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     I've seen things you people wouldn't believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain. Time to die.

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  • [Court-métrage du dimanche] The Fisherman

     Ce dimanche, on change de sous-genre science-fictif avec le court-métrage du réalisateur espagnol Alejandro Suarez Lozano : The Fisherman.
    Acclamé dans plusieurs festivals, The Fisherman nous embarque à bord du petit bateau de pêche de Wong, un pêcheur de calamar têtu, qui tente une dernière fois de ramener une prise digne de ce nom...mais le calamar de cette nuit-là n'est pas tout à fait comme les autres. 


     

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  • [Court-métrage du dimanche] Invention of Love


     Pour le retour de cette rubrique, voici une petite perle steampunk aussi poétique que sensible avec Invention of Love du russe Andrey Shushkov (pour son projet de fin d'étude à l'Université d'Arts et Cultures de St Petersbourg). Tout en ombres chinoises, vous voici projetés dans une société mécanique et aérienne pour une histoire d'amour à la mélancolie lancinante.



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  • [Critique] Free Fire

     Si vous ne connaissez pas encore Ben Wheatley, réalisateur britannique atypique s'il en est, Free Fire risque de vous surprendre un tantinet.
    Film d'action saupoudré d'une bonne dose d'humour noir filmé en huit-clos complet, le long-métrage de l'anglais utilise un scénario timbre-poste pour coincer le spectateur dans un improbable affrontement entre gangsters. Des membres de l'IRA (organisation terroriste d'Irlande du Nord) rencontrent des vendeurs d'armes dans un hangar désaffecté de Boston. Alors que les tensions surgissent entre les deux groupes, l'antagonisme entre deux des hommes présents va finir par faire exploser le tout. On connaît la propension de Ben Wheatley pour aller là où on ne l'attend pas. On se souvient notamment de Kill List, film dingue et ultra-violent, ou de Touristes où le gore se mêlait à un humour (très) noir. Après un détour par un cinéma expérimental en diable avec l'adaptation de High-Rise de Ballard, il change une nouvelle fois totalement de voie avec ce Free Fire

    Tarantino n'est pas mort. Si vous avez été (comme beaucoup) amèrement déçus par les Huit Salopards, réjouissez-vous Wheatley a décidé de prendre le relais. Un hangar isolé, des gangsters, un huit-clos, des dialogues savoureux...Free Fire est une version revue et corrigée du Reservoir Dogs de 1992. Son scénario minimaliste cache en réalité une galerie de personnages tous plus truculents les uns que les autres. Film au casting all-stars, Free Fire invite Cilian Murphy, Brie Larson ou encore Sharlto Copley dans une ambiance qui fleure bon les années 80. L'acteur sud-africain que l'on avait tant apprécié pour son rôle dans District 9 revient ici dans l'habit d'un vendeur d'armes ridicule au possible avec un accent franchement exagéré mais hilarant. En face, Cilian Murphy et Armie Hammer composent des meneurs d'hommes aussi efficaces que dépassés par une situation qui échappe à tout contrôle. Soyons clairs, Free Fire est un joyeux bordel où les balles fusent. Après une introduction courte et efficace, le spectateur est plongé au cœur d'un imbroglio monumental. Tout le monde dégaine, tire, se fait toucher, crie.

    Mais dans ce foutoir absolu, Wheatley arrive toujours à coller à ses personnages, à ne pas perdre son public entre les positions des uns et des autres. Mieux, il arrive à incarner chacun avec une efficacité qui force le respect. Non seulement le gunfight s'avère parfaitement filmé, dynamique et précis, mais il fourmille d'idées scénaristiques pour relancer l’intérêt. Qu'il s'agisse de l'arrivée impromptue de nouveaux belligérants ou d'une simple sonnerie de téléphone, Wheatley utilise toutes les possibilités qu'il trouve. Surtout, au milieu, l'anglais se marre. Si tout le monde se tire dessus dans Free Fire, c'est avec un mauvais esprit réjouissant qui rappelle les meilleurs gunfights du cinéma de Tarantino. C'est drôle, caustique, sale gosse, bref, c'est tout sauf dramatique. Et ça fait du bien. Le second degré constant de l'intrigue ainsi que la folie destructrice qui s'empare des personnages, les menant à des extrémités d'une violence incroyable, fait sourire le spectateur. Il faut voir Copley se traîner en armure de carton et se prendre une machine à écrire pour comprendre que tout ce beau monde s'amuse comme pas possible.

    Au-delà de son humour constant, Wheatley continue à explorer un thème qu'il affectionne depuis le début de sa carrière : l'irruption d'une violence extrême et absurde dans des situations banales. Remplacez les campeurs de Touristes ou les riches de High-Rise par ces deux gangs de fous furieux, et vous constatez directement des ressemblances évidentes. Si le scénario semble tenir sur un timbre-poste, c'est aussi parce qu'il synthétise très abruptement ce qui cloche dans la société humaine. Mettez des armes, un bon paquet de pognon et de l'ego en veux-tu en voila, et vous avez une bonne synthèse du mode de fonctionnement de notre chère espèce. Pour pousser la blague encore plus loin, Wheatley profite du personnage de Brie Larson, unique femme du lot, pour livrer un pied de nez succulent à cette société masculine stupide. De bout en bout, Free Fire est un délice d'ironie mordante.

     Petit plaisir Tarantinesque, Free Fire est peut-être le film le plus accessible de Ben Wheatley. Fun, drôle et inattendu, le long-métrage rassemble une équipe de choc le temps d'un huit-clos méchamment réjouissant.
    Une belle réussite.

     

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Quand tout dérape...

    Critique de High-Rise de Ben Wheatley

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  • [Critique] The Jane Doe Identity

     En 2010 sortait discrètement sur nos écrans un petit film norvégien qui s’inscrivait dans la mode (agaçante) du found footage : The Troll Hunter. Ce long-métrage norvégien, bien loin des médiocres Paranormal Activity et autres Tchernobyl Diaries, arrivait à jongler avec bonheur entre horreur, humour et documentaire. Son réalisateur, André Øvredal, revient sept ans plus tard avec un second long-métrage et deux excellents acteurs américains, Emile Hirsch et Brian Cox. The Autopsy of Jane Doe (renommé The Jane Doe Identity pour l’occasion parce que...bah parce que ça fait un peu Jason Bourne et que ça pète...) nous plonge dans une atmosphère pesante au cœur d'une vieille morgue tenue par un soir d'orage. Alors que le shérif Sheldon intervient sur une scène de crime particulièrement sanglante, il découvre le cadavre d'une jeune femme impossible à identifier. Cette Jane Doe est amenée à Austin et Tommy Tilden pour que les deux légistes découvrent enfin son identité. Mais d'étranges choses commencent à survenir durant l'autopsie... C'est donc un postulat de départ très simple que propose The Autopsy of Jane Doe et qui semble tout entier contenu dans son titre. 

    Øvredal a quelques idées bien arrêté qu'il met en pratique dès les premiers instants du film. The Autopsy of Jane Doe démarre rapidement, et l'on entre dans le vif du sujet au bout d'une quinzaine de minutes. La principale originalité du métrage est de proposer une approche atypique dans le traitement de son horreur, à savoir que toute la première moitié du récit se concentre sur l'examen d'un corps, faisant surgir l'horreur et entretenant son ambiance oppressante par les découvertes et déductions des deux légistes. Le show repose alors sur deux éléments : la capacité de mise en scène du cinéaste norvégien dans ce qui est, en réalité, un huit-clos, et la prestation des deux acteurs principaux. Sans surprise, Hirsch et Cox assurent permettant au spectateur d'avoir à la fois une attache empathique (notamment avec le personnage d'Austin) et une immersion convaincante dans l'enquête en cours. Jamais Øvredal ne mise sur les effets gores de son autopsie comme aurait pu le faire un film lambda et durant une bonne moitié de l'histoire, le norvégien arrive à faire vivre ses personnages et son intrigue avec une habilité qui force le respect. D'autant plus qu'il développe une atmosphère lourde en arrière-plan.

    Cependant, à un certain stade (et peut-être par peur de lasser le spectateur), le réalisateur s'engage dans une autre voie horrifique en transformant son huit-clos d'expertise et de sous-entendus en un huit-clos horrifique surnaturel avec fantômes et autres apparitions. Ce virage n'est, en soi, pas forcément mauvais, il permet à Øvredal de varier les sources de terreur et de jouer également avec le cliché du fantôme. Evidemment, puisque la chose est plus courante ailleurs, l'originalité a tendance à disparaître. Il faut cependant concéder que le norvégien s'y prend fort bien, évite les jump-scares abusifs, et privilégie les silhouettes aux effets gores grossiers. Quelques astuces simples comme la clochette au pied d'un des cadavres, permettent ne pas miser frontalement sur l'horreur, Øvredal comprend qu'il vaut mieux laisser de la place à l'imagination. Certes, il est assez difficile de comprendre pourquoi la petite amie d'Austin est impliquée là-dedans. Le film n'y gagne rien en réalité. Mais le reste se révèle tout à fait honorable.

    Le vrai raté de The Jane Doe Identity, c'est de ne pas aller au bout de son postulat de départ et de ne pas intégralement fondé son intrigue sur une autopsie. Evidemment, il est fort possible que le résultat d'une telle démarche soit rébarbative mais elle éviterait au moins la sévère sensation de manque d'originalité de la seconde partie du métrage. En l'état, l'intrigue de fond, elle, reste accrocheuse. Øvredal arrive à retourner les hypothèses du spectateur quand à l'identité de la jeune fille et même à inverser le sempiternel cliché de la sorcière. Il y a donc du bon dans cette histoire de revenants matinée de satanisme. Du très bon même puisque le norvégien tient de bout en bout une atmosphère délicieusement effrayante grâce à une mise en scène précise et épurée.

     Pour son second long-métrage, André Øvredal offre un spectacle à la hauteur des attentes. Même si The Jane Doe Identity semble avoir du mal à choisir parfois, il n'en reste pas moins un film fantastico-horrifique relativement original et efficace supporté par deux excellents acteurs. Les amateurs seront ravis. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure(s) scène(s) :  L'autopsie

    - Critique de The Troll Hunter d'André Øvredal

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  • [Critique] Pirates des Caraïbes 5 : La Vengeance de Salazar

     

     Triste destin que celui de la franchise Pirates des Caraïbes. Ce coup de poker des studios Disney en 2003 qui tentent alors d'adapter une attraction-phare du parc devient un énorme succès. Forcément, deux suites sont mises en chantier, Le secret du coffre maudit et Jusqu'au bout du monde, toujours sous la direction de Gore Verbinski mais qui finit clairement par épuiser le filon avec un épisode trois poussif. Malgré le départ du créateur de la trilogie, la production choisit de remettre le couvert en confiant le quatrième volet à Rob Marshall. La Fontaine de Jouvence s'avère logiquement un échec artistique quasi-total. Malgré tout, le public suivant, un cinquième film est mis en chantier. Cette fois, le métrage est co-réalisé par les réalisateurs norvégiens Joachim Rønning et Espen Sandberg à qui l'on doit Kon-Tiki mais aussi Bandidas. Difficile donc de soulever un véritable enthousiasme pour cette énième aventure malgré la présence inattendue de Javier Bardem. Ne serait-il pas temps de couleur le Black Pearl ?

    Difficile de se voiler la face, ce nouveau volet de Pirates des Caraïbes n'a plus la fraîcheur d'antan. En effet, on marche en territoire connu avec malédictions, moussaillons, canonnades, couple d'amoureux, abordages, singes voleurs, Jack Sparrow et autre Barbossa. A priori rien de nouveau sous le soleil. Cependant, les cinéastes étant certainement bien conscients de cet état de fait, capitalisent justement sur ce qui a fait le succès de la franchise à ses débuts. La Vengeance de Salazar (en réalité Dead men tell no tales, mais les français adorent les titres moisis, c'est bien connu) s'ouvre donc de façon très semblable au premier opus en misant tout, ou presque, sur un côté aventure décontractée qu'il fait assez plaisir de retrouver. Le ton mystérieux est là, Jack Sparrow égal à lui-même (bien que le personnage commence à lasser) et surtout les réalisateurs norvégiens nous présentent Salazar. Très (très) loin du fade Barbe Noire, le grand méchant interprété par un succulent Javier Bardem bénéficie non seulement d'un background efficace mais également de superbes effets spéciaux qui, sans égaler la perfection graphique du Hollandais Volant, renvoie à l'équipage maudit du Secret du coffre maudit. 

    En s'ouvrant sur une séquence d'action drôle et impressionnante à souhait, La Vengeance de Salazar réjouit. Certes, on le savait en entrant dans la salle, on ne trouvera rien de véritablement nouveau là-dedans mais au moins Joachim Rønning et Espen Sandberg ont-ils la bonne idée d'offrir un divertissement le plus proche possible des origines. On évite évidemment pas les défauts comme celui du couple formé par Brenton Thwaites-Kaya Scodelario, copie à peine masquée de celui d'Elizabeth et Will, ou le manque cruel de scènes véritablement épiques. Mais ce cinquième volet a pourtant bien des choses à proposer. A commencer par un antagoniste puissant au navire franchement excellent, et surtout, comme on le disait plus haut, d'un background qui fait plaisir et sort des ornières habituelles. De même, l'humour, malgré quelques errements, s'avère globalement meilleur avec quelques blagues franchement drôles (l'astrologue putative). Saluons enfin quelques séquences qui sortent du lot comme le combat sur les canons, la libération de Jack ou encore le cambriolage. Tout cela sur une bande-son dans la droite lignée des autres opus et, donc, excellente.

    Plus court que tous les autres volets précédents, La Vengeance de Salazar n'a pas le temps de faire bailler son spectateur comme pouvait le faire Jusqu'au bout du monde ou La Fontaine de Jouvence. Mieux même, les deux réalisateurs tentent de rattacher les wagons de l'histoire de la trilogie originale pour lui donner un épilogue qui, s'il semble un peu téléphoné, n'en demeure pas moins touchant. Reste alors le cas de Jack Sparrow interprété par un Johnny Depp égal à lui-même qui finit, simplement par agacer. Pas que le personnage en lui-même soit mauvais - il a été brillantissime par le passé - mais il est l'exemple même du héros usé jusqu'à la corde et dont on connaît chaque réplique. C'est pourquoi la séquence si contestée du flash-back s'avère une excellente idée. Elle permet de montrer quelque chose de neuf à propos de Jack tout en achevant en un certain sens sa légende. Espérons simplement qu'il s'agisse là de la dernière apparition de l'excentrique pirate des caraïbes. 

     Surprenant par sa volonté affichée de revenir aux sources d'une saga passablement essoufflé, Pirates des Caraïbes 5 se hisse au rang des bons divertissements. En tentant de se faire plus léger, plus rythmé, plus esthétique et surtout de rassembler les personnages des premiers volets, le long-métrage de Joachim Rønning et Espen Sandberg offre une fin satisfaisante aux aventures de Jack Sparrow. Du moins, on l'espère. 

     

    Note : 6.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Le cambriolage

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  • [Critique] Message from the king

     Le réalisateur franco-belge Fabrice Du Welz, à qui l'on doit des pépites horrifiques comme Alléluia ou Calvaire, se tourne aujourd'hui vers Hollywood. Si l'on sait très bien que ce milieu a une fâcheuse tendance à broyer les cinéastes devant des impératifs budgétaires et scénaristiques, on est tout de même heureux de voir Fabrice revenir derrière la caméra pour s'essayer à un genre radicalement différent, celui du revenge movie. Dès la première bande-annonce le ton est donné, Message from the King ne va pas faire dans la dentelle et c'est tant mieux. Avec un casting aux petits oignons qui regroupe Chadwick "Black Panther" Boseman, Teresa Palmer, Luke Ewans ou le trop ignoré Alfred Molina, on peut dire que Du Welz sait s'entourer. Reste maintenant à voir comment il va gérer le changement d'univers et son passage à Hollywood. 

