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     I've seen things you people wouldn't believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain. Time to die.

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  • [Critique] Les Gardiens de la Galaxie Vol.2

     C'était la surprise de l'univers Marvel il y a trois ans (déjà trois ans !!), Les Gardiens de la Galaxie avaient rencontré un beau succès autant sur le plan critique que public. Coloré, fun, jouissif, le long-métrage de James Gunn avait en fait ce qui manquait de plus en plus cruellement aux autres films Marvel : de la fraîcheur. Son équipe de super-héros, désormais fameuse, comprenait quand même un arbre géant qui parle, un raton laveur de l'espace et un humanoïde prenant tout au premier degré. Drax, Rocket Racoon, Gamora, Star-Lord, Groot...sont de retour pour un second volet d'autant plus attendu que les autres Marvel s'enfoncent dans un lissage des plus inquiétant. James Gunn rempile derrière la caméra et compile à nouveau les meilleures musiques de l'univers pour sauver la galaxie !

    Les Gardiens n'ont pas beaucoup changé depuis le temps où on les avait laissé. Notre super-équipe intergalactique se retrouve encore une fois dans une situation complexe après avoir à la fois travaillé pour les Souverains...et les avoir trahis. Pourchassé à nouveau, Star-Lord va cependant faire la rencontre la plus inespérée qui soit : celle de son père, Ego. Seulement voilà, les choses se compliquent rapidement lorsque Yondu et ses Ravageurs se mêlent à la partie. Il semblerait que les Gardiens de la Galaxie doivent à nouveau sauver tout le monde. Une bonne nouvelle...les prix du marché vont grimper à nouveau !

    Tout (re)commence en musique avec l'Awesome Mixtape number 2. Comme il se doit.
    Instantanément, on replonge dans l'univers décalé, léger et référencé des Gardiens. La séquence d'introduction parfaitement géniale donne l'espoir que Gunn continue à chercher d'autres voies à celles (sur)exploités par les autres films Marvel. Ce qui sera d'ailleurs le cas au final. Le problème principal de ce second volet n'est pas dans la comparaison avec les autres métrages de l'écurie de la Maison des Idées...mais plutôt la comparaison avec le précédent volet.
    Désormais, Gunn n'a plus besoin de présenter les personnages ni de nous installer son univers perso, tout est déjà connu et il doit approfondir. L’écueil majeur étant de ne pas faire dans la redite...Ce que fait un tantinet Les Gardiens de la Galaxie Vol.2. On reprend la même équipe en misant sur les personnages les plus populaires (Baby Groot - Rocket Racoon - Drax) pour assurer l'essentiel des gimmicks. Du coup, Star-Lord, qui semble pourtant concerné au premier plan par l'histoire avec Ego, devient presque un personnage secondaire. En soit, la chose n'est pas non plus extrêmement dérangeante mais montre que Gunn a du mal à donner de la place à tout le monde dans son histoire.

    Une histoire longue, trop longue et trop prévisible. Une bonne première moitié du métrage fait quand même office de remplissage en mettant en parallèle des sous-intrigues qui apparaissent un peu forcées pour creuser de façon tout aussi forcée chaque personnage de l'équipe. C'est donc bien maladroit et l'aventure semble un tantinet faire du surplace une bonne partie du temps, renouvelant juste la formule de son prédécesseur. Gunn montre qu'il risque de s'enliser dans son propre schéma de divertissement. Heureusement, Les Gardiens de la Galaxie Volume 2 a quelques atouts pour parer à ses défauts de construction narratif. Car si l'on pourrait croire jusqu'ici que l'entreprise du cinéaste américain soit un échec...il n'en est rien. 

    Pour raviver l’intérêt du spectateur pour son film de super-héros galactiques, Gunn compte sur deux choses : l'humour et l'empathie. L'humour d'abord et qui s'appuie notamment sur le premier degré absolument hilarant de Drax (la blague sur le chien et ses conversations avec Mantis sont à mourir de rire) ou le côté WTF de Baby Groot qui comprend tout de travers. Cet humour savamment réparti le long du film transforme une histoire qui aurait pu être pesante par son sérieux en un moment de détente délirant et toujours aussi fun, voir davantage que le premier. A bien des égards, Gunn profite de ce registre comique de façon immensément plus intelligente et surtout beaucoup moins lourde que le reste de l'univers Marvel. L'autre point d'appui du métrage...Les personnages. Car même si Gunn s'acharne de façon par trop ostentatoire à les creuser...impossible de ne pas s'attacher à cette bande de doux-dingues. C'est la sympathie générée par ce groupe qui explose les barrières de narration de Gunn. 

    Reste aussi que l'américain tente des choses avec Les Gardiens de la Galaxie vol.2, avec plus ou moins de bonheur, mais il tente au lieu de faire du surplace voir de régresser comme ses petits camarades du Marvel Cinematic Universe. Ce second volet réaffirme le talent de metteur de scène de Gunn qui procure aux spectateurs quelques très beaux moments. On pense notamment à la séquence de rébellion de Yondu qui ose être inventive à la fois en matière d'action mais aussi de prises de vues. Ou encore à la façon qu'a le cinéaste d'esquiver un affrontement pour se concentrer sur des scénettes humoristiques en arrière-plan, refusant d'une certaine façon la surenchère. Autre tentative, celle d'humaniser l'univers des Gardiens davantage en tentant de mettre en avant le personnage de Chris Pratt et de son père incarné par un excellent Kurt Russell. Et surtout, Gunn fait un beau cadeau à son acteur fétiche, Michael Rooker, en lui offrant un rôle pas loin d'être le plus convaincant du film et qui finit part toucher là où le reste a bien du mal à y parvenir. Yondu se taille la part du lion dans la dernière partie et c'est tant mieux. On finira sur les nombreuses références geeks de ce second volet, de Pac-Man au délire sur David Hasselhoff, ainsi que sur une bande-sonore encore une fois irréprochable et réjouissante.

     Malgré des défauts évidents et une tendance à s'embourber dans sa propre formule, Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 continue à être la dernière franchise véritablement rafraîchissante et fun de Marvel où la mise en scène ne s'avère pas un copier-coller sans saveur. Star Lord et ses camarades vous offrent donc à nouveau un programme réjouissant et qui vient parfois même titiller votre cœur de geek nostalgique.

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  La vengeance de Yondu

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  • [Critique TV] Taboo, Saison 1

     Parmi les séries excitantes du moment, Taboo figure en bonne position. Créée par un certain Steven Knight (responsable déjà de l'excellente série Peaky Blinders que l'on vous recommande chaudement) et Edwards Hardy, père du fameux acteur Tom Hardy - lui-même acteur principal de la série -, Taboo est une production à destination de la BBC et de la chaîne américaine FX. On y retrouve une pléiade d'acteurs remarquables tels que Jonathan Pryce (aka The High Sparrow dans Game of Thrones), Oona Chaplin (Game of Thrones aussi !), Mark Gatiss (Sherlock Holmes) ou encore Stephen Graham (le Al Capone de la série Boardwalk Empire) ainsi qu'un compositeur qui n'en finit plus de monter en la personne de Max Richter (The Leftovers, Black Mirror, Arrival...). En somme, tout semble réuni pour faire de Taboo l'une des nouvelles séries les plus folles de l'année. 

    Mais avant toute chose, Taboo, de quoi ça parle ? 
    James Keziah Delaney que l'on pensait disparu en Afrique, rentre à Londres à la mort de son père, Horace Delaney. Ce dernier, devenu fou dans ses dernières années de vie, possédait un certain territoire sur la côté Ouest de l'Amérique du Nord appelé Nootka Sound. Occupée par des tribus de sauvage, la terre laissée en héritage à James n'a de prime abord aucune valeur...sauf qu'elle est en réalité la clé de la délimitation territoriale dans la guerre que se livre le Royaume-Uni et les Etats-Unis en cette année 1814. Courtisé à la fois par les américains et par les anglais, James n'a cependant aucune intention de céder aux offres de la East India Company malgré l'arrangement de celle-ci avec sa demi-sœur, Zilpha Geary. Hanté par ce qu'il a fait en Afrique et les étranges pouvoirs qu'il a côtoyé, James n'est plus le même homme. Aidé par Atticus, Brace et Helga, il risque bien de bouleverser l'échiquier politique et même de s'attirer les foudres du roi. 

    Il faut l'avouer, Taboo met un certain temps à se mettre en place. Sa narration, volontairement élusive au début, n'est pas aussi clairement accrocheuse que ne pourrait l'être une série plus conventionnelle. Ce qui accroche par contre immédiatement le spectateur, c'est son atmosphère très noire aux forts relents fantastiques. Grâce à sa mise en scène crasse et sèche, Taboo propulse immédiatement ses personnages dans un Londres à la fois très familier et très différent. Knight et Hardy auraient pu se limiter cependant à reproduire un simili-Peaky Blinders...mais ils ajoutent une dimension de plus en plus clairement fantastique à mesure que les épisodes s'enchaînent. En mêlant les mythes africains et indiens, avec un zeste de magie noire/vaudou pour faire bonne mesure, la série acquiert une aura d'étrangeté malsaine parfaitement synthétisée par son personnage principal : James Delaney.

    N'en faisons pas mystère, le plus gros atout de cette première saison, c'est évidemment l'acteur britannique Tom Hardy (Mad Max Fury Road, Bronson, The Dark Knight Rises) qui endosse cette fois le costume pour le moins singulier de James Delaney. Avec son charisme habituel et un talent toujours plus impressionnant, l'anglais offre une prestation magistrale pour un personnage franchement fascinant de la première à la dernière seconde. Knight sait ménager les révélations qui l'entoure et garde même quelques non-dits en réserve pour la prochaine saison. Pour tout dire, Tom Hardy tient la série sur ses épaules. En cela, il est aidé par une galerie d'excellents acteurs déjà cités précédemment mais on est sans cesse épaté par le talent du trio Pryce - Graham - Hayman, véritable équipe de choc. Outre cette solide distribution, la série peut également compter sur une intrigue maîtrisée et minutieusement calibrée par un Steven Knight toujours aussi en forme. 

    En prenant pour toile de fond la guerre relativement méconnue de 1814 entre les britanniques et les américains, Taboo permet de (re)découvrir une période qui n'avait rien à envier aux fresques fantasy type Game Of Thrones. Londres est alors un nid de vipères où les espions pullulent, où les agents des deux factions s'affrontent à travers des crimes d'une rare violence (qui trouvent d'ailleurs un écho tout particulier avec la brutalité bestiale de James) et où l'on ne sait plus bien en fin de compte qui sert qui. Ce jeu du chat et de la souris entre James et ses adversaires tient en haleine durant les huit épisodes de cette première saison et permet également à Knight d'aborder quelques thèmes forts justes. Celui de l'esclavagisme et de l'hypocrisie de la société anglaise de l'époque à son égard par exemple. Ou celui de l'homosexualité voir de la transsexualité à travers Benjamin Wilton. C'est aussi l'occasion d'insérer un certain nombre de clins d’œils historiques (les allusions à Napoléon, le rôle de la chimie et du personnage étrange mais savoureux de Cholmondeley etc...) qui apportent une saveur particulière à cette sombre histoire.

    La franche réussite de Taboo est due à la conjonction de tous les éléments précités. La série aurait pu être un ersatz du succès précédent de Steven Knight, Peaky Blinders, mais l'ajout de la dimension fantastique - d'ailleurs clairement assumée et esthétiquement remarquable - en font tout autre chose. La prestance de Tom Hardy, la qualité du casting et la minutie de l'intrigue qui multiplie les pistes sans jamais s'égarer (et cela même si la sous-intrigue de Zilpha apparaît comme plus faible que le reste), la partition entêtante de Max Richter... tout participe au résultat final plus que fascinant. Si une saison 2 est d'ors et déjà annoncée, vous pouvez vous précipiter sur ce joyau noir télévisuel.  

     

    Note : 9/10

    Meilleure épisode :  Episode 4

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  • [Critique] La Belle et la Bête (2017)

      Hasard du calendrier, La Belle et la Bête version 2017 sort peu de temps avant Ghost In The Shell le remake à l'américaine. Derrière ces deux "franchises" qui n'ont, de prime abord, rien à voir, se cache pourtant des mécanismes de marketing pourtant tout à fait similaires. Après avoir étudié en détails le cas Ghost In The Shell, penchons-nous aujourd'hui sur celui de cette énième variation autour du conte populaire de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont datant de 1757. Si peu de gens aujourd'hui connaissent le film de Cocteau de 1946, il en va tout autrement du dessin-animé de Disney de 1991, succès public et critique en son temps, et qui est aujourd'hui le matériau principal qui sert de base au film de Bill Condon. Comédie-romance-musical, le long-métrage met en scène Emma Watson (qui doit toujours s'en mordre les doigts d'avoir refusé le rôle-titre de La La Land en lieu et place de celui-ci) et un Dan Stevens numériquement bestial. Dans les autres personnages archi-connus, on retrouve une pléiade de visages...enfin de voix connues comme celles de Ian McKellen, Ewan McGregor, Stanley Tucci ou encore Emma Thompson. Derrière ses effets spéciaux numériques charmeurs, que vaut ce remake-live des aventures de La Belle et la Bête ?

    A peu près la même chose que celle du Major à la sauce Hollywoodienne...à ceci près que le propos ici n'a jamais été très complexe même pour l'original. En réalité, cette adaptation découle de la constatation simple (et putassière) que le passage vers le live de ses classiques de dessins-animés marchent bien dans les salles obscures. Car les générations qui ont grandi avec ces mêmes dessins-animés ont maintenant un autre âge et s'y retrouvent davantage avec ce nouvel enrobage semble-t-il. Comme pour le Livre de la Jungle, Blanche-Neige et le Chasseur et autre Maléfique, Disney joue sur la nostalgie du spectateur pour amasser un paquet de fric en faisant le minimum syndical derrière une bonne grosse vitrine d'effets spéciaux. Nous ne ferons pas l'affront au lecteur de préciser le postulat de La Belle et La Bête dans cette critique puisqu'il faudrait avoir vécu dans une grotte les trente dernières années pour ne pas le connaître. La trame narrative s'avère donc sensiblement la même que celle du dessin-animé, avec des ficelles grosses comme des cordes d'amarrage de navires, des personnages aussi simplistes et manichéens que les Disneys de la grande époque et...une bonne plâtrée de bons sentiments en veux-tu en voilà.

    Il ne s'agit pas ici de détruire la franchise de La Belle et La Bête ni le joli dessin-animé des années 90, comprenons-nous bien. Mais de se demander au fond : Pourquoi tous ces millions de dollars et cette énergie pour accoucher d'un film parfaitement inutile ? Excepté titiller la corde sensible du spectateur nostalgique, qu'apporte de neuf La Belle et La Bête ? Absolument rien. On retrouve le même univers, le même ton, les même personnages...avec des effets spéciaux jolis (mais voyants) pour enrober le tout et masquer le vide scénaristique ainsi que le manque criant d'innovation. Emma Watson a beau faire ce qu'elle veut, Luke Evans a beau cabotiner comme il le peut...il n'y a strictement rien d'excitant dans La Belle et la Bête que vous ne connaissiez déjà. Excepté un certain sens du politiquement correct où l'on introduit deux personnages gays juste pour le plaisir de le faire (donc en se foutant totalement d'édifier de beaux personnages) et de disperser quelques personnages noirs pour respecter un quota même s'il n'y a aucun intérêt scénaristique à cela. A côté de ces faits, on retrouve le choix de montrer une Bête tout en images de synthèse au lieu de jouer sur du maquillage et un costume, certainement plus coûteux et difficile à mettre en oeuvre, mais qui aurait été tellement plus réel que cet artifice de jeux-vidéo. Le pire restant que lorsque l'apparence numérique tombe, on constate que Dan Stevens est un total miscast dans le rôle du Prince...Mais soit. 

    Il n'y a donc qu'une seule petite chose qui tente de rattraper ce drame commercial, c'est bien les musiques et la bande-originale, brillamment retranscrite au moins avec quelques belles petites scénettes notamment la chanson de Gaston dans l'auberge, rythmée et bien mise en scène. On retrouvera également les quelques succès qui ont fait la gloire du dessin-animé original, à savoir Be Our Guest ou Beauty and the Beast, mais qui, une nouvelle fois, ne font que pincer la corde du nostalgique assis devant l'écran de cinéma. Mobiliser un tel nombre de personnes, d'acteurs et Bill Condon pour ça...C'est vraiment gaspiller du temps, du talent et de l'argent (même s'il est vrai que Bill Condon est capable du pire, avec Twilight IV et V, comme du meilleur, avec Mr Holmes). Le film s'achève dans une happy-end attendue (tout le monde sait ce qu'il va se passer, il n'y a donc rigoureusement aucun suspense) et achève de convaincre de sa vacuité.

    A quoi sert La Belle et La Bête version 2017 ?
    C'est simple à rien. Le film n'est pas honteux ou mal joué ou mal mis en scène, au contraire, il est très correct et fait le job.
    Il ne sert juste à rien d'autre qu'à vous soutirer quelques billets en échange d'une Madeleine de Proust enrobée d'effets numériques. 
    Une perte de temps.

     

    Note : 3/10

    Meilleure scène :  La chanson de Gaston à l'auberge

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  • [Critique] Les Oubliés

    Bodil 2016 Meilleur film
    Bodil 2016 Meilleur acteur pour Roland Møller
    Bodil 2016 Meilleur acteur dans un second rôle pour Louis Hofmann
    Nommé Oscars 2017 Catégorie Meilleur film étranger

     Honoré aux Bodils, équivalents des Césars au Danemark, Land of Mine a également eu l'honneur de faire partie de la short-list des films sélectionnés dans la catégorie meilleur film étranger des Oscars 2017. Comme La Chasse en 2014 ou A Royal Affair en 2013, Les Oubliés (tel que le film a été renommé pour sa sortie française), a permis au Danemark d'être représenté à la plus prestigieuse cérémonie cinématographique au monde. Même s'il en est reparti bredouille, le long-métrage de Martin Zandvliet a naturellement trouvé le chemin de l'Hexagone pour prouver une fois de plus que le cinéma Danois n'a pas à rougir de la concurrence...

    ...Surtout lorsqu'il aborde un sujet méconnu et largement passé sous silence par les livres d'histoire moderne. La Seconde Guerre Mondiale vient de prendre fin et les derniers allemands qui occupaient encore le Danemark sont faits prisonniers par les Alliés. Si certains sont renvoyés en Allemagne, nombre d'entre eux vont servir à l'armée Danoise pour déminer leurs plages devenues de véritables champs de mort. Le sergent Carl Rasmussen reçoit donc un détachement de prisonniers allemands avec pour consigne de méticuleusement sécuriser le secteur qu'il lui est attribué. Déjà sommairement formés par le lieutenant Ebbe Jensen, les "démineurs" doivent se plier au commandement inflexible de Rasmussen qui, comme beaucoup de danois alors, hait les soldats allemands. Sauf que le sergent se rend vite compte qu'on lui a donné le responsabilité de gérer un groupe de gosses qui n'ont rien de véritables combattants. Peu à peu, un lien se tisse entre eux jusqu'à ce que les premiers accidents arrivent et ne révèlent l'atrocité de la tâche qui a été confié à ces enfants qui ne désirent rien d'autre que revoir leur pays. 

    Bouleversant.
    Land of Mine ou Sous le Sable ou Les Oubliés...peu importe le titre que porte le long-métrage selon l'endroit où vous le verrez, le récit rapporté par Martin Zanndvliet au travers de ce groupe de jeunes condamnés à rattraper la faute de leurs aînés...s'avère bouleversant. D'abord parce qu'il profite d'un casting impeccable, à commencer par l'extraordinaire Roland Møller dans le rôle très difficile du sergent Rasmussen, tiraillé entre son ressentiment envers un peuple qui a occupé pendant des années son pays et par l'évidente cruauté de faire déminer des plages par des adolescents. En face de lui, tous les jeunes acteurs s'avèrent à la hauteur et notamment Louis Hofmann, d'une incroyable justesse et qui arrive à tordre le cœur du spectateur en quelques larmes. Ce n'est pas un hasard si ces deux-là ont été justement remarqué aux Bodils. On pourra aussi noté la présence de Mikkel Boe Følsgaard dans le rôle du lieutenant Ebbe et qui rappellera l'excellent souvenir du roi dans A Royal Affair. Sur cette base des plus solides, Zandvliet peut donc parler d'un sujet poignant.

    Ce qui prend aux tripes dans Les Oubliés, c'est le lien qui s'établit petit à petit d'une part entre le sergent Carl et ses jeunes prisonniers (finissant par devenir comme autant de fils), et d'autre part par ce qui unit ces camarades d'infortune qui n'ont rien des sanguinaires nazis ayant saccagé le pays. De ce fait, la vengeance aveugle des Danois sur des innocents fait basculer la perception que l'on peut avoir des vainqueurs qui en deviennent aussi écœurants et inhumains que leurs oppresseurs d'hier. Comme si, en un certain sens, la haine appelait la haine. En n'épargnant pas au spectateur quelque longues scènes éprouvantes - la première explosion sur les mines d'un des gamins qui perd ses deux bras, la vaporisation d'un des jumeaux... - Zandvliet montre l'horreur de ces faits presque totalement oubliés par l'histoire. Au milieu pourtant, il reste l'humanité d'un homme, celui du sergent Rasmussen, qui n'arrive pas à devenir un rouage dans l'horreur, qui finit par refuser et sauver des innocents. On assiste à la fois à la fin définitive de l'innocence mais aussi, paradoxalement, à un acte d'humanité non autorisée. 

    La sobriété de la mise en scène et le décor naturel formé par les plages danoises offrent aussi un étrange effet apaisant à cette histoire terrible. Zandvliet évite les effets de manche et reste au plus près de ses personnages, faisant des Oubliés un film de guerre tout à fait atypique et, en un sens, bien plus poignant que nombre de représentants du genre. Il faut saluer aussi le courage du cinéaste danois pour ne jamais nier le rôle prépondérant joué par l'armée danoise et par le Danemark dans cette atrocité dont on apprend avec effroi les chiffres en fin de long-métrage. En un sens, Les Oubliés se révèle un catharsis salutaire à plus d'un titre. Il brise également le manichéisme facile sur un conflit qui a vu des horreurs commises par tous les belligérants mais comme toujours...l'Histoire est écrite par les vainqueurs.

