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     I've seen things you people wouldn't believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain. Time to die.

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  • [Critique TV] Fargo, Saison 2

     Certainement l'une des meilleurs surprises en termes de séries ces dernières années, Fargo a naturellement été renouvelé pour une seconde saison en 2015. Aux commandes de celle-ci, toujours l'excellent Noah Hawley (Legion) mais un casting totalement différent puisque le show se veut anthologique, chaque saison pouvant être regardée de façon indépendante (même si l'on rate alors quelques clins d’œil). Avec une certaine malice, Hawley focalise son nouveau récit sur le fameux incident de Sioux Falls en 1979, soit vingt-sept ans avant les événements de la première saison, où plusieurs personnages y faisait allusion en passant. Changement d'époque donc également mais toujours cette même partie glaciale des Etats-Unis : le Minnesota. 

     A Luverne, une petite ville sans histoire, Ed Blumquist, un garçon boucher, et sa femme, Peggy luttent avec la banalité étouffante du quotidien. Cette dernière esquive d'ailleurs toutes les discussions tournant autour de l'avenir du couple. Alors qu'elle rentre de son travail, elle percute un homme près d'un restaurant en bord de route. Prise de panique, elle ramène sa voiture et l'homme fiché dans le pare-brise de celle-ci dans son garage. Elle ne sait pas que celui qu'elle vient de renverser n'est autre que Rye Gerhardt, cadet d'une puissance famille mafieuse du coin. Une famille doublement endeuillée suite à l'AVC qui a frappé le chef de famille, Otto. Contrainte de prendre les affaires en main, sa veuve, Floyd , va devoir gérer le conflit larvé entre ses deux autres fils, Dodd et Bear. Sentant les Gerhardt affaiblis, une autre organisation mafieuse de Kansas City approche la famille pour l'incorporer à son business. C'est le début d'une série de catastrophes qui va mettre à mal la quiétude de Luverne et de son shérif, Hank Larsson. 

     Pour ce second round, accrochez-vous.
    Contrairement à la première saison qui présentait avec patience une galerie de personnages farfelus, cette seconde saison nous plonge dans les sales besognes de la famille Gerhardt en les introduisant tous dès le pilot. Heureusement, Hawley est un petit génie de la caractérisation et arrive à incarner chaque individu avec un talent évident. La formule de la première saison ne change guère. Il s'agit toujours d'un dérapage incontrôlé où une minuscule étincelle entraîne des conséquences disproportionnées dans une ville tout à fait banale. Changement notable par rapport à la saison précédente cependant, Fargo mise à fond sur l'effet papillon et explique comment un tout petit incident (en l’occurrence l'accident de Peggy renversant Rye) va mener à une impitoyable guerre entre familles mafieuses rivales. L'absurdité de la chose, délicieuse à souhait, renoue avec le second degré traditionnel de l'univers Fargo.

    Certes, l'humour noir est un peu moins présent dans cette saison. Mais le couple formé par Peggy et Ed se révèle, au fur et à mesure des épisodes, une brillante déconstruction du mythe de la famille américaine tranquille et sans histoire. En disséquant ces deux personnages, Hawley met en évidence la frustration de deux individus qui tentent désespérément de ressembler aux stéréotypes que leur culture leur a inculqué. Ed veut être un bon petit père de famille et tenir un commerce respectable qui lui offrira l'admiration de son épouse, tandis que celle-ci rêve d'être autre chose qu'un simple trophée et rencontre les prémices du féminisme américain par l'intermédiaire d'une amie de travail. Jesse Plemons et Kirsten Dunst, excellent de bout en bout, incarnent à la fois l'Amérique traditionnelle et le renouveau en marche...à la sauce cynique made in Fargo. Au fond, ces deux tourtereaux sont aussi médiocres et pathétiques que les autres habitants qui les entourent, renvoyant en quelque sorte au pathétique personnage de Martin Freeman de la saison précédente. 

    A l'opposé, on trouve la famille Gerhardt qui incarne aussi ce tiraillement entre modernisme et traditionalisme mais par le prisme du grand banditisme cette fois. Les deux frères sont d'autant plus succulents qu'ils sont confrontés à un monde qui finit par les dépasser. Dans cette même optique, Mike Milligan incarne un vent de nouveautés...avant de se rendre compte qu'il est lui aussi tout à fait dépassé. Fargo applique toujours la même formule qui consiste à mixer une galerie de personnages tous plus pathétiques les uns que les autres, et à faire surnager deux figures en son sein. La première est celle de l'électron libre quasiment invincible, assuré cette fois par l'indien Hanzee (et qui en profite pour tailler un costard aux américains qui n'en finissent jamais d'être racistes), un monstre d'efficacité et de violence plus profond qu'il n'y parait de prime abord. La seconde, c'est évidemment celle du flic (ou des flics en l’occurrence) qui ne paie pas de mine mais finit, à force de courage et de détermination, à retirer une once de compréhension dans tout ce chaos. Pour le coup, c'est l'excellent Patrick Wilson qui s'y colle.

    Ce qui change le plus ostensiblement dans cette seconde saison, c'est bien évidemment l'époque. Noah Hawley s'en donne à cœur joie sur le plan du montage et de la mise en scène, retrouvant une ambiance fin seventies plus vraie que nature, mais en n'oubliant jamais de prendre quelques risques (un certain passage de l'épisode 9, totalement WTF). L'atmosphère glaciale du Minnesota est toujours là, enveloppant le tout d'une gangue froide et menaçante. La tension, élément fondamentale pour cette seconde saison, monte graduellement pour finir dans une explosion que l'on attendait de toute façon à tout moment. Hawley maîtrise ses pièces, son rythme, ses personnages et ses thématiques prouvant une nouvelle fois, si cela était encore nécessaire, qu'il a tout compris à l'esprit des frères Coen et de l'illustre film dont la série est elle-même issue. Le résultat, une nouvelle fois passionnant et bourré de cynisme, force le respect.

     Ce nouveau tour de montagnes russes permet à Fargo de prolonger le plaisir. Noah Hawley réunit un nouveau casting de choc pour une intrigue menée tambour battant et qui explore avec cynisme le way of life américain. Plus sanglante et plus dense que la précédente saison, cette seconde fournée d'épisodes ne déçoit jamais. Bien au contraire. 
    Vivement la suite.

     

    Note : 9/10

    Meilleur épisode :   Episode 6 - Le Château

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  • [Critique] Memories of Murder

     Nous sommes en 2003. Le cinéma coréen, encore méconnu en France, va connaître un rayonnement mondial grâce à deux petites pépites cinématographiques. La première, c'est Old Boy de Park Chan-Wook qui remportera même le Grand Prix du Jury au festival de Cannes l'année suivante. La seconde est l'oeuvre d'un tout jeune cinéaste nommé Bong Joon-ho : Memories of Murder. Pour ce deuxième long-métrage, le réalisateur coréen porte son dévolu sur la traque d'un serial killer inspiré de faits réels et ayant pris place dans la fin des années 80 en Corée du Sud. Près de 8 ans après le génial Se7en de David Fincher, le long-métrage de Bong Joon-ho tente de donner un souffle nouveau à un genre quelque peu balisé. Le résultat est une surprise colossale.

    Tout commence en Corée du Sud, dans un petit village quelque part en province. Le corps d'une femme est retrouvé ligoté et bâillonné dans un conduit d'évacuation d'eau. L'inspecteur Park Doo-Man et son coéquipier Jo Young-goo sont chargés de l'enquête. Leurs méthodes pour le moins contestables (intimidation, torture, mise en scène, menaces...) finissent par discréditer le travail de la police. Pour en terminer avec cette histoire, Séoul envoie Seo Tae-yoon qui croit pouvoir boucler rapidement l'affaire par des méthodes rigoureuses et scientifiques. Mais les jours passent et les meurtres s'accumulent pendant que le village s’enfonce dans la peur. Voici, peu ou prou, le point de départ de Memories of Murder. A sa lecture, on pourrait prendre le long-métrage de Bong Joon-ho pour une énième variation sur le serial-killer. Il n'en est cependant rien.

    Memories of Murder constitue l'exemple typique du film qui explose totalement les limites de son sujet et devient tout autre chose. Si le récit de Bong Joon-ho est bel et bien celui de la traque d'un serial killer, il est avant tout le portrait minutieux d'une époque et d'un pays : la Corée du Sud des années 80. Le cinéaste tire le portrait d'un petit village rural sans histoire et sans moyen (ou presque) qui voit surgir un tueur en série impitoyable. Le pays, comme la police du coin, n'est alors absolument pas prêt à ce genre de cas. Ainsi, les deux personnages avec lesquels débutent l'histoire, Park Doo-Man - interprété par le génial Song Kan-ho - et Jo Young-goo, sont des flics du passé. Deux doux-idiots qui n'ont de flic que le titre. On pourrait rapidement les taxer de pourris, mais il sont en réalité simplement d'une autre époque, d'un autre paradigme. Celui de la tradition, de l'instinct. Bong Joon-ho les dépeint cependant avec un œil goguenard, malgré leurs violences contre les "suspects". Il n'y a aucune haine dans ce portrait mais simplement un regard humain qui finit par nous attendrir. Car les deux larrons ne sont pas de mauvaises personnes au fond, bien au contraire.

    En face, il introduit Seo Tae-yoon, un jeune premier venu de Séoul aux méthodes résolument modernes. Deux conceptions s'affrontent alors : celle de Park Doo-Man convaincu de pouvoir trouver un coupable en le regardant dans les yeux, et celle de Seo Tae-yoon qui ne jure que par une méthodologie rigoureuse et par la science. Bong Joon-ho, loin de donner raison à l'un ou à l'autre, se contente de les faire rencontrer le mal. Un mal flou, qui glisse entre les mains des deux policiers. C'est à peine si l'on verra une ombre s'emparer de ses victimes. L'une des facettes les plus remarquables de Memories of Murder - et qui prolonge le message de Fincher dans se7en avec son John Doe - c'est le caractère ordinaire du mal. Le meurtrier ne porte rien sur son visage, on ne peut pas lire dans ses yeux ou le démasquer par sa tenue. Il est un monsieur tout-le-monde discret. Ce que viendra d'ailleurs renforcer les dernières paroles de la fillette en fin de métrage. Mais surtout, au-delà de cette histoire de meurtres en série, se cache un tout autre sujet pour Bong Joon-ho.

    Celui de la Corée. Le cinéaste aurait pu, après tout, se contenter d'un film virtuose sur une traque impossible. Mais non. Par ce jeu de pistes épuisant, il dresse le portrait de la Corée, lui donnant non seulement un visage, mais également une saveur. Une certaine quiétude brisée par de soudaines poussées d'horreur. Il nous présente un pays pauvre, archaïque dont la police, reflet direct de cet état, n'a pas les moyens pour lutter contre un véritable criminel. Scènes de crime non respectées, reconstitution lamentable, salle d'interrogatoire minable, locaux ridicules...la Corée, en 1986, est loin d'être le pays moderne que l'on connaît aujourd'hui. C'est aussi un état sous tension, avec des manifestations et des agitations internes... sans compter la menace du grand-frère au Nord, figuré par les multiples exercices qui parsèment le récit. Bong Joon-ho, prenant le prétexte d'un polar, réalise un film-portrait impressionnant.

    Enfin, et c'est un trait récurrent des productions coréennes, Memories of Murder n'est pas un film dramatique ou comique, il est un mélange des deux qui profite de rupture de ton saisissants. Pendant la première partie du métrage, on rit même franchement devant les imbécillités de Park Doo-Man...puis le réalisateur assomme d'un coup avec un meurtre en plein champ, sous la pluie, à l'ombre d'une usine lugubre. Le côté dramatique, noir, du film finira même par prendre le dessus vers sa conclusion, dans une séquence sous la pluie simplement somptueuse à la mise en scène rien de moins que remarquable. Ici, Bong Joon-ho fait se croiser les lignes de pensée des deux inspecteurs pour retourner l'opinion du spectateur. Qui a raison ? Peut-on réellement se fier aveuglément à la science ou doit-on marcher à l'instinct ? La réponse se situe certainement quelque part entre les deux. 

    Pour son second long-métrage, Bong Joon-ho nous offre un chef d'oeuvre. 
    Magistralement mis en scène, multipliant les niveaux de lectures et ne relâchant jamais la pression sur le spectateur, Memories of Murder s'impose comme une référence du genre. Un monument incontournable.

    Note : 10/10

    Meilleure(s) scène(s) : Sous la pluie, devant l'entrée du tunnel

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  • [Critique] Valerian et la Cité des milles planètes

     Classique de la bande-dessinée de science-fiction, Valerian et Laureline est l'oeuvre de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Avec vingt-trois albums publiés depuis 1967, il s'agit d'une saga culte pour de nombreux lecteurs. Luc Besson, réalisateur de Léon et du Cinquième Élément, en acquiert les droits en 2015 pour l'adapter sur grand écran sous le titre de Valerian et la Cité des mille planètes. Blockbuster de 180 millions de dollars (!!), il emmène à son bord un couple de jeunes premiers : Dane DeHaan (Chronicle, The Amazing Spider-Man 2...) et Cara Delevingne (la chanteuse et mannequin que l'on avait déjà aperçu dans Suicide Squad). Véritable crash au box-office américain, le film a également été étrillé par la critique US malgré l'énorme succès du précédent métrage de Besson, Lucy, outre-Atlantique. Que vaut réellement cette super-production à la française ?

    Clarifions d'abord les choses. Valerian est un film de science-fiction d'un sous-type particulier : le space-opera. Il s'inscrit dans le même registre que Star Wars ou Les Chroniques de Riddick. C'est aussi, et surtout, un blockbuster dans la droite lignée des productions hollywoodiennes. Dernière chose, Valerian est mis en scène ET écrit par Luc Besson lui-même. Le (très) gros problème, c'est que Besson n'a plus rien réalisé de bien depuis 1997 (Le Cinquième Élément justement) si l'on excepte son biopic correct (mais très académique) intitulé The Lady. Valerian, c'est donc du quitte ou double. On y entre pourtant avec un enthousiasme non dissimulé car Besson plonge tête la première dans le space-opera et la SF comme il ne l'avait pas fait depuis Le Cinquième Element.

    La première partie du film fait d'ailleurs immensément plaisir. Simplement parce qu'elle renoue avec une folie visuelle et créative qui réjouit. La multiplicité des races extra-terrestres à l'écran, les nombreuses trouvailles de mise en scène (le marché invisible, simplement fantastique) et un sense-of-wonder délicieux. Nous sommes bel et bien dans un space-opera ambitieux...sur le plan visuel. Besson renoue avec la foisonnance du Cinquième Élément ainsi qu'avec son extravagance en termes de costumes et de xénomorphes. C'est fou, c'est bon, et ça fait du bien. Les effets spéciaux (globalement excellent malgré quelques incrustations perfectibles) clouent le spectateur à son siège dès l'introduction sublime sur la planète des Pearls. Arrive ensuite nos deux héros, Laureline et Valerian qui vont dès lors enchaîner courses-poursuites et scènes d'action brillamment mises en scènes. Puis, une fois ces premiers sommets passés, le film se recentre sur la fameuse Cité des mille planètes pour installer son intrigue. C'est là que tout dérape.

    A partir de ce moment, la brèche dans la coque du vaisseau Valerian apparaît très clairement : le scénario. Non seulement on ressent de désagréables sensations de déjà-vu avec le Cinquième Élément (un duo de héros en fuite perpétuelle, une danse mémorable au 2/3 du film, une menace de fin du monde...) mais, surtout, celui-ci s'avère simpliste. Trop simpliste. Pour n'importe quel amateur de science-fiction et/ou de cinéma, l'intrigue sera cousue de fil blanc avec des twists qui n'en sont absolument pas. En réalité, Besson est tellement préoccupé par l'esthétisme de son film (sur lequel il n'y a franchement rien à redire) qu'il en oublie ses personnages et le fond de son aventure. Laureline et Valériane par exemple, sont tellement clichés que cela en devient ridicule. Le fil rouge de leur intrigue : "Tu vas m'épouser ou pas ?". Mais...franchement... Les deux acteurs n'ont aucune profondeur. Ajoutez à cela une Cara Delevingne médiocre (cette pseudo-actrice ne sait définitivement pas jouer !) et vous obtenez une immense déception narrative. En face, le grand méchant de service joué par un Clive Owen totalement sous-exploité (souvenez de son excellence dans Les Fils de l'homme et The Knick) se révèle du même tonneau. Il est méchant, très méchant, et encore un peu méchant derrière. Il n'y a aucun début de nuance. 

    On pourrait espérer quelques originalités dans la course de l'intrigue elle-même mais...non. Valerian, c'est du rollercoaster. Un enchaînement de séquences visuellement bluffantes (et qui permettent de maintenir l'attention du spectateur sur plus de 2h de film) mais cruellement vides. Pire encore, aucune émotion ne se dégage, l'alchimie qu'on trouvait entre les protagonistes du Cinquième Élément ne marche pas ici. La faute également à un trop plein de caméos où l'on voit défiler Alain Chabat, Matthieu Kassovitz, Ethan Hawke ou encore...Rihanna. Le cas de cette dernière est d'ailleurs surprenant. Profitant d'une excellente séquence d'introduction, elle se révèle en vérité être un joli personnage en plus d'une actrice tout à fait respectable. Elle ne dénote cependant pas dans la narration de Besson en finissant expédiée pour ne pas perdre le rythme. La dernière partie, une fois que l'on a déjà largement tout deviné de l'intrigue, nous dévoile une longue et pesante explication du comment et pourquoi de l'histoire. Luc Besson prend par la main son spectateur si jamais celui-ci aurait été trop stupide pour avoir tout compris lui-même. On assiste, désabusé, à un long résumé de l'intrigue par Valerian...digne d'un épisode de série policière cheap. On se demande pourquoi Besson en arrive là...

     Valerian et la Cité des mille planètes n'est pas le mauvais film qu'on dit mais n'est pas non plus la réussite que claironne certains. Luc Besson reste un brillant réalisateur capable de nous scotcher dans un univers de SF foisonnant et ultra-généreux. Il reste aussi un pitoyable scénariste qui déroule une intrigue insignifiante et ébauche des personnages creux. A l'heure où des blockbusters comme War of The Planet of the Apes et Baby Driver tirent le meilleur de ce type de super-productions que l'on pensait définitivement inintéressantes, Valerian fait fausse-route. 
    Une magnifique coquille vide en somme.

     

    Note : 6.5/10

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  • [Critique] Love Hunters

     Les publicitaires français n'en finissent pas d'ébahir par leur bêtise. Cette fois, c'est le premier film de l'australien Ben Young qui en subit les conséquences. A l'origine intitulé Hounds of Love, le métrage devient Love Hunters sous nos latitudes. Encore une fois, ça n'a aucun intérêt. Pourquoi remplacer un titre anglais par un autre ? Quitte à supposer que le public français est débile, autant le traduire...Mais passons. Inconnu jusqu'ici, Ben Young se risque sur un sujet archi-rebattu : celui du serial-killer, et, plus précisément, le couple serial-killer. Avec un casting peu connu, le réalisateur nous livre un thriller qui flirte constamment avec l'indicible dans la droite lignée des Crimes de Snowtown de Justin Kurzel ou de The Loved Ones de Sean Byrne. Deux films sur des serial-killers à l’atmosphère pesante. Deux films australiens là-aussi. Le pays des kangourous serait-il devenu le nouvel eldorado du thriller malsain ?

    Il semblerait bien...
    Ben Young pose une intrigue simple et, apparemment déjà vue : des jeunes filles sont enlevées par un couple de serial-killer particulièrement sadique. Le métrage s'intéresse plus particulièrement à l'une d'entre elle, Evelyn, et à son calvaire entre les mains de Vicki et John. Si la trame semble écrite par avance au vu de ce postulat de départ, Young a beaucoup d'arguments à faire valoir pour différencier son oeuvre du tout-venant. A commencer par son environnement et sa mise en scène. L'histoire se déroule dans une banlieue pavillonnaire australienne - comme Les Crimes de Snowtown - et utilise la forte identité visuelle de ce lieu pour établir un contraste avec ce qui se déroule à l'abri des regards. Dès les premiers instants, le cinéaste utilise des ralentis pour évoquer la langueur et la tranquillité de la banlieue australienne. Puis, il nous transporte dans la maison de Vicki et John pour casser cette image. L'effet, très similaire à celui de Snowtown, possède des avantages évidents. L'atmosphère,elle, est complétée par une mise en scène sobre, volontairement assombrie par des couleurs délavées, fades. 

    Hounds of Love évite la case du simple film de torture-porn en évoquant plutôt qu'en montrant. Il se plaît à laisser imaginer le spectateur une fois la porte close et les cris devenus insupportables. Fonctionnant à moitié en huit-clos asphyxiant, le récit laisse toute latitude à son trio d'acteurs extrêmement bien dirigé. Emma Booth et Ashleigh Cummings sidèrent par l'intensité de leur jeu tandis que Stephen Curry compose un monstre plus vrai que nature. Derrière ce banal enlèvement se cache aussi tout un jeu sur la dépendance sentimentale. La relation dysfonctionelle (et c'est peu de le dire) entre Vicki et John alterne des scènes hautement dérangeantes (la fellation devant Evelyn attachée au lit) et les moments de doutes viscéraux. Au fond, qui est le plus monstrueux ? Sans dédouaner un instant, le film montre comment la dépendance peut pousser aux pires choses. 

