de registres, du film de gangster à la comédie en passant par le drame social. Ce joyeux cocktail ne tient que par le talent des comédiens et la mise en scène d'une extrême intelligence de Mainetti qui économise pas mal de moyens grâce aux choix scénaristiques qu'il fait. Surtout, On l'appelle Jeeg Robot revient aux bases du super-héros, tente de réfléchir à comment choisir entre bien et mal, ce qui fait qu'un homme peut choisir d'être un héros et de ne pas simplement agir pour lui-même. La tendresse évidente de Mainetti envers les genres donne au film des allures de déclaration d'amour à une certaine culture geek qui mérite mieux que les formules hollywoodiennes actuelles. 

    On l'appelle Jeeg Robot est une immense bouffée d'air frais.
    Sincère, touchant, drôle, original et simplement passionnant, Gabriele Mainetti fait fort pour son premier film. On avait pas vu du super-héros aussi rafraîchissant depuis...des années !
    Foncez !

      

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Le sauvetage de la petite fille  

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  • [Critique] Après la tempête

     

     Le cinéma japonais n'en fini plus d'impressionner ces dernières années. On pense notamment à Naomi Kawase avec Still the Water ou Les Délices de Tokyo mais aussi, et surtout à Hirokazu Kore-eda. Ce dernier est devenu au fil des ans un habitué du Festival de Cannes - où il a de nouveau présenté le présent long-métrage l'année dernière - ainsi qu'un succès public modeste mais durable dans les salles françaises. Cinéaste très doux et particulièrement délicat lorsqu'il s'attache à décrire des relations familiales complexes, Kore-eda offre une nouvelle peinture intimiste avec Après la tempête, renouant avec la qualité de ses précédentes œuvres, Tel Père, Tel Fils et Notre petite sœur.
    Le film peut-il cependant éviter la redites ?

    On pénètre dans ce nouveau long-métrage comme souvent avec Kore-eda...avec une scène de famille banale mais touchante. Une nouvelle fois, on est saisi par la justesse de ton qu'adopte le cinéaste japonais pour capturer l'essence même de l'ordinaire. La drôlerie et la mélancolie de cette discussion entre une mère âgée et sa fille ouvre la porte sur une autre relation, plus ardue et jouant sur différentes registres : celle entre Ryôta, écrivain à la gloire fanée qui vivote avec un job de détective privé peu reluisant, et Shingo, le fils auquel il manque un père, tout simplement. A cela pourtant, Kore-eda ajoute deux autres personnages très importants : la mère de Ryôta, cette vieille dame pleine de malices et d'énergie décrit avec une tendresse infinie, et Kyôko, l'ex-femme de Ryôta et mère de Shingo, à la fois colère et tristesse. Cette cellule familiale s’inclue dans un monde plus large, celui d'un Japon voyeur et vénal entrevu par la vie pas très reluisante de Ryôta.


    C'est d'ailleurs ce dernier qui est le personnage principal d'Après la tempête, drame intimiste tendre et doux-amer. Ryôta n'est pas du tout un héros. Accroc aux jeux de course, mesquin, parfois voleur, parfois menteur, on n'arrive pourtant pas à le détester. Pourquoi ? Simplement parce que Kore-eda dépeint un homme avec ses défauts et ses qualités. Qu'à côté de toutes ses erreurs et rêves échoués, il se trouve un homme qui regrette, qui souffre aussi, prisonnier d'une vie passée qu'il a rêvé trop fort et qui s'est cassée entre ses mains. Malgré le nombre de bévues et d'authentiques conneries qu'il fait, on aime cet imbécile qui apparaît immensément sincère. Le jeu d'Hiroshi Abe n'y est d'ailleurs pas étranger tant l'acteur s'investit dans son personnage et le rend plus vrai que nature. Au-delà de cela, il faut considérer l'habile peinture familiale représentée par Après la tempête.

    Comme son nom l'indique, nous arrivons après la tempête, la vie de couple de Ryôta et Kyôko est finie, ravagée par des querelles qu'on ne peut qu'imaginer. La typhon du film ne fait que donner corps à cette métaphore pour se terminer dans une scène dans le parc sous la pluie d'une immense beauté où Kore-eda renoue avec la séquence de Tel père, Tel Fils en faisant dialoguer Ryôta avec Shingo...ou plus précisément avec lui-même. Par un truchement narratif et une habile mise en scène, le père tente de corriger les erreurs qu'il a fait lui-même plus jeune. Autour de la relation père-fils gravite également une relation fils-mère toute aussi poignante et sincère ainsi qu'une réflexion sur l'amour. Comment arriver à mettre le passé derrière soit ? Comment avancer après une relation inoubliable ? La véritable réponse là-dedans, c'est que l'on n'oublie jamais, qu'à l'image d'une peinture sur huile, tout se fond. 

    Enfin, dernier niveau de lecture de ce long-métrage bien plus dense qu'il n'y parait, une certaine vision sociétale de la société japonaise moderne prise entre des penchants voyeuristes (Le travail de Ryota, ses nombreux clients mais aussi son obsession à lui pour tout savoir de la vie nouvelle de son ex-femme) et vénaux (Les paris d'argent, la revente de biens, l'omniprésence de l'argent et le running-gag de la pension due à Kyoko). Comme pour Tel père, Tel fils, Kore-eda ne se limite pas à l'intimiste de sa cellule familiale, il la replace bel et bien dans un contexte plus vaste qui lui donne un sens et explique également nombre des comportements qui la définissent. La véritable intelligence d'Après la tempête, au-delà de son message sur l'amour et sur le passé, c'est que l'on vit toujours dans une époque bien précise, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner. Nous ne sommes au final qu'un produit de la société qui nous entoure.

     Après la Tempête s'inscrit dans la même veine intimiste que les précédents films de Kore-eda renouvelant une nouvelle fois la justesse et l'intelligence des thèmes favoris du japonais. Film d'amour, de blessures, d'espoir et peinture sociale subtile, le long-métrage affirme de nouveau l'importance du pays du Soleil Levant dans le paysage cinématographique moderne.

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Ryota parlant à sa collègue détective au Love Hotel 

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  • [Critique] Life

     Dernier film du réalisateur suédois Daniel Espinosa, Life (sous-titré en France Origine inconnue, parce que ça fait mystérieux et qu'au moins y'a des mots français pour le spectateur français qui est, forcément, incapable de comprendre un mot d'anglais) rentre dans la catégorie des métrages qui annoncent la couleur dès leur première bande-annonce. Après Enfant 44, Espinosa s'envole pour la Station Spatiale Internationale et un futur plus ou moins proche où une sonde ramène de Mars un échantillon qui contient...un organisme vivant ! Pour ne pas mettre la Terre en danger et éviter une possible contamination, l'équipe décide d'étudier Calvin - le nom donné à cette nouvelle forme de vie - au sein de la station même. Le problème, évidemment, c'est que le nouveau venu va se révéler extrêmement hostile. A la lecture de ce synopsis et après avoir visionné la première bande-annonce, on a comme une sensation de déjà-vu...

    En effet, Life est un simili-Alien.
    Un xénomorphe découvert dans l'espace... dans une installation spatiale exigue et de plus en plus glauque... avec une équipe d'hommes et de femmes pas forcément préparée à faire face à une telle situation...
    Tout est là, ou presque. Cependant, notez-bien, le métrage s'assume comme tel dès le départ, le spectateur est prévenu à l'avance et à aucun moment il n'y a mensonge sur la marchandise. De ce fait difficile d'en vouloir pour les ressemblances flagrantes entre les deux films. 
    En fait, il faut comprendre simplement que Life renoue avec quelque chose que l'on n'a plus vraiment l’habitude de voir sur grand écran aujourd'hui : le film de série B honnête.
    Vous ne serez pas (ou peu) surpris par l'histoire mais elle fait le job, il en va de même pour la galerie de personnages, tous assez basiques et qui servent surtout de proies à la dangereuse bestiole qui va parcourir la station. On peut d'ailleurs se demander comment le film arrive à réunir un tel casting...pour n'en faire rien ou quasiment. Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds, Hiroyuki Sanada, Rebecca Ferguson...devaient avoir surtout quelques factures à régler. L'avantage par contre, c'est que ce petit film bénéficie d'une galerie d'acteurs convaincants pour son jeu du chat et de la souris (avec scaphandres).

    Alors Life finalement à quoi ça sert ? 
    A frissonner. On sent l'influence de Gravity (la séquence d'introduction) et Alien, le 8ème passager (tout le reste !) mais Espinosa arrive tout de même à livrer au spectateur un spectacle soigné avec une mise en scène très fonctionnelle mais parfaitement adaptée au sujet, tout en insinuant assez de tension pour ne jamais ennuyer. Le point central du film, c'est évidemment la créature, Calvin, qui évolue constamment et qui s'avère, franchement, une brillante réussite sur le plan du design. Il faut noter à ce titre que la première attaque de la bestiole et la première mort se révèlent extrêmement convaincantes (et absolument dégoûtantes)...Il est à ce titre très amusant de noter la symétrie inversée entre la première mise à mort d'un membre de l'équipage et la mythique scène de repas d'Alien. Le reste devient ensuite un survival spatial assez classique mais toujours très efficace qui se conclue sur un twist prévisible mais délicieusement noir. 

     En résumé...Life tient ses promesses. Ni plus ni moins. 
    Daniel Espinosa offre un divertissement horrifique honnête, qui ne fera certainement pas date tant il lorgne ailleurs, mais qui ne prend pas ses spectateurs pour des imbéciles.
    Une bonne série B en somme. 

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  La première mort

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  • [Critique TV] 13 Reasons Why, Saison 1

     

    La fiction est un exercice difficile. 
    D'autant plus difficile lorsqu'un auteur adulte porte un regard sur une tranche d'âge qui n'est plus la sienne et qu'il doit, pourtant, en faire ressortir les spécificités. C'est une des raisons qui font que la fiction pour enfants et la fiction pour adolescents ne sont pas, contrairement aux idées reçues, plus simples. Elles ne devraient pas l'être en tout cas puisque ce sont ces œuvres qui façonneront les goûts et les repères des plus jeunes générations. De ce fait, élaborer un roman comme une série étiquetés teenager s'avère souvent en réalité bien plus complexe qu'on ne veut bien le faire croire. En choisissant d'adapter le roman éponyme de Jay Asher, la chaîne Netflix avait donc un poids très lourd sur les épaules quant à la qualité de 13 Reasons Why. Rapidement (et c'est mérité en regard du sujet abordé), la série a connu un très beau succès public tout en suscitant de vifs débats parmi les adolescents l'ayant visionné, ce qui, en soi, est une excellente chose. Publié en 2007 aux Etats-Unis et dans les tuyaux en vue d'une adaptation depuis 2011, 13 Reasons Why est un roman pour adolescent de 300 pages environ (assez court donc) qui se penche sur un sujet très complexe : le suicide chez l'adolescent. On y suit Clay Jensen, un lycéen américain de dix-sept ans, qui reçoit un colis renfermant 7 cassettes audio dont chaque face contient un enregistrement d'une camarade qu'il aimait : Hannah Baker. Aimait car Hannah est morte, ayant mis fin à sa vie de façon aussi brutale qu'inattendue quelques semaines auparavant. Dans cette série de cassettes, la jeune fille va retracer ce qui l'a mené à s'ôter la vie et chaque face se concentre sur l'un des acteurs volontaires ou involontaires de cette tragédie. 13 Reasons Why n'a rien d'une série au sujet léger, bien au contraire, et c'est à la fois son plus grand atout et son plus gros point faible. Puisque devant un sujet aussi grave, il fallait une série à la hauteur. Or, ce n'est pas toujours le cas.