    Film remarquable, à la fois par son sujet et par sa qualité cinématographique, Les Oubliés permet également de mettre en avant le talent de deux acteurs, Roland Muller et Louis Hofmann, ainsi que celui d'un cinéaste, Martin Zandvliet, que l'on espère revoir dans nos salles de cinémas.
    En attendant, voici un long-métrage à découvrir au plus vite.

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La Conversation sur la plage entre Carl et Sebastien - la mort de Ernst

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  • [Critique] Ghost in the Shell (Remake américain)

     Annoncé de longue date depuis qu'un certain Steven Spielberg a acquis les droits du manga, le remake américain du génial Ghost in The Shell du non moins génial Mamoru Oshii a fini par voir le jour. Réalisé par Rupert Sanders, déjà responsable de Blanche-Neige et le Chasseur, cette tentative d'adaptation en prises réelles d'un anime culte s'avère extrêmement intéressante. Elle apparaît en effet comme la parfaite synthèse de tout ce qui cloche dans le cinéma Hollywoodien actuel. Ne soyons pas hypocrites, dès l'annonce du projet on savait pertinemment que le métrage ne servirait à rien. Quel est le but de faire un remake d'un anime déjà extraordinaire en le confiant de surcroît à un jeune réalisateur qui n'a pas le quart du génie d'Oshii ? Comme toujours, il s'agit pour Dreamworks et la Paramount de rendre plus "accessible" au public américain une oeuvre totalement étrangère...et de se faire de l'argent au passage. Et comme toujours, le procédé n'a strictement qu'une fin putassière. 

    Il semble pourtant intéressant de se pencher sur ce Ghost in The Shell à l'américaine pour expliquer pourquoi la démarche s'avère aussi stérile qu'insultante. L'action se situe dans un futur proche dans une ville futuriste jamais nommée où une équipe, la Section 9, dirigée par Daisuke Aramaki et le Major, tente de mettre la main sur un terroriste qui pirate des esprits, un certain Kuze. Le Major est un être unique dans ce monde pourtant déjà largement amélioré, puisqu'elle possède un corps entièrement artificiel qui accueille le cerveau d'une humaine authentique. Elle va cependant découvrir au cours de son enquête sur Kuze que bien des choses lui ont été caché. 
    Déjà, première constatation, le synopsis de départ a été changé et, pour tout dire, très largement simplifié. Le Major n'est plus un être entièrement cybernétique mais une espèce de Robocop-bis, la Section 9 est la seule mentionnée dans le film, les intrigues politiques sont bien plus faciles tout comme les considérations philosophiques etc...

    Nous tenons-là le premier défaut du métrage. Ghost In The Shell sauce américaine simplifie sous prétexte de populariser...et perd l'originalité et le génie de l'original. Pire encore, Sanders a peut-être beaucoup de connaissances en matière de classiques de SF, il ne fait que mélanger le tout pour rendre une copie hybride qui n'a plus vraiment à voir avec ce que l'on connaissait. L'univers du présent film est un étrange mix de Robocop (pour le Major et ses questionnements, humour en moins), Blade Runner (pour le style de la ville), Matrix (pour les combats) et Deux Ex (pour les améliorations des humains). Alors que l'oeuvre de base se suffit à elle-même de par son extrême intelligence et la foisonnance de ses concepts, ce remake choisit de faire du grand public...et fait donc dans le vu et revu ailleurs (et en mieux). L'intrigue est au diapason, très prévisible car elle semble avoir vingt ans de retard sur toutes les grandes œuvres SF cinématographiques et littéraires. Tous les thèmes abordés ne sont en réalité qu'effleurés, le métrage ne voulant perdre personne finit par proposer une simili-enquête policière aux enjeux restreints à l'injustice de la création du Major et de Kuze. Tout est franchement évident dès que l'on possède quelques notions sur le plan science-fictif.

    Second défaut : le fameux white-washing. Pour adapter Ghost In The Shell au public américain, pas question de reprendre l'ethnie logique du film. A la place d'asiatiques pour les rôles principaux - à l'exception notable de Takeshi Kitano pour le fan-service - tous les protagonistes redeviennent des occidentaux. A commencer par le Major interprétée par une Scarlett Johansonn simplement hors de propos. En ajoutant que l'actrice surjoue les tics robotiques (alors qu'elle était excellente dans Under the Skin), on obtient un miscast total. Le reste de l'équipe ne vaut guère mieux. Cette volonté de transformer l'ethnie majoritaire du film pour le rendre plus bankable, phénomène déjà bien connu à Hollywood, atteint ici des sommets d’imbécillité. Le pire restant que les quelques acteurs asiatiques du film jouent...comme des pieds (excepté Kitano) et...Juliette Binoche, juste insupportable dans un rôle cliché au possible. 

    Enfin, Ghost In The Shell peut se targuer d'avoir des effets spéciaux, une esthétique et une mise en scène d'excellente qualité. Sanders, de ce côté au moins, fait le job. C'est là aussi une des marottes des remakes à l'américaine, cacher sa misère scénaristique sous des atours séduisants. Une chose qui marche certainement avec un public peu exigeant mais justement...à qui s'adresse ce remake ? Certainement à cette frange de la population avec des préjugés lamentables quant à la qualité des anime japonais...Et encore ! Le film misant justement sur cette parenté (il y a même nombre de clins d’œils pour les fans...qui...évidemment n'en auront un peu rien à faire), on doute qu'il draine ce public-là. D'un autre côté, on trouve les fans de SF et les connaisseurs de l'anime d'origine...Ceux-là ne douteront pourtant pas un instant de l'inutilité totale d'un remake d'une oeuvre déjà...grandiose, tout simplement. Le pire restant que Ghost In The Shell le remake n'a rien de véritablement honteux, pris à part, il s'agit d'un film honnête et bien mis en scène...qui a juste un retard considérable sur son époque. 

    Quel intérêt trouver à ce Ghost In The Shell ?

    Le même que celui de tous les remakes américains du même genre...vous faire connaître l’œuvre d'origine qui vaut mille fois cette copie pâle et oubliable de Rupert Sanders. La sortie du métrage en France a permis de rééditer l'anime de Mamoru Oshii dans une belle édition blu-ray et l'on ne saurait que trop vous conseiller d'investir la somme de la place de cinéma dans ce même blu-ray. Vous aurez cette fois un film d'une maîtrise absolue, passionnant et d'une extrême intelligence. 
    Vous savez ce qu'il vous reste à faire...
     

    Note : 4/10

    Meilleure scène :  La rencontre avec Kuze

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  • [Critique] Patients

     Pour adapter son roman autobiographique, le chanteur Grand Corps Malade décide d'appliquer l'adage qui dit que l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Tout de même épaulé par son ami Mehdi Idir - réalisateur des clips du chanteur -, le français Fabien Marsaud met en scène Patients, long-métrage à propos de sa rééducation suite à un accident dans une piscine qui lui a presque fait perdre totalement l'usage de ses jambes et qui l'a mené à mettre fin à sa pratique du basket. Pour se faire, il recrute un casting de jeunes acteurs et donne son propre rôle à Pablo Pauly qui va de ce fait porter tout le film (ou presque) sur ses épaules. Reste maintenant à savoir si Grand Corps Malade réussi son pari de passer derrière la caméra.

    On ne reviendra pas sur l'histoire puisqu'il s'agit en réalité de celle du chanteur avec des noms différents. Rappelons juste que l'on suit la difficile rééducation de Benjamin, un jeune qui doit tout réapprendre suite à un accident dans une piscine. Le but de Patients n'est cependant pas tant de dresser le portrait d'un homme que celui plus ambitieux, et certainement plus original, de décrire le milieu des soins de suites et réadaptation. Par le regard de Benjamin puis de ses amis, le spectateur découvre un univers médical un peu différent de la norme habituelle et certainement bien plus réel que les conceptions aseptisées que l'on peut trouver ailleurs. Grand Corps Malade évite deux des principaux pièges de ce genre d'entreprise : il conserve une certaine forme d'humour sans cependant effacer toute trace dramatique...et il reste sobre sans chercher à tirer à tout prix des larmes au spectateur.

    Alors que l'on ne s'y attendait pas du tout, Patients s'avère un film humble qui sait parler du handicap sans verser dans les excès de misérabilisme ou au contraire de bienveillance que l'on aurait pu craindre. Il ne rechigne pas à parler de la vérité du handicap avec les lavages évacuateurs, l'impossibilité de se nettoyer seul ou de manger seul, mais il le fait avec une sincérité omniprésente. Quand le long-métrage montre l'absurde du comportement de Jean-Marie, c'est pour mieux faire comprendre par la suite qu'il n'est pas vraiment méchant...il est juste comme ça. Du coup, on en rigole bien plus facilement. De même, les relations qui se nouent entre Benjamin et ses potes, tous issus de la banlieue, se révèlent nuancées et équilibrées évitant la plupart du temps de tomber dans la caricature maladroite. De ce fait, le long-métrage apparaît comme éminemment sincère, davantage encore qu'un Intouchables. 

    Sur le plan des défauts, il faut pointer la longueur certainement un peu excessive de Patients au regard de son sujet. En voulant uniquement traiter l'environnement de la rééducation, Marsaud a une excellente idée mais il ne peut éviter une certaine lassitude du spectateur. Certes, on peut aussi arguer que c'est aussi le but, faire ressentir la lenteur du processus de réhabilitation...Pourtant, on finit un tant soit peu par tourner en rond. Heureusement, le ton d'une grande justesse adopté par le métrage sauve le film du ratage, lui donnant au contraire un capital sympathie énorme. Il faut dire que Pablo Pauly assure dans le rôle de Benjamin et que le refus de faire de son récit un tire-larme facile aide à s'identifier au personnage.

    Enfin, il faut reconnaître le mérite de Grand Corps Malade qui propose une mise en scène sobre et efficace, ne tombant pas dans l'excès ou le tape à l’œil. Certains choix de musiques sont discutables (même si celles-ci s'incluent parfaitement dans le monde social décrit...) ainsi que certaines scènes finalement très clipesques, mais il faut saluer le recours au silence plutôt qu'à une musique pesante dans les scènes émouvantes. En ce sens, on peut vraiment dire que le jeune réalisateur réussi à raconter quelque chose de touchant sans tomber dans l'excès bien connu du cinéma français populaire habituel. Au fond, mis à part un sous-texte social un peu maladroit (le film n'a ni la place ni l'intelligence nécessaire pour s'intéresser véritablement au sujet), Patients parle avec brio du courage, de l'abnégation, de la persévérance et du regard de l'autre quand on est handicapé. Rien que pour cela, le métrage mérite que l'on s'y attarde.

     Petite surprise de ce début d'année 2017, Patients permet à Grand Corps Malade de parler avec sincérité de son histoire tout en évitant un pathos que l'on pensait inévitable. Drôle et touchant, le long-métrage n'a pas à rougir de la concurrence, au contraire. 
     

    Note : 7/10

    Meilleure scène :  Le premier jour en rééducation et l'arrivée de Jean-Marie.

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  • [Critique] The Lost City of Z

     Immense cinéaste injustement méprisé aux USA, James Gray a pourtant une filmographie qui force le respect. Son dernier métrage en date, The Immigrant, datait déjà de 2013 et à l'annonce de son projet d'adapter le roman de David Grann autour de l'explorateur britannique Percy Fawcett, on était plus qu'impatient de retrouver son talent sur grand écran. Présenté à la Berlinale et au festival de New York, The Lost City of Z s'est rapidement attiré une réputation flatteuse de film à la mise en scène d'une qualité rare. Il était temps de plonger dans l'Amazonie et de suivre les traces d'un des explorateurs les plus célèbres de l'histoire du XXème siècle. 

    James Gray construit pendant deux heures trente un biopic passionnant autour de la figure centrale de Percy Fawcett. Interprété par l'acteur américain Charlie Hunnam, acteur anglais davantage connu pour son rôle dans l'excellente série Sons of Anarchy que pour sa carrière cinématographique assez pauvre pour le moment - Pacific Rim ou encore Crimson Peak -, Percy Fawcett se voit convaincu de l'existence d'une cité cachée au cœur de l'Amazonie qu'il nomme lui-même Z et qui serait sensée combler les derniers blancs quand aux interrogations sur les origines de l'espèce humaine. Malgré la réticence et le franc scepticisme de nombre de ses estimés collègues anglais, il entreprend plusieurs expéditions dans ce but et passionne tant son fils, Jack, que celui-ci finit par se lancer dans l'aventure avec lui. Cette histoire d'une véritable obsession humaine mêlée au besoin impérieux d'explorer, de découvrir, James Gray l'exploite avec un brio évident en faisant de son Lost City of Z une fresque historique et intimiste fascinante de bout en bout.

    Fascinante tout d'abord par son aspect formel. On le savait déjà depuis Little Odessa mais James Gray est un metteur en scène d'exception. Capable ici de capturer la société britannique du début du XIXème siècle comme la moiteur de la forêt Amazonienne en passant par l'horreur des tranchées de la Grande Guerre. Ce soin constant du détail et cet esthétisme quasi-obsessif (les plans dans les tribus amazoniennes sont incroyables) font de The Lost City of Z un objet formel captivant. Sans atteindre l'absolue maîtrise d'un certain Werner Herzog ou d'un Stanley Kubrick, on pense tour à tour à Aiguirre, Fitzcarraldo ou encore Les Sentiers de la Gloire, Gray fait tout de même parti de ces cinéastes très rares capables d'installer une ambiance par quelques plans savamment pensés et étudiés. Du coup, le long-métrage est un régal pour les yeux du spectateur, totalement dépaysé de la première à la dernière minute.

    Ensuite, il faut rendre hommage au talent de directeur d'acteur de Gray. On se souvient des performances de Phoenix et Wahlberg dans La Nuit nous appartient, et le cinéaste américain fait preuve d'un génie encore plus grand en dirigeant deux acteurs bien moins expérimentés, à savoir Charlie Hunnam (qui trouve son premier vrai rôle au cinéma) et un Robert Pattinson méconnaissable (qui a définitivement tourné la page des désastreuses années Twilight). Hunnam porte quasiment tout le film sur ses épaules et ne déçoit jamais, incarnant l’obsessif et avant-gardiste Percy Fawcett avec un talent peu commun. C'est ce personnage d'ailleurs qui représente le cœur de la thématique de l'obsession explorée par James Gray avec The Lost City of Z. Comme possédé par l'Amazonie, l'explorateur ne peut plus s'en détacher et ne vit que pour y retourner. Avec lenteur et malice, le réalisateur américain transforme l'Amazonie en un lieu quasiment magique, à la fois terrifiant et rassurant. 

    Plus qu'un simple film d'aventures, The Lost City of Z s'intéresse à l'opiniâtreté d'un homme, à ce qui fera de lui une légende. Cela même au détriment de sa famille et de sa femme - interprétée par une Sienna Miller tout à fait remarquable - mais aussi de sa crédibilité professionnelle. Véritable ode à l'exploration et à la curiosité, le métrage se veut également un plaidoyer pour la tolérance des autres cultures, non pas barbares ou sauvages, mais simplement différentes. En ce sens, chacune des séquences mettant en scène des tribus amazoniennes se révèle une lutte contre les préjugés (jusqu'à expliquer le cannibalisme !). Chose plus importante encore, James Gray porte un regard sévère sur la civilisation occidentale qui se targue d'être la plus avancée et la plus honorable mais qui massacre, réduit à l'esclavage et pille tout sur son chemin. Le plus beau pied de nez fait à l'encontre des Européens restant certainement le passage dans les tranchées, plus terrible et sauvage que toutes les expéditions de Fawcett réunies. La dernière partie du métrage, plus mélancolique, s'achève sur une fin ouverte propice à toutes les suppositions...rejoignant ainsi la réalité historique.

    Grandiose biopic et sublime film d'exploration, The Lost City of Z ne se contente pas d'aventures triviales, il offre un dépaysement total à l'aide d'une mise en scène impeccable et d'un propos d'une intelligence acérée. James Gray ne déçoit donc pas, bien au contraire, et livre certainement l'un des meilleurs films de cette jeune année 2017.

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène :  Le théâtre dans la forêt - Les passages sur l'Amazone - La dernière expédition

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  • [Critique] Logan
     

     Après le succès en demi-teinte du second opus des aventures solo de Wolverine, Le Combat de l'Immortel, James Mangold rempile pour un épilogue sombre et mélancolique. Ou du moins annoncé comme tel par la campagne promotionnelle organisée par la 20th Century Fox. Pourtant, on ne peut pas dire que Logan ait eu réellement l'occasion de briller dans les deux précédents volets...toujours à la recherche d'un méchant à la hauteur et, surtout, d'une mise en scène avec du caractère. Vaguement inspiré par le fameux comic book Old Man Logan de Mark Millar (impossible d'adapter à cause des problèmes de droits au cinéma des univers Marvel...), Logan a également la lourde tâche de mettre fin à une époque puisque deux des acteurs les plus célèbres de la franchise, à savoir Hugh Jackman et Patrick Stewart, tirent leur révérence. Malgré le sentiment mitigé laissé par le précédent opus du même Mangold, Logan peut-il donner une fin digne de ce nom au mutant le plus célèbre de la saga X-Men ? 

    Dans un futur incertain, Logan n'est plus le Wolverine d'antan. Vieillissant, le super-héros est las de son existence remplie de désillusions. Caché à la frontière mexicaine avec un autre rescapé des X-Men, Charles Xavier, il tente tant bien que mal de garder celui-ci à l'abri des autorités. Contacté par une mystérieuse inconnue, Logan doit protéger une jeune fille, Laura, qui semble être pourchassée par un groupe de mercenaires dirigé par l'impitoyable Donald Pierce pour le compte d'un certain Dr Zander Rice. Désormais en fuite, Charles Xavier, Logan et Laura devront passer la frontière canadienne pour échapper au funeste destin qui attend les mutants dans une Amérique qui ne veut désormais plus d'eux. Mais Wolverine est-il encore en état de protéger les siens ?

    Logan tranche sur plusieurs plans avec ses prédécesseurs. D'abord en ce qui concerne l'ambiance. Même si l'on retrouve le ton torturé inhérent à l'histoire de Wolverine (cela fait près de huit films qu'on nous le répète), le long-métrage s'intéresse à un futur très noir pour la race des mutants puisque ceux-ci ont quasiment été exterminés par les hommes. Dans une atmosphère à mi-chemin entre le post-apocalyptique et le western, Logan raconte la fin, et cela dans tous les sens du terme. La fin des mutants avec des héros qui aujourd'hui ne sont plus que des ombres fatigués, Wolverine en tête naturellement, la fin d'un monde avec un aspect crasseux omniprésent et la fin de l'innocence avec l'histoire de Laura, enfant torturée et brisée devenue adulte trop rapidement. De ce fait, le film s'avère rapidement plus sec, plus âpre. Hugh Jackman, toujours aussi excellent dans son rôle fétiche, traîne sa gueule burinée dans une Amérique ultra-violente où tout espoir de renaissance a disparu.

    Violent, Logan l'est assurément. Le sang gicle, les têtes volent, les membres tombent...Le dernier film de la trilogie ne fait pas dans la dentelle et le résultat en est d'autant plus réjouissant, en parfaite osmose avec la brutalité animale de son héros mais aussi de son époque. Les combats, nerveux et sanglants, rythment l'histoire avec cette touche de violence qui semble attendue depuis longtemps dans la saga. Mais malgré tout, la franchise ne peut se dépêtrer d'une certaine redites dans la peinture de Wolverine, certes excellemment mis en valeur cette fois, mais qui ne fait qu'enfoncer le clou par rapport aux volets précédents. De même, Logan n'a toujours aucun méchant digne de ce nom. Pierce, malgré tout le charisme de Boyd Holbrook à l'écran, n'a pas de pouvoir capable d'inquiéter Wolverine...et le seul vrai antagoniste du film apparaît bien peu original (même si l'intention sous-jacente, confronter Logan à son passé de façon très directe, n'est pas sans avoir une certaine pertinence.)

    Outre les problèmes récurrents de la série, Logan souffre aussi de sa campagne promotionnelle et de sa volonté clairement annoncée dès le départ de conclure la série. Personne n'ignore en entrant dans la salle que le film fait figure d'épilogue et le dénouement final ne fait aucun doute, le suspense s'en trouve donc fortement amoindri pour ne pas dire complètement annihiler. Prévisible donc mais réjouissant tout de même. Il faut l'avouer malgré tout, Logan évite les pièges récurrents qui se sont installés dans l'univers Marvel au cinéma. Son ton désespéré et désespérant ainsi que sa structure de road-movie en font une oeuvre un peu à part tout en donnant la sensation d'assister à un spectacle un tantinet plus adulte sans pour autant tomber dans un sérieux pesant. De même, malgré toutes les critiques quand à l'impression de déjà-vu autour de la vie torturée de Wolverine, force est d'admettre que le personne possède une histoire toujours aussi captivante à l'écran, d'autant plus avec cette mélancolie lancinante qui ne cesse de peser sur le spectateur au fur et à mesure que l'aventure avance. Les deux autres personnages principaux ne déméritant pas, à savoir X-23 aka Laura et Charles Xavier, l'une faisant une entrée fracassante dans l'univers X-Men (sa jeune actrice, Dafne Keene, est une petite révélation), l'autre trouvant une fin touchante à la hauteur du personnage. Reste alors à pointer du doigt le parallèle savoureux (fortuit ?) entre la politique actuelle des Etats-Unis et la chasse aux enfants mutants (et étrangers !) du long-métrage...qui finissent par rejoindre le Canada en partant du Mexique. En un sens, on espère que Logan ne sera par trop clairvoyant sur l'avenir. 

     Meilleur volet d'une trilogie très inégale, Logan offre une conclusion digne de ce nom à un héros passionnant. Le dernier film de James Mangold, aussi sauvage que mélancolique, met un terme à une époque, sans scène post-générique, sans happy-end et surtout sans retour en arrière cette fois. Une belle conclusion en somme. 