    Enfin, le dernier élément qui fait la force de Hounds of Love, c'est l'indifférence. L'indifférence des policiers blasés, l'indifférence des voisins qui ne cherchent pas à comprendre (ou qui ne le veulent pas), l'indifférence des autres habitants (personne, à part les parents, ne cherche toutes ces gamines disparues). Derrière cette torture psychologique autant que physique se cache l'indicible banalité. Dans cette petite banlieue où le temps semble ralentir, l'horreur s'enracine sans que personne n'y prenne réellement garde. En dehors de leur petit chez-eux, le couple monstrueux devient tristement banal dans une société qui s'en fout. On peut crier devant la porte d'à côté en cherchant sa fille, il est préférable de rentrer dans sa propre baraque pour ne plus l'entendre. Sous ses allures innocentes, Hounds of Love, comme Se7en, met le doigts sur l'individualisme de la société moderne. 

     Thriller tendu et intelligent, Love Hunters offre une vision lugubre de la banlieue australienne. Grâce à un trio d'acteurs excellemment dirigés et une mise en scène inspirée, Ben Young entre dans la cours des grands.
    Voilà un cinéaste que l'on suivra avec attention à l'avenir.

     

    Note : 8.5/10

     

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  • [Critique] Baby Driver

     Il est très drôle de voir que Baby Driver est considéré en France comme un ersatz de Fast and Furious par une partie des spectateurs. On peut arguer que la bande-annonce ne vend pas le film autrement, certes. Le problème, c'est qu'il s'agit d'une erreur d'appréciation monumentale.
    Baby Driver est un film avec des courses-poursuites en voiture (et à pied), des braquages, des gangsters et même une histoire d'amour. Mais Baby Driver est, surtout, avant tout, le dernier film du génial Edgar Wright. Ce qui fait toute la différence !
    Pour les trois du fond qui ne sauraient pas qui est Edgar Wright, il s'agit du réalisateur britannique qui se cache derrière la déjà-culte trilogie Cornetto - Shaun of The Dead, Hot Fuzz, The World's End - et, plus récemment, du trip-geek Scott Pilgrim. Penser qu'un type qui a quitté la réalisation d'Ant-Man car il ne pouvait pas faire ce qu'il désirait va nous pondre une copie de film d'action au rabais est un non-sens absolu. Littéralement acclamé outre-Atlantique par la presse et par le public, Baby Driver débarque sur nos écrans avec un casting ultra-excitant. Faites chauffer l'Ipod.

    Wright reprend pour son nouveau long-métrage l'idée qu'il avait eu lors de la réalisation du clip Blue Song où un conducteur attendait en musique pendant que le reste de l'équipe allait faire un braquage. Sauf que cette fois, il s'agit d'un film de près de deux heures. 
    Baby Driver s'ouvre exactement de la même façon et se prolonge par une première course-poursuite impressionnante (autant par sa maîtrise que par sa créativité). Baby est conducteur pour des braquages. Il s'intègre aux équipes recrutées par Doc, criminel notoire qui s'est fait une spécialité de ce genre d'opérations. Baby n'est pourtant pas un criminel. Piégé par Doc, il réalise depuis des casses pour rembourser sa dette. Il est d'ailleurs le seul élément fixe dans les équipes concoctées par Doc. La raison en est simple : Baby est un dieu de la conduite, un artiste de l'asphalte. Taciturne, il ne quitte jamais ses lunettes de soleil et...surtout...ses écouteurs. Atteint d'acouphènes, il surpasse ce handicap par l'écoute quasi-continue de musiques, ce qui lui donne parfois des allures d'attardés. Mais Baby n'est pas lent. Pas lent du tout...

    ...Et le film de Wright non plus.
    Dans la droite lignée de ces précédentes œuvres, Baby Driver est un délice de références et de mise en scène. En fait, Wright a une idée géniale qui sous-tend tout son film : la musique ! Baby passe son temps avec des écouteurs dans les oreilles et vit au rythme de la musique. Le réalisateur britannique tente de fairefonctionner son film avec la même logique, de la cheviller dans le corps de son histoire elle-même. La mise en scène épouse donc parfaitement la bande originale, les deux devenant instantanément indissociables. Et quelle BO !!!! Les Beach Boys, Queen, Blur, T.Rex, la compilation réunit par Steven Price et Edgar Wright démonte. Ce qui impressionne pourtant le plus, c'est la parfaite harmonie entre le rythme musical et celui de la mise en scène nerveuse, dynamique et ultra-inventive de l'anglais. On le savait depuis Shaund of The Dead, mais Wright prouve à nouveau qu'il est un réalisateur salement doué. C'est pop, c'est cool, c'est fou. Bref, c'est génial.

    Derrière se cache une histoire de braquage pas forcément des plus originales mais qui joue avec un second degré délicieux (il fallait oser la réplique de Monstres et Cie), bardée de références cinématographiques plus ou moins évidentes, et avec une galerie de personnages extrêmement réussies. Non pas que ceux-ci soient d'une immense profondeur (excepté peut-être Baby lui-même) mais ils ont une âme, et existent dès leur première seconde à l'écran. On se souvient de chacun d'entre eux à la fin de la séance d'une part parce qu'ils bénéficient d'une identité visuelle forte (la palme à Bats alias Jamie Foxx) mais aussi grâce aux acteurs derrière qui s'en donnent à cœur joie (notamment un Jon Hamm succulent). Wright arrive une nouvelle fois à reprendre un genre archi-balisé pour en faire une séance de montagnes russes ultra-efficaces, inspirée et, pour tout dire, extrêmement jouissives. Baby Driver est un film généreux, riche, il arrive à passer de l'émotion aux rires en quelques minutes. Mais mieux que cela, Baby Driver démontre que le blockbuster intelligent est possible.

    Comme La Planète des Singes : Suprématie, Baby Driver ne prend pas son spectateur pour un imbécile. Il est fonctionnel, convenu dans le déroulement de son intrigue de fond, mais il sublime ce qui aurait pu être un banal Fast and Furious bis par une réalisation incroyablement géniale. Il faut insister sur ce point, la caméra de Wright est d'une fluidité exemplaire, capte la vivacité de l'action comme aucune autre, et se marrie à la perfection avec la bande-originale. On pouvait craindre la prestation d'Ansel Elgort qui aurait du, en toute logique, faire Ryan Gosling du pauvre, mais ce n'est jamais le cas. Parce que son personnage est bien écrit, touchant, loin des canons habituels et qu'en plus, Edgar possède cette touche fun qui fait tout passer comme une lettre à la poste. Le résultat impressionne de bout en bout, rien n'est innocent dans le métrage, chaque objet, chaque élément a son utilité pour offrir un tableau d'ensemble d'une remarquable maîtrise.

     Bien que moins personnel dans un sens que sa trilogie culte, Baby Driver s'affirme comme un excellent moment de cinéma. Un blockbuster qui brûle l’asphalte avec une âme, avec des idées, avec de l'intelligence à tous les niveaux. Edgar Wright n'est pas un yes-man, mais bien un auteur pop remarquable, la preuve en images...et en musique !

     

    Note : 9/10

    Meilleure(s) scène(s) : La course-poursuite à pied

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  • [Critique] Spider-Man : Homecoming

     Spider-Man au cinéma, c’est un peu les montagnes russes.
    A l’origine, les deux premiers films de Sam Raimi avec Tobey Maguire avaient mis la barre très haut. Le réalisateur américain trouvait le ton exact pour retranscrire le super-héros sur grand écran et livrait, dans le même temps, des vilains extrêmement réussis (le Docteur Octopus restant à ce jour l’un des tous meilleurs).
    Seulement, un jour - quand les majors se sont aperçus que le super-héros faisait recette au box-office - l’Araignée a commencé à chuter. Il y eut d’abord le troisième volet de Raimi avec l’obligation d’inclure Venom…qui se révéla une catastrophe...puis Sony reboota la franchise avec Marc Webb. En soi, Webb n’était pas un mauvais réalisateur puisqu’il venait de réaliser un excellent film indépendant – 500 days of Summer – mais il n’était certainement pas prêt à faire face aux exigences de Sony. Le résultat ? Deux nouveaux films où Tobey Maguire laisse sa place à Andrew Garfield (énorme miscast) dans un univers qui se voudrait plus proche de la version Ultimate des comics. Le problème…c’est que c’est nul. Il n’y a quasiment rien à sauver de ces deux métrages si ce n’est la musique du second volet. Le reste, TOUT le reste est une catastrophe…jusqu’à la mort de Gwen Stacy, véritable outrage cinématographique d’une scène culte du comic book original.

    Après l’échec artistique d’Amazing Spider-Man, Sony conclut un arrangement avec Marvel Studios pour faire apparaître Spider-Man dans le cross-over Captain America : Civil War. On y découvre avec bonheur un jeune Spider-Man incarné par un Tom Holland rafraîchissant et attachant. Pour peu, il constituerait presque le meilleur moment du film ! Fort du succès de ce « caméo », Sony et Marvel se mettent d’accord pour s’associer, donnant naissance à une nouvelle trilogie Spider-Man dans la continuité de l’univers Marvel au cinéma. Le résultat de cette collaboration arrive en 2017 sur les écrans sous le nom de Spider-Man : Homecoming rajeunissant la franchise et ses héros tout en tentant d’inclure l’Homme-Araignée dans le Marvel Universe.

    Tout le problème de Spider-Man : Homecoming se situe dans le choix de son réalisateur et dans la direction imposée au Marvel Universe par Kevin Feige. Depuis un certain nombre de films, Feige est devenu le chef d’orchestre des films Marvel au cinéma et applique, il faut l’avouer, une recette. Celle-ci est assez simple : recruter des réalisateurs sans patte particulière pour avoir le contrôle sur le métrage. Ceci a deux conséquences : les films Marvel sont devenus des divertissements relativement efficaces mais sans caractère, et ils cartonnent au box-office. Du coup, pour Spider-Man : Homecoming, c’est le réalisateur Jon Watts qui a été choisi pour s’occuper de Peter Parker. Un cinéaste qui n’a…quasiment rien fait dans sa carrière jusque-là…. On est très loin d’un Edgar Wright (mis à la porte d’Ant-Man) ou d’un Shane Black (débarqué après Iron Man 3). Ce qui fait que Spider-Man : Homecoming a tendance à avoir les mêmes défauts et qualités que les derniers Marvel.

    Le bon côté des choses, c’est que le métrage redore le blason terriblement terni du super-héros par les deux infâmes bouses de Marc Webb. Tom Holland, bien plus crédible et attachant qu’Andrew Garfield, incarne un Spider-Man jeune qui doit encore gérer le lycée et ses amis. L’acteur britannique s’avère à la hauteur, émouvant même parfois. Homecoming a la (très) bonne idée de ne pas nous refaire une origin-story (parce qu’on en a un peu ras-le-bol de voir ce genre de choses à l’écran) mais de continuer l’arc narratif aperçu dans Civil War. Spider-Man troque son oncle Ben contre un Tony Stark très efficace dans le rôle du « père » de substitution permettant en même temps au Tisseur de s’intégrer parfaitement dans la continuité de l’univers Marvel. C’est certainement d’ailleurs la plus grosse réussite du film.

    Chargé en humour (heureusement assez agréable), Homecoming renoue avec une certaine légèreté qu’on avait pas vu depuis quelque temps dans l’univers Marvel. De même, en tenant son postulat de base, le métrage laisse Peter Parker au lycée en ne tentant pas vainement de le faire sortir par quelque astuce que ce soit. Un choix audacieux (certainement le seul du film en fait) mais qui paye. On lui reprochera juste de fatiguer sur la durée. Non, les véritables problèmes de Spider-Man : Homecoming sont ailleurs…dans la recette Marvel made in Kevin Feige. Il s’agit en effet d’un divertissement pur et dur. Vous n’aurez finalement aucun véritable sous-texte fort. Les quelques thématiques intéressantes étant balayées en quelques scènes. Ce qui handicape vraiment cet opus, comme dans tous les Marvel ou presque, reste bien sûr son méchant.

    Pour cette fois, c’est Le Vautour qui passe à la moulinette cinématographique sous les traits du génial Michael Keaton. Et c’est un échec total. Non pas que Keaton soit un mauvais acteur, c’est tout le contraire et son jeu ici reste même très correct…mais il est totalement sous-exploité. La définition du méchant (et donc le principal antagoniste du film, un moteur primordial pour le héros) repose sur cinq minutes pré-générique ultra-rapides, quelques scénettes où le Vautour se montre méchant puis à une rencontre finale où la seule chose intéressante est balancée en une phrase (la parenté entre Tony Stark et le Vautour) avant que les deux ne se tapent dessus. C’est bien simple, Le Vautour s’oublie aussitôt le film terminé. Il n’a aucune saveur. Spider-Man : Homecoming n’a donc du fait aucune gravitas. Tous les autres éléments de l’histoire déçoivent (l’amourette de Peter, la difficile conciliation de sa vie de lycéen et de super-héros)…tout ça a déjà été vu ailleurs et en largement meilleur.

    Au contraire d’un Batman vs Superman, Homecoming n’a aucun caractère dans sa mise en scène non plus. Il n’icônise plus son héros (comme le faisait si bien les deux premiers volets de Sam Raimi), et manque simplement de scènes fortes. La séquence la plus impressionnante – celle du ferry – s’avère un pétard mouillé. Non pas qu’elle soit mauvaise en elle-même mais elle a déjà été vu ailleurs (Spider-Man 2). Elle manque surtout d’une chose essentielle : elle manque d’intensité dramatique ! Une chose que ne maîtrise absolument pas Jon Watts. Le ferry pourrait couler…on n’en aurait rien à faire contrairement à la magnifique scène de sauvetage du métro de Spider-Man 2 de Sam Raimi.

     Spider-Man : Homecoming a beau remonter la pente après les catastrophiques Amazing Spider-Man, il n’en reste pas moins un blockbuster calibré made in Marvel. En s’obstinant à prendre des réalisateurs insipides, Marvel Studios s’enferme dans une recette de divertissement qui lasse petit à petit. Le film de Jon Watts n’est que cela, un petit divertissement agréable mais qui ne laissera rien derrière lui.

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) : L'invitation à joindre les Avengers

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  • [Critique] Dunkerque

     Très certainement l'un des films le plus attendu de l'année, Dunkerque de Christopher Nolan se positionne sur un genre que n'avait encore jamais abordé le réalisateur américain jusque là. Pour son dixième long-métrage, le cinéaste choisit de revenir sur les événements de la bataille de Dunkerque en mai 1940 où les allemands, suite à leur percée fulgurante par les Ardennes, ont réussi à encercler le gros de la coalition belge, britannique et française. Après la reddition des troupes belges, les britanniques et les français se trouvent piéger dans une poche côtière, et l'armée allemande stoppe son avancée convaincue de pouvoir détruire les alliés grâce à la puissance de la Luftwaffe. Menant un combat héroïque, les troupes françaises défendent le périmètre avec acharnement...tandis que les britanniques prennent la décision d'évacuer grâce à la Royal Navy. Mais le nombre de destroyers est insuffisant, et l'opération Dynamo recrute bientôt toutes les embarcations civiles disponibles pour extirper les 400.000 soldats piégés sur les plages de Dunkerque. Cet événement historique majeur, à la fois défaite et victoire pour les Alliés, donne l'occasion à Christopher Nolan de réaliser son premier film de guerre. 

    Pourtant, Dunkerque n'est pas si éloigné de la filmographie de l'américain qu'on pourrait le penser de prime abord. Nolan refuse de s'investir dans un film de guerre historique conventionnel. Il rejette le didactisme de l'entreprise pour expérimenter sur l'un de ses thèmes favoris : le temps. Dans Dunkerque, on suit trois groupes : l'armée de terre piégée sur les plages, l'armée de l'air aux prises avec la Luftwaffe,et les little ships (les bateaux civils anglais) traversant la Manche. Chacun de ses groupes se voit affublé d'un paramètre temps : Une semaine pour les soldats, un jour pour la marine, et une heure pour l'aviation. Nolan cherche à relativiser le temps pour chaque participant de l'opération Dynamo. Aucun des hommes présents ne ressent le passage du temps avec la même acuité dans cet enfer, et le réalisateur tente audacieusement de recréer cette sensation. De ce fait, Dunkerque s'autorise une chose unique : il n'est pas chronologique. Ce qui permet à la fois de ressentir l'urgence avec plus d'intensité mais également de rendre compte avec un réalisme accru de la situation d'ensemble.

    Dunkerque est d'ailleurs un film réaliste jusqu'au bout. Nolan refuse en grande partie l'emploi de l'image de synthèse et utilise navires et avions d'époque pour son métrage. De même, il ne tente pas de montrer un immense affrontement mais illustre les trois groupes par trois personnages : Tom Hardy, masqué, en tant que pilote de Spitfire; Cilan Murphy et Mark Rylance à bord des little ships; et Fionn Whitehead en tant que soldat britannique tentant d'échapper aux plages françaises. Par le prisme de l'intime, Nolan raconte la grande Histoire. Le risque d'un tel parti-pris, c'est évidemment d'atténuer la sensation d'ensemble. Mais il n'en est rien. Parce que l'américain a le talent et les idées. Dunkerque nous parle d'un encerclement, c'est pourquoi Nolan construit un film asphyxiant même à l'air libre. En prenant le parti de ne jamais montrer l'ennemi, celui-ci devient une menace floue, un sifflement dans les airs, un grondement derrière l'horizon. Jamais les soldats allemands ne sont montrés distinctement car pour les hommes pris au piège, les voir serait la fin. 

    Pour accentuer cet effet claustrophobique, la caméra de Nolan se glisse au plus près des acteurs, elle colle au visage, se renverse avec les navires, coulent avec eux. Il faut que le spectateur ressente l'absolu désespoir et la sensation d'étranglement qui saisit les soldats alliés à la gorge. Nolan les restitue toutes deux avec une maestria évidente. Ce qui est plus surprenant par contre, c'est que le film se révèle taciturne. Les acteurs parlent peu tandis que Nolan filme et que le tic-tac de la musique de Zimmer se focalise sur le compte-à-rebours fatal. Étonnamment, Dunkerque devient à plusieurs reprises un film contemplatif qui lorgne vers Terrence Malick ou Paul Thomas Anderson. Ce procédé insuffle une dimension métaphysique au métrage lors des longs plans sur ces plages grises où les hommes attendent la fin en file indienne, et où les dépouilles s'entassent sur le sable. Dunkerque devient austère, noir, crépusculaire. A l'instar d'Insterstellar, le temps devient ennemi. Car plus le temps passe, plus la situation se fait désespérer. Ce paramètre temps se tord vers la fin du film pour entrecroiser les fils narratifs. On perd ainsi la notion des choses à la façon d'un Insomnia ou d'un Memento.

    Autre élément surprenant, Nolan arrive à être assez exhaustif historiquement parlant sans devoir être didactique. C'est à peine si une pancarte informative dans le générique de début situe les choses. Pourtant, au décours d'une phrase ou deux, il mentionne le coup bas des anglais sur les troupes françaises ou la participation des caboteurs néerlandais durant le sauvetage. Preuve que l'on peut faire un film de guerre différent sans sacrifier la vérité historique en même temps. Le cinéaste américain arrive surtout à produire une oeuvre d'auteur dans un genre qui en voit rarement. Dunkerque n'est pas un simple récit de guerre, c'est la collision de l'homme, du temps et de la fin. De l'espoir et du désespoir. Dunkerque est un crépuscule autant qu'un aube puisque l'opération Dynamo marque évidemment la déroute des alliés dans la campagne de France mais sauve paradoxalement l'armée anglaise. Entre deux, les soldats eux ne sortent que provisoirement de l'enfer. 

    La brutalité du spectacle offert peut se passer d'hémoglobine et de viscères. La violence de la bataille se retrouve à travers la mise en scène de Nolan. Par sa palette de couleurs grises, par son envie de restituer du réel. Certes Dunkerque n'a pas l'ampleur d'un Pearl Harbor et peut sembler manquer un tantinet d'envergure par moments mais, contrairement au médiocre film de Michael Bay, la défaite ici apparaît dans toute son horreur. Le plus impressionnant, sur le pur plan formel, reste encore la partie consacrée à l'aviation où Tom Hardy, taiseux et imposant, prend part à des dogfights simplement mémorables. Jamais l'on avait vu des combats aériens aussi prenants et aussi immersifs au cinéma auparavant. Un véritable summum de l’asphyxie souhaitée par Nolan. On retrouve encore une fois cette volonté de piéger le spectateur avec les hommes prenant part à la bataille, et de rendre compte le plus réellement possible de la cruauté de cet affrontement. Dunkerque n'est pas un film patriotique, mais un film amer qui dépeint le crépuscule des hommes.

    Après La Planète des singes : Suprématie, Dunkerque est le second blockbuster américain à venir renverser les salles.
    Hors des conventions du genre, aussi âpre que formellement remarquable, Dunkerque se hisse dans les meilleurs films de l'année en cours.
    En un mot comme en cent, une oeuvre magistrale.   