    Ce jugement à l'emporte-pièce peut sembler sévère (d'autant plus si vous sortez récemment du visionnage de cette première saison très forte en émotions). Il est d'ailleurs assez complexe de disséquer les défauts et qualités de 13 Reasons Why tant l'objectivité critique se trouve mise à mal par de nombreux accès émotionnels durant ces treize épisodes. En fait, commençons par là. Au regard du nom de la série, Brian Yorkey et la production se sont tout simplement dit "13 raisons = 13 épisodes" (d'une durée moyenne de 50 minutes à 1 heure). Un erreur monumentale et, pour tout dire, qui s'avère lourde de conséquences pour la série. En effet, comme expliqué ci-dessus, le roman fait 300 pages (écrit dans une police respectable) et se lit vite. Comment faire pour en tirer 13 heures de séries ? En rallongeant la sauce et en délayant l'intrigue principale portant sur les cassettes et leur écoute par Clay. Si l'épisode pilot s'avère extrêmement accrocheur, la série affiche une baisse de régime dès le second épisode et chute définitivement entre les épisodes 5 à 9. En condensant certaines sous-intrigues ou en les élaguant même franchement, 13 Reasons Why aurait pu adopter un format HBO ou FX entre 8 à 10 épisodes. Mais ce n'est pas le cas. Il en résulte un rythme bâtard où l'on alterne les séquences (voir les épisodes) passionnants avec des scènes simplement énervantes tant le côté remplissage s'avère voyant. Tout l’intérêt de la série réside dans le couple Clay-Hannah ainsi que dans les raisons de son suicide. Dès lors, dès que la série s'attarde sur les émois des parents d'Hannah (Kate Walsh est sans cesse en train de pleurer, c'est insupportable), sur la pseudo-enquête au sein du lycée (qui a en réalité un intérêt beaucoup plus putassier qu'il n'y parait, on y reviendra) ou sur le simili-mystère de "pourquoi les autres lycéens veulent-ils se couvrir"...on s'ennuie ferme. Le rythme qui aurait pu être un crescendo émotionnel d'une puissance rare se révèle...haché. Le meilleur exemple se situant dans ce qui est pourtant l'épisode le plus fort de la série, l'épisode 11. Au lieu de concentrer la trame sur la révélation que l'on attend tous (à savoir pourquoi Clay apparaît sur ces cassettes), les scénaristes intercalent les sous-intrigues entre deux et casse l'excitation du spectateur. Définitivement, la première grosse erreur de la série, c'est cette envie de nous pondre un format de 13 épisodes et de tirer sur la corde façon chaîne non-câblée. 

    La seconde erreur découle d'ailleurs directement de la première. Sachant pertinemment que la série a un potentiel commercial très important (le public adolescent étant connu pour être un gros consommateur), Yorkey et son équipe...refusent d'en faire une mini-série. L'autre énorme problème de 13 Reasons Why, c'est qu'elle comptera une seconde saison...alors que le sujet ne se porte pas du tout à cette attitude putassière et qui explique également l'importance (injustifiée) de certaines sous-intrigues comme celle de l'enquête au sein du lycée. Le roman est un one-shot et Netflix n'en fait pas une mini-série mais une série ! Une erreur capitale. De ces problèmes de rythme va découler un dernier souci pour 13 Reasons Why : une subtilité à géométrie variable. Obligés de remplir les épisodes comme ils peuvent, les scénaristes se répètent et finissent par alourdir certains aspects de l'intrigue. On revient à ce stade sur le deuil de la famille Baker...traité de façon tellement grossière et tellement exagérée...Chaque épisode ou presque compte plusieurs séquences où la mère d'Hannah pleure, où le couple insiste sur le fait que leur vie est détruite...Il s'agit de choses évidentes qui ne méritent pas un traitement à la truelle comme celui-ci. D'autres choses seront traitées de la même façon comme cette manie de faire douter Clay sur l'écoute des cassettes. Franchement, on sait qu'il va les écouter ces cassettes alors pourquoi diable passer des heures et des heures sur ses hésitations quand à continuer... si ce n'est pour masquer un vide du à un format trop long. C'est prodigieusement agaçant. 

    Enfin, derniers ennuis, 13 Reasons Why est une série avec des adolescents. Ce qui comporte deux difficultés : trouver des acteurs assez doués pour les incarner...et qui ont un âge crédible. La série a bien du mal à échapper à ces deux écueils. D'abord parce que la galerie d'acteurs de cette première saison apparaît comme très inégale avec notamment un rôle important, Jessica, incarnée par une jeune actrice...simplement lamentable. Alisha Boe est soit constamment à côté soit constamment en surjeu. Elle est insupportable. Ensuite...comme d'habitude, ce sont des acteurs plus âgés qui doivent assurer des rôles plus jeunes et selon les personnages, on y croit plus ou moins. Concernant celui pourtant excellent de Tony...Il est difficile de croire que celui-ci soit un lycéen. Il fait aussi lycéen que votre serviteur fait collégien. En même temps...prendre un acteur de 25 ans pour jouer un personnage d'environ 18 ans...c'était une idée étrange (pour ne pas dire imbécile) dès le départ. Cela n'ayant cependant rien à voir avec l'excellent jeu d'acteur de Christian Navarro, certainement l'un des personnages secondaires les plus réussis de la série. Bref...en lisant tout ça, vous êtes surement déjà en train de vous dire que 13 Reasons why est une série médiocre qui ne vaut pas le visionnage. Ce qui serait une énorme erreur.

    Venons-en maintenant à ce qui fait la force de la série : ses thématiques. 13 Reasons Why part d'un postulat simple mais génial, celui de comprendre ce qui peut pousser un adolescent au suicide grâce à un témoignage direct de celui-ci. Centré sur deux personnages, le "couple" Clay Jensen - Hannah Baker, on suit avec une émotion constante les malheurs de la jeune fille (même si on aussi tendance à se dire qu'il s'agit de la lycéenne la plus poissarde du monde) et avec d'autant plus d'intensité que l'on découvre cela par les yeux d'un garçon bien, effacé, gentil et...amoureux d'elle. Du coup, tout change. On ressent à la fois de l'empathie pour la pauvre Hannah (excellemment interprétée par Katherine Langford dont il s'agit là du premier rôle) mais également pour Clay qui doit supporter l'horreur de la perte de celle qu'il aimait...et de découvrir que d'une certaine façon il aurait pu l'éviter. Le couple formé par les deux adolescents fonctionne de façon instantanée. Il est impossible de ne pas être emporté dans leur histoire d'amour tragique qui montre aussi une chose terrible qui s'applique à la vie adulte : nous faisons des choix qui peuvent gâcher notre futur. Par bêtise, par peur ou simplement parce qu'on ne se rend pas compte des conséquences. Cela s'appliquant à la fois à Clay et aux autres lycéens mais également à Hannah vis-à-vis des effets de sa mort sur sa famille et ses camarades. L'histoire d'amour qui est dépeinte à travers ces treize épisodes, et malgré la dilution par les autres sous-intrigues, se révèle d'une force rare. Difficile de ne pas être totalement envoûter par le premier slow sur The Night We met entre Hannah et Clay.

    Ce n'est cependant pas pour l'histoire d'amour ou l'intelligence de cette histoire à rétro que la série a fait parler d'elle et qu'elle reste, en fin de compte, hautement recommandable. 13 Reasons Why montre et ne se cache pas. Elle affronte de front plusieurs thématiques d'une grande difficulté pour les adolescents. Le harcèlement scolaire d'abord, banalisé mais d'une extrême cruauté, qui peut faire de la vie d'un lycéen ou d'une lycéenne ordinaire un enfer quotidien. La série le montre fort bien et de façon répétée (et cette fois à raison) tout en insistant sur le fait que la chose est tellement communément admise comme bénigne qu'on ne s'en rend même plus compte... Le harcèlement devient un décor aussi familier que des graffitis dans des toilettes. Second thème (et thème principal d'ailleurs) de la série : le suicide. Encore plus difficile à expliquer et surtout à montrer...et pourtant 13 Reasons Why le fait sans aucun hors champ. La séquence qui en résulte se révèle quasiment insupportable...autant ou presque que les deux scènes qui affrontent le dernier sujet épineux de la série : le viol. Et là...13 Reasons Why est un petit bijou sur ce plan, montrant de façon polémique que le viol est encore et toujours minimisé. "Mais as-tu dis non ?" "As-tu tenté de le repousser ?" autant de questions insupportables quand il s'agit d'un sujet aussi grave. La dernière scène de viol étant d'ailleurs une synthèse parfaite pour comprendre le pourquoi de cette incapacité à réagir. Elle est aussi d'une brutalité sans nom pour une série destinée à un public adolescent. On salue l'audace de Netflix de l'avoir gardé en l'état.

    Pour toutes ces thématiques, la qualité de son histoire d'amour adolescente ainsi que pour la richesse apportée par certains personnages secondaires (on pense notamment à celui de Tony et celui de Justin, magnifiques de bout en bout), 13 Reasons Why doit retenir votre attention. D'autant plus que les défauts abordés en première partie s'atténuent en regard de l'aspect addictif de la série qui se bingewatche naturellement. On ajoutera encore que cette première saison bénéficie d'un soin indiscutable dans sa mise en scène et que sa bande originale s'avère superbe. On y retrouve pêle-mêle Joy Divison, Woodkid, M83, Vance Joy ou encore Lord Huron avec la fabuleuse (et inoubliable) The Night We met que vous écouterez en boucle à coup sûr à la façon d'un What's Going On dans Sense8.

     Malgré des défauts évidents et agaçants, 13 Reasons Why est une série captivante, déchirante et importante. Elle arrive à saisir avec justesse des thématiques adolescentes difficiles tout en menant de front une histoire d'amour d'une grande beauté. Certaines scènes sont, certes, d'une grande rudesse, mais apparaissent comme nécessaires au regard du sujet traité. On regrette simplement que Netflix ait eu la très mauvaise idée d'en commander une seconde saison et de ne pas respecter le condensé émotionnel offert par une saison unique qui aurait été, à coup sûr, inoubliable. 

    Et ceux qui ont aimé aurait grand intérêt à se plonger dans l'excellent film The Perks of being a Wallflower (Le Monde de Charlie) de Stephen Chbosky

     

    Note :  8/10

    Meilleure épisode :  Episode 11 - Cassette 6, face A

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  • [Critique] Get Out

    Véritable phénomène outre-Atlantique, Get Out arrive enfin en France.
    Premier film de l'afro-américain Jordan Peele (ce qui a toute son importance ici), le long-métrage joue sur deux tableaux : celui du thriller pur et dur d'une part, et sur celui de l'horreur d'autre part. Acclamé par la critique aux USA, Get Out regroupe un casting de second rôles solides avec Catherine Keener (Begin Again, Captain Philips, Percy Jackson...), Caleb Landry Jones (X-Men : First Class) ou encore Daniel Kaluuya (Black Mirror, Sicario). Le problème, avec ce genre de films, c'est qu'à force de buzz on se retrouve très souvent devant un objet surestimé et parfois même totalement insipide. Get Out n'échappe pas à la règle...mais s'en tire un peu mieux que la plupart.

    Le postulat de départ est simplissime : Rose Armitage est en couple depuis cinq mois avec Chris Washington. Il est donc temps pour elle de présenter son petit ami à sa famille. Le problème c'est que Chris est noir et que Rose est blanche. De ce fait Chris appréhende le moment où il va se retrouver en présence d'une famille qui pourrait très bien être raciste. Heureusement, Dean et Missy sont des personnes tout à fait correctes et le couple mixte ne semble pas leur poser de problème...Get Out commence donc de façon tout à fait ordinaire. Comme un thriller lambda pour ainsi dire.
    Jordan Peele doit dans un premier temps apprendre à gérer son suspense et à laisser le mystère de ce qui va forcément gripper pour le spectateur. Une chose qu'il arrive plutôt bien à gérer - Si l'on est pas trop familier avec les intrigues tordues dans ce style...sinon le risque de découvrir le fin mot de l'histoire apparaît tout de même assez important.


    Le principal problème de Get Out c'est qu'il emprunte des codes du films d'horreur pour son thriller et que de ce côté...c'est un tantinet raté. Tout simplement parce que Jordan Peele en fait des tonnes dès que Chris arrive à la maison des Armitages. Tous les membres de la famille apparaissent inquiétants de façon disproportionnée et les domestiques surjouent (à dessein, mais quand même) si bien que l'on se croirait franchement à certains moments dans un film d'horreur de série B. C'est d'autant plus dommage que le cœur de l'intrigue est assez bien géré par Peele qui sait ménager ses effets tout en distillant le doute chez le spectateur. Par contre, quand on se penche sur nombre de critiques US, on s'aperçoit que Get Out n'a pas forcément été encensé pour son aspect horrifique ou thriller...mais pour autre chose qui s'avère, en réalité, bien plus intéressant.

    Ce qui effraie véritablement dans Get Out, ce n'est pas tant l'histoire où nous mène Peele, ce sont tous les non-dits et les petites choses qui semblent anodines...justement parce qu'elles apparaissent comme anodines. Le long-métrage ne tombe pas dans le piège de mettre en scène des raciste type rednecks et autre skin heads mais des blancs très corrects et plutôt progressistes...qui adorent rappeler qu'ils ne sont pas racistes d'ailleurs, qu'ils ont voté deux fois pour Obama (et qu'ils auraient voté une troisième fois si c'était possible pour lui). Ce que met en avant - peut-être sans totalement le vouloir - Get Out, c'est le racisme ordinaire, celui qui passe inaperçu mais qui s'avère, en réalité, terriblement inconfortable pour Chris et donc pour le spectateur (puisque tout est vu par les yeux de Chris). Ce que Get Out arrive à faire d'une façon tout à fait judicieuse, c'est de saisir le visage d'une certaine Amérique blanche bien pensante qui est incapable de se débarrasser de préjugés racistes solidement ancrés et communément admis comme...pas si graves. De ce fait, et de façon surprenante, Get Out se retrouve excellent dans un domaine où l'on ne l'attendait pas du tout : celui de la satire sociale. L'humour, omniprésent avec le personnage de Rod Williams (caricatural mais à mourir de rire), est à la fois un soulagement - il permet d'évacuer le malaise - et paradoxalement renforce la sensation de réel de ce message retors au possible.