    Première bonne chose, Message from the King n'est pas là pour ergoter pendant des heures, à peine commencer que l'on plonge déjà dans l'intrigue, tout à fait simpliste d'ailleurs : Jacob King débarque à Los Angeles pour retrouver sa sœur Bianca qui lui a laissé un message de détresse sur son répondeur quelques jours plus tôt. Il ne dispose que de quelques centaines de dollars, d'un sac de vêtements pour sept jours. Du Welz pose les bases en quelques minutes et s'intéresse ensuite à son histoire de vengeance. Le métrage va droit au but, fonctionne d'abord comme une enquête pour rapidement suivre les traces d'un vigilante-movie à l'ancienne. Chadwick Boseman, impressionnant de bout en bout, trouve en Jacob King un personnage excellent que Du Welz laisse à moitié inexploré jusqu'à la toute fin de son métrage. Le spectateur ne connaît pas Jacob mais comprend vite que ses origines sud-africaines en font quelqu'un d'autrement plus dangereux et déterminé que des gangsters américains lambda. De Boseman se dégage une aura de charisme brutal mais aussi une sympathie instantanée envers un homme qui tente de faire justice sans chercher à excuser ou minimiser. C'est certes assez basique mais diablement efficace.

    Malheureusement, qui dit revenge movie dit scènes de combat...et là, Fabrice Du Welz montre ses limites de metteur en scène. En effets, les affrontements sont le plus souvent brouillons et parfois carrément illisibles. Si l'on excepte l'idée de la chaîne de vélo (qui renvoie en un sens au marteau de Old Boy, chacun ses goûts), l'action dans Message from the King s'avère simplement ratée. A côté de ce défaut ennuyeux, le film accumule les bonnes idées. La première étant de faire de Los Angeles un endroit crade et violent où les rêves des jeunettes en quête de gloire se brisent sur les rochers de la réalité américaine. Bianca en est le parfaite exemple et le fait même de la rendre aussi peu sympathique permet au film de donner une dimension d'autant plus poignante à la relation Bianca-Jacob. Jacob venge un souvenir plus qu'une réelle personne, il venge sa petite sœur du Cap et pas la droguée paumée de Los Angeles. Sous la caméra de Du Welz, la Cité des Anges adopte un aspect tout à fait repoussant où la richesse n'est qu'une façade, où le mal rode dans les coins. De ce côté-là, le cinéaste n'a rien perdu de son talent de mise en scène.

    Enfin, on peut regretter la simplicité extrême de l'histoire qui, s'il on y réfléchit bien, tient sur un timbre-poste plié en quatre. Cela semble pourtant renouer avec les revenge-movie old school des années 80-90 mais peut très certainement décevoir des gens habitués à des joyaux noirs ultra-fouillés comme Old Boy ou Lady Vengeance. Cette caractéristique d'uppercut de Message from the King s'avère donc à double-tranchant. Reste que le métrage arrive à éviter certains clichés inhérents à ce type de film, comme l'histoire d'amour qui, cette fois, n'en sera heureusement pas une. Malgré la volonté de Fabrice de toujours vouloir investir tout son être dans ses films (cf. Interview), on se rend compte que Message from the King reste tout de même assez loin de la qualité de ses autres long-métrages, plus étranges, plus audacieux et, simplement, plus personnels. 

     Direct, sec et sans pitié, Message from the King tient ses promesses. Emporté par un Chadwick Boseman impeccable dans un Los Angeles magnifiquement capturé par Fabrice Du Welz, le film est aussi simple qu'efficace tout en se permettant quelques subtilités bienvenues. 
    On attend maintenant le retour du réalisateur dans un domaine plus personnel et forcément plus captivant. 

     

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) :   La scène de la morgue 

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  • [Critique] Life

     Dernier film du réalisateur suédois Daniel Espinosa, Life (sous-titré en France Origine inconnue, parce que ça fait mystérieux et qu'au moins y'a des mots français pour le spectateur français qui est, forcément, incapable de comprendre un mot d'anglais) rentre dans la catégorie des métrages qui annoncent la couleur dès leur première bande-annonce. Après Enfant 44, Espinosa s'envole pour la Station Spatiale Internationale et un futur plus ou moins proche où une sonde ramène de Mars un échantillon qui contient...un organisme vivant ! Pour ne pas mettre la Terre en danger et éviter une possible contamination, l'équipe décide d'étudier Calvin - le nom donné à cette nouvelle forme de vie - au sein de la station même. Le problème, évidemment, c'est que le nouveau venu va se révéler extrêmement hostile. A la lecture de ce synopsis et après avoir visionné la première bande-annonce, on a comme une sensation de déjà-vu...

    En effet, Life est un simili-Alien.
    Un xénomorphe découvert dans l'espace... dans une installation spatiale exigue et de plus en plus glauque... avec une équipe d'hommes et de femmes pas forcément préparée à faire face à une telle situation...
    Tout est là, ou presque. Cependant, notez-bien, le métrage s'assume comme tel dès le départ, le spectateur est prévenu à l'avance et à aucun moment il n'y a mensonge sur la marchandise. De ce fait difficile d'en vouloir pour les ressemblances flagrantes entre les deux films. 
    En fait, il faut comprendre simplement que Life renoue avec quelque chose que l'on n'a plus vraiment l’habitude de voir sur grand écran aujourd'hui : le film de série B honnête.
    Vous ne serez pas (ou peu) surpris par l'histoire mais elle fait le job, il en va de même pour la galerie de personnages, tous assez basiques et qui servent surtout de proies à la dangereuse bestiole qui va parcourir la station. On peut d'ailleurs se demander comment le film arrive à réunir un tel casting...pour n'en faire rien ou quasiment. Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds, Hiroyuki Sanada, Rebecca Ferguson...devaient avoir surtout quelques factures à régler. L'avantage par contre, c'est que ce petit film bénéficie d'une galerie d'acteurs convaincants pour son jeu du chat et de la souris (avec scaphandres).

    Alors Life finalement à quoi ça sert ? 
    A frissonner. On sent l'influence de Gravity (la séquence d'introduction) et Alien, le 8ème passager (tout le reste !) mais Espinosa arrive tout de même à livrer au spectateur un spectacle soigné avec une mise en scène très fonctionnelle mais parfaitement adaptée au sujet, tout en insinuant assez de tension pour ne jamais ennuyer. Le point central du film, c'est évidemment la créature, Calvin, qui évolue constamment et qui s'avère, franchement, une brillante réussite sur le plan du design. Il faut noter à ce titre que la première attaque de la bestiole et la première mort se révèlent extrêmement convaincantes (et absolument dégoûtantes)...Il est à ce titre très amusant de noter la symétrie inversée entre la première mise à mort d'un membre de l'équipage et la mythique scène de repas d'Alien. Le reste devient ensuite un survival spatial assez classique mais toujours très efficace qui se conclue sur un twist prévisible mais délicieusement noir. 

     En résumé...Life tient ses promesses. Ni plus ni moins. 
    Daniel Espinosa offre un divertissement horrifique honnête, qui ne fera certainement pas date tant il lorgne ailleurs, mais qui ne prend pas ses spectateurs pour des imbéciles.
    Une bonne série B en somme. 

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  La première mort

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  • [Critique TV] 13 Reasons Why, Saison 1

     

    La fiction est un exercice difficile. 
    D'autant plus difficile lorsqu'un auteur adulte porte un regard sur une tranche d'âge qui n'est plus la sienne et qu'il doit, pourtant, en faire ressortir les spécificités. C'est une des raisons qui font que la fiction pour enfants et la fiction pour adolescents ne sont pas, contrairement aux idées reçues, plus simples. Elles ne devraient pas l'être en tout cas puisque ce sont ces œuvres qui façonneront les goûts et les repères des plus jeunes générations. De ce fait, élaborer un roman comme une série étiquetés teenager s'avère souvent en réalité bien plus complexe qu'on ne veut bien le faire croire. En choisissant d'adapter le roman éponyme de Jay Asher, la chaîne Netflix avait donc un poids très lourd sur les épaules quant à la qualité de 13 Reasons Why. Rapidement (et c'est mérité en regard du sujet abordé), la série a connu un très beau succès public tout en suscitant de vifs débats parmi les adolescents l'ayant visionné, ce qui, en soi, est une excellente chose. Publié en 2007 aux Etats-Unis et dans les tuyaux en vue d'une adaptation depuis 2011, 13 Reasons Why est un roman pour adolescent de 300 pages environ (assez court donc) qui se penche sur un sujet très complexe : le suicide chez l'adolescent. On y suit Clay Jensen, un lycéen américain de dix-sept ans, qui reçoit un colis renfermant 7 cassettes audio dont chaque face contient un enregistrement d'une camarade qu'il aimait : Hannah Baker. Aimait car Hannah est morte, ayant mis fin à sa vie de façon aussi brutale qu'inattendue quelques semaines auparavant. Dans cette série de cassettes, la jeune fille va retracer ce qui l'a mené à s'ôter la vie et chaque face se concentre sur l'un des acteurs volontaires ou involontaires de cette tragédie. 13 Reasons Why n'a rien d'une série au sujet léger, bien au contraire, et c'est à la fois son plus grand atout et son plus gros point faible. Puisque devant un sujet aussi grave, il fallait une série à la hauteur. Or, ce n'est pas toujours le cas.

    Ce jugement à l'emporte-pièce peut sembler sévère (d'autant plus si vous sortez récemment du visionnage de cette première saison très forte en émotions). Il est d'ailleurs assez complexe de disséquer les défauts et qualités de 13 Reasons Why tant l'objectivité critique se trouve mise à mal par de nombreux accès émotionnels durant ces treize épisodes. En fait, commençons par là. Au regard du nom de la série, Brian Yorkey et la production se sont tout simplement dit "13 raisons = 13 épisodes" (d'une durée moyenne de 50 minutes à 1 heure). Un erreur monumentale et, pour tout dire, qui s'avère lourde de conséquences pour la série. En effet, comme expliqué ci-dessus, le roman fait 300 pages (écrit dans une police respectable) et se lit vite. Comment faire pour en tirer 13 heures de séries ? En rallongeant la sauce et en délayant l'intrigue principale portant sur les cassettes et leur écoute par Clay. Si l'épisode pilot s'avère extrêmement accrocheur, la série affiche une baisse de régime dès le second épisode et chute définitivement entre les épisodes 5 à 9. En condensant certaines sous-intrigues ou en les élaguant même franchement, 13 Reasons Why aurait pu adopter un format HBO ou FX entre 8 à 10 épisodes. Mais ce n'est pas le cas. Il en résulte un rythme bâtard où l'on alterne les séquences (voir les épisodes) passionnants avec des scènes simplement énervantes tant le côté remplissage s'avère voyant. Tout l’intérêt de la série réside dans le couple Clay-Hannah ainsi que dans les raisons de son suicide. Dès lors, dès que la série s'attarde sur les émois des parents d'Hannah (Kate Walsh est sans cesse en train de pleurer, c'est insupportable), sur la pseudo-enquête au sein du lycée (qui a en réalité un intérêt beaucoup plus putassier qu'il n'y parait, on y reviendra) ou sur le simili-mystère de "pourquoi les autres lycéens veulent-ils se couvrir"...on s'ennuie ferme. Le rythme qui aurait pu être un crescendo émotionnel d'une puissance rare se révèle...haché. Le meilleur exemple se situant dans ce qui est pourtant l'épisode le plus fort de la série, l'épisode 11. Au lieu de concentrer la trame sur la révélation que l'on attend tous (à savoir pourquoi Clay apparaît sur ces cassettes), les scénaristes intercalent les sous-intrigues entre deux et casse l'excitation du spectateur. Définitivement, la première grosse erreur de la série, c'est cette envie de nous pondre un format de 13 épisodes et de tirer sur la corde façon chaîne non-câblée. 

    La seconde erreur découle d'ailleurs directement de la première. Sachant pertinemment que la série a un potentiel commercial très important (le public adolescent étant connu pour être un gros consommateur), Yorkey et son équipe...refusent d'en faire une mini-série. L'autre énorme problème de 13 Reasons Why, c'est qu'elle comptera une seconde saison...alors que le sujet ne se porte pas du tout à cette attitude putassière et qui explique également l'importance (injustifiée) de certaines sous-intrigues comme celle de l'enquête au sein du lycée. Le roman est un one-shot et Netflix n'en fait pas une mini-série mais une série ! Une erreur capitale. De ces problèmes de rythme va découler un dernier souci pour 13 Reasons Why : une subtilité à géométrie variable. Obligés de remplir les épisodes comme ils peuvent, les scénaristes se répètent et finissent par alourdir certains aspects de l'intrigue. On revient à ce stade sur le deuil de la famille Baker...traité de façon tellement grossière et tellement exagérée...Chaque épisode ou presque compte plusieurs séquences où la mère d'Hannah pleure, où le couple insiste sur le fait que leur vie est détruite...Il s'agit de choses évidentes qui ne méritent pas un traitement à la truelle comme celui-ci. D'autres choses seront traitées de la même façon comme cette manie de faire douter Clay sur l'écoute des cassettes. Franchement, on sait qu'il va les écouter ces cassettes alors pourquoi diable passer des heures et des heures sur ses hésitations quand à continuer... si ce n'est pour masquer un vide du à un format trop long. C'est prodigieusement agaçant. 

    Enfin, derniers ennuis, 13 Reasons Why est une série avec des adolescents. Ce qui comporte deux difficultés : trouver des acteurs assez doués pour les incarner...et qui ont un âge crédible. La série a bien du mal à échapper à ces deux écueils. D'abord parce que la galerie d'acteurs de cette première saison apparaît comme très inégale avec notamment un rôle important, Jessica, incarnée par une jeune actrice...simplement lamentable. Alisha Boe est soit constamment à côté soit constamment en surjeu. Elle est insupportable. Ensuite...comme d'habitude, ce sont des acteurs plus âgés qui doivent assurer des rôles plus jeunes et selon les personnages, on y croit plus ou moins. Concernant celui pourtant excellent de Tony...Il est difficile de croire que celui-ci soit un lycéen. Il fait aussi lycéen que votre serviteur fait collégien. En même temps...prendre un acteur de 25 ans pour jouer un personnage d'environ 18 ans...c'était une idée étrange (pour ne pas dire imbécile) dès le départ. Cela n'ayant cependant rien à voir avec l'excellent jeu d'acteur de Christian Navarro, certainement l'un des personnages secondaires les plus réussis de la série. Bref...en lisant tout ça, vous êtes surement déjà en train de vous dire que 13 Reasons why est une série médiocre qui ne vaut pas le visionnage. Ce qui serait une énorme erreur.

    Venons-en maintenant à ce qui fait la force de la série : ses thématiques. 13 Reasons Why part d'un postulat simple mais génial, celui de comprendre ce qui peut pousser un adolescent au suicide grâce à un témoignage direct de celui-ci. Centré sur deux personnages, le "couple" Clay Jensen - Hannah Baker, on suit avec une émotion constante les malheurs de la jeune fille (même si on aussi tendance à se dire qu'il s'agit de la lycéenne la plus poissarde du monde) et avec d'autant plus d'intensité que l'on découvre cela par les yeux d'un garçon bien, effacé, gentil et...amoureux d'elle. Du coup, tout change. On ressent à la fois de l'empathie pour la pauvre Hannah (excellemment interprétée par Katherine Langford dont il s'agit là du premier rôle) mais également pour Clay qui doit supporter l'horreur de la perte de celle qu'il aimait...et de découvrir que d'une certaine façon il aurait pu l'éviter. Le couple formé par les deux adolescents fonctionne de façon instantanée. Il est impossible de ne pas être emporté dans leur histoire d'amour tragique qui montre aussi une chose terrible qui s'applique à la vie adulte : nous faisons des choix qui peuvent gâcher notre futur. Par bêtise, par peur ou simplement parce qu'on ne se rend pas compte des conséquences. Cela s'appliquant à la fois à Clay et aux autres lycéens mais également à Hannah vis-à-vis des effets de sa mort sur sa famille et ses camarades. L'histoire d'amour qui est dépeinte à travers ces treize épisodes, et malgré la dilution par les autres sous-intrigues, se révèle d'une force rare. Difficile de ne pas être totalement envoûter par le premier slow sur The Night We met entre Hannah et Clay.