       

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  Charles Xavier et Logan dans le château d'eau en ruines

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  • [Critique] Split

     Qu'est-il arrivé à Night Shyamalan
    Cette question était sur toutes les lèvres depuis quelques temps déjà et son dernier long-métrage en date, The Visit, immonde purge à peine digne d'être diffusée au cinéma, n'avait fait que renforcer ce sentiment. Pourtant, cette année le cinéaste se penche sur un sujet extrêmement intéressant, le trouble dissociatif de la personnalité (autrement dit les personnalités multiples) en s'inspirant librement d'une histoire vraie, celle de Billy Milligan, un américain qui abrite en lui 23 personnalités et qui avait fait l'objet de deux ouvrages brillants et passionnants (qu'e l'on vous recommande chaudement au passage) par l'auteur Daniel Keyes (le même qui avait déjà écrit le chef d'oeuvre Des Fleurs pour Algernon) intitulés respectivement Les Mille et une vies de Billy Milligan et Les Mille et Une guerres de Billy Milligan. Partant de ce postulat fascinant, Shyamalan s'appuie sur un acteur brillant, James McAvoy, pour construire un thriller horrifique en quasi huit-clos. Après tant d'échecs artistiques, Split incarne-t-il le retour tant espéré du réalisateur de Sixième Sens et Incassable ?

    Qu'est-ce qui cloche avec Night Shyamalan ces derniers temps ? C'est avant tout que le cinéaste n'arrive plus à retrouver le souffle qu'il avait dans ses tous premiers long-métrages. Heureusement, Split dispose d'un postulat de base solide et, surtout, d'une extrême profondeur. Pour le développer, Shyamalan choisit le prisme du thriller claustrophobique en suivant le destin de Casey, une jeune fille pas comme les autres qui se fait enlever par un mystérieux individu avec ses deux amies, Marcia et Claire. Rapidement, les trois captives s'aperçoivent que leur kidnappeur n'a rien du psychopathe ordinaire. On pense immédiatement au récent The Room mais la comparaison s'arrête rapidement. En effet, l’intérêt du film ne vient pas du calvaire psychologique enduré par Claire (nous y reviendrons) mais bien de son geôlier tout à fait fascinant. Atteint d'un trouble dissociatif de la personnalité, Kevin abrite en lui pas moins de vingt-trois individus tels qu'Hedwig, un enfant de neuf ans, Patricia une femme manipulatrice et sévère ou encore Dennis, victime de TOCs et convaincu que la Bête approche. C'est ici que commence le tour de force de Split.

    Pour incarner ce(s) personnage(s), Shyamalan a débauché James McAvoy qu'on a largement pu apprécié auparavant dans la saga X-Men ou le Dernier roi d'Ecosse. Cet acteur britannique a la lourde responsabilité de porter le long-métrage sur ses épaules en incarnant par ses mimiques, sa gestuelle et sa voix plusieurs personnalités. Sa réussite à l'écran n'en est que plus impressionnante. McAvoy s'avère extraordinaire, livrant une prestation incroyable digne d'un authentique caméléon. La finesse de son jeu n'est rien de moins que remarquable. Il livre la meilleure performance d'acteur depuis longtemps sur grand écran. En face, il faut préciser que la jeune Anya Taylor-Joy (la révélation de The VVitch) ne démérite pas non plus. Elle bénéficie également d'un personnage à la hauteur avec lequel Shyamalan joue d'astuces, ménageant des zones d'ombres qu'il débroussaille petit à petit par des flash-back savamment arrangés.L'intrication des deux fils narratifs ne serait pourtant rien si Shyamalan ne distillait pas un sentiment latent d'horreur avec une mythologie autour de la Bête qui fait douter le spectateur jusqu'au bout.

    Outre le passionnant thriller psychologique, Split vire rapidement au film ambiguë dès que Shyamalan s'éloigne du postulat de base pour en explorer ses franges. Dans un certain sens, le cinéaste envisage la religion - ici le dogme apocalyptique de la Bête - sous l'angle d'une nouvelle "maladie", d'un mal qui ronge lentement et s'insinue jusqu'à finir par devenir réalité. Ce message subversif trouve son aboutissement dans le crescendo final où Split bascule définitivement dans l'horreur, passant du film claustrophobe à un quasi-survival pendant une vingtaine de minutes. Ce virage, superbement négocié, et bien aidé par une bande sonore aux petits oignons, prend le spectateur sans crier gare et renforce la surprise éprouvée en face d'une violence cannibale entrevue par les yeux de Casey. McAvoy restant toujours...stupéfiant ! Il faut également préciser que la mise en application des idées du roman de base sur Billy Milligan, le système du projecteur, les Indésirables qui constituent la Horde etc...permet au film d'asseoir encore davantage sa crédibilité. Se faisant, son revirement surprend d'autant plus. Avec sa mise en scène soignée et calculatrice, le long-métrage réserve pourtant une toute dernière surprise


    [SPOILER]

    En effet, après une première conclusion entre sauvagerie et secrets inavouables, Split réserve un dernier chavirement. Night Shyamalan se permet une folie dans son épilogue en faisant apparaître...David Dunn ! Le héros d'Incassable dont l'arrivée à l'écran est annoncée par les quelques notes de musiques que reconnaîtront les fans de ce chef d'oeuvre du film de super-héros. Plus qu'un clin d’œil, ce caméo retourne complètement le genre auquel appartient Split et le métamorphose en film de super-vilain, introduisant par la même un univers partagé super-héroïque à la sauce Shyamalan. La profondeur ainsi acquise par le personnage de Kévin n'a donc aucune équivalence dans les autres films du même type puisque tout le métrage lui est consacré...préparant le terrain pour un futur affrontement que l'on devine mémorable dans le prochain Incassable 2 ! Près de 17 ans plus tard, Shyamalan met une baffe aux fans de la première heure tout en donnant un film aux personnalités multiples...comme son héros. Chapeau bas !

    [SPOILER]

    Finalement, il est quasiment impossible de véritablement expliquer à quel point Night Shyamalan fait fort avec Split sans spoiler. Il livre non seulement une histoire rythmée, brillamment mise en scène et pensée, mais joue également la carte du genre à géométrie variable. Emporté par la prestation extraordinaire de James McAvoy, Split n'est rien de moins qu'une résurrection. A voir absolument sur grand écran comme il se doit !

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La scène finale 

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  • [Critique] Loving

     Après un dernier long-métrage plutôt décevant, Midnight Special, l'américain Jeff Nichols s'éloigne du cinéma de genre pour s'intéresser à un fait historique autour de la ségrégation raciale aux Etats-unis. De nouveau sur les marches de Cannes en 2016, le cinéaste y présente Loving, histoire d'amour et combat pour l'égalité dans une Amérique des années 60 où certains états tels que la Virginie rejette l'existence d'unions mixtes entre blancs et personnes de couleurs. Malgré un accueil tiède sur la Croisette, le long-métrage a permis à l'actrice Ruth Negga (récemment aperçue dans Preacher) de décrocher une nomination à l'oscar de la meilleure actrice. Il était donc temps de découvrir si Nichols pouvait renouer avec la réussite...

    Bâti comme un biopic mais cette fois consacré au combat juridique - et moral - d'un couple dit "mixte" dans l'Amérique des années soixante, Loving s'intéresse plus précisément à Mildred et Richard Loving qui décidèrent de se marier malgré l'interdiction faîtes à ce genre d'union dans leur état de résidence, la Virginie. Immédiatement arrêtés et mis en accusation, les Loving devront mener un combat éprouvant pour gagner le droit de revenir sur la terre qui les a vu naître. Symbole des lois raciales qui avaient alors encore cours dans certains états, l'affaire Loving contre la Virginie fut l'étape décisive qui décida du droit au couple mixte à exister partout aux Etats-Unis suite au jugement du 12 juin 1967 rendu par la Cour Suprême américaine. Devant ce fait historique archi-connu, Jeff Nichols tente donc de rendre honneur au couple Loving et à son combat.

    Incarnée par Ruth Negga, que l'on sent d'ailleurs très investie dans son rôle et qui fait ici oublier sa prestation douteuse de Preacher, et Joel Edgerton, beaucoup trop monolithique dans son jeu d'acteur quant à lui, le couple Loving a toutes les cartes en mains pour nous émouvoir. Il s'agit tout de même d'une histoire d'amour interdite et tragique dont l'intensité va finir par triompher d'une des lois les plus injustes des Etats-Unis de l'époque. En ajoutant à cela que Jeff Nichols sait d'ordinaire très bien gérer l'intimité de ses personnages et les bouleversements qu'ils affrontent - il suffit de revoir l'excellent Mud ou le chef d'oeuvre Take Shelter pour s'en convaincre -, Loving ne pouvait être qu'un grand film.
    Sauf qu'il ne l'est pas. Loving fait parti de cette malheureusement catégorie de films qui manquent leur objectif. Pour tout dire, Loving s'avère un film raté.

    Parce que là où l'on devrait se retrouver devant une histoire d'amour qui nous prend aux tripes et/ou un combat juridique qui se fait de plus en plus poignant, Nichols choisit la sobriété envers et contre tout. Ce qui dessert totalement son sujet et ses personnages. Jamais le spectateur ne sentira l'intense amour des Loving devant une mise en scène d'une extrême discrétion et des acteurs dont le jeu s'efface totalement. Quand en face American Honey bouillonne d'émotions et brûle d'amour, Loving se révèle un objet filmique élégant mais totalement froid au cheminement balisé et un poil longuet. On assiste à une histoire certes importante au sujet passionnant mais traitée avec une telle distance qu'on ne se sent jamais impliqué. Il faudra attendre les quelques minutes d'écran d'un Michael Shannon toujours aussi génial pour réchauffer un tantinet cet amour devenu de glace. 

    L'échec de Loving est d'autant plus dommage qu'il ne peut pas légitimement être qualifié de mauvais film. Jeff Nichols reste un excellent metteur en scène avec l'élégance qu'on lui connaît, Ruth Negga et Joel Edgerton tente de faire passer ce qu'ils peuvent dans les limites du cadre imposé par le cinéaste...et le sujet surtout reste quelque chose de fort, d'important. C'est juste qu'on ne sentira jamais germer la colère légitime qu'une telle histoire devrait soulever, ni même l'empathie qu'elle devrait susciter. Ajoutons à cela que le film prend un temps fou à aller à son but principal (l'affaire devant la Cour Suprême) et l'on ne peut que constater l'échec de Nichols, cette fois-ci bien plus évident que pour son tiède Midnight Special qui laissait déjà entrevoir nombre des tares de Loving...

    Nouvelle déception, et non des moindres, dans l'oeuvre du jeune réalisateur, Loving prouve que le ton d'un film a une importance cruciale pour son bon fonctionnement. Froid, presque clinique, le long-métrage de Jeff Nichols laisse le spectateur sur le bord du chemin admirant avec respect la tentative mais ne pouvant que constater l’évidence : Loving passe totalement à côté de son sujet.
     

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène :  Michael Shannon qui photographie les Loving

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  • [Critique] American Honey

    Prix du Jury Cannes 2016
    British Independant Film Awards 2016 : 
    - Meilleur Film
    - Meilleur Réalisateur
    - Meilleur actrice pour Sasha Lane

     Star a 17 ans. Dans son coin perdu d'Amérique, elle rêve d'une autre vie. Jusqu'au jour où elle rencontre Jake sur le parking d'un supermarché. Sûr de lui, charismatique et rebelle, le jeune homme lui propose de rejoindre sa bande d'adolescents pour aller vendre des abonnements dans tout le Midwest. N'ayant aucune raison de rester, Star tente l'aventure et s'embarque avec une foule d'ados tous plus surprenants les uns que les autres. Elle se rend vite compte que Jake ne tient pas les rênes de cette joyeuse troupe et que c'est en réalité la vénéneuse Krystal qui a le pouvoir. Éprise de Jake dès le premier regard échangé, Star va découvrir ses premiers éclats amoureux autant que ses premières déceptions. 

    American Honey marque le retour de la cinéaste britannique Andrea Arnold après 5 ans d'absence. Son dernier film en date, Les Hauts de Hurlevents, était une adaptation âpre et noire du roman éponyme d'Emily Brontë, injustement passée inaperçu. Radicalement différent, American Honey permet également le retour d'Arnold sur la Croisette avec à la clé un troisième Prix du Jury après ceux de Red Road et Fish Tank. C'est l'occasion pour la britannique de diriger une troupe de jeunes acteurs dont un revenant, Shia LaBeouf, et une exquise Sasha Lane qui décroche ici son premier rôle. Film teenager radical autant dans son approche que dans sa mise en scène, American Honey s'intéresse au road-movie avec l'esthétisme du documentaire et la finesse d'écriture d'Arnold, également scénariste.

    Road-movie passionné et rebelle, American Honey est un film de sales gosses. L'exact opposé en terme d'univers des Hauts de Hurlevent. Portrait féroce d'une certaine jeunesse américaine à travers le personnage tout en nuances et extrêmement touchant de Star - qui ne tombe jamais dans le mélo ou dans la vulgarité -, le film brasse un nombre de thèmes impressionnants. Premier amour d'un côté avec cette rencontre immédiatement magnétique entre Jake et Star où Shia LeBeouf redevient enfin un acteur admirable, mais aussi premiers feux d'artifices émotionnels qui vont avec. Contrairement au récent Loving de Jeff Nichols (dont on reparlera bientôt), American Honey est un film de feu où les ébats amoureux et la fougue des sentiments éclaboussent l'écran. La caméra d'Arnold, toujours précise, capture la passion avec une chaleur contagieuse lors d'une baiser inattendu sur une pelouse, lors d'une scène de sexe en voiture ou à la campagne...et puis à côté de ce fantasme de vie hors du monde, Arnold confronte le spectateur à l'Amérique du réel.

    American Honey fait entrer en collision de rêve d'évasion de cette troupe de jeunes farfelues - et pourtant tellement attachante, tous cassés à leur façon mais d'une humanité incandescente - avec la froide horreur moderne. Des "parents" de Star aux conditions de travail imposées par Krystal en passant par l'escroquerie ou la violence. En face de cette aventure initiatique et poétique, on trouve la sauvagerie d'un monde moderne effrayant. A l'amour impulsif dans une voiture s'oppose un rapport tarifé en face d'un puits de pétrole. On ressent tout ce décalage dans la bande-originale (excellente) du long-métrage mélangeant allègrement morceau de rap, de country et de pop. Arriver à magnifier du Rihanna à ce point ou à opposer la candeur de la chanson American Honey à l'errance de ces jeunes sans foyer...On peut dire qu'Arnold se surpasse encore une fois ! Car au dehors de ce van qui sillonne les routes, la vie se fait cruelle, se fait impitoyable pour Star et ses compagnons de route.

    Mais toute la véritable beauté d'American Honey tient dans son humanité. Au-delà des choses parfois terribles que raconte Arnold, il y a ce intense tourbillon d'émotions qui prend à la gorge. Ces jeunes-là, avec leurs rites, leurs coutumes, se bâtissent une cellule familiale à eux, et c'est foutrement beau à voir. Capturé par la mise en scène méticuleuse de la cinéaste, avec une caméra à l'épaule et un format resserré style documentaire, le spectateur s'immisce dans une aventure folle et hors du temps...comme cette magnifique période de transition qu'est l'adolescence en somme. Star se découvre adulte, s'interroge, naïve et pétillante, puis rude et brisée. Elle fait des étincelles tout du long, nymphe attirante qui n'a d'yeux que pour son rebelle bourré de paradoxe autant que de tatouages. American Honey arrive à trouver une puissance lyrique et évanescente qui navigue dans un réel qu'on a du mal à goûter. 

     Road-Movie intense, film mal élevé et bouillonnant à la bande originale exquise, American Honey prouve qu'Andrea Arnold peut virer de registre avec une aisance incroyable. C'est aussi l'occasion de redécouvrir Shia LaBeaouf et de faire la connaissance de Sasha Lane qu'on espère promise à un grand avenir. Entre réel et rêve, fantasme et réalité, adolescence et âge adulte, Americain Honey est le film de toutes les collisions, à commencer par celui des émotions.

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  Le premier baiser sur la pelouse

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  • [Critique] Jackie 

    Meilleur scénario Mostra de Venise 2016

     Décidément, le réalisateur chilien Pablo Larrain est un homme extrêmement productif ces derniers temps. Après son excellent Neruda (critiqué ici), biopic sur le poète et homme politique éponyme, voici qu'il continue son exploration du genre en s'attaquant à un autre personnage emblématique, à savoir Jackie Kennedy, certainement l'une des premières dames les plus célèbres de l'histoire pour les faits tragiques que l'on sait. Pour assumer ce rôle difficile, Larrain porte son dévolu sur Natalie Portman dont l'interprétation a envoûté la critique au point de lui valoir une nomination aux Oscars dans la catégorie meilleure actrice. A l'instar de ce qu'il a fait sur Neruda, Larrain ne choisit pas une voie classique pour décortiquer le personnage de Jackie et se concentre sur une partie précise de sa vie, à savoir l'assassinat de Kennedy et ses conséquences à la fois personnelles et politiques.

    Pour se faire, il construit son métrage sous la forme d'un long flash-back autour de l'interview de Jackie Kennedy par le journaliste Theodore White. Même si la chose peut sembler assez artificielle - raconter directement les événements n'aurait pas changer véritablement le cheminement de la narration - elle permet d'appréhender Jackie Kennedy sous une autre facette à distance du choc reçu. Elle permet également d'explorer le rapport aux médias de la première Dame. Il faut cependant avouer que l'essentiel de l'histoire tient donc dans les événements suivants l'assassinat du président. Ainsi, Pablo Larrain adopte la meilleure des perspectives possibles sur un personnage vue et revue : celui de la dimension émotionnelle à travers le prisme d'une courte période de sa vie permettant de croquer efficacement la personnalité et les ambitions morales de Jackie.

    Pour tenir ce rôle, l'américaine Natalie Portman s'est métamorphosée, adoptant non seulement les manières mais aussi le timbre de voix de Jackie Kennedy. Pour beaucoup, voir même pour l'essentiel de l'histoire, c'est sur elle que repose la réussite du métrage avec une prestation émouvante, toujours juste et, surtout d'une grande sobriété au regard de la charge émotionnelle des événements narrés. En un mot comme en cent, Portman se révèle parfaite. Il ne faut cependant pas oublier en face d'elle deux excellents acteurs : John Hurt (dont c'est malheureusement ici le dernier rôle) et surtout Peter Sarsgaard, formidable Bobby Kennedy. En se basant sur ce casting brillant, Larrain a la liberté d'explorer le personnage de Jackie en ne tombant jamais dans le mélo facile. Il n'est jamais question dans le métrage de s'apitoyer sur le sort bouleversant de cette femme mais au contraire de montrer son courage et sa ténacité face au deuil.

    L'ambition du cinéaste s'articule autour de deux axes. Celui du deuil, de comment affronter un véritable cataclysme, d'autant plus lorsque l'on est une figure publique et donc soumise à des pressions bien plus importantes.
    Et celui de l'aspect politique de la chose.
    Outre l'évident choc émotionnel, Larrain choisit de décrire le raisonnement politique de Jackie Kennedy, obsédée par l'idée que son mari ne soit pas mort en vain, qu'il doit survivre dans la mémoire collective. Ce travail autour du souvenir et de la transmission aux générations futures de valeurs importantes, le long-métrage l'explore patiemment au travers de l'acharnement de Jackie qui, malgré son chagrin, tient envers et contre tout à signifier que la politique n'est pas une simple affaire d'élections mais bien de valeurs. C'est certainement dans cet aspect que le film déborde le plus de son cadre initial avec une certaine nostalgie d'une époque où la politique pouvait avoir un sens véritable, et non un jeu de tristes sires comme elle l'est devenue à l'heure actuelle.

    Jackie sait tirer profit de son héroïne pour nous parler de dignité, de grandeur et, finalement d'image. Comment se battit une image historique ? Comment entre-t-on dans l'Histoire et surtout quel sens donner aux événements qui semblent les plus dénués de sens ? C'est tout cela que Jackie permet d'appréhender en sélectionnant une minuscule tranche de vie de l'ancienne première Dame. Larrain n'arrive certes pas à transcender le média comme il avait pu le faire avec la correspondance fiction littéraire/cinéma dans Neruda, mais il évite le piège Hollywoodien et le biopic lisse. Jackie, au contraire, s'intéresse à des thématiques importantes en les traitant de façon brillante. Il ne se contente pas de nous raconter le chagrin d'une femme et, de ce fait, ne réduit pas son héroïne à une figure brisée. Il la magnifie, s'en sert pour dépasser son postulat de départ et évite ainsi de devenir un biopic lambda. En somme, Pablo Larrain a tout compris sur ce qui fait la force de ce genre si particulier.

     En l'espace de deux mois, Pablo Larrain nous offre donc deux biopics passionnants. Bien que Jackie ne puisse prétendre se mesurer à l'intelligence scénaristique de Neruda, il n'en reste pas moins un brillant long-métrage porté par une Natalie Portman formidable de bout en bout. Jackie ne se contente pas d'être le portrait d'une grande dame, il porte également sur la vision d'une certaine idée de la politique à une époque où cela n'a jamais été plus nécessaire.
     

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  Jackie essuyant le sang sur son visage.

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  • [Critique] Silence

     On ne présente plus Martin Scorsese, réalisateur américain incontournable à la carrière jalonnée de grands films inoubliables. Trois ans après Le Loup de Wall Street, Scorsese revient à un genre plus sage, celui du récit historique. Avec Silence, projet de longue date du cinéaste, il adapte le roman éponyme de Shusaku Endo se déroulant dans le Japon du XVIIème siècle en proie aux persécutions de la minorité chrétienne. Emmené par Andrew Garfield - décidément très en vogue ces derniers temps puisqu'il était également à l'affiche du Hacksaw Ridge de Mel Gibson - et Liam Neeson, Silence se penche sur la question de la foi. Superbement ignoré à la prochaine cérémonie des oscars, le long-métrage n'a pourtant pas à rougir de la concurrence. Sur près de 2h40, Martin Scorsese nous transporte dans le temps pour revivre le chemin de croix du père Sebastião Rodrigues.

    Silence n'a cependant rien d'un film facile, à l'image des souffrances endurées par les chrétiens de cette sombre période. Immédiatement, Scorsese affirme sa maîtrise absolu sur le plan formel par une introduction dans les brumes de toute beauté. La voix-off, omniprésente de bout en bout, nous fait pénétrer dans l'esprit torturé des différents prêtres qui traversent le film. C'est avec le père Ferreira que l'on commence Silence mais c'est rapidement avec le père Rodrigues que l'on continue à explorer ce Japon effrayant. Bien décidé à éradiquer la religion chrétienne de leur île, les autorités japonaises, menées par l'impitoyable inquisiteur Inoue, vont torturer les croyants mais également les prêtes. Leur but est simple : l'apostasie. Réduire au néant le culte chrétien et restaurer la tradition. Au milieu de ce carnage abominable, Les pères Rodrigues et Garupe débarquent du Portugal pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, dont on dit qu'il a apostasié et qu'il vit désormais comme un authentique japonais. Confronté à l'immense souffrance des chrétiens de l'île, Rodrigues et Garupe vont durement éprouvés leur propre foi.

