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     I've seen things you people wouldn't believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain. Time to die.

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  • [Critique] The Jane Doe Identity

     En 2010 sortait discrètement sur nos écrans un petit film norvégien qui s’inscrivait dans la mode (agaçante) du found footage : The Troll Hunter. Ce long-métrage norvégien, bien loin des médiocres Paranormal Activity et autres Tchernobyl Diaries, arrivait à jongler avec bonheur entre horreur, humour et documentaire. Son réalisateur, André Øvredal, revient sept ans plus tard avec un second long-métrage et deux excellents acteurs américains, Emile Hirsch et Brian Cox. The Autopsy of Jane Doe (renommé The Jane Doe Identity pour l’occasion parce que...bah parce que ça fait un peu Jason Bourne et que ça pète...) nous plonge dans une atmosphère pesante au cœur d'une vieille morgue tenue par un soir d'orage. Alors que le shérif Sheldon intervient sur une scène de crime particulièrement sanglante, il découvre le cadavre d'une jeune femme impossible à identifier. Cette Jane Doe est amenée à Austin et Tommy Tilden pour que les deux légistes découvrent enfin son identité. Mais d'étranges choses commencent à survenir durant l'autopsie... C'est donc un postulat de départ très simple que propose The Autopsy of Jane Doe et qui semble tout entier contenu dans son titre. 

    Øvredal a quelques idées bien arrêté qu'il met en pratique dès les premiers instants du film. The Autopsy of Jane Doe démarre rapidement, et l'on entre dans le vif du sujet au bout d'une quinzaine de minutes. La principale originalité du métrage est de proposer une approche atypique dans le traitement de son horreur, à savoir que toute la première moitié du récit se concentre sur l'examen d'un corps, faisant surgir l'horreur et entretenant son ambiance oppressante par les découvertes et déductions des deux légistes. Le show repose alors sur deux éléments : la capacité de mise en scène du cinéaste norvégien dans ce qui est, en réalité, un huit-clos, et la prestation des deux acteurs principaux. Sans surprise, Hirsch et Cox assurent permettant au spectateur d'avoir à la fois une attache empathique (notamment avec le personnage d'Austin) et une immersion convaincante dans l'enquête en cours. Jamais Øvredal ne mise sur les effets gores de son autopsie comme aurait pu le faire un film lambda et durant une bonne moitié de l'histoire, le norvégien arrive à faire vivre ses personnages et son intrigue avec une habilité qui force le respect. D'autant plus qu'il développe une atmosphère lourde en arrière-plan.

    Cependant, à un certain stade (et peut-être par peur de lasser le spectateur), le réalisateur s'engage dans une autre voie horrifique en transformant son huit-clos d'expertise et de sous-entendus en un huit-clos horrifique surnaturel avec fantômes et autres apparitions. Ce virage n'est, en soi, pas forcément mauvais, il permet à Øvredal de varier les sources de terreur et de jouer également avec le cliché du fantôme. Evidemment, puisque la chose est plus courante ailleurs, l'originalité a tendance à disparaître. Il faut cependant concéder que le norvégien s'y prend fort bien, évite les jump-scares abusifs, et privilégie les silhouettes aux effets gores grossiers. Quelques astuces simples comme la clochette au pied d'un des cadavres, permettent ne pas miser frontalement sur l'horreur, Øvredal comprend qu'il vaut mieux laisser de la place à l'imagination. Certes, il est assez difficile de comprendre pourquoi la petite amie d'Austin est impliquée là-dedans. Le film n'y gagne rien en réalité. Mais le reste se révèle tout à fait honorable.

    Le vrai raté de The Jane Doe Identity, c'est de ne pas aller au bout de son postulat de départ et de ne pas intégralement fondé son intrigue sur une autopsie. Evidemment, il est fort possible que le résultat d'une telle démarche soit rébarbative mais elle éviterait au moins la sévère sensation de manque d'originalité de la seconde partie du métrage. En l'état, l'intrigue de fond, elle, reste accrocheuse. Øvredal arrive à retourner les hypothèses du spectateur quand à l'identité de la jeune fille et même à inverser le sempiternel cliché de la sorcière. Il y a donc du bon dans cette histoire de revenants matinée de satanisme. Du très bon même puisque le norvégien tient de bout en bout une atmosphère délicieusement effrayante grâce à une mise en scène précise et épurée.

     Pour son second long-métrage, André Øvredal offre un spectacle à la hauteur des attentes. Même si The Jane Doe Identity semble avoir du mal à choisir parfois, il n'en reste pas moins un film fantastico-horrifique relativement original et efficace supporté par deux excellents acteurs. Les amateurs seront ravis. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure(s) scène(s) :  L'autopsie

    - Critique de The Troll Hunter d'André Øvredal

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  • [Critique] Pirates des Caraïbes 5 : La Vengeance de Salazar

     

     Triste destin que celui de la franchise Pirates des Caraïbes. Ce coup de poker des studios Disney en 2003 qui tentent alors d'adapter une attraction-phare du parc devient un énorme succès. Forcément, deux suites sont mises en chantier, Le secret du coffre maudit et Jusqu'au bout du monde, toujours sous la direction de Gore Verbinski mais qui finit clairement par épuiser le filon avec un épisode trois poussif. Malgré le départ du créateur de la trilogie, la production choisit de remettre le couvert en confiant le quatrième volet à Rob Marshall. La Fontaine de Jouvence s'avère logiquement un échec artistique quasi-total. Malgré tout, le public suivant, un cinquième film est mis en chantier. Cette fois, le métrage est co-réalisé par les réalisateurs norvégiens Joachim Rønning et Espen Sandberg à qui l'on doit Kon-Tiki mais aussi Bandidas. Difficile donc de soulever un véritable enthousiasme pour cette énième aventure malgré la présence inattendue de Javier Bardem. Ne serait-il pas temps de couleur le Black Pearl ?

    Difficile de se voiler la face, ce nouveau volet de Pirates des Caraïbes n'a plus la fraîcheur d'antan. En effet, on marche en territoire connu avec malédictions, moussaillons, canonnades, couple d'amoureux, abordages, singes voleurs, Jack Sparrow et autre Barbossa. A priori rien de nouveau sous le soleil. Cependant, les cinéastes étant certainement bien conscients de cet état de fait, capitalisent justement sur ce qui a fait le succès de la franchise à ses débuts. La Vengeance de Salazar (en réalité Dead men tell no tales, mais les français adorent les titres moisis, c'est bien connu) s'ouvre donc de façon très semblable au premier opus en misant tout, ou presque, sur un côté aventure décontractée qu'il fait assez plaisir de retrouver. Le ton mystérieux est là, Jack Sparrow égal à lui-même (bien que le personnage commence à lasser) et surtout les réalisateurs norvégiens nous présentent Salazar. Très (très) loin du fade Barbe Noire, le grand méchant interprété par un succulent Javier Bardem bénéficie non seulement d'un background efficace mais également de superbes effets spéciaux qui, sans égaler la perfection graphique du Hollandais Volant, renvoie à l'équipage maudit du Secret du coffre maudit. 

    En s'ouvrant sur une séquence d'action drôle et impressionnante à souhait, La Vengeance de Salazar réjouit. Certes, on le savait en entrant dans la salle, on ne trouvera rien de véritablement nouveau là-dedans mais au moins Joachim Rønning et Espen Sandberg ont-ils la bonne idée d'offrir un divertissement le plus proche possible des origines. On évite évidemment pas les défauts comme celui du couple formé par Brenton Thwaites-Kaya Scodelario, copie à peine masquée de celui d'Elizabeth et Will, ou le manque cruel de scènes véritablement épiques. Mais ce cinquième volet a pourtant bien des choses à proposer. A commencer par un antagoniste puissant au navire franchement excellent, et surtout, comme on le disait plus haut, d'un background qui fait plaisir et sort des ornières habituelles. De même, l'humour, malgré quelques errements, s'avère globalement meilleur avec quelques blagues franchement drôles (l'astrologue putative). Saluons enfin quelques séquences qui sortent du lot comme le combat sur les canons, la libération de Jack ou encore le cambriolage. Tout cela sur une bande-son dans la droite lignée des autres opus et, donc, excellente.

    Plus court que tous les autres volets précédents, La Vengeance de Salazar n'a pas le temps de faire bailler son spectateur comme pouvait le faire Jusqu'au bout du monde ou La Fontaine de Jouvence. Mieux même, les deux réalisateurs tentent de rattacher les wagons de l'histoire de la trilogie originale pour lui donner un épilogue qui, s'il semble un peu téléphoné, n'en demeure pas moins touchant. Reste alors le cas de Jack Sparrow interprété par un Johnny Depp égal à lui-même qui finit, simplement par agacer. Pas que le personnage en lui-même soit mauvais - il a été brillantissime par le passé - mais il est l'exemple même du héros usé jusqu'à la corde et dont on connaît chaque réplique. C'est pourquoi la séquence si contestée du flash-back s'avère une excellente idée. Elle permet de montrer quelque chose de neuf à propos de Jack tout en achevant en un certain sens sa légende. Espérons simplement qu'il s'agisse là de la dernière apparition de l'excentrique pirate des caraïbes. 

     Surprenant par sa volonté affichée de revenir aux sources d'une saga passablement essoufflé, Pirates des Caraïbes 5 se hisse au rang des bons divertissements. En tentant de se faire plus léger, plus rythmé, plus esthétique et surtout de rassembler les personnages des premiers volets, le long-métrage de Joachim Rønning et Espen Sandberg offre une fin satisfaisante aux aventures de Jack Sparrow. Du moins, on l'espère. 

     

    Note : 6.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Le cambriolage

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  • [Critique] Message from the king

     Le réalisateur franco-belge Fabrice Du Welz, à qui l'on doit des pépites horrifiques comme Alléluia ou Calvaire, se tourne aujourd'hui vers Hollywood. Si l'on sait très bien que ce milieu a une fâcheuse tendance à broyer les cinéastes devant des impératifs budgétaires et scénaristiques, on est tout de même heureux de voir Fabrice revenir derrière la caméra pour s'essayer à un genre radicalement différent, celui du revenge movie. Dès la première bande-annonce le ton est donné, Message from the King ne va pas faire dans la dentelle et c'est tant mieux. Avec un casting aux petits oignons qui regroupe Chadwick "Black Panther" Boseman, Teresa Palmer, Luke Ewans ou le trop ignoré Alfred Molina, on peut dire que Du Welz sait s'entourer. Reste maintenant à voir comment il va gérer le changement d'univers et son passage à Hollywood. 

    Première bonne chose, Message from the King n'est pas là pour ergoter pendant des heures, à peine commencer que l'on plonge déjà dans l'intrigue, tout à fait simpliste d'ailleurs : Jacob King débarque à Los Angeles pour retrouver sa sœur Bianca qui lui a laissé un message de détresse sur son répondeur quelques jours plus tôt. Il ne dispose que de quelques centaines de dollars, d'un sac de vêtements pour sept jours. Du Welz pose les bases en quelques minutes et s'intéresse ensuite à son histoire de vengeance. Le métrage va droit au but, fonctionne d'abord comme une enquête pour rapidement suivre les traces d'un vigilante-movie à l'ancienne. Chadwick Boseman, impressionnant de bout en bout, trouve en Jacob King un personnage excellent que Du Welz laisse à moitié inexploré jusqu'à la toute fin de son métrage. Le spectateur ne connaît pas Jacob mais comprend vite que ses origines sud-africaines en font quelqu'un d'autrement plus dangereux et déterminé que des gangsters américains lambda. De Boseman se dégage une aura de charisme brutal mais aussi une sympathie instantanée envers un homme qui tente de faire justice sans chercher à excuser ou minimiser. C'est certes assez basique mais diablement efficace.

    Malheureusement, qui dit revenge movie dit scènes de combat...et là, Fabrice Du Welz montre ses limites de metteur en scène. En effets, les affrontements sont le plus souvent brouillons et parfois carrément illisibles. Si l'on excepte l'idée de la chaîne de vélo (qui renvoie en un sens au marteau de Old Boy, chacun ses goûts), l'action dans Message from the King s'avère simplement ratée. A côté de ce défaut ennuyeux, le film accumule les bonnes idées. La première étant de faire de Los Angeles un endroit crade et violent où les rêves des jeunettes en quête de gloire se brisent sur les rochers de la réalité américaine. Bianca en est le parfaite exemple et le fait même de la rendre aussi peu sympathique permet au film de donner une dimension d'autant plus poignante à la relation Bianca-Jacob. Jacob venge un souvenir plus qu'une réelle personne, il venge sa petite sœur du Cap et pas la droguée paumée de Los Angeles. Sous la caméra de Du Welz, la Cité des Anges adopte un aspect tout à fait repoussant où la richesse n'est qu'une façade, où le mal rode dans les coins. De ce côté-là, le cinéaste n'a rien perdu de son talent de mise en scène.

    Enfin, on peut regretter la simplicité extrême de l'histoire qui, s'il on y réfléchit bien, tient sur un timbre-poste plié en quatre. Cela semble pourtant renouer avec les revenge-movie old school des années 80-90 mais peut très certainement décevoir des gens habitués à des joyaux noirs ultra-fouillés comme Old Boy ou Lady Vengeance. Cette caractéristique d'uppercut de Message from the King s'avère donc à double-tranchant. Reste que le métrage arrive à éviter certains clichés inhérents à ce type de film, comme l'histoire d'amour qui, cette fois, n'en sera heureusement pas une. Malgré la volonté de Fabrice de toujours vouloir investir tout son être dans ses films (cf. Interview), on se rend compte que Message from the King reste tout de même assez loin de la qualité de ses autres long-métrages, plus étranges, plus audacieux et, simplement, plus personnels. 

     Direct, sec et sans pitié, Message from the King tient ses promesses. Emporté par un Chadwick Boseman impeccable dans un Los Angeles magnifiquement capturé par Fabrice Du Welz, le film est aussi simple qu'efficace tout en se permettant quelques subtilités bienvenues. 
    On attend maintenant le retour du réalisateur dans un domaine plus personnel et forcément plus captivant. 

     

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) :   La scène de la morgue 

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  • [Critique] Life

     Dernier film du réalisateur suédois Daniel Espinosa, Life (sous-titré en France Origine inconnue, parce que ça fait mystérieux et qu'au moins y'a des mots français pour le spectateur français qui est, forcément, incapable de comprendre un mot d'anglais) rentre dans la catégorie des métrages qui annoncent la couleur dès leur première bande-annonce. Après Enfant 44, Espinosa s'envole pour la Station Spatiale Internationale et un futur plus ou moins proche où une sonde ramène de Mars un échantillon qui contient...un organisme vivant ! Pour ne pas mettre la Terre en danger et éviter une possible contamination, l'équipe décide d'étudier Calvin - le nom donné à cette nouvelle forme de vie - au sein de la station même. Le problème, évidemment, c'est que le nouveau venu va se révéler extrêmement hostile. A la lecture de ce synopsis et après avoir visionné la première bande-annonce, on a comme une sensation de déjà-vu...

    En effet, Life est un simili-Alien.
    Un xénomorphe découvert dans l'espace... dans une installation spatiale exigue et de plus en plus glauque... avec une équipe d'hommes et de femmes pas forcément préparée à faire face à une telle situation...
    Tout est là, ou presque. Cependant, notez-bien, le métrage s'assume comme tel dès le départ, le spectateur est prévenu à l'avance et à aucun moment il n'y a mensonge sur la marchandise. De ce fait difficile d'en vouloir pour les ressemblances flagrantes entre les deux films. 
    En fait, il faut comprendre simplement que Life renoue avec quelque chose que l'on n'a plus vraiment l’habitude de voir sur grand écran aujourd'hui : le film de série B honnête.
    Vous ne serez pas (ou peu) surpris par l'histoire mais elle fait le job, il en va de même pour la galerie de personnages, tous assez basiques et qui servent surtout de proies à la dangereuse bestiole qui va parcourir la station. On peut d'ailleurs se demander comment le film arrive à réunir un tel casting...pour n'en faire rien ou quasiment. Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds, Hiroyuki Sanada, Rebecca Ferguson...devaient avoir surtout quelques factures à régler. L'avantage par contre, c'est que ce petit film bénéficie d'une galerie d'acteurs convaincants pour son jeu du chat et de la souris (avec scaphandres).

    Alors Life finalement à quoi ça sert ? 
    A frissonner. On sent l'influence de Gravity (la séquence d'introduction) et Alien, le 8ème passager (tout le reste !) mais Espinosa arrive tout de même à livrer au spectateur un spectacle soigné avec une mise en scène très fonctionnelle mais parfaitement adaptée au sujet, tout en insinuant assez de tension pour ne jamais ennuyer. Le point central du film, c'est évidemment la créature, Calvin, qui évolue constamment et qui s'avère, franchement, une brillante réussite sur le plan du design. Il faut noter à ce titre que la première attaque de la bestiole et la première mort se révèlent extrêmement convaincantes (et absolument dégoûtantes)...Il est à ce titre très amusant de noter la symétrie inversée entre la première mise à mort d'un membre de l'équipage et la mythique scène de repas d'Alien. Le reste devient ensuite un survival spatial assez classique mais toujours très efficace qui se conclue sur un twist prévisible mais délicieusement noir. 

     En résumé...Life tient ses promesses. Ni plus ni moins. 
    Daniel Espinosa offre un divertissement horrifique honnête, qui ne fera certainement pas date tant il lorgne ailleurs, mais qui ne prend pas ses spectateurs pour des imbéciles.
    Une bonne série B en somme. 

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  La première mort

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  • [Critique TV] Taboo, Saison 1

     Parmi les séries excitantes du moment, Taboo figure en bonne position. Créée par un certain Steven Knight (responsable déjà de l'excellente série Peaky Blinders que l'on vous recommande chaudement) et Edwards Hardy, père du fameux acteur Tom Hardy - lui-même acteur principal de la série -, Taboo est une production à destination de la BBC et de la chaîne américaine FX. On y retrouve une pléiade d'acteurs remarquables tels que Jonathan Pryce (aka The High Sparrow dans Game of Thrones), Oona Chaplin (Game of Thrones aussi !), Mark Gatiss (Sherlock Holmes) ou encore Stephen Graham (le Al Capone de la série Boardwalk Empire) ainsi qu'un compositeur qui n'en finit plus de monter en la personne de Max Richter (The Leftovers, Black Mirror, Arrival...). En somme, tout semble réuni pour faire de Taboo l'une des nouvelles séries les plus folles de l'année. 

    Mais avant toute chose, Taboo, de quoi ça parle ? 
    James Keziah Delaney que l'on pensait disparu en Afrique, rentre à Londres à la mort de son père, Horace Delaney. Ce dernier, devenu fou dans ses dernières années de vie, possédait un certain territoire sur la côté Ouest de l'Amérique du Nord appelé Nootka Sound. Occupée par des tribus de sauvage, la terre laissée en héritage à James n'a de prime abord aucune valeur...sauf qu'elle est en réalité la clé de la délimitation territoriale dans la guerre que se livre le Royaume-Uni et les Etats-Unis en cette année 1814. Courtisé à la fois par les américains et par les anglais, James n'a cependant aucune intention de céder aux offres de la East India Company malgré l'arrangement de celle-ci avec sa demi-sœur, Zilpha Geary. Hanté par ce qu'il a fait en Afrique et les étranges pouvoirs qu'il a côtoyé, James n'est plus le même homme. Aidé par Atticus, Brace et Helga, il risque bien de bouleverser l'échiquier politique et même de s'attirer les foudres du roi. 