    Ce n'est cependant pas pour l'histoire d'amour ou l'intelligence de cette histoire à rétro que la série a fait parler d'elle et qu'elle reste, en fin de compte, hautement recommandable. 13 Reasons Why montre et ne se cache pas. Elle affronte de front plusieurs thématiques d'une grande difficulté pour les adolescents. Le harcèlement scolaire d'abord, banalisé mais d'une extrême cruauté, qui peut faire de la vie d'un lycéen ou d'une lycéenne ordinaire un enfer quotidien. La série le montre fort bien et de façon répétée (et cette fois à raison) tout en insistant sur le fait que la chose est tellement communément admise comme bénigne qu'on ne s'en rend même plus compte... Le harcèlement devient un décor aussi familier que des graffitis dans des toilettes. Second thème (et thème principal d'ailleurs) de la série : le suicide. Encore plus difficile à expliquer et surtout à montrer...et pourtant 13 Reasons Why le fait sans aucun hors champ. La séquence qui en résulte se révèle quasiment insupportable...autant ou presque que les deux scènes qui affrontent le dernier sujet épineux de la série : le viol. Et là...13 Reasons Why est un petit bijou sur ce plan, montrant de façon polémique que le viol est encore et toujours minimisé. "Mais as-tu dis non ?" "As-tu tenté de le repousser ?" autant de questions insupportables quand il s'agit d'un sujet aussi grave. La dernière scène de viol étant d'ailleurs une synthèse parfaite pour comprendre le pourquoi de cette incapacité à réagir. Elle est aussi d'une brutalité sans nom pour une série destinée à un public adolescent. On salue l'audace de Netflix de l'avoir gardé en l'état.

    Pour toutes ces thématiques, la qualité de son histoire d'amour adolescente ainsi que pour la richesse apportée par certains personnages secondaires (on pense notamment à celui de Tony et celui de Justin, magnifiques de bout en bout), 13 Reasons Why doit retenir votre attention. D'autant plus que les défauts abordés en première partie s'atténuent en regard de l'aspect addictif de la série qui se bingewatche naturellement. On ajoutera encore que cette première saison bénéficie d'un soin indiscutable dans sa mise en scène et que sa bande originale s'avère superbe. On y retrouve pêle-mêle Joy Divison, Woodkid, M83, Vance Joy ou encore Lord Huron avec la fabuleuse (et inoubliable) The Night We met que vous écouterez en boucle à coup sûr à la façon d'un What's Going On dans Sense8.

     Malgré des défauts évidents et agaçants, 13 Reasons Why est une série captivante, déchirante et importante. Elle arrive à saisir avec justesse des thématiques adolescentes difficiles tout en menant de front une histoire d'amour d'une grande beauté. Certaines scènes sont, certes, d'une grande rudesse, mais apparaissent comme nécessaires au regard du sujet traité. On regrette simplement que Netflix ait eu la très mauvaise idée d'en commander une seconde saison et de ne pas respecter le condensé émotionnel offert par une saison unique qui aurait été, à coup sûr, inoubliable. 

    Et ceux qui ont aimé aurait grand intérêt à se plonger dans l'excellent film The Perks of being a Wallflower (Le Monde de Charlie) de Stephen Chbosky

     

    Note :  8/10

    Meilleure épisode :  Episode 11 - Cassette 6, face A

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  • [Critique TV] Taboo, Saison 1

     Parmi les séries excitantes du moment, Taboo figure en bonne position. Créée par un certain Steven Knight (responsable déjà de l'excellente série Peaky Blinders que l'on vous recommande chaudement) et Edwards Hardy, père du fameux acteur Tom Hardy - lui-même acteur principal de la série -, Taboo est une production à destination de la BBC et de la chaîne américaine FX. On y retrouve une pléiade d'acteurs remarquables tels que Jonathan Pryce (aka The High Sparrow dans Game of Thrones), Oona Chaplin (Game of Thrones aussi !), Mark Gatiss (Sherlock Holmes) ou encore Stephen Graham (le Al Capone de la série Boardwalk Empire) ainsi qu'un compositeur qui n'en finit plus de monter en la personne de Max Richter (The Leftovers, Black Mirror, Arrival...). En somme, tout semble réuni pour faire de Taboo l'une des nouvelles séries les plus folles de l'année. 

    Mais avant toute chose, Taboo, de quoi ça parle ? 
    James Keziah Delaney que l'on pensait disparu en Afrique, rentre à Londres à la mort de son père, Horace Delaney. Ce dernier, devenu fou dans ses dernières années de vie, possédait un certain territoire sur la côté Ouest de l'Amérique du Nord appelé Nootka Sound. Occupée par des tribus de sauvage, la terre laissée en héritage à James n'a de prime abord aucune valeur...sauf qu'elle est en réalité la clé de la délimitation territoriale dans la guerre que se livre le Royaume-Uni et les Etats-Unis en cette année 1814. Courtisé à la fois par les américains et par les anglais, James n'a cependant aucune intention de céder aux offres de la East India Company malgré l'arrangement de celle-ci avec sa demi-sœur, Zilpha Geary. Hanté par ce qu'il a fait en Afrique et les étranges pouvoirs qu'il a côtoyé, James n'est plus le même homme. Aidé par Atticus, Brace et Helga, il risque bien de bouleverser l'échiquier politique et même de s'attirer les foudres du roi. 

    Il faut l'avouer, Taboo met un certain temps à se mettre en place. Sa narration, volontairement élusive au début, n'est pas aussi clairement accrocheuse que ne pourrait l'être une série plus conventionnelle. Ce qui accroche par contre immédiatement le spectateur, c'est son atmosphère très noire aux forts relents fantastiques. Grâce à sa mise en scène crasse et sèche, Taboo propulse immédiatement ses personnages dans un Londres à la fois très familier et très différent. Knight et Hardy auraient pu se limiter cependant à reproduire un simili-Peaky Blinders...mais ils ajoutent une dimension de plus en plus clairement fantastique à mesure que les épisodes s'enchaînent. En mêlant les mythes africains et indiens, avec un zeste de magie noire/vaudou pour faire bonne mesure, la série acquiert une aura d'étrangeté malsaine parfaitement synthétisée par son personnage principal : James Delaney.

    N'en faisons pas mystère, le plus gros atout de cette première saison, c'est évidemment l'acteur britannique Tom Hardy (Mad Max Fury Road, Bronson, The Dark Knight Rises) qui endosse cette fois le costume pour le moins singulier de James Delaney. Avec son charisme habituel et un talent toujours plus impressionnant, l'anglais offre une prestation magistrale pour un personnage franchement fascinant de la première à la dernière seconde. Knight sait ménager les révélations qui l'entoure et garde même quelques non-dits en réserve pour la prochaine saison. Pour tout dire, Tom Hardy tient la série sur ses épaules. En cela, il est aidé par une galerie d'excellents acteurs déjà cités précédemment mais on est sans cesse épaté par le talent du trio Pryce - Graham - Hayman, véritable équipe de choc. Outre cette solide distribution, la série peut également compter sur une intrigue maîtrisée et minutieusement calibrée par un Steven Knight toujours aussi en forme. 

    En prenant pour toile de fond la guerre relativement méconnue de 1814 entre les britanniques et les américains, Taboo permet de (re)découvrir une période qui n'avait rien à envier aux fresques fantasy type Game Of Thrones. Londres est alors un nid de vipères où les espions pullulent, où les agents des deux factions s'affrontent à travers des crimes d'une rare violence (qui trouvent d'ailleurs un écho tout particulier avec la brutalité bestiale de James) et où l'on ne sait plus bien en fin de compte qui sert qui. Ce jeu du chat et de la souris entre James et ses adversaires tient en haleine durant les huit épisodes de cette première saison et permet également à Knight d'aborder quelques thèmes forts justes. Celui de l'esclavagisme et de l'hypocrisie de la société anglaise de l'époque à son égard par exemple. Ou celui de l'homosexualité voir de la transsexualité à travers Benjamin Wilton. C'est aussi l'occasion d'insérer un certain nombre de clins d’œils historiques (les allusions à Napoléon, le rôle de la chimie et du personnage étrange mais savoureux de Cholmondeley etc...) qui apportent une saveur particulière à cette sombre histoire.

    La franche réussite de Taboo est due à la conjonction de tous les éléments précités. La série aurait pu être un ersatz du succès précédent de Steven Knight, Peaky Blinders, mais l'ajout de la dimension fantastique - d'ailleurs clairement assumée et esthétiquement remarquable - en font tout autre chose. La prestance de Tom Hardy, la qualité du casting et la minutie de l'intrigue qui multiplie les pistes sans jamais s'égarer (et cela même si la sous-intrigue de Zilpha apparaît comme plus faible que le reste), la partition entêtante de Max Richter... tout participe au résultat final plus que fascinant. Si une saison 2 est d'ors et déjà annoncée, vous pouvez vous précipiter sur ce joyau noir télévisuel.  

     

    Note : 9/10

    Meilleure épisode :  Episode 4

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  • [Critique] La Belle et la Bête (2017)

      Hasard du calendrier, La Belle et la Bête version 2017 sort peu de temps avant Ghost In The Shell le remake à l'américaine. Derrière ces deux "franchises" qui n'ont, de prime abord, rien à voir, se cache pourtant des mécanismes de marketing pourtant tout à fait similaires. Après avoir étudié en détails le cas Ghost In The Shell, penchons-nous aujourd'hui sur celui de cette énième variation autour du conte populaire de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont datant de 1757. Si peu de gens aujourd'hui connaissent le film de Cocteau de 1946, il en va tout autrement du dessin-animé de Disney de 1991, succès public et critique en son temps, et qui est aujourd'hui le matériau principal qui sert de base au film de Bill Condon. Comédie-romance-musical, le long-métrage met en scène Emma Watson (qui doit toujours s'en mordre les doigts d'avoir refusé le rôle-titre de La La Land en lieu et place de celui-ci) et un Dan Stevens numériquement bestial. Dans les autres personnages archi-connus, on retrouve une pléiade de visages...enfin de voix connues comme celles de Ian McKellen, Ewan McGregor, Stanley Tucci ou encore Emma Thompson. Derrière ses effets spéciaux numériques charmeurs, que vaut ce remake-live des aventures de La Belle et la Bête ?

    A peu près la même chose que celle du Major à la sauce Hollywoodienne...à ceci près que le propos ici n'a jamais été très complexe même pour l'original. En réalité, cette adaptation découle de la constatation simple (et putassière) que le passage vers le live de ses classiques de dessins-animés marchent bien dans les salles obscures. Car les générations qui ont grandi avec ces mêmes dessins-animés ont maintenant un autre âge et s'y retrouvent davantage avec ce nouvel enrobage semble-t-il. Comme pour le Livre de la Jungle, Blanche-Neige et le Chasseur et autre Maléfique, Disney joue sur la nostalgie du spectateur pour amasser un paquet de fric en faisant le minimum syndical derrière une bonne grosse vitrine d'effets spéciaux. Nous ne ferons pas l'affront au lecteur de préciser le postulat de La Belle et La Bête dans cette critique puisqu'il faudrait avoir vécu dans une grotte les trente dernières années pour ne pas le connaître. La trame narrative s'avère donc sensiblement la même que celle du dessin-animé, avec des ficelles grosses comme des cordes d'amarrage de navires, des personnages aussi simplistes et manichéens que les Disneys de la grande époque et...une bonne plâtrée de bons sentiments en veux-tu en voilà.

    Il ne s'agit pas ici de détruire la franchise de La Belle et La Bête ni le joli dessin-animé des années 90, comprenons-nous bien. Mais de se demander au fond : Pourquoi tous ces millions de dollars et cette énergie pour accoucher d'un film parfaitement inutile ? Excepté titiller la corde sensible du spectateur nostalgique, qu'apporte de neuf La Belle et La Bête ? Absolument rien. On retrouve le même univers, le même ton, les même personnages...avec des effets spéciaux jolis (mais voyants) pour enrober le tout et masquer le vide scénaristique ainsi que le manque criant d'innovation. Emma Watson a beau faire ce qu'elle veut, Luke Evans a beau cabotiner comme il le peut...il n'y a strictement rien d'excitant dans La Belle et la Bête que vous ne connaissiez déjà. Excepté un certain sens du politiquement correct où l'on introduit deux personnages gays juste pour le plaisir de le faire (donc en se foutant totalement d'édifier de beaux personnages) et de disperser quelques personnages noirs pour respecter un quota même s'il n'y a aucun intérêt scénaristique à cela. A côté de ces faits, on retrouve le choix de montrer une Bête tout en images de synthèse au lieu de jouer sur du maquillage et un costume, certainement plus coûteux et difficile à mettre en oeuvre, mais qui aurait été tellement plus réel que cet artifice de jeux-vidéo. Le pire restant que lorsque l'apparence numérique tombe, on constate que Dan Stevens est un total miscast dans le rôle du Prince...Mais soit. 

    Il n'y a donc qu'une seule petite chose qui tente de rattraper ce drame commercial, c'est bien les musiques et la bande-originale, brillamment retranscrite au moins avec quelques belles petites scénettes notamment la chanson de Gaston dans l'auberge, rythmée et bien mise en scène. On retrouvera également les quelques succès qui ont fait la gloire du dessin-animé original, à savoir Be Our Guest ou Beauty and the Beast, mais qui, une nouvelle fois, ne font que pincer la corde du nostalgique assis devant l'écran de cinéma. Mobiliser un tel nombre de personnes, d'acteurs et Bill Condon pour ça...C'est vraiment gaspiller du temps, du talent et de l'argent (même s'il est vrai que Bill Condon est capable du pire, avec Twilight IV et V, comme du meilleur, avec Mr Holmes). Le film s'achève dans une happy-end attendue (tout le monde sait ce qu'il va se passer, il n'y a donc rigoureusement aucun suspense) et achève de convaincre de sa vacuité.

    A quoi sert La Belle et La Bête version 2017 ?
    C'est simple à rien. Le film n'est pas honteux ou mal joué ou mal mis en scène, au contraire, il est très correct et fait le job.
    Il ne sert juste à rien d'autre qu'à vous soutirer quelques billets en échange d'une Madeleine de Proust enrobée d'effets numériques. 
    Une perte de temps.

     

    Note : 3/10

    Meilleure scène :  La chanson de Gaston à l'auberge

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  • [Critique] Ghost in the Shell (Remake américain)

     Annoncé de longue date depuis qu'un certain Steven Spielberg a acquis les droits du manga, le remake américain du génial Ghost in The Shell du non moins génial Mamoru Oshii a fini par voir le jour. Réalisé par Rupert Sanders, déjà responsable de Blanche-Neige et le Chasseur, cette tentative d'adaptation en prises réelles d'un anime culte s'avère extrêmement intéressante. Elle apparaît en effet comme la parfaite synthèse de tout ce qui cloche dans le cinéma Hollywoodien actuel. Ne soyons pas hypocrites, dès l'annonce du projet on savait pertinemment que le métrage ne servirait à rien. Quel est le but de faire un remake d'un anime déjà extraordinaire en le confiant de surcroît à un jeune réalisateur qui n'a pas le quart du génie d'Oshii ? Comme toujours, il s'agit pour Dreamworks et la Paramount de rendre plus "accessible" au public américain une oeuvre totalement étrangère...et de se faire de l'argent au passage. Et comme toujours, le procédé n'a strictement qu'une fin putassière. 