    ...Et le spectateur aussi. Silence n'est pas le Loup de Wall Street. Il n'est pas un film facile d'accès ou même divertissant. Silence est une épopée introspective dans la tête du père Rodrigues. Scorsese livre un métrage à la fois bavard - par l'intermédiaire des voix-off - et taiseux - par l'absence de dialogues entre les personnages à l'écran une bonne partie du temps. Il raconte le chemin de croix à la fois d'une figure christique et d'un avatar de Pierre (qui renia le Christ justement). Le père Rodrigues (et par extension le père Ferreira) synthétise en eux une bonne part de ces deux personnages bibliques et incarnent à eux seuls la souffrance des chrétiens de l'époque mais également le dilemme théologique qu'est celui de renier sa propre foi. Sur près de 2h40, Silence prend donc un temps fou (certainement trop long par ailleurs) pour raconter, en somme, la souffrance morale et physique. 

    Pour se faire, c'est Andrew Garfield qui va tenir le film sur ses épaules. Tout le long-métrage s'intéressant au calvaire enduré par le père Rodrigues, la prestation de Garfield devient dès lors essentiel. Peut-être un peu trop jeune encore pour ce rôle (qu'on aurait en fait bien plus imaginé pour son partenaire sous-exploité à l'écran, l'excellent Adam Driver), l'américain s'en tire plutôt bien parvenant même parfois à susciter de vrais instants d'émotions (on pense à la séquence de la plage ou aux Adieux à Mokichi).A l'instar de ce héros, le film de Scorsese fait souffrir le spectateur. Il est lent, répète sans cesse la torture et la souffrance, et ne semble jamais vouloir dévier de cet axe de réflexion. Pour cause d'ailleurs, puisque tout l'histoire elle-même parle de résilience, de courage et de lutte spirituelle.

    Il faut donc immédiatement avouer que si le sujet ne vous passionne guère de base, Silence sera certainement une épreuve pour vous. Cependant la mise en scène toujours aussi épatante de Scorsese ainsi que sa reconstitution minutieuse du Japon de l'époque forcent le respect. Silence nous embarque dans un autre temps, plus noir, plus désespéré mais aussi, et certainement, plus courageux à bien des égards. Authentique leçon de bravoure et d'abnégation, l'histoire de Silence interroge sur la capacité à croire envers et contre tout, sur la persécution des minorités religieuses dans le monde et sur l'universalité des croyances. Il le fait en exposant des choses horribles mais d'où peut jaillir des éclairs de beauté insoupçonnés, comme ces communautés qui n'ont rien mais qui vivent par leur foi ardente, ou ce père qui va tout sacrifier pour sauver les siens. Silence apporte un message fascinant sur la confrontation à Dieu, sur la recherche de sa voix et la solitude de l'homme. 

    Mais il échoue aussi d'une certaine façon, non seulement dans sa façon abrupte de présenter son sujet - peu nombreux seront les spectateurs à pénétrer l'histoire - mais aussi avec sa profusion de voix-off. Cette dernière reste assez surprenante chez Martin Scorsese qui devrait pourtant être capable de faire passer les émotions de ses personnages ainsi que leurs sentiments sans cette lourdeur didactique parfois lassante. Silence aurait également mérité de franches coupes, ne serait-ce que pour éviter la répétition dont il est victime. Certes le film est à l'image du chemin de croix de son héros mais on l'aurait bien compris au bout de deux heures derrière l'écran. C'est d'autant plus dommage que le long-métrage présente une véritable ambition narrative qui fait du bien, bien davantage en tout cas que le mou et consensuel Sully de Clint Eastwood. 

    Film clivant mais fascinant, Silence permet d'aborder une autre facette de Martin Scorsese tout en réaffirmant le talent de mise en scène extraordinaire de l'américain. Certainement difficile pour le spectateur lambda, le long-métrage n'en reste pas moins une formidable plongée sur les croyances et la capacité à se battre pour sa foi et les siens. Un chemin de croix qui en vaut la peine. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  L'adieu à Mokichi sous la pluie

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  • [Critique] Moonlight

    Meilleur film dramatique Golden Globes 2017
    Meilleur film Oscars 2017
    Meilleur scénario adapté Oscars 2017
    Meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali Oscars 2017

     Réalisateur discret, l'américain Barry Jenkins n'avait jusque là réalisé qu'un unique long-métrage à petit budget : Medicine of Melancholy. Bien accueilli par la critique de l'époque, il aura tout de même fallu huit ans pour que le cinéaste revienne sur le devant de la scène avec un second long-métrage remarqué dans les festivals. D'ors et déjà été récompensé aux Golden GlobesMoonlight figure également dans la shortlist des films sélectionnés pour les Oscars 2017. Avec son sujet épineux - l'homosexualité masculine chez la population noire américaine - et son ambition aussi bien formelle que narrative, Moonlight fait clairement parti des favoris de cette saison. Mais peut-il vraiment s'imposer ?

    Pour parler d'un sujet quasiment tabou (ou du moins bien moins exploité au cinéma), Barry Jenkins se penche sur la vie de Chiron, enfant afro-américain vivant dans les quartiers défavorisés de Miami avec sa mère toxico. C'est sa rencontre avec Juan, dealer de drogue local, qui va changer l'existence de ce petit garçon jusque là fragile et peu sûr de lui. Moonlight se propose de suivre la vie de Chiron sur trois périodes : l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte. Ainsi, le cinéaste peut nous parler à la fois de l'évolution sociale mais également psychologique de Chiron qui se retrouve confronté à la découverte de son homosexualité. Comment l'assumer dans un milieu social et culturel où l'homosexualité est vue comme une marque de faiblesse ?

    Moonlight se divise donc en trois parties distinctes marquées chacune par l'évolution psychologique et sociale de Chiron. Barry Jenkins prend un soin tout particulier à approfondir sa personnalité et ce dès les premiers instants. L'immense force de Moonlight, c'est d'arriver à capter simultanément la détresse de celui-ci face à son homosexualité mais aussi face à son environnement. En effet, outre le questionnement vis-à-vis de comment trouver son identité sexuelle quand on est encore un gamin (et qu'on ne comprend pas encore bien ces choses là) et quand on est adolescent (où l'on est en plein bouleversement), c'est la confrontation de Chiron face à un milieu hostile, celui de la banlieue noire américaine basée sur la loi du plus fort avant tout. Barry Jenkins réussit à chaque fois à expliquer comment la crise d'identité que traverse Chiron se ressent dans son destin social et vice-versa. 

    Sans jamais tomber dans le mélo, Moonlight illustre avec force le destin tragique d'un gosse perdu entre sa mère toxico, sa banlieue asphyxiante et sa couleur de peau qui rend le tout encore plus complexe. Car c'est là l'une des particularités les plus évidentes de Moonlight, celle de se pencher entièrement sur le ressenti d'un homosexuel noir américain. La problématique change alors passablement et cela dès le départ. Lorsque Chiron rencontre Juan, les deux extrêmes entrent en collision : l'enfant timide et fragile d'un côté, et l'homme imposant et menaçant de l'autre. Cependant, les deux brisent vite les clichés en apprenant à se connaître, à se changer l'un l'autre. Ce changement de paradigme se retrouve aussi dans la seconde partie avec l'arrivée à l'adolescence. C'est cette partie qui brise le cœur du spectateur avec l'intensité du jeu d'Asthon Sanders mais également le premier frisson amoureux, superbement capturé par le cinéaste américain. La cruauté de sa conclusion ramène aux normes sociétales, voir même communautaires et l'impossibilité de concilier les deux.

    Si Moonlight parle d'homosexualité et de la pauvreté de la classe afro-américaine, il parle aussi et avant tout des voies que l'on choisit ou...que l'on subit. Confronté au désamour de sa mère, à l'intolérance des autres et à la cruauté de l'existence, Chiron va devenir tout autre que ce qu'il semble pourtant être au fond de lui. Comme un costume fait sur mesure pour affronter la réalité. A un certain point, Moonlight laisse un goût amer, celui d'une vie gâchée. Un sentiment encore renforcé par les retrouvailles entre Chiron et Kevin. Il faut également saluer la maestria de la mise en scène de Barry Jenkins qui, d'emblée, fait virevolter sa caméra. Tournoyant lors d'un plan-séquence étourdissant ou capturant une main sur le sable qui en dit plus long que bien des visages. Avec sa réalisation élégante et feutrée jouant volontiers avec la lumière, le réalisateur prouve également qu'il maîtrise formellement son sujet. 

    Barry Jenkins ose sur un sujet des plus délicats. Et la surprise, c'est qu'il réussit superbement son coup. On peut reprocher à Moonlight de perdre de sa force émotionnelle dans sa dernière partie certainement un peu délayée, mais ce serait oublier le talent déployé dans la mise en scène et dans les thématiques abordées. Superbement interprété et poignant par instants, Moonlight reste un digne prétendant à l'oscar du meilleur film. Réponse définitive dans quelques jours !

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La scène d'amour sur la plage

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  • [Critique] Neruda

     Petit à petit, le réalisateur chilien Pablo Larrain se taille une sacrée filmographie. Après l'excellent No en 2012 et El Club en 2015, voici qu'il revient sur la Croisette en 2016 avec Neruda, un biopic sur le célèbre poète et politique Chilien du XXème siècle. Dire que l'exercice du biopic reste une entreprise épineuse est un euphémisme. En effet, il existe basiquement deux types de façon d'appréhender la vie d'un personnage célèbre. La première consiste à se borner à raconter de façon linéaire (et parfois ennuyeuse) l'existence d'un homme ou d'une femme célèbre, le plus souvent de sa jeunesse à sa mort. La seconde, bien plus intéressante mais bien plus ardue également, consiste à tirer d'une partie précise de l'existence de ce personnage assez de substance pour le croquer dans toute sa complexité. C'est ce que faisait par exemple le Steve Jobs de Danny Boyle au cours de quatre moments choisis de la carrière du père d'Apple. Pablo Larrain s'engouffre avec audace dans cet angle d'attaque...mais ajoute encore une nouvelle perspective qui va rendre son Neruda simplement fascinant.

    Nous sommes dans l'après Seconde Guerre Mondiale alors que la Guerre Froide s'installe durablement. Pablo Neruda, poète, philosophe et homme politique aux idées communistes bien connues va devenir le centre de l'attention nationale après qu'il eût été déclaré traître à la patrie. Décidant de se cacher au Chili aidé par ses nombreux amis, Neruda doit trouver un moyen de quitter son pays pour éviter l'arrestation et la torture. Lancé à sa poursuite, Oscar Peluchonneau, éminent officier de police chilien, va devoir entrer dans la tête du poète, une entreprise qui va se révéler bien plus ardue qu'attendu. On suit donc en voix-off ces deux personnages principaux, Neruda et Peluchonneau, au cours d'un jeu de cache-cache national qui pourrait n'être qu'une énième chasse à l'homme de plus. Seulement, l'esprit de Pablo Larrain fourmille d'idées scénaristiques pour transcender totalement son sujet de départ.

    En effet, Neruda entre dans la tête de ces deux hommes, deux personnages que tout semble opposer de prime abord mais qui se rapprochent de plus en plus au fur et à mesure de l'avancée de l'histoire. Incarné par l'excellent Luis Gnecca, c'est évidemment Neruda qui occupe le devant de la scène. Poète aux relents de décadence romaine - illustrée par quelques scènes dignes des Bacchanales -, homme politique au charisme fou et à l'aplomb impressionnant, Neruda passionne dès son entrée en scène. Cependant, au lieu de le réduire à son parcours politique, Larrain l'approche par le prisme de la création, et notamment celui de la création littéraire. Cet homme à la poésie constante va se confier au spectateur par une voix-off qui va finir par se mêler, se fondre avec celle de Peluchonneau, supposément responsable de sa traque policière. La subtilité, très important à ce stade de l'histoire, c'est que non seulement la traque en question s'avère en partie fantasmée et ne colle pas historiquement parlant à la vérité, mais qu'en sus de cela, Peluchonneau a tout du personnage fictionnel pur. 

    Le policier, interprété par un grandiose Gael Garcia Bernal, n'est-il que la création du poète ? N'est-il qu'un avatar fantasmé par Neruda pour justifier sa fuite ? N'est-il qu'un décalque ? Ces questions, ainsi que les interrogations autour de Peluchonneau rendent le film éminemment intelligent et profond. Larrain tire de son biopic une histoire fabuleuse sur l'affrontement spirituel entre deux hommes qui pourraient n'être que deux facettes d'une même personnalité. Cette affrontement autant politique que psychologique tient en haleine tout du long le spectateur qui plonge à cœur perdu dans les pensées des deux hommes, dans leurs rêves, leurs craintes, leurs secrets. Bien davantage qu'un portrait sans concession de Neruda, tantôt détestable tantôt charismatique en diable, le long-métrage nous immisce dans un espace de création que l'on attendait pas. Au milieu de ces idées scénaristiques, il y a bien entendu le génie de la mise en scène d'un Pablo Larrain qui n'en finit pas d'épater la galerie jusqu'à cette fabuleuse séquence dans la neige, enfer blanc qui devient boîte de résonance mentale pour les deux héros du métrage. Le cinéaste chilien donne non seulement une épaisseur improbable à son sujet - un peu à la façon du biopic de Fincher sur Zuckerberg dans Social Network - mais il le fait avec une élégance rare digne des plus belles œuvres formelles.

    Neruda n'en reste pas moins également un film éminemment politique qui parle autant de lutte que de doutes. Au fond, la chasse à l'encontre de Neruda révèle l'intolérance vis-à-vis d'idées progressistes et humanistes qui semble d'autant plus d'actualité à l'heure actuelle. Certes Larrain n'est pas tendre non plus avec le milieu fréquenté par le poète, révolutionnaires de salon qui se complaisent davantage dans des soirées feutrées et bourgeoises que dans la lutte aux côtés du peuple. Non, Larrain n'est définitivement pas dupe sur le versant politique de la vie de Neruda. Reste pourtant que son film magnifie l’acharnement et la persévérance de l'homme politique, symbole flamboyant d'une opposition certainement très théâtrale mais essentielle dans le fond. Le réalisateur chilien arrive à faire une chose rare : faire se rejoindre la lutte politique et la puissance créatrice. Le résultat n'est rien de moins que bluffant.

    Nouvelle démonstration du talent de Pablo Larrain, Neruda s'affirme comme une grand film. Porté par deux acteurs épatants et une mise en scène qui impressionne de la première à la dernière seconde, le film va bien plus loin que son postulat de départ pour devenir une oeuvre sur le combat politique, la création artistique et la dualité de l'être humain. 
    Un très grand moment de cinéma.  
     

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène :  La confrontation dans la neige

     

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  • [Critique] La La Land
    Golden Globes 2017 :
    - Meilleur Film
    - Meilleur Réalisateur 
    - Meilleure actrice
    - Meilleur acteur
    - Meilleur musique de film
    - Meilleur chanson originale
    - Meilleur scénario 

    Oscars 2017 :
    - Meilleur réalisateur pour Damien Chazelle
    - Meilleur actrice pour Emma Stone
    - Meilleur bande-originale
    - Meilleure chanson originale pour City of Stars
    - Meilleur décors
    - Meilleure photographie

     En 2014, un jeune cinéaste du nom de Damien Chazelle sort un film inattendu : Whiplash. Emmené par un J.K Simmons hallucinant et un Miles Teller excellent, le film épate la galerie. Un grand vient de naître. Du moins, c’est ce que semble nous crier à corps et à cris Whiplash, ne serait-ce que par sa scène finale incroyable d’intensité musicale et cinématographique. 3 ans plus tard, Damien Chazelle remet le couvert avec La La Land. Deux acteurs, Emma Stone et Ryan Gosling, un genre en perdition, la comédie-romantique musicale, et l’histoire peut commencer. Croulant sous les distinctions et les applaudissements, La La Land s’engouffre dans la saison pré-oscars, décroche 7 golden globes sur 7 nominations (!!) et s’octroie 14 nominations pour la cérémonie reine. Le consensus critique et public impressionne…Et La La Land débarque chez nous.

    Mia est serveuse dans un café des studios de cinéma d’Hollywood. Elle rêve. Devenir une actrice, éclabousser l’écran de son talent. Les castings s’enchaînent et les déceptions avec. Mia va alors rencontrer une personne dans la foule qui va changer sa vie. Un homme qu’elle a déjà vu à plusieurs reprises. Ce soir-là, il joue au piano un morceau de jazz qui la touche au plus profond d’elle-même. Lui, Sébastian, a un rêve également : monter son propre club de jazz. Lui vivant, le jazz ne mourra jamais. Eux, ensemble, vont toucher les étoiles, frôler le soleil. A s’en brûler les ailes.

    La critique doit rendre honneur au film que l’on vient de voir. Elle obéit à des codes, comme ne jamais parler à la première personne du singulier. Il faut pourtant expliquer par l’émotion La La Land. Sans passion, rêves ou amour, rien ne marche…Alors…
    Tu rentres dans la salle, bondée. Tu attends le fondu au noir, de voir l’écran virer du blanc au noir aux couleurs. Et La La Land s’ouvre à toi.
    Avec une pancarte de vieux films, avec des manières de films hollywoodien d’antan. La La Land s’ouvre avec un plan-séquence en musique sur une autoroute, te met le sourire au bord du cœur, te rappelle les grandes comédies musicales d’avant, quand on savait faire rêver. Chazelle empoigne la caméra, virevolte, aérien, fluide, incroyablement à l’aise. Il t’a déjà au creux de sa main en une seule séquence d’ouverture.
    Le rêve, ne fait que commencer.

    Tu vois alors cette romance entre deux acteurs dont l’alchimie éclate en quelques secondes de présence à l’écran. Emma Stone, sublime, rayonnante, à la voix feutrée angélique. Ryan Gosling, plus beau et séduisant que jamais, d'une élégance rare. Ces deux-là s’aiment instantanément et…toi aussi, tu les aimes instantanément. Parce que ça marche tout de suite. Parce qu’ils rêvent tous les deux, de choses meilleures, de rêves plus fous, de choses plus grandes que leur vie un peu pathétique. Dans cet Hollywood qui les a tant fait rêver, auquel Chazelle rend hommage avec une telle application tout du long. Singing in the Rain, Grease, West Side Story, il faut ressusciter le rêve. Filmer les couleurs chatoyantes, faire des folies. A l’aune de l’histoire d’amour de Mia et Sébastien, tout devient plus beau. La passion t’engloutit, les plan-séquences et les audaces de mise en scène, hommage ou pas, émerveillent. Chazelle maîtrise et le fait savoir.

    La La Land te parle de rêve, te parle d’un certain cinéma et de musique. De jazz, cette langoureuse musique qu’on laisse un peu mourir et qui, pourtant, recèle tant de merveilles. Tu tombes amoureux du piano, puis du saxophone. Tu aimes les deux qui brûlent l’écran, qui offrent une prestation formidable jusqu’au bout du bout. Tu penses que la magie de la rencontre, ça existe toujours. Que quelque part le virtuel et la modernité n’ont pas tué l’amour, qu’il reste surement des gens comme eux, comme toi, qui rêvent, doux-dingues en perte d’espoir. Et les numéros musicaux s’enchaînent, la musique de Justin Hurtwitz te fait décoller. Comme lors de cette séquence du planétarium, aussi kitsch que romantique. Tout marche. Tout semble vouer à un bouillon d’émotions et d’amour. Sauf que.

    Sauf que Chazelle t’attend au tournant. Les rêves sont difficiles, ne se laissent pas apprivoiser si facilement. Comme pour la torture de Whiplash, il va falloir faire des choix, et se sacrifier pour toucher les étoiles, se brûler les ailes. La La Land vire alors à la mélancolie la plus profonde. Le métrage prend un chemin qu’on ne veut pas. Toi, tu cries intérieurement. Le rêve devient petit à petit trop réel. Jusqu’à cet épilogue cinq ans plus tard. Tu peux être venu avec la femme qui partage ta vie, durant ces instants, tu repenses à ton ex, à la précédente. Tu repenses à cet autre fil narratif de ta vie qui a glissé de ta main. Que vous avez laissé glissé. Il faut un sacré courage pour ne pas verser ses larmes devant la reprise lancinante du thème de Sebastian et Mia. Chazelle te piège, et sa caméra elle, toujours, virevolte, souple, incroyable. En quelques minutes, le cinéaste te claque au visage son talent. C’est beau comme un sourire. Ça te bouleverse en un seul soupir. Et toi, au The End, tu ne sais plus si tu aimes, si tu pleures, si tu hais, si tu veux danser ou chanter, si tu veux voir un film de l’âge d’Or d’Hollywood ou écouter une musique de jazz, si tu veux être artiste ou pianiste, actrice ou amoureux. Tu sais juste que tu viens d’être secoué.

    Et voilà…La La Land est un déchirement passionnel, un flamboyant hommage, une fabuleuse histoire d'amour, de rêveurs et de destins qui n'ont pas d'happily ever after.
    La La Land, c'est la nostalgie d'aimer, et de savoir encore aimer. C’est la magie d’avant et les larmes d’après, toujours. C’est un morceau de piano qui te brise le cœur, une musique qui te met en joie.
    La La Land va recevoir une pluie d’oscars, car c’est le chef d’œuvre que nous offre Damien Chazelle.

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène :  What if...

    >> Critique de Whiplash

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  • [Critique] Quelques minutes après minuit (Film)



    >> Critique du roman (LISEZ-LE !!!)

     Voilà près de sept mois, nous vous parlions d’un fabuleux roman jeunesse : Quelques minutes après minuit. Sur une idée de l’anglaise Siobhan Dowd et achevé par l’américain Patrick Ness, l’histoire de Quelques Minutes après minuit s’intéressait à une thématique extrêmement forte : l’enfant face à la mort. Après un succès mondial et des récompenses prestigieuses, voici que Juan Antonio Bayona, réalisateur espagnol qui avait livré L’Orphelinat et (le tout juste correct) The Impossible, adapte ce petit livre qui a tout d’un grand. Avec un casting prestigieux – Liam Neeson, Felicity Jones, Sigourney Weaver, Toby Kebbell – et un grand inconnu – le jeune Lewis MacDougall sur qui tout le film va pourtant reposer – Quelques minutes après minuit s’est attiré autant de louanges que son équivalent livresque. Sauf que Bayona a souvent été un cinéaste surestimé par le passé…Qu’en est-il réellement ?