     

    Note : 9.5/10

    Meilleure(s) scène(s) : Tous les dogfights - La première vue de la plage

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  • [Critique] La Planète des Singes - Suprématie (War for the Planet of the Apes)

     

     Il est surprenant de voir comme les blockbusters aujourd'hui peuvent se ressembler dans leur médiocrité et leur manque totale d'ambition. Pire encore, Hollywood en fait des suites ou reboote les plus grandes sagas. Dans ce marasme créatif pourtant, quelques surprises se glissent parfois. Le remake-préquel de la Planète des Singes de Rupert Wyatt en 2011 comptait parmi ces surprises. Sa suite, Rise of the Planet of the Apes, passait sous la direction de Matt Reeves, le père de Cloverfield. Malgré une qualité globale plutôt bonne, le métrage n'arrivait pas à retrouver l'émotion du précédent. Du coup, on n'attendait pas vraiment le dernier volet de la trilogie, War for the Planet of the Apes (La Planètes des singes - Suprématie en France), et encore moins à ce niveau de qualité. Parce qu'il arrive, une fois de temps en temps, qu'un petit miracle se produise dans le monde des blockbusters hollywoodiens. 

    D'emblée de jeu, le ton est donné. Les singes, reclus dans la forêt, sont aux prises avec ce qu'il reste de l'armée américaine. La vendetta de Koba a déclenché une guerre que César, malgré toute sa bonne volonté, ne peut pas arrêter. Matt Reeves, immédiatement, en impose. Il filme une scène de bataille forestière remarquable, aussi rapide qu'efficace, faisant s'envoler sa caméra et donnant un souffle épique à la chose en une seule charge de cavalerie. Autre constatation immédiate : les effets spéciaux signés Weta Digital (Le Seigneur des Anneaux) sont d'une beauté à couper le souffle. Que ce soit dans l'intensité de la bataille ou, surtout, dans l'animation des singes, tout simplement divine. Une chose primordiale, car l'action se focalise rapidement sur César et ses compagnons. C'est ici, précisément, que Matt Reeves fait un choix audacieux et tout à fait fantastique : il délaisse l'action pure et dure pour suivre une poignée de singes seulement. 

    Ainsi, le rythme et la structure narrative de War for the Planet of the Apes change totalement du blockbuster habituel. Reeves prend le temps d'installer ses personnages, de caractériser le moindre second rôle, de toucher le spectateur au plus profond avec ces êtres simiens qui deviennent à nouveau plus humains que les hommes eux-mêmes. Dans de sublimes paysages enneigés, il montre la grandeur d'âme des singes en utilisant quelques astuces simples mais extrêmement efficaces. La rencontre avec Nova en est certainement la meilleure preuve. Reeves prouve alors qu'il n'a pas l'intention de faire un film bavard, au contraire. Il fait quelque chose que l'on n'a plus l'habitude de voir dans le blockbuster moderne : il laisse parler le silence. Le résultat s'avère poignant. Cette quête inattendue mène cependant à une seconde partie plus conventionnelle...mais pas moins maîtrisée et impressionnante pour autant.

    War of the Planet of the Apes se permet alors de ressembler à un péplum et à un récit biblique. César devenant autant Spartacus que Moïse. Cette intelligence scénaristique pour contourner l'apparente impression de déjà-vu de cette second moitié fait définitivement décoller le film. Car, encore une fois, Matt Reeves laisse vivre ses personnages. Grâce à la prestation digitale hors du commun du prodigieux Andy Serkis, à des scènes de poésie de toute beauté (merci Amiah Miller) et à une intensité dramatique telle qu'on en avait pas vu depuis des années dans ce type de films, le métrage de l'américain explose toutes les attentes. Mieux, il construit un bad guy complexe, à la hauteur. En quelques scènes, il démonte tous ces méchants Marvel fades et autres figures adverses des films US. Woody Harrelson, toujours impeccable, incarne un homme sans pitié...rongé par la tristesse, détruit par la haine. Son miroir en devenir, César, devra tenter d'échapper à cette vengeance qui ne sert finalement personne. C'est fort, simple et puissant.

    Reste alors à dire un mot sur les hommes eux-mêmes. Le regard de Matt Reeves, amer, constate l'échec de l'humanité capable de continuer à s’entretuer alors même que le monde s'est éteint. L'homme est un monstre, un monstre dépassé que l'on doit enterrer sous la neige blanche et rédemptrice. Au fond, ce qui reste constamment le plus surprenant avec ce dernier volet, c'est le soin apporté pour humaniser le peuple simien...et César lui-même. Rares auront été les personnages aussi fouillé au cinéma que lui. Les émotions et l'animation faciale y sont très certainement pour quelque chose (elles sont vraiment prodigieuses) mais c'est l'ensemble qui fait que l'histoire devient un drame d'une intensité émotionnelle inattendue. C'est la qualité du scénario, la beauté fragile de la mise en scène, la musique de Michael Giacchino, l'excellence des acteurs, la poésie de la rencontre entre une enfant et un gorille, le sacrifice d'un traître...c'est tout cela qui fait que War of the Planet of the Apes tutoie les sommets.

     Pour son dernier volet, La Planète des Singes ne fait pas que retrouver la qualité du premier opus, elle l'explose, littéralement. Matt Reeves offre un film biblique à la place d'un blockbuster sans âme. Il dessine de la poésie là où on ne l'attendait pas. Il donne une âme à des images de synthèse. 
    War for the Planet of the Apes s'impose comme le meilleur blockbuster de ces dernières années, tout simplement.

     

    Note : 9/10

    Meilleure(s) scène(s) : La mort de Luca, Nova qui vient nourrir César

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  • [Court-métrage du dimanche] The Fisherman

     Ce dimanche, on change de sous-genre science-fictif avec le court-métrage du réalisateur espagnol Alejandro Suarez Lozano : The Fisherman.
    Acclamé dans plusieurs festivals, The Fisherman nous embarque à bord du petit bateau de pêche de Wong, un pêcheur de calamar têtu, qui tente une dernière fois de ramener une prise digne de ce nom...mais le calamar de cette nuit-là n'est pas tout à fait comme les autres. 


     

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  • [Court-métrage du dimanche] Invention of Love


     Pour le retour de cette rubrique, voici une petite perle steampunk aussi poétique que sensible avec Invention of Love du russe Andrey Shushkov (pour son projet de fin d'étude à l'Université d'Arts et Cultures de St Petersbourg). Tout en ombres chinoises, vous voici projetés dans une société mécanique et aérienne pour une histoire d'amour à la mélancolie lancinante.



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  • [Critique TV] Fargo, Saison 1
    Emmy Award de la meilleure mini-série 2014
    Golden Globes de la meilleure mini-série 2015
    Golden Globes du meilleur acteur dans une mini-série pour Billy Bob Thornton 2015

    Retour dans le passé.
    En 1996, les frères Coen réalise Fargo. Ce petit film policier qui prend place dans l'état du Minnesota entre rapidement dans la légende. Avec un casting aux petits oignons - Frances McDormand et William H. Macy en tête - et une mise en scène géniale, le long-métrage récolte une pluie de louanges. Aujourd'hui considéré comme un film culte, Fargo n'avait pourtant pas fini de faire parler de lui. En 2013, la chaîne FX (Sons of Anarchy, The Shield, Rescue Me) décline l'univers des Coen en série télé sous la direction de Noah Hawley. Encore peu connu à l'époque, le génial créateur de Legion, recrute un casting impressionnant pour la première saison d'une série anthologique (c'est à dire que chaque saison est indépendante, ou presque, des autres) appelée à devenir aussi culte que son illustre parent cinématographique. Nous sommes en 2014 et pour la première fois apparaît la phrase running-gag d'ouverture de chaque épisode : This is a true story. Bienvenue au Minnesota à nouveau.

    Dans le froid glaçant de ce petit état, Lester Nygaard, agent d'assurance, ne profite pas vraiment de la vie. C'est le moins que l'on puisse dire. Moqué et maltraité par son ancien "camarade" de classe Sam Hess, constamment humilié par sa femme Kitty et vivant dans l'ombre de son frère Chaz, Lester mène une existence pathétique. Alors qu'il patiente aux urgences, il fait la rencontre d'un homme mystérieux du nom de Lorne Malvo qui lui propose de tuer Sam Hess pour le venger. C'est à compter de ce malheureux pacte que les choses s'emballent et que la petite ville de Bemidji va connaître une vague de meurtres. Noah Hawley comprend immédiatement une chose en adaptant Fargo en série : il ne s'agit pas de faire un copier-coller du film mais bien d'en saisir l’atmosphère et les codes. Il n'y a donc aucun besoin d'avoir vu le métrage original avant de vous lancer dans l'aventure (même si on vous le recommande chaudement, ne serait-ce que pour sa qualité cinématographique)


    Fargo est une série policière mais surtout un laboratoire humain. Ce qui est fascinant, et le sera constamment dans cette première saison, c'est la propension des personnages tout à fait ordinaires à faire des choses extraordinaires. La société de Bemidji est un océan de médiocrité et de petites personnalités narquoises. Notre (anti-)héros, Lester, n'y fait pas exception, il est même un sommet de pathétique. Ce raté par excellence a pourtant quelque chose de profondément touchant. Il a le potentiel mais n'arrive tout simplement pas à se dépêtrer de sa condition...jusqu'à l'arrivée de Lorne. Ce dernier, interprété par l'immense, le génial, le succulent Billy Bob Thornton, est la seule figure extraordinaire de la saison. Un tueur à gages ultra-efficace et inquiétant qui n'a peur de rien ni personne. Le gouffre qui le sépare de Lester n'aurait pas pu être plus grand...et pourtant, les deux vont vite avoir plus en commun qu'on ne le pense. Fargo, c'est la libération des plus vils instincts, c'est la transformation d'un homme normal en quelque chose qui dépasse toutes les normes sociétales américaines.

    Et c'est ça qui est si excitant.
    Noah Hawley utilise Martin Freeman, parfaite image du type attachant, pour en faire un monstre. L'acteur britannique est génial, aussi drôle qu'attachant et cruel. En face, on trouve toute une galerie de personnages médiocres. Que ce soit la veuve Hess ou ses fils (avec la séquence de l'arbalète à mourir de rire) ou le nouveau chef de la police incarné par un Bob Odenkirk en grand forme. Au milieu, à l'instar de Frances McDormand en 1996, on trouve le personnage de Molly Solverson qui est, avec celui de Lester et Lorne, le dernier pilier de cette saison. Voici une femme qui n'est pas forcément un canon de beauté selon les standards occidentaux, qui n'est pas d'une intelligence foudroyante...mais qui est persévérante et logique. Molly s'avère le parfait contrepoids des autres imbéciles qui fourmillent dans le récit. Une force tranquille mais entêtée qui se révèle beaucoup plus efficace que les vieux briscards débiles du coin. Son pendant masculin, Gus Grimly, a quelque chose d'aussi touchant qu'elle. Voici deux policiers lambda qui ont pourtant plus d'intelligence que leurs supérieurs contents de leur propre médiocrité. Les deux acteurs, Allison Tolman et Colin Hanks, sont brillants dans leurs rôles respectifs, renforçant encore l'empathie du spectateur durant l'enquête.

    Quelle enquête d'ailleurs ! Pleine de rebondissements, cette première saison est un jeu de piste que seul le spectateur peu apprécier à sa juste mesure pendant que les autres personnages se débattent dans la mélasse. En retrouvant le cynisme et l'humour acide du film original, Hawley fait des merveilles avec des ruptures de tons que n'aurait pas renié les frères Coen eux-mêmes. Fargo, outre son enquête passionnante et ses personnages brillants, c'est également des moments hilarants qui jouent avec la médiocrité des êtres humains pour mieux se foutre de la race humaine et de notre quotidien. Le décalage provoqué notamment par la présence de Lorne Malvo, un vrai terminator sur pattes, dans une ville peuplée de gens ordinaires, a quelque chose de délicieux. Il faut le voir dézinguer tout un immeuble rempli de mafieux sans que les deux flics en planque devant s'en rendent compte pour comprendre toute la portée humoristique de la chose. C'est également l'occasion d'insister sur la mise en scène de cette première saison, constamment inventive et passionnante, qui utilise la neige du Minnesota pour retrouver l'aspect glacé du film original. Noah Hawley fait des merveilles, cela bien avant Légion.

     Vous l'aurez compris, cette première saison de Fargo est un vrai délice d'humour noir, de satire sociale et humaine. Avec une galerie de personnages tous plus savoureux les uns que les autres, des acteurs irréprochables et un sous-texte mordant comme il faut, la série s'impose parmi les meilleures du genre.
    C'est simplement, et totalement, indispensable.

     

    Note : 9.5/10

    Meilleur épisode :   Episode 6 - Buridan's Ass

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  • [Critique] Okja 

     Chaque année, un scandale affole la Croisette.
    Cette fois, c'est le film Okja qui en fut à l'origine pour une raison qui n'a rien à voir avec sa qualité intrinsèque. Produit par Netflix, le long-métrage fut sélectionné à Cannes en mai dernier avant de voir s'abattre sur lui les foudres de Pedro Almodovar (président du jury) et des exploitants de cinéma. La raison en est simple : le film ne sortira pas en salles en même temps que sa sortie sur Netflix pour respecter la réglementation française. Une réglementation française unique au monde (et totalement stupide) qui veut qu'un film ne puisse être disponible en VOD que trois ans (!!) après sa projection sur grand écran. Ce qui n'est, heureusement, pas la politique de Netflix. Malgré une projection presse perturbée (voir sabotée), Okja reçoit une pluie de louanges de la part de la critique. Car si le métrage fait autant parler de lui, c'est aussi parce qu'il s'agit de la dernière oeuvre d'un des plus grands réalisateurs coréens : Bong Joon-Ho. Après Le Transperceneige, The Host ou Memories of Murder, le cinéaste fait appel à un casting impressionnant pour livrer une oeuvre qui se fout des limites. Totalement libre dans ses choix de réalisation et de production, Bong Joon-Ho nous offre un film fort et intelligent. Un merveilleux pied de nez à l'intelligentsia cannoise clairement dépassée. 

    Film-fable, Okja met en scène une créature extraordinaire : un super-cochon. Issu de manipulations génétiques de la multinationale américaine Mirando, Okja vit des jours paisibles dans les montagnes de Corée du sud sous le regard bienveillant de son éleveur et de sa fille, Mija. Bong Joon-Ho déroule la première partie de son long-métrage dans un environnement naturel sublime pour exposer le lien fort qui existe entre la petite Mija et le super-cochon Okja. Evocant le conte par la chatoyance de ses décors, le cinéaste se concentre sur une chose primordiale pour la suite des opérations : créer l'empathie entre le spectateur et la créature. La beauté de celle-ci (parfaitement recréée en images de synthèse) et son animation attendrissante créent immédiatement un lien, d'autant plus fort que Mija nous touche tout particulièrement. La jeune actrice qui l'incarne, Ahn Seo-hyeon, n'y est évidemment pas pour rien. Seulement, on s'en doute après l'introduction aussi burlesque qu'intelligente reprenant le discours du PDG de Mirando Corporation, Okja n'est pas juste une ballade bucolique.

    Le métrage se veut un plaidoyer moderne contre la consommation industrielle de viande animale. Bong Joon-Ho imagine donc un ersatz de Monsanto pour mieux démonter l'horreur de cette multinationale. En canalisant l'empathie du spectateur sur un animal, Okja, il rend compte de la cruauté du destin de cette bête d'élevage. Cependant, plus qu'une simple dénonciation en bonne et due forme des chaînes d’abattage - nous y reviendrons - Okja s'avère une charge contre la société moderne de consommation dans son ensemble. Par l'image d'abord, et l'ironie mordante du cinéaste coréen qui permettent d'apprécier à quel point le consommateur lambda est manipulable. Il oppose à la réalité des choses la campagne publicitaire haute en couleurs qui n'a rien à voir avec ce qu'il se passe réellement. Mirando s'achète une image de façade pendant que les animaux continuent à crever dans la boue. Pour arriver à ses fins, l'entreprise est prête à tout, notamment à financer une campagne de pacotille sur le bien-être de quelques super-cochons pour masquer le réel. 

    C'est ici que le côté farfelue d'Okja fait des merveilles. Fidèle à la réputation tragi-comique des films coréens, Bong Joon-Ho expose des situation drôles et inattendues (la fuite dans le centre commercial par exemple) mais aussi, et surtout, des personnages déjantés. La palme revenant à Jake Gyllenhaal en Johnny Wilcox, ridicule à souhait et qui prend un pied d'enfer à faire l'imbécile. Il en va de même, dans un autre registre, de l'excellente Tilda Swinton, reine artificielle de Mirando Corporation. A cet aspect colorée et souriant s'oppose le réel. En effet, Okja glisse au fur et à mesure. Partant d'un monde de l'image où l'on peut tout faire accepter avec une bonne campagne de pub, le réalisateur coréen s’enfonce dans l'horreur. Même s'il tance gentiment des activistes de la cause animale menés par un Paul Dano toujours impeccable, Okja finit surtout par s'aventurer dans le monde des laboratoires et autres abattoirs lors de deux séquences effroyables où l'univers coloré du film rencontre la noirceur absolue. 

    Bong Joon-Ho va jusqu'au bout de sa réflexion en montrant ce que le consommateur ne voit pas d'habitude. Ne veut pas voir. Outre l'atroce séquence d'accouplement, davantage suggérée que montrée, il nous prend finalement par la main pour nous mener dans la zone d'élevage elle-même. D'un coup d'un seul, Okja perd toutes ses couleurs. Tout, absolument tout, devient noir. Impossible de ne pas penser à un camp de concentration devant l'image de ces milliers de super-cochons enfermés derrière des clôtures électriques et survivant dans la boue avant de crever un à un. La séquence, d'une extrême émotion, se conclue par un acte d'humanité inattendue qui brise définitivement le cœur. Oui, les animaux sont des êtres sensibles...et vivent un éternel Treblinka sous le joug des hommes. Difficile de faire meilleur plaidoyer pour le végétarisme. Plus loin encore, le coréen révèle l'hypocrisie du bio. Avec de l'argent tout s'achète et les soi-disant produits sans OGMs ne le sont pas forcément. Dans ce monde moderne devenu fou à lier, difficile de savoir à qui se fier.

    Reste alors la relation tendre, humaine et tellement touchante qui unit Okja à Mija. Bong Joon-Ho possède ce talent incroyable qui permet à la petite fille de devenir touchante dès la première image tout en nous donnant l'occasion de vraiment ressentir le lien qui l'unit à Okja tout du long. Un murmure dans l'oreille suffit pour oublier qui est l'homme et qui est l'animal. C'est le talent fou de metteur en scène du coréen qui donne son extravagance salutaire au film en accouchant de séquences hallucinante comme la poursuite du camion par la petite Mija alternant travelling et plan aériens. On le savait déjà depuis son chef d'oeuvre, Memories of Murder, mais Okja ne fait que le confirmer : Bong Joon-Ho est l'un des meilleurs réalisateurs vivants.

     N'en déplaise à la Croisette, Okja est un film sublime. Cette parabole sur l'humain touche en plein cœur. Le long-métrage de Bong Joon-Ho n'oublie jamais d'être drôle dans sa noirceur et tragique dans son humour. Un plaidoyer touchant pour la cause animale mais aussi une virulente charge contre notre société de consommation moderne. 
    Un très grand film.

     

    Note : 9/10

    Meilleure(s) scène(s) : L'abattoir

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  • [Critique] Wonder Woman

     Alors que Marvel a depuis longtemps installé son univers sur grand écran, DC peine toujours à en faire de même. Clairement handicapé par le studio Warner Bros, Batman vs Superman était devenu un fourre-tout précipité où surnageait tout le même le génie de Zack Snyder. Avant d'en arriver à la Justice League (que l'on appréhende beaucoup pour tout dire), Patty Jenkins prend les reines de l'adaptation du film Wonder Woman pour faire renaître une super-héroïne kitsch remise au goût du jour par Snyder. Vendu comme un film féministe (comme si le fait que la réalisatrice soit une femme soit suffisant...), le métrage a connu un immense succès critique et publique outre-Atlantique tandis que l'Hexagone a réservé un accueil bien plus froid à l'amazone. Wonder Woman, réussite surprise ou pétard mouillé ?

    Nous ne reviendrons pas en détails sur le postulat de Wonder Woman, héroïne archi-connue depuis des dizaines d'années. Diana Prince est une guerrière amazonienne qui vit sur l'île de Themiscyra, protégée des yeux du monde par Zeus et dans l'attente de la bataille finale contre Arès, le dieu de la Guerre. Alors qu'un avion s'écrase sur l'île, Diana découvre que l'Europe est en guerre contre l'Allemagne. Bien décidée à mettre un terme au conflit ainsi qu'à révéler le vrai coupable, Arès, elle s'embarque pour Londres avec l'espion britannique Steve Trevor. Elle va donc devoir non seulement s'adapter au monde "moderne" mais également comprendre que le rapport de force est bien plus complexe qu'il n'en a l'air. C'est du moins ce que voulait tenter de faire Patty Jenkins sur un scénario de Geoff Johns et Allan Heinberg. Le résultat lui, est bien moins convaincant.

    Le métrage commence pourtant très bien avec la présentation du monde des Amazones et la jeunesse de Diana. Jenkins capte l'essence mythologique de l'héroïne et nous donne une sorte de réponse au Thor de Kenneth Branagh. Le côté Shakespearien en moins malheureusement. Ce qui manque dès le départ à ce Wonder Woman, c'est un véritable dilemme moral qui était, quoique l'on en dise, très bien incarné par le personnage de Loki dans Thor. Ici, Patty Jenkins va opposer la conception naïve du monde de Diana à la dure réalité de la Première Guerre Mondiale. Ce qui va au final lamentablement échouer, mais l'on y reviendra. On saluera d'abord la prestation de Chris Pine, tout à fait irréprochable, et qui domine largement le casting. Gal Gadot en Wonder Woman est toujours convaincante mais manque simplement d'une certaine dose de charisme cette fois. Le personnage semblait plus bad-ass dans Batman vs Superman.