    Il reste pourtant qu'au-delà de tout ça, Get Out n'est pas non plus le thriller horrifique de haute volée qu'on nous promettait depuis des mois. Vous ne serez vraisemblablement pas très surpris par son cheminement scénaristique, ni par des personnages finalement assez peu fouillés, ni par des séquences d'horreur très light. On saluera quand même la performance de Daniel Kaluuya (qui confirme tout le bien qu'on pensait de lui depuis Black Mirror) et d'Allison Williams dont c'est ici le premier rôle. 

     Get Out constitue en fait un thriller horrifique tout à fait sympathique pour peu qu'on ne regarde pas de trop près et qu'on ne connaisse pas trop les codes du genre. Il est par contre bien plus convaincant sur un point de vue purement social et réussit un peu là où on ne l'attendait absolument pas. Jordan Peele signe donc un film malin bien qu'un peu convenu, ce qui n'empêchera vraisemblablement pas de prendre son ticket pour un divertissement de bonne facture.

     

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Les questions des invités de la fête à Chris / Les passages humoristiques

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  • [Critique] Je danserai si je veux

     Le cinéma indépendant réserve tout de même de belles surprises.
    Dans la droite lignée de Mustang de Deniz Gamze Ergüven et Wadjda d'Haifaa Al Mansour, Je danserai si je veux de la  jeune réalisatrice palestinienne Maysaloun Hamoud se penche sur le portrait de trois femmes arabes dans la société israélienne actuelle.
    Il y a Layla, libre, revêche et sauvage, Nour, timide, traditionnelle et douce, et Salma, rebelle, rock et délurée. 
    Layla et Salma habitent ensemble jusqu'à l'arrivée de Nour qui tombe alors dans un univers qu'elle ne connaît pas du tout, celui de femmes libres et modernes qui vivent comme elles l'entendent...
    Et cela malgré le diktat de la société arabe qui réduit la condition de la femme à celui d'objets que l'on façonne selon des codes, des normes ou, plus simplement selon la bonne volonté des hommes, encore et toujours tout puissants.

    Je danserai si je veux aurait pu être un film de plus sur la société palestinienne actuelle mais il adopte une position originale en portant son regard sur des femmes arabes vivants dans la société israélienne moderne. Ce qui permet au récit de s'intéresser à des femmes "à l'occidentale" dans un monde traditionnellement arabisant avec la culture et les traditions qui vont avec. Hamoud ne parle quasiment pas de la question des difficultés des arabes dans la société israélienne et se concentre presque complètement sur la condition de la femme arabe dans cette partie du monde au XXIème siècle. Le constat, nuancé par les trois portraits qui traversent l'histoire, est à la fois réjouissant et triste.

    La cinéaste explore donc trois facettes de la féminité avec trois personnages totalement différents mais qui ont un point commun : leur humanité évidente. On s'attache rapidement à ces trois femmes qui doivent chacune faire face à des difficultés bien différentes. Jamais Hamoud ne fait l'erreur de mettre ces difficultés en rapport, elle les expose juste, les donne en pâture aux spectateurs en disant "Voici les problèmes de femmes actuellement en Israël et en Palestine". Pourtant, la réalisatrice refuse tout net tout misérabilisme. Ses trois figures féminines sont des combattantes, à leur échelle, à leur mesure, elles se veulent libres, fortes et surtout elles veulent changer les choses. Elles refusent désormais de subir le sort qui leur était dévolu auparavant...et ça fait du bien. Reste que l'on est encore cruellement saisi par l'horreur d'une société arabe qui prend les femmes pour des choses que l'on monnaye. Mariage arrangé, présentation formelle, suppression de la liberté, refus de l'autonomie sociale...nous sommes dans une société encore totalement patriarcale où l'homme a tous les droits. 

    A ce sujet, c'est évidemment le parcours de Nour, la plus fortement sous l'emprise de ce diktat, qui marque. Le titre, Je danserai si je veux, fait directement référence à cette même Nour dansant seule dans un salon car elle ne peut pas le faire ailleurs. Sous le voile, sous la peur qu'on lui a inculqué, se cache une adorable personne qui fait quelque chose de capital : elle dit non. Le film d'Hamoud dit non et rend la parole aux femmes, montre leurs larmes, leurs rires et leurs peines. Le métrage n'a cependant rien de facile. Il expose des choses cruelles sans les cacher un seul instant mais offre, au-delà, des instants d'humanité saisissants (la scène de la douche, juste extraordinaire). Plus encore qu'une charge contre les hommes, Je danserai si je veux est une peinture au vitriol d'une société arabe qui doit encore apprendre la tolérance et la liberté féminine...bien que le message puisse s'appliquer à plusieurs reprises à l'ensemble de notre société moderne occidentale, notamment sur le regard porté sur l'homosexualité. Le talent de mise en scène d'Hamoud, son intelligence de tous les instants et, surtout, l'excellent trio d'actrices qui fait vivre le récit, il n'en faut pas plus pour faire du métrage une excellente surprise jusqu'à son excellent plan final aussi malheureux que porteur d'espoir.

    Film engagé de bout en bout, Je danserai si je veux compte parmi ces films salutaires sur la condition féminine qui sait faire de ses héroïnes des femmes fortes, libres, têtues et pour tout dire, sublimes. Maysaloun Hamoud signe là un premier long-métrage quasiment indispensable à l'heure actuelle !

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  Nour retrouvée dans la salle de bains par Layla et Salma

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  • [Critique] Les Gardiens de la Galaxie Vol.2

     C'était la surprise de l'univers Marvel il y a trois ans (déjà trois ans !!), Les Gardiens de la Galaxie avaient rencontré un beau succès autant sur le plan critique que public. Coloré, fun, jouissif, le long-métrage de James Gunn avait en fait ce qui manquait de plus en plus cruellement aux autres films Marvel : de la fraîcheur. Son équipe de super-héros, désormais fameuse, comprenait quand même un arbre géant qui parle, un raton laveur de l'espace et un humanoïde prenant tout au premier degré. Drax, Rocket Racoon, Gamora, Star-Lord, Groot...sont de retour pour un second volet d'autant plus attendu que les autres Marvel s'enfoncent dans un lissage des plus inquiétant. James Gunn rempile derrière la caméra et compile à nouveau les meilleures musiques de l'univers pour sauver la galaxie !

    Les Gardiens n'ont pas beaucoup changé depuis le temps où on les avait laissé. Notre super-équipe intergalactique se retrouve encore une fois dans une situation complexe après avoir à la fois travaillé pour les Souverains...et les avoir trahis. Pourchassé à nouveau, Star-Lord va cependant faire la rencontre la plus inespérée qui soit : celle de son père, Ego. Seulement voilà, les choses se compliquent rapidement lorsque Yondu et ses Ravageurs se mêlent à la partie. Il semblerait que les Gardiens de la Galaxie doivent à nouveau sauver tout le monde. Une bonne nouvelle...les prix du marché vont grimper à nouveau !

    Tout (re)commence en musique avec l'Awesome Mixtape number 2. Comme il se doit.
    Instantanément, on replonge dans l'univers décalé, léger et référencé des Gardiens. La séquence d'introduction parfaitement géniale donne l'espoir que Gunn continue à chercher d'autres voies à celles (sur)exploités par les autres films Marvel. Ce qui sera d'ailleurs le cas au final. Le problème principal de ce second volet n'est pas dans la comparaison avec les autres métrages de l'écurie de la Maison des Idées...mais plutôt la comparaison avec le précédent volet.
    Désormais, Gunn n'a plus besoin de présenter les personnages ni de nous installer son univers perso, tout est déjà connu et il doit approfondir. L’écueil majeur étant de ne pas faire dans la redite...Ce que fait un tantinet Les Gardiens de la Galaxie Vol.2. On reprend la même équipe en misant sur les personnages les plus populaires (Baby Groot - Rocket Racoon - Drax) pour assurer l'essentiel des gimmicks. Du coup, Star-Lord, qui semble pourtant concerné au premier plan par l'histoire avec Ego, devient presque un personnage secondaire. En soit, la chose n'est pas non plus extrêmement dérangeante mais montre que Gunn a du mal à donner de la place à tout le monde dans son histoire.

    Une histoire longue, trop longue et trop prévisible. Une bonne première moitié du métrage fait quand même office de remplissage en mettant en parallèle des sous-intrigues qui apparaissent un peu forcées pour creuser de façon tout aussi forcée chaque personnage de l'équipe. C'est donc bien maladroit et l'aventure semble un tantinet faire du surplace une bonne partie du temps, renouvelant juste la formule de son prédécesseur. Gunn montre qu'il risque de s'enliser dans son propre schéma de divertissement. Heureusement, Les Gardiens de la Galaxie Volume 2 a quelques atouts pour parer à ses défauts de construction narratif. Car si l'on pourrait croire jusqu'ici que l'entreprise du cinéaste américain soit un échec...il n'en est rien. 

    Pour raviver l’intérêt du spectateur pour son film de super-héros galactiques, Gunn compte sur deux choses : l'humour et l'empathie. L'humour d'abord et qui s'appuie notamment sur le premier degré absolument hilarant de Drax (la blague sur le chien et ses conversations avec Mantis sont à mourir de rire) ou le côté WTF de Baby Groot qui comprend tout de travers. Cet humour savamment réparti le long du film transforme une histoire qui aurait pu être pesante par son sérieux en un moment de détente délirant et toujours aussi fun, voir davantage que le premier. A bien des égards, Gunn profite de ce registre comique de façon immensément plus intelligente et surtout beaucoup moins lourde que le reste de l'univers Marvel. L'autre point d'appui du métrage...Les personnages. Car même si Gunn s'acharne de façon par trop ostentatoire à les creuser...impossible de ne pas s'attacher à cette bande de doux-dingues. C'est la sympathie générée par ce groupe qui explose les barrières de narration de Gunn. 

    Reste aussi que l'américain tente des choses avec Les Gardiens de la Galaxie vol.2, avec plus ou moins de bonheur, mais il tente au lieu de faire du surplace voir de régresser comme ses petits camarades du Marvel Cinematic Universe. Ce second volet réaffirme le talent de metteur de scène de Gunn qui procure aux spectateurs quelques très beaux moments. On pense notamment à la séquence de rébellion de Yondu qui ose être inventive à la fois en matière d'action mais aussi de prises de vues. Ou encore à la façon qu'a le cinéaste d'esquiver un affrontement pour se concentrer sur des scénettes humoristiques en arrière-plan, refusant d'une certaine façon la surenchère. Autre tentative, celle d'humaniser l'univers des Gardiens davantage en tentant de mettre en avant le personnage de Chris Pratt et de son père incarné par un excellent Kurt Russell. Et surtout, Gunn fait un beau cadeau à son acteur fétiche, Michael Rooker, en lui offrant un rôle pas loin d'être le plus convaincant du film et qui finit part toucher là où le reste a bien du mal à y parvenir. Yondu se taille la part du lion dans la dernière partie et c'est tant mieux. On finira sur les nombreuses références geeks de ce second volet, de Pac-Man au délire sur David Hasselhoff, ainsi que sur une bande-sonore encore une fois irréprochable et réjouissante.

     Malgré des défauts évidents et une tendance à s'embourber dans sa propre formule, Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 continue à être la dernière franchise véritablement rafraîchissante et fun de Marvel où la mise en scène ne s'avère pas un copier-coller sans saveur. Star Lord et ses camarades vous offrent donc à nouveau un programme réjouissant et qui vient parfois même titiller votre cœur de geek nostalgique.

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  La vengeance de Yondu

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  • [Critique TV] Taboo, Saison 1

     Parmi les séries excitantes du moment, Taboo figure en bonne position. Créée par un certain Steven Knight (responsable déjà de l'excellente série Peaky Blinders que l'on vous recommande chaudement) et Edwards Hardy, père du fameux acteur Tom Hardy - lui-même acteur principal de la série -, Taboo est une production à destination de la BBC et de la chaîne américaine FX. On y retrouve une pléiade d'acteurs remarquables tels que Jonathan Pryce (aka The High Sparrow dans Game of Thrones), Oona Chaplin (Game of Thrones aussi !), Mark Gatiss (Sherlock Holmes) ou encore Stephen Graham (le Al Capone de la série Boardwalk Empire) ainsi qu'un compositeur qui n'en finit plus de monter en la personne de Max Richter (The Leftovers, Black Mirror, Arrival...). En somme, tout semble réuni pour faire de Taboo l'une des nouvelles séries les plus folles de l'année. 