    Il faut dire avant tout que Quelques minutes après minuit était un livre d’une sensibilité et d’une subtilité extrêmement rare et c’est certainement pour cela qu’après le mélodrame appuyé qu’était The Impossible, on craignait beaucoup l’approche de Bayona sur un sujet encore plus tendu. Suivre Conor O’Malley, petit garçon confronté à la maladie qui ronge sa mère et finira inévitablement par la tuer, n’est pas chose facile. D’une part parce qu’il s’agit de se mettre sur la même longueur d’onde qu’un garçon de cet âge, d’autre part parce que l’histoire menace à tout moment de tomber dans le larmoyant irritant. Le talent de Dowd et Ness était justement de ne jamais chuter. Heureusement pour le spectateur, il semble que Bayona ait gagné en maturité. De ce fait, Quelques minutes après minuit fait plus que surprendre, il enchante de la première à la dernière seconde.

    Long-métrage dense qui parle autant à l’enfant qu’à l’adulte, Quelques minutes après minuit bénéficie avant toute chose d’une mise en scène fabuleuse. Bayona fourmille d’idées et se permet même quelques folies lorsque le monstre raconte ses histoires. A cet instant, le film-live s’efface derrière une animation atypique mais extrêmement réussie, clair-obscur de l’esprit de Conor. Ces univers fantastiques, en fait contes psychanalytiques et initiatiques, trouvent non seulement leur place avec une aisance formidable dans le métrage, mais ils sont à eux seuls de petits moments de bravoure cinématographique. Autour, on retrouve le monde réel où Bayona a l’intelligence de faire une chose pas si évidente que cela : il suit scrupuleusement le cheminement du livre et ne change quasiment rien à l’histoire originale. En mettant en sourdine la musique et en feutrant ses dialogues, le réalisateur comprend que Quelques minutes après minuit est avant tout une histoire humble et discrète qui raconte avec des mots magnifiques la mort à un enfant, le prépare à affronter les sentiments contradictoires qu’il va ressentir.

    Là où Quelques minutes après minuit réussit un miracle, c’est avec son acteur principal. Le jeune Lewis MacDougall…est impressionnant. Il est Conor O’Malley à chaque seconde et si le métrage réussit autant à émouvoir sans pourtant forcer les larmes, c’est à lui principalement qu’il le doit. Ce petit acteur est extraordinaire. En face Felicity Jones et la revenante Sigourney Weaver ne déparent pas, elles sont sublimes de discrétion pour rendre honneur à une histoire poignante en diable. Seul petit changement concédé, la toute fin, qui se rajoute à celle du roman, qui prouve que Bayona a tout compris à ce que voulait faire Sioban Dowd. Celle-ci avait écrit Quelques minutes après minuit pour expliquer à son enfant qu’elle allait mourir, Bayona explique au spectateur que la mère de Conor voulait lui expliquer comment surmonter son chagrin. A l’arrivée, cette adaptation doit certainement énormément (pour ne pas dire tout) à l’œuvre sur laquelle elle se base mais elle profite de l’intelligente mise en scène de Bayona, de ses prises de risques esthétiques et de la qualité hors-norme de son casting.

     Quelques minutes après minuit constitue non seulement l’une des meilleures adaptations cinématographiques qui soit, mais également un complément idéal pour penser la mort d’une façon redoutablement intelligente et adaptée.
    Une immense, immense, réussite.

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène :  La troisième histoire...

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  • [Critique] American Pastoral

     S'il existe une chose difficile, c'est de mener à bien un premier long-métrage. La chose est encore plus ardue lorsque l'on est un acteur reconnu qui doit faire ses preuves derrière la caméra. Clint Eastwood ou Ben Affleck en savent quelque chose. C'est aujourd'hui au tour d'un autre grand nom d'Hollywood de tenter de devenir réalisateur : Ewan McGregor. L'acteur britannique recrute Jennifer Connelly et Dakota Fanning (un peu perdue dans l'ombre de sa sœur, Elle Fanning) pour un drame académique sur une famille américaine typique adapté du roman éponyme de l'immense Philip Roth. Cependant, malgré tout le talent d'acteur qu'on lui connaît, Ewan McGregor aura fort à faire pour nous convaincre. Cela même s'il est également l'acteur principal de son film. Que vaut réellement cet American Pastoral ?

    Tout d'abord, McGregor choisit d'introduire son film par une histoire annexe à celle de la famille principale. En faisant intervenir un écrivain qui finit par nous raconter le drame qu'a subi les Levov, le réalisateur britannique commet une faute qu'on pourrait dire de didactisme. Quelque soit la raison pour laquelle il fait intervenir ce procédé, il perd la fluidité de son récit dans la prmeière partie et le rallonge de façon tout à fait artificielle. Cette introduction maladroite et assez lourde ne peut cependant pas occulter le fait que d'emblée, McGregor dispose d'une mise en scène élégante, académique certes mais véritablement élégante. Ses plans, ses cadres, tout concourt à nous immerger dans son aventure sans jamais remarquer qu'il s'agit là d'une première fois derrière la caméra. Le vraie problème dans la narration d'American Pastoral s'envole dès que l'on plonge dans l'histoire des Levov.


    A ce stade, McGregor acteur tient le film sur ses épaules d'une façon remarquable. En face, Jennifer Connelly rappelle qu'elle est une très grande actrice injustement négligée. Ce que vont traverser Swede et Dawn Levov pourtant n'a rien d'anodin. Nous en arrivons donc au cœur de ce drame familial et, d'une certaine façon, social. American Pastoral raconte comment tout peut s'effondrer pour un couple à qui tout semble sourire. Il le fait en exploitant l'un des aspects les plus redoutables de la société américaine : son fanatisme. Qu'il soit religieux ou politique, le fanatisme américain s'incarne dans la jeune Merry, fille brillante mais influençable et fragile, qui perd pied par les manipulations qu'elle va subir. Avec un simple grain de sable dans les rouages harmonieux de la famille Levov - la vision de ce moine qui s'immole à la télévision - tout vole en éclats. 

    American Pastoral se retrouve alors en même temps un drame familial poignant magnifié par la prestation de son couple vedette, et une mise en abîme de la fragilité de la société américaine. Ou comment sa propension à l'extrême peut finir par détruire ses valeurs les plus sacrées. Ce qui touche le plus en réalité, c'est la relation entre un père et sa fille, une fille qu'il ne cessera de rechercher jusqu'à la fin et qui, selon toute évidence, est morte sans qu'il s'en aperçoive. American Pastoral parle donc du passage à l'âge adulte, de comment les enfants peuvent aller vers des horizons plus sombres où quoique l'on fasse, on ne pourra jamais les rattraper. A cet égard, American Pastoral reste un grand film triste jusqu'à sa scène de fin magnifique mais tragique en diable. On retrouve dans cette dernière partie la lourdeur didactique imposée par le choix narratif de départ mais la force émotionnelle dégagée amoindrit quelque peu ce défaut.


    Pour une première réalisation, et malgré un académisme certain ainsi que des choix narratifs discutables, American Pastoral s'avère un film de qualité. Ewan McGregor assure deux rôles extrêmement difficiles en s'en sortant franchement de belle manière pour accoucher d'un long-métrage poignant et sombre sur les travers d'une société américaine qui n'en a pas fini avec ses vieux démons. 

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  Swede découvrant sa fille en banlieue

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  • [Critique] Nocturnal Animals
    Lion d'argent Mostra de Venise 2016
    Grand Prix du Jury Mostra de Venise 2016
    Golden Globes Meilleur acteur dans un second rôle pour Aaron Taylor-Johnson

     Il faut 7 ans à Tom Ford pour revenir à la case cinéma. Après son premier long-métrage en 2009, A Single Man, le styliste et réalisateur américain convoque un casting 4 étoiles pour une histoire tortueuse qui laisse des traces. Récompensé à Venise et, très récemment, aux Golden Globes, Nocturnal Animals n'a rien d'un film aisé. Tom Ford adapte le roman d'Austin Wright, Tony and Susan, dans une Amérique où la sauvagerie et la cruauté prennent des atours diamétralement opposés. Il nous présente Susan Morrow, femme respectable travaillant dans le milieu artistique et dont le mari, Huton Morrow s'éloigne peu à peu. Un jour, elle reçoit un manuscrit de son ex-mari, Edward Sheffield, intitulé Nocturnal Animals et qui lui est dédié. En s'enfonçant dans ce roman pervers et sauvage, Susan fait resurgir d'anciennes émotions et jette un œil nouveau sur sa vie. Nocturnal Animals agit comme un révélateur pour Susan...et pour le spectateur.

    Le film s'ouvre sur un générique aussi grandiose qu'incroyablement osé - on vous laisse volontairement la surprise. Le ton est donné, Tom Ford va aller au-delà de l'amusement et de l'art pour mettre à nu l'être humain dans toute sa laideur. Nous sommes des êtres médiocres. Nocturnal Animals s'attaque de front à plusieurs sujets et entrelace deux fils conducteurs : la vie de Susan et l'histoire contenue dans le roman. Jouant rapidement avec l'horreur psychologique, le film de Ford prend à la gorge quand on s'y attend le moins. Son script, bourré d'ingéniosité, explore la création littéraire dans toute sa complexité. Chaque roman renferme une partie de son auteur, chaque histoire parle en réalité de celui qui l'a écrit. Nocturnal Animals, le livre, n'échappe pas à cette règle. Ainsi, tout du long, Ford s'échine à mettre en parallèle l'histoire de Susan et Edward avec celle de Tony. 

    Le métrage renferme dès les premiers instants une animalité qui va prendre deux formes bien distinctes. D'abord, la plus évidente, celle des agresseurs de la famille de Tony ainsi que, progressivement celle de tous les personnages de cette lugubre vengeance. L'horreur de la situation s'infiltre partout, la bête reprend le dessus petit à petit, l'homme n'arrive jamais à la cacher...Malgré les plus beaux oripeaux. C'est là que le film de Ford se fait terriblement roublard en inspectant avec perversité le monde aseptisé mais carnassier où évolue Susan. Une existence triste et lugubre où tout n'est qu'artifice, où le mari trompe sa femme, où l'on discute avec froideur du sort d'un employé, où l'on expose la viande humaine. Où l'on regarde son enfant par un écran de téléphone glacé et austère. La vie de Susan s'avère rapidement aussi triste que celle de Tony, l'alter-ego d'Edward.

    Ce qui étonne constamment dans Nocturnal Animals, c'est la diffuse sensation de malaise qui émane de chaque scène, comme si l'horreur sourde se terrait autour de l'écran, juste à l'orée de notre champ de vision. Tom Ford, en bon styliste qu'il est, capture cela avec une maestria visuelle saisissante composant parfois des tableaux proches d'un Nicolas Winding Refn (on pense notamment aux corps enlacés dans un divan rouge ou les lieux que fréquentent Susan). L'esthétisme brute d'une maîtrise sans faille de Ford fait des merveilles, que cela soit pour exposer la rudesse du Texas ou la froideur d'un Los Angeles où l'art devient vénéneux. Il reste alors cette histoire d'amour au milieu, celle de Susan et Edward, vécue par métaphore pour le spectateur à travers la lecture du roman d'Edward, et aussi plus directement par les flash-backs qui parsèment le film. Il faut rendre honneur à Jake Gylenhall à cet égard qui joue deux hommes différents avec un talent toujours aussi incroyable. Cependant le reste du casting n'a pas à rougir, que ce soit Adams en femme rongée par le regret, Aaron Taylor-Johnson en ordure inquiétante ou le génial Michael Shannon en flic désabusé. La direction d'acteurs de Ford impressionne. Autant que sa peinture froide et sans concession de l'amour. Un amour qui crève de la cruauté féminine. Puis masculine. Un amour éphémère et artificielle qui n'existe que pour cacher notre véritable nature bestial. En réalité, Noctunal Animals ne laisse aucun espoir comme semble le confirmer sa séquence de fin en forme de revanche glaçante.

    Nocturnal Animals s'affirme comme le premier grand film de cette année 2017. Son atmosphère quasiment crépusculaire, sa violence psychologique et sa réflexion sur la création littéraire (voir la création tout court) subjugue, surtout lorsqu'elles se conjuguent avec la mise en scène effroyablement efficace de Tom Ford et avec son casting détonnant. Une histoire qui ronge, petit à petit, et dont on ne ressort pas indemne.

     

    Note : 9,5/10

    Meilleure scène :  La confrontation entre Tony et Ray dans le bungalow

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  • [Critique] Beauté cachée

    Certains mystères continuent à planer sur le cinéma hollywoodien. L'un des plus impénétrables pourrait être la disparition quasi-totale d'immenses acteurs qui finissent par croupir dans des métrages de seconde zone. Prenons, au hasard, Beauté Cachée de David Frankel (un nom qui ne vous dis rien mais qui est à l'origine Du Diable s'habille en Prada ou encore de Marley et moi), ce film rassemble un casting tout à fait époustouflant avec, en tête, le génial Edward Norton, la formidable Helen Mirren et l'excellente Kate Winslet (on reparlera du cas Will Smith plus tard...). Un trio d'acteurs presque tombés dans l'oubli de façon totalement...incompréhensible. On les retrouve donc au casting de Beauté Cachée, film choral mélodramatique qui, ne le cachons pas, résume toutes les choses détestables de ce sous-genre lorsqu'il est bouffé par le système Hollywoodien. Un résultat d'autant plus pathétique que l'idée de départ, elle, n'est pas forcément mauvaise.

    En effet, Beauté Cachée nous parle de la descente aux enfers d'Howard Inlet, chef d'entreprise et publicitaire New-Yorkais, qui n'arrive pas à surmonter la mort de sa fille. Pour l'aider (et aussi un peu pour sauver leurs miches), ses trois plus "proches" amis vont faire intervenir des acteurs pour incarner la Mort, l'Amour et le Temps, des abstractions chères à Howard et auxquelles il écrit depuis un certain temps. Malgré un arrière-goût déjà assez sirupeux (on sent que l'on peut glisser à tout moment dans le tire-larmes facile), le postulat pourrait être intéressant au vu du casting assez hallucinant engagé. Le problème, et on s'en rend compte dès les premiers instants, c'est que Beauté Cachée n'est qu'un projet de commande lambda sans âme, sans talent et bouffé de tous les côtés par des hordes barbares de clichés.

    Le problème le plus évident, c'est évidemment le scénario. Tout dans Beauté Cachée est d'une prévisibilité sans nom. A moins d'avoir vécu dans une grotte les dix dernières années et n'avoir jamais vu un seul film mélodramatique, tout se devine à l'avance. Cette incapacité à ménager la moindre surprise aurait cependant pu être compensée par de beaux personnages...et là, c'est encore le drame. Caricatures sur pattes ne servant qu'à s'imbriquer dans un scénario cousu de fil blanc, les héros de l'histoire n'ont en fait qu'une seule facette qui permet d'ébaucher sur chacun d'entre eux une sous-intrigue. De ce fait, les trois amis d'Howard sont liés à l'un des trois acteurs qu'ils engagent et Frankel morcelle son récit pour en faire une sorte de simili-film choral. En anémiant son histoire principal, il se doit donc être d'une subtilité éléphantesque pour tout régler dans le temps imparti. Donc, les acteurs qu'il dirige jouent sans aucune conviction, juste là pour encaisser leur chèque. Tout ce rassemblement de talents pour rien en somme....Arriver à faire jouer de façon totalement oubliable Norton et Mirren reste tout de même un sacré exploit en soi. 


    Il faut alors reparler du cas Will Smith, un peu sensé être le centre de tout ça. En réalité, Will Smith fait du Will Smith. Depuis un certain temps, celui-ci ne fait que répéter ad vitam aeternam le même rôle larmoyant avec un père qui pleurniche sur son enfant. Will Smith tend à devenir l'empereur du tire-larme facile mêlé à une espèce de cool-attitude qui finit par agacer. Un pur produit Hollywoodien alors qu'il avait à la base un potentiel sympathie énorme. Forcément, Beauté Cachée semble taillé pour lui. Le film s'avère tout à fait incapable de sortir de son carcan de drame affligeant où il faut pleurer mais...quand même à la fin...on doit avoir le sourire parce que même si tu vas crever, même si tu es divorcé, même si tu vas finir vieille fille, même si ta gosse est morte...la vie est pas si mal quoi. Merde, on peut quand même faire des ballades à Central Park et voir des écureuils. Beauté Cachée n'a rien compris au potentiel de son postulat de base et on soupçonne qu'il n'en a jamais rien eu à faire en réalité.

    Qu'est-ce qui peut alors rattraper le métrage ? Ce n'est ni la mise en scène banale au possible, ni la musique sans saveur, ni même son pseudo-twist de fin que tout le monde a compris depuis le début. Vous pleurez très certainement devant Beauté Cachée de David Frankel mais pas pour les raisons attendues. On cherche toujours l’intérêt de ce genre de film, à part de payer les impôts de Smith et compagnie. 
      

    Note : 1.5/10

    Meilleure scène :  Euh...

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  • [Critique] Paterson

     A sa manière, chaque nouveau film de l'américain Jim Jarmusch est un petit événement. Prenons par exemple son dernier en date, Only Lovers Left Alive qui revisitait le mythe vampirique à la sauce moderne avec une mélancolie lancinante délicieuse. Cette fois, c'est un cinéma dénué de tout élément fantastique qui voit le retour du réalisateur avec Paterson. A la fois petite-ville du New-Jersey et prénom du héros du personnage principal, Paterson plonge dans l'intimiste à la sauce Jarmusch d'un couple de passionnés qui coule des jours paisibles avec leur chien dans une modeste maison de banlieue. Sélectionné en compétition officielle à Cannes, le film est reparti bredouille prouvant, s'il le fallait encore, que le jury de Cannes de l'année passée avait des goûts fort contestables.

    Paterson n'est certainement pas un film facile et commun...même s'il nous parle justement du commun, du banal de notre existence. Jarmusch place sa caméra dans l'intimité d'un couple et surtout dans la routine de Paterson. Le rythme s'avère forcément extrêmement lent de par son sujet, encore davantage que les films traditionnels du réalisateur. Car Jarmusch tente de montrer le temps qui passe de manière effronté, ne s'arrêtant jamais. Son héros, Paterson, à la fois humble et magnifique, est incarné par un Adam Driver toujours aussi talentueux. En face, Golshifteh Farahani s'avère à la fois un contrepoids au flegme de Paterson ainsi qu'un feu d'artifice de création artistique. C'est cette dernière thématique qui est explorée par le cinéaste dans son long-métrage. La passion, la capacité à créer et, surtout, la poésie qui se cachent dans le banal de nos vies.

    A travers le parcours journalier de Paterson, Jarmusch déniche des instants de grâce discrets où les moindres petits détails semblent devenir de petites merveilles. On le constate par les conversations captées par Paterson lorsqu'il conduit son bus, petites tranches de vies touchantes de passagers qui ignorent leur propre grandeur. On le constate aussi par les nombreuses personnes que côtoie Paterson : acteur en mal d'amour, créatrice folle, poète oublié, rappeur anonyme...Tout ce petit monde prend vie...quand on sait regarder et ralentir. Paterson délivre ce message : ralentissez et regardez autour de vous, regardez cette vie qui recèle des merveille simples et délicieuses. Peut-être découvrirez-vous des artistes inconnus et qui resteront dans l'ombre pour toujours. Peut-être verrez-vous le bonheur simple d'un couple discret qui crée, qui s'aime, en toute simplicité et pour qui la routine n'a rien d'un fléau...mais tout d'un voyage langoureux et infini. 

    Paterson s'attaque surtout à la poésie puisque son personne principal est poète. Traversé par les poèmes de Ron Padget et de William Carlos Williams, le long-métrage affiche ses vers à l'écran avec pudeur et tendresse, lus par la voix-off d'un Adam Driver touchant. Il faudra bien sûr avouer que l'on aimera ces vers en fonction de notre sensibilité à la poésie de ses auteurs. Pourtant, ces poèmes bâtit sur le quotidien s'insèrent formidablement bien avec ce qui nous est raconté à l'écran. C'est aussi ça la force de Paterson, de faire correspondre son fond, son message sur la création et la poésie, avec sa forme lente et aérienne, qui se déguste petit à petit comme on goûte un grand vin. Si l'on goûte de la bonne façon, on redécouvre avec un émerveillement constant un quotidien pas si soporifique et tout à fait grandiose par la somme des petites gens qui le constitue. Paterson semble trouver du génie créateur en chacun d'entre nous, et c'est surement cela le plus beau.

     Presque contemplatif par moment, Paterson ne déroge pas au cinéma habituel de Jim Jarmusch. Avec son talent consommé pour exprimer la mélancolie et la difficulté de la création artistique, Jarmusch nous offre un anti-blockbuster qui prend son temps et redonne foi en l'humanité. Une humanité belle dans ce qu'elle a de plus ordinaire ou comment transformer le banal en fabuleux.  

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La rencontre avec le poète asiatique

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  • TOP CINE 2016 - JUST A WORD

    Ce top a été composé après visionnage de 96 films au cinéma sortis cette année 2016.