    Le très gros problème de Wonder Woman, c'est qu'il s'effrite au fur et à mesure pour finir par un final pyrotechnique franchement décevant. C'est d'autant plus dommage que les scènes d'actions sur la plage ou surtout dans les tranchées étaient franchement réussies. Il semble que Patty Jenkins se perde quelque part en route, à peu près lors de la formation de l'équipe qui accompagne l'Amazone en fait. Une équipe peu crédible et trop rapidement introduite. Mais le plus gros problème semble être le virage niais (pour ne pas dire ridicule) du message final : c'est l'amour qui compte. Super. Tout ça pour ça. Certes le message n'est pas fondamentalement mauvais mais il est juste exposé avec une subtilité pachydermique. En y ajoutant le problème du grand méchant avec un évident miscast, Wonder Woman rate une foule d'opportunités. Notamment toute l'histoire avec Luddendorf et le Dr Poison, finalement bien plus convaincante que le combat contre Arès.

    Pourtant, on ne peut pas reprocher à Wonder Woman de faire le job. Le film est divertissant, plutôt bien interprété et rythmé. Mais il souffre de certaines incohérences regrettables - Wonder Woman confie ses armes à n'importe qui, les soi-disant villageois belges ultra-caricaturaux...- qui masquent l'avantage des productions DC : un ton plus adulte, plus noir, plus réaliste en fait. Enfin, le côté féministe ressemble bel et bien à un pétard mouillé. La séquence à Londres, drôle mais anecdotique, ne fait pas de Diana un personnage féministe, encore moins quand on assiste à cette fin tout sauf avant-gardiste. Patty Jenkins a beau diriger une guerrière amazone, elle a du bien du mal à faire ressortir son côté farouche et indomptable. Dommage...

     Wonder Woman n'est en réalité qu'un divertissement correct à la fin quasiment ridicule. Décidément, DC et Warner Bros ont bien du mal à trouver leur voix et ce n'est pas en misant sur un simili-féminisme putassier qu'ils vont changer les choses. Un film tiède qui passe à côté de son potentiel. 

     

    Note : 6.5/10

    Meilleure(s) scène(s) : Les tranchées

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  • [Critique] It comes at night

     Premier long-métrage de l'américain Trey Edward Shults, It comes at night arrive en France porté par un buzz plutôt favorable. Il pose cependant un problème de premier ordre quand à sa catégorisation. Vendu comme un film d'horreur, le film s'avère en réalité bien plus complexe que cela à appréhender. Après avoir reçu d'élogieuses critiques outre-Atlantique et dans plusieurs festivals, It comes at night a été plus sévèrement (et injustement) jugé dans l'Hexagone. Avant d'expliquer pourquoi le film ne rentre pas dans une case bien précise, revenons sur le postulat même de l'histoire.

    Une petite famille composée de Paul (le père), Travis (l'adolescent) et Sarah (la mère) est contrainte d'euthanasier Bud, le grand père, contaminé par une maladie étrange et, semble-t-il, hautement contagieuse. Encore sous le choc de cette mort, et malgré leur isolement au cœur de la forêt, un intrus pénètre dans la maison familial avant de se faire capturer par Paul. Après avoir vérifié que celui-ci n'était pas contaminé, il accepte d'aller chercher la famille de Will pour vivre tous ensemble dans le but de mettre en commun les réserves d'eau et de nourriture. Pourtant, Paul a toujours bien du mal à croire en la sincérité de Will et se méfie encore des intentions qu'il nourrit réellement.

    It comes at night a ceci de particulier qu'il mélange quasiment à part égales trois genres : l'horreur, le thriller psychologique et le post-apocalyptique. Le cinéaste américain jette le spectateur sans aucun égard dans un monde cruel et malade avec la mort de Bud. Pas le temps de prendre ses marques que l'on comprend déjà que l'humanité vient d'être fauchée par une maladie terrible ayant forcé cette famille à trouver refuge dans les bois. Nous sommes donc immédiatement dans le cadre et le questionnement d'un film de science-fiction versant post-apocalyptique. Seulement Trey Edward Shults brouille les pistes en mélangeant une horreur sourde entrecoupée de cauchemars écœurants. Cette horreur se love toute entière dans la tête de Travis, l'adolescent. Le film tire en réalité son nom de ces cauchemars que fait Travis la nuit. Le reste n'est que pure suggestion. Dans It comes at night, le spectateur est souvent laissé à son imagination (la séquence de poursuite du chien dans les bois), ce qui constitue une excellente idée car, comme chacun le sait, la pire horreur se terre à l'orée de notre conscience. Cependant, cette horreur, aussi efficace et sublimement représentée soit-elle, semble anecdotique. Ironique en fait. Puisque le thriller psychologique qui se tisse au sein de cette maison avec la paranoïa latente entre les deux cellules familiales vient surpasser l'horreur viscérale des cauchemars de Travis.

    C'est là en réalité qu'Edward Shults plonge tête la première. Au cours d'un dialogue entre les parents de Travis et l'adolescent, l'un d'eux lâche au détour d'une phrase : "Tu n'imagines pas ce que le désespoir pousse les gens à faire."
    Voilà, la vraie horreur psychologique qui sous-tend It comes at night. Le réalisateur se sert de l'horreur imaginée par les personnages pour montrer comment la paranoïa s'installe et, pire, comment un être humain qui semble tout à fait raisonnable peut devenir un monstre par souci de protéger les siens. A cet égard, il faut aussi préciser que le long-métrage est délicieusement ambiguë. Rien n'affirme que la situation post-apocalyptique soit celle imaginée par les personnages. A aucun moment on n'explore autre chose que de la forêt et, excepté Bud au début, il n'y a pas de trace évidente de contagion ailleurs. Le récit joue de cette peur moderne de la contagion qui est exploitée dans de nombreuses autres œuvres mais en s'intéressant cette fois aux conséquences purement psychologiques du simple fait de savoir qu'une contamination est possible. En réalité, rien n'affirme que l'horreur imaginaire qui règne dans l'esprit de Travis soit plus réelle que celle du dehors. Ou du moins, on peut le croire longtemps puisque l'américain prend un malin plaisir à entretenir l’ambiguïté jusqu'au bout du bout.

    L'autre force indéniable du film, c'est le talent évident du jeune cinéaste pour mettre en scène un film tendu et d'une noirceur de tous les instants. La sobriété de ses effets mêlés à des plans acérés (comme le travelling avant sur Travis dos à la caméra dans le grenier) donne au métrage un aspect dépouillé salutaire. Cela lui permet de développer une atmosphère angoissante, quasiment asphyxiante, sans aucun besoin d'effet gore. En y ajoutant une bande son discrète mais ultra-efficace, on obtient une ambiance quelque part entre It Follows et The VVitch. Avec ce dernier, It comes at night partage une rudesse et un parti-pris jusqu'au-boutiste qui étonne (en bien). Trey Edward Shults ne décolle jamais de son objectif principal et dissèque avec patience les rapports humains qui se tissent. La méfiance s'immisce lentement entre les personnages et le spectateur pour finir par imploser logiquement dans un final cruel qui semble inévitable. Pour cela, Joel Edgerton et surtout le jeune Kelvin Harrison Jr. se révèlent parfaits pour provoquer autant l'empathie du spectateur que sa méfiance. Le tout jusqu'à une scène de fin aussi abrupte que radicale qui conclut avec audace un film qui n'en manque pas.

     Pour un premier film, It comes at night se révèle un objet filmique éminemment intéressant. Refusant tout net de rentrer dans une case précise mais tenant à tout prix à se focaliser sur les extrémités auxquelles peuvent en venir les hommes, le long-métrage de Trey Edward Shults fait souvent froid dans le dos. L'exemple typique que l'horreur se marrie à merveille avec d'autres registres et que la chose la plus terrifiante n'est parfois pas celle que l'on croit.

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) : La confrontation entre Will et Paul.

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  • [Critique] Free Fire

     Si vous ne connaissez pas encore Ben Wheatley, réalisateur britannique atypique s'il en est, Free Fire risque de vous surprendre un tantinet.
    Film d'action saupoudré d'une bonne dose d'humour noir filmé en huit-clos complet, le long-métrage de l'anglais utilise un scénario timbre-poste pour coincer le spectateur dans un improbable affrontement entre gangsters. Des membres de l'IRA (organisation terroriste d'Irlande du Nord) rencontrent des vendeurs d'armes dans un hangar désaffecté de Boston. Alors que les tensions surgissent entre les deux groupes, l'antagonisme entre deux des hommes présents va finir par faire exploser le tout. On connaît la propension de Ben Wheatley pour aller là où on ne l'attend pas. On se souvient notamment de Kill List, film dingue et ultra-violent, ou de Touristes où le gore se mêlait à un humour (très) noir. Après un détour par un cinéma expérimental en diable avec l'adaptation de High-Rise de Ballard, il change une nouvelle fois totalement de voie avec ce Free Fire

    Tarantino n'est pas mort. Si vous avez été (comme beaucoup) amèrement déçus par les Huit Salopards, réjouissez-vous Wheatley a décidé de prendre le relais. Un hangar isolé, des gangsters, un huit-clos, des dialogues savoureux...Free Fire est une version revue et corrigée du Reservoir Dogs de 1992. Son scénario minimaliste cache en réalité une galerie de personnages tous plus truculents les uns que les autres. Film au casting all-stars, Free Fire invite Cilian Murphy, Brie Larson ou encore Sharlto Copley dans une ambiance qui fleure bon les années 80. L'acteur sud-africain que l'on avait tant apprécié pour son rôle dans District 9 revient ici dans l'habit d'un vendeur d'armes ridicule au possible avec un accent franchement exagéré mais hilarant. En face, Cilian Murphy et Armie Hammer composent des meneurs d'hommes aussi efficaces que dépassés par une situation qui échappe à tout contrôle. Soyons clairs, Free Fire est un joyeux bordel où les balles fusent. Après une introduction courte et efficace, le spectateur est plongé au cœur d'un imbroglio monumental. Tout le monde dégaine, tire, se fait toucher, crie.

    Mais dans ce foutoir absolu, Wheatley arrive toujours à coller à ses personnages, à ne pas perdre son public entre les positions des uns et des autres. Mieux, il arrive à incarner chacun avec une efficacité qui force le respect. Non seulement le gunfight s'avère parfaitement filmé, dynamique et précis, mais il fourmille d'idées scénaristiques pour relancer l’intérêt. Qu'il s'agisse de l'arrivée impromptue de nouveaux belligérants ou d'une simple sonnerie de téléphone, Wheatley utilise toutes les possibilités qu'il trouve. Surtout, au milieu, l'anglais se marre. Si tout le monde se tire dessus dans Free Fire, c'est avec un mauvais esprit réjouissant qui rappelle les meilleurs gunfights du cinéma de Tarantino. C'est drôle, caustique, sale gosse, bref, c'est tout sauf dramatique. Et ça fait du bien. Le second degré constant de l'intrigue ainsi que la folie destructrice qui s'empare des personnages, les menant à des extrémités d'une violence incroyable, fait sourire le spectateur. Il faut voir Copley se traîner en armure de carton et se prendre une machine à écrire pour comprendre que tout ce beau monde s'amuse comme pas possible.

    Au-delà de son humour constant, Wheatley continue à explorer un thème qu'il affectionne depuis le début de sa carrière : l'irruption d'une violence extrême et absurde dans des situations banales. Remplacez les campeurs de Touristes ou les riches de High-Rise par ces deux gangs de fous furieux, et vous constatez directement des ressemblances évidentes. Si le scénario semble tenir sur un timbre-poste, c'est aussi parce qu'il synthétise très abruptement ce qui cloche dans la société humaine. Mettez des armes, un bon paquet de pognon et de l'ego en veux-tu en voila, et vous avez une bonne synthèse du mode de fonctionnement de notre chère espèce. Pour pousser la blague encore plus loin, Wheatley profite du personnage de Brie Larson, unique femme du lot, pour livrer un pied de nez succulent à cette société masculine stupide. De bout en bout, Free Fire est un délice d'ironie mordante.

     Petit plaisir Tarantinesque, Free Fire est peut-être le film le plus accessible de Ben Wheatley. Fun, drôle et inattendu, le long-métrage rassemble une équipe de choc le temps d'un huit-clos méchamment réjouissant.
    Une belle réussite.

     

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Quand tout dérape...

    Critique de High-Rise de Ben Wheatley

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  • [Critique TV] American Gods, Saison 1

     En 2011, l'auteur américain Neil Gaiman annonce un projet d'adaptation d'une de ses œuvres les plus connues, American Gods, en collaboration avec la prestigieuse chaîne HBO. Après de multiples rebondissements, le projet prend l'eau et c'est finalement la chaîne Starz qui récupère la série. Pour s'occuper de cette première saison, Starz fait appel à des poids lourds du domaines : Bryan Fuller (Pushing Daisies, Hannibal), Michael Green (The River, Logan) et David Slade (Hard Candy, 30 jours de Nuit). La première saison affiche 8 épisodes au compteur et un casting des plus alléchants notamment avec le retour d'un certain Ian McShane (Deadwood) et de l’évanescente Emily Browning (Sucker Punch, The Sleeping Beauty). Le problème, c'est que le roman de Gaiman reste une adaptation très complexe du fait de la richesse de son monde et des nombreuses mythologies impliquées. Malgré la présence de l'auteur lui-même au poste de scénariste, American Gods peut-il passer au format série TV sans perdre ce qui faisait son charme original ?

    Tout d'abord, résumons pour les deux du fond ce qu'est American Gods. Dans l'Amérique d'aujourd'hui, Shadow Moon (aka Ombre) sort de prison après avoir purger une peine de plusieurs années pour tentative de vol dans un casino. A sa libération, il apprend que sa femme, Laura, est décédée dans un accident de voiture et qu'elle le trompait avec son meilleur ami. En route pour l'enterrement, il fait la connaissance d'un homme mystérieux du nom de Wednesday (aka Voyageur) qui lui demande d'entrer à son service. Après une longue réflexion et quelques shots, Shadow Moon accepte. Il ne se rend pas compte qu'il vient de pactiser avec une puissance bien au-delà de sa compréhension. Une guerre se prépare en Amérique et opposera les Dieux d'antan aux Dieux modernes. Et Shadow Moon vient de choisir son camp...
    Voilà, peu ou prou, le sujet d'American Gods, du moins pour tenter de résumer une oeuvre aussi énorme et vaste que celle créée par Neil Gaiman. De surcroît, la série intègre des éléments de la "suite", Anansi Boys, faisant du projet un formidable défi créatif et narratif.

    Un défi qui semblait taillé sur mesure pour Bryan Fuller et David Slade, deux habitués des œuvres esthétiquement exigeantes et qui n'ont pas froid aux yeux. Le pilot, très efficace, souffle pourtant le chaud et le froid. Pour présenter l'univers d'American Gods et sa cohorte impressionnante de Dieux, les créateurs de la série choisissent de prendre leur temps et d'insérer de multiples histoires/légendes dans leur récit pour introduire chaque divinité. Cette excellente idée est pourtant à double tranchant, mais nous y reviendrons. Ainsi, le premier épisode s'ouvre sur l'arrivée d'un Dieu viking dans le Nouveau Monde. Et là...énorme déception. On retrouve vingt figurants sur une plage déserte, des effets numériques cheap et du sang par hectolitres pendant des ralentis gratuits. Malgré une idée de base excellente, on retrouve là en réalité tous les défauts des séries estampillées Starz depuis Spartacus. Au cours du pilot, on s'aperçoit de l'omniprésence de filtres ainsi que du recours aux images de synthèse. Le véritable problème, c'est que Starz ne dispose pas d'une équipe de qualité pour ce genre de choses et le résultat s'avère totalement inégal. Il peut être génial (L'animation en début d'épisode 5 !) ou d'une médiocrité affolante (le jardin d'os de l'épisode 1, les portes de la mort...). Autre point immédiatement contestable, Starz est resté bloquée à une certaine époque racoleuse (HBO par exemple faisait de même dans les premières saisons de Game of Thrones) en ajoutant du sang par hectolitres et des nude full-frontal pour faire oser. Sauf que le résultat se révèle juste putassier. 

    Ce genre de défauts que l'on constate dans l'épisode pilot se retrouve par la suite de façon plus ou moins prégnante. Heureusement, American Gods peut compter sur beaucoup d'autres choses. A commencer par un casting parfait où s'illustre Ricky Whittle qui compose un Shadow Moon impeccable, où Ian McShane retrouve enfin un rôle à sa juste mesure en Wednesday et où de nombreux rôles secondaires brillent par leur charisme. On citera l’excellente Gillian Anderson en Marilyn Monroe/David Bowie,  le génial Pablo Schreiber en MadSweeney ou encore le terrible Peter Stormrare en Czernobog. Dans le même ordre d'idée, le show fourmille d'idées de mise en scène et de tableaux esthétiquement magnifiques. Il faut reconnaître à Fuller et à Slade de savoir parfaitement magnifier leurs créations, tant sur le plan des univers dévoilés que sur celui des dieux purement et simplement. La série, à l'instar du roman, développe une mythologie délectable pour le spectateur en opposant Dieux anciens et Dieux de l'ère Moderne (Média, communication,TV ,  etc...). Ces derniers sont d'ailleurs l'une des plus grandes réussites de cette première saison, non seulement grâce aux excellents acteurs qui les incarnent, mais aux multiples idées visuelles pour les mettre en scène. 

    American Gods rappelle d'ailleurs par moment Penny Dreadful lorsqu'il capitalise sur des quasi-loners (épisodes 4 et 7) qui sont, de loin, largement meilleurs que les autres. Le long de ces huit premiers épisodes, la série nous captive par son monde d'une immensité désarmante, rempli de créatures et de dieux tous plus fascinants les uns que les autres. C'est là aussi que réside le principal défaut de la série, à savoir son rythme. Bryan Fuller est tellement préoccupé par son esthétisme et par les histoires qu'ils insèrent au cours des épisodes qu'il transforme la première saison en une longue introduction où le récit fait du sur-place les trois quarts du temps. Le pari est osé mais il est aussi à double-tranchant comme nous le disions plus haut. D'un côté, le spectateur visite un univers foisonnant et passionnant, de l'autre côté, l'aventure n'avance quasiment pas, si bien qu'on est un peu au même point en fin de saison qu'après les quelques premiers épisodes. American Gods joue les équilibristes et risque en fait la chute à tout moment. C'est assez dommage car quelques petites prouesses viennent améliorer cette narration ultra-lente. L'épisode 7, par exemple, en forme de conte populaire, est un petit chef d'oeuvre de même que le passage dans la ville de Vulcain. Tout le problème de cette première saison réside dans le fait qu'il faut être prêt à visionner huit heures d'introduction...en espérant que la future saison 2 passe la seconde (enfin!).
    Il manque enfin une dernière chose à la série : un fond fort et moderne. Pour le moment, la question de la religion n'a été qu'effleurée par les créateurs. Du coup, la première saison reste un pur divertissement qui ne questionne pas encore réellement son matériel de base. Le résultat ? Du divertissement qui manque d'une véritable portée symbolique.

     Globalement, American Gods s'en sort très bien. Un casting magnifique, une mise en scène souvent excellente à peine gâchée par quelques images de synthèses/idées contestables, et un univers sublime. Reste que cette introduction forte en promesses demande maintenant à aboutir à quelque chose de plus marquant en ne sacrifiant pas son rythme narratif sur l'autel de l'esthétisme pur et dur.
    A ce petit jeu, The Handmaid's Tale corrige sévèrement la série de Starz.

     

    Note : 8/10

    Meilleur épisode :   Episode 7 - A Prayer for Mad Sweeney

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  • [Critique] The Handmaid

     En 1985, l'auteure canadienne Margaret Atwood publie un roman de science-fiction appelé à devenir un classique du genre : The Handmaid's Tale (connu sous le titre français de La Servante Écarlate). Acclamé par la critique, le récit nous plonge dans une dystopie patriarcale et théocratique. Les Etats-Unis se sont effondrés, remplacés par la République de Gilead. Fondée par une organisation connue sous le nom des Fils de Jacob, cette nouvelle société s'appuie sur le dogme religieux chrétien pour édifier règles de vie, valeurs morales et prôner un retour au traditionalisme dans tous les domaines. The Handmaid's Tale est le témoignage de Offred (de son vrai nom June), l'une des servantes attribuées au commandant Fred Waterford. Elle nous raconte comment elle a été enlevé, séparée de sa fille et mise en esclavage au sein d'une société cauchemardesque où la femme n'est plus rien. Terrible dans son ton et dans sa forme (avec un style très froid et distancié, presque clinique), le roman laisse un goût de soufre dans la bouche du lecteur. 

    C'est en avril 2016 qu'Hulu, principale plateforme concurrente de Netflix aux Etats-Unis, annonce produire une série tirée du roman. Dirigé par Bruce Miller (qui avait jusqu'à présent officié que pour des séries mineures), The Handmaid's Tale réunit un casting des plus solides avec notamment Elisabeth Moss (Top of The Lake ), Joseph Fiennes (American Horror Story) ou encore Ann Dowd (The Leftovers). Lancé en avril 2017, la première saison connait un succès critique foudroyant qui pousse Hulu à renouveller la série pour une seconde saison dès mai 2017. Acclamé par la presse américaine (et bientôt française), The Handmaid's Tale reprend une très large part de l'intrigue du roman et adapte l'univers d'écrit par Margaret Atwood à la lettre. Prenez une grande inspiration, et plongez dans un cauchemar.