    Mais avant toute chose, Taboo, de quoi ça parle ? 
    James Keziah Delaney que l'on pensait disparu en Afrique, rentre à Londres à la mort de son père, Horace Delaney. Ce dernier, devenu fou dans ses dernières années de vie, possédait un certain territoire sur la côté Ouest de l'Amérique du Nord appelé Nootka Sound. Occupée par des tribus de sauvage, la terre laissée en héritage à James n'a de prime abord aucune valeur...sauf qu'elle est en réalité la clé de la délimitation territoriale dans la guerre que se livre le Royaume-Uni et les Etats-Unis en cette année 1814. Courtisé à la fois par les américains et par les anglais, James n'a cependant aucune intention de céder aux offres de la East India Company malgré l'arrangement de celle-ci avec sa demi-sœur, Zilpha Geary. Hanté par ce qu'il a fait en Afrique et les étranges pouvoirs qu'il a côtoyé, James n'est plus le même homme. Aidé par Atticus, Brace et Helga, il risque bien de bouleverser l'échiquier politique et même de s'attirer les foudres du roi. 

    Il faut l'avouer, Taboo met un certain temps à se mettre en place. Sa narration, volontairement élusive au début, n'est pas aussi clairement accrocheuse que ne pourrait l'être une série plus conventionnelle. Ce qui accroche par contre immédiatement le spectateur, c'est son atmosphère très noire aux forts relents fantastiques. Grâce à sa mise en scène crasse et sèche, Taboo propulse immédiatement ses personnages dans un Londres à la fois très familier et très différent. Knight et Hardy auraient pu se limiter cependant à reproduire un simili-Peaky Blinders...mais ils ajoutent une dimension de plus en plus clairement fantastique à mesure que les épisodes s'enchaînent. En mêlant les mythes africains et indiens, avec un zeste de magie noire/vaudou pour faire bonne mesure, la série acquiert une aura d'étrangeté malsaine parfaitement synthétisée par son personnage principal : James Delaney.

    N'en faisons pas mystère, le plus gros atout de cette première saison, c'est évidemment l'acteur britannique Tom Hardy (Mad Max Fury Road, Bronson, The Dark Knight Rises) qui endosse cette fois le costume pour le moins singulier de James Delaney. Avec son charisme habituel et un talent toujours plus impressionnant, l'anglais offre une prestation magistrale pour un personnage franchement fascinant de la première à la dernière seconde. Knight sait ménager les révélations qui l'entoure et garde même quelques non-dits en réserve pour la prochaine saison. Pour tout dire, Tom Hardy tient la série sur ses épaules. En cela, il est aidé par une galerie d'excellents acteurs déjà cités précédemment mais on est sans cesse épaté par le talent du trio Pryce - Graham - Hayman, véritable équipe de choc. Outre cette solide distribution, la série peut également compter sur une intrigue maîtrisée et minutieusement calibrée par un Steven Knight toujours aussi en forme. 

    En prenant pour toile de fond la guerre relativement méconnue de 1814 entre les britanniques et les américains, Taboo permet de (re)découvrir une période qui n'avait rien à envier aux fresques fantasy type Game Of Thrones. Londres est alors un nid de vipères où les espions pullulent, où les agents des deux factions s'affrontent à travers des crimes d'une rare violence (qui trouvent d'ailleurs un écho tout particulier avec la brutalité bestiale de James) et où l'on ne sait plus bien en fin de compte qui sert qui. Ce jeu du chat et de la souris entre James et ses adversaires tient en haleine durant les huit épisodes de cette première saison et permet également à Knight d'aborder quelques thèmes forts justes. Celui de l'esclavagisme et de l'hypocrisie de la société anglaise de l'époque à son égard par exemple. Ou celui de l'homosexualité voir de la transsexualité à travers Benjamin Wilton. C'est aussi l'occasion d'insérer un certain nombre de clins d’œils historiques (les allusions à Napoléon, le rôle de la chimie et du personnage étrange mais savoureux de Cholmondeley etc...) qui apportent une saveur particulière à cette sombre histoire.

    La franche réussite de Taboo est due à la conjonction de tous les éléments précités. La série aurait pu être un ersatz du succès précédent de Steven Knight, Peaky Blinders, mais l'ajout de la dimension fantastique - d'ailleurs clairement assumée et esthétiquement remarquable - en font tout autre chose. La prestance de Tom Hardy, la qualité du casting et la minutie de l'intrigue qui multiplie les pistes sans jamais s'égarer (et cela même si la sous-intrigue de Zilpha apparaît comme plus faible que le reste), la partition entêtante de Max Richter... tout participe au résultat final plus que fascinant. Si une saison 2 est d'ors et déjà annoncée, vous pouvez vous précipiter sur ce joyau noir télévisuel.  

     

    Note : 9/10

    Meilleure épisode :  Episode 4

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  • [Critique] La Belle et la Bête (2017)

      Hasard du calendrier, La Belle et la Bête version 2017 sort peu de temps avant Ghost In The Shell le remake à l'américaine. Derrière ces deux "franchises" qui n'ont, de prime abord, rien à voir, se cache pourtant des mécanismes de marketing pourtant tout à fait similaires. Après avoir étudié en détails le cas Ghost In The Shell, penchons-nous aujourd'hui sur celui de cette énième variation autour du conte populaire de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont datant de 1757. Si peu de gens aujourd'hui connaissent le film de Cocteau de 1946, il en va tout autrement du dessin-animé de Disney de 1991, succès public et critique en son temps, et qui est aujourd'hui le matériau principal qui sert de base au film de Bill Condon. Comédie-romance-musical, le long-métrage met en scène Emma Watson (qui doit toujours s'en mordre les doigts d'avoir refusé le rôle-titre de La La Land en lieu et place de celui-ci) et un Dan Stevens numériquement bestial. Dans les autres personnages archi-connus, on retrouve une pléiade de visages...enfin de voix connues comme celles de Ian McKellen, Ewan McGregor, Stanley Tucci ou encore Emma Thompson. Derrière ses effets spéciaux numériques charmeurs, que vaut ce remake-live des aventures de La Belle et la Bête ?

    A peu près la même chose que celle du Major à la sauce Hollywoodienne...à ceci près que le propos ici n'a jamais été très complexe même pour l'original. En réalité, cette adaptation découle de la constatation simple (et putassière) que le passage vers le live de ses classiques de dessins-animés marchent bien dans les salles obscures. Car les générations qui ont grandi avec ces mêmes dessins-animés ont maintenant un autre âge et s'y retrouvent davantage avec ce nouvel enrobage semble-t-il. Comme pour le Livre de la Jungle, Blanche-Neige et le Chasseur et autre Maléfique, Disney joue sur la nostalgie du spectateur pour amasser un paquet de fric en faisant le minimum syndical derrière une bonne grosse vitrine d'effets spéciaux. Nous ne ferons pas l'affront au lecteur de préciser le postulat de La Belle et La Bête dans cette critique puisqu'il faudrait avoir vécu dans une grotte les trente dernières années pour ne pas le connaître. La trame narrative s'avère donc sensiblement la même que celle du dessin-animé, avec des ficelles grosses comme des cordes d'amarrage de navires, des personnages aussi simplistes et manichéens que les Disneys de la grande époque et...une bonne plâtrée de bons sentiments en veux-tu en voilà.

    Il ne s'agit pas ici de détruire la franchise de La Belle et La Bête ni le joli dessin-animé des années 90, comprenons-nous bien. Mais de se demander au fond : Pourquoi tous ces millions de dollars et cette énergie pour accoucher d'un film parfaitement inutile ? Excepté titiller la corde sensible du spectateur nostalgique, qu'apporte de neuf La Belle et La Bête ? Absolument rien. On retrouve le même univers, le même ton, les même personnages...avec des effets spéciaux jolis (mais voyants) pour enrober le tout et masquer le vide scénaristique ainsi que le manque criant d'innovation. Emma Watson a beau faire ce qu'elle veut, Luke Evans a beau cabotiner comme il le peut...il n'y a strictement rien d'excitant dans La Belle et la Bête que vous ne connaissiez déjà. Excepté un certain sens du politiquement correct où l'on introduit deux personnages gays juste pour le plaisir de le faire (donc en se foutant totalement d'édifier de beaux personnages) et de disperser quelques personnages noirs pour respecter un quota même s'il n'y a aucun intérêt scénaristique à cela. A côté de ces faits, on retrouve le choix de montrer une Bête tout en images de synthèse au lieu de jouer sur du maquillage et un costume, certainement plus coûteux et difficile à mettre en oeuvre, mais qui aurait été tellement plus réel que cet artifice de jeux-vidéo. Le pire restant que lorsque l'apparence numérique tombe, on constate que Dan Stevens est un total miscast dans le rôle du Prince...Mais soit. 

    Il n'y a donc qu'une seule petite chose qui tente de rattraper ce drame commercial, c'est bien les musiques et la bande-originale, brillamment retranscrite au moins avec quelques belles petites scénettes notamment la chanson de Gaston dans l'auberge, rythmée et bien mise en scène. On retrouvera également les quelques succès qui ont fait la gloire du dessin-animé original, à savoir Be Our Guest ou Beauty and the Beast, mais qui, une nouvelle fois, ne font que pincer la corde du nostalgique assis devant l'écran de cinéma. Mobiliser un tel nombre de personnes, d'acteurs et Bill Condon pour ça...C'est vraiment gaspiller du temps, du talent et de l'argent (même s'il est vrai que Bill Condon est capable du pire, avec Twilight IV et V, comme du meilleur, avec Mr Holmes). Le film s'achève dans une happy-end attendue (tout le monde sait ce qu'il va se passer, il n'y a donc rigoureusement aucun suspense) et achève de convaincre de sa vacuité.

    A quoi sert La Belle et La Bête version 2017 ?
    C'est simple à rien. Le film n'est pas honteux ou mal joué ou mal mis en scène, au contraire, il est très correct et fait le job.
    Il ne sert juste à rien d'autre qu'à vous soutirer quelques billets en échange d'une Madeleine de Proust enrobée d'effets numériques. 
    Une perte de temps.

     

    Note : 3/10

    Meilleure scène :  La chanson de Gaston à l'auberge

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  • [Critique] Les Oubliés

    Bodil 2016 Meilleur film
    Bodil 2016 Meilleur acteur pour Roland Møller
    Bodil 2016 Meilleur acteur dans un second rôle pour Louis Hofmann
    Nommé Oscars 2017 Catégorie Meilleur film étranger

     Honoré aux Bodils, équivalents des Césars au Danemark, Land of Mine a également eu l'honneur de faire partie de la short-list des films sélectionnés dans la catégorie meilleur film étranger des Oscars 2017. Comme La Chasse en 2014 ou A Royal Affair en 2013, Les Oubliés (tel que le film a été renommé pour sa sortie française), a permis au Danemark d'être représenté à la plus prestigieuse cérémonie cinématographique au monde. Même s'il en est reparti bredouille, le long-métrage de Martin Zandvliet a naturellement trouvé le chemin de l'Hexagone pour prouver une fois de plus que le cinéma Danois n'a pas à rougir de la concurrence...

    ...Surtout lorsqu'il aborde un sujet méconnu et largement passé sous silence par les livres d'histoire moderne. La Seconde Guerre Mondiale vient de prendre fin et les derniers allemands qui occupaient encore le Danemark sont faits prisonniers par les Alliés. Si certains sont renvoyés en Allemagne, nombre d'entre eux vont servir à l'armée Danoise pour déminer leurs plages devenues de véritables champs de mort. Le sergent Carl Rasmussen reçoit donc un détachement de prisonniers allemands avec pour consigne de méticuleusement sécuriser le secteur qu'il lui est attribué. Déjà sommairement formés par le lieutenant Ebbe Jensen, les "démineurs" doivent se plier au commandement inflexible de Rasmussen qui, comme beaucoup de danois alors, hait les soldats allemands. Sauf que le sergent se rend vite compte qu'on lui a donné le responsabilité de gérer un groupe de gosses qui n'ont rien de véritables combattants. Peu à peu, un lien se tisse entre eux jusqu'à ce que les premiers accidents arrivent et ne révèlent l'atrocité de la tâche qui a été confié à ces enfants qui ne désirent rien d'autre que revoir leur pays. 

    Bouleversant.
    Land of Mine ou Sous le Sable ou Les Oubliés...peu importe le titre que porte le long-métrage selon l'endroit où vous le verrez, le récit rapporté par Martin Zanndvliet au travers de ce groupe de jeunes condamnés à rattraper la faute de leurs aînés...s'avère bouleversant. D'abord parce qu'il profite d'un casting impeccable, à commencer par l'extraordinaire Roland Møller dans le rôle très difficile du sergent Rasmussen, tiraillé entre son ressentiment envers un peuple qui a occupé pendant des années son pays et par l'évidente cruauté de faire déminer des plages par des adolescents. En face de lui, tous les jeunes acteurs s'avèrent à la hauteur et notamment Louis Hofmann, d'une incroyable justesse et qui arrive à tordre le cœur du spectateur en quelques larmes. Ce n'est pas un hasard si ces deux-là ont été justement remarqué aux Bodils. On pourra aussi noté la présence de Mikkel Boe Følsgaard dans le rôle du lieutenant Ebbe et qui rappellera l'excellent souvenir du roi dans A Royal Affair. Sur cette base des plus solides, Zandvliet peut donc parler d'un sujet poignant.