    Il faut l'avouer, Taboo met un certain temps à se mettre en place. Sa narration, volontairement élusive au début, n'est pas aussi clairement accrocheuse que ne pourrait l'être une série plus conventionnelle. Ce qui accroche par contre immédiatement le spectateur, c'est son atmosphère très noire aux forts relents fantastiques. Grâce à sa mise en scène crasse et sèche, Taboo propulse immédiatement ses personnages dans un Londres à la fois très familier et très différent. Knight et Hardy auraient pu se limiter cependant à reproduire un simili-Peaky Blinders...mais ils ajoutent une dimension de plus en plus clairement fantastique à mesure que les épisodes s'enchaînent. En mêlant les mythes africains et indiens, avec un zeste de magie noire/vaudou pour faire bonne mesure, la série acquiert une aura d'étrangeté malsaine parfaitement synthétisée par son personnage principal : James Delaney.

    N'en faisons pas mystère, le plus gros atout de cette première saison, c'est évidemment l'acteur britannique Tom Hardy (Mad Max Fury Road, Bronson, The Dark Knight Rises) qui endosse cette fois le costume pour le moins singulier de James Delaney. Avec son charisme habituel et un talent toujours plus impressionnant, l'anglais offre une prestation magistrale pour un personnage franchement fascinant de la première à la dernière seconde. Knight sait ménager les révélations qui l'entoure et garde même quelques non-dits en réserve pour la prochaine saison. Pour tout dire, Tom Hardy tient la série sur ses épaules. En cela, il est aidé par une galerie d'excellents acteurs déjà cités précédemment mais on est sans cesse épaté par le talent du trio Pryce - Graham - Hayman, véritable équipe de choc. Outre cette solide distribution, la série peut également compter sur une intrigue maîtrisée et minutieusement calibrée par un Steven Knight toujours aussi en forme. 

    En prenant pour toile de fond la guerre relativement méconnue de 1814 entre les britanniques et les américains, Taboo permet de (re)découvrir une période qui n'avait rien à envier aux fresques fantasy type Game Of Thrones. Londres est alors un nid de vipères où les espions pullulent, où les agents des deux factions s'affrontent à travers des crimes d'une rare violence (qui trouvent d'ailleurs un écho tout particulier avec la brutalité bestiale de James) et où l'on ne sait plus bien en fin de compte qui sert qui. Ce jeu du chat et de la souris entre James et ses adversaires tient en haleine durant les huit épisodes de cette première saison et permet également à Knight d'aborder quelques thèmes forts justes. Celui de l'esclavagisme et de l'hypocrisie de la société anglaise de l'époque à son égard par exemple. Ou celui de l'homosexualité voir de la transsexualité à travers Benjamin Wilton. C'est aussi l'occasion d'insérer un certain nombre de clins d’œils historiques (les allusions à Napoléon, le rôle de la chimie et du personnage étrange mais savoureux de Cholmondeley etc...) qui apportent une saveur particulière à cette sombre histoire.

    La franche réussite de Taboo est due à la conjonction de tous les éléments précités. La série aurait pu être un ersatz du succès précédent de Steven Knight, Peaky Blinders, mais l'ajout de la dimension fantastique - d'ailleurs clairement assumée et esthétiquement remarquable - en font tout autre chose. La prestance de Tom Hardy, la qualité du casting et la minutie de l'intrigue qui multiplie les pistes sans jamais s'égarer (et cela même si la sous-intrigue de Zilpha apparaît comme plus faible que le reste), la partition entêtante de Max Richter... tout participe au résultat final plus que fascinant. Si une saison 2 est d'ors et déjà annoncée, vous pouvez vous précipiter sur ce joyau noir télévisuel.  

     

    Note : 9/10

    Meilleure épisode :  Episode 4

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  • [Critique] La Belle et la Bête (2017)

      Hasard du calendrier, La Belle et la Bête version 2017 sort peu de temps avant Ghost In The Shell le remake à l'américaine. Derrière ces deux "franchises" qui n'ont, de prime abord, rien à voir, se cache pourtant des mécanismes de marketing pourtant tout à fait similaires. Après avoir étudié en détails le cas Ghost In The Shell, penchons-nous aujourd'hui sur celui de cette énième variation autour du conte populaire de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont datant de 1757. Si peu de gens aujourd'hui connaissent le film de Cocteau de 1946, il en va tout autrement du dessin-animé de Disney de 1991, succès public et critique en son temps, et qui est aujourd'hui le matériau principal qui sert de base au film de Bill Condon. Comédie-romance-musical, le long-métrage met en scène Emma Watson (qui doit toujours s'en mordre les doigts d'avoir refusé le rôle-titre de La La Land en lieu et place de celui-ci) et un Dan Stevens numériquement bestial. Dans les autres personnages archi-connus, on retrouve une pléiade de visages...enfin de voix connues comme celles de Ian McKellen, Ewan McGregor, Stanley Tucci ou encore Emma Thompson. Derrière ses effets spéciaux numériques charmeurs, que vaut ce remake-live des aventures de La Belle et la Bête ?

    A peu près la même chose que celle du Major à la sauce Hollywoodienne...à ceci près que le propos ici n'a jamais été très complexe même pour l'original. En réalité, cette adaptation découle de la constatation simple (et putassière) que le passage vers le live de ses classiques de dessins-animés marchent bien dans les salles obscures. Car les générations qui ont grandi avec ces mêmes dessins-animés ont maintenant un autre âge et s'y retrouvent davantage avec ce nouvel enrobage semble-t-il. Comme pour le Livre de la Jungle, Blanche-Neige et le Chasseur et autre Maléfique, Disney joue sur la nostalgie du spectateur pour amasser un paquet de fric en faisant le minimum syndical derrière une bonne grosse vitrine d'effets spéciaux. Nous ne ferons pas l'affront au lecteur de préciser le postulat de La Belle et La Bête dans cette critique puisqu'il faudrait avoir vécu dans une grotte les trente dernières années pour ne pas le connaître. La trame narrative s'avère donc sensiblement la même que celle du dessin-animé, avec des ficelles grosses comme des cordes d'amarrage de navires, des personnages aussi simplistes et manichéens que les Disneys de la grande époque et...une bonne plâtrée de bons sentiments en veux-tu en voilà.

    Il ne s'agit pas ici de détruire la franchise de La Belle et La Bête ni le joli dessin-animé des années 90, comprenons-nous bien. Mais de se demander au fond : Pourquoi tous ces millions de dollars et cette énergie pour accoucher d'un film parfaitement inutile ? Excepté titiller la corde sensible du spectateur nostalgique, qu'apporte de neuf La Belle et La Bête ? Absolument rien. On retrouve le même univers, le même ton, les même personnages...avec des effets spéciaux jolis (mais voyants) pour enrober le tout et masquer le vide scénaristique ainsi que le manque criant d'innovation. Emma Watson a beau faire ce qu'elle veut, Luke Evans a beau cabotiner comme il le peut...il n'y a strictement rien d'excitant dans La Belle et la Bête que vous ne connaissiez déjà. Excepté un certain sens du politiquement correct où l'on introduit deux personnages gays juste pour le plaisir de le faire (donc en se foutant totalement d'édifier de beaux personnages) et de disperser quelques personnages noirs pour respecter un quota même s'il n'y a aucun intérêt scénaristique à cela. A côté de ces faits, on retrouve le choix de montrer une Bête tout en images de synthèse au lieu de jouer sur du maquillage et un costume, certainement plus coûteux et difficile à mettre en oeuvre, mais qui aurait été tellement plus réel que cet artifice de jeux-vidéo. Le pire restant que lorsque l'apparence numérique tombe, on constate que Dan Stevens est un total miscast dans le rôle du Prince...Mais soit. 

    Il n'y a donc qu'une seule petite chose qui tente de rattraper ce drame commercial, c'est bien les musiques et la bande-originale, brillamment retranscrite au moins avec quelques belles petites scénettes notamment la chanson de Gaston dans l'auberge, rythmée et bien mise en scène. On retrouvera également les quelques succès qui ont fait la gloire du dessin-animé original, à savoir Be Our Guest ou Beauty and the Beast, mais qui, une nouvelle fois, ne font que pincer la corde du nostalgique assis devant l'écran de cinéma. Mobiliser un tel nombre de personnes, d'acteurs et Bill Condon pour ça...C'est vraiment gaspiller du temps, du talent et de l'argent (même s'il est vrai que Bill Condon est capable du pire, avec Twilight IV et V, comme du meilleur, avec Mr Holmes). Le film s'achève dans une happy-end attendue (tout le monde sait ce qu'il va se passer, il n'y a donc rigoureusement aucun suspense) et achève de convaincre de sa vacuité.

    A quoi sert La Belle et La Bête version 2017 ?
    C'est simple à rien. Le film n'est pas honteux ou mal joué ou mal mis en scène, au contraire, il est très correct et fait le job.
    Il ne sert juste à rien d'autre qu'à vous soutirer quelques billets en échange d'une Madeleine de Proust enrobée d'effets numériques. 
    Une perte de temps.

     

    Note : 3/10

    Meilleure scène :  La chanson de Gaston à l'auberge

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  • [Critique] Ghost in the Shell (Remake américain)

     Annoncé de longue date depuis qu'un certain Steven Spielberg a acquis les droits du manga, le remake américain du génial Ghost in The Shell du non moins génial Mamoru Oshii a fini par voir le jour. Réalisé par Rupert Sanders, déjà responsable de Blanche-Neige et le Chasseur, cette tentative d'adaptation en prises réelles d'un anime culte s'avère extrêmement intéressante. Elle apparaît en effet comme la parfaite synthèse de tout ce qui cloche dans le cinéma Hollywoodien actuel. Ne soyons pas hypocrites, dès l'annonce du projet on savait pertinemment que le métrage ne servirait à rien. Quel est le but de faire un remake d'un anime déjà extraordinaire en le confiant de surcroît à un jeune réalisateur qui n'a pas le quart du génie d'Oshii ? Comme toujours, il s'agit pour Dreamworks et la Paramount de rendre plus "accessible" au public américain une oeuvre totalement étrangère...et de se faire de l'argent au passage. Et comme toujours, le procédé n'a strictement qu'une fin putassière. 

    Il semble pourtant intéressant de se pencher sur ce Ghost in The Shell à l'américaine pour expliquer pourquoi la démarche s'avère aussi stérile qu'insultante. L'action se situe dans un futur proche dans une ville futuriste jamais nommée où une équipe, la Section 9, dirigée par Daisuke Aramaki et le Major, tente de mettre la main sur un terroriste qui pirate des esprits, un certain Kuze. Le Major est un être unique dans ce monde pourtant déjà largement amélioré, puisqu'elle possède un corps entièrement artificiel qui accueille le cerveau d'une humaine authentique. Elle va cependant découvrir au cours de son enquête sur Kuze que bien des choses lui ont été caché. 
    Déjà, première constatation, le synopsis de départ a été changé et, pour tout dire, très largement simplifié. Le Major n'est plus un être entièrement cybernétique mais une espèce de Robocop-bis, la Section 9 est la seule mentionnée dans le film, les intrigues politiques sont bien plus faciles tout comme les considérations philosophiques etc...

    Nous tenons-là le premier défaut du métrage. Ghost In The Shell sauce américaine simplifie sous prétexte de populariser...et perd l'originalité et le génie de l'original. Pire encore, Sanders a peut-être beaucoup de connaissances en matière de classiques de SF, il ne fait que mélanger le tout pour rendre une copie hybride qui n'a plus vraiment à voir avec ce que l'on connaissait. L'univers du présent film est un étrange mix de Robocop (pour le Major et ses questionnements, humour en moins), Blade Runner (pour le style de la ville), Matrix (pour les combats) et Deux Ex (pour les améliorations des humains). Alors que l'oeuvre de base se suffit à elle-même de par son extrême intelligence et la foisonnance de ses concepts, ce remake choisit de faire du grand public...et fait donc dans le vu et revu ailleurs (et en mieux). L'intrigue est au diapason, très prévisible car elle semble avoir vingt ans de retard sur toutes les grandes œuvres SF cinématographiques et littéraires. Tous les thèmes abordés ne sont en réalité qu'effleurés, le métrage ne voulant perdre personne finit par proposer une simili-enquête policière aux enjeux restreints à l'injustice de la création du Major et de Kuze. Tout est franchement évident dès que l'on possède quelques notions sur le plan science-fictif.

    Second défaut : le fameux white-washing. Pour adapter Ghost In The Shell au public américain, pas question de reprendre l'ethnie logique du film. A la place d'asiatiques pour les rôles principaux - à l'exception notable de Takeshi Kitano pour le fan-service - tous les protagonistes redeviennent des occidentaux. A commencer par le Major interprétée par une Scarlett Johansonn simplement hors de propos. En ajoutant que l'actrice surjoue les tics robotiques (alors qu'elle était excellente dans Under the Skin), on obtient un miscast total. Le reste de l'équipe ne vaut guère mieux. Cette volonté de transformer l'ethnie majoritaire du film pour le rendre plus bankable, phénomène déjà bien connu à Hollywood, atteint ici des sommets d’imbécillité. Le pire restant que les quelques acteurs asiatiques du film jouent...comme des pieds (excepté Kitano) et...Juliette Binoche, juste insupportable dans un rôle cliché au possible. 

    Enfin, Ghost In The Shell peut se targuer d'avoir des effets spéciaux, une esthétique et une mise en scène d'excellente qualité. Sanders, de ce côté au moins, fait le job. C'est là aussi une des marottes des remakes à l'américaine, cacher sa misère scénaristique sous des atours séduisants. Une chose qui marche certainement avec un public peu exigeant mais justement...à qui s'adresse ce remake ? Certainement à cette frange de la population avec des préjugés lamentables quant à la qualité des anime japonais...Et encore ! Le film misant justement sur cette parenté (il y a même nombre de clins d’œils pour les fans...qui...évidemment n'en auront un peu rien à faire), on doute qu'il draine ce public-là. D'un autre côté, on trouve les fans de SF et les connaisseurs de l'anime d'origine...Ceux-là ne douteront pourtant pas un instant de l'inutilité totale d'un remake d'une oeuvre déjà...grandiose, tout simplement. Le pire restant que Ghost In The Shell le remake n'a rien de véritablement honteux, pris à part, il s'agit d'un film honnête et bien mis en scène...qui a juste un retard considérable sur son époque. 

    Quel intérêt trouver à ce Ghost In The Shell ?

    Le même que celui de tous les remakes américains du même genre...vous faire connaître l’œuvre d'origine qui vaut mille fois cette copie pâle et oubliable de Rupert Sanders. La sortie du métrage en France a permis de rééditer l'anime de Mamoru Oshii dans une belle édition blu-ray et l'on ne saurait que trop vous conseiller d'investir la somme de la place de cinéma dans ce même blu-ray. Vous aurez cette fois un film d'une maîtrise absolue, passionnant et d'une extrême intelligence. 
    Vous savez ce qu'il vous reste à faire...
     

    Note : 4/10

    Meilleure scène :  La rencontre avec Kuze

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  • [Critique] Patients

     Pour adapter son roman autobiographique, le chanteur Grand Corps Malade décide d'appliquer l'adage qui dit que l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Tout de même épaulé par son ami Mehdi Idir - réalisateur des clips du chanteur -, le français Fabien Marsaud met en scène Patients, long-métrage à propos de sa rééducation suite à un accident dans une piscine qui lui a presque fait perdre totalement l'usage de ses jambes et qui l'a mené à mettre fin à sa pratique du basket. Pour se faire, il recrute un casting de jeunes acteurs et donne son propre rôle à Pablo Pauly qui va de ce fait porter tout le film (ou presque) sur ses épaules. Reste maintenant à savoir si Grand Corps Malade réussi son pari de passer derrière la caméra.

    On ne reviendra pas sur l'histoire puisqu'il s'agit en réalité de celle du chanteur avec des noms différents. Rappelons juste que l'on suit la difficile rééducation de Benjamin, un jeune qui doit tout réapprendre suite à un accident dans une piscine. Le but de Patients n'est cependant pas tant de dresser le portrait d'un homme que celui plus ambitieux, et certainement plus original, de décrire le milieu des soins de suites et réadaptation. Par le regard de Benjamin puis de ses amis, le spectateur découvre un univers médical un peu différent de la norme habituelle et certainement bien plus réel que les conceptions aseptisées que l'on peut trouver ailleurs. Grand Corps Malade évite deux des principaux pièges de ce genre d'entreprise : il conserve une certaine forme d'humour sans cependant effacer toute trace dramatique...et il reste sobre sans chercher à tirer à tout prix des larmes au spectateur.

    Alors que l'on ne s'y attendait pas du tout, Patients s'avère un film humble qui sait parler du handicap sans verser dans les excès de misérabilisme ou au contraire de bienveillance que l'on aurait pu craindre. Il ne rechigne pas à parler de la vérité du handicap avec les lavages évacuateurs, l'impossibilité de se nettoyer seul ou de manger seul, mais il le fait avec une sincérité omniprésente. Quand le long-métrage montre l'absurde du comportement de Jean-Marie, c'est pour mieux faire comprendre par la suite qu'il n'est pas vraiment méchant...il est juste comme ça. Du coup, on en rigole bien plus facilement. De même, les relations qui se nouent entre Benjamin et ses potes, tous issus de la banlieue, se révèlent nuancées et équilibrées évitant la plupart du temps de tomber dans la caricature maladroite. De ce fait, le long-métrage apparaît comme éminemment sincère, davantage encore qu'un Intouchables. 

    Sur le plan des défauts, il faut pointer la longueur certainement un peu excessive de Patients au regard de son sujet. En voulant uniquement traiter l'environnement de la rééducation, Marsaud a une excellente idée mais il ne peut éviter une certaine lassitude du spectateur. Certes, on peut aussi arguer que c'est aussi le but, faire ressentir la lenteur du processus de réhabilitation...Pourtant, on finit un tant soit peu par tourner en rond. Heureusement, le ton d'une grande justesse adopté par le métrage sauve le film du ratage, lui donnant au contraire un capital sympathie énorme. Il faut dire que Pablo Pauly assure dans le rôle de Benjamin et que le refus de faire de son récit un tire-larme facile aide à s'identifier au personnage.

    Enfin, il faut reconnaître le mérite de Grand Corps Malade qui propose une mise en scène sobre et efficace, ne tombant pas dans l'excès ou le tape à l’œil. Certains choix de musiques sont discutables (même si celles-ci s'incluent parfaitement dans le monde social décrit...) ainsi que certaines scènes finalement très clipesques, mais il faut saluer le recours au silence plutôt qu'à une musique pesante dans les scènes émouvantes. En ce sens, on peut vraiment dire que le jeune réalisateur réussi à raconter quelque chose de touchant sans tomber dans l'excès bien connu du cinéma français populaire habituel. Au fond, mis à part un sous-texte social un peu maladroit (le film n'a ni la place ni l'intelligence nécessaire pour s'intéresser véritablement au sujet), Patients parle avec brio du courage, de l'abnégation, de la persévérance et du regard de l'autre quand on est handicapé. Rien que pour cela, le métrage mérite que l'on s'y attarde.

     Petite surprise de ce début d'année 2017, Patients permet à Grand Corps Malade de parler avec sincérité de son histoire tout en évitant un pathos que l'on pensait inévitable. Drôle et touchant, le long-métrage n'a pas à rougir de la concurrence, au contraire. 
     