    Il semble pourtant intéressant de se pencher sur ce Ghost in The Shell à l'américaine pour expliquer pourquoi la démarche s'avère aussi stérile qu'insultante. L'action se situe dans un futur proche dans une ville futuriste jamais nommée où une équipe, la Section 9, dirigée par Daisuke Aramaki et le Major, tente de mettre la main sur un terroriste qui pirate des esprits, un certain Kuze. Le Major est un être unique dans ce monde pourtant déjà largement amélioré, puisqu'elle possède un corps entièrement artificiel qui accueille le cerveau d'une humaine authentique. Elle va cependant découvrir au cours de son enquête sur Kuze que bien des choses lui ont été caché. 
    Déjà, première constatation, le synopsis de départ a été changé et, pour tout dire, très largement simplifié. Le Major n'est plus un être entièrement cybernétique mais une espèce de Robocop-bis, la Section 9 est la seule mentionnée dans le film, les intrigues politiques sont bien plus faciles tout comme les considérations philosophiques etc...

    Nous tenons-là le premier défaut du métrage. Ghost In The Shell sauce américaine simplifie sous prétexte de populariser...et perd l'originalité et le génie de l'original. Pire encore, Sanders a peut-être beaucoup de connaissances en matière de classiques de SF, il ne fait que mélanger le tout pour rendre une copie hybride qui n'a plus vraiment à voir avec ce que l'on connaissait. L'univers du présent film est un étrange mix de Robocop (pour le Major et ses questionnements, humour en moins), Blade Runner (pour le style de la ville), Matrix (pour les combats) et Deux Ex (pour les améliorations des humains). Alors que l'oeuvre de base se suffit à elle-même de par son extrême intelligence et la foisonnance de ses concepts, ce remake choisit de faire du grand public...et fait donc dans le vu et revu ailleurs (et en mieux). L'intrigue est au diapason, très prévisible car elle semble avoir vingt ans de retard sur toutes les grandes œuvres SF cinématographiques et littéraires. Tous les thèmes abordés ne sont en réalité qu'effleurés, le métrage ne voulant perdre personne finit par proposer une simili-enquête policière aux enjeux restreints à l'injustice de la création du Major et de Kuze. Tout est franchement évident dès que l'on possède quelques notions sur le plan science-fictif.

    Second défaut : le fameux white-washing. Pour adapter Ghost In The Shell au public américain, pas question de reprendre l'ethnie logique du film. A la place d'asiatiques pour les rôles principaux - à l'exception notable de Takeshi Kitano pour le fan-service - tous les protagonistes redeviennent des occidentaux. A commencer par le Major interprétée par une Scarlett Johansonn simplement hors de propos. En ajoutant que l'actrice surjoue les tics robotiques (alors qu'elle était excellente dans Under the Skin), on obtient un miscast total. Le reste de l'équipe ne vaut guère mieux. Cette volonté de transformer l'ethnie majoritaire du film pour le rendre plus bankable, phénomène déjà bien connu à Hollywood, atteint ici des sommets d’imbécillité. Le pire restant que les quelques acteurs asiatiques du film jouent...comme des pieds (excepté Kitano) et...Juliette Binoche, juste insupportable dans un rôle cliché au possible. 

    Enfin, Ghost In The Shell peut se targuer d'avoir des effets spéciaux, une esthétique et une mise en scène d'excellente qualité. Sanders, de ce côté au moins, fait le job. C'est là aussi une des marottes des remakes à l'américaine, cacher sa misère scénaristique sous des atours séduisants. Une chose qui marche certainement avec un public peu exigeant mais justement...à qui s'adresse ce remake ? Certainement à cette frange de la population avec des préjugés lamentables quant à la qualité des anime japonais...Et encore ! Le film misant justement sur cette parenté (il y a même nombre de clins d’œils pour les fans...qui...évidemment n'en auront un peu rien à faire), on doute qu'il draine ce public-là. D'un autre côté, on trouve les fans de SF et les connaisseurs de l'anime d'origine...Ceux-là ne douteront pourtant pas un instant de l'inutilité totale d'un remake d'une oeuvre déjà...grandiose, tout simplement. Le pire restant que Ghost In The Shell le remake n'a rien de véritablement honteux, pris à part, il s'agit d'un film honnête et bien mis en scène...qui a juste un retard considérable sur son époque. 

    Quel intérêt trouver à ce Ghost In The Shell ?

    Le même que celui de tous les remakes américains du même genre...vous faire connaître l’œuvre d'origine qui vaut mille fois cette copie pâle et oubliable de Rupert Sanders. La sortie du métrage en France a permis de rééditer l'anime de Mamoru Oshii dans une belle édition blu-ray et l'on ne saurait que trop vous conseiller d'investir la somme de la place de cinéma dans ce même blu-ray. Vous aurez cette fois un film d'une maîtrise absolue, passionnant et d'une extrême intelligence. 
    Vous savez ce qu'il vous reste à faire...
     

    Note : 4/10

    Meilleure scène :  La rencontre avec Kuze

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  • [Critique] Patients

     Pour adapter son roman autobiographique, le chanteur Grand Corps Malade décide d'appliquer l'adage qui dit que l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Tout de même épaulé par son ami Mehdi Idir - réalisateur des clips du chanteur -, le français Fabien Marsaud met en scène Patients, long-métrage à propos de sa rééducation suite à un accident dans une piscine qui lui a presque fait perdre totalement l'usage de ses jambes et qui l'a mené à mettre fin à sa pratique du basket. Pour se faire, il recrute un casting de jeunes acteurs et donne son propre rôle à Pablo Pauly qui va de ce fait porter tout le film (ou presque) sur ses épaules. Reste maintenant à savoir si Grand Corps Malade réussi son pari de passer derrière la caméra.

    On ne reviendra pas sur l'histoire puisqu'il s'agit en réalité de celle du chanteur avec des noms différents. Rappelons juste que l'on suit la difficile rééducation de Benjamin, un jeune qui doit tout réapprendre suite à un accident dans une piscine. Le but de Patients n'est cependant pas tant de dresser le portrait d'un homme que celui plus ambitieux, et certainement plus original, de décrire le milieu des soins de suites et réadaptation. Par le regard de Benjamin puis de ses amis, le spectateur découvre un univers médical un peu différent de la norme habituelle et certainement bien plus réel que les conceptions aseptisées que l'on peut trouver ailleurs. Grand Corps Malade évite deux des principaux pièges de ce genre d'entreprise : il conserve une certaine forme d'humour sans cependant effacer toute trace dramatique...et il reste sobre sans chercher à tirer à tout prix des larmes au spectateur.

    Alors que l'on ne s'y attendait pas du tout, Patients s'avère un film humble qui sait parler du handicap sans verser dans les excès de misérabilisme ou au contraire de bienveillance que l'on aurait pu craindre. Il ne rechigne pas à parler de la vérité du handicap avec les lavages évacuateurs, l'impossibilité de se nettoyer seul ou de manger seul, mais il le fait avec une sincérité omniprésente. Quand le long-métrage montre l'absurde du comportement de Jean-Marie, c'est pour mieux faire comprendre par la suite qu'il n'est pas vraiment méchant...il est juste comme ça. Du coup, on en rigole bien plus facilement. De même, les relations qui se nouent entre Benjamin et ses potes, tous issus de la banlieue, se révèlent nuancées et équilibrées évitant la plupart du temps de tomber dans la caricature maladroite. De ce fait, le long-métrage apparaît comme éminemment sincère, davantage encore qu'un Intouchables. 

    Sur le plan des défauts, il faut pointer la longueur certainement un peu excessive de Patients au regard de son sujet. En voulant uniquement traiter l'environnement de la rééducation, Marsaud a une excellente idée mais il ne peut éviter une certaine lassitude du spectateur. Certes, on peut aussi arguer que c'est aussi le but, faire ressentir la lenteur du processus de réhabilitation...Pourtant, on finit un tant soit peu par tourner en rond. Heureusement, le ton d'une grande justesse adopté par le métrage sauve le film du ratage, lui donnant au contraire un capital sympathie énorme. Il faut dire que Pablo Pauly assure dans le rôle de Benjamin et que le refus de faire de son récit un tire-larme facile aide à s'identifier au personnage.

    Enfin, il faut reconnaître le mérite de Grand Corps Malade qui propose une mise en scène sobre et efficace, ne tombant pas dans l'excès ou le tape à l’œil. Certains choix de musiques sont discutables (même si celles-ci s'incluent parfaitement dans le monde social décrit...) ainsi que certaines scènes finalement très clipesques, mais il faut saluer le recours au silence plutôt qu'à une musique pesante dans les scènes émouvantes. En ce sens, on peut vraiment dire que le jeune réalisateur réussi à raconter quelque chose de touchant sans tomber dans l'excès bien connu du cinéma français populaire habituel. Au fond, mis à part un sous-texte social un peu maladroit (le film n'a ni la place ni l'intelligence nécessaire pour s'intéresser véritablement au sujet), Patients parle avec brio du courage, de l'abnégation, de la persévérance et du regard de l'autre quand on est handicapé. Rien que pour cela, le métrage mérite que l'on s'y attarde.

     Petite surprise de ce début d'année 2017, Patients permet à Grand Corps Malade de parler avec sincérité de son histoire tout en évitant un pathos que l'on pensait inévitable. Drôle et touchant, le long-métrage n'a pas à rougir de la concurrence, au contraire. 
     

    Note : 7/10

    Meilleure scène :  Le premier jour en rééducation et l'arrivée de Jean-Marie.

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  • [Critique] Logan
     

     Après le succès en demi-teinte du second opus des aventures solo de Wolverine, Le Combat de l'Immortel, James Mangold rempile pour un épilogue sombre et mélancolique. Ou du moins annoncé comme tel par la campagne promotionnelle organisée par la 20th Century Fox. Pourtant, on ne peut pas dire que Logan ait eu réellement l'occasion de briller dans les deux précédents volets...toujours à la recherche d'un méchant à la hauteur et, surtout, d'une mise en scène avec du caractère. Vaguement inspiré par le fameux comic book Old Man Logan de Mark Millar (impossible d'adapter à cause des problèmes de droits au cinéma des univers Marvel...), Logan a également la lourde tâche de mettre fin à une époque puisque deux des acteurs les plus célèbres de la franchise, à savoir Hugh Jackman et Patrick Stewart, tirent leur révérence. Malgré le sentiment mitigé laissé par le précédent opus du même Mangold, Logan peut-il donner une fin digne de ce nom au mutant le plus célèbre de la saga X-Men ? 

    Dans un futur incertain, Logan n'est plus le Wolverine d'antan. Vieillissant, le super-héros est las de son existence remplie de désillusions. Caché à la frontière mexicaine avec un autre rescapé des X-Men, Charles Xavier, il tente tant bien que mal de garder celui-ci à l'abri des autorités. Contacté par une mystérieuse inconnue, Logan doit protéger une jeune fille, Laura, qui semble être pourchassée par un groupe de mercenaires dirigé par l'impitoyable Donald Pierce pour le compte d'un certain Dr Zander Rice. Désormais en fuite, Charles Xavier, Logan et Laura devront passer la frontière canadienne pour échapper au funeste destin qui attend les mutants dans une Amérique qui ne veut désormais plus d'eux. Mais Wolverine est-il encore en état de protéger les siens ?

    Logan tranche sur plusieurs plans avec ses prédécesseurs. D'abord en ce qui concerne l'ambiance. Même si l'on retrouve le ton torturé inhérent à l'histoire de Wolverine (cela fait près de huit films qu'on nous le répète), le long-métrage s'intéresse à un futur très noir pour la race des mutants puisque ceux-ci ont quasiment été exterminés par les hommes. Dans une atmosphère à mi-chemin entre le post-apocalyptique et le western, Logan raconte la fin, et cela dans tous les sens du terme. La fin des mutants avec des héros qui aujourd'hui ne sont plus que des ombres fatigués, Wolverine en tête naturellement, la fin d'un monde avec un aspect crasseux omniprésent et la fin de l'innocence avec l'histoire de Laura, enfant torturée et brisée devenue adulte trop rapidement. De ce fait, le film s'avère rapidement plus sec, plus âpre. Hugh Jackman, toujours aussi excellent dans son rôle fétiche, traîne sa gueule burinée dans une Amérique ultra-violente où tout espoir de renaissance a disparu.

    Violent, Logan l'est assurément. Le sang gicle, les têtes volent, les membres tombent...Le dernier film de la trilogie ne fait pas dans la dentelle et le résultat en est d'autant plus réjouissant, en parfaite osmose avec la brutalité animale de son héros mais aussi de son époque. Les combats, nerveux et sanglants, rythment l'histoire avec cette touche de violence qui semble attendue depuis longtemps dans la saga. Mais malgré tout, la franchise ne peut se dépêtrer d'une certaine redites dans la peinture de Wolverine, certes excellemment mis en valeur cette fois, mais qui ne fait qu'enfoncer le clou par rapport aux volets précédents. De même, Logan n'a toujours aucun méchant digne de ce nom. Pierce, malgré tout le charisme de Boyd Holbrook à l'écran, n'a pas de pouvoir capable d'inquiéter Wolverine...et le seul vrai antagoniste du film apparaît bien peu original (même si l'intention sous-jacente, confronter Logan à son passé de façon très directe, n'est pas sans avoir une certaine pertinence.)

    Outre les problèmes récurrents de la série, Logan souffre aussi de sa campagne promotionnelle et de sa volonté clairement annoncée dès le départ de conclure la série. Personne n'ignore en entrant dans la salle que le film fait figure d'épilogue et le dénouement final ne fait aucun doute, le suspense s'en trouve donc fortement amoindri pour ne pas dire complètement annihiler. Prévisible donc mais réjouissant tout de même. Il faut l'avouer malgré tout, Logan évite les pièges récurrents qui se sont installés dans l'univers Marvel au cinéma. Son ton désespéré et désespérant ainsi que sa structure de road-movie en font une oeuvre un peu à part tout en donnant la sensation d'assister à un spectacle un tantinet plus adulte sans pour autant tomber dans un sérieux pesant. De même, malgré toutes les critiques quand à l'impression de déjà-vu autour de la vie torturée de Wolverine, force est d'admettre que le personne possède une histoire toujours aussi captivante à l'écran, d'autant plus avec cette mélancolie lancinante qui ne cesse de peser sur le spectateur au fur et à mesure que l'aventure avance. Les deux autres personnages principaux ne déméritant pas, à savoir X-23 aka Laura et Charles Xavier, l'une faisant une entrée fracassante dans l'univers X-Men (sa jeune actrice, Dafne Keene, est une petite révélation), l'autre trouvant une fin touchante à la hauteur du personnage. Reste alors à pointer du doigt le parallèle savoureux (fortuit ?) entre la politique actuelle des Etats-Unis et la chasse aux enfants mutants (et étrangers !) du long-métrage...qui finissent par rejoindre le Canada en partant du Mexique. En un sens, on espère que Logan ne sera par trop clairvoyant sur l'avenir. 

     Meilleur volet d'une trilogie très inégale, Logan offre une conclusion digne de ce nom à un héros passionnant. Le dernier film de James Mangold, aussi sauvage que mélancolique, met un terme à une époque, sans scène post-générique, sans happy-end et surtout sans retour en arrière cette fois. Une belle conclusion en somme. 

       

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  Charles Xavier et Logan dans le château d'eau en ruines

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  • [Critique] Loving

     Après un dernier long-métrage plutôt décevant, Midnight Special, l'américain Jeff Nichols s'éloigne du cinéma de genre pour s'intéresser à un fait historique autour de la ségrégation raciale aux Etats-unis. De nouveau sur les marches de Cannes en 2016, le cinéaste y présente Loving, histoire d'amour et combat pour l'égalité dans une Amérique des années 60 où certains états tels que la Virginie rejette l'existence d'unions mixtes entre blancs et personnes de couleurs. Malgré un accueil tiède sur la Croisette, le long-métrage a permis à l'actrice Ruth Negga (récemment aperçue dans Preacher) de décrocher une nomination à l'oscar de la meilleure actrice. Il était donc temps de découvrir si Nichols pouvait renouer avec la réussite...