    Ce qui prend aux tripes dans Les Oubliés, c'est le lien qui s'établit petit à petit d'une part entre le sergent Carl et ses jeunes prisonniers (finissant par devenir comme autant de fils), et d'autre part par ce qui unit ces camarades d'infortune qui n'ont rien des sanguinaires nazis ayant saccagé le pays. De ce fait, la vengeance aveugle des Danois sur des innocents fait basculer la perception que l'on peut avoir des vainqueurs qui en deviennent aussi écœurants et inhumains que leurs oppresseurs d'hier. Comme si, en un certain sens, la haine appelait la haine. En n'épargnant pas au spectateur quelque longues scènes éprouvantes - la première explosion sur les mines d'un des gamins qui perd ses deux bras, la vaporisation d'un des jumeaux... - Zandvliet montre l'horreur de ces faits presque totalement oubliés par l'histoire. Au milieu pourtant, il reste l'humanité d'un homme, celui du sergent Rasmussen, qui n'arrive pas à devenir un rouage dans l'horreur, qui finit par refuser et sauver des innocents. On assiste à la fois à la fin définitive de l'innocence mais aussi, paradoxalement, à un acte d'humanité non autorisée. 

    La sobriété de la mise en scène et le décor naturel formé par les plages danoises offrent aussi un étrange effet apaisant à cette histoire terrible. Zandvliet évite les effets de manche et reste au plus près de ses personnages, faisant des Oubliés un film de guerre tout à fait atypique et, en un sens, bien plus poignant que nombre de représentants du genre. Il faut saluer aussi le courage du cinéaste danois pour ne jamais nier le rôle prépondérant joué par l'armée danoise et par le Danemark dans cette atrocité dont on apprend avec effroi les chiffres en fin de long-métrage. En un sens, Les Oubliés se révèle un catharsis salutaire à plus d'un titre. Il brise également le manichéisme facile sur un conflit qui a vu des horreurs commises par tous les belligérants mais comme toujours...l'Histoire est écrite par les vainqueurs.

    Film remarquable, à la fois par son sujet et par sa qualité cinématographique, Les Oubliés permet également de mettre en avant le talent de deux acteurs, Roland Muller et Louis Hofmann, ainsi que celui d'un cinéaste, Martin Zandvliet, que l'on espère revoir dans nos salles de cinémas.
    En attendant, voici un long-métrage à découvrir au plus vite.

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La Conversation sur la plage entre Carl et Sebastien - la mort de Ernst

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  • [Critique] Ghost in the Shell (Remake américain)

     Annoncé de longue date depuis qu'un certain Steven Spielberg a acquis les droits du manga, le remake américain du génial Ghost in The Shell du non moins génial Mamoru Oshii a fini par voir le jour. Réalisé par Rupert Sanders, déjà responsable de Blanche-Neige et le Chasseur, cette tentative d'adaptation en prises réelles d'un anime culte s'avère extrêmement intéressante. Elle apparaît en effet comme la parfaite synthèse de tout ce qui cloche dans le cinéma Hollywoodien actuel. Ne soyons pas hypocrites, dès l'annonce du projet on savait pertinemment que le métrage ne servirait à rien. Quel est le but de faire un remake d'un anime déjà extraordinaire en le confiant de surcroît à un jeune réalisateur qui n'a pas le quart du génie d'Oshii ? Comme toujours, il s'agit pour Dreamworks et la Paramount de rendre plus "accessible" au public américain une oeuvre totalement étrangère...et de se faire de l'argent au passage. Et comme toujours, le procédé n'a strictement qu'une fin putassière. 

    Il semble pourtant intéressant de se pencher sur ce Ghost in The Shell à l'américaine pour expliquer pourquoi la démarche s'avère aussi stérile qu'insultante. L'action se situe dans un futur proche dans une ville futuriste jamais nommée où une équipe, la Section 9, dirigée par Daisuke Aramaki et le Major, tente de mettre la main sur un terroriste qui pirate des esprits, un certain Kuze. Le Major est un être unique dans ce monde pourtant déjà largement amélioré, puisqu'elle possède un corps entièrement artificiel qui accueille le cerveau d'une humaine authentique. Elle va cependant découvrir au cours de son enquête sur Kuze que bien des choses lui ont été caché. 
    Déjà, première constatation, le synopsis de départ a été changé et, pour tout dire, très largement simplifié. Le Major n'est plus un être entièrement cybernétique mais une espèce de Robocop-bis, la Section 9 est la seule mentionnée dans le film, les intrigues politiques sont bien plus faciles tout comme les considérations philosophiques etc...

    Nous tenons-là le premier défaut du métrage. Ghost In The Shell sauce américaine simplifie sous prétexte de populariser...et perd l'originalité et le génie de l'original. Pire encore, Sanders a peut-être beaucoup de connaissances en matière de classiques de SF, il ne fait que mélanger le tout pour rendre une copie hybride qui n'a plus vraiment à voir avec ce que l'on connaissait. L'univers du présent film est un étrange mix de Robocop (pour le Major et ses questionnements, humour en moins), Blade Runner (pour le style de la ville), Matrix (pour les combats) et Deux Ex (pour les améliorations des humains). Alors que l'oeuvre de base se suffit à elle-même de par son extrême intelligence et la foisonnance de ses concepts, ce remake choisit de faire du grand public...et fait donc dans le vu et revu ailleurs (et en mieux). L'intrigue est au diapason, très prévisible car elle semble avoir vingt ans de retard sur toutes les grandes œuvres SF cinématographiques et littéraires. Tous les thèmes abordés ne sont en réalité qu'effleurés, le métrage ne voulant perdre personne finit par proposer une simili-enquête policière aux enjeux restreints à l'injustice de la création du Major et de Kuze. Tout est franchement évident dès que l'on possède quelques notions sur le plan science-fictif.

    Second défaut : le fameux white-washing. Pour adapter Ghost In The Shell au public américain, pas question de reprendre l'ethnie logique du film. A la place d'asiatiques pour les rôles principaux - à l'exception notable de Takeshi Kitano pour le fan-service - tous les protagonistes redeviennent des occidentaux. A commencer par le Major interprétée par une Scarlett Johansonn simplement hors de propos. En ajoutant que l'actrice surjoue les tics robotiques (alors qu'elle était excellente dans Under the Skin), on obtient un miscast total. Le reste de l'équipe ne vaut guère mieux. Cette volonté de transformer l'ethnie majoritaire du film pour le rendre plus bankable, phénomène déjà bien connu à Hollywood, atteint ici des sommets d’imbécillité. Le pire restant que les quelques acteurs asiatiques du film jouent...comme des pieds (excepté Kitano) et...Juliette Binoche, juste insupportable dans un rôle cliché au possible. 

    Enfin, Ghost In The Shell peut se targuer d'avoir des effets spéciaux, une esthétique et une mise en scène d'excellente qualité. Sanders, de ce côté au moins, fait le job. C'est là aussi une des marottes des remakes à l'américaine, cacher sa misère scénaristique sous des atours séduisants. Une chose qui marche certainement avec un public peu exigeant mais justement...à qui s'adresse ce remake ? Certainement à cette frange de la population avec des préjugés lamentables quant à la qualité des anime japonais...Et encore ! Le film misant justement sur cette parenté (il y a même nombre de clins d’œils pour les fans...qui...évidemment n'en auront un peu rien à faire), on doute qu'il draine ce public-là. D'un autre côté, on trouve les fans de SF et les connaisseurs de l'anime d'origine...Ceux-là ne douteront pourtant pas un instant de l'inutilité totale d'un remake d'une oeuvre déjà...grandiose, tout simplement. Le pire restant que Ghost In The Shell le remake n'a rien de véritablement honteux, pris à part, il s'agit d'un film honnête et bien mis en scène...qui a juste un retard considérable sur son époque. 

    Quel intérêt trouver à ce Ghost In The Shell ?

    Le même que celui de tous les remakes américains du même genre...vous faire connaître l’œuvre d'origine qui vaut mille fois cette copie pâle et oubliable de Rupert Sanders. La sortie du métrage en France a permis de rééditer l'anime de Mamoru Oshii dans une belle édition blu-ray et l'on ne saurait que trop vous conseiller d'investir la somme de la place de cinéma dans ce même blu-ray. Vous aurez cette fois un film d'une maîtrise absolue, passionnant et d'une extrême intelligence. 
    Vous savez ce qu'il vous reste à faire...
     

    Note : 4/10

    Meilleure scène :  La rencontre avec Kuze

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  • [Critique] Patients

     Pour adapter son roman autobiographique, le chanteur Grand Corps Malade décide d'appliquer l'adage qui dit que l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Tout de même épaulé par son ami Mehdi Idir - réalisateur des clips du chanteur -, le français Fabien Marsaud met en scène Patients, long-métrage à propos de sa rééducation suite à un accident dans une piscine qui lui a presque fait perdre totalement l'usage de ses jambes et qui l'a mené à mettre fin à sa pratique du basket. Pour se faire, il recrute un casting de jeunes acteurs et donne son propre rôle à Pablo Pauly qui va de ce fait porter tout le film (ou presque) sur ses épaules. Reste maintenant à savoir si Grand Corps Malade réussi son pari de passer derrière la caméra.

    On ne reviendra pas sur l'histoire puisqu'il s'agit en réalité de celle du chanteur avec des noms différents. Rappelons juste que l'on suit la difficile rééducation de Benjamin, un jeune qui doit tout réapprendre suite à un accident dans une piscine. Le but de Patients n'est cependant pas tant de dresser le portrait d'un homme que celui plus ambitieux, et certainement plus original, de décrire le milieu des soins de suites et réadaptation. Par le regard de Benjamin puis de ses amis, le spectateur découvre un univers médical un peu différent de la norme habituelle et certainement bien plus réel que les conceptions aseptisées que l'on peut trouver ailleurs. Grand Corps Malade évite deux des principaux pièges de ce genre d'entreprise : il conserve une certaine forme d'humour sans cependant effacer toute trace dramatique...et il reste sobre sans chercher à tirer à tout prix des larmes au spectateur.

    Alors que l'on ne s'y attendait pas du tout, Patients s'avère un film humble qui sait parler du handicap sans verser dans les excès de misérabilisme ou au contraire de bienveillance que l'on aurait pu craindre. Il ne rechigne pas à parler de la vérité du handicap avec les lavages évacuateurs, l'impossibilité de se nettoyer seul ou de manger seul, mais il le fait avec une sincérité omniprésente. Quand le long-métrage montre l'absurde du comportement de Jean-Marie, c'est pour mieux faire comprendre par la suite qu'il n'est pas vraiment méchant...il est juste comme ça. Du coup, on en rigole bien plus facilement. De même, les relations qui se nouent entre Benjamin et ses potes, tous issus de la banlieue, se révèlent nuancées et équilibrées évitant la plupart du temps de tomber dans la caricature maladroite. De ce fait, le long-métrage apparaît comme éminemment sincère, davantage encore qu'un Intouchables. 

    Sur le plan des défauts, il faut pointer la longueur certainement un peu excessive de Patients au regard de son sujet. En voulant uniquement traiter l'environnement de la rééducation, Marsaud a une excellente idée mais il ne peut éviter une certaine lassitude du spectateur. Certes, on peut aussi arguer que c'est aussi le but, faire ressentir la lenteur du processus de réhabilitation...Pourtant, on finit un tant soit peu par tourner en rond. Heureusement, le ton d'une grande justesse adopté par le métrage sauve le film du ratage, lui donnant au contraire un capital sympathie énorme. Il faut dire que Pablo Pauly assure dans le rôle de Benjamin et que le refus de faire de son récit un tire-larme facile aide à s'identifier au personnage.

    Enfin, il faut reconnaître le mérite de Grand Corps Malade qui propose une mise en scène sobre et efficace, ne tombant pas dans l'excès ou le tape à l’œil. Certains choix de musiques sont discutables (même si celles-ci s'incluent parfaitement dans le monde social décrit...) ainsi que certaines scènes finalement très clipesques, mais il faut saluer le recours au silence plutôt qu'à une musique pesante dans les scènes émouvantes. En ce sens, on peut vraiment dire que le jeune réalisateur réussi à raconter quelque chose de touchant sans tomber dans l'excès bien connu du cinéma français populaire habituel. Au fond, mis à part un sous-texte social un peu maladroit (le film n'a ni la place ni l'intelligence nécessaire pour s'intéresser véritablement au sujet), Patients parle avec brio du courage, de l'abnégation, de la persévérance et du regard de l'autre quand on est handicapé. Rien que pour cela, le métrage mérite que l'on s'y attarde.

     Petite surprise de ce début d'année 2017, Patients permet à Grand Corps Malade de parler avec sincérité de son histoire tout en évitant un pathos que l'on pensait inévitable. Drôle et touchant, le long-métrage n'a pas à rougir de la concurrence, au contraire. 
     