    Note : 7/10

    Meilleure scène :  Le premier jour en rééducation et l'arrivée de Jean-Marie.

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  • [Critique] Loving

     Après un dernier long-métrage plutôt décevant, Midnight Special, l'américain Jeff Nichols s'éloigne du cinéma de genre pour s'intéresser à un fait historique autour de la ségrégation raciale aux Etats-unis. De nouveau sur les marches de Cannes en 2016, le cinéaste y présente Loving, histoire d'amour et combat pour l'égalité dans une Amérique des années 60 où certains états tels que la Virginie rejette l'existence d'unions mixtes entre blancs et personnes de couleurs. Malgré un accueil tiède sur la Croisette, le long-métrage a permis à l'actrice Ruth Negga (récemment aperçue dans Preacher) de décrocher une nomination à l'oscar de la meilleure actrice. Il était donc temps de découvrir si Nichols pouvait renouer avec la réussite...

    Bâti comme un biopic mais cette fois consacré au combat juridique - et moral - d'un couple dit "mixte" dans l'Amérique des années soixante, Loving s'intéresse plus précisément à Mildred et Richard Loving qui décidèrent de se marier malgré l'interdiction faîtes à ce genre d'union dans leur état de résidence, la Virginie. Immédiatement arrêtés et mis en accusation, les Loving devront mener un combat éprouvant pour gagner le droit de revenir sur la terre qui les a vu naître. Symbole des lois raciales qui avaient alors encore cours dans certains états, l'affaire Loving contre la Virginie fut l'étape décisive qui décida du droit au couple mixte à exister partout aux Etats-Unis suite au jugement du 12 juin 1967 rendu par la Cour Suprême américaine. Devant ce fait historique archi-connu, Jeff Nichols tente donc de rendre honneur au couple Loving et à son combat.

    Incarnée par Ruth Negga, que l'on sent d'ailleurs très investie dans son rôle et qui fait ici oublier sa prestation douteuse de Preacher, et Joel Edgerton, beaucoup trop monolithique dans son jeu d'acteur quant à lui, le couple Loving a toutes les cartes en mains pour nous émouvoir. Il s'agit tout de même d'une histoire d'amour interdite et tragique dont l'intensité va finir par triompher d'une des lois les plus injustes des Etats-Unis de l'époque. En ajoutant à cela que Jeff Nichols sait d'ordinaire très bien gérer l'intimité de ses personnages et les bouleversements qu'ils affrontent - il suffit de revoir l'excellent Mud ou le chef d'oeuvre Take Shelter pour s'en convaincre -, Loving ne pouvait être qu'un grand film.
    Sauf qu'il ne l'est pas. Loving fait parti de cette malheureusement catégorie de films qui manquent leur objectif. Pour tout dire, Loving s'avère un film raté.

    Parce que là où l'on devrait se retrouver devant une histoire d'amour qui nous prend aux tripes et/ou un combat juridique qui se fait de plus en plus poignant, Nichols choisit la sobriété envers et contre tout. Ce qui dessert totalement son sujet et ses personnages. Jamais le spectateur ne sentira l'intense amour des Loving devant une mise en scène d'une extrême discrétion et des acteurs dont le jeu s'efface totalement. Quand en face American Honey bouillonne d'émotions et brûle d'amour, Loving se révèle un objet filmique élégant mais totalement froid au cheminement balisé et un poil longuet. On assiste à une histoire certes importante au sujet passionnant mais traitée avec une telle distance qu'on ne se sent jamais impliqué. Il faudra attendre les quelques minutes d'écran d'un Michael Shannon toujours aussi génial pour réchauffer un tantinet cet amour devenu de glace. 

    L'échec de Loving est d'autant plus dommage qu'il ne peut pas légitimement être qualifié de mauvais film. Jeff Nichols reste un excellent metteur en scène avec l'élégance qu'on lui connaît, Ruth Negga et Joel Edgerton tente de faire passer ce qu'ils peuvent dans les limites du cadre imposé par le cinéaste...et le sujet surtout reste quelque chose de fort, d'important. C'est juste qu'on ne sentira jamais germer la colère légitime qu'une telle histoire devrait soulever, ni même l'empathie qu'elle devrait susciter. Ajoutons à cela que le film prend un temps fou à aller à son but principal (l'affaire devant la Cour Suprême) et l'on ne peut que constater l'échec de Nichols, cette fois-ci bien plus évident que pour son tiède Midnight Special qui laissait déjà entrevoir nombre des tares de Loving...

    Nouvelle déception, et non des moindres, dans l'oeuvre du jeune réalisateur, Loving prouve que le ton d'un film a une importance cruciale pour son bon fonctionnement. Froid, presque clinique, le long-métrage de Jeff Nichols laisse le spectateur sur le bord du chemin admirant avec respect la tentative mais ne pouvant que constater l’évidence : Loving passe totalement à côté de son sujet.
     

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène :  Michael Shannon qui photographie les Loving

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  • [Critique] Silence

     On ne présente plus Martin Scorsese, réalisateur américain incontournable à la carrière jalonnée de grands films inoubliables. Trois ans après Le Loup de Wall Street, Scorsese revient à un genre plus sage, celui du récit historique. Avec Silence, projet de longue date du cinéaste, il adapte le roman éponyme de Shusaku Endo se déroulant dans le Japon du XVIIème siècle en proie aux persécutions de la minorité chrétienne. Emmené par Andrew Garfield - décidément très en vogue ces derniers temps puisqu'il était également à l'affiche du Hacksaw Ridge de Mel Gibson - et Liam Neeson, Silence se penche sur la question de la foi. Superbement ignoré à la prochaine cérémonie des oscars, le long-métrage n'a pourtant pas à rougir de la concurrence. Sur près de 2h40, Martin Scorsese nous transporte dans le temps pour revivre le chemin de croix du père Sebastião Rodrigues.

    Silence n'a cependant rien d'un film facile, à l'image des souffrances endurées par les chrétiens de cette sombre période. Immédiatement, Scorsese affirme sa maîtrise absolu sur le plan formel par une introduction dans les brumes de toute beauté. La voix-off, omniprésente de bout en bout, nous fait pénétrer dans l'esprit torturé des différents prêtres qui traversent le film. C'est avec le père Ferreira que l'on commence Silence mais c'est rapidement avec le père Rodrigues que l'on continue à explorer ce Japon effrayant. Bien décidé à éradiquer la religion chrétienne de leur île, les autorités japonaises, menées par l'impitoyable inquisiteur Inoue, vont torturer les croyants mais également les prêtes. Leur but est simple : l'apostasie. Réduire au néant le culte chrétien et restaurer la tradition. Au milieu de ce carnage abominable, Les pères Rodrigues et Garupe débarquent du Portugal pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, dont on dit qu'il a apostasié et qu'il vit désormais comme un authentique japonais. Confronté à l'immense souffrance des chrétiens de l'île, Rodrigues et Garupe vont durement éprouvés leur propre foi.

    ...Et le spectateur aussi. Silence n'est pas le Loup de Wall Street. Il n'est pas un film facile d'accès ou même divertissant. Silence est une épopée introspective dans la tête du père Rodrigues. Scorsese livre un métrage à la fois bavard - par l'intermédiaire des voix-off - et taiseux - par l'absence de dialogues entre les personnages à l'écran une bonne partie du temps. Il raconte le chemin de croix à la fois d'une figure christique et d'un avatar de Pierre (qui renia le Christ justement). Le père Rodrigues (et par extension le père Ferreira) synthétise en eux une bonne part de ces deux personnages bibliques et incarnent à eux seuls la souffrance des chrétiens de l'époque mais également le dilemme théologique qu'est celui de renier sa propre foi. Sur près de 2h40, Silence prend donc un temps fou (certainement trop long par ailleurs) pour raconter, en somme, la souffrance morale et physique. 

    Pour se faire, c'est Andrew Garfield qui va tenir le film sur ses épaules. Tout le long-métrage s'intéressant au calvaire enduré par le père Rodrigues, la prestation de Garfield devient dès lors essentiel. Peut-être un peu trop jeune encore pour ce rôle (qu'on aurait en fait bien plus imaginé pour son partenaire sous-exploité à l'écran, l'excellent Adam Driver), l'américain s'en tire plutôt bien parvenant même parfois à susciter de vrais instants d'émotions (on pense à la séquence de la plage ou aux Adieux à Mokichi).A l'instar de ce héros, le film de Scorsese fait souffrir le spectateur. Il est lent, répète sans cesse la torture et la souffrance, et ne semble jamais vouloir dévier de cet axe de réflexion. Pour cause d'ailleurs, puisque tout l'histoire elle-même parle de résilience, de courage et de lutte spirituelle.

    Il faut donc immédiatement avouer que si le sujet ne vous passionne guère de base, Silence sera certainement une épreuve pour vous. Cependant la mise en scène toujours aussi épatante de Scorsese ainsi que sa reconstitution minutieuse du Japon de l'époque forcent le respect. Silence nous embarque dans un autre temps, plus noir, plus désespéré mais aussi, et certainement, plus courageux à bien des égards. Authentique leçon de bravoure et d'abnégation, l'histoire de Silence interroge sur la capacité à croire envers et contre tout, sur la persécution des minorités religieuses dans le monde et sur l'universalité des croyances. Il le fait en exposant des choses horribles mais d'où peut jaillir des éclairs de beauté insoupçonnés, comme ces communautés qui n'ont rien mais qui vivent par leur foi ardente, ou ce père qui va tout sacrifier pour sauver les siens. Silence apporte un message fascinant sur la confrontation à Dieu, sur la recherche de sa voix et la solitude de l'homme. 

    Mais il échoue aussi d'une certaine façon, non seulement dans sa façon abrupte de présenter son sujet - peu nombreux seront les spectateurs à pénétrer l'histoire - mais aussi avec sa profusion de voix-off. Cette dernière reste assez surprenante chez Martin Scorsese qui devrait pourtant être capable de faire passer les émotions de ses personnages ainsi que leurs sentiments sans cette lourdeur didactique parfois lassante. Silence aurait également mérité de franches coupes, ne serait-ce que pour éviter la répétition dont il est victime. Certes le film est à l'image du chemin de croix de son héros mais on l'aurait bien compris au bout de deux heures derrière l'écran. C'est d'autant plus dommage que le long-métrage présente une véritable ambition narrative qui fait du bien, bien davantage en tout cas que le mou et consensuel Sully de Clint Eastwood. 

    Film clivant mais fascinant, Silence permet d'aborder une autre facette de Martin Scorsese tout en réaffirmant le talent de mise en scène extraordinaire de l'américain. Certainement difficile pour le spectateur lambda, le long-métrage n'en reste pas moins une formidable plongée sur les croyances et la capacité à se battre pour sa foi et les siens. Un chemin de croix qui en vaut la peine. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  L'adieu à Mokichi sous la pluie

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  • [Critique] American Pastoral

     S'il existe une chose difficile, c'est de mener à bien un premier long-métrage. La chose est encore plus ardue lorsque l'on est un acteur reconnu qui doit faire ses preuves derrière la caméra. Clint Eastwood ou Ben Affleck en savent quelque chose. C'est aujourd'hui au tour d'un autre grand nom d'Hollywood de tenter de devenir réalisateur : Ewan McGregor. L'acteur britannique recrute Jennifer Connelly et Dakota Fanning (un peu perdue dans l'ombre de sa sœur, Elle Fanning) pour un drame académique sur une famille américaine typique adapté du roman éponyme de l'immense Philip Roth. Cependant, malgré tout le talent d'acteur qu'on lui connaît, Ewan McGregor aura fort à faire pour nous convaincre. Cela même s'il est également l'acteur principal de son film. Que vaut réellement cet American Pastoral ?

    Tout d'abord, McGregor choisit d'introduire son film par une histoire annexe à celle de la famille principale. En faisant intervenir un écrivain qui finit par nous raconter le drame qu'a subi les Levov, le réalisateur britannique commet une faute qu'on pourrait dire de didactisme. Quelque soit la raison pour laquelle il fait intervenir ce procédé, il perd la fluidité de son récit dans la prmeière partie et le rallonge de façon tout à fait artificielle. Cette introduction maladroite et assez lourde ne peut cependant pas occulter le fait que d'emblée, McGregor dispose d'une mise en scène élégante, académique certes mais véritablement élégante. Ses plans, ses cadres, tout concourt à nous immerger dans son aventure sans jamais remarquer qu'il s'agit là d'une première fois derrière la caméra. Le vraie problème dans la narration d'American Pastoral s'envole dès que l'on plonge dans l'histoire des Levov.


    A ce stade, McGregor acteur tient le film sur ses épaules d'une façon remarquable. En face, Jennifer Connelly rappelle qu'elle est une très grande actrice injustement négligée. Ce que vont traverser Swede et Dawn Levov pourtant n'a rien d'anodin. Nous en arrivons donc au cœur de ce drame familial et, d'une certaine façon, social. American Pastoral raconte comment tout peut s'effondrer pour un couple à qui tout semble sourire. Il le fait en exploitant l'un des aspects les plus redoutables de la société américaine : son fanatisme. Qu'il soit religieux ou politique, le fanatisme américain s'incarne dans la jeune Merry, fille brillante mais influençable et fragile, qui perd pied par les manipulations qu'elle va subir. Avec un simple grain de sable dans les rouages harmonieux de la famille Levov - la vision de ce moine qui s'immole à la télévision - tout vole en éclats. 

    American Pastoral se retrouve alors en même temps un drame familial poignant magnifié par la prestation de son couple vedette, et une mise en abîme de la fragilité de la société américaine. Ou comment sa propension à l'extrême peut finir par détruire ses valeurs les plus sacrées. Ce qui touche le plus en réalité, c'est la relation entre un père et sa fille, une fille qu'il ne cessera de rechercher jusqu'à la fin et qui, selon toute évidence, est morte sans qu'il s'en aperçoive. American Pastoral parle donc du passage à l'âge adulte, de comment les enfants peuvent aller vers des horizons plus sombres où quoique l'on fasse, on ne pourra jamais les rattraper. A cet égard, American Pastoral reste un grand film triste jusqu'à sa scène de fin magnifique mais tragique en diable. On retrouve dans cette dernière partie la lourdeur didactique imposée par le choix narratif de départ mais la force émotionnelle dégagée amoindrit quelque peu ce défaut.


    Pour une première réalisation, et malgré un académisme certain ainsi que des choix narratifs discutables, American Pastoral s'avère un film de qualité. Ewan McGregor assure deux rôles extrêmement difficiles en s'en sortant franchement de belle manière pour accoucher d'un long-métrage poignant et sombre sur les travers d'une société américaine qui n'en a pas fini avec ses vieux démons. 

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  Swede découvrant sa fille en banlieue

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  • [Critique] Beauté cachée

    Certains mystères continuent à planer sur le cinéma hollywoodien. L'un des plus impénétrables pourrait être la disparition quasi-totale d'immenses acteurs qui finissent par croupir dans des métrages de seconde zone. Prenons, au hasard, Beauté Cachée de David Frankel (un nom qui ne vous dis rien mais qui est à l'origine Du Diable s'habille en Prada ou encore de Marley et moi), ce film rassemble un casting tout à fait époustouflant avec, en tête, le génial Edward Norton, la formidable Helen Mirren et l'excellente Kate Winslet (on reparlera du cas Will Smith plus tard...). Un trio d'acteurs presque tombés dans l'oubli de façon totalement...incompréhensible. On les retrouve donc au casting de Beauté Cachée, film choral mélodramatique qui, ne le cachons pas, résume toutes les choses détestables de ce sous-genre lorsqu'il est bouffé par le système Hollywoodien. Un résultat d'autant plus pathétique que l'idée de départ, elle, n'est pas forcément mauvaise.

    En effet, Beauté Cachée nous parle de la descente aux enfers d'Howard Inlet, chef d'entreprise et publicitaire New-Yorkais, qui n'arrive pas à surmonter la mort de sa fille. Pour l'aider (et aussi un peu pour sauver leurs miches), ses trois plus "proches" amis vont faire intervenir des acteurs pour incarner la Mort, l'Amour et le Temps, des abstractions chères à Howard et auxquelles il écrit depuis un certain temps. Malgré un arrière-goût déjà assez sirupeux (on sent que l'on peut glisser à tout moment dans le tire-larmes facile), le postulat pourrait être intéressant au vu du casting assez hallucinant engagé. Le problème, et on s'en rend compte dès les premiers instants, c'est que Beauté Cachée n'est qu'un projet de commande lambda sans âme, sans talent et bouffé de tous les côtés par des hordes barbares de clichés.

    Le problème le plus évident, c'est évidemment le scénario. Tout dans Beauté Cachée est d'une prévisibilité sans nom. A moins d'avoir vécu dans une grotte les dix dernières années et n'avoir jamais vu un seul film mélodramatique, tout se devine à l'avance. Cette incapacité à ménager la moindre surprise aurait cependant pu être compensée par de beaux personnages...et là, c'est encore le drame. Caricatures sur pattes ne servant qu'à s'imbriquer dans un scénario cousu de fil blanc, les héros de l'histoire n'ont en fait qu'une seule facette qui permet d'ébaucher sur chacun d'entre eux une sous-intrigue. De ce fait, les trois amis d'Howard sont liés à l'un des trois acteurs qu'ils engagent et Frankel morcelle son récit pour en faire une sorte de simili-film choral. En anémiant son histoire principal, il se doit donc être d'une subtilité éléphantesque pour tout régler dans le temps imparti. Donc, les acteurs qu'il dirige jouent sans aucune conviction, juste là pour encaisser leur chèque. Tout ce rassemblement de talents pour rien en somme....Arriver à faire jouer de façon totalement oubliable Norton et Mirren reste tout de même un sacré exploit en soi. 


    Il faut alors reparler du cas Will Smith, un peu sensé être le centre de tout ça. En réalité, Will Smith fait du Will Smith. Depuis un certain temps, celui-ci ne fait que répéter ad vitam aeternam le même rôle larmoyant avec un père qui pleurniche sur son enfant. Will Smith tend à devenir l'empereur du tire-larme facile mêlé à une espèce de cool-attitude qui finit par agacer. Un pur produit Hollywoodien alors qu'il avait à la base un potentiel sympathie énorme. Forcément, Beauté Cachée semble taillé pour lui. Le film s'avère tout à fait incapable de sortir de son carcan de drame affligeant où il faut pleurer mais...quand même à la fin...on doit avoir le sourire parce que même si tu vas crever, même si tu es divorcé, même si tu vas finir vieille fille, même si ta gosse est morte...la vie est pas si mal quoi. Merde, on peut quand même faire des ballades à Central Park et voir des écureuils. Beauté Cachée n'a rien compris au potentiel de son postulat de base et on soupçonne qu'il n'en a jamais rien eu à faire en réalité.

    Qu'est-ce qui peut alors rattraper le métrage ? Ce n'est ni la mise en scène banale au possible, ni la musique sans saveur, ni même son pseudo-twist de fin que tout le monde a compris depuis le début. Vous pleurez très certainement devant Beauté Cachée de David Frankel mais pas pour les raisons attendues. On cherche toujours l’intérêt de ce genre de film, à part de payer les impôts de Smith et compagnie. 
      

    Note : 1.5/10

    Meilleure scène :  Euh...

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  • TOP CINE 2016 - JUST A WORD

    Ce top a été composé après visionnage de 96 films au cinéma sortis cette année 2016.