    Bâti comme un biopic mais cette fois consacré au combat juridique - et moral - d'un couple dit "mixte" dans l'Amérique des années soixante, Loving s'intéresse plus précisément à Mildred et Richard Loving qui décidèrent de se marier malgré l'interdiction faîtes à ce genre d'union dans leur état de résidence, la Virginie. Immédiatement arrêtés et mis en accusation, les Loving devront mener un combat éprouvant pour gagner le droit de revenir sur la terre qui les a vu naître. Symbole des lois raciales qui avaient alors encore cours dans certains états, l'affaire Loving contre la Virginie fut l'étape décisive qui décida du droit au couple mixte à exister partout aux Etats-Unis suite au jugement du 12 juin 1967 rendu par la Cour Suprême américaine. Devant ce fait historique archi-connu, Jeff Nichols tente donc de rendre honneur au couple Loving et à son combat.

    Incarnée par Ruth Negga, que l'on sent d'ailleurs très investie dans son rôle et qui fait ici oublier sa prestation douteuse de Preacher, et Joel Edgerton, beaucoup trop monolithique dans son jeu d'acteur quant à lui, le couple Loving a toutes les cartes en mains pour nous émouvoir. Il s'agit tout de même d'une histoire d'amour interdite et tragique dont l'intensité va finir par triompher d'une des lois les plus injustes des Etats-Unis de l'époque. En ajoutant à cela que Jeff Nichols sait d'ordinaire très bien gérer l'intimité de ses personnages et les bouleversements qu'ils affrontent - il suffit de revoir l'excellent Mud ou le chef d'oeuvre Take Shelter pour s'en convaincre -, Loving ne pouvait être qu'un grand film.
    Sauf qu'il ne l'est pas. Loving fait parti de cette malheureusement catégorie de films qui manquent leur objectif. Pour tout dire, Loving s'avère un film raté.

    Parce que là où l'on devrait se retrouver devant une histoire d'amour qui nous prend aux tripes et/ou un combat juridique qui se fait de plus en plus poignant, Nichols choisit la sobriété envers et contre tout. Ce qui dessert totalement son sujet et ses personnages. Jamais le spectateur ne sentira l'intense amour des Loving devant une mise en scène d'une extrême discrétion et des acteurs dont le jeu s'efface totalement. Quand en face American Honey bouillonne d'émotions et brûle d'amour, Loving se révèle un objet filmique élégant mais totalement froid au cheminement balisé et un poil longuet. On assiste à une histoire certes importante au sujet passionnant mais traitée avec une telle distance qu'on ne se sent jamais impliqué. Il faudra attendre les quelques minutes d'écran d'un Michael Shannon toujours aussi génial pour réchauffer un tantinet cet amour devenu de glace. 

    L'échec de Loving est d'autant plus dommage qu'il ne peut pas légitimement être qualifié de mauvais film. Jeff Nichols reste un excellent metteur en scène avec l'élégance qu'on lui connaît, Ruth Negga et Joel Edgerton tente de faire passer ce qu'ils peuvent dans les limites du cadre imposé par le cinéaste...et le sujet surtout reste quelque chose de fort, d'important. C'est juste qu'on ne sentira jamais germer la colère légitime qu'une telle histoire devrait soulever, ni même l'empathie qu'elle devrait susciter. Ajoutons à cela que le film prend un temps fou à aller à son but principal (l'affaire devant la Cour Suprême) et l'on ne peut que constater l'échec de Nichols, cette fois-ci bien plus évident que pour son tiède Midnight Special qui laissait déjà entrevoir nombre des tares de Loving...

    Nouvelle déception, et non des moindres, dans l'oeuvre du jeune réalisateur, Loving prouve que le ton d'un film a une importance cruciale pour son bon fonctionnement. Froid, presque clinique, le long-métrage de Jeff Nichols laisse le spectateur sur le bord du chemin admirant avec respect la tentative mais ne pouvant que constater l’évidence : Loving passe totalement à côté de son sujet.
     

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène :  Michael Shannon qui photographie les Loving

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  • [Critique] Silence

     On ne présente plus Martin Scorsese, réalisateur américain incontournable à la carrière jalonnée de grands films inoubliables. Trois ans après Le Loup de Wall Street, Scorsese revient à un genre plus sage, celui du récit historique. Avec Silence, projet de longue date du cinéaste, il adapte le roman éponyme de Shusaku Endo se déroulant dans le Japon du XVIIème siècle en proie aux persécutions de la minorité chrétienne. Emmené par Andrew Garfield - décidément très en vogue ces derniers temps puisqu'il était également à l'affiche du Hacksaw Ridge de Mel Gibson - et Liam Neeson, Silence se penche sur la question de la foi. Superbement ignoré à la prochaine cérémonie des oscars, le long-métrage n'a pourtant pas à rougir de la concurrence. Sur près de 2h40, Martin Scorsese nous transporte dans le temps pour revivre le chemin de croix du père Sebastião Rodrigues.

    Silence n'a cependant rien d'un film facile, à l'image des souffrances endurées par les chrétiens de cette sombre période. Immédiatement, Scorsese affirme sa maîtrise absolu sur le plan formel par une introduction dans les brumes de toute beauté. La voix-off, omniprésente de bout en bout, nous fait pénétrer dans l'esprit torturé des différents prêtres qui traversent le film. C'est avec le père Ferreira que l'on commence Silence mais c'est rapidement avec le père Rodrigues que l'on continue à explorer ce Japon effrayant. Bien décidé à éradiquer la religion chrétienne de leur île, les autorités japonaises, menées par l'impitoyable inquisiteur Inoue, vont torturer les croyants mais également les prêtes. Leur but est simple : l'apostasie. Réduire au néant le culte chrétien et restaurer la tradition. Au milieu de ce carnage abominable, Les pères Rodrigues et Garupe débarquent du Portugal pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, dont on dit qu'il a apostasié et qu'il vit désormais comme un authentique japonais. Confronté à l'immense souffrance des chrétiens de l'île, Rodrigues et Garupe vont durement éprouvés leur propre foi.

    ...Et le spectateur aussi. Silence n'est pas le Loup de Wall Street. Il n'est pas un film facile d'accès ou même divertissant. Silence est une épopée introspective dans la tête du père Rodrigues. Scorsese livre un métrage à la fois bavard - par l'intermédiaire des voix-off - et taiseux - par l'absence de dialogues entre les personnages à l'écran une bonne partie du temps. Il raconte le chemin de croix à la fois d'une figure christique et d'un avatar de Pierre (qui renia le Christ justement). Le père Rodrigues (et par extension le père Ferreira) synthétise en eux une bonne part de ces deux personnages bibliques et incarnent à eux seuls la souffrance des chrétiens de l'époque mais également le dilemme théologique qu'est celui de renier sa propre foi. Sur près de 2h40, Silence prend donc un temps fou (certainement trop long par ailleurs) pour raconter, en somme, la souffrance morale et physique. 

    Pour se faire, c'est Andrew Garfield qui va tenir le film sur ses épaules. Tout le long-métrage s'intéressant au calvaire enduré par le père Rodrigues, la prestation de Garfield devient dès lors essentiel. Peut-être un peu trop jeune encore pour ce rôle (qu'on aurait en fait bien plus imaginé pour son partenaire sous-exploité à l'écran, l'excellent Adam Driver), l'américain s'en tire plutôt bien parvenant même parfois à susciter de vrais instants d'émotions (on pense à la séquence de la plage ou aux Adieux à Mokichi).A l'instar de ce héros, le film de Scorsese fait souffrir le spectateur. Il est lent, répète sans cesse la torture et la souffrance, et ne semble jamais vouloir dévier de cet axe de réflexion. Pour cause d'ailleurs, puisque tout l'histoire elle-même parle de résilience, de courage et de lutte spirituelle.

    Il faut donc immédiatement avouer que si le sujet ne vous passionne guère de base, Silence sera certainement une épreuve pour vous. Cependant la mise en scène toujours aussi épatante de Scorsese ainsi que sa reconstitution minutieuse du Japon de l'époque forcent le respect. Silence nous embarque dans un autre temps, plus noir, plus désespéré mais aussi, et certainement, plus courageux à bien des égards. Authentique leçon de bravoure et d'abnégation, l'histoire de Silence interroge sur la capacité à croire envers et contre tout, sur la persécution des minorités religieuses dans le monde et sur l'universalité des croyances. Il le fait en exposant des choses horribles mais d'où peut jaillir des éclairs de beauté insoupçonnés, comme ces communautés qui n'ont rien mais qui vivent par leur foi ardente, ou ce père qui va tout sacrifier pour sauver les siens. Silence apporte un message fascinant sur la confrontation à Dieu, sur la recherche de sa voix et la solitude de l'homme. 

    Mais il échoue aussi d'une certaine façon, non seulement dans sa façon abrupte de présenter son sujet - peu nombreux seront les spectateurs à pénétrer l'histoire - mais aussi avec sa profusion de voix-off. Cette dernière reste assez surprenante chez Martin Scorsese qui devrait pourtant être capable de faire passer les émotions de ses personnages ainsi que leurs sentiments sans cette lourdeur didactique parfois lassante. Silence aurait également mérité de franches coupes, ne serait-ce que pour éviter la répétition dont il est victime. Certes le film est à l'image du chemin de croix de son héros mais on l'aurait bien compris au bout de deux heures derrière l'écran. C'est d'autant plus dommage que le long-métrage présente une véritable ambition narrative qui fait du bien, bien davantage en tout cas que le mou et consensuel Sully de Clint Eastwood. 

    Film clivant mais fascinant, Silence permet d'aborder une autre facette de Martin Scorsese tout en réaffirmant le talent de mise en scène extraordinaire de l'américain. Certainement difficile pour le spectateur lambda, le long-métrage n'en reste pas moins une formidable plongée sur les croyances et la capacité à se battre pour sa foi et les siens. Un chemin de croix qui en vaut la peine. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  L'adieu à Mokichi sous la pluie

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  • [Critique] American Pastoral

     S'il existe une chose difficile, c'est de mener à bien un premier long-métrage. La chose est encore plus ardue lorsque l'on est un acteur reconnu qui doit faire ses preuves derrière la caméra. Clint Eastwood ou Ben Affleck en savent quelque chose. C'est aujourd'hui au tour d'un autre grand nom d'Hollywood de tenter de devenir réalisateur : Ewan McGregor. L'acteur britannique recrute Jennifer Connelly et Dakota Fanning (un peu perdue dans l'ombre de sa sœur, Elle Fanning) pour un drame académique sur une famille américaine typique adapté du roman éponyme de l'immense Philip Roth. Cependant, malgré tout le talent d'acteur qu'on lui connaît, Ewan McGregor aura fort à faire pour nous convaincre. Cela même s'il est également l'acteur principal de son film. Que vaut réellement cet American Pastoral ?

    Tout d'abord, McGregor choisit d'introduire son film par une histoire annexe à celle de la famille principale. En faisant intervenir un écrivain qui finit par nous raconter le drame qu'a subi les Levov, le réalisateur britannique commet une faute qu'on pourrait dire de didactisme. Quelque soit la raison pour laquelle il fait intervenir ce procédé, il perd la fluidité de son récit dans la prmeière partie et le rallonge de façon tout à fait artificielle. Cette introduction maladroite et assez lourde ne peut cependant pas occulter le fait que d'emblée, McGregor dispose d'une mise en scène élégante, académique certes mais véritablement élégante. Ses plans, ses cadres, tout concourt à nous immerger dans son aventure sans jamais remarquer qu'il s'agit là d'une première fois derrière la caméra. Le vraie problème dans la narration d'American Pastoral s'envole dès que l'on plonge dans l'histoire des Levov.


    A ce stade, McGregor acteur tient le film sur ses épaules d'une façon remarquable. En face, Jennifer Connelly rappelle qu'elle est une très grande actrice injustement négligée. Ce que vont traverser Swede et Dawn Levov pourtant n'a rien d'anodin. Nous en arrivons donc au cœur de ce drame familial et, d'une certaine façon, social. American Pastoral raconte comment tout peut s'effondrer pour un couple à qui tout semble sourire. Il le fait en exploitant l'un des aspects les plus redoutables de la société américaine : son fanatisme. Qu'il soit religieux ou politique, le fanatisme américain s'incarne dans la jeune Merry, fille brillante mais influençable et fragile, qui perd pied par les manipulations qu'elle va subir. Avec un simple grain de sable dans les rouages harmonieux de la famille Levov - la vision de ce moine qui s'immole à la télévision - tout vole en éclats. 

    American Pastoral se retrouve alors en même temps un drame familial poignant magnifié par la prestation de son couple vedette, et une mise en abîme de la fragilité de la société américaine. Ou comment sa propension à l'extrême peut finir par détruire ses valeurs les plus sacrées. Ce qui touche le plus en réalité, c'est la relation entre un père et sa fille, une fille qu'il ne cessera de rechercher jusqu'à la fin et qui, selon toute évidence, est morte sans qu'il s'en aperçoive. American Pastoral parle donc du passage à l'âge adulte, de comment les enfants peuvent aller vers des horizons plus sombres où quoique l'on fasse, on ne pourra jamais les rattraper. A cet égard, American Pastoral reste un grand film triste jusqu'à sa scène de fin magnifique mais tragique en diable. On retrouve dans cette dernière partie la lourdeur didactique imposée par le choix narratif de départ mais la force émotionnelle dégagée amoindrit quelque peu ce défaut.


    Pour une première réalisation, et malgré un académisme certain ainsi que des choix narratifs discutables, American Pastoral s'avère un film de qualité. Ewan McGregor assure deux rôles extrêmement difficiles en s'en sortant franchement de belle manière pour accoucher d'un long-métrage poignant et sombre sur les travers d'une société américaine qui n'en a pas fini avec ses vieux démons. 

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  Swede découvrant sa fille en banlieue

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  • [Critique] Beauté cachée

    Certains mystères continuent à planer sur le cinéma hollywoodien. L'un des plus impénétrables pourrait être la disparition quasi-totale d'immenses acteurs qui finissent par croupir dans des métrages de seconde zone. Prenons, au hasard, Beauté Cachée de David Frankel (un nom qui ne vous dis rien mais qui est à l'origine Du Diable s'habille en Prada ou encore de Marley et moi), ce film rassemble un casting tout à fait époustouflant avec, en tête, le génial Edward Norton, la formidable Helen Mirren et l'excellente Kate Winslet (on reparlera du cas Will Smith plus tard...). Un trio d'acteurs presque tombés dans l'oubli de façon totalement...incompréhensible. On les retrouve donc au casting de Beauté Cachée, film choral mélodramatique qui, ne le cachons pas, résume toutes les choses détestables de ce sous-genre lorsqu'il est bouffé par le système Hollywoodien. Un résultat d'autant plus pathétique que l'idée de départ, elle, n'est pas forcément mauvaise.

    En effet, Beauté Cachée nous parle de la descente aux enfers d'Howard Inlet, chef d'entreprise et publicitaire New-Yorkais, qui n'arrive pas à surmonter la mort de sa fille. Pour l'aider (et aussi un peu pour sauver leurs miches), ses trois plus "proches" amis vont faire intervenir des acteurs pour incarner la Mort, l'Amour et le Temps, des abstractions chères à Howard et auxquelles il écrit depuis un certain temps. Malgré un arrière-goût déjà assez sirupeux (on sent que l'on peut glisser à tout moment dans le tire-larmes facile), le postulat pourrait être intéressant au vu du casting assez hallucinant engagé. Le problème, et on s'en rend compte dès les premiers instants, c'est que Beauté Cachée n'est qu'un projet de commande lambda sans âme, sans talent et bouffé de tous les côtés par des hordes barbares de clichés.