    [Top] Bilan Cinéma 2016

    10 - Nocturama de Bertrand Bonello

    Et si l'on commençait ce top par un film français ?
    Nocturama, c'est le dernier bébé de l'excellent Bertrand Bonello qui nous démontre avec brio que le malaise de la société moderne va bien plus loin que ce que constate les journalistes. Après une première partie en apesanteur, Bonello traîne son regard de vieux révolutionnaire déçu sur une jeunesse sacrifiée qui ne sait plus comment exister et combattre. C'est aussi beau que fort et ça prouve que le cinéma français vit encore quelque part !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    9 - Ma Loute de Bruno Dumont

    Encore un film français ? 
    Avec Ma Loute, nouvelle dinguerie signée Bruno Dumont, le top 2016 est bien représenté sous nos latitudes ! Accompagné d'une bande de joyeux drilles tous plus loufoques les uns que les autres, Bruno délivre un chant d'amour à sa région du Nord en s'en gaussant à outrance avec une caméra virtuose, un humour improbable et un sens de la mise en scène impressionnant. L'un des films les plus drôles et les plus jusqu'au-boutistes de l'année !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    8 - La Tortue Rouge de Michael Dudok De Wit

    Le film d'animation à l'occidental est-il mort dans l'ombre de l'anime japonais ?
    Avec la fusion de ces deux univers, Michael Dudok De Wit nous démontre qu'il n'en est rien. Petit joyaux brut inattendu, La Tortue Rouge est un monument de poésie muet où la beauté se cache dans la moindre image. Ode à la vie, au temps qui passe, à la nature et tout simplement à l'amour, La Tortue Rouge émerveille de la première à la dernière seconde. Le film d'animation de l'année !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    7 - Comancheria (Hell or High Water) de David MacKenzie

    L'année 2016 réservait au moins une authentique surprise avec Comancheria de David MacKenzie. L'auteur de Perfect Sense nous offre rien de moins qu'un des meilleurs films de l'année et cela en toute discrétion. Passé inaperçu en salles sauf pour une poignée de cinéphiles avertis, Comancheria revisite le western à la sauce sociale, charge une Amérique en train de se bouffer elle-même et offre un portrait de frères touchant en diable. Une véritable merveille.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    6 - The Witch de Robert Eggers

    Catégorie injustice, voici The Witch.
    Sorti directement en DVD, ce film d'horreur arrive pourtant à mettre une bonne claque à 99% des long-métrages sortis en salles. Dans une Amérique puritaine, une famille va découvrir l'horreur à l'orée d'une forêt pleine de mystères. Avec une économie de moyens tout à fait remarquable, Robert Eggers vous donne la chair de poule en filmant un lapin et un bouc. Redoutablement intelligent et incroyablement mis en scène, The Witch ne laisse personne indemne. Et c'est un premier film...

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    5 - Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich 

    Après The Look of Silence l'année dernière, c'est cette fois Jodorowsky's Dune qui gagne la place du documentaire de l'année ! Frank Pavich ébauche un film passionnant sur un projet mythique qui n'a jamais vu le jour mais semble couvrir de son ombre toute la production moderne. Tour à tour truculent, hilarant et passionnant, le documentaire émerveille par la passion qui en suinte par tous les pores. C'est jubilatoire de bout en bout et ça fait du bien à notre cœur de cinéphile !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    4 - The Revenant d’Alejandro González Iñárritu 

    Premier choc cinématographique de l'année, The Revenant n'a pas que permis à Di Caprio de recevoir l'oscar mais de confirmer l'incroyable talent du réalisateur mexicain. Pièce de choix du survival, The Revenant offre un moment de cinéma confinant au sublime dans une première séquence à couper le souffle puis en émerveillant à chaque seconde par la beauté maniaque de ses plans. En y ajoutant une dimension mystique passionnante et une pléiade d'acteurs formidables - Tom Hardy en tête - The Revenant entre dans l'histoire. Prenez une doudoune quand même.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    3 - Premier Contact de Denis Villeneuve

    Voici donc le podium de l'année en commençant par Premier Contact de Denis Villeneuve.
    Basé sur le texte de Ted Chiang, Premier Contact déjoue les pièges du blockbuster américain et se concentre sur l'intime devant tout le reste. Porté par une Amy Adams en état de grâce, le film de Villeneuve montre à nouveau le talent de mise en scène fabuleux du canadien. Véritable chant d'amour à une Science-fiction de l'humain, Premier Contact émeut. Devant l'immensité spatiale, c'est bien tout ce qui compte. La vie comme un palindrome.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    2 ex-aequo - Mademoiselle de Park Chan-Wook

    Tricherie éhontée dans ce top ! Un ex-æquo !!!!!
    Eh bien oui, devant l'impossibilité de faire un top 3 digne de ce nom, Mademoiselle de Park Chan Wook se retrouve ex-æquo ! Oeuvre incroyablement sensuelle et dense, Mademoiselle consacre de nouveau le réalisateur coréen comme un artiste de toute première catégorie. Mise en scène à tomber, musique raffinée et héroïnes extraordinaires, Mademoiselle incarne la quintessence du cinéma dans tout ce qu'il a de sensuel. En réalisateur machiavélique, Park Chan-Wook nous tient au creux de sa main pour mieux nous faire jubiler avec des plaisirs inavouables !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    2 ex aequo - Steve Jobs de Danny Boyle

    La surprise du podium de cette année, c'est bien l'apparition d'un biopic sur la seconde marche.
    Danny Boyle profite de l'expertise d'Aaron Sorkin pour livrer un long-métrage tout simplement extraordinaire sur un homme fascinant : Steve Jobs. Pensé comme une pièce de théâtre, Steve Jobs offre des dialogues succulents accompagné par une mise en scène qui n'en finit pas d'épater le spectateur pendant qu'un certain Michael Fassbender vole le show à lui seul. En contournant les pièges du biopic classique et en donnant sa vision de l'homme devant le génie, Boyle et Sorkin ont tout compris. Et si l'amour d'une fille était tout ce qui comptait en réalité ?
    Juste sublime.

    >>>>> CRITIQUE

    [Top] Bilan Cinéma 2016

    1 - The Neon Demon de Nicolas Winding Refn

    La beauté est tout.
    Vainqueur de cette année 2016, le film-expérimental de Nicolas Winding Refn laisse un peu tout le monde sur le carreau. Dans une ambiance qui vire peu à peu vers le glauque, The Neon Demon se révèle une véritable oeuvre d'art ciselée dans les moindres détails par un artiste fou. Parabole sur le monde moderne de l'apparence à tout prix, le long-métrage vous chope à la gorge pour vous murmurer à l'oreille que votre existence n'a aucun but. Que vous serez dévoré par le système. Plastiquement irréprochable, thématiquement terrifiant, The Neon Demon s'arroge la première place pour cliver encore un peu plus son monde. 
    Hail to the king !

    >>>>> CRITIQUE


    Les Coups de Cœur :

    - Captain Fantastic de Matt Ross -- Critique
    - Paterson de Jim Jarmusch -- Critique

    - Vaiana de John Musker et Ron Clements
    - Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson  -- Critique
    - Le ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar 
    - Ma Vie de Courgette de Claude Barras -- Critique
    - L’effet aquatique de Solveig Anspach 
    - Men & Chicken de Anders Thomas Jensen -- Critique
    - Batman vs Superman de Zach Snyder -- Critique
    - Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase 


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  • [Critique] Rogue One : A Star Wars Story

     L’épisode VII, The Force Awakens, n’avait pas fait l’unanimité, loin de là. Ce très difficile exercice qu’était de donner une suite à la mythique saga Star Wars avait été pourtant relevé par J.J. Abrams. Sans être à la hauteur de ses illustres aînés, The Force Awakens donnait au moins un divertissement honorable qui, s’il était par trop imprégné par ses prédécesseurs, semblait offrir une vraie passerelle entre l’ancienne et une nouvelle ère. Pour la première fois, ce n’est pas un nouvel épisode qui arrive sur les écrans mais bel et bien un spin-off venant s’insérer entre les événements de l’épisode III et de l’épisode IV. Issu de la nouvelle politique de Disney, désormais propriétaire de la saga culte, Rogue One : A Star Wars Story avait de quoi en effrayer plus d’un. Affichant une volonté claire de rompre avec la tradition (Plus de numéro d’épisode, pas de Jedi, pas de générique déroulant…), le long-métrage tente pourtant de concilier les deux versants du mythique univers créé par George Lucas : L’aspect fan et tous les éléments déjà connus par les initiés…et un côté novateur pour apporter du neuf à tout ce petit monde un peu rouillé depuis les ans.

    Confié à l’américain Gareth Edwards à qui l’on doit Monsters et Godzilla, Rogue One s’intéresse aux événements survenant juste avant l’épisode IV et menant au vol des plans de l’Etoile de la Mort par l’équipe Rogue One. De ce fait, Edwards fait un choix audacieux : on ne suit que des « petits ». Pas de grand héros de la saga en personnage principal, pas un seul Skywalker à l’horizon (ou presque) et une exploration un tantinet plus originale que dans The Force Awakens. Vendu comme un opus plus noir que les autres, Rogue One effraie quand même autant qu’il excite après le visionnage de ses bande-annonces. On se souvient notamment que malgré sa mise en scène superbe, Godzilla, dernier film de Gareth Edwards, était d’une médiocrité évidente sur le plan narratif. Voyons voir de quoi est capable Edwards avec un univers déjà en place, des moyens colossaux et, surtout après de nombreux reshoots imposés par les producteurs (ce qui semble être devenu la norme à Hollywood ces derniers temps…).

    Rogue One se veut un film plus sombre et l’on remarque la chose d’emblée. Avec la mise en scène parfois crépusculaire de Gareth Edwards (comme lors de la scène des Helljumpers dans Godzilla), ce nouvel opus trouve un ton qui semble plus mature, plus sérieux, pour tout dire plus réaliste. Dans cette même volonté, on plonge au cœur de la Rébellion mais…pas d’un seul tenant comme les fois précédentes. En effet, cette fois le spectateur constate que la Rébellion n’est pas si unie qu’elle semble l’être, Edwards prend même un certain plaisir à montrer les dissensions internes (lors du choix pour savoir s’il faut se battre ou non) voir même la scission avec le groupe dissident de Saw Guerrera. Ainsi, Rogue One apparaît plus complexe ou, du moins, plus nuancé que ses prédécesseurs. Ce n’est cependant pas la première originalité du métrage puisque celui-ci, comme promis, ne se lance pas par le mythique générique et oublie certains tics des autres volets. Ce qui pourrait d’ailleurs passer pour une hérésie pour les puristes mais qui s’avère en réalité…être une vraie bouffée d’air frais !

    Comme débarrassé de certaines contraintes, Edwards fait un film portant sa marque avec sa perpétuelle obsession pour les échelles et le gigantisme. Il nous ballotte de planètes en planètes, nous transporte d’une ambiance à l’autre – désert, pluie torrentielle, forestière, tropicale – pour mieux nous montrer la diversité de la galaxie. Une diversité qui a d’ailleurs fait grincer des dents aux Etats-Unis par les supporters décérébrés du prochain bouffon présidentiel. On renoue avec la pléthore de races et créatures étranges de l’univers Star Wars en même temps qu’on diversifie les ethnies présentes dans le film. Le groupe Rogue One lui-même synthétise cette volonté à merveille et…cela marche extrêmement bien. Seul écueil que n’évite pas le film d’Edwards : la froideur.

    A vouloir se pencher sur des considérations politiques (mixité, rebelles et rébellion, oppression, lutte armée…), Edwards oublie souvent de donner de la chaleur à ses personnages ce qui fait que Felicity Jones aka Jyn Erso, et Cassian Andor aka Diego Luna, n’arrivent pas véritablement à toucher le spectateur. Tous les membres de l’équipe sont intéressants à leur façon, mais ce sont finalement les seconds couteaux qui finissent par convaincre à la surprise générale. On pense notamment au duo Chirrut Imwe/Baze Malbus, et surtout à l’inattendu K-2SO, le robot de l’équipe, qui s’avère au final le plus poignant de tous (bien aidé par sa scène finale il est vrai). Du côté obscur, on ne peut que saluer l’excellent performance de Ben Mendelsohn, franchement génial dans le rôle du méchant de service. Il semblerait qu’Edwards ait plus de facilité lorsqu’il s’agit d’incarner des méchants sur grand écran.

    Rogue One, en plus d’être une histoire quasiment 100% humaine, porte un regard vraiment génial sur la Résistance. Le film fait le choix de la petite histoire à côté de la grande et finit, par son ambition dévorante, à éclipser les storylines de légende que l’on a connu auparavant le temps d’une dernière partie rien de moins qu’extraordinaire. C’est ici que le cinéaste se lâche et offre non pas une, non pas deux mais trois conflits simultanés à trois échelles différentes. La mise en scène dantesque (notamment dans l’attaque spatiale) ainsi que l’épique de la chose confère à Rogue One une intensité qu’on avait pas vu depuis l’Empire Contre-Attaque. Tout y est génial, démesuré, parfaitement agencé. Un véritable bonheur à trois échelles. L’autre bonheur, plus coupable, c’est aussi ces constants clins d’oeils au fan de la première heure avec un fan-service qui semble mieux inclus que dans The Force Awakens. L’apparition de personnages mythiques, de lieux mythiques et…de situations mythiques achève de faire couiner le connaisseur. Il faut saluer le « raccrochage de wagons » effectué par Edwards à ce niveau.

    Dans la liste des regrets cependant, on mentionnera que Giacchino n’est pas Williams et que la bande-originale manque parfois cruellement d’ampleur. Egalement, et cela semble être due aux reshoots, que le personnage de Guerrera interprété par l’excellent Forest Whitaker, n’est pas assez fouillé, tout comme celui de l’excellent Mads Mikkelsen sur qui plane l’ombre d’Oppenheimer. Rogue One a d’ailleurs cette intéressante volonté de s’intéresser aux conséquences de la technologie où l’Etoile de la Mort devient plus qu’un outil de destruction mais l’invention reniée par son géniteur. Une sorte de bombe atomique galactique qui met en péril la vie humaine. Finalement, difficile de trouver de gros défauts à Rogue One tant on sent la volonté de son réalisateur de proposer quelque chose d’autre, quelque chose de sombre et guerrier qui va jusqu’au bout (vous verrez…). Ce qui semble, à l’heure actuelle, déjà remarquable.

    Pourtant redouté, Rogue One s’avère une réussite pure et simple. Bien plus sombre que les précédents, le long-métrage arrive à se défaire de ses chaînes pour proposer un spectacle grandiose, rythmé et dépaysant. Voilà une équipe prête à entrer dans l’histoire…et de loin, le blockbuster le plus réussi de l’année.

     

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  Les trente dernières minutes

    Meilleure réplique : "Make ten men feel like one hundred"

     

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  • [Interview] Fabrice Du Welz

    Interview effectuée dans le cadre des Utopiales de Nantes 2016. Tous mes remerciements au passionnant (et passionné) Fabrice Du Welz et à l'aide des organisateurs du Festival.

    Bonjour Fabrice,
    Vous êtes un des réalisateurs de genre francophone les plus atypiques que j’ai pu voir. Pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore, vous pouvez vous présenter ?

    Eh bien, je m’appelle Fabrice. Je suis belge, je vis à Bruxelles même si je partage mon temps entre Paris et Bruxelles et donc je fais des films…euh…(rires) je fais des films ! En tout cas, je me bats pour ça, je me bats pour aller au bout de mes désirs de cinéma. Alors de temps en temps, je suis obligé, je suis amené à faire des films de commande. J’en ai fait un qui s’est très très mal passé, je viens d’en terminer un autre à Los Angeles qui s’est beaucoup mieux passé mais où je reste quand même en conflit de vision parfois pour aboutir à quelque chose…même si le film américain s’est très bien passé et j’en suis relativement content. Mais bon voilà, c’est toujours un cheminement pour moi pour essayer d’aboutir et aller au bout d’une vision qui, à mon avis, est très personnelle. Je vois bien avec le temps que je suis dans un mouvement qui m’est….


    Vous essayez de mêler les deux en fait ? Les films que vous, vous avez vraiment porté de bout en bout et les films comme on le disait de « commande » ?

    Oui mais alors le truc c’est que j’en parle mais ça n’a aucun sens pour moi. C’est-à-dire que je mets toujours la même âme que ce soit dans un film personnel ou un film de commande. Ça engage toute ma personnalité en fait de faire un film. Je peux pas faire un film en vacances ou en étant détaché. Je sais que j’ai certains collègues qui arrivent à le faire mais moi-même sur les films qu’on dit de commande je donne tout. Ce qui pose parfois des problèmes parce que j’oublie que je travaille pour des producteurs et que c’est plus compliqué, plus difficile.


    Question habituelle : vous en êtes venu comment finalement au cinéma ?

    Déjà par la fascination de l’écran, de ce que j’ai pu voir. Au départ comme j’étais fasciné par l’écran et par les acteurs, je voulais être acteur moi-même. J’ai grandi, j’ai fait le Conservatoire donc j’ai fait une formation d’acteur. Mais très vite je me suis rendu compte qu’être le désir des autres était quelque chose d’insupportable pour moi, je voulais être mon propre moteur en fait. Très vite j’ai commencé à faire des films avec les copains et puis j’ai fait un court-métrage puis un deuxième puis j’en ai fait un un peu plus professionnel puis je me suis battu pour faire mon premier long-métrage.

    Justement vous avez commencé par le court-métrage…les avantages du court-métrage par rapport au long et puis surtout comment on passe du court au long ?

    Je ne suis pas un fanatique de court-métrages, c’est juste que ça me permettait quand je faisais des films en Super-8 avec des copains dans les bois, c’était juste l’adrénaline que procurait le tournage en fait. Et j’adore le terrain, j’adore le tournage, je pense que je suis vraiment un fabricant, physique. C’est-à-dire que tous mes sens, toute ma personnalité sont vraiment en éveil quand je tourne un film, c’est vraiment quelque chose de très constituant pour moi. Donc j’adorais ça, j’adorais cette adrénaline. Et puis après il se trouve que j’ai proposé un court-métrage écrit un peu plus bordé, un peu plus professionnel entre guillemets, et que j’ai eu l’argent du CNC Belge qui m’a permis de le faire puis après j’ai voulu me lancer dans le long-métrage. Là, c’est une autre aventure, beaucoup plus longue, beaucoup plus difficile. On était en 2003-2004, c’était une période où il n’y avait pratiquement pas de genre en France, y’avait juste Aja qui avait fait Haute Tension et moi je venais avec une histoire, un truc qui était un peu bizarre entre le film référencé et un peu tordu psychologiquement. Donc ça a été très très dur et très très long à financer puis finalement au bout de quelques années j’ai pu le faire. C’était Calvaire.

    [Interview] Fabrice Du WelzCalvaire, justement, j’y viens logiquement. Calvaire ça a été un succès critique immédiat dans les critiques de genre.

    C’est ça, c’est qu’avec le temps le film est devenu un petit peu….C’est sûr que le film a étonné. Le film a été présenté à la semaine de la critique à Cannes. Après quand il est sorti en France, le film a été un bide complet et puis surtout la presse était surtout très partagée, je me souviens d’avoir pris des sacrés coups. Mon film suivant, Vinyan, a été très très mal reçu, aujourd’hui il se trouve que le film est de temps en temps un peu réhabilité. Les films, c’est toujours étranges, on sait jamais vraiment comment ça se passe, avec le temps...

    J’opposais plus la critique de genre à la critique mainstream qui était parfois plus à côté du film, enfin à mon sens.

    Mais la particularité de mon cinéma en fait, je pense que c’est tout le temps des films qui ne sont pas assis dans une case. Ce n’est jamais du genre pur donc ils frustrent les amateurs de genre, et ce n’est pas non plus des films d’auteurs stricto-senso. Ce sont des films qui sont un peu hybrides, c’est ce qui fait un peu leur particularité et leur saveur mais c’est aussi leur limite. Jusqu’au jour où viendra j’espère un grand succès. Donc voilà, c’est ce qui les rend atypiques et limités aussi.


    Pour revenir immédiatement sur Calvaire, vous aviez choisi dans Calvaire une intrigue qui se passe dans du banal, dans un tout petit village à l’écart, même pendant une bonne partie dans une auberge strictement. Surtout dans cette région où l’on ne penserait pas aller tourner directement un film d’horreur, qu’est-ce qui vous a poussé en fait à faire un film d’horreur comme ça, sur le banal ?

    Aujourd’hui, ça devient assez commun, surtout depuis le succès de True Detective. Il y a une vague comme ça de séries télés qui sont comme ça de plus en plus dans des coins reculés de France ou de Belgique. Les Ardennes ça vient, personnellement, parce que j’ai grandi pas mal dans les Ardennes belges, c’est un coin que je connais bien, qui est très mystérieux, plein d’une poésie venimeuse et étrange. C’est quelque chose qui m’a toujours attiré. Et puis c’est surtout un décrochage, je suis pas un réaliste. Je pense vraiment qu’avec le temps, plus j’avance – On parle de Calvaire et bon, ça fait longtemps mais… - et plus j’essaye de renouer le réalisme magique de Franju ou de Cocteau, de ces maîtres du fantastique français des années 50, ou André Delvaux en Belgique, c’est-à-dire que c’est vraiment un cinéma qui me passionne. Je n’aime pas beaucoup ce courant du cinéma français qui emprunte à Maurice Pialat et à Truffeau aujourd’hui, où on encre toutes les histoires dans du social où tout doit être réel, où tout doit puer le réalisme, c’est vraiment quelque chose qui me dérange absolument. Moi, j’aime la limite du réalisme, j’aime être emmené dans un monde étrange et inquiétant quoi. J’aime suivre un personnage qui glisse dans quelque chose.


    Ce que je me disais en regardant Calvaire, je retrouvais cette idée dans ce que vous venez de me dire. On parlait de genres qui ne rentrent pas dans les cases, de transgenres, de rentrer dans quelque chose qui est totalement à part, des moments surréels dans votre film qui sont assez frappants même picturalement parlant. On revient à cette idée que vous ne rentrez pas dans des cases.

    C’est pas du tout quelque chose de volontaire. J’aimerais bien rentrer plus dans des cases et avoir un public plus soutenu mais après il y a la diffusion des films, mes films voyagent beaucoup, sont parfois mieux considérés à l’étranger que chez nous mais ça c’est peut-être parfois culturel. Chez nous, il y a des chapelles de cinéma encore qui sont chapelles très strictes qui sont pas des chapelles toujours très bienveillantes entre elles. Pour faire court, on peut avoir les Cahiers du Cinéma et on peut avoir Mad Movies. Et même les deux sont parfois un peu rigides. J’aime tous les cinémas en fait. Je suis d’abord cinéphile, je suis un grand cinéphile. J’aime tous les cinémas, j’aime Jess Franco à Ozu quoi. C’est-à-dire dès qu’il y a des personnages, dès qu’on me raconte une histoire, je vois un style, une écriture visuelle…je plonge ! J’essaie d’être très perméable en fait. Enfin, je suis très perméable à toute forme de cinéma ! Après quand ça m’emmerde ça m’emmerde hein bien sûr ! Et beaucoup de films m’emmerdent de plus en plus… parce que justement je trouve que beaucoup de gens essayent de plus en plus de rentrer dans des cases, beaucoup de gens se formatent eux-mêmes, le système formate tout…

    J’en profite que vous parlez de ça pour avancer une autre question que je devais vous poser après, mais qu’est-ce que vous pensez du genre maintenant, surtout en France, son évolution ?