    [Top] Bilan Cinéma 2016

    10 - Nocturama de Bertrand Bonello

    Et si l'on commençait ce top par un film français ?
    Nocturama, c'est le dernier bébé de l'excellent Bertrand Bonello qui nous démontre avec brio que le malaise de la société moderne va bien plus loin que ce que constate les journalistes. Après une première partie en apesanteur, Bonello traîne son regard de vieux révolutionnaire déçu sur une jeunesse sacrifiée qui ne sait plus comment exister et combattre. C'est aussi beau que fort et ça prouve que le cinéma français vit encore quelque part !

    >>>>> CRITIQUE

     

    [Top] Bilan Cinéma 2016

    9 - Ma Loute de Bruno Dumont

    Encore un film français ? 
    Avec Ma Loute, nouvelle dinguerie signée Bruno Dumont, le top 2016 est bien représenté sous nos latitudes ! Accompagné d'une bande de joyeux drilles tous plus loufoques les uns que les autres, Bruno délivre un chant d'amour à sa région du Nord en s'en gaussant à outrance avec une caméra virtuose, un humour improbable et un sens de la mise en scène impressionnant. L'un des films les plus drôles et les plus jusqu'au-boutistes de l'année !

    >>>>> CRITIQUE

    [Top] Bilan Cinéma 2016

    8 - La Tortue Rouge de Michael Dudok De Wit

    Le film d'animation à l'occidental est-il mort dans l'ombre de l'anime japonais ?
    Avec la fusion de ces deux univers, Michael Dudok De Wit nous démontre qu'il n'en est rien. Petit joyaux brut inattendu, La Tortue Rouge est un monument de poésie muet où la beauté se cache dans la moindre image. Ode à la vie, au temps qui passe, à la nature et tout simplement à l'amour, La Tortue Rouge émerveille de la première à la dernière seconde. Le film d'animation de l'année !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    7 - Comancheria (Hell or High Water) de David MacKenzie

    L'année 2016 réservait au moins une authentique surprise avec Comancheria de David MacKenzie. L'auteur de Perfect Sense nous offre rien de moins qu'un des meilleurs films de l'année et cela en toute discrétion. Passé inaperçu en salles sauf pour une poignée de cinéphiles avertis, Comancheria revisite le western à la sauce sociale, charge une Amérique en train de se bouffer elle-même et offre un portrait de frères touchant en diable. Une véritable merveille.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    6 - The Witch de Robert Eggers

    Catégorie injustice, voici The Witch.
    Sorti directement en DVD, ce film d'horreur arrive pourtant à mettre une bonne claque à 99% des long-métrages sortis en salles. Dans une Amérique puritaine, une famille va découvrir l'horreur à l'orée d'une forêt pleine de mystères. Avec une économie de moyens tout à fait remarquable, Robert Eggers vous donne la chair de poule en filmant un lapin et un bouc. Redoutablement intelligent et incroyablement mis en scène, The Witch ne laisse personne indemne. Et c'est un premier film...

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    5 - Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich 

    Après The Look of Silence l'année dernière, c'est cette fois Jodorowsky's Dune qui gagne la place du documentaire de l'année ! Frank Pavich ébauche un film passionnant sur un projet mythique qui n'a jamais vu le jour mais semble couvrir de son ombre toute la production moderne. Tour à tour truculent, hilarant et passionnant, le documentaire émerveille par la passion qui en suinte par tous les pores. C'est jubilatoire de bout en bout et ça fait du bien à notre cœur de cinéphile !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    4 - The Revenant d’Alejandro González Iñárritu 

    Premier choc cinématographique de l'année, The Revenant n'a pas que permis à Di Caprio de recevoir l'oscar mais de confirmer l'incroyable talent du réalisateur mexicain. Pièce de choix du survival, The Revenant offre un moment de cinéma confinant au sublime dans une première séquence à couper le souffle puis en émerveillant à chaque seconde par la beauté maniaque de ses plans. En y ajoutant une dimension mystique passionnante et une pléiade d'acteurs formidables - Tom Hardy en tête - The Revenant entre dans l'histoire. Prenez une doudoune quand même.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    3 - Premier Contact de Denis Villeneuve

    Voici donc le podium de l'année en commençant par Premier Contact de Denis Villeneuve.
    Basé sur le texte de Ted Chiang, Premier Contact déjoue les pièges du blockbuster américain et se concentre sur l'intime devant tout le reste. Porté par une Amy Adams en état de grâce, le film de Villeneuve montre à nouveau le talent de mise en scène fabuleux du canadien. Véritable chant d'amour à une Science-fiction de l'humain, Premier Contact émeut. Devant l'immensité spatiale, c'est bien tout ce qui compte. La vie comme un palindrome.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    2 ex-aequo - Mademoiselle de Park Chan-Wook

    Tricherie éhontée dans ce top ! Un ex-æquo !!!!!
    Eh bien oui, devant l'impossibilité de faire un top 3 digne de ce nom, Mademoiselle de Park Chan Wook se retrouve ex-æquo ! Oeuvre incroyablement sensuelle et dense, Mademoiselle consacre de nouveau le réalisateur coréen comme un artiste de toute première catégorie. Mise en scène à tomber, musique raffinée et héroïnes extraordinaires, Mademoiselle incarne la quintessence du cinéma dans tout ce qu'il a de sensuel. En réalisateur machiavélique, Park Chan-Wook nous tient au creux de sa main pour mieux nous faire jubiler avec des plaisirs inavouables !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    2 ex aequo - Steve Jobs de Danny Boyle

    La surprise du podium de cette année, c'est bien l'apparition d'un biopic sur la seconde marche.
    Danny Boyle profite de l'expertise d'Aaron Sorkin pour livrer un long-métrage tout simplement extraordinaire sur un homme fascinant : Steve Jobs. Pensé comme une pièce de théâtre, Steve Jobs offre des dialogues succulents accompagné par une mise en scène qui n'en finit pas d'épater le spectateur pendant qu'un certain Michael Fassbender vole le show à lui seul. En contournant les pièges du biopic classique et en donnant sa vision de l'homme devant le génie, Boyle et Sorkin ont tout compris. Et si l'amour d'une fille était tout ce qui comptait en réalité ?
    Juste sublime.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    1 - The Neon Demon de Nicolas Winding Refn

    La beauté est tout.
    Vainqueur de cette année 2016, le film-expérimental de Nicolas Winding Refn laisse un peu tout le monde sur le carreau. Dans une ambiance qui vire peu à peu vers le glauque, The Neon Demon se révèle une véritable oeuvre d'art ciselée dans les moindres détails par un artiste fou. Parabole sur le monde moderne de l'apparence à tout prix, le long-métrage vous chope à la gorge pour vous murmurer à l'oreille que votre existence n'a aucun but. Que vous serez dévoré par le système. Plastiquement irréprochable, thématiquement terrifiant, The Neon Demon s'arroge la première place pour cliver encore un peu plus son monde. 
    Hail to the king !

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    Les Coups de Cœur :

    - Captain Fantastic de Matt Ross -- Critique
    - Paterson de Jim Jarmusch -- Critique

    - Vaiana de John Musker et Ron Clements
    - Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson  -- Critique
    - Le ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar 
    - Ma Vie de Courgette de Claude Barras -- Critique
    - L’effet aquatique de Solveig Anspach 
    - Men & Chicken de Anders Thomas Jensen -- Critique
    - Batman vs Superman de Zach Snyder -- Critique
    - Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase 


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  • [Critique] Mademoiselle

     

     Est-il encore besoin de présenter le meilleur réalisateur coréen vivant à l'heure actuelle ? Propulsé au rang de star mondiale avec son Old Boy, Park Chan-Wook a depuis enchaîné les coups d'éclats. Le dernier en date, le magnifique Stoker, datait tout de même de 2013 et l'on attendait avec une impatience non dissimulée l'arrivée de son dernier métrage, le fameux Mademoiselle. Présenté sur la Croisette cette année et reparti bredouille de celle-ci (!!), le film a pourtant largement recueilli les faveurs de la critique. En retournant à un casting intégralement coréen, Park Chan-Wook revient à un genre qu'il aime plus que tout, le thriller vengeresque et retors. Coiffé au poteau par Moi, Daniel Blake de Ken Loach dans la course à la Palme d'Or, Mademoiselle a pourtant de très sérieux atout à faire valoir. Reste cependant l'interrogation autour de l'orientation ouvertement homosexuelle du métrage qui peut faire craindre un Vie d'Adèle bis. C'est pourtant bien mal connaître Park Chan-Wook...

    Nous sommes dans les années 30, dans une Corée colonisée par le Japon. Le Comte, un escroc ambitieux, tente d'infiltrer Sook-he, une servante, chez la richissime Hideko que l'on surnomme Mademoiselle. Son but ultime ? Séduire Hideko avec l'aide de Sook-he et empocher sa fortune. Dans le manoir lugubre de son oncle Kouzuki, Hideko va donc recevoir cet homme prêt à tout pour la conquérir. Même à assister aux mystérieuses et dérangeantes séances de lectures d’œuvres littéraires sado-masochistes données pour une poignée de riches amateurs. Le décor est planté, le jeu de dupes peut commencer. En reprenant une intrigue labyrinthique naviguant entre Stoker et Old Boy tout en distillant un lent poison malsain au gré de son histoire, Park Chan-Wook découpe son film en trois actes et joue avec son spectateur comme un chat avec une souris.

    Construit sur de multiples retournements de situation, Mademoiselle pourrait rapidement agacer si le cinéaste coréen n'avait pas une maîtrise totale de son sujet et de ses acteurs. Au cœur de l'histoire, une affaire d'escroquerie qui se métamorphose rapidement en drame psychologique et amoureux. Très doué pour brouiller les pistes et magnifier ses acteurs, Park Chan-Wook dirige impérialement son casting, avec une mention spéciale à Kim Min-Hee et Kim Tae-Ri qui portent littéralement le film sur leurs épaules...moins frêles qu'elles n'y paraissent. Car oui, Mademoiselle est un film féministe de la plus belle facture. Non seulement il nous plonge dans les turpitudes amoureuses d'un amour lesbien mais il montre l'emprise des dames sur une société pourtant résolument patriarcale. La force du propos de Mademoiselle tient en grande partie de cette fabuleuse peinture amoureuse entre la servante et la maîtresse qui, au contraire du putassier et pitoyable film de Kechiche, restitue un érotisme d'une élégance extrêmement rare. 

    L'autre versant de Mademoiselle, c'est sa situation historique et le jeu entre coréen/japonais qui scinde en deux la société présentée. C'est également l'allusion constante à la littérature érotique lorgnant vers le sado-masochisme (un thème déjà présent dans l'oeuvre de Park-Chan Wook) qui transforme le manoir en un lieu effrayant et presque surnaturel d'où suinte des plaisirs interdits. Les séances de lecture autour des œuvres de Sade sont autant de moments de délices jubilatoires où le coréen se permet tous les excès.Il sait aussi se faire plus discret et revenir à des choses bien plus "basiques" mais pourtant d'une efficacité sidérante comme la scène du bain où Sook-he lime langoureusement la dent de sa maîtresse avec le doigt. Sans aucun doute la séquence la plus érotique de cette année 2016 sur grand écran. Mais tout cela n'est possible que par un seule et unique élément : le talent hallucinant de metteur en scène de Park Chan-Wook.

    Dès les premiers instants, Mademoiselle est une splendeur visuelle. En utilisant sa caméra avec une aisance de tous les instants, Park Chan-Wook fait plus que capturer une histoire, il la magnifie dans chaque angle, par chaque petit détail. Là où Kechiche filmait tout en gros plans avec une vulgarité de m'as-tu vu écœurante, le réalisateur coréen recherche toujours le meilleur angle d'attaque, notamment lors des scènes de sexes. De facto, celles-ci deviennent des instants de délices visuels d'un érotisme confondant. La première nuit d'amour entre Sook-he et Hideko a beau être présenté à deux reprises, la maestria visuelle et l'imagination sans renouvelée de Park Chan-Wook pour la filmer laisse pantois. Le point d'orgue du film sera dès lors la séquence de sexe lesbien avec des boules de geisha à clochettes où l'esthétisme érotique rejoint le tintement langoureux des carillons. 

    Sous cette couche d'érotisme sublime, Park Chan-Wook infiltre sournoisement le malaise dans le cœur du spectateur. La cave mystérieuse dont on ne cesse de parler, l'obscur rôle de l'oncle, l'éducation entraperçue de Mademoiselle...tous ces éléments, dévoilés avec une infinie précaution, donne un goût poisseux au film. Il suffit d'ailleurs de quelques minutes au réalisateur pour nous terrifier lorsque l'on découvre la fameuse cave de l'oncle. Les tortures qui y ont lieu nous seront montrées en parti mais on imagine le reste avec un effroi certain. Encore une fois, comme il l'avait fait avec Stoker, Park-Chan-Wook jongle avec le non-dit et le malsain, s'amuse à nous égarer et à nous titiller pour mieux nous faire tomber à côté d'un piège vénéneux. Le sexe est une arme et les femmes savent l'utiliser à la perfection. 

    Sans aucun doute l'un des plus beaux (le plus beau ?) métrage sur le plan formel de l'année 2016, Mademoiselle est un condensé du talent de conteur et de réalisateur de Park Chan-Wook. Servi par un casting irréprochable et par un sens de l'érotisme tout à fait délicieux, voici la véritable Palme d'Or de Cannes en 2016...et l'un des meilleurs films de l'année.

     

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Le limage de dent

     

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  • Palme d'or Cannes 2016

     

     

     Attendu au tournant, Moi, Daniel Blake de Ken Loach a beaucoup fait parler de lui depuis sa présentation au festival de Cannes cette année. Pourquoi cela ? Parce que le film a été récompensé par rien de moins que la Palme d’or, la récompense suprême de la Croisette. Le problème là-dedans c’est que non seulement un certain nombre de films méritait bien davantage la Palme (Qui a dit Mademoiselle ?) mais qu’en plus Ken Loach est un réalisateur très (très) connu à Cannes. Il avait déjà décroché la Palme en 2006 pour Le Vent se lève ainsi que trois Prix du Jury. Dire qu’on soupçonne George Miller (le président du jury 2016) d’un délit de copinage est un doux euphémisme. Cependant, comme cela doit toujours être le cas, il faut d’abord voir le film en question avant de pouvoir juger du bien-fondé de cette récompense et de la hype qui l’accompagne.

    Moi, Daniel Blake est un film social. Cela ne surprendra personne de la part d’un Ken Loach toujours très engagé même à l’âge de 80 ans. Il nous présente donc Daniel Blake, un veuf de 59 ans qui a perdu son travail de menuisier suite à un infarctus sur le lieu de son travail. Désirant plus que tout reprendre son activité, il demande donc une aide sociale en attendant de pouvoir travailler de nouveau. Sauf qu’on lui refuse et qu’il tombe alors dans les méandres Kafkaïens du Pôle Emploi anglais et des services sociaux attenant. Il y fait la rencontre d’une jeune femme, Katie, mère célibataire de deux enfants, qui survit tant bien que mal en attendant que les services sociaux daignent lui venir en aide.

    Film lent mais rageur, Moi, Daniel Blake pose son personnage principal avec une habilité remarquable. Daniel est le type même de vieux bougre qui ne mâche pas ses mots dans une société où tout a l’air de foutre le camp. La réalisation très sobre et très naturaliste de Ken Loach fait des merveilles dans un Londres froid et souvent déshumanisé qui ne trouve un peu de chaleur qu’à la lumière de ces « parasites ». Moi, Daniel Blake a donc un défaut assez évident : il n’a quasiment aucune nuance. Il s’agit là d’un film à charge et il ne montre que les valeureux écrasés par le système. Il ne fait état d’aucun profiteur ou d’aucun abus. Dans le monde vu par la loupe de Loach, tout le monde est opprimé, est victime, personne n’est profiteur. Le manque de nuance a parfois tendance à agacer, mais c’est sans compter sur la rage qu’il reste au réalisateur. Non seulement à travers deux personnages magnifiques, Katie et Daniel, mais aussi à travers la relation qui en ressort, cette tendresse instantanée qu’on a pour ces deux-là. Le portrait humain n’a rien à se reprocher, même s’il semble être le seul modèle concevable pour le cinéaste.

    C’est ici que cette critique prendra pour le lecteur habituel de ce site une tournure inattendue. Il n’est ordinairement jamais question de point de vue politique ici mais…pour une fois…
    Moi, Daniel Blake s’apprécie et ne se conçoit pas en dehors d’une perspective politique et sociale. Oui, le film n’a pas de nuance. Oui, Ken Loach voit tout de façon très caricaturale, parfois avec bonheur (l’administration froide et mécanique, totalement déshumanisée) parfois avec trop de naïveté (le gentil voisin qui fait de la contrefaçon).
    Mais Moi, Daniel Blake est un film nécessaire, un film qui fait du bien. Sortez de chez vous, allez-y.
    Regardez les trottoirs. Regardez ces gens-là qui crèvent de faim, de froid, de tout. Ces gens qui vous culpabilisent quand vous passez à côté, que vous ne donnez pas assez ou pas du tout alors que vous-même, souvent, vous êtes écrasés par les impôts d’un état totalitaire qui ne dit plus son nom. Ken Loach donne une voix, une dignité à ces gens-là, à ces crève-la-faim qui ne sont pas là pour vous sucer le sang mais pour vivre décemment, qui veulent juste un toit, à bouffer et un travail. Quand votre président gagne rubis sur l’ongle, que vos députés se goinfrent comme des porcs, quand vos footballeurs gagnent des millions, quand les grands du CAC 40 se caviardisent.
    Entendre Daniel Blake fait un bien fou, c’est un cri de raison dans une société moderne capitaliste devenue folle, devenue monstrueuse. Dénuée de toute parcelle d’humanité.
    Mais là où Ken Loach touche au sublime, c’est lors d’une séquence à la banque alimentaire.
    Dans celle-ci, Katie, qui se prive depuis des jours pour que ses enfants puissent manger, ouvre une boîte de conserve en catimini pour pouvoir manger des haricots froids parce qu’elle a « tellement faim ». Cette séquence est terrible, glaçante, magistrale. Sans musique, sans emphase, avec juste sa caméra et rien d’autre, Ken Loach capture l’indicible de notre société. Une femme qui pleure parce qu’elle a honte de mourir de faim.
    Parce qu’elle a honte de mourir de faim !
    Cette scène, emblématique de la rage du film et de sa charge totalement sans nuance fait autant de bien que de mal au spectateur. Rien que pour ça, rien que pour les milliers de personnes dans ce cas, ballottées par des services sociaux débiles et des gouvernements qui nous apprennent à nous détester entre petits plutôt qu’à les brûler vifs eux pour nous laisser crever, rien que pour ça Moi, Daniel Blake n’est pas le film mauvais ou insuffisant qu’on nous a vendu. Au contraire, il s’agit d’un excellent film.

    Le long-métrage de Ken Loach ne méritait pas la Palme d’Or cette année à Cannes d’un point de vue purement cinématographique. Mais cela n’enlève en rien ses qualités. Le cinéaste pousse un cri de douleur, un cri feutré dans ce monde moderne absurde, aidé par deux comédiens extraordinaires – Dave Johns et Hayley Squires – et par une réalisation d’une sobriété exemplaire. Pas de musique, juste des mots, juste des êtres humains qui, l’espace d’un film, redeviennent autre chose que des invisibles.
    Bravo Mr Loach !