    Note : 7/10

    Meilleure scène :  Le premier jour en rééducation et l'arrivée de Jean-Marie.

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  • [Critique] The Lost City of Z

     Immense cinéaste injustement méprisé aux USA, James Gray a pourtant une filmographie qui force le respect. Son dernier métrage en date, The Immigrant, datait déjà de 2013 et à l'annonce de son projet d'adapter le roman de David Grann autour de l'explorateur britannique Percy Fawcett, on était plus qu'impatient de retrouver son talent sur grand écran. Présenté à la Berlinale et au festival de New York, The Lost City of Z s'est rapidement attiré une réputation flatteuse de film à la mise en scène d'une qualité rare. Il était temps de plonger dans l'Amazonie et de suivre les traces d'un des explorateurs les plus célèbres de l'histoire du XXème siècle. 

    James Gray construit pendant deux heures trente un biopic passionnant autour de la figure centrale de Percy Fawcett. Interprété par l'acteur américain Charlie Hunnam, acteur anglais davantage connu pour son rôle dans l'excellente série Sons of Anarchy que pour sa carrière cinématographique assez pauvre pour le moment - Pacific Rim ou encore Crimson Peak -, Percy Fawcett se voit convaincu de l'existence d'une cité cachée au cœur de l'Amazonie qu'il nomme lui-même Z et qui serait sensée combler les derniers blancs quand aux interrogations sur les origines de l'espèce humaine. Malgré la réticence et le franc scepticisme de nombre de ses estimés collègues anglais, il entreprend plusieurs expéditions dans ce but et passionne tant son fils, Jack, que celui-ci finit par se lancer dans l'aventure avec lui. Cette histoire d'une véritable obsession humaine mêlée au besoin impérieux d'explorer, de découvrir, James Gray l'exploite avec un brio évident en faisant de son Lost City of Z une fresque historique et intimiste fascinante de bout en bout.

    Fascinante tout d'abord par son aspect formel. On le savait déjà depuis Little Odessa mais James Gray est un metteur en scène d'exception. Capable ici de capturer la société britannique du début du XIXème siècle comme la moiteur de la forêt Amazonienne en passant par l'horreur des tranchées de la Grande Guerre. Ce soin constant du détail et cet esthétisme quasi-obsessif (les plans dans les tribus amazoniennes sont incroyables) font de The Lost City of Z un objet formel captivant. Sans atteindre l'absolue maîtrise d'un certain Werner Herzog ou d'un Stanley Kubrick, on pense tour à tour à Aiguirre, Fitzcarraldo ou encore Les Sentiers de la Gloire, Gray fait tout de même parti de ces cinéastes très rares capables d'installer une ambiance par quelques plans savamment pensés et étudiés. Du coup, le long-métrage est un régal pour les yeux du spectateur, totalement dépaysé de la première à la dernière minute.

    Ensuite, il faut rendre hommage au talent de directeur d'acteur de Gray. On se souvient des performances de Phoenix et Wahlberg dans La Nuit nous appartient, et le cinéaste américain fait preuve d'un génie encore plus grand en dirigeant deux acteurs bien moins expérimentés, à savoir Charlie Hunnam (qui trouve son premier vrai rôle au cinéma) et un Robert Pattinson méconnaissable (qui a définitivement tourné la page des désastreuses années Twilight). Hunnam porte quasiment tout le film sur ses épaules et ne déçoit jamais, incarnant l’obsessif et avant-gardiste Percy Fawcett avec un talent peu commun. C'est ce personnage d'ailleurs qui représente le cœur de la thématique de l'obsession explorée par James Gray avec The Lost City of Z. Comme possédé par l'Amazonie, l'explorateur ne peut plus s'en détacher et ne vit que pour y retourner. Avec lenteur et malice, le réalisateur américain transforme l'Amazonie en un lieu quasiment magique, à la fois terrifiant et rassurant. 

    Plus qu'un simple film d'aventures, The Lost City of Z s'intéresse à l'opiniâtreté d'un homme, à ce qui fera de lui une légende. Cela même au détriment de sa famille et de sa femme - interprétée par une Sienna Miller tout à fait remarquable - mais aussi de sa crédibilité professionnelle. Véritable ode à l'exploration et à la curiosité, le métrage se veut également un plaidoyer pour la tolérance des autres cultures, non pas barbares ou sauvages, mais simplement différentes. En ce sens, chacune des séquences mettant en scène des tribus amazoniennes se révèle une lutte contre les préjugés (jusqu'à expliquer le cannibalisme !). Chose plus importante encore, James Gray porte un regard sévère sur la civilisation occidentale qui se targue d'être la plus avancée et la plus honorable mais qui massacre, réduit à l'esclavage et pille tout sur son chemin. Le plus beau pied de nez fait à l'encontre des Européens restant certainement le passage dans les tranchées, plus terrible et sauvage que toutes les expéditions de Fawcett réunies. La dernière partie du métrage, plus mélancolique, s'achève sur une fin ouverte propice à toutes les suppositions...rejoignant ainsi la réalité historique.

    Grandiose biopic et sublime film d'exploration, The Lost City of Z ne se contente pas d'aventures triviales, il offre un dépaysement total à l'aide d'une mise en scène impeccable et d'un propos d'une intelligence acérée. James Gray ne déçoit donc pas, bien au contraire, et livre certainement l'un des meilleurs films de cette jeune année 2017.

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène :  Le théâtre dans la forêt - Les passages sur l'Amazone - La dernière expédition

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  • [Critique] Logan
     

     Après le succès en demi-teinte du second opus des aventures solo de Wolverine, Le Combat de l'Immortel, James Mangold rempile pour un épilogue sombre et mélancolique. Ou du moins annoncé comme tel par la campagne promotionnelle organisée par la 20th Century Fox. Pourtant, on ne peut pas dire que Logan ait eu réellement l'occasion de briller dans les deux précédents volets...toujours à la recherche d'un méchant à la hauteur et, surtout, d'une mise en scène avec du caractère. Vaguement inspiré par le fameux comic book Old Man Logan de Mark Millar (impossible d'adapter à cause des problèmes de droits au cinéma des univers Marvel...), Logan a également la lourde tâche de mettre fin à une époque puisque deux des acteurs les plus célèbres de la franchise, à savoir Hugh Jackman et Patrick Stewart, tirent leur révérence. Malgré le sentiment mitigé laissé par le précédent opus du même Mangold, Logan peut-il donner une fin digne de ce nom au mutant le plus célèbre de la saga X-Men ? 

    Dans un futur incertain, Logan n'est plus le Wolverine d'antan. Vieillissant, le super-héros est las de son existence remplie de désillusions. Caché à la frontière mexicaine avec un autre rescapé des X-Men, Charles Xavier, il tente tant bien que mal de garder celui-ci à l'abri des autorités. Contacté par une mystérieuse inconnue, Logan doit protéger une jeune fille, Laura, qui semble être pourchassée par un groupe de mercenaires dirigé par l'impitoyable Donald Pierce pour le compte d'un certain Dr Zander Rice. Désormais en fuite, Charles Xavier, Logan et Laura devront passer la frontière canadienne pour échapper au funeste destin qui attend les mutants dans une Amérique qui ne veut désormais plus d'eux. Mais Wolverine est-il encore en état de protéger les siens ?

    Logan tranche sur plusieurs plans avec ses prédécesseurs. D'abord en ce qui concerne l'ambiance. Même si l'on retrouve le ton torturé inhérent à l'histoire de Wolverine (cela fait près de huit films qu'on nous le répète), le long-métrage s'intéresse à un futur très noir pour la race des mutants puisque ceux-ci ont quasiment été exterminés par les hommes. Dans une atmosphère à mi-chemin entre le post-apocalyptique et le western, Logan raconte la fin, et cela dans tous les sens du terme. La fin des mutants avec des héros qui aujourd'hui ne sont plus que des ombres fatigués, Wolverine en tête naturellement, la fin d'un monde avec un aspect crasseux omniprésent et la fin de l'innocence avec l'histoire de Laura, enfant torturée et brisée devenue adulte trop rapidement. De ce fait, le film s'avère rapidement plus sec, plus âpre. Hugh Jackman, toujours aussi excellent dans son rôle fétiche, traîne sa gueule burinée dans une Amérique ultra-violente où tout espoir de renaissance a disparu.

    Violent, Logan l'est assurément. Le sang gicle, les têtes volent, les membres tombent...Le dernier film de la trilogie ne fait pas dans la dentelle et le résultat en est d'autant plus réjouissant, en parfaite osmose avec la brutalité animale de son héros mais aussi de son époque. Les combats, nerveux et sanglants, rythment l'histoire avec cette touche de violence qui semble attendue depuis longtemps dans la saga. Mais malgré tout, la franchise ne peut se dépêtrer d'une certaine redites dans la peinture de Wolverine, certes excellemment mis en valeur cette fois, mais qui ne fait qu'enfoncer le clou par rapport aux volets précédents. De même, Logan n'a toujours aucun méchant digne de ce nom. Pierce, malgré tout le charisme de Boyd Holbrook à l'écran, n'a pas de pouvoir capable d'inquiéter Wolverine...et le seul vrai antagoniste du film apparaît bien peu original (même si l'intention sous-jacente, confronter Logan à son passé de façon très directe, n'est pas sans avoir une certaine pertinence.)

    Outre les problèmes récurrents de la série, Logan souffre aussi de sa campagne promotionnelle et de sa volonté clairement annoncée dès le départ de conclure la série. Personne n'ignore en entrant dans la salle que le film fait figure d'épilogue et le dénouement final ne fait aucun doute, le suspense s'en trouve donc fortement amoindri pour ne pas dire complètement annihiler. Prévisible donc mais réjouissant tout de même. Il faut l'avouer malgré tout, Logan évite les pièges récurrents qui se sont installés dans l'univers Marvel au cinéma. Son ton désespéré et désespérant ainsi que sa structure de road-movie en font une oeuvre un peu à part tout en donnant la sensation d'assister à un spectacle un tantinet plus adulte sans pour autant tomber dans un sérieux pesant. De même, malgré toutes les critiques quand à l'impression de déjà-vu autour de la vie torturée de Wolverine, force est d'admettre que le personne possède une histoire toujours aussi captivante à l'écran, d'autant plus avec cette mélancolie lancinante qui ne cesse de peser sur le spectateur au fur et à mesure que l'aventure avance. Les deux autres personnages principaux ne déméritant pas, à savoir X-23 aka Laura et Charles Xavier, l'une faisant une entrée fracassante dans l'univers X-Men (sa jeune actrice, Dafne Keene, est une petite révélation), l'autre trouvant une fin touchante à la hauteur du personnage. Reste alors à pointer du doigt le parallèle savoureux (fortuit ?) entre la politique actuelle des Etats-Unis et la chasse aux enfants mutants (et étrangers !) du long-métrage...qui finissent par rejoindre le Canada en partant du Mexique. En un sens, on espère que Logan ne sera par trop clairvoyant sur l'avenir. 

     Meilleur volet d'une trilogie très inégale, Logan offre une conclusion digne de ce nom à un héros passionnant. Le dernier film de James Mangold, aussi sauvage que mélancolique, met un terme à une époque, sans scène post-générique, sans happy-end et surtout sans retour en arrière cette fois. Une belle conclusion en somme. 

       

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  Charles Xavier et Logan dans le château d'eau en ruines

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  • [Critique] Split

     Qu'est-il arrivé à Night Shyamalan
    Cette question était sur toutes les lèvres depuis quelques temps déjà et son dernier long-métrage en date, The Visit, immonde purge à peine digne d'être diffusée au cinéma, n'avait fait que renforcer ce sentiment. Pourtant, cette année le cinéaste se penche sur un sujet extrêmement intéressant, le trouble dissociatif de la personnalité (autrement dit les personnalités multiples) en s'inspirant librement d'une histoire vraie, celle de Billy Milligan, un américain qui abrite en lui 23 personnalités et qui avait fait l'objet de deux ouvrages brillants et passionnants (qu'e l'on vous recommande chaudement au passage) par l'auteur Daniel Keyes (le même qui avait déjà écrit le chef d'oeuvre Des Fleurs pour Algernon) intitulés respectivement Les Mille et une vies de Billy Milligan et Les Mille et Une guerres de Billy Milligan. Partant de ce postulat fascinant, Shyamalan s'appuie sur un acteur brillant, James McAvoy, pour construire un thriller horrifique en quasi huit-clos. Après tant d'échecs artistiques, Split incarne-t-il le retour tant espéré du réalisateur de Sixième Sens et Incassable ?