    Je n’aime pas du tout, mais de manière générale et puis aux Etats-Unis c’est pire. Qu’est-ce que le genre aujourd’hui, je trouve que c’est vraiment…je trouve qu’on a régressé, de toute façon, on a beaucoup régressé en tout mais dans le genre, je trouve ça pathétique. En fait, le genre est aux mains des cyniques et des mercantiles. Le cynisme est terrible. Il y a des recettes : on fait des petits films à 4-5 millions de dollars qui en rapportent 60-80 dans le meilleur des cas. Y’en a plein comme ça, et puis surtout ce sont des films qui sont dénués de toute subversion et qui sont la majorité du temps réac’, machistes… C’est vraiment pas intéressant. Je regarde toujours parce que mon premier amour c’est toujours le cinéma d’horreur donc j’ai toujours un intérêt, une curiosité pour ce qui se fait, donc je regarde toujours mais ça m’ennuie. Le cinéma d’horreur aujourd’hui, ou même fantastique, à part quelques auteurs confirmés qui continuent à explorer et à me surprendre, m’emmerde prodigieusement. Je n’y vois aucune poésie, j’y vois absolument rien.

    Un genre qui peut être porteur de pleins de choses mais gâche un peu ses possibilités.

    Mais tout est mercantile. C’est-à-dire que moi je ne suis pas contre l’idée que le cinéma est une industrie et qu’il doit rapporter de l’argent, bien sûr que c’est évident mais quand ce n’est que ça… !

    Pour le rôle principal de Calvaire, vous avez pour le rôle principal Laurent Lucas, que vous avez retrouvé plus tard dans Alléluia. Comment ça s’est passé, comment avez-vous trouvé cet acteur ?

    [Interview] Fabrice Du WelzNous sommes en 2003, ou même avant… j’ai contacté Laurent avant, Laurent a accompagné le projet pendant longtemps… En tout cas, Laurent était en plein boom puisque Harry, un ami qui vous veut du bien était sorti, c’était un acteur très demandé, très considéré à l’époque. C’est un des premiers acteurs qui a réagi à mon script et qui m’a appelé et qui m’a dit que ça l’intéressait etc… On s’est rencontré et il a passé des essais et c’était formidable… J’ai tout de suite senti que Laurent avait l’ambiguïté que je recherchais. C’est mon acteur préféré, c’est vraiment un acteur que j’aime vraiment beaucoup, c’est un acteur très technique, très précis avec qui je m’entend très très bien et donc voila Laurent a campé ce personnage qui n’était pas simple. Et le personnage d’Alleluia est vraiment un personnage – Aux antipodes ! – Oui, complètement. En fait, je me souviens des castings ou lors des rencontres avec les acteurs, je me suis rendu compte à quel point la majorité des acteurs sont réticents à ce type de rôle. Dans Calvaire, c’est quand même un rôle un peu difficile d’un mec qui se fait torturé, violenté tout le temps, est pris pour une femme…enfin c’est vraiment quand même un peu douloureux. Et l’autre c’est un séducteur épouvantable. J’avais beaucoup de rejets, d’incompréhension… Laurent, il a cette faculté absolument exceptionnelle, c’est qu’il ne juge jamais ses personnages, il est capable de les endosser sans aucun jugement. Il ne commande pas son personnage, il ne commande jamais son personnage et ça ça a l’air simple comme idée mais c’est très très rare en fait dans le monde francophone. Les acteurs dans le monde francophone jugent souvent ou commentent leurs personnages malgré eux. Ça c’est très anglo-saxon en fait de faire corps avec son personnage. Et Laurent a ça.
    Un autre acteur qui, à mon avis, a ça, c’est Jean Dujardin, dans ses rôles comiques même de mecs stupides, dans Brice de Nice (le un hein, entendons-nous bien !) mais à l’époque j’étais stupéfait de voir un mec comme Ben Stiller qui fait le débile mais qui est vraiment débile quoi, au premier degré. Alors que chez les comiques français, ils font les cons mais y a une petite voix dont on a l’impression qui fait derrière « c’est pas moi ». Y’a quelque chose comme ça. Et bien Laurent, il a ça, il a vraiment cette faculté de faire corps, dans aucun jugement, sans prêt à penser, sans morale.

    On peut dire que c’est un peu devenu votre acteur fétiche finalement ?

    Oui ! J’adore Laurent ! J’aime beaucoup Laurent vraiment !


    Je ne vais pas vous demander votre vision de l’horreur, vous y avez déjà répondu, mais au sens plus large, qu’est-
    ce qui vous effraie ?

    [Interview] Fabrice Du WelzBeaucoup de choses m’effraient. J’adore avoir peur. En fait, la peur au cinéma pour moi c’est l’inconnu, le mystère, c’est le hors champ. Ce qui vraiment m’effraie c’est le hors champ, la jubilation que je peux avoir à avoir peur dans une salle de cinéma, sombre. C’est vraiment un truc que je recherche au cinéma. C’est très rare aujourd’hui parce que bon je commence un peu à être âgé, j’ai vu beaucoup beaucoup de films, donc c’est très rare pour moi d’être surpris, mais c’est vraiment une recherche de cette sensation que j’avais quand j’étais gamin adolescent à regarder des films effrayants qui me chaviraient, qui me poussaient dans leurs retranchements. En fait, moi j’aime être déranger au cinéma. J’aime pas être diverti…enfin j’aime bien être diverti mais c’est comme quand je vais voir une exposition ou un concert, j’aime qu’on me dévisse la tête en fait. J’aime être poussé dans mes retranchements, j’aime être interrogé. Et ça c’est quelque chose qui a malheureusement un peu disparu, parce qu’aujourd’hui tout devient normal, il faut être normal, les films se ressemblent un peu tous. Heureusement il reste quelques auteurs qui provoquent, qui osent, qui risquent et c’est formidable. Mais ce que je recherche c’est ça, c’est vraiment des moments de troubles quoi.


    A mettre mal à l’aise le spectateur, à le déranger ?

    Oui, mais alors dans mon propre cinéma j’essaye pas de mettre mal à l’aise mais en tout cas…je retiens toujours cette phrase de Clouzot que je dis souvent en interview, Clouzot disait que le cinéma pour lui devait être un divertissement et une agression. Je pense ça vraiment. Alors il faut trouver la bonne mesure mais il faut pouvoir divertir et agresser, idéalement il faudrait que le spectateur sorte de la salle différent qu’au moment où il y est entré. Cette notion d’aller au cinéma, d’aller voir une comédie mal torchée, mal éclairée, mal jouée simplement pour oublier son quotidien, comme boire du pinard etc… C’est vraiment un truc que je ne comprends pas. En fait, le cinéma est devenu un antidépresseur aujourd’hui. La majorité des films français agissent comme des antidépresseurs donc on a Frank Dubosc, Kad Merad et tous ces acteurs-là qui jouent dans des films qui sont ineptes, mal éclairés, mal joués, mal mis en scène, et qui agissent comme des antidépresseurs. Après y’a la salle et on les met encore à la télévision, et le système gagne beaucoup beaucoup d’argent autour de ça. Donc les auteurs gagnent beaucoup d’argent, les metteurs en scènes, les producteurs… donc c’est un système qui tourne en rond. Mais je pense que tout ça va changer par l’arrivée massive des Netflix, des Amazon et tout ça, ça va changer. Voilà, je suis parfois un peu malheureux, dans le système de production tel qu’il est, je dois bien l’avouer. Le fait d’avoir été ailleurs, d’avoir vécu un peu aux Etats-Unis, de voir comment les films se faisaient là-bas…bon alors, c’est une industrie colossale et c’est sans pitié mais y’a beaucoup plus de diversité et y’a beaucoup plus d’ambition. En fait c’est ça mon gros souci aujourd’hui avec l’Europe et surtout la France, c’est Dieu sait si j’ai aimé et j’aime le cinéma français mais je me reconnais pas dans le cinéma des vingt dernières années, c’est-à-dire que je ne comprends plus. C’est comme si on avait capitulé sur l’ambition, comme si on avait capitulé sur le risque et l’ambition. On laisse ça aux américains, aux asiatiques, aux coréens. La volonté de faire de grands films dramaturgiques avec de grands personnages, de créer des héros, de créer comme on l’a fait en fait, on l’oublie. On l’oublie. On dit « Non, non, faisons du cinéma anti-dépression ».


    Je suis assez d’accord avec vous sur tous ces points donc je n’ai pas grand-chose à rajouter. On est un peu sur la même longueur d’onde pour ça.
    Pour en venir à Alléluia, que j’ai eu la chance de voir et qui a été à mon sens mal distribué pour le moins, c’est une horreur du quotidien que vous tirez d’un fait divers. Quelle est la différence majeure avec Calvaire, qu’est-ce qui différencie vraiment les deux projets ?

    [Interview] Fabrice Du WelzOh, ben déjà une décennie. Donc entre temps, entre Calvaire et Alleluia, j’ai fait 3-4 films donc j’étais beaucoup plus mûr, beaucoup plus préparé, c’était pour moi un moment un peu difficile, je sortais d’une expérience très douloureuse avec Thomas Langmann quand j’ai fait Colt 45 qui s’est très très mal passé. J’avais besoin de me ressourcer, de revenir à l’essence même de mon cinéma, de me retrouver moi, il y avait vraiment un truc existentiel. J’ai renoué un peu avec tous mes camarades, mon acteur de Calvaire, Laurent, et je suis parti en expérimentation mais je n’ai jamais opposé les films. Pour moi, c’est une continuité, j’essaye peut-être d’être plus dramatique, d’être plus dans l’émotion, j’essaie d’être plus épuré encore. Non, ce qui m’importais c’était surtout la crédibilité dans ce cadre un peu surréel. Bien sûr, il y a le fait divers, le fait divers a été adapté plusieurs fois, il y a des grands films qui ont émergé de ce fait divers. Je voulais proposer une vision libre et ancrée dans les Ardennes belges. Mais je voulais surtout faire un portrait de femme plus grand que nature donc le personne de Gloria dans Alleluia est un personnage qui m’a beaucoup, beaucoup intéressé et énormément fasciné. Son rapport à Michel et comment elle évolue par rapport à leur rencontre.


    Quels sont les films coup de cœur que vous avez dans les derniers temps ?

    J’ai vu vraiment des choses bien, j’ai vu surtout là récemment le Park Chan-Wook, Mademoiselle, qui m’a vraiment mis par terre, qui est vraiment un grand grand film. C’est un film sublime, d’une grande beauté, d’une grande élégance et thématiquement, pour le coup, vraiment subversif. C’est vraiment un film féministe, un film d’amour pur en 3 chapitres avec 3 visions. C’est vraiment éblouissant. La mise en scène est prodigieuse, très épurée pourtant. Des interprétations vraiment incroyables…Non, vraiment le film est brillantissime. Et j’espère vraiment qu’il va rencontrer un large public, je l’espère de tout mon cœur.


    Je vous remercie énormément pour cette rencontre. J’espère moi aussi que vous aurez franchement du succès avec vos prochains films parce que je suis un grand amateur du genre, j’ai les mêmes sentiments que vous sur le genre et personnellement, ça m’a fait du bien de voir Alleluia, surtout en en ayant jamais entendu parler auparavant…

    Pourtant, on a fait la couverture de Mad Movies et tout ça ! Il est connu des amateurs de genre et tout ça mais la distribution a tellement été tué…Mais c’est tellement dur, les exploitants ne veulent plus…C’est vraiment aussi de la faute des exploitants. Les exploitants ne veulent plus de ce genre de film. La France devient vraiment…Avoir été perméable à toutes sortes de cinéma et elle est toujours perméable à toutes sortes de cinéma, mais les exploitants font la loi et surtout tout ce qui est subversif, violent…ils n’en veulent plus ! Parce qu’ils pensent que ça amène la racaille, les problèmes, les bagarres etc… Il y a un film prodigieux, un beau petit film belge qui s’appelle Black de deux réalisateurs belges dont le nom m’échappe [NDLR : Adil El Arbi et Bilall Fallah], qui a été tourné à Bruxelles sur une histoire de gangs, et qui a été boycotté des salles. Le film est très très bien finalement, il a fait une carrière absolument remarquable aux Etats-Unis, les deux réals sont engagés, font plein de trucs aux Etats-Unis et en France…y’a vraiment un truc bizarre…


    Malheureusement…
    Merci Fabrice Du Welz !

    La critique de Calvaire de Fabrice Du Welz
    La critique d'Alleluia de Fabrice Du Welz
    La critique de Vinyan de Fabrice Du Welz

    Et la critique du magnifique Mademoiselle de Park Chan-Wook.


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  • [Critique] Vynian

     

    Le tsunami de 2004 a ravagé une bonne partie du Sud-Est asiatique. Dans cette catastrophe, Jeanne et Paul ont perdu leur fils, Joshua. Convaincu qu'il reste encore un espoir de le retrouver, le couple est resté en Thaïlande. Au détour d'une vidéo, Jeanne croit apercevoir son enfant disparu et se met en tête de partir le récupérer. D'abord réticent, Paul accepte de faire ce voyage risqué en passant par l'intermédiaire de la pègre locale. Perdu dans de petits villages birmans inquiétants, le couple s'enfonce petit à petit au cœur de la folie. Joshua est-il vraiment encore en vie ou Jeanne a-t-elle perdu l'esprit ? 

    Après l'énorme coup de marteau qu'était Calvaire dans le cinéma horrifique en 2004, le belge Fabrice Du Welz remet le couvert quatre ans plus tard avec Vinyan, un très étrange long-métrage, même pour le cinéaste, qui a été globalement très mal accueilli lors de sa sortie. Délaissant les Ardennes belges pour la moiteur de la jungle asiatique, le réalisateur profite également d'un budget plus conséquent. Emmené par deux acteurs renommés, Emmanuelle Béart et le trop rare Rufus Sewell, Vinyan, tout comme Calvaire, n'a rien du film d'horreur lambda de l'époque. Ses choix radicaux affirment une nouvelle fois que Fabrice Du Welz possède un style et un univers très personnels. Vinyan est-il donc si mauvais ?

    La réponse est évidemment non. Pas du tout même.
    Comme pour Calvaire, Fabrice Du Welz installe son intrigue dans une atmosphère qui se délite petit à petit. L'histoire débute dans une Thaïlande foutraque et poisseuse qui flirte bon le ladyboy, la pute et la pègre, et s'achemine lentement vers une ambiance surnaturelle au cœur de la jungle Birmane dans les magnifiques paysages de la mer d'Adaman. L'utilisation du cadre s'avère une nouvelle fois l'un des points forts du métrage de Du Welz. L'exotisme des lieux et la sensation mystique qui s'en dégage siéent tout particulièrement à l'horreur sourde qui suinte de cette épopée entre folie et deuil. Avec un soin méticuleux confinant parfois à l'obsession, le cinéaste met en scène une expédition de tous les dangers en économisant les effets fantastiques et/ou horrifiques trop ostentatoires. A nouveau, il fait lentement glisser le spectateur et ses héros dans la folie.

    Bien que le cadre change radicalement et que le sujet de fond varie, Vinyan partage encore bien des points commun avec l'excellent Calvaire. Au détour d'une scène malsaine dans une certaine cabane par l’œil (trop) curieux de Paul, ou lorsque Jeanne s'entête à prendre son enfant disparu pour ceux qu'on lui présente. Cependant, la comparaison s'arrête là. Vinyan utilise le traumatisme du tsunami pour parler d'un deuil pathologique, celui de Jeanne et, dans une moindre mesure, celui de Paul. Béart et Sewell sont excellents à l'écran et offre le décalage précieux entre le point de vue à l'occidental et l'aura mystique asiatique. Dans ce gouffre culturel, Du Welz immisce lentement son histoire et offre des scènes extrêmement dérangeantes. Vinyan finit par démanger autant sur le versant psychologique que sur le versant visuel. Ainsi, la prépondérance et la récurrence du thème de l'enfance occasionnent un malaise dans l'esprit du spectateur. L'enfant devient l'enjeu-roi, la victime, l'esclave puis l'âme vengeresse de ce coin oublié du monde. La scène du riz, d'une terrible et macabre étrangeté, inverse tous les rôles tout en riant à gorge déployée. Un rire grinçant, incompréhensible et finalement glaçant.

    Si Du Welz n'a pas son pareil pour façonner des atmosphères étranges et inquiétantes, il faut aussi lui accorder un certaine audace pour aller filmer dans un endroit aussi difficile. Certaines séquences renvoient d'ailleurs au Sorcerer de Friedkin (on n'ose imaginer le tournage...). Reste que le choix s'avère payant. La moiteur du cadre, la pluie diluvienne et les ruines cachées dans la jungle sont autant d'éléments qui renforcent l'étrangeté du film et son versant quasiment onirique...ou cauchemardesque. C'est aussi cela qui rend plus malaisant la descente aux enfers vécue par le couple formé par Jeanne et Paul, qui passe de l'amour à la haine en même temps qu'ils passent de la civilisation à l'état sauvage. Vinyan ne répond en réalité pas à de nombreuses questions qu'il pose, et c'est en cela qu'il pourrait sembler vain à certains. Sauf que ce n'est pas là le but de Fabrice Du Welz. Vinyan se veut simplement un film étrange, inclassable et dérangeant...ce qu'il réussit avec brio.

    Film fantastico-horrifique à l'exotisme certain, Vinyan profite autant de son cadre que de l'habilité de son réalisateur pour faire naître des atmosphères dérangeantes. Une confirmation que Fabrice Du Welz est un réalisateur qui compte pour le genre et dont la radicalité du style rafraîchit par son audace. Alléluia achèvera d'ailleurs de convaincre les plus sceptiques.

     

    Note : 8/10

    Meilleure scène : L'entrée dans le second village sous la pluie 

    La critique de Calvaire de Fabrice Du Welz.
    La critique d'Alleluia de Fabrice Du Welz.

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  • [Critique] Mademoiselle

     

     Est-il encore besoin de présenter le meilleur réalisateur coréen vivant à l'heure actuelle ? Propulsé au rang de star mondiale avec son Old Boy, Park Chan-Wook a depuis enchaîné les coups d'éclats. Le dernier en date, le magnifique Stoker, datait tout de même de 2013 et l'on attendait avec une impatience non dissimulée l'arrivée de son dernier métrage, le fameux Mademoiselle. Présenté sur la Croisette cette année et reparti bredouille de celle-ci (!!), le film a pourtant largement recueilli les faveurs de la critique. En retournant à un casting intégralement coréen, Park Chan-Wook revient à un genre qu'il aime plus que tout, le thriller vengeresque et retors. Coiffé au poteau par Moi, Daniel Blake de Ken Loach dans la course à la Palme d'Or, Mademoiselle a pourtant de très sérieux atout à faire valoir. Reste cependant l'interrogation autour de l'orientation ouvertement homosexuelle du métrage qui peut faire craindre un Vie d'Adèle bis. C'est pourtant bien mal connaître Park Chan-Wook...

    Nous sommes dans les années 30, dans une Corée colonisée par le Japon. Le Comte, un escroc ambitieux, tente d'infiltrer Sook-he, une servante, chez la richissime Hideko que l'on surnomme Mademoiselle. Son but ultime ? Séduire Hideko avec l'aide de Sook-he et empocher sa fortune. Dans le manoir lugubre de son oncle Kouzuki, Hideko va donc recevoir cet homme prêt à tout pour la conquérir. Même à assister aux mystérieuses et dérangeantes séances de lectures d’œuvres littéraires sado-masochistes données pour une poignée de riches amateurs. Le décor est planté, le jeu de dupes peut commencer. En reprenant une intrigue labyrinthique naviguant entre Stoker et Old Boy tout en distillant un lent poison malsain au gré de son histoire, Park Chan-Wook découpe son film en trois actes et joue avec son spectateur comme un chat avec une souris.

    Construit sur de multiples retournements de situation, Mademoiselle pourrait rapidement agacer si le cinéaste coréen n'avait pas une maîtrise totale de son sujet et de ses acteurs. Au cœur de l'histoire, une affaire d'escroquerie qui se métamorphose rapidement en drame psychologique et amoureux. Très doué pour brouiller les pistes et magnifier ses acteurs, Park Chan-Wook dirige impérialement son casting, avec une mention spéciale à Kim Min-Hee et Kim Tae-Ri qui portent littéralement le film sur leurs épaules...moins frêles qu'elles n'y paraissent. Car oui, Mademoiselle est un film féministe de la plus belle facture. Non seulement il nous plonge dans les turpitudes amoureuses d'un amour lesbien mais il montre l'emprise des dames sur une société pourtant résolument patriarcale. La force du propos de Mademoiselle tient en grande partie de cette fabuleuse peinture amoureuse entre la servante et la maîtresse qui, au contraire du putassier et pitoyable film de Kechiche, restitue un érotisme d'une élégance extrêmement rare. 

    L'autre versant de Mademoiselle, c'est sa situation historique et le jeu entre coréen/japonais qui scinde en deux la société présentée. C'est également l'allusion constante à la littérature érotique lorgnant vers le sado-masochisme (un thème déjà présent dans l'oeuvre de Park-Chan Wook) qui transforme le manoir en un lieu effrayant et presque surnaturel d'où suinte des plaisirs interdits. Les séances de lecture autour des œuvres de Sade sont autant de moments de délices jubilatoires où le coréen se permet tous les excès.Il sait aussi se faire plus discret et revenir à des choses bien plus "basiques" mais pourtant d'une efficacité sidérante comme la scène du bain où Sook-he lime langoureusement la dent de sa maîtresse avec le doigt. Sans aucun doute la séquence la plus érotique de cette année 2016 sur grand écran. Mais tout cela n'est possible que par un seule et unique élément : le talent hallucinant de metteur en scène de Park Chan-Wook.

    Dès les premiers instants, Mademoiselle est une splendeur visuelle. En utilisant sa caméra avec une aisance de tous les instants, Park Chan-Wook fait plus que capturer une histoire, il la magnifie dans chaque angle, par chaque petit détail. Là où Kechiche filmait tout en gros plans avec une vulgarité de m'as-tu vu écœurante, le réalisateur coréen recherche toujours le meilleur angle d'attaque, notamment lors des scènes de sexes. De facto, celles-ci deviennent des instants de délices visuels d'un érotisme confondant. La première nuit d'amour entre Sook-he et Hideko a beau être présenté à deux reprises, la maestria visuelle et l'imagination sans renouvelée de Park Chan-Wook pour la filmer laisse pantois. Le point d'orgue du film sera dès lors la séquence de sexe lesbien avec des boules de geisha à clochettes où l'esthétisme érotique rejoint le tintement langoureux des carillons. 