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : La banque alimentaire

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  • [Critique] Trolls

    Parfois, on s'imagine les réunions de projets des producteurs Hollywoodiens, surtout dans l'industrie de l'animation.
    Par exemple, comment un jour une personne a pu se dire "Tiens, et si on faisait un film sur des Legos ?" ou "Tiens, si on faisait un film avec des saucisses ?".
    Ou comment un scénariste ou producteur a pu regarder cette figurine culte des années 80-90, le fameux Troll de la société Dam Things et se dire : "Wahou, ça ferait un super film d'animation ?"

    [Critique] Trolls

    Non, parce que, franchement, vu comme ça, c'est pas vraiment la première chose à laquelle on pense. Pourtant, c'est bien ce que Dreamworks a fait en confiant le projet à Mike Mitchell et Walt Dohrn qui avaient surtout bosser sur Bob L'éponge et Shrek auparavant. Pas de quoi être rassuré à priori surtout si l'on rajoute que c'est Justin Timberlake qui supervise la partie musicale. 
    Soyons cependant juste quelques minutes. En effet, Lego : The Movie ne fut pas seulement une bonne surprise mais une petite bombe animée délicieuse et complètement malade, Sausage Party bénéficie quand à lui d'une remarquable presse outre-Atlantique. Alors quand on regarde ce projet totalement improbable, on a envie de se dire "Pourquoi pas ?"
    Et justement...pourquoi pas...

    Premier défi pour les réalisateurs, inventer une histoire derrière de simples figurines. Nous sommes dans le pays des Trolls, d'adorables créatures à la chevelure pour le moins détonante, qui adorent chanter, se faire des câlins et dire tout plein de choses gentilles. En gros, les Trolls sont des bisounours version pop-rock. Le problème, c'est que leur joie de vivre leur donne un goût particulièrement délicieux pour le palais des Bergen, des sortes de trolls au vrai sens du terme avec le physique qui va avec. Devenus des mets précieux pour les Bergen et enfermés dans un arbre-prison pour la dégustation annuelle des Bergens, les Trolls retrouvent espoir grâce à leur roi qui les emmène dans une contrée lointaine pour vivre en harmonie. Le souvenir des Bergen s'effaçant, la fille du roi, Poppy, ainsi que ses amis Trolls, oublient ce qu'était le danger. Seul un Troll continue à vivre en reclus dans un bunker en attendant le retour de la menace Bergen. Le sinistre Branche qui ne chante pas, n'aime pas les câlins et refuse de se mêler aux autres. Jusqu'au jour où la terreur resurgit.

    Expliqué de cette façon, le scénario des trolls ne restitue pas la folie de l'entreprise parce que, soyons clairs, à l'écran c'est un festival de WTF pendant les trente premières minutes. Les Bergens sont des monstres grotesques qui bouffent des Trolls pour ressentir un peu de bonheur, les Trolls sont des caricatures sur pattes de bisounours sous amphet avec des personnages carrément improbables parmi eux - une chenille qui ne sait pas parler, une espèce de...créature au long cou en miniature qui défèque des cupcakes, un Trolls boule à facettes qui crache des paillettes...Mais quest-ce que c'est que ce film ? En plus d'une histoire tirée par les cheveux - c'est le cas de le dire - Trolls affiche fièrement un tas de personnages improbables qu'on dirait inspirés d'un univers à la Pratchett...et ça tombe bien puisque les réalisateurs avouent s'en être inspiré avec Le Grand Livre des Gnomes. On comprend mieux pourquoi l'on obtient un résultat aussi étrange et farfelu.

    Certes le cheminement du film ne sera pas extraordinairement original mais il compte un sacré paquet de séquences hallucinogènes et d'idées excellentes. A commencer par Branche, le Troll en noir et blanc qui n'aime personne ou, mieux, le petit roi Bergen et sa servante follement amoureuse de lui. Deux mochetés hyper-attachantes et complètement inattendues. Les réalisateurs, conscients surement de l'improbabilité totale de leur scénario, s'en donnent à cœur joie. On arrive donc rapidement à une histoire fun, drôle et jouant constamment sur un côté WTF qui fait plaisir. Des délires comme un nuage avec des bras et des jambes...et qui parle ou une séquence de relooking à la Cendrillon de la servante Bergen. C'est cependant encore ailleurs que Trolls tire son épingle du jeu : Trolls est un film d'animation ET une comédie musicale en même temps.

    Rythmé par des chansons modernes, le métrage aurait pu devenir une parodie populaire d'un Disney d'antan. Mais ce n'est jamais le cas car les multiples chansons choisies s'incluent avec bonheur dans l'histoire. Il suffit de voir The Sound of Darkness remixé pour plaire à Branche pour s'en convaincre. Cette utilisation malicieuse donne au film encore plus d'humour et même de profondeur émotionnelle. On parle ici bien évidemment de la magnifique séquence dans la marmite où les Trolls réinterprètent la chanson True Colors. A ce moment-là, le film arrive à toucher son public. En somme, si Trolls fonctionne aussi bien, c'est parce qu'il ne se prend jamais au sérieux, s'amuse avec son postulat pour faire à peu près n'importe quoi dès qu'il le peut tout en laissant des prises plus classiques au spectateur...et parce qu'il est diablement beau. L'animation est en effet irréprochable et se permet quelques fantaisies comme les scènes en scrapbooking imaginées par Poppy. Décidément, Trolls regorge de surprises.

    Voila. Encore une fois, un projet complètement...grotesque...se transforme en un film d'animation sympathique, drôle, attachant et souvent complètement jeté.
    En tentant quelques petites choses délicieusement improbables, Trolls transcende son aspect banal pour devenir un divertissement fun utilisant la musique avec élégance et humour. Une bonne surprise qui vous laissera un grand sourire au lèvres et quelques notes sur la langue.  
    A voir ABSOLUMENT en VO par contre... le doublage français des chansons étant une catastrophe intégrale.


    Note : 7/10

    Meilleure scène : La séquence True Colors 

     

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  • [Critique] War Dogs

     Very Bad Guns

    Connu pour sa trilogie Hangover ( Very Bad Trip en français...), l'américain Todd Philips n'avait pas particulièrement brillé après un premier volet fun et rafraîchissant. En tentant de changer de formule dans le dernier épisode en date, le réalisateur s'était pourtant un tantinet perdu, incapable de dépasser un schéma narratif bancal finissant par ennuyer poliment son spectateur. Il continue cependant dans la veine comédie avec War Dogs, un biopic sur deux marchands d'armes amateurs qui avait, sur le papier, beaucoup d'arguments pour séduire. A commencer par un beau casting rassemblant Miles "Whiplash" Teller, Jonah Hill et Bradley Cooper. Le problème, c'est bien de savoir si Todd Philips est capable de sortir de sa routine narrative comme il l'avait fait dans Very Bad Trip 3...tout en gardant un rythme et un sujet intéressant pour le public. 

    De quoi parle War Dogs ? De l'histoire authentique de deux jeunes américains, Efraïm Diveroli et David Packouz, qui s'en sont mis plein les poches durant la guerre d'Irak grâce à une astucieuse entreprise qui profitait des appels d'offres d'armes de l'armée américaine dont personne ne voulait. Les miettes en somme. Mais des miettes qui valaient un sacré pesant de cacahuètes pour monsieur tout le monde. C'est ainsi qu'en flouant la Défense, ces deux marchands d'armes ont réussi à décrocher un faramineux contrat qui finit par les perdre. War Dogs est donc une sorte de biopic vendu comme une comédie. C'est d'ailleurs là que le bât blesse.

    De la comédie dans mon drame ?

    Le problème, c'est que War Dogs n'est pas véritablement un film comique. Evidemment, les deux personnages principaux sont des gentils losers (enfin presque), qui n'iront jamais très loin. Jonah Hill s'en sort très bien dans un rôle tout de même assez ingrat en interprétant un Efraïm Diveroli jouissif mais dont le seul gag consiste en un ricanement qui finit par agaçer. En face, Miles Teller écope d'un personnage assez vu et revu, le brave gars qui se retrouve piégé dans une entreprise louche dans le but d'offrir ce qu'il se fait de mieux à sa femme et son enfant. Globalement pourtant, War Dogs n'est pas une franche comédie. Quelques gags font sourire le spectateur mais ça s'arrête là. Todd Philips mise en réalité sur un domaine plus délicat: le drame. En construisant son récit comme une histoire sérieuse, le cinéaste fait dans la redites. Il se confronte par la même à un poids lourd du genre : Lord of War d'Andrew Niccol.

    Une fois cette notion en tête, on s'aperçoit très vite des similitudes entres les deux métrages. La lente montée en puissance de David, son envie d'impressionner sa femme et de vivre bien au-delà de ses moyens, ses entreprises de plus en plus dangereuses et embarrassantes d'un point de vue moral...et la chute, inévitable. Sauf que War Dogs n'arrive jamais à la cheville de ce maître-étalon. Todd Philips n'y peut rien, son film parait insignifiant. Il aborde un thème très fort, la vente d'armes, en ouvrant les portes sur un sous-texte contestataire important avec le rôle joué par les Etats-Unis...sauf qu'il n'en fait rien. Du tout. War Dogs reste du pur entertainement et n'a en réalité aucune épaisseur. Malgré son pompeux découpage en chapitres (qui ne sert à rien), le long-métrage ne sait pas où se placer ce qui finit par le ranger dans la catégorie : "vite vu, vite oublié".

    Tir manqué 

    War Dogs n'a rien de désagréable à la vision. Il montre que Todd Philips cherche à se renouveler en explorant des domaines autres que celui de la pure comédie. Malgré cette bonne volonté, l'américain ne sait pas positionner son film et se décider sur la façon de traiter son sujet accouchant ainsi d'un objet filmique inoffensif. Quitte à choisir, revisionnez Lord of War.

    Note : 6/10

    Meilleure scène : La traversée du triangle de la mort

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  • Grand Prix Cannes 2016
    Meilleur réalisateur pour Xavier Dolan Césars 2017
    Meilleur acteur Gaspard Ulliel Césars 2017

    Enfant chéri de la critique cannoise, le canadien Xavier Dolan a encore frappé cette année sur la Croisette. Après le prix du Jury pour son merveilleux Mommy en 2014, il remporte cette fois le Grand Prix pour Juste la fin du monde. Dans un palmarès très contesté, le jeune cinéaste n’a pourtant pas été épargné par la critique. Premier film avec un casting français de prestige, Juste la fin du monde joue la carte de l’adaptation de la pièce de théâtre, en l’occurrence ici celle de Jean-Luc Lagarce. Clivant largement le public lors de sa diffusion, le métrage a-t-il vraiment mérité sa récompense ou Cannes a-t-il encore commis un délit de copinage de plus ?

    Sur un thème relativement simple – mais très dur à traiter -, celui de l’annonce d’une mort prochaine, Juste la fin du monde s’enferme dans la maison familiale où tous les drames du passé sont restés piéger dans l’ambre, où les rancœurs sont encore chaudes et où les esprits un brin revanchards. Car Louis, personnage central de l’intrigue, revient après 12 ans passés à l’étranger et après avoir littéralement abandonné sa sœur, son frère et sa mère. On devine très vite que Louis vient dire une chose terrible à cette famille qu’il regrette mais qu’il ne sait absolument pas comment leur parler.

    « J’ai peur d’eux » répète Louis durant ce huit-clos familial. Et l’on comprend rapidement pourquoi. On pénètre dans une sorte de cocotte-minute, où les émotions sont prêtes à péter, où l’on sent constamment la tension qui monte. Le style Dolan est toujours présent, le réalisateur choisissant de nouvelles expérimentations – encore plus radicales – en filmant presque constamment en plans serrés ou en gros plans ses personnages. On est donc capturés par les émotions ainsi qu’asphyxiés dans le même temps. Ce choix artistique s’avère vite à double tranchant. En enfermant son intrigue dans un lieu unique, le canadien redouble l’effet claustrophobe de son film en le conjuguant avec son choix de mise en scène. Le problème majeur qui se pose, et c’est une première pour un film de Xavier Dolan, c’est que le métrage tombe dans l’hystérie la plus totale ainsi que dans la logorrhée chronique de ses personnages.

    Forcément, avec tant de ressentiment contre Louis, on sait dès le départ que les choses avec Antoine, son frère irascible, Suzanne, sa sœur perdue et Martine, la mère excentrique style Diane de Mommy, vont être compliquées et explosives. C’est ici que Juste la fin du monde perd son public. Les acteurs passent leur temps à crier, à s’engueuler, à s’emballer. Les longs tunnels de dialogues en tête-à-tête (le film fonctionne par confrontation entre Louis et un autre membre de la famille présente) se révèlent douloureux au possible. La palme revenant à l’entretien entre Louis et Suzanne, juste exécrable et inutile. Le film fatigue par ce mécanisme d’hystérie perpétuelle. Le spectateur se sent écrasé par les disputes et les cris, d’autant plus que tout se filme en gros plan. On est piégés et, franchement, c’est très désagréable à la longue.

    On n’arrive en réalité bien vite à comprendre ce qu’a voulu tenter Xavier Dolan. Dresser le portrait douloureux d’un homme confronté à ses erreurs passées, à ses manques. Gaspard Ulliel, magnifique, erre de pièce en pièce chassant les vieux fantômes de sa mémoire. Dans ces instants de flash-backs stylisés, Dolan redevient égal à lui-même, c’est clinquant mais c’est outrageusement beau. Sauf que cela ne se produit que par fugaces instants mélancoliques. On regrette amèrement que le cinéaste se prenne les pieds dans le tapis tant on sent le potentiel d’émotion derrière. Un potentiel palpable lors de l’entrevue entre Nathalie Baye, la mère, et Ulliel dans un cabanon. Dolan excelle à filmer avec sincérité la relation mère-fils, cette fois encore. Ou surtout dans ce crescendo final où Cassel brille d’un coup dans cette colère foudroyante mais…qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Il manque la narration logique et charmeuse d’un Mommy. Il manque même l’extravagante musique des précédents films avec des morceaux qui sonnent faux ! Une première ! Une chanson de Moby très mal placée, une autre de Blink 182 qui n’a rien à faire là…bref, que se passe-t-il à l’école Dolan ?

    Il avait pourtant bien des cartes en mains pour briller. A commencer par un casting de stars-égéries qui font tout ce qu’elles peuvent pour être à la hauteur. Cassel est excellent, Ulliel aussi, Nathalie Baye se Dolanise de la meilleure des façons possibles, Léa Seydoux n’est pas insupportable…Et Marion Cotillard interprète le rôle le plus intéressant et le plus nuancé du métrage. C’est son personnage qui aurait mérité plus d’approfondissement encore, surtout qu’il est à la fois extérieur et intérieur à la cellule familial. Mais non, Xavier Dolan, patauge, ne retrouve que quelques éclats de sa grandeur bien connue et ne peut sublimer son sujet comme il sait pourtant si bien le faire…

    Juste la fin du monde est le premier échec de la carrière du jeune Xavier Dolan. On voudrait aimer ce film plein d’émotions brutes, on voudrait vraiment mais c’est trop. Trop hystérique, trop asphyxiant, trop mal raconté,trop mal dosé…Le réalisateur passe à côté de son sujet. Du coup, on se demande avec un tel Grand Prix ce que nous réserve la Palme d’Or

    Note : 4/10

    Meilleure scène : Louis et Antoine plus jeunes en train de jouer - Louis et Martine dans le cabanon - La colère d'Antoine

    Meilleure réplique : "J'ai peur d'eux"

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  • [Critique] Spartacus

    Oscar 1961 du meilleur second rôle pour Peter Ustinov

    En 1960, Stanley Kubrick entre à Hollywood par la grande porte. Son dernier film, Les Sentiers de la gloire, lui a permis d'attirer l'attention des majors et de gagner à sa cause un certain Kirk Douglas. Véritable pilier de l'industrie Hollywoodienne à cette époque, Kirk Douglas se met en tête d'adapter le roman d'Howard Fast sur grand écran. Narrant la fameuse rébellion de Spartacus à l'époque de l'empire romain, l'histoire présente un énorme potentiel commercial et artistique, d'autant plus que le péplum est alors un genre en vogue. Seulement voilà, Douglas doit d'abord composer avec la commission des activités anti-américaines qui a blacklisté Howard Fast mais également le génial Dalton Trumbo, soupçonnés tous deux d'être des agents communistes. Trumbo va tout de même finir par être crédité avec l'appui acharné de Kirk Douglas. Autre problème, peut-être encore plus important, le réalisateur de Spartacus ne convient pas à Kirk Douglas. David Lean ayant refusé, c'est Anthony Mann qui prend le relais mais celui-ci est viré au bout de 2 semaines de tournage pour être remplacé par Stanley Kubrick lui-même. Un pari risqué, à la fois pour l'acteur Hollywoodien et pour le réalisateur alors en pleine ascension. 

    Souvent décrit par Kubrick comme son film le plus impersonnel, Spartacus n'en reste pas moins un énorme blockbuster à l'ambition dévorante ainsi que le témoin de toute une époque. Il faut tout de suite clarifier les choses quand à la parenté du métrage. Stanley Kubrick garde ici son sens de la mise en scène (les scènes de bataille et l'icônisation des personnages) et donne une authentique patte visuelle au film. Le problème, c'est qu'en effet, Spartacus n'a presque rien de Kubrickien. Si l'on excepte une ambiance de fin du monde lorsque l'on sait Spartacus voué à la défaite et la description particulièrement sanglante (pour l'époque) qui en est fait, les thèmes récurrents du réalisateur américain n'apparaissent simplement pas. La raison en est assez simple : Spartacus est un film de Kirk Douglas et Dalton Trumbo avant toute chose. Se faisant, le résultat peut laisser perplexe dans la filmographie du cinéaste qui semble ici perdre l'âme de son cinéma pour mettre son talent de metteur en scène au service d'un divertissement de haute volée. Voilà pourquoi Spartacus apparaît à la fois comme une mauvaise et une bonne chose dans le parcours de Kubrick. 

    Spartacus raconte l'histoire archi-connue de l'esclave du même nom qui se révolta contre l'Empire Romain. Histoire aussi héroïque que tragique, la légende de Spartacus devient une fresque impressionnante entre les mains de Kubrick, Douglas et Trumbo. Le film profite d'une distribution royale, d'un budget colossal qui se ressent constamment à l'écran (notamment la dernière scène de bataille hallucinante par son ampleur) et de fils narratifs ambitieux, même si imparfaits. On retrouve dans Spartacus tout ce qu'affectionne le grand Hollywood : un héros magnifique, une histoire d'amour passionnée et tragique, un combat pour la liberté et des sous-intrigues politiques passionnantes pleines de coups bas. A première vue, Spartacus est l'archétype du film Hollywoodien. Sauf que.

    Sauf que derrière cette histoire se trouve un certain Dalton Trumbo et qu'en y regardant de plus près, il transforme l'histoire de Spartacus (avec entorses historiques et anachronismes tout du long) en une charge anti-américaine et, plus généralement, anti-capitaliste, incroyablement audacieuse. Si l'on prend le film au premier degré, on se retrouve devant un homme se battant pour la liberté et la libération du joug d'un empire tyrannique, célébrant ainsi certaines valeurs américaines traditionnelles. Mais si l'on creuse et qu'on regarde de plus près, le message s'inverse. Spartacus incarne en réalité l'homme pré-communiste et devient en cours de route le porte-étendard d'une conception communiste de la société où l'esclave (le prolétaire) se libère des chaînes de l'exploitation d'un empire où le riche écrase le pauvre et où la corruption gangrène tout (l'Empire Romain/Américain). En assumant de ce fait que l'Empire Romain soit une métaphore de l'Empire américain, et Spartacus le porte-étendard de la révolution des pauvres et des exploités, le sénat présenté dans le film se divise entre Démocrates (Gracchus) et Républicains (Crassus). Là où Trumbo va encore plus loin c'est lorsqu'il présente la mort de Spartacus, héros communiste naturellement adulé par le public, comme un écho du Christ sur la croix. En somme, le peuple américain, aveuglé par ses dirigeants, crucifie son propre sauveur. Trumbo accomplit là un tour de force scénaristique incroyable, parfaitement retranscrit par le jeu d'un Kirk Douglas toujours impeccable et qui porte littéralement le film sur ses épaules. On pourra même s'amuser (dans la version longue) à débusquer la scène aux connotations homosexuelles insérée par Trumbo entre Antoninus et Crassus. 