    Car The Handmaid's Tale est un cauchemar. Un vrai. Une atroce dystopie où l'horreur théocratique est poussée à son paroxysme. Le pilot réunit immédiatement toutes les qualités que développera ensuite la série. La mise en scène tout d'abord, d'une sobriété impressionnante, qui découvre un univers glacial et glaçant où le rouge des servantes devient aussi familier que la lumière du soleil. Contrairement au récent American Gods, la série de Bruce Miller ne joue sur aucun effet de manche. A peine s'offre-t-elle des ralentis pour souligner certaines actions importantes ou tragiques. Cette mise en scène minutieuse, terrifiante dans ses moindres recoins, s'accompagnent d'une bande-originale parfaite qui sait être discrète quand il le faut, ménager des silences quand il le faut...et s'imposer quand il le faut. Rien n'est laissé au hasard dans la constitution de cette première saison. 

    Si dans le roman nous suivons uniquement Offred, il n'en est pas de même pour la série. Le téléspectateur est bien entendu dans la tête de la jeune femme dont il entend les pensées en voix-off, mais le format permet également de développer d'autres personnages qui deviennent donc plus profond tels que Nick, le couple Waterford ou Moira. On ne pénètre jamais dans leurs esprits comme on le fait avec June, mais on les suit et on les comprends mieux. Puisque The Handmaid's Tale, avant d'être une oeuvre engagée et polémique, est avant tout une histoire humaine tragique. Ce qu'a bien compris Bruce Miller qui donne toute la place nécessaire aux personnages et aux acteurs qui les incarnent. C'est eux d'ailleurs qui constituent l'autre force majeure de la série. Dire que le casting de The Handmaid's Tale est impeccable serait être en dessous de la vérité. Joseph Fiennes est aussi glaçant que mystérieux dans le rôle du commandant Waterford, Yvonne Strahovski compose un des personnages les plus complexes de la série entre le monstre et la femme brisée, Ann Dowd endosse le rôle tyrannique de tante Lydia avec la même force qu'elle avait dans The Leftovers. 

    Mais surtout, il y a Elisabeth Moss. En prenant l'habit écarlate de la servante, l'américaine trouve le rôle de sa vie. Elle est, à chaque minute, plus grandiose qu'à la précédente. A la fois colère, tristesse et révolte, l'actrice joue tout à la perfection et émeut comme pas possible. C'est elle, c'est définitivement elle qui porte littéralement le show sur ses épaules. Chapeau. Faisons également mention à la fois d'un sublime personnage secondaire mais également d'une grandiose actrice : l'américaine Madeline Brewer dans le rôle brise-cœur de Janine. Un personnage secondaire qui montre le talent d'écriture insolent de Bruce Miller et de ses scénaristes. Puisque c'est bien l'écriture du show lui-même qui constitue le dernier grand point fort de cette première saison. Il faut dix épisodes à The Handmaid's Tales pour développer son monde, décrire l'avant et comment tout a lentement glissé dans l'horreur mais aussi, et surtout décrire avec minutie une société malade. Mieux encore, le show arrive à "humaniser" d'authentiques monstres par le biais de quelques séquences improbables. Comme lorsque Tante Lydia console Janine de ne pas aller à la soirée, ou comme lorsque l'on suit l'histoire du couple Waterford. Ce tour de passe-passe moral s'avère rien de moins qu'impressionnant. En l'état, c'est comme si l'on humanisait Himmler ou Heydrich...

    Ce que réussit cependant le mieux la série, c'est à retranscrire l'horreur théocratique décrite par le roman de Margaret Atwood. La série décrit avec minutie la constitution d'un Etat totalitaire où les femmes deviennent des ventres. Instrumentalisées au nom d'un passage biblique, les femmes fertiles deviennent des esclaves qui n'ont plus aucun droit. Elles sont cérémonieusement violées chaque mois (et les premières séquences de la fameuse cérémonie sont insupportables) pour donner des enfants aux épouses stériles des commandants. Il y a encore cette seconde torture, de se faire prendre son enfant, de se le faire enlever (et l'épisode deux, déjà, est insoutenable à ce sujet) pour ensuite changer de maison et.....recommencer ! La série décrit de même l'avant, et a l'excellente idée de faire comprendre au spectateur que l'on glisse. On ne tombe pas. Que petit à petit, la dictature s'installe parce que l'on dort. Parce que l'on ne se bat pas. Dans la situation actuelle des Etats-unis et de la France, la chose est d'autant plus importante à entendre. The Handmaid's Tale est non seulement un plaidoyer féministe d'une dureté extraordinaire, mais également une remise en question de notre obsession de la maternité. C'est certainement là le thème le plus original traité par la série, notamment au cours du fameux épisode 6, A Woman's Place, qui explique en filigrane que l'une des causes de cette folie est l'obsession maladive pour l'humanité d'avoir des enfants. En substance, The Handmaid's Tale est une brillante destruction de la GPA, cette marchandisation du corps de la femme pour pallier à la (malheureuse) stérilité d'autres. 

    Reste que cette série, aussi forte soit-elle sur le fond, reste une intense aventure émotionnelle. Chaque personnage présente des démons, des fêlures,des peines, des tragédies. La somme de toutes ces blessures donne cette première saison sublime, grandiose. The Handmaid's Tale, c'est avant tout l'histoire d'une femme (de femmes !) privée de sa liberté, privée de sa vie, privée de tout. C'est l'histoire d'une révolte, même insignifiante, gravée dans une plinthe ou tombant avec une pierre, qui dit NON. C'est l'histoire d'une femme qui veut se battre malgré toutes les horreurs qu'elle subit. Au fond, le plus important dans The Handmaid's Tale, c'est ça. Ce courage humain devant l'horreur absolue, devant la monstruosité. Un cri dans le silence. Un appel à la raison dans un océan de religiosité qui, pourtant, ressemble de plus en plus à notre siècle (et qui est déjà vécu par certaines femmes en Arabie Saoudite et dans le Moyen-Orient !). C'est une série militante, engagée, féroce et sans demi-mesure. Une série qui fait du bien en nous faisant mal, très mal parfois.

     Adaptation brillante portée par un casting simplement parfait, cette première saison de The Handmaid's Tale n'est rien de moins qu'un chef d'oeuvre d'une importance primordiale à l'heure actuelle.
    Un chef d'oeuvre.

      Nolite Te Bastardes Carborundorum

    Note : 10/10

    Meilleur épisode :   Episode 6 - A Woman's Place / Episode 9 - The Bridge

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  • [Critique] The Jane Doe Identity

     En 2010 sortait discrètement sur nos écrans un petit film norvégien qui s’inscrivait dans la mode (agaçante) du found footage : The Troll Hunter. Ce long-métrage norvégien, bien loin des médiocres Paranormal Activity et autres Tchernobyl Diaries, arrivait à jongler avec bonheur entre horreur, humour et documentaire. Son réalisateur, André Øvredal, revient sept ans plus tard avec un second long-métrage et deux excellents acteurs américains, Emile Hirsch et Brian Cox. The Autopsy of Jane Doe (renommé The Jane Doe Identity pour l’occasion parce que...bah parce que ça fait un peu Jason Bourne et que ça pète...) nous plonge dans une atmosphère pesante au cœur d'une vieille morgue tenue par un soir d'orage. Alors que le shérif Sheldon intervient sur une scène de crime particulièrement sanglante, il découvre le cadavre d'une jeune femme impossible à identifier. Cette Jane Doe est amenée à Austin et Tommy Tilden pour que les deux légistes découvrent enfin son identité. Mais d'étranges choses commencent à survenir durant l'autopsie... C'est donc un postulat de départ très simple que propose The Autopsy of Jane Doe et qui semble tout entier contenu dans son titre. 

    Øvredal a quelques idées bien arrêté qu'il met en pratique dès les premiers instants du film. The Autopsy of Jane Doe démarre rapidement, et l'on entre dans le vif du sujet au bout d'une quinzaine de minutes. La principale originalité du métrage est de proposer une approche atypique dans le traitement de son horreur, à savoir que toute la première moitié du récit se concentre sur l'examen d'un corps, faisant surgir l'horreur et entretenant son ambiance oppressante par les découvertes et déductions des deux légistes. Le show repose alors sur deux éléments : la capacité de mise en scène du cinéaste norvégien dans ce qui est, en réalité, un huit-clos, et la prestation des deux acteurs principaux. Sans surprise, Hirsch et Cox assurent permettant au spectateur d'avoir à la fois une attache empathique (notamment avec le personnage d'Austin) et une immersion convaincante dans l'enquête en cours. Jamais Øvredal ne mise sur les effets gores de son autopsie comme aurait pu le faire un film lambda et durant une bonne moitié de l'histoire, le norvégien arrive à faire vivre ses personnages et son intrigue avec une habilité qui force le respect. D'autant plus qu'il développe une atmosphère lourde en arrière-plan.

    Cependant, à un certain stade (et peut-être par peur de lasser le spectateur), le réalisateur s'engage dans une autre voie horrifique en transformant son huit-clos d'expertise et de sous-entendus en un huit-clos horrifique surnaturel avec fantômes et autres apparitions. Ce virage n'est, en soi, pas forcément mauvais, il permet à Øvredal de varier les sources de terreur et de jouer également avec le cliché du fantôme. Evidemment, puisque la chose est plus courante ailleurs, l'originalité a tendance à disparaître. Il faut cependant concéder que le norvégien s'y prend fort bien, évite les jump-scares abusifs, et privilégie les silhouettes aux effets gores grossiers. Quelques astuces simples comme la clochette au pied d'un des cadavres, permettent ne pas miser frontalement sur l'horreur, Øvredal comprend qu'il vaut mieux laisser de la place à l'imagination. Certes, il est assez difficile de comprendre pourquoi la petite amie d'Austin est impliquée là-dedans. Le film n'y gagne rien en réalité. Mais le reste se révèle tout à fait honorable.

    Le vrai raté de The Jane Doe Identity, c'est de ne pas aller au bout de son postulat de départ et de ne pas intégralement fondé son intrigue sur une autopsie. Evidemment, il est fort possible que le résultat d'une telle démarche soit rébarbative mais elle éviterait au moins la sévère sensation de manque d'originalité de la seconde partie du métrage. En l'état, l'intrigue de fond, elle, reste accrocheuse. Øvredal arrive à retourner les hypothèses du spectateur quand à l'identité de la jeune fille et même à inverser le sempiternel cliché de la sorcière. Il y a donc du bon dans cette histoire de revenants matinée de satanisme. Du très bon même puisque le norvégien tient de bout en bout une atmosphère délicieusement effrayante grâce à une mise en scène précise et épurée.

     Pour son second long-métrage, André Øvredal offre un spectacle à la hauteur des attentes. Même si The Jane Doe Identity semble avoir du mal à choisir parfois, il n'en reste pas moins un film fantastico-horrifique relativement original et efficace supporté par deux excellents acteurs. Les amateurs seront ravis. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure(s) scène(s) :  L'autopsie

    - Critique de The Troll Hunter d'André Øvredal

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  • Critique de la Saison 1
    Critique de la Saison 2

    Difficile d'expliquer à ceux qui ne la connaissent pas encore à quel point The Leftovers est devenu une série culte en un laps de temps très court.
    Malgré l'évidente difficulté de garder une telle série à l'écran, HBO a décidé d'accorder une troisième saison pour conclure l'intrigue de Tom Perotta et Damon Lindelof. Nous avions laissé Kevin, Nora et les autres dans une situation tout à fait apocalyptique la saison dernière puisque l'apparente sérénité de la ville de Miracle avait volé en éclat sous l'impulsion des Guilty Remnants et de son nouveau gourou, Megan Abott. 
    Comme pour la saison 2, cette nouveau chapitre s'ouvre sur une séquence mystérieuse situé dans le passé et qui semble se raccrocher à la fois au ton mystique de la série tout en mettant l'accent sur la peine, la tristesse de ce que l'on perd. 
    On retrouve par la suite Kevin, devenu shérif de Miracle, et Nora, toujours agent du DSD. De la même façon que tout avait changé entre les saison une et deux, une ellipse temporelle permet de faire un nouveau saut dans le temps pour cette nouvelle saison. Miracle n'est plus la ville isolationniste et élitiste que l'on a connu, et ses habitants ont forcément du s'adapter. 

    John et Ericka ne sont plus ensemble, Matt continue ses prêches avec plus de vigueur encore mais avec Michael comme apprenti, et enfin Laurie et Tommy ont rejoint Kevin au sein de cette nouvelle communauté. A l'image de ce qu'ils ont fait pour la saison précédente, Perotta et Lindelof choisissent de secouer l'échiquier pour changer de lieu. Rapidement, les personnages s'envolent pour l'Australie, sorte de Terre Promise où les réponses attendent. En oubliant cette fois de s'intéresser à une quête spécifique (la principale erreur de la saison deux), The Leftovers retrouve l'entière puissance de la première saison. Il faut bien avouer que, de toute façon, The Leftovers n'est jamais aussi fort que quand elle se concentre sur les émotions et les bizarreries de ses personnages. C'est pourquoi ce baroud d'honneur semble avoir tout compris.

    Perotta et Lindelof ont pour claire mission de refermer toutes les intrigues. Pour cela, ils font revenir un tas de personnages de la première saison, à commencer par Kevin Garvey Sr, et tente de trouver l'équilibre entre la folie sous-jacente de leur histoire et la cruelle réalité des choses. Ceux qui détestaient le versant mystico-bizarre de la série en seront pour leur frais puisque cette saison trois plonge dedans à corps perdue. Mais elle le fait bien. 
    De toute façon, cette dimension biblique, The Leftovers l'affichait déjà dès les premières minutes. En faisant cette fois de Kevin un nouveau Jésus, The Leftovers cristallise l'importance de ce personnage et de celui, par ricochet, de Nora. Si le couple porte encore une fois le show sur ses épaules, les autres personnages ne sont pas en reste et interviennent avec bonheur dans cette espèce de mythologie new-age. Entre folie pure (à travers les visions de Kevin), croyances (à travers le personnage de Matt) et deuil, The Leftovers fait figure d'équilibriste. 

    L'audace narrative constante de la saison trois alterne les épisodes de groupe et les loners qui, comme d'habitude, sont de petits chef d’œuvres en puissance. La multiplicité des thèmes abordés ainsi que la justesse du traitement force le respect. L'exemple typique est bien celui du personnage de Matt Jamison, interprété par un Christopher Eccleston divinement bon, qui s'avère la synthèse des préoccupations autour de la foi. Au cours de son loner, le fantastique et fantasque épisode 5, le ton flirte avec le grotesque sans jamais y tomber, pour finir par aller vers une confrontation aussi farfelue que métaphysique. Par un astucieux tour narratif, Lindelof et Perrota confronte Matt à Dieu, l'homme de foi à son maître. Le résultat n'est rien de moins qu'éblouissant, nihiliste et mélancolique en diable, tout en gardant un rire grinçant et assez de recul pour ne pas détruire le propos de fond. Ce numéro d'équilibriste se retrouve évidemment ailleurs, dans l'épisode WTF de Kevin par exemple, ou dans le délire de Kevin Garvey Jr. The Letfovers explique que l'homme a besoin de la foi, il a besoin de croire, même en l'absurde, car il faut donner un sens au drame, un sens à sa propre existence. (Re)découvrir que Dieu n'existe pas demande du courage, de la folie ou de l'abnégation, voir les trois.

    Mais là ou cette saison retrouve son génie total, c'est en se recentrant sur le couple Kevin-Nora, deux personnages sublimes interprétés respectivement par Justin Theroux et Carrie Coon, deux acteurs au sommet de leur art. Tout le propos de The Leftovers tourne autour du deuil depuis le départ. Comment faire face à la perte ? Comment trouver un nouveau départ, un nouveau sens à son existence ? Certains plongent dans la foi (Matt, Michael), d'autres dans la folie (Kevin et son père) et d'autres n'arrivent simplement pas à faire face (Nora et Laurie). En creusant encore et encore sur ce thème, la saison 3 déterre des trésors, fait pleurer son spectateur à chaudes larmes et secoue durablement. Grâce à la justesse narrative de l'ensemble, à la sobriété de la musique lancinante de Max Richter (pour toujours associé à cette série) et au talent immense de ses acteurs, The Leftovers explique quelque chose de simple et difficile à la fois : on n'arrive jamais à faire véritablement son deuil. Qu'est-ce qui peut nous sauver en définitive ? L'amour. C'est pour cela que l'histoire entre Kevin et Nora prend tout son sens. 

    La conclusion, à la fois redoutée et attendue, s'avère parfaite. Simplement parfaite. Il est en un sens heureux que Lindelof n'ait pas eu le temps de faire de multiples saisons et de se perdre dans sa propre histoire car The Leftovers, en 3 saisons, permet de condenser l'émotion. Dans ce face-à-face ultime, les deux principaux personnages de la série lèvent le voile sur le mystère, toujours sans le montrer. On sait enfin ce qui est arrivé aux disparus mais...ce n'est toujours pas l'important. Ce qui importe c'est le regard de ces deux amants, de ceux deux personnages qui ont trouvé l'un dans l'autre un moyen de faire la paix avec leur tristesse. Ce qui importe, à la fin, c'est la beauté de ce "I'm here" entrecoupé de larmes. C'est beau, c'est sobre et ça brise le cœur autant que ça réconforte. 

     Il faut donc tirer un bilan de cette série HBO après trois saisons. Malgré une deuxième saison un tantinet plus faible, The Leftovers se révèle aussi intense que juste. Jamais une série n'aura parlé avec autant de justesse et d'audace de l'après, de ce sentiment qui ronge l'être humain sur comme faire face à la disparition. Bien sûr Six Feet Under nous parlait de la mort, mais The Leftovers trouve un ton plus métaphysique, plus universel et, certainement plus intensément triste. Avec cette dernière saison, The Leftovers confirme qu'elle est l'une des meilleures séries jamais produites et, sans aucun doute la meilleure série récente diffusée à la télévision.
    En somme, un chef d'oeuvre. 


    Note : 9.5/10

    Meilleur épisode :   Episode 5 - It's a Matt, Matt, Matt, Matt World

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  • [Critique] Pirates des Caraïbes 5 : La Vengeance de Salazar

     

     Triste destin que celui de la franchise Pirates des Caraïbes. Ce coup de poker des studios Disney en 2003 qui tentent alors d'adapter une attraction-phare du parc devient un énorme succès. Forcément, deux suites sont mises en chantier, Le secret du coffre maudit et Jusqu'au bout du monde, toujours sous la direction de Gore Verbinski mais qui finit clairement par épuiser le filon avec un épisode trois poussif. Malgré le départ du créateur de la trilogie, la production choisit de remettre le couvert en confiant le quatrième volet à Rob Marshall. La Fontaine de Jouvence s'avère logiquement un échec artistique quasi-total. Malgré tout, le public suivant, un cinquième film est mis en chantier. Cette fois, le métrage est co-réalisé par les réalisateurs norvégiens Joachim Rønning et Espen Sandberg à qui l'on doit Kon-Tiki mais aussi Bandidas. Difficile donc de soulever un véritable enthousiasme pour cette énième aventure malgré la présence inattendue de Javier Bardem. Ne serait-il pas temps de couleur le Black Pearl ?

    Difficile de se voiler la face, ce nouveau volet de Pirates des Caraïbes n'a plus la fraîcheur d'antan. En effet, on marche en territoire connu avec malédictions, moussaillons, canonnades, couple d'amoureux, abordages, singes voleurs, Jack Sparrow et autre Barbossa. A priori rien de nouveau sous le soleil. Cependant, les cinéastes étant certainement bien conscients de cet état de fait, capitalisent justement sur ce qui a fait le succès de la franchise à ses débuts. La Vengeance de Salazar (en réalité Dead men tell no tales, mais les français adorent les titres moisis, c'est bien connu) s'ouvre donc de façon très semblable au premier opus en misant tout, ou presque, sur un côté aventure décontractée qu'il fait assez plaisir de retrouver. Le ton mystérieux est là, Jack Sparrow égal à lui-même (bien que le personnage commence à lasser) et surtout les réalisateurs norvégiens nous présentent Salazar. Très (très) loin du fade Barbe Noire, le grand méchant interprété par un succulent Javier Bardem bénéficie non seulement d'un background efficace mais également de superbes effets spéciaux qui, sans égaler la perfection graphique du Hollandais Volant, renvoie à l'équipage maudit du Secret du coffre maudit. 

    En s'ouvrant sur une séquence d'action drôle et impressionnante à souhait, La Vengeance de Salazar réjouit. Certes, on le savait en entrant dans la salle, on ne trouvera rien de véritablement nouveau là-dedans mais au moins Joachim Rønning et Espen Sandberg ont-ils la bonne idée d'offrir un divertissement le plus proche possible des origines. On évite évidemment pas les défauts comme celui du couple formé par Brenton Thwaites-Kaya Scodelario, copie à peine masquée de celui d'Elizabeth et Will, ou le manque cruel de scènes véritablement épiques. Mais ce cinquième volet a pourtant bien des choses à proposer. A commencer par un antagoniste puissant au navire franchement excellent, et surtout, comme on le disait plus haut, d'un background qui fait plaisir et sort des ornières habituelles. De même, l'humour, malgré quelques errements, s'avère globalement meilleur avec quelques blagues franchement drôles (l'astrologue putative). Saluons enfin quelques séquences qui sortent du lot comme le combat sur les canons, la libération de Jack ou encore le cambriolage. Tout cela sur une bande-son dans la droite lignée des autres opus et, donc, excellente.