    Qu'est-ce qui cloche avec Night Shyamalan ces derniers temps ? C'est avant tout que le cinéaste n'arrive plus à retrouver le souffle qu'il avait dans ses tous premiers long-métrages. Heureusement, Split dispose d'un postulat de base solide et, surtout, d'une extrême profondeur. Pour le développer, Shyamalan choisit le prisme du thriller claustrophobique en suivant le destin de Casey, une jeune fille pas comme les autres qui se fait enlever par un mystérieux individu avec ses deux amies, Marcia et Claire. Rapidement, les trois captives s'aperçoivent que leur kidnappeur n'a rien du psychopathe ordinaire. On pense immédiatement au récent The Room mais la comparaison s'arrête rapidement. En effet, l’intérêt du film ne vient pas du calvaire psychologique enduré par Claire (nous y reviendrons) mais bien de son geôlier tout à fait fascinant. Atteint d'un trouble dissociatif de la personnalité, Kevin abrite en lui pas moins de vingt-trois individus tels qu'Hedwig, un enfant de neuf ans, Patricia une femme manipulatrice et sévère ou encore Dennis, victime de TOCs et convaincu que la Bête approche. C'est ici que commence le tour de force de Split.

    Pour incarner ce(s) personnage(s), Shyamalan a débauché James McAvoy qu'on a largement pu apprécié auparavant dans la saga X-Men ou le Dernier roi d'Ecosse. Cet acteur britannique a la lourde responsabilité de porter le long-métrage sur ses épaules en incarnant par ses mimiques, sa gestuelle et sa voix plusieurs personnalités. Sa réussite à l'écran n'en est que plus impressionnante. McAvoy s'avère extraordinaire, livrant une prestation incroyable digne d'un authentique caméléon. La finesse de son jeu n'est rien de moins que remarquable. Il livre la meilleure performance d'acteur depuis longtemps sur grand écran. En face, il faut préciser que la jeune Anya Taylor-Joy (la révélation de The VVitch) ne démérite pas non plus. Elle bénéficie également d'un personnage à la hauteur avec lequel Shyamalan joue d'astuces, ménageant des zones d'ombres qu'il débroussaille petit à petit par des flash-back savamment arrangés.L'intrication des deux fils narratifs ne serait pourtant rien si Shyamalan ne distillait pas un sentiment latent d'horreur avec une mythologie autour de la Bête qui fait douter le spectateur jusqu'au bout.

    Outre le passionnant thriller psychologique, Split vire rapidement au film ambiguë dès que Shyamalan s'éloigne du postulat de base pour en explorer ses franges. Dans un certain sens, le cinéaste envisage la religion - ici le dogme apocalyptique de la Bête - sous l'angle d'une nouvelle "maladie", d'un mal qui ronge lentement et s'insinue jusqu'à finir par devenir réalité. Ce message subversif trouve son aboutissement dans le crescendo final où Split bascule définitivement dans l'horreur, passant du film claustrophobe à un quasi-survival pendant une vingtaine de minutes. Ce virage, superbement négocié, et bien aidé par une bande sonore aux petits oignons, prend le spectateur sans crier gare et renforce la surprise éprouvée en face d'une violence cannibale entrevue par les yeux de Casey. McAvoy restant toujours...stupéfiant ! Il faut également préciser que la mise en application des idées du roman de base sur Billy Milligan, le système du projecteur, les Indésirables qui constituent la Horde etc...permet au film d'asseoir encore davantage sa crédibilité. Se faisant, son revirement surprend d'autant plus. Avec sa mise en scène soignée et calculatrice, le long-métrage réserve pourtant une toute dernière surprise


    [SPOILER]

    En effet, après une première conclusion entre sauvagerie et secrets inavouables, Split réserve un dernier chavirement. Night Shyamalan se permet une folie dans son épilogue en faisant apparaître...David Dunn ! Le héros d'Incassable dont l'arrivée à l'écran est annoncée par les quelques notes de musiques que reconnaîtront les fans de ce chef d'oeuvre du film de super-héros. Plus qu'un clin d’œil, ce caméo retourne complètement le genre auquel appartient Split et le métamorphose en film de super-vilain, introduisant par la même un univers partagé super-héroïque à la sauce Shyamalan. La profondeur ainsi acquise par le personnage de Kévin n'a donc aucune équivalence dans les autres films du même type puisque tout le métrage lui est consacré...préparant le terrain pour un futur affrontement que l'on devine mémorable dans le prochain Incassable 2 ! Près de 17 ans plus tard, Shyamalan met une baffe aux fans de la première heure tout en donnant un film aux personnalités multiples...comme son héros. Chapeau bas !

    [SPOILER]

    Finalement, il est quasiment impossible de véritablement expliquer à quel point Night Shyamalan fait fort avec Split sans spoiler. Il livre non seulement une histoire rythmée, brillamment mise en scène et pensée, mais joue également la carte du genre à géométrie variable. Emporté par la prestation extraordinaire de James McAvoy, Split n'est rien de moins qu'une résurrection. A voir absolument sur grand écran comme il se doit !

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La scène finale 

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  • [Critique] Loving

     Après un dernier long-métrage plutôt décevant, Midnight Special, l'américain Jeff Nichols s'éloigne du cinéma de genre pour s'intéresser à un fait historique autour de la ségrégation raciale aux Etats-unis. De nouveau sur les marches de Cannes en 2016, le cinéaste y présente Loving, histoire d'amour et combat pour l'égalité dans une Amérique des années 60 où certains états tels que la Virginie rejette l'existence d'unions mixtes entre blancs et personnes de couleurs. Malgré un accueil tiède sur la Croisette, le long-métrage a permis à l'actrice Ruth Negga (récemment aperçue dans Preacher) de décrocher une nomination à l'oscar de la meilleure actrice. Il était donc temps de découvrir si Nichols pouvait renouer avec la réussite...

    Bâti comme un biopic mais cette fois consacré au combat juridique - et moral - d'un couple dit "mixte" dans l'Amérique des années soixante, Loving s'intéresse plus précisément à Mildred et Richard Loving qui décidèrent de se marier malgré l'interdiction faîtes à ce genre d'union dans leur état de résidence, la Virginie. Immédiatement arrêtés et mis en accusation, les Loving devront mener un combat éprouvant pour gagner le droit de revenir sur la terre qui les a vu naître. Symbole des lois raciales qui avaient alors encore cours dans certains états, l'affaire Loving contre la Virginie fut l'étape décisive qui décida du droit au couple mixte à exister partout aux Etats-Unis suite au jugement du 12 juin 1967 rendu par la Cour Suprême américaine. Devant ce fait historique archi-connu, Jeff Nichols tente donc de rendre honneur au couple Loving et à son combat.

    Incarnée par Ruth Negga, que l'on sent d'ailleurs très investie dans son rôle et qui fait ici oublier sa prestation douteuse de Preacher, et Joel Edgerton, beaucoup trop monolithique dans son jeu d'acteur quant à lui, le couple Loving a toutes les cartes en mains pour nous émouvoir. Il s'agit tout de même d'une histoire d'amour interdite et tragique dont l'intensité va finir par triompher d'une des lois les plus injustes des Etats-Unis de l'époque. En ajoutant à cela que Jeff Nichols sait d'ordinaire très bien gérer l'intimité de ses personnages et les bouleversements qu'ils affrontent - il suffit de revoir l'excellent Mud ou le chef d'oeuvre Take Shelter pour s'en convaincre -, Loving ne pouvait être qu'un grand film.
    Sauf qu'il ne l'est pas. Loving fait parti de cette malheureusement catégorie de films qui manquent leur objectif. Pour tout dire, Loving s'avère un film raté.

    Parce que là où l'on devrait se retrouver devant une histoire d'amour qui nous prend aux tripes et/ou un combat juridique qui se fait de plus en plus poignant, Nichols choisit la sobriété envers et contre tout. Ce qui dessert totalement son sujet et ses personnages. Jamais le spectateur ne sentira l'intense amour des Loving devant une mise en scène d'une extrême discrétion et des acteurs dont le jeu s'efface totalement. Quand en face American Honey bouillonne d'émotions et brûle d'amour, Loving se révèle un objet filmique élégant mais totalement froid au cheminement balisé et un poil longuet. On assiste à une histoire certes importante au sujet passionnant mais traitée avec une telle distance qu'on ne se sent jamais impliqué. Il faudra attendre les quelques minutes d'écran d'un Michael Shannon toujours aussi génial pour réchauffer un tantinet cet amour devenu de glace. 

    L'échec de Loving est d'autant plus dommage qu'il ne peut pas légitimement être qualifié de mauvais film. Jeff Nichols reste un excellent metteur en scène avec l'élégance qu'on lui connaît, Ruth Negga et Joel Edgerton tente de faire passer ce qu'ils peuvent dans les limites du cadre imposé par le cinéaste...et le sujet surtout reste quelque chose de fort, d'important. C'est juste qu'on ne sentira jamais germer la colère légitime qu'une telle histoire devrait soulever, ni même l'empathie qu'elle devrait susciter. Ajoutons à cela que le film prend un temps fou à aller à son but principal (l'affaire devant la Cour Suprême) et l'on ne peut que constater l'échec de Nichols, cette fois-ci bien plus évident que pour son tiède Midnight Special qui laissait déjà entrevoir nombre des tares de Loving...

    Nouvelle déception, et non des moindres, dans l'oeuvre du jeune réalisateur, Loving prouve que le ton d'un film a une importance cruciale pour son bon fonctionnement. Froid, presque clinique, le long-métrage de Jeff Nichols laisse le spectateur sur le bord du chemin admirant avec respect la tentative mais ne pouvant que constater l’évidence : Loving passe totalement à côté de son sujet.
     

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène :  Michael Shannon qui photographie les Loving

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  • [Critique] American Honey

    Prix du Jury Cannes 2016
    British Independant Film Awards 2016 : 
    - Meilleur Film
    - Meilleur Réalisateur
    - Meilleur actrice pour Sasha Lane

     Star a 17 ans. Dans son coin perdu d'Amérique, elle rêve d'une autre vie. Jusqu'au jour où elle rencontre Jake sur le parking d'un supermarché. Sûr de lui, charismatique et rebelle, le jeune homme lui propose de rejoindre sa bande d'adolescents pour aller vendre des abonnements dans tout le Midwest. N'ayant aucune raison de rester, Star tente l'aventure et s'embarque avec une foule d'ados tous plus surprenants les uns que les autres. Elle se rend vite compte que Jake ne tient pas les rênes de cette joyeuse troupe et que c'est en réalité la vénéneuse Krystal qui a le pouvoir. Éprise de Jake dès le premier regard échangé, Star va découvrir ses premiers éclats amoureux autant que ses premières déceptions. 

    American Honey marque le retour de la cinéaste britannique Andrea Arnold après 5 ans d'absence. Son dernier film en date, Les Hauts de Hurlevents, était une adaptation âpre et noire du roman éponyme d'Emily Brontë, injustement passée inaperçu. Radicalement différent, American Honey permet également le retour d'Arnold sur la Croisette avec à la clé un troisième Prix du Jury après ceux de Red Road et Fish Tank. C'est l'occasion pour la britannique de diriger une troupe de jeunes acteurs dont un revenant, Shia LaBeouf, et une exquise Sasha Lane qui décroche ici son premier rôle. Film teenager radical autant dans son approche que dans sa mise en scène, American Honey s'intéresse au road-movie avec l'esthétisme du documentaire et la finesse d'écriture d'Arnold, également scénariste.

    Road-movie passionné et rebelle, American Honey est un film de sales gosses. L'exact opposé en terme d'univers des Hauts de Hurlevent. Portrait féroce d'une certaine jeunesse américaine à travers le personnage tout en nuances et extrêmement touchant de Star - qui ne tombe jamais dans le mélo ou dans la vulgarité -, le film brasse un nombre de thèmes impressionnants. Premier amour d'un côté avec cette rencontre immédiatement magnétique entre Jake et Star où Shia LeBeouf redevient enfin un acteur admirable, mais aussi premiers feux d'artifices émotionnels qui vont avec. Contrairement au récent Loving de Jeff Nichols (dont on reparlera bientôt), American Honey est un film de feu où les ébats amoureux et la fougue des sentiments éclaboussent l'écran. La caméra d'Arnold, toujours précise, capture la passion avec une chaleur contagieuse lors d'une baiser inattendu sur une pelouse, lors d'une scène de sexe en voiture ou à la campagne...et puis à côté de ce fantasme de vie hors du monde, Arnold confronte le spectateur à l'Amérique du réel.

    American Honey fait entrer en collision de rêve d'évasion de cette troupe de jeunes farfelues - et pourtant tellement attachante, tous cassés à leur façon mais d'une humanité incandescente - avec la froide horreur moderne. Des "parents" de Star aux conditions de travail imposées par Krystal en passant par l'escroquerie ou la violence. En face de cette aventure initiatique et poétique, on trouve la sauvagerie d'un monde moderne effrayant. A l'amour impulsif dans une voiture s'oppose un rapport tarifé en face d'un puits de pétrole. On ressent tout ce décalage dans la bande-originale (excellente) du long-métrage mélangeant allègrement morceau de rap, de country et de pop. Arriver à magnifier du Rihanna à ce point ou à opposer la candeur de la chanson American Honey à l'errance de ces jeunes sans foyer...On peut dire qu'Arnold se surpasse encore une fois ! Car au dehors de ce van qui sillonne les routes, la vie se fait cruelle, se fait impitoyable pour Star et ses compagnons de route.