    Le problème le plus évident, c'est évidemment le scénario. Tout dans Beauté Cachée est d'une prévisibilité sans nom. A moins d'avoir vécu dans une grotte les dix dernières années et n'avoir jamais vu un seul film mélodramatique, tout se devine à l'avance. Cette incapacité à ménager la moindre surprise aurait cependant pu être compensée par de beaux personnages...et là, c'est encore le drame. Caricatures sur pattes ne servant qu'à s'imbriquer dans un scénario cousu de fil blanc, les héros de l'histoire n'ont en fait qu'une seule facette qui permet d'ébaucher sur chacun d'entre eux une sous-intrigue. De ce fait, les trois amis d'Howard sont liés à l'un des trois acteurs qu'ils engagent et Frankel morcelle son récit pour en faire une sorte de simili-film choral. En anémiant son histoire principal, il se doit donc être d'une subtilité éléphantesque pour tout régler dans le temps imparti. Donc, les acteurs qu'il dirige jouent sans aucune conviction, juste là pour encaisser leur chèque. Tout ce rassemblement de talents pour rien en somme....Arriver à faire jouer de façon totalement oubliable Norton et Mirren reste tout de même un sacré exploit en soi. 


    Il faut alors reparler du cas Will Smith, un peu sensé être le centre de tout ça. En réalité, Will Smith fait du Will Smith. Depuis un certain temps, celui-ci ne fait que répéter ad vitam aeternam le même rôle larmoyant avec un père qui pleurniche sur son enfant. Will Smith tend à devenir l'empereur du tire-larme facile mêlé à une espèce de cool-attitude qui finit par agacer. Un pur produit Hollywoodien alors qu'il avait à la base un potentiel sympathie énorme. Forcément, Beauté Cachée semble taillé pour lui. Le film s'avère tout à fait incapable de sortir de son carcan de drame affligeant où il faut pleurer mais...quand même à la fin...on doit avoir le sourire parce que même si tu vas crever, même si tu es divorcé, même si tu vas finir vieille fille, même si ta gosse est morte...la vie est pas si mal quoi. Merde, on peut quand même faire des ballades à Central Park et voir des écureuils. Beauté Cachée n'a rien compris au potentiel de son postulat de base et on soupçonne qu'il n'en a jamais rien eu à faire en réalité.

    Qu'est-ce qui peut alors rattraper le métrage ? Ce n'est ni la mise en scène banale au possible, ni la musique sans saveur, ni même son pseudo-twist de fin que tout le monde a compris depuis le début. Vous pleurez très certainement devant Beauté Cachée de David Frankel mais pas pour les raisons attendues. On cherche toujours l’intérêt de ce genre de film, à part de payer les impôts de Smith et compagnie. 
      

    Note : 1.5/10

    Meilleure scène :  Euh...

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  • [Critique] Paterson

     A sa manière, chaque nouveau film de l'américain Jim Jarmusch est un petit événement. Prenons par exemple son dernier en date, Only Lovers Left Alive qui revisitait le mythe vampirique à la sauce moderne avec une mélancolie lancinante délicieuse. Cette fois, c'est un cinéma dénué de tout élément fantastique qui voit le retour du réalisateur avec Paterson. A la fois petite-ville du New-Jersey et prénom du héros du personnage principal, Paterson plonge dans l'intimiste à la sauce Jarmusch d'un couple de passionnés qui coule des jours paisibles avec leur chien dans une modeste maison de banlieue. Sélectionné en compétition officielle à Cannes, le film est reparti bredouille prouvant, s'il le fallait encore, que le jury de Cannes de l'année passée avait des goûts fort contestables.

    Paterson n'est certainement pas un film facile et commun...même s'il nous parle justement du commun, du banal de notre existence. Jarmusch place sa caméra dans l'intimité d'un couple et surtout dans la routine de Paterson. Le rythme s'avère forcément extrêmement lent de par son sujet, encore davantage que les films traditionnels du réalisateur. Car Jarmusch tente de montrer le temps qui passe de manière effronté, ne s'arrêtant jamais. Son héros, Paterson, à la fois humble et magnifique, est incarné par un Adam Driver toujours aussi talentueux. En face, Golshifteh Farahani s'avère à la fois un contrepoids au flegme de Paterson ainsi qu'un feu d'artifice de création artistique. C'est cette dernière thématique qui est explorée par le cinéaste dans son long-métrage. La passion, la capacité à créer et, surtout, la poésie qui se cachent dans le banal de nos vies.

    A travers le parcours journalier de Paterson, Jarmusch déniche des instants de grâce discrets où les moindres petits détails semblent devenir de petites merveilles. On le constate par les conversations captées par Paterson lorsqu'il conduit son bus, petites tranches de vies touchantes de passagers qui ignorent leur propre grandeur. On le constate aussi par les nombreuses personnes que côtoie Paterson : acteur en mal d'amour, créatrice folle, poète oublié, rappeur anonyme...Tout ce petit monde prend vie...quand on sait regarder et ralentir. Paterson délivre ce message : ralentissez et regardez autour de vous, regardez cette vie qui recèle des merveille simples et délicieuses. Peut-être découvrirez-vous des artistes inconnus et qui resteront dans l'ombre pour toujours. Peut-être verrez-vous le bonheur simple d'un couple discret qui crée, qui s'aime, en toute simplicité et pour qui la routine n'a rien d'un fléau...mais tout d'un voyage langoureux et infini. 

    Paterson s'attaque surtout à la poésie puisque son personne principal est poète. Traversé par les poèmes de Ron Padget et de William Carlos Williams, le long-métrage affiche ses vers à l'écran avec pudeur et tendresse, lus par la voix-off d'un Adam Driver touchant. Il faudra bien sûr avouer que l'on aimera ces vers en fonction de notre sensibilité à la poésie de ses auteurs. Pourtant, ces poèmes bâtit sur le quotidien s'insèrent formidablement bien avec ce qui nous est raconté à l'écran. C'est aussi ça la force de Paterson, de faire correspondre son fond, son message sur la création et la poésie, avec sa forme lente et aérienne, qui se déguste petit à petit comme on goûte un grand vin. Si l'on goûte de la bonne façon, on redécouvre avec un émerveillement constant un quotidien pas si soporifique et tout à fait grandiose par la somme des petites gens qui le constitue. Paterson semble trouver du génie créateur en chacun d'entre nous, et c'est surement cela le plus beau.

     Presque contemplatif par moment, Paterson ne déroge pas au cinéma habituel de Jim Jarmusch. Avec son talent consommé pour exprimer la mélancolie et la difficulté de la création artistique, Jarmusch nous offre un anti-blockbuster qui prend son temps et redonne foi en l'humanité. Une humanité belle dans ce qu'elle a de plus ordinaire ou comment transformer le banal en fabuleux.  

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La rencontre avec le poète asiatique

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  • TOP CINE 2016 - JUST A WORD

    Ce top a été composé après visionnage de 96 films au cinéma sortis cette année 2016.

    [Top] Bilan Cinéma 2016

    10 - Nocturama de Bertrand Bonello

    Et si l'on commençait ce top par un film français ?
    Nocturama, c'est le dernier bébé de l'excellent Bertrand Bonello qui nous démontre avec brio que le malaise de la société moderne va bien plus loin que ce que constate les journalistes. Après une première partie en apesanteur, Bonello traîne son regard de vieux révolutionnaire déçu sur une jeunesse sacrifiée qui ne sait plus comment exister et combattre. C'est aussi beau que fort et ça prouve que le cinéma français vit encore quelque part !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    9 - Ma Loute de Bruno Dumont

    Encore un film français ? 
    Avec Ma Loute, nouvelle dinguerie signée Bruno Dumont, le top 2016 est bien représenté sous nos latitudes ! Accompagné d'une bande de joyeux drilles tous plus loufoques les uns que les autres, Bruno délivre un chant d'amour à sa région du Nord en s'en gaussant à outrance avec une caméra virtuose, un humour improbable et un sens de la mise en scène impressionnant. L'un des films les plus drôles et les plus jusqu'au-boutistes de l'année !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    8 - La Tortue Rouge de Michael Dudok De Wit

    Le film d'animation à l'occidental est-il mort dans l'ombre de l'anime japonais ?
    Avec la fusion de ces deux univers, Michael Dudok De Wit nous démontre qu'il n'en est rien. Petit joyaux brut inattendu, La Tortue Rouge est un monument de poésie muet où la beauté se cache dans la moindre image. Ode à la vie, au temps qui passe, à la nature et tout simplement à l'amour, La Tortue Rouge émerveille de la première à la dernière seconde. Le film d'animation de l'année !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    7 - Comancheria (Hell or High Water) de David MacKenzie

    L'année 2016 réservait au moins une authentique surprise avec Comancheria de David MacKenzie. L'auteur de Perfect Sense nous offre rien de moins qu'un des meilleurs films de l'année et cela en toute discrétion. Passé inaperçu en salles sauf pour une poignée de cinéphiles avertis, Comancheria revisite le western à la sauce sociale, charge une Amérique en train de se bouffer elle-même et offre un portrait de frères touchant en diable. Une véritable merveille.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    6 - The Witch de Robert Eggers

    Catégorie injustice, voici The Witch.
    Sorti directement en DVD, ce film d'horreur arrive pourtant à mettre une bonne claque à 99% des long-métrages sortis en salles. Dans une Amérique puritaine, une famille va découvrir l'horreur à l'orée d'une forêt pleine de mystères. Avec une économie de moyens tout à fait remarquable, Robert Eggers vous donne la chair de poule en filmant un lapin et un bouc. Redoutablement intelligent et incroyablement mis en scène, The Witch ne laisse personne indemne. Et c'est un premier film...

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    5 - Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich 

    Après The Look of Silence l'année dernière, c'est cette fois Jodorowsky's Dune qui gagne la place du documentaire de l'année ! Frank Pavich ébauche un film passionnant sur un projet mythique qui n'a jamais vu le jour mais semble couvrir de son ombre toute la production moderne. Tour à tour truculent, hilarant et passionnant, le documentaire émerveille par la passion qui en suinte par tous les pores. C'est jubilatoire de bout en bout et ça fait du bien à notre cœur de cinéphile !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    4 - The Revenant d’Alejandro González Iñárritu 

    Premier choc cinématographique de l'année, The Revenant n'a pas que permis à Di Caprio de recevoir l'oscar mais de confirmer l'incroyable talent du réalisateur mexicain. Pièce de choix du survival, The Revenant offre un moment de cinéma confinant au sublime dans une première séquence à couper le souffle puis en émerveillant à chaque seconde par la beauté maniaque de ses plans. En y ajoutant une dimension mystique passionnante et une pléiade d'acteurs formidables - Tom Hardy en tête - The Revenant entre dans l'histoire. Prenez une doudoune quand même.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    3 - Premier Contact de Denis Villeneuve

    Voici donc le podium de l'année en commençant par Premier Contact de Denis Villeneuve.
    Basé sur le texte de Ted Chiang, Premier Contact déjoue les pièges du blockbuster américain et se concentre sur l'intime devant tout le reste. Porté par une Amy Adams en état de grâce, le film de Villeneuve montre à nouveau le talent de mise en scène fabuleux du canadien. Véritable chant d'amour à une Science-fiction de l'humain, Premier Contact émeut. Devant l'immensité spatiale, c'est bien tout ce qui compte. La vie comme un palindrome.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    2 ex-aequo - Mademoiselle de Park Chan-Wook

    Tricherie éhontée dans ce top ! Un ex-æquo !!!!!
    Eh bien oui, devant l'impossibilité de faire un top 3 digne de ce nom, Mademoiselle de Park Chan Wook se retrouve ex-æquo ! Oeuvre incroyablement sensuelle et dense, Mademoiselle consacre de nouveau le réalisateur coréen comme un artiste de toute première catégorie. Mise en scène à tomber, musique raffinée et héroïnes extraordinaires, Mademoiselle incarne la quintessence du cinéma dans tout ce qu'il a de sensuel. En réalisateur machiavélique, Park Chan-Wook nous tient au creux de sa main pour mieux nous faire jubiler avec des plaisirs inavouables !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    2 ex aequo - Steve Jobs de Danny Boyle

    La surprise du podium de cette année, c'est bien l'apparition d'un biopic sur la seconde marche.
    Danny Boyle profite de l'expertise d'Aaron Sorkin pour livrer un long-métrage tout simplement extraordinaire sur un homme fascinant : Steve Jobs. Pensé comme une pièce de théâtre, Steve Jobs offre des dialogues succulents accompagné par une mise en scène qui n'en finit pas d'épater le spectateur pendant qu'un certain Michael Fassbender vole le show à lui seul. En contournant les pièges du biopic classique et en donnant sa vision de l'homme devant le génie, Boyle et Sorkin ont tout compris. Et si l'amour d'une fille était tout ce qui comptait en réalité ?
    Juste sublime.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    1 - The Neon Demon de Nicolas Winding Refn

    La beauté est tout.
    Vainqueur de cette année 2016, le film-expérimental de Nicolas Winding Refn laisse un peu tout le monde sur le carreau. Dans une ambiance qui vire peu à peu vers le glauque, The Neon Demon se révèle une véritable oeuvre d'art ciselée dans les moindres détails par un artiste fou. Parabole sur le monde moderne de l'apparence à tout prix, le long-métrage vous chope à la gorge pour vous murmurer à l'oreille que votre existence n'a aucun but. Que vous serez dévoré par le système. Plastiquement irréprochable, thématiquement terrifiant, The Neon Demon s'arroge la première place pour cliver encore un peu plus son monde. 
    Hail to the king !

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    Les Coups de Cœur :

    - Captain Fantastic de Matt Ross -- Critique
    - Paterson de Jim Jarmusch -- Critique

    - Vaiana de John Musker et Ron Clements
    - Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson  -- Critique
    - Le ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar 
    - Ma Vie de Courgette de Claude Barras -- Critique
    - L’effet aquatique de Solveig Anspach 
    - Men & Chicken de Anders Thomas Jensen -- Critique
    - Batman vs Superman de Zach Snyder -- Critique
    - Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase 


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  • [Critique] Mademoiselle

     

     Est-il encore besoin de présenter le meilleur réalisateur coréen vivant à l'heure actuelle ? Propulsé au rang de star mondiale avec son Old Boy, Park Chan-Wook a depuis enchaîné les coups d'éclats. Le dernier en date, le magnifique Stoker, datait tout de même de 2013 et l'on attendait avec une impatience non dissimulée l'arrivée de son dernier métrage, le fameux Mademoiselle. Présenté sur la Croisette cette année et reparti bredouille de celle-ci (!!), le film a pourtant largement recueilli les faveurs de la critique. En retournant à un casting intégralement coréen, Park Chan-Wook revient à un genre qu'il aime plus que tout, le thriller vengeresque et retors. Coiffé au poteau par Moi, Daniel Blake de Ken Loach dans la course à la Palme d'Or, Mademoiselle a pourtant de très sérieux atout à faire valoir. Reste cependant l'interrogation autour de l'orientation ouvertement homosexuelle du métrage qui peut faire craindre un Vie d'Adèle bis. C'est pourtant bien mal connaître Park Chan-Wook...

    Nous sommes dans les années 30, dans une Corée colonisée par le Japon. Le Comte, un escroc ambitieux, tente d'infiltrer Sook-he, une servante, chez la richissime Hideko que l'on surnomme Mademoiselle. Son but ultime ? Séduire Hideko avec l'aide de Sook-he et empocher sa fortune. Dans le manoir lugubre de son oncle Kouzuki, Hideko va donc recevoir cet homme prêt à tout pour la conquérir. Même à assister aux mystérieuses et dérangeantes séances de lectures d’œuvres littéraires sado-masochistes données pour une poignée de riches amateurs. Le décor est planté, le jeu de dupes peut commencer. En reprenant une intrigue labyrinthique naviguant entre Stoker et Old Boy tout en distillant un lent poison malsain au gré de son histoire, Park Chan-Wook découpe son film en trois actes et joue avec son spectateur comme un chat avec une souris.