    Plus court que tous les autres volets précédents, La Vengeance de Salazar n'a pas le temps de faire bailler son spectateur comme pouvait le faire Jusqu'au bout du monde ou La Fontaine de Jouvence. Mieux même, les deux réalisateurs tentent de rattacher les wagons de l'histoire de la trilogie originale pour lui donner un épilogue qui, s'il semble un peu téléphoné, n'en demeure pas moins touchant. Reste alors le cas de Jack Sparrow interprété par un Johnny Depp égal à lui-même qui finit, simplement par agacer. Pas que le personnage en lui-même soit mauvais - il a été brillantissime par le passé - mais il est l'exemple même du héros usé jusqu'à la corde et dont on connaît chaque réplique. C'est pourquoi la séquence si contestée du flash-back s'avère une excellente idée. Elle permet de montrer quelque chose de neuf à propos de Jack tout en achevant en un certain sens sa légende. Espérons simplement qu'il s'agisse là de la dernière apparition de l'excentrique pirate des caraïbes. 

     Surprenant par sa volonté affichée de revenir aux sources d'une saga passablement essoufflé, Pirates des Caraïbes 5 se hisse au rang des bons divertissements. En tentant de se faire plus léger, plus rythmé, plus esthétique et surtout de rassembler les personnages des premiers volets, le long-métrage de Joachim Rønning et Espen Sandberg offre une fin satisfaisante aux aventures de Jack Sparrow. Du moins, on l'espère. 

     

    Note : 6.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Le cambriolage

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  • [Critique] Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur

     C'est périodique, il faut toujours qu'à intervalle régulier Hollywood tente de relancer un film estampillé Roi Arthur. La dernière tentative (en 2004 déjà) voyait Antoine Fuqua enrôler Clive Owen, Keira Knightley ou encore Mads Mikkelsen pour une vision "réaliste" (comprendre dénuée de magie) du fameux mythe Arthurien. Un échec à tous les niveaux. Cette fois, Warner Bros choisit Guy "Snatch" Ritchie pour donner une seconde jeunesse à la légende (et jeunesse est bien le meilleur terme). Tout ceux qui connaissent Guy Ritchie et son style très particulier risquent pourtant de faire un AVC s'il aime la tradition arthurienne.On se doute bien qu'avec le réalisateur qui a fait de Sherlock Holmes, une version gypsie-action du fameux détective, Le Roi Arthur risque fort de se contrefoutre de la légende. Ce que viennent confirmer les bandes-annonces. En quelque sorte, on est prévenu dès le départ, Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur aura autant avoir avec le mythe que Keira Knightley ressemble à Guenièvre. 

    Ritchie n’est cependant pas un mauvais réalisateur, du moins est-il beaucoup plus tranché dans son style qu'un Antoine Fuqua. Dès les premières minutes de film, la chose apparaît plus qu'évidente. Le Roi Arthur s'ouvre sur une séquence simplement folle où Ritchie imagine un monde Arthurien à mi-chemin entre Seigneur des Anneaux et Conan le Barbare. C'est immense, épique en diable, totalement WTF mais...c'est diablement excitant. En faisant cette intro, Ritchie rompt clairement avec son prédécesseur et prévient son spectateur : voici un film de fantasy pure et dure. Dans cette mouture, Mordred est un magicien rebelle qui tente de détruite Camelot mais Pendragon, aidé par l'épée magique Excalibur forgée par Merlin, stoppe son avancée. Malheureusement, Pendragon est trahi par son frère Voltigern qui s'empare du Royaume. Reste le jeune Arthur envoyé tel Moïse sur une barque vers Londinum où il grandit dans les bordels et les bas-fonds pour finir chef de meute d'une bande de bras cassés. Difficile de faire plus Ritchie dans le genre. En renouant avec son style thief/gypsie qu'il affectionne tant, le cinéaste se lâche également sur tous les plans. Ce qui était certainement la meilleure et la pire des choses qu'il pouvait faire.

    Pendant longtemps, le métrage fait illusion voir même plus. La mise en scène est ultra-nerveuse (mais on s'y attendait) avec une bande-son géniale de Daniel Pemberton qui rythme à merveille le personnage de sale gosse d'Arthur. Charlie Hunnam trouve ici un rôle taillé sur mesure pour lui (Si l'on y réfléchit, il n'est pas si loin de son rôle dans Sons of Anarchy) et assure le show. Ritchie se fait un immense plaisir d'alterner les séquences d'action shootées à l'adrénaline avec des dialogues à la cadence d'un AK47. Les problèmes commencent cependant dès ce départ. Si l'on excepte le grand méchant incarné par un Jude Law des plus convaincants, les autres personnages n'ont aucune existence. Comme si Ritchie misait tout sur Arthur et...c'est tout. Pire encore que cette absence de caractérisation, le casting pullule de miscasts, Aidan Gillen et Djimon Hounson en tête. On comprend que Ritchie tente d'ébaucher un Roi Arthur social (sisi !) en opposant les pauvres aux puissants, en faisant vaincre la plèbe multiraciale contre un blanc tyrannique. L'idée n'est pas mauvaise, et pas forcément si mal exploitée mais puisque les personnages n'existent pas, impossible de trouver le procédé autre qu'opportuniste.

    Jusqu'à un certain degré ce Roi Arthur amuse et retrouve même une ambiance fantasy-thief réjouissante. Ritchie a un mal fou à se canaliser et déborde (la caméra sur les personnages pendant une course-poursuite en ville, très mauvais effet digne d'un film amateur)...mais il insuffle une énergie rare dans son métrage. Là où le bât blesse c'est que le développement de l'intrigue sur le traumatisme d'enfance d'Arthur ainsi que sa confrontation avec Voltigern s'éternisent alors qu'on sait pertinemment comment tout va finir. Ritchie n'aurait-il pas gagner à s'engouffrer encore plus profondément dans son versant fantasy notamment durant la séquence terrible (mais beaucoup trop courte) des Terres Sombres ? Ce qui étonne le plus, c'est qu'Arthur réussit là où l'on ne l'attendait pas : dans la fantasy. Mais, là aussi, jusqu'à un certain point. Ritchie joue toujours sur la corde raide et ce dernier métrage bascule assez vite vers le foutoir tendance WTF en fin de parcours. La conclusion finit par faire...n'importe quoi. Un serpent géant pour jouer les Deus ex machina, une baston d'Arthur contre un régiment en mode jeu vidéo pour finir sur un combat de boss final style Mortal Kombat...Ritchie finit par perdre son sang-froid et craque. La conclusion ressemble plus à un vaste jeu vidéo qu'à la splendide (et épique) introduction. C'est d'autant plus dommage que le réalisateur évitait le piège de l'histoire d'amour ou celui de réunir tous les chevaliers de la table ronde dès le départ. 

    Esthétiquement incroyable avec un côté fantasy assumé qui fait du bien, Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur est loin d'être le naufrage annoncé. Il s'agit surtout d'une proposition radicale par un Guy Ritchie qui s'éclate tellement qu'il finit par oublier en route ses personnages, son timing et une conclusion moins téléphonée. En l'état, le long-métrage s'avère un divertissement décomplexé plus intéressant que la moyenne. Par contre, si vous êtes fan de la légende Arthurienne, vous risquez d'avoir un malaise. Que cela se tienne pour dit. 

     

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) :  L'introduction 

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  • [Critique TV] Legion, Saison 1

     

     Les séries TV et les super-héros, c'est un peu tout et son contraire.
    D'un côté, des tentatives qui ont vraiment fait du bien (Daredevil voir Jessica Jones dans une moindre mesure) et de l'autre, une succession de variations bas de gamme qui font honte dès la bande-annonce (Supergirl, Arrow...). Alors que l'on croyait avoir trouvé la réponse dans l'association Netflix-Marvel avec l'adaptation réussie de Daredevil (et l'excellent personnage du Punisher), les dernières séries du géant américain ont un peu refroidi cet enthousiasme. Un Luke Cage poussif et un Iron Fist à la ramasse...Bref, on craint un peu pour la suite des opérations avec The Defenders
    Et puis...dans son coin, la chaîne câblée FX accueille une petite nouvelle : Legion. Le projet est porté par un certain Noah Hawley, le génial créateur de la série Fargo, et s'intéresse à un mutant de l'univers X-Men sans pour autant explicitement le dire. Un format très court (8 épisodes) et donc autant de chances de maintenir une qualité équivalente tout du long, un créateur reconnu et une chaîne exigeante, Legion serait-elle le Messie ?

    Si le nom de Legion ne vous dit rien, c'est assez normal et on vous laisse le grand plaisir de découvrir l'identité de ce mutant durant cette première saison. Pour remettre la série dans son contexte, commençons par présenter David Haller. David vit dans une institution psychiatrique depuis plusieurs années maintenant. Il s'y est fait des amis, Syd, sa copine qu'il ne peut pas toucher car elle ne supporte pas le contact des autres, et Lenny qui a toujours des écouteurs sur elle pour écouter de la musique. La vie de David est rythmée par la prise de ses médicaments, ses sessions de groupe et ses hallucinations auditives voire visuelles. Jusqu'au jour où David devient l'enjeu d'une guerre entre un groupe de résistants et la mystérieuse Division 3, une branche secrète du gouvernement. Pourquoi ? Parce que David pourrait ne pas être un schizophrène, David pourrait être l'un des mutants les plus puissants jamais rencontrés. Le problème, c'est qu'il peut aussi tout simplement être fou à lier. Ce qui est certain, c'est que l'esprit de David cache de terribles et terrifiants secrets.

    Quel pitch alléchant !
    Noah Hawley le dit lui-même : s'il a voulu faire Legion c'est parce qu'il était intéressé par les possibilités offertes par un tel personnage et une telle intrigue. La série n'est donc pas une création opportuniste mais bel et bien une envie artistique en premier lieu. Ce qui va d'ailleurs faire toute la différence. 
    Legion se divise en huit chapitres tournant autour d'un seul et unique personnage : David Haller. Interprété par l'excellent Dan Stevens (tellement évident pour ce rôle, tellement miscast dans La Belle et la Bête), David est avant tout un personnage attachant, éminemment humain. Dès le pilot, on est touché par son mélange de maladresse et ses pouvoirs (ou pas ?) inquiétants. Une bonne partie de la force de la série repose sur les épaules de Stevens, capable d'être aussi sympathique qu'effrayant ou charismatique. Pourtant, même si on adore l'équipe de mutants de la série, ce n'est pas les personnages à proprement parler qui font la qualité de Legion. C'est son audace visuelle et esthétique.

    Inutile de le cacher puisque la chose est évidente dès le pilot, Legion est un laboratoire d'expérimentation pour Noah Hawley. Le créateur de Fargo laisse ici libre court à toutes ses envies visuelles et, le moins que l'on puisse dire, c'est que le monsieur en a sous le coude. Dans son montage, son cadrage, son esthétisme, son dynamisme, sa photographie et sa musique, Legion est une constante recherche de nouveautés. Hawley ne se contente pas de raconter son histoire, il l'incarne visuellement et fait se rejoindre parfaitement fond et forme en profitant à plein régime des ambiguïtés narratives de son sujet. Sommes-nous dans le réel ? David hallucine-t-il ? Comment décrire un plan astral ? Cette première saison est un trésor visuel qui n'est égalé que par la maestria de sa narration qui joue constamment sur le doute et élude volontairement les autres X-Men. De ce fait, il est quasiment possible de regarder Legion sans rien connaître aux mutants. Certes les connaisseurs auront un sourire en coin à l'évocation de tel ou tel personnage, mais la chose n'est absolument pas nécessaire. Il ne s'agit pas d'une série X-Men ou d'une série de super-héros mais d'une série tout court. C'est là que Hawley et FX ont tout bon, au lieu de jouer la carte de la hype Marvel, ils mettent en avant leur héros et leur univers. Le résultat ? Un monument de mise en scène. 

    Encore une fois, Legion est une claque visuelle. Hawley semble avoir dix idées à la minute et les mets en pratique avec une force peu commune. Legion, c'est le genre de série capable de faire danser ses acteurs principaux pour ensuite aller s'enfermer dans un cube de glace géant avant de revenir dans un asile psychiatrique aux couleurs chatoyantes. Plus loin encore : Legion, c'est une audace narrative réjouissante. Dans sa folie, Hawley modifie les couleurs, fait des clins d’œils à Invasion : Los Angeles de Carpenter, change de registre en un tour de main (le passage sans son dans la maison de David) et tout ça culmine dans un épisode 7 simplement inoubliable. Au détour d'une séquence folle, Legion explose les limites télévisuelles conventionnelles en recréant à la fois un film muet en noir et blanc tout en remixant le fameux Boléro de Ravel. Monumental on vous dit ! Rien que cet épisode renvoie toutes les séries Netflix (même l'excellent Daredevil) dans les cordes. C'est aussi un peu le revers de la médaille puisqu'en plaçant un tel chef d'oeuvre en septième position on se sent un peu floué par un final forcément moins fort (même si toujours passionnant).

    Tout ça ne serait pourtant rien sans une vraie bonne histoire. De ce côté-là (et sans pouvoir franchement distinguer forme et fond tant les deux sont liés), Legion assure aussi méchamment. En reprenant à son compte l'un des mutants les plus originaux de l'histoire, Hawley se démarque assurément du reste. La série prend un malin plaisir à jouer avec les codes du genre, maintient le doute sur la folie ou les pouvoirs de David, dresse à côté une équipe de super-héros humains (notamment l'atypique duo Cary-Kerry) et arrive à donner des miroirs de la dualité de David dans le même mouvement. Si l'on regrette le manque de travail sur le principal mutant de la Division 3, autant dire que l'immense réussite du Shadow King fait largement oublier la chose. Il s'agit tout bonnement du meilleur super-vilain de l'univers X-Men et l'un des tous meilleurs tout court. Interprété par une Aubrey Plaza délicieuse et profitant d'un design parfaitement réussi, le Shadow King donne des frissons. 

    Vous l'aurez compris, Legion est une immense surprise.
    L'autre série de Noah Hawley met une claque visuelle et narrative à tout ce qui se fait dans le milieu. Cette première saison frôle le sans-faute et stupéfie par son audace. On attend de pied ferme le retour de David Haller et de sa bande pour un second tour de piste en février 2018.

     

    Note :  9/10

    Meilleure épisode :  Episode 7 - Chapter 7

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  • [Critique] The Last Girl : Celle qui a tous les dons
    Prix du Public Gerardmer 2017

     Après un premier long-métrage, Outcast, passé totalement inaperçu, l'américain Colm McCarthy réalise son second long-métrage en adaptant le scénario écrit par le britannique M.R. Carey (pseudonyme de Mike Carey). The Girl with All the Gifts (pour lui donner au moins une fois son véritable titre et ne pas tomber dans le délire marketing à la française) est en effet adapté du roman éponyme du même M.R. Carey (et traduit en France chez L'Atalante). Film de genre horrifique, il nous emmène dans un monde où l'apocalypse zombie a eu lieu mais pas forcément de la façon attendue. Pour porter cette histoire sur grand écran, McCarthy recrute Gemma Arterton, Paddy Considine et Glenn Close tout en offrant le rôle principal de Mélanie à une jeune inconnue : Sennia Nanua. Qu'apporte The Girl with All the Gifts au genre horrifique et zombiesque en particulier ?

    En premier lieu, une approche du phénomène de contamination légèrement différente. Ici, c'est un agent pathogène fongique (comprendre un champignon) qui infecte le cerveau de la victime et la rend affamée (c'est d'ailleurs le nom de cette variante zombie, The Hungries). Une petite touche d'originalité bienvenue mais...pas si originale que ça pour les plus fins connaisseurs puisque c'est le principal ressort du jeu vidéo et chef d'oeuvre The Last of Us (sorti un an avant le roman de Carey...). Non, la réelle originalité de cette nouvelle histoire, c'est avant tout son excellent point de départ. Le spectateur fait connaissance avec Mélanie (qui sera également le principal point de vue durant le film), une gamine qui semble aussi adorable que curieuse. Enfermée dans une cellule, elle est emmenée chaque jour ligotée sur une chaise roulante par des militaires jusqu'à une salle de classe où Mme Justineau fait cours à une trentaine d'enfants particuliers. Comme eux, Mélanie est spéciale. En fait...Mélanie est un monstre, qui, s'il sent l'odeur de la viande, devient fou et tente de dévorer tout ce qui passe à sa portée. Le problème, c'est que pour une mystérieuse raison, Mélanie reste tout à fiat humaine en dehors de ses accès de fureur. Elle pourrait être la clé de l'épidémie qui ravage la Terre et transforme les hommes en affamés.

    Encore une fois, on remarque la similitude avec The Last of Us qui frôle le plagiat puisque dans le jeu vidéo également on retrouve une jeune fille, Ellie, qui pourrait être la clé de l'antidote pour sauver l'humanité. Passé ce constat, revenons donc sur la première partie du film où l'on suit le personnage de Mélanie interprétée par une Sennia Nanua véritablement bluffante. Ce qui donne toute sa puissance au métrage, c'est de jouer sur la dualité monstre/enfant avec une justesse épatante. Toute la partie dans la prison est d'ailleurs une très grande réussite. Non seulement visuellement avec une sensation de claustrophobie extrêmement réussie, mais aussi humainement avec une empathie immédiate pour cette gamine pas comme les autres ainsi que pour sa relation poignante avec Mme Justineau. Tant que le film s'appuie principalement sur Mélanie et sa façon de découvrir sa véritable nature, The Girls with All the Gifts apparaît comme une histoire puissante qui lorgne davantage vers The Last of US que vers World War Z (et c'est heureux !). Colm McCarthy va cependant devoir faire avancer son histoire et ne peut éviter certains défauts/clichés du genre.

    Avant de revenir sur ces défauts, on comprend à un certain moment que le métrage va devenir un road-movie avec la fuite des principaux personnages. On est alors témoin de quelques scènes vraiment impressionnantes avec ces hordes de zombies contre les clôtures ou un Londres totalement envahi de créatures affamées dans un style proche de 28 Jours plus tard. L'atmosphère réussie du film doit d'ailleurs autant à la mise en scène de McCarthy qu'à la musique de Cristobal Tapia de Veer - qui s'inspire cependant parfois un peu trop de la bande-son d'Arrival. Tout fonctionne donc très bien dans The Girl with All the Gifts mais l'on n'évite pas les incohérences et les actes stupides de film d'horreur de série B (comme l'oubli du silencieux pour un militaire entraîné). Heureusement pour l'histoire, ces incohérences restent relativement tolérables, et la relation entre Mélanie et les autres humains se révèle tellement réussie qu'on oublie un tantinet le reste. Il faut cependant pointer du doigt une dernière partie relativement peu convaincante qui contraste avec une idée pourtant très forte (et qui renvoie à celle développée dans Je suis une Légende, le roman) qui est celle que l'humanité doit céder sa place à une espèce nouvelle, plus adaptée. Cette thématique n'est malheureusement pas assez exploitée et un peu trop rapidement expédiée, ce qui s'avère dommage tant la puissance de cette idée se perçoit lors de l'ultime confrontation entre Mélanie et le Sergent Parks. On se consolera avec un casting franchement excellent, Glenn Close et Paddy Considine en tête, et avec une fin relativement maligne.

     The Girls with All the Gifts (ou The Last Girl - Celle qui a tous les dons selon les publicitaires français) fait mieux que beaucoup de films/séries zombiesques récents. Il aborde surtout la question sous un angle intelligent et sensible qui permet au long-métrage de Colm McCarthy de se démarquer dans le paysage horrifique. Une bonne surprise en somme.

     

    Note : 8/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Mélanie racontant une histoire en classe 

    Affiche française 

    [Critique] The Last Girl : Celle qui a tous les dons

    Bande-annonce :

     

     

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  • [Critique] Message from the king

     Le réalisateur franco-belge Fabrice Du Welz, à qui l'on doit des pépites horrifiques comme Alléluia ou Calvaire, se tourne aujourd'hui vers Hollywood. Si l'on sait très bien que ce milieu a une fâcheuse tendance à broyer les cinéastes devant des impératifs budgétaires et scénaristiques, on est tout de même heureux de voir Fabrice revenir derrière la caméra pour s'essayer à un genre radicalement différent, celui du revenge movie. Dès la première bande-annonce le ton est donné, Message from the King ne va pas faire dans la dentelle et c'est tant mieux. Avec un casting aux petits oignons qui regroupe Chadwick "Black Panther" Boseman, Teresa Palmer, Luke Ewans ou le trop ignoré Alfred Molina, on peut dire que Du Welz sait s'entourer. Reste maintenant à voir comment il va gérer le changement d'univers et son passage à Hollywood. 

    Première bonne chose, Message from the King n'est pas là pour ergoter pendant des heures, à peine commencer que l'on plonge déjà dans l'intrigue, tout à fait simpliste d'ailleurs : Jacob King débarque à Los Angeles pour retrouver sa sœur Bianca qui lui a laissé un message de détresse sur son répondeur quelques jours plus tôt. Il ne dispose que de quelques centaines de dollars, d'un sac de vêtements pour sept jours. Du Welz pose les bases en quelques minutes et s'intéresse ensuite à son histoire de vengeance. Le métrage va droit au but, fonctionne d'abord comme une enquête pour rapidement suivre les traces d'un vigilante-movie à l'ancienne. Chadwick Boseman, impressionnant de bout en bout, trouve en Jacob King un personnage excellent que Du Welz laisse à moitié inexploré jusqu'à la toute fin de son métrage. Le spectateur ne connaît pas Jacob mais comprend vite que ses origines sud-africaines en font quelqu'un d'autrement plus dangereux et déterminé que des gangsters américains lambda. De Boseman se dégage une aura de charisme brutal mais aussi une sympathie instantanée envers un homme qui tente de faire justice sans chercher à excuser ou minimiser. C'est certes assez basique mais diablement efficace.