    Mais toute la véritable beauté d'American Honey tient dans son humanité. Au-delà des choses parfois terribles que raconte Arnold, il y a ce intense tourbillon d'émotions qui prend à la gorge. Ces jeunes-là, avec leurs rites, leurs coutumes, se bâtissent une cellule familiale à eux, et c'est foutrement beau à voir. Capturé par la mise en scène méticuleuse de la cinéaste, avec une caméra à l'épaule et un format resserré style documentaire, le spectateur s'immisce dans une aventure folle et hors du temps...comme cette magnifique période de transition qu'est l'adolescence en somme. Star se découvre adulte, s'interroge, naïve et pétillante, puis rude et brisée. Elle fait des étincelles tout du long, nymphe attirante qui n'a d'yeux que pour son rebelle bourré de paradoxe autant que de tatouages. American Honey arrive à trouver une puissance lyrique et évanescente qui navigue dans un réel qu'on a du mal à goûter. 

     Road-Movie intense, film mal élevé et bouillonnant à la bande originale exquise, American Honey prouve qu'Andrea Arnold peut virer de registre avec une aisance incroyable. C'est aussi l'occasion de redécouvrir Shia LaBeaouf et de faire la connaissance de Sasha Lane qu'on espère promise à un grand avenir. Entre réel et rêve, fantasme et réalité, adolescence et âge adulte, Americain Honey est le film de toutes les collisions, à commencer par celui des émotions.

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  Le premier baiser sur la pelouse

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  • [Critique] Jackie 

    Meilleur scénario Mostra de Venise 2016

     Décidément, le réalisateur chilien Pablo Larrain est un homme extrêmement productif ces derniers temps. Après son excellent Neruda (critiqué ici), biopic sur le poète et homme politique éponyme, voici qu'il continue son exploration du genre en s'attaquant à un autre personnage emblématique, à savoir Jackie Kennedy, certainement l'une des premières dames les plus célèbres de l'histoire pour les faits tragiques que l'on sait. Pour assumer ce rôle difficile, Larrain porte son dévolu sur Natalie Portman dont l'interprétation a envoûté la critique au point de lui valoir une nomination aux Oscars dans la catégorie meilleure actrice. A l'instar de ce qu'il a fait sur Neruda, Larrain ne choisit pas une voie classique pour décortiquer le personnage de Jackie et se concentre sur une partie précise de sa vie, à savoir l'assassinat de Kennedy et ses conséquences à la fois personnelles et politiques.

    Pour se faire, il construit son métrage sous la forme d'un long flash-back autour de l'interview de Jackie Kennedy par le journaliste Theodore White. Même si la chose peut sembler assez artificielle - raconter directement les événements n'aurait pas changer véritablement le cheminement de la narration - elle permet d'appréhender Jackie Kennedy sous une autre facette à distance du choc reçu. Elle permet également d'explorer le rapport aux médias de la première Dame. Il faut cependant avouer que l'essentiel de l'histoire tient donc dans les événements suivants l'assassinat du président. Ainsi, Pablo Larrain adopte la meilleure des perspectives possibles sur un personnage vue et revue : celui de la dimension émotionnelle à travers le prisme d'une courte période de sa vie permettant de croquer efficacement la personnalité et les ambitions morales de Jackie.

    Pour tenir ce rôle, l'américaine Natalie Portman s'est métamorphosée, adoptant non seulement les manières mais aussi le timbre de voix de Jackie Kennedy. Pour beaucoup, voir même pour l'essentiel de l'histoire, c'est sur elle que repose la réussite du métrage avec une prestation émouvante, toujours juste et, surtout d'une grande sobriété au regard de la charge émotionnelle des événements narrés. En un mot comme en cent, Portman se révèle parfaite. Il ne faut cependant pas oublier en face d'elle deux excellents acteurs : John Hurt (dont c'est malheureusement ici le dernier rôle) et surtout Peter Sarsgaard, formidable Bobby Kennedy. En se basant sur ce casting brillant, Larrain a la liberté d'explorer le personnage de Jackie en ne tombant jamais dans le mélo facile. Il n'est jamais question dans le métrage de s'apitoyer sur le sort bouleversant de cette femme mais au contraire de montrer son courage et sa ténacité face au deuil.

    L'ambition du cinéaste s'articule autour de deux axes. Celui du deuil, de comment affronter un véritable cataclysme, d'autant plus lorsque l'on est une figure publique et donc soumise à des pressions bien plus importantes.
    Et celui de l'aspect politique de la chose.
    Outre l'évident choc émotionnel, Larrain choisit de décrire le raisonnement politique de Jackie Kennedy, obsédée par l'idée que son mari ne soit pas mort en vain, qu'il doit survivre dans la mémoire collective. Ce travail autour du souvenir et de la transmission aux générations futures de valeurs importantes, le long-métrage l'explore patiemment au travers de l'acharnement de Jackie qui, malgré son chagrin, tient envers et contre tout à signifier que la politique n'est pas une simple affaire d'élections mais bien de valeurs. C'est certainement dans cet aspect que le film déborde le plus de son cadre initial avec une certaine nostalgie d'une époque où la politique pouvait avoir un sens véritable, et non un jeu de tristes sires comme elle l'est devenue à l'heure actuelle.

    Jackie sait tirer profit de son héroïne pour nous parler de dignité, de grandeur et, finalement d'image. Comment se battit une image historique ? Comment entre-t-on dans l'Histoire et surtout quel sens donner aux événements qui semblent les plus dénués de sens ? C'est tout cela que Jackie permet d'appréhender en sélectionnant une minuscule tranche de vie de l'ancienne première Dame. Larrain n'arrive certes pas à transcender le média comme il avait pu le faire avec la correspondance fiction littéraire/cinéma dans Neruda, mais il évite le piège Hollywoodien et le biopic lisse. Jackie, au contraire, s'intéresse à des thématiques importantes en les traitant de façon brillante. Il ne se contente pas de nous raconter le chagrin d'une femme et, de ce fait, ne réduit pas son héroïne à une figure brisée. Il la magnifie, s'en sert pour dépasser son postulat de départ et évite ainsi de devenir un biopic lambda. En somme, Pablo Larrain a tout compris sur ce qui fait la force de ce genre si particulier.

     En l'espace de deux mois, Pablo Larrain nous offre donc deux biopics passionnants. Bien que Jackie ne puisse prétendre se mesurer à l'intelligence scénaristique de Neruda, il n'en reste pas moins un brillant long-métrage porté par une Natalie Portman formidable de bout en bout. Jackie ne se contente pas d'être le portrait d'une grande dame, il porte également sur la vision d'une certaine idée de la politique à une époque où cela n'a jamais été plus nécessaire.
     

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  Jackie essuyant le sang sur son visage.

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  • [Critique] Silence

     On ne présente plus Martin Scorsese, réalisateur américain incontournable à la carrière jalonnée de grands films inoubliables. Trois ans après Le Loup de Wall Street, Scorsese revient à un genre plus sage, celui du récit historique. Avec Silence, projet de longue date du cinéaste, il adapte le roman éponyme de Shusaku Endo se déroulant dans le Japon du XVIIème siècle en proie aux persécutions de la minorité chrétienne. Emmené par Andrew Garfield - décidément très en vogue ces derniers temps puisqu'il était également à l'affiche du Hacksaw Ridge de Mel Gibson - et Liam Neeson, Silence se penche sur la question de la foi. Superbement ignoré à la prochaine cérémonie des oscars, le long-métrage n'a pourtant pas à rougir de la concurrence. Sur près de 2h40, Martin Scorsese nous transporte dans le temps pour revivre le chemin de croix du père Sebastião Rodrigues.

    Silence n'a cependant rien d'un film facile, à l'image des souffrances endurées par les chrétiens de cette sombre période. Immédiatement, Scorsese affirme sa maîtrise absolu sur le plan formel par une introduction dans les brumes de toute beauté. La voix-off, omniprésente de bout en bout, nous fait pénétrer dans l'esprit torturé des différents prêtres qui traversent le film. C'est avec le père Ferreira que l'on commence Silence mais c'est rapidement avec le père Rodrigues que l'on continue à explorer ce Japon effrayant. Bien décidé à éradiquer la religion chrétienne de leur île, les autorités japonaises, menées par l'impitoyable inquisiteur Inoue, vont torturer les croyants mais également les prêtes. Leur but est simple : l'apostasie. Réduire au néant le culte chrétien et restaurer la tradition. Au milieu de ce carnage abominable, Les pères Rodrigues et Garupe débarquent du Portugal pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, dont on dit qu'il a apostasié et qu'il vit désormais comme un authentique japonais. Confronté à l'immense souffrance des chrétiens de l'île, Rodrigues et Garupe vont durement éprouvés leur propre foi.

    ...Et le spectateur aussi. Silence n'est pas le Loup de Wall Street. Il n'est pas un film facile d'accès ou même divertissant. Silence est une épopée introspective dans la tête du père Rodrigues. Scorsese livre un métrage à la fois bavard - par l'intermédiaire des voix-off - et taiseux - par l'absence de dialogues entre les personnages à l'écran une bonne partie du temps. Il raconte le chemin de croix à la fois d'une figure christique et d'un avatar de Pierre (qui renia le Christ justement). Le père Rodrigues (et par extension le père Ferreira) synthétise en eux une bonne part de ces deux personnages bibliques et incarnent à eux seuls la souffrance des chrétiens de l'époque mais également le dilemme théologique qu'est celui de renier sa propre foi. Sur près de 2h40, Silence prend donc un temps fou (certainement trop long par ailleurs) pour raconter, en somme, la souffrance morale et physique. 

    Pour se faire, c'est Andrew Garfield qui va tenir le film sur ses épaules. Tout le long-métrage s'intéressant au calvaire enduré par le père Rodrigues, la prestation de Garfield devient dès lors essentiel. Peut-être un peu trop jeune encore pour ce rôle (qu'on aurait en fait bien plus imaginé pour son partenaire sous-exploité à l'écran, l'excellent Adam Driver), l'américain s'en tire plutôt bien parvenant même parfois à susciter de vrais instants d'émotions (on pense à la séquence de la plage ou aux Adieux à Mokichi).A l'instar de ce héros, le film de Scorsese fait souffrir le spectateur. Il est lent, répète sans cesse la torture et la souffrance, et ne semble jamais vouloir dévier de cet axe de réflexion. Pour cause d'ailleurs, puisque tout l'histoire elle-même parle de résilience, de courage et de lutte spirituelle.

    Il faut donc immédiatement avouer que si le sujet ne vous passionne guère de base, Silence sera certainement une épreuve pour vous. Cependant la mise en scène toujours aussi épatante de Scorsese ainsi que sa reconstitution minutieuse du Japon de l'époque forcent le respect. Silence nous embarque dans un autre temps, plus noir, plus désespéré mais aussi, et certainement, plus courageux à bien des égards. Authentique leçon de bravoure et d'abnégation, l'histoire de Silence interroge sur la capacité à croire envers et contre tout, sur la persécution des minorités religieuses dans le monde et sur l'universalité des croyances. Il le fait en exposant des choses horribles mais d'où peut jaillir des éclairs de beauté insoupçonnés, comme ces communautés qui n'ont rien mais qui vivent par leur foi ardente, ou ce père qui va tout sacrifier pour sauver les siens. Silence apporte un message fascinant sur la confrontation à Dieu, sur la recherche de sa voix et la solitude de l'homme. 

    Mais il échoue aussi d'une certaine façon, non seulement dans sa façon abrupte de présenter son sujet - peu nombreux seront les spectateurs à pénétrer l'histoire - mais aussi avec sa profusion de voix-off. Cette dernière reste assez surprenante chez Martin Scorsese qui devrait pourtant être capable de faire passer les émotions de ses personnages ainsi que leurs sentiments sans cette lourdeur didactique parfois lassante. Silence aurait également mérité de franches coupes, ne serait-ce que pour éviter la répétition dont il est victime. Certes le film est à l'image du chemin de croix de son héros mais on l'aurait bien compris au bout de deux heures derrière l'écran. C'est d'autant plus dommage que le long-métrage présente une véritable ambition narrative qui fait du bien, bien davantage en tout cas que le mou et consensuel Sully de Clint Eastwood. 

    Film clivant mais fascinant, Silence permet d'aborder une autre facette de Martin Scorsese tout en réaffirmant le talent de mise en scène extraordinaire de l'américain. Certainement difficile pour le spectateur lambda, le long-métrage n'en reste pas moins une formidable plongée sur les croyances et la capacité à se battre pour sa foi et les siens. Un chemin de croix qui en vaut la peine. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  L'adieu à Mokichi sous la pluie

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