    Derrière ce scénario d'une redoutable intelligence, on trouve également un divertissement de haute volée qui préfigure largement des films comme Gladiator de Ridley Scott bien des décennies plus tard. L'intrication des fils politiques, historiques et amoureux forcent le respect et permet de capter l'attention du spectateur sur la colossale durée de 3h17 (!!). Ne reniant pas quelques doses d'humour bien senties grâce au truculent personnage de Peter Uslinov, aka Batiatus, Spartacus n'ennuie jamais. Au contraire, il passionne et offre tout ce que l'on recherche dans un blockbuster d'honnête facture, voir même bien plus en y regardant à deux fois. Ne reste alors qu'à déplorer un certain manque d'ambition visuelle. Loin des travellings des Sentiers de la Gloire, Spartacus semble rendre Kubrick plus sage, plus prévisible. On reconnait encore de-ci de-là l'élégance du réalisateur, mais rien de comparable à ce qu'il donnera par la suite. 

    Ce détour Hollywoodien laissera un gout amer dans la bouche de Stanley Kubrick qui reprend de ce fait les chemins d'un cinéma plus personnel et moins clinquant. Spartacus restera cependant un classique intemporel qui continue de fasciner à l'heure actuelle. Certainement l'un des péplums les importants de l'histoire du cinéma. 

     

    Note : 8.5/10

    Meilleures scènes : La bataille - Spartacus sauvé par ses hommes après la défaite

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  • [Critique] Nocturama

     

    Ils sont sept jeunes français, de toute origine, de tout horizon. 
    Rien ne devrait les réunir. Du moins rien en apparence. Ces sept jeunes vont pourtant commettre un attentat au cœur de Paris en combinant leurs efforts. Un coup de semonce contre la société capitaliste qui les a oublié et qu'ils ne supportent plus. 
    Minutes après minutes, les choses se mettent en place, l'inéluctable s'annonce avec force. Pour échapper au châtiment policier, ils s'enferment alors dans un grand centre commercial au cœur de la capitale. Et là...les choses changent, les révolutionnaires tombent le masque. 

    Bertrand Bonello s'était déjà fait fortement remarqué avec L'Apollonide et, davantage encore, avec Saint-Laurent. Acclamé pour sa mise en scène, le réalisateur français s'attaque cette fois à tout autre chose. Un sujet brûlant et délicat. Il choisit en effet de filmer des attentats au cœur de Paris, sombre réminiscence du Bataclan pour nombre de spectateurs. Inspiré très librement par le Glamorama de Brest Eastin Ellis, Nocturama nous entraîne dans notre monde au travers des yeux de plusieurs jeunes désenchantés. La violence de son sujet ne doit pourtant pas faire perdre de vue que Bonello ne se résume pas à un cinéma d'apparat. Pas de vide dans Nocturama mais une densité narrative qui sait gérer le silence et mettre en exergue les contradictions.

    Le métrage se divise en deux. 
    D'abord, on suit les actions de plusieurs jeunes au cœur de Paris que rien ne semble lier de prime abord. Dans le plus grand silence, avec quelques lignes de dialogues discrètes au possible, Bonello filme la préparation d'un attentat. Dans des lieux à la banalité surprenante, dans un métro, dans un hôtel, dans la rue en fait. Sa caméra colle ses personnages, abuse du plan-séquence et des travellings pour figurer un labyrinthe urbain où le spectateur finit par se perdre. Dans ce monde très froid, le réalisateur met en scène un ballet mortel, un ballet où les humains deviennent des bombes en puissance, des tueurs de sang-froid, des êtres prêts à tout pour faire basculer le monde autour d'eux.

    Dans cette première partie, Bonello ne dissémine que peu de sous-texte politique. C'est à peine s'il montre quelques coupures de presses sur la suppression d'emplois ou les ravages du capitalisme moderne. A peine s'il explique pourquoi ces jeunes ont décidé de tout faire péter. Et il a raison. La seule séquence du déjeuner aurait même pu suffire, quand deux jeunes de Sciences-Po expliquent une dissertation sur les régimes totalitaires et dressent, sans le dire, le plan du film dans son entièreté. Bonello est malin, il n'a pas besoin d'assommantes lignes de dialogues pour démontrer son théorème. Il postule qu'au fond, le spectateur sait. 
    Et oui, le spectateur sait.

    Tout comme saura aussi cette étrange inconnue sur une place déserte qui dit à David que "ça devait arriver, c'était obligé". Cela semble inévitable, évident même, et pas besoin de l'expliciter pendant des heures. Le premier tour de force de Bonello, c'est de faire montrer cette évidence révolutionnaire, cette nécessité de révolte. Du coup, on pourrait croire que Nocturama serait un autre film incitant à la révolution. Sauf qu'il change du tout au tout dans sa seconde partie filmée en huit-clos dans un centre-commercial. A ce moment-là, Bertrand Bonello nous fait pénétrer dans l'intimité de ces personnages-fantômes qu'il nous a fait suivre auparavant. On pourrait alors s'attendre à de grands discours, à des envolées révolutionnaires.

    Mais non.
    Tout ce beau monde, qui semblait vouloir tant et pouvoir tant, ne fait rien. Nos jeunes révolutionnaires redeviennent des gosses ne se préoccupant en réalité que de jeux vidéos, de karting, de vêtements et d'autres choses triviales. Pire, ils deviennent dans cette partie tout ce qu'ils détestent : des consommateurs. Nocturama prend des allures de film désabusé, non seulement sur la société capitaliste qui broie l'humain, mais aussi et surtout sur l'inanité des révolutions. A quoi sert-il de se rebeller si ce n'est pour être que...ça. Cependant, soyons justes, Bonello ne nous dresse pas un portrait au vitriol de ses personnages, il ne cherche pas à les avilir. Il cherche à nous faire voir en quoi ils se révèlent d'une banalité tragique. Alors qu'au dehors on parle d'ennemis d'état, de terroristes sanguinaires...le spectateur voit des gamins. De simples gamins à la médiocrité banale, qui tentent de se rebeller, de s'affirmer mais ne poussent pas la chose comme il faut, qui sont piégés dans une société de consommation qu'ils haïssent pourtant. Le contraste entre intérieur/extérieur s'avère d'ailleurs saisissant. Dans le magasin, on pourrait presque croire que la vie quotidienne continue, le silence règne. A l'extérieur, Paris est une ville-morte arpentée par les sirènes, sorte de fresque apocalyptique en noir et blanc. 

    Reste alors la fin, brutale et sans concession, qui apporte encore davantage de questions au sujet exploré par Bonello. Y-a-t-il vraiment une issue ? Quand on tue des gamins sans se poser de questions ? Quand, justement, on ne se pose plus de questions. Nocturama laisse un goût de cendres, le cinéaste français ne transigeant pas avec son matériel politique et nous refilant une bombe à méditer. Un film d'autant plus atypique qu'il fait entrer en collision la fougue de la jeunesse et le regard désabusé des vieux de la vieille qui ont vu tant de révolutions échouées dans la médiocrité de ses instigateurs. 
    Nocturama mérite franchement toute votre attention.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La discussion du café - L'assaut vu par les caméras

    Meilleure réplique : C'est facebook qu'on aurait du faire péter.

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  • [Critique] Les Sentiers de la gloire

    Convaincu par The Killing, MGM offre un budget confortable à Stanley Kubrick pour réaliser son prochain film. Le problème, c’est que le jeune cinéaste désire faire un film anti-militariste se déroulant durant la Première Guerre Mondiale. La MGM n’étant alors pas intéressé par un film de guerre, et encore moins par un film anti-guerre, le projet semble vouer à l’échec. Jusqu’à ce qu’un certain Kirk Douglas reçoive le script de Stanley Kubrick et se mette à soutenir le projet même si, selon lui, le film ne marchera pas en termes de recettes. Fort de ce soutien de poids, Kubrick entame donc le tournage des Sentiers de la gloire qui sort finalement dans les salles américaines en 1957.

    Inspiré par des faits historiques, l’affaire des caporaux de Souain de mars 1915, Les Sentiers de la Gloire permet à Stanley Kubrick de revenir dans un domaine qu’il affectionne tout particulièrement : le film de guerre. Ce genre, qu’il n’avait pas approché depuis son Fear and Desire, lui permet de discourir sur des thèmes qui lui sont chers. Pour ce long-métrage, il nous raconte l’histoire du colonel Dax et de ses hommes du 701ième Régiment contraint par ordre de leur supérieur, le général Mireau, d’attaquer une position allemande réputée imprenable : Anthill. Malgré les réticences de Dax, celui-ci lance ses hommes à l’assaut et, évidemment, la forte résistance allemande cueille ses troupes en plein no man’s land. Le massacre est telle que la compagnie B, chargée de soutenir l’attaque, refuse de monter à l’assaut. Fou de rage, le général Mireau demande à ses propres batteries d’artillerie d’ouvrir le feu sur la compagnie B, indiquant qu’il s’agit de réprimer un acte de couardise et de traitrise. Le chef d’artillerie refuse et, devant l’échec de l’attaque, Mireau demande des sanctions à son supérieur, le général Broulard. Pour l’exemple, il faut fusiller 100 hommes du 701ième. Après maintes protestations, Dax arrive à faire réduire ce nombre à trois. Le caporal Paris, le soldat Ferol et le soldat Arnaud sont alors désignés pour être fusillés.

    Ce sujet en or massif pour Stanley Kubrik lui permet enfin de révéler la pleine mesure de son talent. Fasciné par la guerre et par la folie humaine, Kubrick capture celle-ci avec une brillante acuité. Les Sentiers de la Gloire illustre la folie du général Mireau et, plus généralement, de la chaîne de commandement et de l’armée. Impossible de prendre Anthill, à moins d’être prêt à mourir comme un chien dans le no man’s land. Ce que les hommes de la compagnie B n’ont pas l’intention de faire, naturellement. En face, le général Mireau (et l’armée qu’il symbolise), est totalement en dehors des réalités. Pour tout dire, il est fou, aveugle et ne comprend pas ce qui se déroule devant ses yeux. Avec brio, Kubrik montre la folie totale de l’armée. On pourrait voir dans le métrage un plaidoyer contre la guerre, mais le cinéaste est plus fin. Il se sert des horreurs de la guerre, notamment à travers l’impressionnante séquence de charge dans le no man’s land par le Colonel Dax - où Kubrick utilise plusieurs caméras pour capturer tous les angles possibles - pour dénoncer la folie de la hiérarchie militaire et des puissants.

    Profondément manichéen, Les Sentiers de la gloire ne souffre pourtant aucunement de ce manque de nuance. Tout simplement car il ne peut y en avoir vu les faits largement authentiques rapportés, mais aussi parce ce manichéisme illustre à merveille le propos anti-militariste du film. Il permet aussi à Kubrick de mettre en place des doubles, l’une de ses obsessions les plus profondes, avec le Colonel Dax et le Général Mireau. Le premier est aussi droit, moral et honorable que l’autre est vil, opportuniste et sans pitié. Si les deux hommes sont amenés à tant se détester au cours de l’histoire, c’est aussi parce qu’il se tende un miroir déformant l’un à l’autre symbolisant tout ce qu’ils détestent.

    Cette charge anti-militariste s’accompagne d’une mise en scène prodigieuse. Très tôt dans le film, Kubrick étale son savoir-faire. Il suit d’abord le général Mireau en visite dans les tranchées, bien avant l’invention de la steady-cam, et nous convie dans un labyrinthe de boue, de sang et de folie. En quelques instants seulement, Kubrick capture toute l’essence de cette guerre de tranchées en faisant se balader un général propret et patriotique dans un enfer creusé par des hommes éreintés, épuisés et, pour tout dire, prisonniers. Pour peu, on se croirait à la fin du monde, dans les tranchées de l’Armageddon. Avec la maturité, Kubrick a appris à utiliser plus parcimonieusement les plans serrés sur ses acteurs. Lorsqu’il filme les trois soldats condamnés à mort, qu’il capture leur visage plein de peur, de larmes et de colère, cette fois, on est renversé. Renversé par le malheur de ces hommes, brillamment interprétés par Timothy Carey, Joe Turkel et Ralph Meeker. Chacun incarnant une réaction différente face à l’injustice : la peur, la colère, la résignation. La séquence de leur exécution restera l’un des points d’orgue du film.

    Mais les Sentiers de la Gloire doit aussi beaucoup aux qualités de Kubrick en tant que directeur d’acteur. Kirk Douglas, déjà formidable à l’origine, y est parfaitement dirigé composant un colonel Dax inoubliable tant Kubrick l’immortalise sur pellicule comme une figure héroïque mais humble. Un homme capable de tout risquer pour sauver la vie de ses hommes et qui porte sur ces gueules cassées un regard attendri lors d’une scène finale carrément poignante. A cet instant, Kubrick réunit toutes ses qualités pour délivrer un message somme. Il nous montre des hommes aux instincts primaires beuglant dans un café, abrutis par la guerre et l’injustice, mais qui redeviennent humains par la chanson d’une allemande prisonnière, seule femme du film. Il capture alors les visages de ces anonymes qui ont fait la guerre et connaîtront pour beaucoup une mort inutile. Dax dévisage avec compassion ces types-là, avec plus d’humanité que tout le métrage n’en aura montré jusque-là.

    Les Sentiers de la gloire représente la première consécration pour Stanley Kubrick.
    Le film est si brillamment dérangeant qu’il sera interdit en France jusqu’en 1975 (soit pendant près de dix-huit ans !), en Suisse jusque 1970 et en Espagne jusqu’en 1986. Véritable charge anti-militariste, Les Sentiers de la gloire permet non seulement à Kubrick d’éclabousser de son talent le monde du cinéma mais également de lui ouvrir les portes d’Hollywood par l’intermédiaire de Kirk Douglas.
    Pour le meilleur…et pour le pire.

    Note : 9.5/10

    Meilleures scènes : L’exécution - La charge dans le no man's land - le café

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  • [Critique] The Killing (L'Ultime Razzia)

     Premier film de Stanley Kubrick avec une équipe professionnelle et un véritable budget, The Killing (connu en France comme L'Utime Razzia) sort en salles en 1956, soit un an après Killer's Kiss. C'est grâce à la rencontre avec le producteur James B. Harris que le jeune cinéaste fonde sa première société de production dans le but de racheter les droits du roman Clean Break de Lionel White. Entouré par le scénariste Jim Thompson et par le vétéran Lucien Ballard à la photographie, Kubrick se lance dans sa première réalisation d'envergure. Influence avouée des dizaines d'années plus tard par Quentin Tarantino pour son Reservoir Dogs, The Killing raconte le braquage d'un champ de courses avec une efficacité narrative redoutable. Pourtant, c'est peut-être l'un des films les moins Kubrickiens qui soit.

    The Killing amène Kubrick dans un genre qu'on attendait pas forcément : le film de braquage. Supporté par une véritable équipe technique et, surtout, de véritables acteurs, le long-métrage s'avère d'emblée plus impressionnant que les deux précédents. En fait, on peut voir The Killing comme une démonstration du jeune cinéaste américain lui permettant enfin d'accéder à la notoriété. Ce qui entraîne plusieurs choses. D'abord, on ne trouve pratiquement aucune des obsessions de Kubrick dans l'histoire - exceptée peut-être la folie de George Patty en fin de métrage. Ensuite, The Killing se révèle le film le plus lisse et le plus propre jusqu'ici de l'oeuvre de Kubrick. On sent que tout y est calibré et millimétré pour montrer la maîtrise du réalisateur sur le plan technique et narratif. Il n'y aura pas cette fois d'affrontement dans un entrepôt de mannequins ou de questions existentielles sur la mort et la culpabilité.

    En lieu et place, Stanley Kubrick construit une histoire de braquage dont le déroulement narratif force le respect. En employant le flash-back à bon escient et, surtout, en exploitant les divers points de vues des participants au dit braquage, le réalisateur arrive à tenir son spectateur en haleine de bout en bout. Sorti du travelling d'entrée, la réalisation se fait efficace et fonctionnelle, oubliant les tâtonnements d'un Fear and Desire ou la course-poursuite d'un Killer's Kiss. Les personnages restent assez caricaturaux mais servent à merveille l'histoire, faisant de The Killing une vraie réussite sur le plan du divertissement pur. Au-delà de celui-ci, et malgré la maîtrise évidente de l'ensemble, difficile de trouver le métrage exceptionnel. C'est certainement là le revers de la médaille pour l'entreprise de Kubrick et Harris. 

    L’enchevêtrement des fils narratifs a cependant pour l'époque quelque chose d'impressionnant. La multitude de points de vues permet à Kubrick se s'amuser à reconstituer un fait unique, le braquage, avec plusieurs angles d'attaques. On pourrait presque parler de film choral à certains moments. La fin, quant à elle, a quelque chose de délicieusement ironique avec cette conclusion toute simple de Johnny "What's the difference ?". The Killing n'a donc qu'un intérêt mineur dans la filmographie du réalisateur américain en terme de cinéma pur. Il reste cependant son film le plus important du point de vue de la reconnaissance artistique. Il fait en effet forte impression sur la critique de l'époque ainsi que sur la MGM. C’est le début de la grande aventure pour Kubrick attendu sur les sentiers de la gloire.

    Film mineur au retentissement majeur pour Stanley Kubrick, The Killing n'en reste pas moins un excellent film de braquage, conventionnel d'autant plus à l'heure actuelle mais maîtrisé de bout en bout et d'une efficacité narrative redoutable.

       

    Note : 6.5/10

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  • [Critique] Killer's Kiss (Le Baiser du tueur)

    En 1995, Stanley Kubrick a 26 ans. Franchement déçu par son Fear and Desire, il décide d’emprunter la coquette somme de 40.000 dollars à son oncle pour financer son deuxième film. Si cela fait de Killer’s Kiss un métrage quatre fois plus cher que le précédent, il reste un (très) petit budget. Désireux de tout contrôler, Kubrick enfile la casquette de réalisateur, de monteur, de co-scénariste, de producteur et de directeur de la photographie. Ironie de la démarche, ce sera tout de même United Artist qui disposera du final cut et imposera une happy-end. Considéré par le cinéaste comme sa vraie première réalisation, Killer’s Kiss s’avère un film personnel…et classique à la fois.

    Stanley Kubrick quitte l’univers de la guerre pour revenir dans un New-York des années 50 où un boxeur du nom de Davey Gordon fait la rencontre de sa belle voisine danseuse : Gloria. Les deux jeunes gens tombent rapidement amoureux au grand dam de l’employeur de Gloria, le gangster Rapallo. Ce dernier décide de tout mettre en œuvre pour empêcher le départ de la femme qu’il aime. Ce postulat archi-convenu renvoie évidemment aux films noirs de l’époque et n’offre malheureusement pas beaucoup plus que ce qu’il laisse entrevoir de prime abord.