    Construit sur de multiples retournements de situation, Mademoiselle pourrait rapidement agacer si le cinéaste coréen n'avait pas une maîtrise totale de son sujet et de ses acteurs. Au cœur de l'histoire, une affaire d'escroquerie qui se métamorphose rapidement en drame psychologique et amoureux. Très doué pour brouiller les pistes et magnifier ses acteurs, Park Chan-Wook dirige impérialement son casting, avec une mention spéciale à Kim Min-Hee et Kim Tae-Ri qui portent littéralement le film sur leurs épaules...moins frêles qu'elles n'y paraissent. Car oui, Mademoiselle est un film féministe de la plus belle facture. Non seulement il nous plonge dans les turpitudes amoureuses d'un amour lesbien mais il montre l'emprise des dames sur une société pourtant résolument patriarcale. La force du propos de Mademoiselle tient en grande partie de cette fabuleuse peinture amoureuse entre la servante et la maîtresse qui, au contraire du putassier et pitoyable film de Kechiche, restitue un érotisme d'une élégance extrêmement rare. 

    L'autre versant de Mademoiselle, c'est sa situation historique et le jeu entre coréen/japonais qui scinde en deux la société présentée. C'est également l'allusion constante à la littérature érotique lorgnant vers le sado-masochisme (un thème déjà présent dans l'oeuvre de Park-Chan Wook) qui transforme le manoir en un lieu effrayant et presque surnaturel d'où suinte des plaisirs interdits. Les séances de lecture autour des œuvres de Sade sont autant de moments de délices jubilatoires où le coréen se permet tous les excès.Il sait aussi se faire plus discret et revenir à des choses bien plus "basiques" mais pourtant d'une efficacité sidérante comme la scène du bain où Sook-he lime langoureusement la dent de sa maîtresse avec le doigt. Sans aucun doute la séquence la plus érotique de cette année 2016 sur grand écran. Mais tout cela n'est possible que par un seule et unique élément : le talent hallucinant de metteur en scène de Park Chan-Wook.

    Dès les premiers instants, Mademoiselle est une splendeur visuelle. En utilisant sa caméra avec une aisance de tous les instants, Park Chan-Wook fait plus que capturer une histoire, il la magnifie dans chaque angle, par chaque petit détail. Là où Kechiche filmait tout en gros plans avec une vulgarité de m'as-tu vu écœurante, le réalisateur coréen recherche toujours le meilleur angle d'attaque, notamment lors des scènes de sexes. De facto, celles-ci deviennent des instants de délices visuels d'un érotisme confondant. La première nuit d'amour entre Sook-he et Hideko a beau être présenté à deux reprises, la maestria visuelle et l'imagination sans renouvelée de Park Chan-Wook pour la filmer laisse pantois. Le point d'orgue du film sera dès lors la séquence de sexe lesbien avec des boules de geisha à clochettes où l'esthétisme érotique rejoint le tintement langoureux des carillons. 

    Sous cette couche d'érotisme sublime, Park Chan-Wook infiltre sournoisement le malaise dans le cœur du spectateur. La cave mystérieuse dont on ne cesse de parler, l'obscur rôle de l'oncle, l'éducation entraperçue de Mademoiselle...tous ces éléments, dévoilés avec une infinie précaution, donne un goût poisseux au film. Il suffit d'ailleurs de quelques minutes au réalisateur pour nous terrifier lorsque l'on découvre la fameuse cave de l'oncle. Les tortures qui y ont lieu nous seront montrées en parti mais on imagine le reste avec un effroi certain. Encore une fois, comme il l'avait fait avec Stoker, Park-Chan-Wook jongle avec le non-dit et le malsain, s'amuse à nous égarer et à nous titiller pour mieux nous faire tomber à côté d'un piège vénéneux. Le sexe est une arme et les femmes savent l'utiliser à la perfection. 

    Sans aucun doute l'un des plus beaux (le plus beau ?) métrage sur le plan formel de l'année 2016, Mademoiselle est un condensé du talent de conteur et de réalisateur de Park Chan-Wook. Servi par un casting irréprochable et par un sens de l'érotisme tout à fait délicieux, voici la véritable Palme d'Or de Cannes en 2016...et l'un des meilleurs films de l'année.

     

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Le limage de dent

     

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  • Palme d'or Cannes 2016

     

     

     Attendu au tournant, Moi, Daniel Blake de Ken Loach a beaucoup fait parler de lui depuis sa présentation au festival de Cannes cette année. Pourquoi cela ? Parce que le film a été récompensé par rien de moins que la Palme d’or, la récompense suprême de la Croisette. Le problème là-dedans c’est que non seulement un certain nombre de films méritait bien davantage la Palme (Qui a dit Mademoiselle ?) mais qu’en plus Ken Loach est un réalisateur très (très) connu à Cannes. Il avait déjà décroché la Palme en 2006 pour Le Vent se lève ainsi que trois Prix du Jury. Dire qu’on soupçonne George Miller (le président du jury 2016) d’un délit de copinage est un doux euphémisme. Cependant, comme cela doit toujours être le cas, il faut d’abord voir le film en question avant de pouvoir juger du bien-fondé de cette récompense et de la hype qui l’accompagne.

    Moi, Daniel Blake est un film social. Cela ne surprendra personne de la part d’un Ken Loach toujours très engagé même à l’âge de 80 ans. Il nous présente donc Daniel Blake, un veuf de 59 ans qui a perdu son travail de menuisier suite à un infarctus sur le lieu de son travail. Désirant plus que tout reprendre son activité, il demande donc une aide sociale en attendant de pouvoir travailler de nouveau. Sauf qu’on lui refuse et qu’il tombe alors dans les méandres Kafkaïens du Pôle Emploi anglais et des services sociaux attenant. Il y fait la rencontre d’une jeune femme, Katie, mère célibataire de deux enfants, qui survit tant bien que mal en attendant que les services sociaux daignent lui venir en aide.

    Film lent mais rageur, Moi, Daniel Blake pose son personnage principal avec une habilité remarquable. Daniel est le type même de vieux bougre qui ne mâche pas ses mots dans une société où tout a l’air de foutre le camp. La réalisation très sobre et très naturaliste de Ken Loach fait des merveilles dans un Londres froid et souvent déshumanisé qui ne trouve un peu de chaleur qu’à la lumière de ces « parasites ». Moi, Daniel Blake a donc un défaut assez évident : il n’a quasiment aucune nuance. Il s’agit là d’un film à charge et il ne montre que les valeureux écrasés par le système. Il ne fait état d’aucun profiteur ou d’aucun abus. Dans le monde vu par la loupe de Loach, tout le monde est opprimé, est victime, personne n’est profiteur. Le manque de nuance a parfois tendance à agacer, mais c’est sans compter sur la rage qu’il reste au réalisateur. Non seulement à travers deux personnages magnifiques, Katie et Daniel, mais aussi à travers la relation qui en ressort, cette tendresse instantanée qu’on a pour ces deux-là. Le portrait humain n’a rien à se reprocher, même s’il semble être le seul modèle concevable pour le cinéaste.

    C’est ici que cette critique prendra pour le lecteur habituel de ce site une tournure inattendue. Il n’est ordinairement jamais question de point de vue politique ici mais…pour une fois…
    Moi, Daniel Blake s’apprécie et ne se conçoit pas en dehors d’une perspective politique et sociale. Oui, le film n’a pas de nuance. Oui, Ken Loach voit tout de façon très caricaturale, parfois avec bonheur (l’administration froide et mécanique, totalement déshumanisée) parfois avec trop de naïveté (le gentil voisin qui fait de la contrefaçon).
    Mais Moi, Daniel Blake est un film nécessaire, un film qui fait du bien. Sortez de chez vous, allez-y.
    Regardez les trottoirs. Regardez ces gens-là qui crèvent de faim, de froid, de tout. Ces gens qui vous culpabilisent quand vous passez à côté, que vous ne donnez pas assez ou pas du tout alors que vous-même, souvent, vous êtes écrasés par les impôts d’un état totalitaire qui ne dit plus son nom. Ken Loach donne une voix, une dignité à ces gens-là, à ces crève-la-faim qui ne sont pas là pour vous sucer le sang mais pour vivre décemment, qui veulent juste un toit, à bouffer et un travail. Quand votre président gagne rubis sur l’ongle, que vos députés se goinfrent comme des porcs, quand vos footballeurs gagnent des millions, quand les grands du CAC 40 se caviardisent.
    Entendre Daniel Blake fait un bien fou, c’est un cri de raison dans une société moderne capitaliste devenue folle, devenue monstrueuse. Dénuée de toute parcelle d’humanité.
    Mais là où Ken Loach touche au sublime, c’est lors d’une séquence à la banque alimentaire.
    Dans celle-ci, Katie, qui se prive depuis des jours pour que ses enfants puissent manger, ouvre une boîte de conserve en catimini pour pouvoir manger des haricots froids parce qu’elle a « tellement faim ». Cette séquence est terrible, glaçante, magistrale. Sans musique, sans emphase, avec juste sa caméra et rien d’autre, Ken Loach capture l’indicible de notre société. Une femme qui pleure parce qu’elle a honte de mourir de faim.
    Parce qu’elle a honte de mourir de faim !
    Cette scène, emblématique de la rage du film et de sa charge totalement sans nuance fait autant de bien que de mal au spectateur. Rien que pour ça, rien que pour les milliers de personnes dans ce cas, ballottées par des services sociaux débiles et des gouvernements qui nous apprennent à nous détester entre petits plutôt qu’à les brûler vifs eux pour nous laisser crever, rien que pour ça Moi, Daniel Blake n’est pas le film mauvais ou insuffisant qu’on nous a vendu. Au contraire, il s’agit d’un excellent film.

    Le long-métrage de Ken Loach ne méritait pas la Palme d’Or cette année à Cannes d’un point de vue purement cinématographique. Mais cela n’enlève en rien ses qualités. Le cinéaste pousse un cri de douleur, un cri feutré dans ce monde moderne absurde, aidé par deux comédiens extraordinaires – Dave Johns et Hayley Squires – et par une réalisation d’une sobriété exemplaire. Pas de musique, juste des mots, juste des êtres humains qui, l’espace d’un film, redeviennent autre chose que des invisibles.
    Bravo Mr Loach !

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : La banque alimentaire

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  • [Critique] Trolls

    Parfois, on s'imagine les réunions de projets des producteurs Hollywoodiens, surtout dans l'industrie de l'animation.
    Par exemple, comment un jour une personne a pu se dire "Tiens, et si on faisait un film sur des Legos ?" ou "Tiens, si on faisait un film avec des saucisses ?".
    Ou comment un scénariste ou producteur a pu regarder cette figurine culte des années 80-90, le fameux Troll de la société Dam Things et se dire : "Wahou, ça ferait un super film d'animation ?"

    [Critique] Trolls

    Non, parce que, franchement, vu comme ça, c'est pas vraiment la première chose à laquelle on pense. Pourtant, c'est bien ce que Dreamworks a fait en confiant le projet à Mike Mitchell et Walt Dohrn qui avaient surtout bosser sur Bob L'éponge et Shrek auparavant. Pas de quoi être rassuré à priori surtout si l'on rajoute que c'est Justin Timberlake qui supervise la partie musicale. 
    Soyons cependant juste quelques minutes. En effet, Lego : The Movie ne fut pas seulement une bonne surprise mais une petite bombe animée délicieuse et complètement malade, Sausage Party bénéficie quand à lui d'une remarquable presse outre-Atlantique. Alors quand on regarde ce projet totalement improbable, on a envie de se dire "Pourquoi pas ?"
    Et justement...pourquoi pas...

    Premier défi pour les réalisateurs, inventer une histoire derrière de simples figurines. Nous sommes dans le pays des Trolls, d'adorables créatures à la chevelure pour le moins détonante, qui adorent chanter, se faire des câlins et dire tout plein de choses gentilles. En gros, les Trolls sont des bisounours version pop-rock. Le problème, c'est que leur joie de vivre leur donne un goût particulièrement délicieux pour le palais des Bergen, des sortes de trolls au vrai sens du terme avec le physique qui va avec. Devenus des mets précieux pour les Bergen et enfermés dans un arbre-prison pour la dégustation annuelle des Bergens, les Trolls retrouvent espoir grâce à leur roi qui les emmène dans une contrée lointaine pour vivre en harmonie. Le souvenir des Bergen s'effaçant, la fille du roi, Poppy, ainsi que ses amis Trolls, oublient ce qu'était le danger. Seul un Troll continue à vivre en reclus dans un bunker en attendant le retour de la menace Bergen. Le sinistre Branche qui ne chante pas, n'aime pas les câlins et refuse de se mêler aux autres. Jusqu'au jour où la terreur resurgit.

    Expliqué de cette façon, le scénario des trolls ne restitue pas la folie de l'entreprise parce que, soyons clairs, à l'écran c'est un festival de WTF pendant les trente premières minutes. Les Bergens sont des monstres grotesques qui bouffent des Trolls pour ressentir un peu de bonheur, les Trolls sont des caricatures sur pattes de bisounours sous amphet avec des personnages carrément improbables parmi eux - une chenille qui ne sait pas parler, une espèce de...créature au long cou en miniature qui défèque des cupcakes, un Trolls boule à facettes qui crache des paillettes...Mais quest-ce que c'est que ce film ? En plus d'une histoire tirée par les cheveux - c'est le cas de le dire - Trolls affiche fièrement un tas de personnages improbables qu'on dirait inspirés d'un univers à la Pratchett...et ça tombe bien puisque les réalisateurs avouent s'en être inspiré avec Le Grand Livre des Gnomes. On comprend mieux pourquoi l'on obtient un résultat aussi étrange et farfelu.

    Certes le cheminement du film ne sera pas extraordinairement original mais il compte un sacré paquet de séquences hallucinogènes et d'idées excellentes. A commencer par Branche, le Troll en noir et blanc qui n'aime personne ou, mieux, le petit roi Bergen et sa servante follement amoureuse de lui. Deux mochetés hyper-attachantes et complètement inattendues. Les réalisateurs, conscients surement de l'improbabilité totale de leur scénario, s'en donnent à cœur joie. On arrive donc rapidement à une histoire fun, drôle et jouant constamment sur un côté WTF qui fait plaisir. Des délires comme un nuage avec des bras et des jambes...et qui parle ou une séquence de relooking à la Cendrillon de la servante Bergen. C'est cependant encore ailleurs que Trolls tire son épingle du jeu : Trolls est un film d'animation ET une comédie musicale en même temps.

    Rythmé par des chansons modernes, le métrage aurait pu devenir une parodie populaire d'un Disney d'antan. Mais ce n'est jamais le cas car les multiples chansons choisies s'incluent avec bonheur dans l'histoire. Il suffit de voir The Sound of Darkness remixé pour plaire à Branche pour s'en convaincre. Cette utilisation malicieuse donne au film encore plus d'humour et même de profondeur émotionnelle. On parle ici bien évidemment de la magnifique séquence dans la marmite où les Trolls réinterprètent la chanson True Colors. A ce moment-là, le film arrive à toucher son public. En somme, si Trolls fonctionne aussi bien, c'est parce qu'il ne se prend jamais au sérieux, s'amuse avec son postulat pour faire à peu près n'importe quoi dès qu'il le peut tout en laissant des prises plus classiques au spectateur...et parce qu'il est diablement beau. L'animation est en effet irréprochable et se permet quelques fantaisies comme les scènes en scrapbooking imaginées par Poppy. Décidément, Trolls regorge de surprises.

    Voila. Encore une fois, un projet complètement...grotesque...se transforme en un film d'animation sympathique, drôle, attachant et souvent complètement jeté.
    En tentant quelques petites choses délicieusement improbables, Trolls transcende son aspect banal pour devenir un divertissement fun utilisant la musique avec élégance et humour. Une bonne surprise qui vous laissera un grand sourire au lèvres et quelques notes sur la langue.  
    A voir ABSOLUMENT en VO par contre... le doublage français des chansons étant une catastrophe intégrale.