    Sous cette couche d'érotisme sublime, Park Chan-Wook infiltre sournoisement le malaise dans le cœur du spectateur. La cave mystérieuse dont on ne cesse de parler, l'obscur rôle de l'oncle, l'éducation entraperçue de Mademoiselle...tous ces éléments, dévoilés avec une infinie précaution, donne un goût poisseux au film. Il suffit d'ailleurs de quelques minutes au réalisateur pour nous terrifier lorsque l'on découvre la fameuse cave de l'oncle. Les tortures qui y ont lieu nous seront montrées en parti mais on imagine le reste avec un effroi certain. Encore une fois, comme il l'avait fait avec Stoker, Park-Chan-Wook jongle avec le non-dit et le malsain, s'amuse à nous égarer et à nous titiller pour mieux nous faire tomber à côté d'un piège vénéneux. Le sexe est une arme et les femmes savent l'utiliser à la perfection. 

    Sans aucun doute l'un des plus beaux (le plus beau ?) métrage sur le plan formel de l'année 2016, Mademoiselle est un condensé du talent de conteur et de réalisateur de Park Chan-Wook. Servi par un casting irréprochable et par un sens de l'érotisme tout à fait délicieux, voici la véritable Palme d'Or de Cannes en 2016...et l'un des meilleurs films de l'année.

     

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Le limage de dent

     

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  • Palme d'or Cannes 2016

     

     

     Attendu au tournant, Moi, Daniel Blake de Ken Loach a beaucoup fait parler de lui depuis sa présentation au festival de Cannes cette année. Pourquoi cela ? Parce que le film a été récompensé par rien de moins que la Palme d’or, la récompense suprême de la Croisette. Le problème là-dedans c’est que non seulement un certain nombre de films méritait bien davantage la Palme (Qui a dit Mademoiselle ?) mais qu’en plus Ken Loach est un réalisateur très (très) connu à Cannes. Il avait déjà décroché la Palme en 2006 pour Le Vent se lève ainsi que trois Prix du Jury. Dire qu’on soupçonne George Miller (le président du jury 2016) d’un délit de copinage est un doux euphémisme. Cependant, comme cela doit toujours être le cas, il faut d’abord voir le film en question avant de pouvoir juger du bien-fondé de cette récompense et de la hype qui l’accompagne.

    Moi, Daniel Blake est un film social. Cela ne surprendra personne de la part d’un Ken Loach toujours très engagé même à l’âge de 80 ans. Il nous présente donc Daniel Blake, un veuf de 59 ans qui a perdu son travail de menuisier suite à un infarctus sur le lieu de son travail. Désirant plus que tout reprendre son activité, il demande donc une aide sociale en attendant de pouvoir travailler de nouveau. Sauf qu’on lui refuse et qu’il tombe alors dans les méandres Kafkaïens du Pôle Emploi anglais et des services sociaux attenant. Il y fait la rencontre d’une jeune femme, Katie, mère célibataire de deux enfants, qui survit tant bien que mal en attendant que les services sociaux daignent lui venir en aide.

    Film lent mais rageur, Moi, Daniel Blake pose son personnage principal avec une habilité remarquable. Daniel est le type même de vieux bougre qui ne mâche pas ses mots dans une société où tout a l’air de foutre le camp. La réalisation très sobre et très naturaliste de Ken Loach fait des merveilles dans un Londres froid et souvent déshumanisé qui ne trouve un peu de chaleur qu’à la lumière de ces « parasites ». Moi, Daniel Blake a donc un défaut assez évident : il n’a quasiment aucune nuance. Il s’agit là d’un film à charge et il ne montre que les valeureux écrasés par le système. Il ne fait état d’aucun profiteur ou d’aucun abus. Dans le monde vu par la loupe de Loach, tout le monde est opprimé, est victime, personne n’est profiteur. Le manque de nuance a parfois tendance à agacer, mais c’est sans compter sur la rage qu’il reste au réalisateur. Non seulement à travers deux personnages magnifiques, Katie et Daniel, mais aussi à travers la relation qui en ressort, cette tendresse instantanée qu’on a pour ces deux-là. Le portrait humain n’a rien à se reprocher, même s’il semble être le seul modèle concevable pour le cinéaste.

    C’est ici que cette critique prendra pour le lecteur habituel de ce site une tournure inattendue. Il n’est ordinairement jamais question de point de vue politique ici mais…pour une fois…
    Moi, Daniel Blake s’apprécie et ne se conçoit pas en dehors d’une perspective politique et sociale. Oui, le film n’a pas de nuance. Oui, Ken Loach voit tout de façon très caricaturale, parfois avec bonheur (l’administration froide et mécanique, totalement déshumanisée) parfois avec trop de naïveté (le gentil voisin qui fait de la contrefaçon).
    Mais Moi, Daniel Blake est un film nécessaire, un film qui fait du bien. Sortez de chez vous, allez-y.
    Regardez les trottoirs. Regardez ces gens-là qui crèvent de faim, de froid, de tout. Ces gens qui vous culpabilisent quand vous passez à côté, que vous ne donnez pas assez ou pas du tout alors que vous-même, souvent, vous êtes écrasés par les impôts d’un état totalitaire qui ne dit plus son nom. Ken Loach donne une voix, une dignité à ces gens-là, à ces crève-la-faim qui ne sont pas là pour vous sucer le sang mais pour vivre décemment, qui veulent juste un toit, à bouffer et un travail. Quand votre président gagne rubis sur l’ongle, que vos députés se goinfrent comme des porcs, quand vos footballeurs gagnent des millions, quand les grands du CAC 40 se caviardisent.
    Entendre Daniel Blake fait un bien fou, c’est un cri de raison dans une société moderne capitaliste devenue folle, devenue monstrueuse. Dénuée de toute parcelle d’humanité.
    Mais là où Ken Loach touche au sublime, c’est lors d’une séquence à la banque alimentaire.
    Dans celle-ci, Katie, qui se prive depuis des jours pour que ses enfants puissent manger, ouvre une boîte de conserve en catimini pour pouvoir manger des haricots froids parce qu’elle a « tellement faim ». Cette séquence est terrible, glaçante, magistrale. Sans musique, sans emphase, avec juste sa caméra et rien d’autre, Ken Loach capture l’indicible de notre société. Une femme qui pleure parce qu’elle a honte de mourir de faim.
    Parce qu’elle a honte de mourir de faim !
    Cette scène, emblématique de la rage du film et de sa charge totalement sans nuance fait autant de bien que de mal au spectateur. Rien que pour ça, rien que pour les milliers de personnes dans ce cas, ballottées par des services sociaux débiles et des gouvernements qui nous apprennent à nous détester entre petits plutôt qu’à les brûler vifs eux pour nous laisser crever, rien que pour ça Moi, Daniel Blake n’est pas le film mauvais ou insuffisant qu’on nous a vendu. Au contraire, il s’agit d’un excellent film.

    Le long-métrage de Ken Loach ne méritait pas la Palme d’Or cette année à Cannes d’un point de vue purement cinématographique. Mais cela n’enlève en rien ses qualités. Le cinéaste pousse un cri de douleur, un cri feutré dans ce monde moderne absurde, aidé par deux comédiens extraordinaires – Dave Johns et Hayley Squires – et par une réalisation d’une sobriété exemplaire. Pas de musique, juste des mots, juste des êtres humains qui, l’espace d’un film, redeviennent autre chose que des invisibles.
    Bravo Mr Loach !

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : La banque alimentaire

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  • [Critique] Ma vie de Courgette

    Prix du public et Cristal du long-métrage du Festival d'Annecy 2016
    César 2017 Meilleur film d'animation

    Que de bonne surprises l'animation peut-elle nous réserver ! Et cette fois, c'est l'animation Française (et Suisse) qui nous offre une petite perle. Court (1h06 minutes !), réalisé dans une technique d'animation originale et immédiatement accrocheuse, Ma vie de Courgette a décroché de nombreux prix dans les divers festivals qui l'ont accueilli. C'est avec les lauriers récoltés au festival d'Annecy que le film attire définitivement l'attention. Concocté par Claude Barras, qui signe par là même son premier long-métrage, et inspiré d'un livre de Gilles Paris, Ma vie de Courgette aborde un thème douloureux, celui du placement en foyer mais en évitant le larmoyant. Avec sa drôle de frimousse, Courgette (comme il préfère qu'on l'appelle) séduit immédiatement le public jeune et moins jeune. Chronique d'un authentique bonheur.

    La maman d'Icare a des problèmes de boisson. Icare se réfugie donc dans le grenier pour dessiner et s'évader. Jusqu'au jour où, par accident, la maman d'Icare doit partir au ciel. C'est alors Raymond, un policier, qui l'emmène dans un foyer pour enfants qui n'ont plus de parent. A l'orphelinat, Icare fait la connaissance de plusieurs autres gamins avec qui la vie n'a pas été tendre. Seulement voilà, Icare déteste qu'on l'appelle Icare. Il préfère qu'on l'appelle Courgette, comme le surnommait jadis sa mère. Et la vie de Courgette ne sera pas des plus simples. Sur ce postulat qui semble de prime abord profondément triste et propice à un tire-larmes sans fond, Claude Barras (bien aidé par la brillante Céline Sciamma au scénario) réalise un petit exploit : celui de nous conter un parcours triste rempli de bonheur et de découvertes, une histoire profondément touchante mais jamais pleurnicharde. 

    Dans le ton adopté, constamment léger par rapport au sujet traité, Ma vie de Courgette trouve l'équilibre parfait entre drame humain et joie enfantine. Ce qui étonne immédiatement, au-delà de l'aspect animation artisanale très vite accrocheuse, c'est la simplicité des mots choisis...et cela sans ne jamais rien enlever à la complexité ou à la dureté de la chose. Courgette se révèle non seulement un petit garçon adorable mais également un fabuleux compagnon de voyage au cœur d'un endroit empli de destins brisés. Au lieu cependant de ne voir que l'horreur de ces multiples enfants privés d'enfance, Claude Barras choisit de voir la beauté qui brille en eux, fait de leur particularisme une force, de leur pathologie un charme. L'immense, l'incroyable tour de force de Ma vie de Courgette c'est de ne jamais toucher au misérabilisme alors que son univers l'appellerait ordinairement à corps et à cris. 

    Cette démarche salutaire accorde un charme tout particulier au film entre l'amusement naïf de ces enfants et la vision d'adulte que le spectateur pose sur eux. Le décalage entre leur perception des choses et notre connaissance donne au long-métrage un goût doux-amer. Un goût d'autant prégnant que les problématiques de l'adoption, de la vie à l'orphelinat, des traumatismes de l'enfance sont traité avec une humilité et un respect rare. Claude Barras reste toujours à hauteur de l'enfant, ne tente pas d'intellectualiser à outrance et rend dès lors son oeuvre accessible à la fois aux adultes et aux enfants qui le regardent. Il possède cette double lecture rare que l'on trouve dans les Pixars ou les animes japonais de qualité. Sa brièveté n’est d'ailleurs pas un handicap puisque le film ne tire pas à la ligne, il se concentre sur des moments forts, sur la capacité de Courgette à surpasser son destin, sa solitude par l'amitié, puis l'amour. Optimiste jusqu'au bout, envers et contre toutes les turpitudes du réel, le film de Barras éblouit aussi par sa maîtrise de l'émotion qu'il distille de façon insidieuse tout du long, par de fugaces mais révélateurs instants de la tristesse qui borde ces existences de freaks de circonstances.

    Définitivement, Ma vie de Courgette s'avère à la hauteur du buzz qu'il a suscité. Modeste dans sa durée comme dans sa forme, le film de Claude Barras trouve un ton parfait pour aborder des choses d'une infinie tristesse. Il le fait avec tendresse et malice, il enchante et redonne le sourire au milieu d'une existence qui parait pourtant bien injuste. Une éclaircie dans un ciel noir.

     

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène :  L'adoption

     

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  • [Critique] Calvaire

    En termes qualitatifs, le cinéma francophone d'horreur est encore plus sinistré que peut l'être le cinéma dit populaire. On voit bien sortir quelques joyaux de temps en temps, Martyrs par exemple, mais pas vraiment de quoi s'enthousiasmer sur l'état de ce genre si particulier. En 2004 pourtant, un cinéaste belge du nom de Fabrice Du Welz réussit à sortir un premier long-métrage d'horreur sortant à la fois des sentiers battus et terriblement dérangeant. Avec un budget serré et un postulat relativement simple, Calvaire fait sensation auprès de la critique spécialisée. Il semble alors que pour son premier film, et après un court-métrage très remarqué - Quand on est amoureux c'est merveilleux - Fabrice Du Welz ait une carte à jouer. Retour dans les Ardennes belges.

    Comme on l'a dit plus haut, Calvaire possède un pitch de base relativement simple. Un chanteur de seconde zone (voir de troisième zone) donnant des représentations pour des personnes âgés tombe en panne en plein milieu d'une forêt des Ardennes belges. Il tombe sur Boris, un simple d'esprit à la recherche de son chien. Celui-ci l'emmène à une auberge proche où Bartel, le tenancier, doit lui venir en aide pour réparer sa camionnette. Fabrice Du Welz plante donc de prime abord son action dans un lieu banal mais terriblement à l'écart, le genre d'endroit que le monde semble ignorer. Cependant, dès le départ, il y a quelque chose de dérangeant dans Calvaire. Bien avant l'accident, Marc Stevens, le chanteur en question, rencontre une vieille fan à lui dans sa loge. Celle-ci lui fait des avances. Le malaise s'installe. D'autant plus fort que Du Welz maîtrise parfaitement son ambiance et que son acteur principal, Laurent Lucas, possède une aura étrange.

    Calvaire n'emploie pas les ressorts habituels du film d'horreur, à savoir le fameux jumpscare ou le gore à outrance. Fabrice Du Welz construit un long-métrage qui tourmente son spectateur par l'insidieux malaise qui s'y faufile. Petit à petit, on découvre par-dessus l'épaule de Marc que l'auberge, Bartel et les villageois, ont quelque chose de perturbant. De très perturbant. Le cinéaste belge joue avec le cliché du bouseux inquiétant et forcément dégoûtant pour titiller la peur du citadin. Il immisce quelques scènes frôlant le grotesque, telle que la séquence zoophile surprise par Marc au détour d'un chemin, et capitalise sur l'étrange comportement de Bartel. Trop gentil, trop logorrhéique. Bartel, c'est un peu la petite écorchure que l'on a sur le palais. On sait qu'elle est là mais on ne sait pas bien la situer. Et petit à petit, lentement, dans cette atmosphère glaçante et surréelle des Ardennes, le spectateur glisse.

    Fabrice doit beaucoup au talent d'acteur de Laurent Lucas et de Jackie Berroyer, absolument géniaux dans leurs rôles respectifs. Le glissement vers la folie s'accélère et Calvaire fait un crescendo dans l'horreur glauque...et psychologique. Le cinéaste a compris que pour terrifier son public, il doit distiller une terreur plus complexe que celle suscitée par le simple fait de torturer un pauvre bougre piégé par un fou. Derrière cette torture, il doit y avoir des motivations étranges, malsaines. Comme celle de prendre Marc pour une femme, de le raser comme une putain collaboratrice, de lui faire enfiler une robe et de le filmer en chien de fusil attaché dans un lit avec Jackie se glissant près de lui comme un époux ferait avec sa femme longtemps égarée. Ce genre de choses, ce renversement de la réalité flirtant constamment avec le grotesque, fait mouche. On est littéralement pétrifié à la fois par le caractère profondément réaliste de la chose et son côté totalement dingue. 

    Alors Calvaire peut révéler toute son horreur et élargir un peu le scope. Entre en scène les villageois dans deux séquences incroyables. La première dans le bar du village, un bar rempli d'hommes qui se mettent à danser comme des marionnettes cassées, un peu comme si Silent Hill (le jeu, pas le film) se déroulait en Belgique dans un trou paumé. La seconde par l'irruption des villageois chez Bartel et le viol filmé par le dessus. Fabrice Du Welz tente des effets de mise en scène qui ajoutent encore à la sensation de malaise de ce qui se passe devant nos yeux. Avec ses faibles moyens, il prouve qu'il est un metteur en scène exigeant et innovant. Calvaire s'en retrouve d'autant plus intéressant. Et terrifiant.

    Comme Alléluia plus récemment, Calvaire s'avère un film d'horreur aussi atypique qu'efficace. Jouissant d'un casting absolument irréprochable et d'une atmosphère très particulière, le premier long-métrage de Fabrice Du Welz expose aussi sa conception de l'horreur, beaucoup plus insidieuse et intelligente que l'horreur moderne tape-à-l’œil que l'on nous vend aujourd'hui à tour de bras. Une sacrée expérience en somme. 

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La scène du rasage - Le viol

     

    Critique d'Alleluia de Fabrice du Welz

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  • [Critique] Trolls

    Parfois, on s'imagine les réunions de projets des producteurs Hollywoodiens, surtout dans l'industrie de l'animation.
    Par exemple, comment un jour une personne a pu se dire "Tiens, et si on faisait un film sur des Legos ?" ou "Tiens, si on faisait un film avec des saucisses ?".
    Ou comment un scénariste ou producteur a pu regarder cette figurine culte des années 80-90, le fameux Troll de la société Dam Things et se dire : "Wahou, ça ferait un super film d'animation ?"

    [Critique] Trolls

    Non, parce que, franchement, vu comme ça, c'est pas vraiment la première chose à laquelle on pense. Pourtant, c'est bien ce que Dreamworks a fait en confiant le projet à Mike Mitchell et Walt Dohrn qui avaient surtout bosser sur Bob L'éponge et Shrek auparavant. Pas de quoi être rassuré à priori surtout si l'on rajoute que c'est Justin Timberlake qui supervise la partie musicale. 
    Soyons cependant juste quelques minutes. En effet, Lego : The Movie ne fut pas seulement une bonne surprise mais une petite bombe animée délicieuse et complètement malade, Sausage Party bénéficie quand à lui d'une remarquable presse outre-Atlantique. Alors quand on regarde ce projet totalement improbable, on a envie de se dire "Pourquoi pas ?"
    Et justement...pourquoi pas...

    Premier défi pour les réalisateurs, inventer une histoire derrière de simples figurines. Nous sommes dans le pays des Trolls, d'adorables créatures à la chevelure pour le moins détonante, qui adorent chanter, se faire des câlins et dire tout plein de choses gentilles. En gros, les Trolls sont des bisounours version pop-rock. Le problème, c'est que leur joie de vivre leur donne un goût particulièrement délicieux pour le palais des Bergen, des sortes de trolls au vrai sens du terme avec le physique qui va avec. Devenus des mets précieux pour les Bergen et enfermés dans un arbre-prison pour la dégustation annuelle des Bergens, les Trolls retrouvent espoir grâce à leur roi qui les emmène dans une contrée lointaine pour vivre en harmonie. Le souvenir des Bergen s'effaçant, la fille du roi, Poppy, ainsi que ses amis Trolls, oublient ce qu'était le danger. Seul un Troll continue à vivre en reclus dans un bunker en attendant le retour de la menace Bergen. Le sinistre Branche qui ne chante pas, n'aime pas les câlins et refuse de se mêler aux autres. Jusqu'au jour où la terreur resurgit.

    Expliqué de cette façon, le scénario des trolls ne restitue pas la folie de l'entreprise parce que, soyons clairs, à l'écran c'est un festival de WTF pendant les trente premières minutes. Les Bergens sont des monstres grotesques qui bouffent des Trolls pour ressentir un peu de bonheur, les Trolls sont des caricatures sur pattes de bisounours sous amphet avec des personnages carrément improbables parmi eux - une chenille qui ne sait pas parler, une espèce de...créature au long cou en miniature qui défèque des cupcakes, un Trolls boule à facettes qui crache des paillettes...Mais quest-ce que c'est que ce film ? En plus d'une histoire tirée par les cheveux - c'est le cas de le dire - Trolls affiche fièrement un tas de personnages improbables qu'on dirait inspirés d'un univers à la Pratchett...et ça tombe bien puisque les réalisateurs avouent s'en être inspiré avec Le Grand Livre des Gnomes. On comprend mieux pourquoi l'on obtient un résultat aussi étrange et farfelu.

    Certes le cheminement du film ne sera pas extraordinairement original mais il compte un sacré paquet de séquences hallucinogènes et d'idées excellentes. A commencer par Branche, le Troll en noir et blanc qui n'aime personne ou, mieux, le petit roi Bergen et sa servante follement amoureuse de lui. Deux mochetés hyper-attachantes et complètement inattendues. Les réalisateurs, conscients surement de l'improbabilité totale de leur scénario, s'en donnent à cœur joie. On arrive donc rapidement à une histoire fun, drôle et jouant constamment sur un côté WTF qui fait plaisir. Des délires comme un nuage avec des bras et des jambes...et qui parle ou une séquence de relooking à la Cendrillon de la servante Bergen. C'est cependant encore ailleurs que Trolls tire son épingle du jeu : Trolls est un film d'animation ET une comédie musicale en même temps.

    Rythmé par des chansons modernes, le métrage aurait pu devenir une parodie populaire d'un Disney d'antan. Mais ce n'est jamais le cas car les multiples chansons choisies s'incluent avec bonheur dans l'histoire. Il suffit de voir The Sound of Darkness remixé pour plaire à Branche pour s'en convaincre. Cette utilisation malicieuse donne au film encore plus d'humour et même de profondeur émotionnelle. On parle ici bien évidemment de la magnifique séquence dans la marmite où les Trolls réinterprètent la chanson True Colors. A ce moment-là, le film arrive à toucher son public. En somme, si Trolls fonctionne aussi bien, c'est parce qu'il ne se prend jamais au sérieux, s'amuse avec son postulat pour faire à peu près n'importe quoi dès qu'il le peut tout en laissant des prises plus classiques au spectateur...et parce qu'il est diablement beau. L'animation est en effet irréprochable et se permet quelques fantaisies comme les scènes en scrapbooking imaginées par Poppy. Décidément, Trolls regorge de surprises.

    Voila. Encore une fois, un projet complètement...grotesque...se transforme en un film d'animation sympathique, drôle, attachant et souvent complètement jeté.
    En tentant quelques petites choses délicieusement improbables, Trolls transcende son aspect banal pour devenir un divertissement fun utilisant la musique avec élégance et humour. Une bonne surprise qui vous laissera un grand sourire au lèvres et quelques notes sur la langue.  
    A voir ABSOLUMENT en VO par contre... le doublage français des chansons étant une catastrophe intégrale.


    Note : 7/10

    Meilleure scène : La séquence True Colors 

     

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