    Stanley Kubrick reprend Frank Silvera pour interpréter Rapallo – on l’avait déjà aperçu dans Fear and Desire sous les traits du sergent Mac – et offre le rôle féminin à Irene Kane. On s’aperçoit immédiatement que ce second film corrige les nombreux défauts de son prédécesseur. Kubrick dirige mieux ses acteurs, apprend à gérer ses plans et son cadre…bref, l’américain prend ses marques. Film noir classique et, pour tout dire, assez cliché, Killer’s Kiss n’explore que de loin les thèmes chers à Kubrick. Cependant, il permet à celui-ci de filmer un sport qu’il affectionne tout particulièrement : la boxe. En un sens, il reste toujours un peu de Kubrick dans l’histoire.

    Côté réalisation, tout s’améliore grandement. Si Kubrick n’est pas un scénariste à la hauteur (il ne le sera plus jamais par la suite), il offre cependant une remarquable scène en fin de métrage : la poursuite entre Rapallo et Davey. Celle-ci utilise au mieux l’espace des ruelles New-Yorkaises puis s’envole vers les toits des immeubles avant de terminer dans une usine de fabrications de mannequins. L’atmosphère qui se dégage de la scène se révèle très particulière. Pour dire vrai, et pour la première fois, on sent un peu la patte du cinéaste américain. Dans cet affrontement, les corps artificiels sont massacrés, lancés, piétinés, écrasés. Comme autant de victimes collatérales innocentes et muettes. Il est d’ailleurs assez cocasse de constater que Kubrick semble parfois plus occupé à filmer ces mannequins de plastique anonymes broyés à la hache que les combattants eux-mêmes. C’est véritablement cette séquence qui tire le film vers le haut et permet de l'extirper de l’anonymat total.

    Il faudra pourtant attendre encore, car, malgré toute la bonne volonté du jeune Stanley Kubrick, Killer’s Kiss reste un film noir banal, bien filmé et agréable à suivre mais dépourvu de l’ambiance narrative de son prédécesseur. Anecdotique en somme.

    Note : 5.5/10

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  • [Critique] Fear and Desire

    Longtemps introuvable sur le marché, Fear and Desire est le premier film d’un certain Stanley Kubrick. Tourné en 1953 avec un budget ridicule (pour ne pas dire inexistant) de 10 000 dollars, le long-métrage deviendra une source d’embarras pour celui qui sera appelé par la suite à devenir l’un des plus grands cinéastes du XXème siècle. Qualifiant lui-même ce premier film d’amateur, Kubrick a vainement tenté d’en détruire les copies en circulation. C’est en 2012 que le film ressort sur le marché et permet de se pencher sur l’œuvre de jeunesse d’un illustre inconnu à cette époque.

    Très court, une heure au total, Fear and Desire n’est pas si dénué d’intérêt qu’on le clame souvent. Monté, joué et filmé en amateur il est vrai, le long-métrage s’intéresse à une troupe de militaires perdue en territoire ennemi. Accompagné d’une voix-off pesante, l’histoire prend place dans un lieu et une époque indéterminés, les soldats appartenant à des belligérants non identifiés. L’histoire reste assez simpliste puisqu’elle nous propose de suivre l’échappée des quatre hommes. On assiste à plusieurs rebondissements, notamment la rencontre avec une jeune femme et la découverte d’un quartier général non loin de la rivière.

    Ecrit par un ami de Kubrick, Howard Sackler, Fear and Desire reste cependant intéressant dans la filmographie du réalisateur. Maladroit, le film l’est sans aucun doute. On relève un certain nombre de faux raccords, une tendance aux gros plans ennuyeuse et un montage hasardeux…mais qui tente quelques petites choses. En réalité, Fear and Desire porte en lui les germes d’un réalisateur qui se cherche. On sent que Kubrick tente de dégager des idées, notamment en saisissant dès que possible ses personnages en plan serré, comme pour capter leurs pensées, leurs démons intérieurs. De même, son cadrage étonne par son efficacité. De fait, même si Fear and Desire n’a rien d’extraordinaire, il présente déjà quelques marottes de l’américain. 

    On retrouve en effet un récit de guerre qui évoque déjà la noirceur d’un Full Metal Jacket, une fascination pour la folie qui s’incarne dans le jeune soldat chargé de garder la femme capturée ou encore un propos sur la violence prépondérant. En ajoutant l’idée simple de faire jouer les soldats ennemis par les mêmes acteurs que les personnages principaux, Kubrick affirme déjà une tendance à brouiller les pistes, à questionner le sens de la réalité ainsi que de la culpabilité. Ainsi, malgré la faiblesse générale de cette première œuvre, Fear and Desire apporte un propos noir quasiment poétique par moments (la voix-off du sergent sur le radeau ou celle du général se questionnant sur le lieu de sa mort) que l’on retrouvera bien plus tard dans la filmographie du cinéaste.

    Amateur, Fear and Desire n’est pas en soi un film marquant, loin de là même. Il intéressera avant tout les spectateurs curieux des débuts d’un cinéaste hors pair. Au-delà des faiblesses du long-métrage, on y décèlera pourtant un propos pas si innocent et bien plus captivant qu’il n’y parait.

    Note : 4.5/10


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  • [Critique] Independence Day : Resurgence

    Il arrive des jours comme ça où le temps est beau, les oiseaux chantent, les marmottes font leur toilette.
    Des jours où tout semble aller bien dans le meilleur des mondes.
    Innocents, insouciants, on va se faire un petit film au cinéma du coin. Titillé par la nostalgie des années 90, on prend un ticket pour la suite d'Independence Day, ce métrage signé Roland Emmerich sorti en 1996. 
    Alors, oui, il faut être d'une grande naïveté pour croire que l'homme qui a commis 2012 pouvait encore sortir un divertissement coupable et décomplexé correct avec des aliens et des grosses explosions. Mais on se dit que la vie peut être surprenante, qu'un jour Luc Besson finira par faire un bon film par erreur, que David Guetta prendra sa retraite, que Marc Levy se fera mordre par un castor enragé...bref, la réalité, c'est que la vie est une pute.

    Nous sommes bien des années plus tard après le premier film. La Terre, grâce à l'invasion extra-terrestre déjouée par Will Smith et Jeff Goldblum - ainsi qu'un virus informatique révélant que les E.T tournaient sous Windows (c'est quand même con un alien) - a tiré les leçons de ses échecs. Unit dans un même objectif, et grâce aux épaves récupérées, la technologie humaine a fait un bon sidérant. Sauf que, manque de bol (et aussi parce qu'il fallait une raison à cette suite autre que "je dois me payer un nouveau jacuzzi"), les bestioles de l'espace reviennent. Avec un plus gros vaisseau, une plus grosse armée et une reine dirigeante mal lunée. David Levinson avertit encore une fois du danger tout comme l'ancien président devenu à moitié sénile et boiteux, Thomas Whitmore. Heureusement, des héros se lèvent à nouveau pour combattre l'ennemi en ce 4 juillet, jour emblématique (et pourri quand même) de cette uchronie. 

    En effet, Independence Day : Resurgence est une uchronie. Le film part du postulat que les humains ont évolué bien plus rapidement que nous dans cette Terre alternative du fait de la technologie extra-terrestre laissée sur place après la grande défaite du 4 juillet. De ce fait, l'armée humaine dispose d'une base lunaire, d'un réseau de défense orbital et d'avions armés de laser qui font piou piou piou (Tu fais très bien le laser ! Merci ! Non mais vraiment je le pense). C'est certainement la seule et unique bonne idée du film. Le reste...comment décrire le reste...il faut être technique et pas vulgaire à la fois.
    Certes, Independence Day premier du nom était un film bas du front, une ode à l'american way of life et à la suprématie US. C'était bourrin, très con parfois, mais c'était cool, attachant et souvent diablement épique.
    Là...c'est autre chose.

    Tout commence déjà avec les personnages. Concentré à 200% sur son fan service, le film offre à peu près toute la brochette des acteurs du précédent, à commencer par Jeff Goldblum et Bill Pullman. Mais pas Will Smith, qui n'était pas assez désespéré pour tenter l'aventure. Du coup, Roland Emmerich l'a remplacé par un acteur noir leader price (car il faut savoir que l'acteur noir est interchangeable) sans l'ombre du quart du centième de la classe d'un Will Smith. Ce Willus Smith va même avoir un pote avec qui il est fâché (ça met du piment à l'intrigue) en la personne de Jake Morrison interprété par Liam Hemsworth qui avait déjà joué auparavant dans Hunger Games (du lourd). Entre deux, la traditionnelle petite amie dont on ne souvient jamais du nom, un deuxième noir plus gros avec des machettes, parce que le quota de noirs dans les films Hollywoodien a augmenté depuis 1996, et Charlotte Gainsbourg. On ne sait pas ce qu'elle est venue faire là, elle non plus à priori vu son jeu d'actrice au cours de l'aventure, mais quelque chose nous dit qu'elle va vite regretter Lars.

    Passé le casting aussi excitant que l'on avait pas osé l'imaginer, il y a une histoire. Enfin, une histoire... Un timbre poste. Les aliens reviennent pour détruire la Terre, ils sont encore plus méchants, ils font les mêmes choses ou presque que dans le précédent film, et voila. Bon. Sauf que le côté découverte du premier n'est forcément plus présent, on sait exactement de quoi il retourne. Roland Emmerich va aussi à cent à l'heure, ne laissant plus du tout son aventure se poser pour créer un suspense digne de ce nom. Et puis l'évolution technologique annihile le côté guerrier épique du premier (on se souvient tous des "Eagle Un, Fox deux" quand les avions tiraient des missiles) remplaçant tout ça par une bouillie de pixels avec lasers intégrés. Independence Day : Resurgence n'a plus aucun moment palpitant à offrir, ni même héroïque à l'américaine comme dans son prédécesseur. Tout s’enchaîne si vite avec si peu de conviction que rien ne prend, même pas la première offensive aérienne ou le final pourtant pensé pour être une apothéose. Dans tout cela, le pire reste que le film tente constamment de renouer avec les éléments qui avaient fait le succès du film de 1996...en utilisant des clichés aussi énormes qu'un François Hollande pré-électoral. 

    On pourrait pleurer devant un tel spectacle, ou rire de bien des scènes contenues dans le métrage, mais on est juste fasciné par autant de bêtises. Pour illustrer plus clairement l'échec total du film, prenons une scène symptomatique de ce ratage. Le scientifique de la zone 51 du premier film et son comparse scientifique vont se réfugier dans la salle d'isolation pendant que des aliens les attaquent. L'un des deux meurent et l'on assiste alors à la traditionnelle scène "Je prends l'agonisant dans mes bras pour échanger quelques belles paroles." Sauf que là, cela concerne un personnage que l'on a vu que 35 secondes à l'écran auparavant, dont on a clairement rien à foutre, qui est ridicule de surcroît et qui se révèle être gay. Surprise. Alors on sent qu'il y a forcément du second degré la-dedans (on l'espère en fait, sinon c'est un vrai chef d'oeuvre de nanardise) mais cela illustre toute la médiocrité du film. Un enchaînement d'événements trop rapides pour qu'on les assimile sur des personnages clichés et inconsistants, pour des enjeux vus et revus, et surtout...on ne sait absolument pas si c'est de l'humour intentionnel ou non. Un drame. 

    On ne parlera volontairement pas de la sphère blanche Apple qui se révèle un allié dans la lutte que livrent les humains (une des nombreuses idées WTF du film) ni de la cruauté de voir un Willus Smith sans copine pour le retrouver à la fin (mais c'est pas Will Smith, donc la nana forcément, il peut rêver !) ou encore du périple des enfants et du père de David (qui ne sert à rien, ne fait pas rire...on ne sait même pas ce qu'il fait encore là en fait !)
    Pour conclure au sujet d'Independence Day : Resurgence... la vie est une pute mais qui a le sens de l'humour.

    Note : 0.5/10

    Meilleure scène : Le scientifique qui meurt dans les bras de son pote et à qui il n'a pas tricoté le pull qu'il voulait, juste une écharpe. (Non mais, c'est vrai en plus!)

    Meilleure réplique : "Il n'y aura plus jamais de paix possible" (prononcé par la présidente avant de mourir des mains des aliens, alors que ceux-ci viennent de détruire la planète pour la deuxième fois. On s'attendait clairement à un pique-nique après ça, c'est certain.)
     

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  • [Critique] Suicide Squad

    Alors soyons clairs.
    On bout d'impatience pour Suicide Squad depuis le premier trailer dévoilé par Warner. A l'époque, c'était lui qui avait volé la vedette à Civil War et Batman vs Superman. Devenu depuis le film de super-héros le plus attendu de l'année (notamment depuis le plan marketing autour de Leto et son interprétation du Joker), Suicide Squad était attendu au tournant.
    Aux commandes, un réalisateur inégal, capable du meilleur (Fury) comme du pire (Sabotage) mais avant tout un réalisateur abonné aux films d'actions qui correspondait donc plutôt bien au ton général du métrage.
    En n'oubliant pas que derrière, le projet est chapeauté par Zack Snyder himself et que la fameuse Task Force X doit permettre l'envolée du DC Universe dont elle cumule un bon nombre de super-vilains. 
    L'idée géniale : faire des méchants les héros du films. Le plus gros danger : une overdose de personnages et un scénario trop simpliste.
    Résultat ?

    Une sacrée claque super-héroïque....mais pas forcément cinématographique.
    Explications.
    Suicide Squad, si vous viviez dans une grotte ces six derniers mois, c'est l'histoire d'une équipe de super-vilains sensément sacrifiable devant une menace méta-humaine. Dedans, la crème des méchants DC avec Deadshot, Killer Croc, Harley Quinn, Captain Boomerang ou encore Enchantress. Il parait même que le Joker passerait par là. Après le recrutement de la team, une menace s'abat sur Midway City et par un artifice vieux comme New-York 1997, les super-vilains sont contraint de se battre contre ce qui ravage la ville sous les ordres du Navy Seal Rick Flag et de l'impitoyable Amanda Waller. 
    De ce pitch prometteur, Ayer tire un film électrique de deux heures qui permet une chose jusqu'ici totalement inédite : faire une vraie adaptation de comic book sur grand écran.

    Ce qui manquait à tous les précédents films de super-héros, c'était cet aspect joyeux et décomplexé émanant du comic mainstream et qui signait pour nombre de ses lecteurs la personnalité du média lui-même. Avec Suicide Squad, Ayer trouve exactement ce ton et offre le juste milieu entre la noirceur et le réalisme d'un Batman vs Superman ,et le fun d'un Gardiens de la Galaxie. Mieux encore, Suicide Squad s'affirme d'emblée comme le prolongement direct de Batman vs Superman, de façon bien plus évidente et intelligente que tous les Marvels l'ont fait auparavant. Ce sont les conséquences de la mort de Superman ainsi que de la polémique qui l'entoure qui fait naître l'équipe de Waller. Et tout comme son prédécesseur, le film d'Ayer aime lancer des clin d’œils complice au spectateur sur le parallèle avec le réel (Guantanamo/Les marais de Louisiane, le terrorisme, la délimitation bien/mal par le gouvernement...) tout en restant assez jouissif et fun pour ne jamais lasser le spectateur. C'est là le point le plus notable de Suicide Squad qui le différencie grandement du film de Snyder : il est ludique et amusant...dans son style. 

    Ce qui rapproche par contre Suicide Squad de Batman vs Superman, c'est sa mise en scène. On sent qu'il y a un véritable réalisateur avec du caractère derrière. Les scènes d'actions sont toujours iconiques et jouissives au possible, l'univers a de la gueule, les personnages un cachet et un charme beaucoup plus "adulte" que les productions Marvel tout en trouvant leur propre ton décalé par moment. De ce côté, on pourrait presque croire que Suicide Squad est le Gardiens de la galaxie de DC Comics. Sauf que la noirceur de ce qui se passe derrière différencie carrément les deux, on retrouve la touche réaliste et le côté sombre inhérents aux oeuvres DC, sans la chape de plomb narrative dont souffrait Batman vs Superman. Ayer gère sa présentation de personnages comme un chef, la chose s’avérant aussi ludique que stylée...faisant totalement oublier le didactisme obligé qui se cache derrière. Parmi les membres de l'équipe, ce seront évidemment Harley Quinn et Deadshot qui seront les plus mis en avant. Margot Robbie et Wil Smith imposant avec une facilité étonnante leur visage sur ces deux figures pourtant bien connus. Pour être plus précis, ils sont parfaits de bout en bout, touchant même à un côté émotionnel relativement inattendu. 

    Il reste évidemment des défauts à Suicide Squad. A savoir une dernière partie franchement prévisible à deux/trois détails près, et (forcément) des super-vilains sous-exploités, une chose qui semble logique du fait de la durée du film et de la volonté manifeste d'introduire le Joker en parallèle. Ce dernier avait beaucoup fait parler de lui ces dernier temps d'ailleurs. Même s'il est finalement assez peu présent, son inclusion dans Suicide Squad n'a rien à voir avec Wonder Woman dans Batman vs Superman : ici tout fonctionne sacrément bien. Ayer et Snyder se débrouillent pour nous dresser le portrait d'un joker radicalement différent de celui incarné par Ledger. On pense tout du long à celui de Brian Azzarello dans le comics Joker, et l'on est surtout impatient de voir Jared Leto revenir à ce personnage tant sa prestation est un sans-faute total. Le Joker version Ayer est un Joker gangsta/roi du crime, à la fois inquiétant et imposant mais sans le caractère psychopathe jusqu'au boutiste de Nolan. Cette vision préliminaire (au prochain Batman ?) promet énormément. Sa relation avec Harley Quinn ne dépareille pas. Elle est troublante, touchante et recèle même lors d'une certaine séquence une poésie creepy du plus bel effet (Killing Joke inside).

    Si le grand méchant de cet épisode surprend sans pour autant convaincre totalement, c'est finalement le remarquable sens du rythme du long-métrage et sa volonté de ne laisser aucun temps mort qui en fait une des adaptations de comics les plus réussies qui soit. Bien davantage que Batman vs Superman, Suicide Squad marque le début du DC Universe au cinéma. On sent que Snyder a des idées, qu'il dissémine ses indices au fan (la mention co-assassin de Robin dans la présentation d'Harley !) et qu'Ayer jouit totalement des possibilités offertes en terme d'action et de mise en scène. De même, la bande originale du film par Steven Price se révèle une monumentale réussite, toutes les chansons choisies ici apportent quelque chose au long-métrage, une dose de folie-pop entraînante dont on se délecte constamment. C'est là la plus grande réussite de Suicide Squad : proposer un blockbuster malin où la mise en scène et la musique épousent totalement le propos pour accoucher d'une montagne russe d'action au caractère visuel bien trempé.

    David Ayer réussit à tenir toutes les promesses de ses bande-annonces. Voir davantage. On peut évidemment regretter la prévisibilité de sa dernière partie mais ce serait vraiment être aveugle en face de l'efficacité narrative globale. Casting parfait, mise en scène stylisée et rythme dantesque font de Suicide Squad un bon film de super-héros super-vilains. Tout simplement.
    On est impatient de voir la suite ! 

     

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : Deadshot qui arrête la vague ennemie à lui seul

    Meilleure réplique : "No, too easy. Can you...live for me?"