    Malheureusement, qui dit revenge movie dit scènes de combat...et là, Fabrice Du Welz montre ses limites de metteur en scène. En effets, les affrontements sont le plus souvent brouillons et parfois carrément illisibles. Si l'on excepte l'idée de la chaîne de vélo (qui renvoie en un sens au marteau de Old Boy, chacun ses goûts), l'action dans Message from the King s'avère simplement ratée. A côté de ce défaut ennuyeux, le film accumule les bonnes idées. La première étant de faire de Los Angeles un endroit crade et violent où les rêves des jeunettes en quête de gloire se brisent sur les rochers de la réalité américaine. Bianca en est le parfaite exemple et le fait même de la rendre aussi peu sympathique permet au film de donner une dimension d'autant plus poignante à la relation Bianca-Jacob. Jacob venge un souvenir plus qu'une réelle personne, il venge sa petite sœur du Cap et pas la droguée paumée de Los Angeles. Sous la caméra de Du Welz, la Cité des Anges adopte un aspect tout à fait repoussant où la richesse n'est qu'une façade, où le mal rode dans les coins. De ce côté-là, le cinéaste n'a rien perdu de son talent de mise en scène.

    Enfin, on peut regretter la simplicité extrême de l'histoire qui, s'il on y réfléchit bien, tient sur un timbre-poste plié en quatre. Cela semble pourtant renouer avec les revenge-movie old school des années 80-90 mais peut très certainement décevoir des gens habitués à des joyaux noirs ultra-fouillés comme Old Boy ou Lady Vengeance. Cette caractéristique d'uppercut de Message from the King s'avère donc à double-tranchant. Reste que le métrage arrive à éviter certains clichés inhérents à ce type de film, comme l'histoire d'amour qui, cette fois, n'en sera heureusement pas une. Malgré la volonté de Fabrice de toujours vouloir investir tout son être dans ses films (cf. Interview), on se rend compte que Message from the King reste tout de même assez loin de la qualité de ses autres long-métrages, plus étranges, plus audacieux et, simplement, plus personnels. 

     Direct, sec et sans pitié, Message from the King tient ses promesses. Emporté par un Chadwick Boseman impeccable dans un Los Angeles magnifiquement capturé par Fabrice Du Welz, le film est aussi simple qu'efficace tout en se permettant quelques subtilités bienvenues. 
    On attend maintenant le retour du réalisateur dans un domaine plus personnel et forcément plus captivant. 

     

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) :   La scène de la morgue 

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  • [Critique] Alien: Covenant

     

     Il y a 5 ans déjà, Ridley Scott (qu'on ne présente plus) se lançait dans une entreprise des plus périlleuses : donner une préquelle à son film culte, Alien, le huitième passager. De cette ambition naissait Prometheus, un long-métrage esthétiquement incroyable avec une intrigue tellement alambiquée et bâclée qu'on n'y comprenait sincèrement pas grand chose. Un pétard-mouillé en somme. Malgré un cuisant revers critique, Scott persiste et revient avec une suite directe à Prometheus intitulée Alien: Covenant (On remarque le retour d'Alien dans le titre, à la fois parce que c'est bien plus vendeur auprès du public mais aussi parce que Scott souhaite se rapprocher encore davantage de la mythique créature). On retrouve pour ce nouvel opus Michael Fassbender qui assure le double rôle de l'androïde David et de Walter. Malgré des bande-annonces alléchantes (c'était aussi le cas de Prometheus d'ailleurs), Alien: Covenant effraie...Ridley va-t-il définitivement enterrer son chef d'oeuvre passé ou arriver enfin à retrouver l'essence de sa saga ?

    La critique d'Alien: Covenant n'est pas chose aisée, c'est même le moins que l'on puisse dire. Évacuons d'abord l'évidence : la mise en scène et l'esthétisme du film. De ce côté là, Ridley Scott n'a plus rien à prouver et le long-métrage s'avère un véritable délice pour les yeux. A la fois pour la minutie de Scott, pour la justesse de ses cadrages et pour son talent de metteur en scène incontestable, mais également pour l'esthétisme dément de l'univers présenté, notamment tout ce qui est en rapport avec la civilisation créatrice. Seulement pour le reste, les choses se compliquent.
    Au départ, Alien: Covenant a un sérieux goût de déjà-vu. L'équipage du Covenant, navire de colonisation composé d'une quinzaine de membres d'équipage transportant pas moins de deux mille colons sur une planète lointaine, se réveille suite à un incident technique majeur provoqué par une éruption solaire. On pense immédiatement à Gravity ou Interstellar avec les menues réparations dans un espace sans limite...avant de basculer purement et simplement sur un ersatz d'Alien, le huitième passager. L'équipage capte une étrange transmission et décide de mettre le cap sur une planète inconnue pendant que la musique de Jed Kurzel nous rejoue les accord du film culte de Ridley en fond. Vous le devinez facilement, l'exploration de la planète mène à une désagréable surprise pour les hommes du capitaine Oram.

    Outre cette furieuse (et agaçante) sensation de déjà-vu, Alien: Covenant passe environ les trente premières minutes comme un film d'horreur et de science-fiction tout à fait banal. Si ce n'est la réalisation luxueuse, l'histoire prend un cheminement balisé et, pire...totalement crétin. Le long-métrage renoue de ce côté avec son prédécesseur en présentant une galerie de personnages intégralement...cons ! Scott nous aligne à peu près tous les clichés les plus stupides des films d'horreur à base de "Tiens, si on déroutait le vaisseau pour aller sur une planète totalement inconnue d'où émane un signal inquiétant au lieu d'aller sur une planète vraiment sûre et sans danger" ou du très fameux "Bon, on se sépare sur une planète inexplorée ?"...Sans parler des dizaines d'autres incohérences scénaristiques que seule la stupidité crasse de l'équipage (sensé à la base coloniser une planète, ça fait peur). Si l'on est émerveillé d'un côté par les images et les Néomorphes (excellents au demeurant), on en finit pas de pester devant les âneries des personnages...Des personnages qui souffriront tous du même problème durant ces deux heures : ils n'existent pas ! En nous balançant quatorze personnes d'un coup d'un seul et en ne prenant pas du tout le temps de les incarner...ils ne créent aucune empathie avec le spectateur et s'avèrent être des proies purement et simplement. A quoi sert-il de tuer un personnage d'emblée pour embrayer sur des séquences de lamentations quand on ne connaît même pas une seule seconde ce personnage ? A rien. La photo de famille de fin type The Descent fait tout à fait hors de propos à cet égard. On connaît à peine trois personnes dessus...

    L'autre gros souci d'Alien: Covenant, c'est qu'il semble que Scott se souvient par intermittence qu'il doit remplir un cahier des charges horrifique dans son long-métrage. Il nous balance donc quelques séquences gore à intervalles réguliers pour le rappeler, sans presque aucune véritable tension en réalité. On est très (très) loin des sueurs froides de la chasse à l'Alien dans les conduits d'aération du Nostromo. Evidemment, technologiquement parlant, le résultat est bien plus fluide mais manque sincèrement de caractère et de réalisme. Non, définitivement, il semblerait que le cœur n'y est plus pour ce côté horrifique chez Scott. Alors Alien: Covenant, un désastre ? Non, Alien : Covenant est autant un film pénible...qu'un chef d'oeuvre.

    Revenons au début. Le film ne s'ouvre pas par une séquence spatiale mais, à l'instar de Prometheus, par quelque chose de radicalement différent. On y retrouve David, l'androïde, la seule bonne chose du précédent volet, face à son créateur, Weyland, qui lui apprend à jouer du piano. Trente minutes après les pérégrinations de l'équipage du Covenant, David revient à l'écran...et Ridley Scott façonne une seconde intrigue qui ne joue pas du tout dans la même cour que l'histoire principale. En réalité, ce qui handicape Alien: Covenant, c'est d'avoir à tout prix voulu le rattacher à la saga Alien pour une raison que l'on n'explique toujours pas. Parce qu'à côté des origines du xénomorphe, il y a quelque chose de mille fois plus intéressant : David. David, incarné par un Michael Fassbender toujours fascinant, est l'un des personnages de science-fiction les plus profonds et les plus intéressants jamais portés à l'écran, sorte d'enfant inavoué de Blade Runner jeté au milieu d'extra-terrestres belliqueux.

    Dans l'axe de réflexion autour de David, Ridley Scott se penche sur le rapport à la création. Qu'est-ce qui fait de nous des créateurs ? David, être robotique tellement perfectionné qu'il ne supporte plus de copier et souhaite créer la vie, devient Dieu à son tour. Un Dieu rapidement mégalomane, amoureux de son propre reflet et qui hait la race humaine, ces êtres indignes qui n'ont pas atteint la perfection qu'il semble lui-même rechercher. le cinéaste américain montre à chaque séquence qui se focalise sur David que c'est là ce qui l'intéresse, ce qui le fascine totalement, cet espèce de Diable créateur qui tente de créer la vie pour trouver un sens à la sienne. C'est bien simple, dès qu'on rentre dans l'intimité de David, on se trouve face à un autre film, un film de SF fabuleux qui convoque le fantôme de Blade Runner dans une ambiance mystique. En ce sens, la façon de raccrocher les wagons d'Alien: Covenant avec la saga principale, même si elle est très loin d'être parfaite (Scott contredit sa propre mythologie...) donne davantage de sens à Prometheus et surprend agréablement. Le seul véritable problème de fond, c'est qu'il aurait du s'agir d'une saga à part entière qui ne va pas violer la licence Alien déjà bien entamée avec le catastrophique Alien La Résurrection de Jean-Pierre Jeunet. Lorsque Scott s’intéresse purement et simplement aux ambitions dévorantes de David, disons-le clairement, le métrage est un chef d'oeuvre total jusqu'à cette fin extraordinaire...mais qui réclame tellement à corps et à cris un autre carcan que la saga Alien. L'erreur magistrale commise par Ridley Scott est là : celle de ne pas avoir fait de Prometheus un film de science-fiction original au lieu de se reposer honteusement sur une mythologie qu'il ne respecte de toute façon pas du tout. Le résultat est d'autant plus rageant au regard de l'extrême fascination exercée par le personnage de David qui, dans une séquence d'apprentissage de flûte (qui aurait du être ridicule en fait), devient aussi terrifiant que passionnant.

     Alien: Covenant contient deux demi-films : l'un sur la saga Alien avec les passages (prévisibles) et le registre horrifique (ridicule) que cela implique et l'autre sur un démiurge diabolique s'interrogeant sur le pouvoir de création. De ce fait, le long-métrage de Ridley Scott ne contente personne et frustre tout le monde. Passer aussi prêt d'un total chef d'oeuvre restera comme l'une des plus grandes déceptions de l'histoire du cinéma.  

     

    Note : 6/10

    Meilleure(s) scène(s) :  David apprenant à faire de la flûte à Walter  

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  • [Critique] On l'appelle Jeeg Robot

      Prix du jury Gerardmer 2016

      Devenu l'un des genres les plus populaires au cinéma, le super-héros est aujourd'hui devenu une machine ronronnante. D'un côté, la formule Marvel avec des blockbusters tous les six mois ou presque qui répète à présent toujours les mêmes schémas narratifs pour procurer un divertissement souvent agréable mais manquant cruellement de caractère. De l'autre, un univers DC avec des mises en scène au caractère marqué mais dont le scénario et le clinquant enlèvent l'essence de ce qui constituait le cœur du super-héros. C'est pourquoi la sortie d'On l'appelle Jeeg Robot surprend d'autant plus au sein d'un marché que l'on pensait saturé et complètement dominé par les américains. Véritable phénomène de l'autre côté des Alpes, le long-métrage de Gabriele Mainetti a non seulement conquis un grand nombre de festival - dont Gerardmer - mais également fait une razzia de David Di Donatello (équivalent des Césars en Italie) prouvant une nouvelle fois que la France a des années de retard en la matière (on imagine même pas un film de super-héros français remporter même un César technique...). On l'appelle Jeeg Robot ne ressemble pourtant à aucun film de super-héros récent...tout en respectant scrupuleusement le cahier des charges du genre.

    On l'appelle Jeeg Robot est un véritable OVNI. L'action se situe à Rome (ce qui change déjà radicalement des productions américaines) et nous fait suivre Enzo Ceccotti, petit voyou romain qui vit de vols et de petites combines. Alors qu'il tente d'échapper à la police, Enzo tombe dans le Tibre et en ressort...changé. Il s'aperçoit bien vite qu'il dispose désormais d'une force surhumaine et d'une résistance hors du commun. Là où la majorité des super-héros hollywoodiens auraient enfilé un costume pour sauver la veuve et l'orphelin, Enzo lui...va braquer une banque en arrachant un distributeur automatique. C'est là, la première grosse originalité du métrage : le super-héros a tout de l'anti-héros. Enzo vit dans un appartement miteux et passe ses journées à regarder des films pornos en savourant des danettes vanilles. Il n'a aucun ami et se contrefiche d'en avoir parce qu'il n'aime pas les gens. Difficile de faire plus improbable en la matière. 

    La force d'On l'appelle Jeeg Robot, c'est justement de chercher à la fois à briser les codes...et à les respecter. D'un côté notre super-héros n'est pas vraiment celui que l'on attendait (et c'est peu de le dire) mais de l'autre il va avoir un cheminement qui respecte scrupuleusement les règles des comics books. En rencontrant Alessia, sa voisine du dessous, Enzo va progressivement s'humaniser...et cela malgré le fait que son "amie" soit une fille autiste accroc à l'anime japonais Jeeg Robot. De même, comme tout film de super-héros qui se respecte, On l'appelle Jeeg Robot compte un grand vilain avec le sobriquet qui va avec : Le Gitan. Mais Le Gitan n'est pas non plus l'exemple type du méchant charismatique. Bouffon, chanteur de karaoké amateur, considéré comme le bout de la chaîne alimentaire dans le milieu et qui se vante d'être passé à l'émission Bon Dimanche. Gabriele Mainetti arrive à fondre les codes du super-héros dans un contexte italien moderne et surtout tout à fait banal. De ce fait, on se retrouve devant un film à la fois référencé, satirique et foutrement convaincant. 

    En effet, le réalisateur italien n'oublie jamais le second degré de son entreprise avec un abord très second degré dans le traitement de son histoire. Si l'on sourit souvent devant On l'appelle Jeeg Robot, on s'étonne également de la qualité de la mise en scène dynamique et iconique du jeune cinéaste. De même, les acteurs s'avèrent brillants. Claudio Santamaria dans le rôle d'Enzo "Hiroshi" Ceccotti arrive à la fois à faire rire et à émouvoir le spectateur tout comme la folle-dingue Alessia interprétée par une Ilenia Pastorelli plus vraie que nature. On s'attardera davantage sur Luca Marinelli, simplement génial en grand-vilain ridicule, hommage intelligent au super-méchant le plus célèbre de l'histoire. Que ce soit par son côté mégalomaniaque, par son côté guignol ou son sourire carnassier, Le Gitan est un cousin évident du Joker (avec l'accent italien savoureux en prime !). Cependant, Mainetti inclut une nouvelle fois son méchant dans sa démarche réaliste en en faisant un petit malfrat italien obsédé par la gloire...et en l’occurrence son nombre de vues sur YouTube !

    Ce qui fait plaisir dans On l'appelle Jeeg Robot, c'est que le long-métrage dégage à la fois une sincérité évidente mais également un authentique amour du genre. Gabriele Mainetti connaît les codes et tente d'en faire quelque chose d'accessible, de drôle et d'intelligent. Jamais le métrage ne prend le spectateur pour un idiot et il arrive à jongle avec un nombre impressionnant de registres, du film de gangster à la comédie en passant par le drame social. Ce joyeux cocktail ne tient que par le talent des comédiens et la mise en scène d'une extrême intelligence de Mainetti qui économise pas mal de moyens grâce aux choix scénaristiques qu'il fait. Surtout, On l'appelle Jeeg Robot revient aux bases du super-héros, tente de réfléchir à comment choisir entre bien et mal, ce qui fait qu'un homme peut choisir d'être un héros et de ne pas simplement agir pour lui-même. La tendresse évidente de Mainetti envers les genres donne au film des allures de déclaration d'amour à une certaine culture geek qui mérite mieux que les formules hollywoodiennes actuelles. 

    On l'appelle Jeeg Robot est une immense bouffée d'air frais.
    Sincère, touchant, drôle, original et simplement passionnant, Gabriele Mainetti fait fort pour son premier film. On avait pas vu du super-héros aussi rafraîchissant depuis...des années !
    Foncez !

      

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Le sauvetage de la petite fille  

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  • [Critique] Après la tempête

     

     Le cinéma japonais n'en fini plus d'impressionner ces dernières années. On pense notamment à Naomi Kawase avec Still the Water ou Les Délices de Tokyo mais aussi, et surtout à Hirokazu Kore-eda. Ce dernier est devenu au fil des ans un habitué du Festival de Cannes - où il a de nouveau présenté le présent long-métrage l'année dernière - ainsi qu'un succès public modeste mais durable dans les salles françaises. Cinéaste très doux et particulièrement délicat lorsqu'il s'attache à décrire des relations familiales complexes, Kore-eda offre une nouvelle peinture intimiste avec Après la tempête, renouant avec la qualité de ses précédentes œuvres, Tel Père, Tel Fils et Notre petite sœur.
    Le film peut-il cependant éviter la redites ?

    On pénètre dans ce nouveau long-métrage comme souvent avec Kore-eda...avec une scène de famille banale mais touchante. Une nouvelle fois, on est saisi par la justesse de ton qu'adopte le cinéaste japonais pour capturer l'essence même de l'ordinaire. La drôlerie et la mélancolie de cette discussion entre une mère âgée et sa fille ouvre la porte sur une autre relation, plus ardue et jouant sur différentes registres : celle entre Ryôta, écrivain à la gloire fanée qui vivote avec un job de détective privé peu reluisant, et Shingo, le fils auquel il manque un père, tout simplement. A cela pourtant, Kore-eda ajoute deux autres personnages très importants : la mère de Ryôta, cette vieille dame pleine de malices et d'énergie décrit avec une tendresse infinie, et Kyôko, l'ex-femme de Ryôta et mère de Shingo, à la fois colère et tristesse. Cette cellule familiale s’inclue dans un monde plus large, celui d'un Japon voyeur et vénal entrevu par la vie pas très reluisante de Ryôta.


    C'est d'ailleurs ce dernier qui est le personnage principal d'Après la tempête, drame intimiste tendre et doux-amer. Ryôta n'est pas du tout un héros. Accroc aux jeux de course, mesquin, parfois voleur, parfois menteur, on n'arrive pourtant pas à le détester. Pourquoi ? Simplement parce que Kore-eda dépeint un homme avec ses défauts et ses qualités. Qu'à côté de toutes ses erreurs et rêves échoués, il se trouve un homme qui regrette, qui souffre aussi, prisonnier d'une vie passée qu'il a rêvé trop fort et qui s'est cassée entre ses mains. Malgré le nombre de bévues et d'authentiques conneries qu'il fait, on aime cet imbécile qui apparaît immensément sincère. Le jeu d'Hiroshi Abe n'y est d'ailleurs pas étranger tant l'acteur s'investit dans son personnage et le rend plus vrai que nature. Au-delà de cela, il faut considérer l'habile peinture familiale représentée par Après la tempête.

    Comme son nom l'indique, nous arrivons après la tempête, la vie de couple de Ryôta et Kyôko est finie, ravagée par des querelles qu'on ne peut qu'imaginer. La typhon du film ne fait que donner corps à cette métaphore pour se terminer dans une scène dans le parc sous la pluie d'une immense beauté où Kore-eda renoue avec la séquence de Tel père, Tel Fils en faisant dialoguer Ryôta avec Shingo...ou plus précisément avec lui-même. Par un truchement narratif et une habile mise en scène, le père tente de corriger les erreurs qu'il a fait lui-même plus jeune. Autour de la relation père-fils gravite également une relation fils-mère toute aussi poignante et sincère ainsi qu'une réflexion sur l'amour. Comment arriver à mettre le passé derrière soit ? Comment avancer après une relation inoubliable ? La véritable réponse là-dedans, c'est que l'on n'oublie jamais, qu'à l'image d'une peinture sur huile, tout se fond. 

    Enfin, dernier niveau de lecture de ce long-métrage bien plus dense qu'il n'y parait, une certaine vision sociétale de la société japonaise moderne prise entre des penchants voyeuristes (Le travail de Ryota, ses nombreux clients mais aussi son obsession à lui pour tout savoir de la vie nouvelle de son ex-femme) et vénaux (Les paris d'argent, la revente de biens, l'omniprésence de l'argent et le running-gag de la pension due à Kyoko). Comme pour Tel père, Tel fils, Kore-eda ne se limite pas à l'intimiste de sa cellule familiale, il la replace bel et bien dans un contexte plus vaste qui lui donne un sens et explique également nombre des comportements qui la définissent. La véritable intelligence d'Après la tempête, au-delà de son message sur l'amour et sur le passé, c'est que l'on vit toujours dans une époque bien précise, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner. Nous ne sommes au final qu'un produit de la société qui nous entoure.