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  • [Critique] Comme des bêtes

     Entre les ténors de l'animation occidentale tels que Pixar, Blue Sky et Dreamworks, un petit studio tente de se faire une place : Illumination Entertainement. Déjà à l'origine de la franchise Moi, moche et méchant et du Lorax, les créateurs des Minions nous offrent pas moins de deux nouveaux films d'animation cette année. Si Tous en scène ne sortira que bien plus tard, c'est déjà l'heure pour The Secret Life of Pets (renommé Comme des bêtes pour le territoire français, car le français moyen aime les titres débiles semble-t-il...) de jouer dans la cour des grands. Entre L'Âge de glace 5, Le Monde de Dory et La Tortue Rouge, on peut dire que la concurrence sera rude. Heureusement, Comme des bêtes a quelques atouts dans sa manche, à commencer par un character design attachant et une thématique qui laisse entrevoir de grandes possibilités. Un pari réussi ?

    En réalité...pas vraiment.
    Comme des bêtes entraîne le spectateur dans la vie des chiens, chats, oiseaux et autres rongeurs qui nous servent d'animaux de compagnie...une fois que nous les laissons seuls. Première mauvaise surprise, la bande-annonce initiale a tout montré des cinq premières minutes du film. Du coup, aucun éclat de rire ou sourire. Deuxième mauvaise surprise, et malgré ce que semblait affirmer la campagne marketing autour du film, Comme des bêtes reste un film à l'ancienne. Une fois la porte refermée, Chris Renaud et Yarrow Cheney nous entraînent dans l'histoire de Max et Duke, deux chiens qui vont devoir cohabiter ensemble et qui, forcément, n'en ont aucune envie. Autour d'eux gravitent un tas de second rôle, de Chloé à Pops en passant par Gidget. Jusque là, rien de mauvais, beaucoup de divertissement et une aventure joyeuse et relativement rythmée.

    Sauf que les choses n'iront jamais plus loin.
    Il faut bien comprendre que Comme des Bêtes n'est pas un mauvais film d'animation. Aucun aspect du long-métrage n'est mauvais en soi, on peut même dire que l'animation en elle-même est une pure réussite. C'est juste qu'il semble relever d'une autre époque. Au-delà de son aventure principale et de quelques fils secondaires (notamment la quête de Gidget et des autres), il n'y a rien d'autre. Il n'y a aucune émotion profonde dans Comme des Bêtes. On se retrouve devant un film d'animation agréable mais dénué de tout fond. Ou tout du moins, qui ne fait qu'effleurer très rapidement ce qui aurait pu constituer des thématiques fortes tels que l'abandon, le temps qui passe, le lien maître-animaux...Tout est survolé, jamais exploité. On éclate parfois de rire devant les répliques de Kevin, le lapin déglingué vivant dans les égouts avec sa bande, mais on ne retrouve jamais le dimension supplémentaire apportée par les films Pixar ou l'immense intelligence d'une Tortue Rouge. 

    A côté de ça, les réalisateurs nous offrent tout de même un agréable moment de détente avec quelques trouvailles vraiment amusantes, du lapin dont on parlait plus haut au running-gag du hamster. Les personnages sont attachants, l'histoire ne laisse pas beaucoup de temps morts. Bref, Comme des bêtes peut s'apprécier comme un dessin-animé occidental à l'ancienne, sans sous-texte, sans double lecture. Au vu des possibilités qu'il renferme, le film ne peut pourtant que décevoir tant ses créateurs peinent à faire jaillir la moindre émotion. Ils n'arrivent jamais à atteindre la tendresse qui se tissait entre Gru et les enfants dans le premier Moi, moche et méchant, restant constamment un large cran en-dessous de ce dernier. Le résultat s'avère frustrant.

    Loin de la poésie de La Tortue Rouge ou de l'émotion latente du Monde de Dory, Comme des bêtes assure le minimum et se repose sur une formule un tantinet dépassée. On espère que Tous en scène parviendra à rectifier le tir. 
    Amusant mais rapidement oublié.

      

    Note : 7/10

    Meilleure scène : L'arrivée du lapin et de son gang

    Meilleure réplique : Ricky, on pense à toi !

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  • [Critique] Le Monde de Dory

     Immense succès lors de sa sortie en 2003, Le Monde de Némo était l'oeuvre de deux hommes : Lee Unkrich et Andrew Stanton. Ce dernier revient, seul, aux commandes du Monde de Dory, suite située un an après les événements du premier volet. Malheureux depuis le cuisant échec de son John Carter, Andrew Stanton retrouve un univers qui lui est familier et centre cette fois-ci l'aventure sur le personnage secondaire le plus truculent du Monde de Némo : Dory. Victime de Troubles de la Mémoire Immédiate, elle apportait une fraîcheur et un zeste de folie à la quête de Marin. Cependant, comme on l'on a pu s'en rendre compte avec le désastreux Monstres Academy, Pixar n'est jamais aussi bon que lorsqu'il génère de nouvelles idées (Vice-Versa en fut la démonstration éclatante l'année passée). De ce fait, voir débarquer une nouvelle suite dans la filmographie du studio a de quoi laisser le spectateur dubitatif. D'autant plus que l'aventure semble se calquer sur une redite du Monde de Némo... Dory peut-elle être à la hauteur ?

    Le plus gros défaut de ce Monde de Dory, c'est évidemment son postulat : Dory se lance dans une folle aventure pour retrouver ses parents. Un petit air de déjà-vu puisque l'on remplace un disparu par un autre. On sait donc d'emblée que le film ne sera certainement pas à la hauteur de son prédécesseur puisqu'il perd forcément en fraîcheur et en originalité. Cependant, Stanton ne fait pas les deux erreurs capitales qu'avait commis Monstres Academy. Tout d'abord, Le Monde de Dory capitalise sur ce qui était peut-être le meilleur personnage du précédent opus. Dory reste toujours ce feu-follet au cœur tendre que l'on a connu par le passé ,et Stanton lui ajoute une profondeur bienvenue, même si un peu simpliste. Ensuite, Le Monde de Dory est une suite, non une préquelle, les choses ne sont pas figées dans le temps, évitant ainsi de révéler à l'avance la fin de son intrigue (cela même si celle-ci n'a rien de bien originale dans son dénouement).

    Dory s'impose naturellement comme une héroïne ultra-attachante pour le spectateur. En explorant son Trouble de la Mémoire Immédiate, Stanton tient évidemment quelque chose de très fort, transposant ici un thème qu'on aurait plutôt l'habitude de voir dans une autre tranche d'âge (Alzheimer) pour lui donner une dimension plus cruelle encore. Si l'on peut reprocher au réalisateur de n'utiliser que de façon très opportune cette problématique (Dory a tendance a oublier les choses quand cela apporte quelque chose au scénario ou pour un effet comique), elle mène tout de même à une authentique touche émotionnelle lorsque le handicap dresse une barrière entre Dory et le monde qui l'entoure. Le film est d'ailleurs d'autant plus efficace et poignant quand il met en scène Dory bébé avec ses parents. Son apprentissage et son désespoir quand elle se perd auraient pu constituer une histoire superbe à bien des égards. Ce n'est malheureusement que partiellement exploité. Qu'à cela ne tienne, Stanton tente de combler ce manque de profondeur émotionnelle en ajoutant un excellent personnage secondaire en la personne de Hank, une pieuvre un tantinet asociale et dont la relation avec Dory finira par émouvoir (Cf la séquence où Hank relâche Dory en lui disant qu'il ne l'oubliera pas).

    En fait, c'est d'ailleurs dans sa galerie de personnages secondaires farfelus que Le monde de Dory trouve un second souffle. Outre Hank, on citera Becky, Destinée, Bailey...ou l'impayable Gérard, qui concourent tous à la dimension comique, et parfois absurde, de l'histoire. On ne peut pas forcément en dire autant de Némo et Marin qui font vraiment rajouts à cette histoire concernant avant toute chose Dory. C'est un peu le même défaut qui gangrène les suites Pixar, le fait que la firme à la lampe n'est jamais aussi éblouissante que quand elle introduit de nouveaux personnages ou quand elle donne une véritable raison d'être à la présence d'anciens héros (comme pour les Toy Story). Ici, tout se passe comme si Némo et Marin se devaient d'être là. Une sorte de fan-service un peu opportuniste en somme. Car dès que l'on reste sur Dory, les choses se passent beaucoup mieux. Sans jamais arriver à la cheville émotionnelle d'un Vice-Versa, Le Monde de Dory donne encore quelques beaux moments (les retrouvailles et la plupart des flash-backs). Reste alors un aspect technique forcément éblouissant qui, lui, mettra tout le monde d'accord : visuellement parlant, le film est une pure réussite.
    Tout comme le court-métrage qui le précède d'ailleurs, Piper, un petit bijou technique doublé d'une très jolie histoire muette.

    Si Le Monde de Dory fait bien mieux que Monstres Academy, il ne constitue pas non plus un Pixar majeur. Il s'agit juste en l'état d'un film d'animation visuellement magnifique avec des personnages attachants et une thématique relativement originale...mais qui aurait mérité des choix plus audacieux sur le plan scénaristique. Dommage que Pixar semble s'entêter à reprendre ses franchises-phares plutôt que d'investir dans des histoires originales.
     

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Les lions de mer et Gérard

    Meilleure réplique : Tu prends la confiance Gérard !  - Nage droit d'vant toi !


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  • [Critique] La Tortue rouge
    Prix Spécial du jury Un Certain Regard, Cannes 2016

    Entre Le monde de Dory, Comme des Bêtes et L’âge de glace 5, un curieux (et discret) long-métrage d’animation s’est glissé.
    Tout en 2D pour le coup, La Tortue rouge est la rencontre de deux mondes : celui des japonais du studios Ghibli (le film est produit par le célèbre studio et notamment par un certain Isao Takahata) et celui du néerlandais Michaël Dudok De Wit.
    Si ce nom ne vous dit rien, c’est assez normal puisqu’il s’agit de son premier long-métrage. Pourtant, le monsieur a déjà remporté l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation avec Père et Fille en 2000 ainsi que le grand Prix du festival d’Annecy…rien que ça. En 1994 d’ailleurs, son court Le Moine et le Poisson lui avait déjà valu un César.
    Il était donc plus que temps pour lui de porter son talent sur grand écran.La Tortue rouge n’est pas seulement la révélation de Michaël Dudok De Wit à un plus large public, c’est aussi une œuvre audacieuse, poétique de la première à la dernière seconde et simplement magistrale.


    Dans une 2D magnifique, La Tortue rouge raconte le naufrage d’un homme, dont le nom restera un mystère tout du long, sur une petite île déserte au milieu de l’océan. Cette histoire minimaliste à souhait réserve un nombre de surprises assez hallucinantes et, avant toute autre chose, une prise de risques certaine. Alors qu’à l’heure actuelle les productions cinématographiques, et à plus forte raison les œuvres pour enfants, ont une peur évidente du silence, ne pouvant s’empêcher de remplir l’histoire par toutes sortes de dialogues parfois ineptes, La Tortue rouge opte pour un silence quasi-complet.
    A peine percé par quelques cris ou rires, le film de De Wit s’avère une œuvre intégralement muette.

    Ce pari d’une extrême audace paye pourtant rapidement car le néerlandais fait passer toute l’émotion et la poésie de ce qu’il raconte par le visuel et la musique. Cette dernière, composée par Laurent Perez Del Mar, est un ravissement de tous les instants et convoque les meilleures partitions des films des studios Ghibli. C’est à ce moment qu’il faut préciser que l’influence de l’œuvre de Miyazaki et Takahata est omniprésente dans La Tortue rouge. Non content de raconter une histoire humaine forte et universelle, celle de la solitude, le film peut s’appréhender comme une ode à l’écologie, un plaidoyer vibrant pour un retour à la nature. Avec ses tempêtes destructrices et ses injustices mais aussi avec sa beauté d’une simplicité désarmante qui ramène aux fondamentaux de l’existence.

    A cette dimension, il faut ajouter l’indubitable aspect émotionnelle que façonne le réalisateur néerlandais à travers des séquences simples mais maîtrisées à la perfection. Sans aucune parole (et c’est vraiment bluffant), il nous fait ressentir la tristesse, la culpabilité, la joie, l’émerveillement et la mélancolie. Il prend le pari fou de décrire le cycle de la vie sur une île déserte avec trois personnages et des crabes. L’amour, la mort, l’émancipation, l’enfantement, l’apprentissage, tout cela n’aura jamais été aussi bien filmé dans une œuvre animée. Dudok De Wit s’avère un magicien à bien des niveaux mais il excelle dès lors qu’il s’agit de distiller des existentielles tout en ne reniant jamais la dimension humaine, et donc cruelle, de la chose.

    Car tout a une fin, même (ou surtout en fait) dans La Tortue rouge. La beauté intense qui irradie du film tend vers une mélancolie lancinante qui utilise la musique et les images pour transpercer le cœur du spectateur. Du coup, si les enfants y verront surtout l’aventure rocambolesque et semée d’embuches d’un homme perdu au milieu de nulle part trouvant l’amour de façon improbable, les adultes, eux, pourront en tirer une fabuleuse métaphore sur la vie en général et un vibrant plaidoyer écologique. Cette double lecture, marque des grands films, achève de convaincre de l’infinie talent de Michaël Dudok De Wit.

    Surprise audacieuse et poétique, la Tortue Rouge s’impose comme un chef d’œuvre d’intelligence. Sa délicatesse en fait un film d’une beauté sidérante qui ne cesse de hanter le cœur de son spectateur par la suite.
    Certainement l’un des plus grands dessins animés de ces dernières années !

    Note : 10/10

    Meilleure scène : La culpabilité du naufragé face à la Tortue

     

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  • [Critique] The Neon Demon

    Ceux et celles qui ont découvert le cinéaste danois Nicolas Winding Refn grâce à Drive en 2011 risquent d'être une nouvelle fois surpris. En effet, alors qu'Only God Forgives avait déjà passablement remis les pendules à l'heure en retrouvant l'expérimentation cinématographique si chère au réalisateur, The Neon Demon n'emprunte pas seulement la même voie mais va beaucoup, beaucoup plus loin. Annoncé au départ comme le film "horrifique" selon Refn, le long-métrage déroute dès les premières minutes. Après avoir clivé une partie de la critique à Cannes cette année, The Neon Demon débarque sur les écrans pour prouver une nouvelle fois à ceux qui en doutaient que Nicolas Winding Refn a encore bien des choses à dire.

    Pour cela, il embauche la jeune et virginale Elle Fanning pour jouer l'ambitieuse mais niaise Jesse, fraîchement débarquée à Los Angeles pour accomplir son rêve : devenir mannequin. Elle ne s'attend certainement pas à vivre dans un motel miteux tout en s'élevant dans les strates d'un milieu très fermé où la jalousie et la compétition sont deux valeurs fondamentales. Elle découvre bien vite que personne ne lui fera de cadeau. Seule sa beauté pure et inestimable lui permet de laisser tout le monde sur le carreau. Plus dur sera la chute... Nicolas Winding Refn pose donc sa caméra dans le monde de la mode pour capturer le parcours terrifiant et hypnotisant de Jesse. Si The Neon Demon a été vendu au départ comme un film d'horreur, c'est certainement du fait du ton adopté par Refn pour filmer son histoire. Seulement voilà, difficile d'apposer une étiquette véritable sur le métrage.

    Fidèle à ses habitudes, Refn ne fait pas les choses à moitié. The Neon Demon suivant Jesse dans l'univers de la mode, le film se doit d'être à l'image du dit-univers. Dès l'écran titre, le spectateur voit apparaître les initiales NWR dignes d'une pub pour un parfum. Adoptant une esthétique extrêmement travaillée, The Neon Demon transpose l'artificialité du milieu visité jusque dans sa mise en scène. Ainsi, le danois lâche la bride à son goût pour l'esthétisation parfois outrancière (souvenez-vous de Only God Forgive ou Bronson) et ouvre son long-métrage sur un très long plan fixe en travelling avant où Jesse pose couverte de sang pour un photo-shoot morbide. Accompagné de la musique géniale de Cliff Martinez (devenu une vraie marque de fabrique pour le réalisateur), on comprend d'emblée que The Neon Demon ne sera pas un film accessible. Pourtant, soyons clairs, aucun autre métrage dans l'année n'a fait montre d'une maîtrise formelle plus impressionnante. Jusqu'au bout des ongles, The Neon Demon consacre sa mise en scène à son sujet de fond : la beauté.

    "Beauty is everything" dira Jesse à son petit-ami jetable en milieu de film. The Neon Demon prend la chose au pied de la lettre en montrant au spectateur que le message du métrage se confond totalement avec son apparence. On assiste alors à des séquences hallucinantes et hallucinées : La boîte de nuit éclairée par des flashs de lumière blanche où un corps torturé se contorsionne sur scène, une scène de défilé où Jesse tombe amoureuse de sa propre image ou encore un viol vécu par l'autre côté du mur. Tout est à tomber, la maîtrise technique de Refn est ici absolue.Cependant, The Neon Demon ne peut simplement se résumer à sa formidable mise en scène. En bon trublion, Nicoals Winding Refn dépeint l'univers de la mode avec un ton horrifique délicieux. La chair se transforme, devient une matière première, pure ou modifiée, malléable ou peinte. Dans ce monde d'artifices, la moindre petite chose devient terrifiante, le moindre défilé plonge dans une horreur sourde et malicieuse qui met mal à l'aise. Jesse, incarnation de la jeunesse naïve et prétentieuse par excellence, ne se rend pas compte qu'elle évolue au milieu d'un peuple de loups prêt à la bouffer au moindre faux-pas. En mélangeant sexe (lesbien ou pas), en pervertissant les codes du conte traditionnel (le petit-ami qui a tout d'un prince charmant se fait éconduire par sa belle qui ne voit que la beauté et rien d'autre) ou le château abandonné où règne une méchante sorcière travestie en marraine attentionnée et avide de sexe. 

    Rapidement, The Neon Demon donne des sueurs froides. Les remarques des compétitrices se font de plus en plus voraces, les personnages qui gravitent autour de Jesse de plus en plus inquiétant. Filmant la mode en mélangeant sensualité, sexe, attirance morbide voir nécrophile et cannibalisme, Nicolas Winding Refn redéfinit un univers clinquant pour en faire un lieu de débauche malsain où l'arrivée du fantastique n'a en fait plus rien de surprenant. Transformant son récit en histoire quasiment mystique, Nicolas Winding Refn ne recule devant rien, immisçant de plus en plus franchement l'horreur et le sang dans l'histoire de Jesse. Pour autant, il ne cède jamais aux facilités actuelles du genre, préférant adopter un point de vue à mi-chemin entre la fascination et la répulsion pour mieux perdre le spectateur. La vorace Jena Malone incarnant à merveille cette dualité. Si l'on a beaucoup parlé de belle coquille vide pour décrire The Neon Demon à Cannes, inutile de dire qu'une nouvelle fois une bonne partie de la critique est passée à côté du génie de Refn. Après tout, Mad Max : Fury Road avait de toute façon reçu le même genre de critiques l'année dernière. En l'état, The Neon Démon se clôt comme il s’est ouvert, avec un aspect de clip pour parfum ironique où semble retentir le rire carnassier du danois.

    Certainement son oeuvre la plus expérimentale à ce jour, The Neon Demon n'est pas un film grand public. Épousant son sujet jusque dans les moindres détails de sa mise en scène, le métrage de Nicolas Winding Refn hypnotise par sa mise en scène incroyable tout en immisçant l'horreur et le fantastique dans un univers de la mode froid et morbide. 

    En définitive, un très grand film !
     

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Le défilé

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