     Après la Tempête s'inscrit dans la même veine intimiste que les précédents films de Kore-eda renouvelant une nouvelle fois la justesse et l'intelligence des thèmes favoris du japonais. Film d'amour, de blessures, d'espoir et peinture sociale subtile, le long-métrage affirme de nouveau l'importance du pays du Soleil Levant dans le paysage cinématographique moderne.

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Ryota parlant à sa collègue détective au Love Hotel 

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  • [Critique] Life

     Dernier film du réalisateur suédois Daniel Espinosa, Life (sous-titré en France Origine inconnue, parce que ça fait mystérieux et qu'au moins y'a des mots français pour le spectateur français qui est, forcément, incapable de comprendre un mot d'anglais) rentre dans la catégorie des métrages qui annoncent la couleur dès leur première bande-annonce. Après Enfant 44, Espinosa s'envole pour la Station Spatiale Internationale et un futur plus ou moins proche où une sonde ramène de Mars un échantillon qui contient...un organisme vivant ! Pour ne pas mettre la Terre en danger et éviter une possible contamination, l'équipe décide d'étudier Calvin - le nom donné à cette nouvelle forme de vie - au sein de la station même. Le problème, évidemment, c'est que le nouveau venu va se révéler extrêmement hostile. A la lecture de ce synopsis et après avoir visionné la première bande-annonce, on a comme une sensation de déjà-vu...

    En effet, Life est un simili-Alien.
    Un xénomorphe découvert dans l'espace... dans une installation spatiale exigue et de plus en plus glauque... avec une équipe d'hommes et de femmes pas forcément préparée à faire face à une telle situation...
    Tout est là, ou presque. Cependant, notez-bien, le métrage s'assume comme tel dès le départ, le spectateur est prévenu à l'avance et à aucun moment il n'y a mensonge sur la marchandise. De ce fait difficile d'en vouloir pour les ressemblances flagrantes entre les deux films. 
    En fait, il faut comprendre simplement que Life renoue avec quelque chose que l'on n'a plus vraiment l’habitude de voir sur grand écran aujourd'hui : le film de série B honnête.
    Vous ne serez pas (ou peu) surpris par l'histoire mais elle fait le job, il en va de même pour la galerie de personnages, tous assez basiques et qui servent surtout de proies à la dangereuse bestiole qui va parcourir la station. On peut d'ailleurs se demander comment le film arrive à réunir un tel casting...pour n'en faire rien ou quasiment. Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds, Hiroyuki Sanada, Rebecca Ferguson...devaient avoir surtout quelques factures à régler. L'avantage par contre, c'est que ce petit film bénéficie d'une galerie d'acteurs convaincants pour son jeu du chat et de la souris (avec scaphandres).

    Alors Life finalement à quoi ça sert ? 
    A frissonner. On sent l'influence de Gravity (la séquence d'introduction) et Alien, le 8ème passager (tout le reste !) mais Espinosa arrive tout de même à livrer au spectateur un spectacle soigné avec une mise en scène très fonctionnelle mais parfaitement adaptée au sujet, tout en insinuant assez de tension pour ne jamais ennuyer. Le point central du film, c'est évidemment la créature, Calvin, qui évolue constamment et qui s'avère, franchement, une brillante réussite sur le plan du design. Il faut noter à ce titre que la première attaque de la bestiole et la première mort se révèlent extrêmement convaincantes (et absolument dégoûtantes)...Il est à ce titre très amusant de noter la symétrie inversée entre la première mise à mort d'un membre de l'équipage et la mythique scène de repas d'Alien. Le reste devient ensuite un survival spatial assez classique mais toujours très efficace qui se conclue sur un twist prévisible mais délicieusement noir. 

     En résumé...Life tient ses promesses. Ni plus ni moins. 
    Daniel Espinosa offre un divertissement horrifique honnête, qui ne fera certainement pas date tant il lorgne ailleurs, mais qui ne prend pas ses spectateurs pour des imbéciles.
    Une bonne série B en somme. 

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  La première mort

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  • [Critique TV] 13 Reasons Why, Saison 1

     

    La fiction est un exercice difficile. 
    D'autant plus difficile lorsqu'un auteur adulte porte un regard sur une tranche d'âge qui n'est plus la sienne et qu'il doit, pourtant, en faire ressortir les spécificités. C'est une des raisons qui font que la fiction pour enfants et la fiction pour adolescents ne sont pas, contrairement aux idées reçues, plus simples. Elles ne devraient pas l'être en tout cas puisque ce sont ces œuvres qui façonneront les goûts et les repères des plus jeunes générations. De ce fait, élaborer un roman comme une série étiquetés teenager s'avère souvent en réalité bien plus complexe qu'on ne veut bien le faire croire. En choisissant d'adapter le roman éponyme de Jay Asher, la chaîne Netflix avait donc un poids très lourd sur les épaules quant à la qualité de 13 Reasons Why. Rapidement (et c'est mérité en regard du sujet abordé), la série a connu un très beau succès public tout en suscitant de vifs débats parmi les adolescents l'ayant visionné, ce qui, en soi, est une excellente chose. Publié en 2007 aux Etats-Unis et dans les tuyaux en vue d'une adaptation depuis 2011, 13 Reasons Why est un roman pour adolescent de 300 pages environ (assez court donc) qui se penche sur un sujet très complexe : le suicide chez l'adolescent. On y suit Clay Jensen, un lycéen américain de dix-sept ans, qui reçoit un colis renfermant 7 cassettes audio dont chaque face contient un enregistrement d'une camarade qu'il aimait : Hannah Baker. Aimait car Hannah est morte, ayant mis fin à sa vie de façon aussi brutale qu'inattendue quelques semaines auparavant. Dans cette série de cassettes, la jeune fille va retracer ce qui l'a mené à s'ôter la vie et chaque face se concentre sur l'un des acteurs volontaires ou involontaires de cette tragédie. 13 Reasons Why n'a rien d'une série au sujet léger, bien au contraire, et c'est à la fois son plus grand atout et son plus gros point faible. Puisque devant un sujet aussi grave, il fallait une série à la hauteur. Or, ce n'est pas toujours le cas.

    Ce jugement à l'emporte-pièce peut sembler sévère (d'autant plus si vous sortez récemment du visionnage de cette première saison très forte en émotions). Il est d'ailleurs assez complexe de disséquer les défauts et qualités de 13 Reasons Why tant l'objectivité critique se trouve mise à mal par de nombreux accès émotionnels durant ces treize épisodes. En fait, commençons par là. Au regard du nom de la série, Brian Yorkey et la production se sont tout simplement dit "13 raisons = 13 épisodes" (d'une durée moyenne de 50 minutes à 1 heure). Un erreur monumentale et, pour tout dire, qui s'avère lourde de conséquences pour la série. En effet, comme expliqué ci-dessus, le roman fait 300 pages (écrit dans une police respectable) et se lit vite. Comment faire pour en tirer 13 heures de séries ? En rallongeant la sauce et en délayant l'intrigue principale portant sur les cassettes et leur écoute par Clay. Si l'épisode pilot s'avère extrêmement accrocheur, la série affiche une baisse de régime dès le second épisode et chute définitivement entre les épisodes 5 à 9. En condensant certaines sous-intrigues ou en les élaguant même franchement, 13 Reasons Why aurait pu adopter un format HBO ou FX entre 8 à 10 épisodes. Mais ce n'est pas le cas. Il en résulte un rythme bâtard où l'on alterne les séquences (voir les épisodes) passionnants avec des scènes simplement énervantes tant le côté remplissage s'avère voyant. Tout l’intérêt de la série réside dans le couple Clay-Hannah ainsi que dans les raisons de son suicide. Dès lors, dès que la série s'attarde sur les émois des parents d'Hannah (Kate Walsh est sans cesse en train de pleurer, c'est insupportable), sur la pseudo-enquête au sein du lycée (qui a en réalité un intérêt beaucoup plus putassier qu'il n'y parait, on y reviendra) ou sur le simili-mystère de "pourquoi les autres lycéens veulent-ils se couvrir"...on s'ennuie ferme. Le rythme qui aurait pu être un crescendo émotionnel d'une puissance rare se révèle...haché. Le meilleur exemple se situant dans ce qui est pourtant l'épisode le plus fort de la série, l'épisode 11. Au lieu de concentrer la trame sur la révélation que l'on attend tous (à savoir pourquoi Clay apparaît sur ces cassettes), les scénaristes intercalent les sous-intrigues entre deux et casse l'excitation du spectateur. Définitivement, la première grosse erreur de la série, c'est cette envie de nous pondre un format de 13 épisodes et de tirer sur la corde façon chaîne non-câblée. 

    La seconde erreur découle d'ailleurs directement de la première. Sachant pertinemment que la série a un potentiel commercial très important (le public adolescent étant connu pour être un gros consommateur), Yorkey et son équipe...refusent d'en faire une mini-série. L'autre énorme problème de 13 Reasons Why, c'est qu'elle comptera une seconde saison...alors que le sujet ne se porte pas du tout à cette attitude putassière et qui explique également l'importance (injustifiée) de certaines sous-intrigues comme celle de l'enquête au sein du lycée. Le roman est un one-shot et Netflix n'en fait pas une mini-série mais une série ! Une erreur capitale. De ces problèmes de rythme va découler un dernier souci pour 13 Reasons Why : une subtilité à géométrie variable. Obligés de remplir les épisodes comme ils peuvent, les scénaristes se répètent et finissent par alourdir certains aspects de l'intrigue. On revient à ce stade sur le deuil de la famille Baker...traité de façon tellement grossière et tellement exagérée...Chaque épisode ou presque compte plusieurs séquences où la mère d'Hannah pleure, où le couple insiste sur le fait que leur vie est détruite...Il s'agit de choses évidentes qui ne méritent pas un traitement à la truelle comme celui-ci. D'autres choses seront traitées de la même façon comme cette manie de faire douter Clay sur l'écoute des cassettes. Franchement, on sait qu'il va les écouter ces cassettes alors pourquoi diable passer des heures et des heures sur ses hésitations quand à continuer... si ce n'est pour masquer un vide du à un format trop long. C'est prodigieusement agaçant. 

    Enfin, derniers ennuis, 13 Reasons Why est une série avec des adolescents. Ce qui comporte deux difficultés : trouver des acteurs assez doués pour les incarner...et qui ont un âge crédible. La série a bien du mal à échapper à ces deux écueils. D'abord parce que la galerie d'acteurs de cette première saison apparaît comme très inégale avec notamment un rôle important, Jessica, incarnée par une jeune actrice...simplement lamentable. Alisha Boe est soit constamment à côté soit constamment en surjeu. Elle est insupportable. Ensuite...comme d'habitude, ce sont des acteurs plus âgés qui doivent assurer des rôles plus jeunes et selon les personnages, on y croit plus ou moins. Concernant celui pourtant excellent de Tony...Il est difficile de croire que celui-ci soit un lycéen. Il fait aussi lycéen que votre serviteur fait collégien. En même temps...prendre un acteur de 25 ans pour jouer un personnage d'environ 18 ans...c'était une idée étrange (pour ne pas dire imbécile) dès le départ. Cela n'ayant cependant rien à voir avec l'excellent jeu d'acteur de Christian Navarro, certainement l'un des personnages secondaires les plus réussis de la série. Bref...en lisant tout ça, vous êtes surement déjà en train de vous dire que 13 Reasons why est une série médiocre qui ne vaut pas le visionnage. Ce qui serait une énorme erreur.

    Venons-en maintenant à ce qui fait la force de la série : ses thématiques. 13 Reasons Why part d'un postulat simple mais génial, celui de comprendre ce qui peut pousser un adolescent au suicide grâce à un témoignage direct de celui-ci. Centré sur deux personnages, le "couple" Clay Jensen - Hannah Baker, on suit avec une émotion constante les malheurs de la jeune fille (même si on aussi tendance à se dire qu'il s'agit de la lycéenne la plus poissarde du monde) et avec d'autant plus d'intensité que l'on découvre cela par les yeux d'un garçon bien, effacé, gentil et...amoureux d'elle. Du coup, tout change. On ressent à la fois de l'empathie pour la pauvre Hannah (excellemment interprétée par Katherine Langford dont il s'agit là du premier rôle) mais également pour Clay qui doit supporter l'horreur de la perte de celle qu'il aimait...et de découvrir que d'une certaine façon il aurait pu l'éviter. Le couple formé par les deux adolescents fonctionne de façon instantanée. Il est impossible de ne pas être emporté dans leur histoire d'amour tragique qui montre aussi une chose terrible qui s'applique à la vie adulte : nous faisons des choix qui peuvent gâcher notre futur. Par bêtise, par peur ou simplement parce qu'on ne se rend pas compte des conséquences. Cela s'appliquant à la fois à Clay et aux autres lycéens mais également à Hannah vis-à-vis des effets de sa mort sur sa famille et ses camarades. L'histoire d'amour qui est dépeinte à travers ces treize épisodes, et malgré la dilution par les autres sous-intrigues, se révèle d'une force rare. Difficile de ne pas être totalement envoûter par le premier slow sur The Night We met entre Hannah et Clay.

    Ce n'est cependant pas pour l'histoire d'amour ou l'intelligence de cette histoire à rétro que la série a fait parler d'elle et qu'elle reste, en fin de compte, hautement recommandable. 13 Reasons Why montre et ne se cache pas. Elle affronte de front plusieurs thématiques d'une grande difficulté pour les adolescents. Le harcèlement scolaire d'abord, banalisé mais d'une extrême cruauté, qui peut faire de la vie d'un lycéen ou d'une lycéenne ordinaire un enfer quotidien. La série le montre fort bien et de façon répétée (et cette fois à raison) tout en insistant sur le fait que la chose est tellement communément admise comme bénigne qu'on ne s'en rend même plus compte... Le harcèlement devient un décor aussi familier que des graffitis dans des toilettes. Second thème (et thème principal d'ailleurs) de la série : le suicide. Encore plus difficile à expliquer et surtout à montrer...et pourtant 13 Reasons Why le fait sans aucun hors champ. La séquence qui en résulte se révèle quasiment insupportable...autant ou presque que les deux scènes qui affrontent le dernier sujet épineux de la série : le viol. Et là...13 Reasons Why est un petit bijou sur ce plan, montrant de façon polémique que le viol est encore et toujours minimisé. "Mais as-tu dis non ?" "As-tu tenté de le repousser ?" autant de questions insupportables quand il s'agit d'un sujet aussi grave. La dernière scène de viol étant d'ailleurs une synthèse parfaite pour comprendre le pourquoi de cette incapacité à réagir. Elle est aussi d'une brutalité sans nom pour une série destinée à un public adolescent. On salue l'audace de Netflix de l'avoir gardé en l'état.

    Pour toutes ces thématiques, la qualité de son histoire d'amour adolescente ainsi que pour la richesse apportée par certains personnages secondaires (on pense notamment à celui de Tony et celui de Justin, magnifiques de bout en bout), 13 Reasons Why doit retenir votre attention. D'autant plus que les défauts abordés en première partie s'atténuent en regard de l'aspect addictif de la série qui se bingewatche naturellement. On ajoutera encore que cette première saison bénéficie d'un soin indiscutable dans sa mise en scène et que sa bande originale s'avère superbe. On y retrouve pêle-mêle Joy Divison, Woodkid, M83, Vance Joy ou encore Lord Huron avec la fabuleuse (et inoubliable) The Night We met que vous écouterez en boucle à coup sûr à la façon d'un What's Going On dans Sense8.

     Malgré des défauts évidents et agaçants, 13 Reasons Why est une série captivante, déchirante et importante. Elle arrive à saisir avec justesse des thématiques adolescentes difficiles tout en menant de front une histoire d'amour d'une grande beauté. Certaines scènes sont, certes, d'une grande rudesse, mais apparaissent comme nécessaires au regard du sujet traité. On regrette simplement que Netflix ait eu la très mauvaise idée d'en commander une seconde saison et de ne pas respecter le condensé émotionnel offert par une saison unique qui aurait été, à coup sûr, inoubliable. 

    Et ceux qui ont aimé aurait grand intérêt à se plonger dans l'excellent film The Perks of being a Wallflower (Le Monde de Charlie) de Stephen Chbosky

     

    Note :  8/10

    Meilleure épisode :  Episode 11 - Cassette 6, face A

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  • [Critique] Get Out

    Véritable phénomène outre-Atlantique, Get Out arrive enfin en France.
    Premier film de l'afro-américain Jordan Peele (ce qui a toute son importance ici), le long-métrage joue sur deux tableaux : celui du thriller pur et dur d'une part, et sur celui de l'horreur d'autre part. Acclamé par la critique aux USA, Get Out regroupe un casting de second rôles solides avec Catherine Keener (Begin Again, Captain Philips, Percy Jackson...), Caleb Landry Jones (X-Men : First Class) ou encore Daniel Kaluuya (Black Mirror, Sicario). Le problème, avec ce genre de films, c'est qu'à force de buzz on se retrouve très souvent devant un objet surestimé et parfois même totalement insipide. Get Out n'échappe pas à la règle...mais s'en tire un peu mieux que la plupart.

    Le postulat de départ est simplissime : Rose Armitage est en couple depuis cinq mois avec Chris Washington. Il est donc temps pour elle de présenter son petit ami à sa famille. Le problème c'est que Chris est noir et que Rose est blanche. De ce fait Chris appréhende le moment où il va se retrouver en présence d'une famille qui pourrait très bien être raciste. Heureusement, Dean et Missy sont des personnes tout à fait correctes et le couple mixte ne semble pas leur poser de problème...Get Out commence donc de façon tout à fait ordinaire. Comme un thriller lambda pour ainsi dire.
    Jordan Peele doit dans un premier temps apprendre à gérer son suspense et à laisser le mystère de ce qui va forcément gripper pour le spectateur. Une chose qu'il arrive plutôt bien à gérer - Si l'on est pas trop familier avec les intrigues tordues dans ce style...sinon le risque de découvrir le fin mot de l'histoire apparaît tout de même assez important.


    Le principal problème de Get Out c'est qu'il emprunte des codes du films d'horreur pour son thriller et que de ce côté...c'est un tantinet raté. Tout simplement parce que Jordan Peele en fait des tonnes dès que Chris arrive à la maison des Armitages. Tous les membres de la famille apparaissent inquiétants de façon disproportionnée et les domestiques surjouent (à dessein, mais quand même) si bien que l'on se croirait franchement à certains moments dans un film d'horreur de série B. C'est d'autant plus dommage que le cœur de l'intrigue est assez bien géré par Peele qui sait ménager ses effets tout en distillant le doute chez le spectateur. Par contre, quand on se penche sur nombre de critiques US, on s'aperçoit que Get Out n'a pas forcément été encensé pour son aspect horrifique ou thriller...mais pour autre chose qui s'avère, en réalité, bien plus intéressant.

    Ce qui effraie véritablement dans Get Out, ce n'est pas tant l'histoire où nous mène Peele, ce sont tous les non-dits et les petites choses qui semblent anodines...justement parce qu'elles apparaissent comme anodines. Le long-métrage ne tombe pas dans le piège de mettre en scène des raciste type rednecks et autre skin heads mais des blancs très corrects et plutôt progressistes...qui adorent rappeler qu'ils ne sont pas racistes d'ailleurs, qu'ils ont voté deux fois pour Obama (et qu'ils auraient voté une troisième fois si c'était possible pour lui). Ce que met en avant - peut-être sans totalement le vouloir - Get Out, c'est le racisme ordinaire, celui qui passe inaperçu mais qui s'avère, en réalité, terriblement inconfortable pour Chris et donc pour le spectateur (puisque tout est vu par les yeux de Chris). Ce que Get Out arrive à faire d'une façon tout à fait judicieuse, c'est de saisir le visage d'une certaine Amérique blanche bien pensante qui est incapable de se débarrasser de préjugés racistes solidement ancrés et communément admis comme...pas si graves. De ce fait, et de façon surprenante, Get Out se retrouve excellent dans un domaine où l'on ne l'attendait pas du tout : celui de la satire sociale. L'humour, omniprésent avec le personnage de Rod Williams (caricatural mais à mourir de rire), est à la fois un soulagement - il permet d'évacuer le malaise - et paradoxalement renforce la sensation de réel de ce message retors au possible.

    Il reste pourtant qu'au-delà de tout ça, Get Out n'est pas non plus le thriller horrifique de haute volée qu'on nous promettait depuis des mois. Vous ne serez vraisemblablement pas très surpris par son cheminement scénaristique, ni par des personnages finalement assez peu fouillés, ni par des séquences d'horreur très light. On saluera quand même la performance de Daniel Kaluuya (qui confirme tout le bien qu'on pensait de lui depuis Black Mirror) et d'Allison Williams dont c'est ici le premier rôle. 

     Get Out constitue en fait un thriller horrifique tout à fait sympathique pour peu qu'on ne regarde pas de trop près et qu'on ne connaisse pas trop les codes du genre. Il est par contre bien plus convaincant sur un point de vue purement social et réussit un peu là où on ne l'attendait absolument pas. Jordan Peele signe donc un film malin bien qu'un peu convenu, ce qui n'empêchera vraisemblablement pas de prendre son ticket pour un divertissement de bonne facture.

     

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Les questions des invités de la fête à Chris / Les passages humoristiques

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