    Note : 7/10

    Meilleure scène : La séquence True Colors 

     

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  • [Critique] War Dogs

     Very Bad Guns

    Connu pour sa trilogie Hangover ( Very Bad Trip en français...), l'américain Todd Philips n'avait pas particulièrement brillé après un premier volet fun et rafraîchissant. En tentant de changer de formule dans le dernier épisode en date, le réalisateur s'était pourtant un tantinet perdu, incapable de dépasser un schéma narratif bancal finissant par ennuyer poliment son spectateur. Il continue cependant dans la veine comédie avec War Dogs, un biopic sur deux marchands d'armes amateurs qui avait, sur le papier, beaucoup d'arguments pour séduire. A commencer par un beau casting rassemblant Miles "Whiplash" Teller, Jonah Hill et Bradley Cooper. Le problème, c'est bien de savoir si Todd Philips est capable de sortir de sa routine narrative comme il l'avait fait dans Very Bad Trip 3...tout en gardant un rythme et un sujet intéressant pour le public. 

    De quoi parle War Dogs ? De l'histoire authentique de deux jeunes américains, Efraïm Diveroli et David Packouz, qui s'en sont mis plein les poches durant la guerre d'Irak grâce à une astucieuse entreprise qui profitait des appels d'offres d'armes de l'armée américaine dont personne ne voulait. Les miettes en somme. Mais des miettes qui valaient un sacré pesant de cacahuètes pour monsieur tout le monde. C'est ainsi qu'en flouant la Défense, ces deux marchands d'armes ont réussi à décrocher un faramineux contrat qui finit par les perdre. War Dogs est donc une sorte de biopic vendu comme une comédie. C'est d'ailleurs là que le bât blesse.

    De la comédie dans mon drame ?

    Le problème, c'est que War Dogs n'est pas véritablement un film comique. Evidemment, les deux personnages principaux sont des gentils losers (enfin presque), qui n'iront jamais très loin. Jonah Hill s'en sort très bien dans un rôle tout de même assez ingrat en interprétant un Efraïm Diveroli jouissif mais dont le seul gag consiste en un ricanement qui finit par agaçer. En face, Miles Teller écope d'un personnage assez vu et revu, le brave gars qui se retrouve piégé dans une entreprise louche dans le but d'offrir ce qu'il se fait de mieux à sa femme et son enfant. Globalement pourtant, War Dogs n'est pas une franche comédie. Quelques gags font sourire le spectateur mais ça s'arrête là. Todd Philips mise en réalité sur un domaine plus délicat: le drame. En construisant son récit comme une histoire sérieuse, le cinéaste fait dans la redites. Il se confronte par la même à un poids lourd du genre : Lord of War d'Andrew Niccol.

    Une fois cette notion en tête, on s'aperçoit très vite des similitudes entres les deux métrages. La lente montée en puissance de David, son envie d'impressionner sa femme et de vivre bien au-delà de ses moyens, ses entreprises de plus en plus dangereuses et embarrassantes d'un point de vue moral...et la chute, inévitable. Sauf que War Dogs n'arrive jamais à la cheville de ce maître-étalon. Todd Philips n'y peut rien, son film parait insignifiant. Il aborde un thème très fort, la vente d'armes, en ouvrant les portes sur un sous-texte contestataire important avec le rôle joué par les Etats-Unis...sauf qu'il n'en fait rien. Du tout. War Dogs reste du pur entertainement et n'a en réalité aucune épaisseur. Malgré son pompeux découpage en chapitres (qui ne sert à rien), le long-métrage ne sait pas où se placer ce qui finit par le ranger dans la catégorie : "vite vu, vite oublié".

    Tir manqué 

    War Dogs n'a rien de désagréable à la vision. Il montre que Todd Philips cherche à se renouveler en explorant des domaines autres que celui de la pure comédie. Malgré cette bonne volonté, l'américain ne sait pas positionner son film et se décider sur la façon de traiter son sujet accouchant ainsi d'un objet filmique inoffensif. Quitte à choisir, revisionnez Lord of War.

    Note : 6/10

    Meilleure scène : La traversée du triangle de la mort

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  • Grand Prix Cannes 2016
    Meilleur réalisateur pour Xavier Dolan Césars 2017
    Meilleur acteur Gaspard Ulliel Césars 2017

    Enfant chéri de la critique cannoise, le canadien Xavier Dolan a encore frappé cette année sur la Croisette. Après le prix du Jury pour son merveilleux Mommy en 2014, il remporte cette fois le Grand Prix pour Juste la fin du monde. Dans un palmarès très contesté, le jeune cinéaste n’a pourtant pas été épargné par la critique. Premier film avec un casting français de prestige, Juste la fin du monde joue la carte de l’adaptation de la pièce de théâtre, en l’occurrence ici celle de Jean-Luc Lagarce. Clivant largement le public lors de sa diffusion, le métrage a-t-il vraiment mérité sa récompense ou Cannes a-t-il encore commis un délit de copinage de plus ?

    Sur un thème relativement simple – mais très dur à traiter -, celui de l’annonce d’une mort prochaine, Juste la fin du monde s’enferme dans la maison familiale où tous les drames du passé sont restés piéger dans l’ambre, où les rancœurs sont encore chaudes et où les esprits un brin revanchards. Car Louis, personnage central de l’intrigue, revient après 12 ans passés à l’étranger et après avoir littéralement abandonné sa sœur, son frère et sa mère. On devine très vite que Louis vient dire une chose terrible à cette famille qu’il regrette mais qu’il ne sait absolument pas comment leur parler.

    « J’ai peur d’eux » répète Louis durant ce huit-clos familial. Et l’on comprend rapidement pourquoi. On pénètre dans une sorte de cocotte-minute, où les émotions sont prêtes à péter, où l’on sent constamment la tension qui monte. Le style Dolan est toujours présent, le réalisateur choisissant de nouvelles expérimentations – encore plus radicales – en filmant presque constamment en plans serrés ou en gros plans ses personnages. On est donc capturés par les émotions ainsi qu’asphyxiés dans le même temps. Ce choix artistique s’avère vite à double tranchant. En enfermant son intrigue dans un lieu unique, le canadien redouble l’effet claustrophobe de son film en le conjuguant avec son choix de mise en scène. Le problème majeur qui se pose, et c’est une première pour un film de Xavier Dolan, c’est que le métrage tombe dans l’hystérie la plus totale ainsi que dans la logorrhée chronique de ses personnages.

    Forcément, avec tant de ressentiment contre Louis, on sait dès le départ que les choses avec Antoine, son frère irascible, Suzanne, sa sœur perdue et Martine, la mère excentrique style Diane de Mommy, vont être compliquées et explosives. C’est ici que Juste la fin du monde perd son public. Les acteurs passent leur temps à crier, à s’engueuler, à s’emballer. Les longs tunnels de dialogues en tête-à-tête (le film fonctionne par confrontation entre Louis et un autre membre de la famille présente) se révèlent douloureux au possible. La palme revenant à l’entretien entre Louis et Suzanne, juste exécrable et inutile. Le film fatigue par ce mécanisme d’hystérie perpétuelle. Le spectateur se sent écrasé par les disputes et les cris, d’autant plus que tout se filme en gros plan. On est piégés et, franchement, c’est très désagréable à la longue.

    On n’arrive en réalité bien vite à comprendre ce qu’a voulu tenter Xavier Dolan. Dresser le portrait douloureux d’un homme confronté à ses erreurs passées, à ses manques. Gaspard Ulliel, magnifique, erre de pièce en pièce chassant les vieux fantômes de sa mémoire. Dans ces instants de flash-backs stylisés, Dolan redevient égal à lui-même, c’est clinquant mais c’est outrageusement beau. Sauf que cela ne se produit que par fugaces instants mélancoliques. On regrette amèrement que le cinéaste se prenne les pieds dans le tapis tant on sent le potentiel d’émotion derrière. Un potentiel palpable lors de l’entrevue entre Nathalie Baye, la mère, et Ulliel dans un cabanon. Dolan excelle à filmer avec sincérité la relation mère-fils, cette fois encore. Ou surtout dans ce crescendo final où Cassel brille d’un coup dans cette colère foudroyante mais…qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Il manque la narration logique et charmeuse d’un Mommy. Il manque même l’extravagante musique des précédents films avec des morceaux qui sonnent faux ! Une première ! Une chanson de Moby très mal placée, une autre de Blink 182 qui n’a rien à faire là…bref, que se passe-t-il à l’école Dolan ?

    Il avait pourtant bien des cartes en mains pour briller. A commencer par un casting de stars-égéries qui font tout ce qu’elles peuvent pour être à la hauteur. Cassel est excellent, Ulliel aussi, Nathalie Baye se Dolanise de la meilleure des façons possibles, Léa Seydoux n’est pas insupportable…Et Marion Cotillard interprète le rôle le plus intéressant et le plus nuancé du métrage. C’est son personnage qui aurait mérité plus d’approfondissement encore, surtout qu’il est à la fois extérieur et intérieur à la cellule familial. Mais non, Xavier Dolan, patauge, ne retrouve que quelques éclats de sa grandeur bien connue et ne peut sublimer son sujet comme il sait pourtant si bien le faire…

    Juste la fin du monde est le premier échec de la carrière du jeune Xavier Dolan. On voudrait aimer ce film plein d’émotions brutes, on voudrait vraiment mais c’est trop. Trop hystérique, trop asphyxiant, trop mal raconté,trop mal dosé…Le réalisateur passe à côté de son sujet. Du coup, on se demande avec un tel Grand Prix ce que nous réserve la Palme d’Or

    Note : 4/10

    Meilleure scène : Louis et Antoine plus jeunes en train de jouer - Louis et Martine dans le cabanon - La colère d'Antoine

    Meilleure réplique : "J'ai peur d'eux"

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  • [Critique] Spartacus

    Oscar 1961 du meilleur second rôle pour Peter Ustinov

    En 1960, Stanley Kubrick entre à Hollywood par la grande porte. Son dernier film, Les Sentiers de la gloire, lui a permis d'attirer l'attention des majors et de gagner à sa cause un certain Kirk Douglas. Véritable pilier de l'industrie Hollywoodienne à cette époque, Kirk Douglas se met en tête d'adapter le roman d'Howard Fast sur grand écran. Narrant la fameuse rébellion de Spartacus à l'époque de l'empire romain, l'histoire présente un énorme potentiel commercial et artistique, d'autant plus que le péplum est alors un genre en vogue. Seulement voilà, Douglas doit d'abord composer avec la commission des activités anti-américaines qui a blacklisté Howard Fast mais également le génial Dalton Trumbo, soupçonnés tous deux d'être des agents communistes. Trumbo va tout de même finir par être crédité avec l'appui acharné de Kirk Douglas. Autre problème, peut-être encore plus important, le réalisateur de Spartacus ne convient pas à Kirk Douglas. David Lean ayant refusé, c'est Anthony Mann qui prend le relais mais celui-ci est viré au bout de 2 semaines de tournage pour être remplacé par Stanley Kubrick lui-même. Un pari risqué, à la fois pour l'acteur Hollywoodien et pour le réalisateur alors en pleine ascension. 

    Souvent décrit par Kubrick comme son film le plus impersonnel, Spartacus n'en reste pas moins un énorme blockbuster à l'ambition dévorante ainsi que le témoin de toute une époque. Il faut tout de suite clarifier les choses quand à la parenté du métrage. Stanley Kubrick garde ici son sens de la mise en scène (les scènes de bataille et l'icônisation des personnages) et donne une authentique patte visuelle au film. Le problème, c'est qu'en effet, Spartacus n'a presque rien de Kubrickien. Si l'on excepte une ambiance de fin du monde lorsque l'on sait Spartacus voué à la défaite et la description particulièrement sanglante (pour l'époque) qui en est fait, les thèmes récurrents du réalisateur américain n'apparaissent simplement pas. La raison en est assez simple : Spartacus est un film de Kirk Douglas et Dalton Trumbo avant toute chose. Se faisant, le résultat peut laisser perplexe dans la filmographie du cinéaste qui semble ici perdre l'âme de son cinéma pour mettre son talent de metteur en scène au service d'un divertissement de haute volée. Voilà pourquoi Spartacus apparaît à la fois comme une mauvaise et une bonne chose dans le parcours de Kubrick. 

    Spartacus raconte l'histoire archi-connue de l'esclave du même nom qui se révolta contre l'Empire Romain. Histoire aussi héroïque que tragique, la légende de Spartacus devient une fresque impressionnante entre les mains de Kubrick, Douglas et Trumbo. Le film profite d'une distribution royale, d'un budget colossal qui se ressent constamment à l'écran (notamment la dernière scène de bataille hallucinante par son ampleur) et de fils narratifs ambitieux, même si imparfaits. On retrouve dans Spartacus tout ce qu'affectionne le grand Hollywood : un héros magnifique, une histoire d'amour passionnée et tragique, un combat pour la liberté et des sous-intrigues politiques passionnantes pleines de coups bas. A première vue, Spartacus est l'archétype du film Hollywoodien. Sauf que.

    Sauf que derrière cette histoire se trouve un certain Dalton Trumbo et qu'en y regardant de plus près, il transforme l'histoire de Spartacus (avec entorses historiques et anachronismes tout du long) en une charge anti-américaine et, plus généralement, anti-capitaliste, incroyablement audacieuse. Si l'on prend le film au premier degré, on se retrouve devant un homme se battant pour la liberté et la libération du joug d'un empire tyrannique, célébrant ainsi certaines valeurs américaines traditionnelles. Mais si l'on creuse et qu'on regarde de plus près, le message s'inverse. Spartacus incarne en réalité l'homme pré-communiste et devient en cours de route le porte-étendard d'une conception communiste de la société où l'esclave (le prolétaire) se libère des chaînes de l'exploitation d'un empire où le riche écrase le pauvre et où la corruption gangrène tout (l'Empire Romain/Américain). En assumant de ce fait que l'Empire Romain soit une métaphore de l'Empire américain, et Spartacus le porte-étendard de la révolution des pauvres et des exploités, le sénat présenté dans le film se divise entre Démocrates (Gracchus) et Républicains (Crassus). Là où Trumbo va encore plus loin c'est lorsqu'il présente la mort de Spartacus, héros communiste naturellement adulé par le public, comme un écho du Christ sur la croix. En somme, le peuple américain, aveuglé par ses dirigeants, crucifie son propre sauveur. Trumbo accomplit là un tour de force scénaristique incroyable, parfaitement retranscrit par le jeu d'un Kirk Douglas toujours impeccable et qui porte littéralement le film sur ses épaules. On pourra même s'amuser (dans la version longue) à débusquer la scène aux connotations homosexuelles insérée par Trumbo entre Antoninus et Crassus. 

    Derrière ce scénario d'une redoutable intelligence, on trouve également un divertissement de haute volée qui préfigure largement des films comme Gladiator de Ridley Scott bien des décennies plus tard. L'intrication des fils politiques, historiques et amoureux forcent le respect et permet de capter l'attention du spectateur sur la colossale durée de 3h17 (!!). Ne reniant pas quelques doses d'humour bien senties grâce au truculent personnage de Peter Uslinov, aka Batiatus, Spartacus n'ennuie jamais. Au contraire, il passionne et offre tout ce que l'on recherche dans un blockbuster d'honnête facture, voir même bien plus en y regardant à deux fois. Ne reste alors qu'à déplorer un certain manque d'ambition visuelle. Loin des travellings des Sentiers de la Gloire, Spartacus semble rendre Kubrick plus sage, plus prévisible. On reconnait encore de-ci de-là l'élégance du réalisateur, mais rien de comparable à ce qu'il donnera par la suite. 

    Ce détour Hollywoodien laissera un gout amer dans la bouche de Stanley Kubrick qui reprend de ce fait les chemins d'un cinéma plus personnel et moins clinquant. Spartacus restera cependant un classique intemporel qui continue de fasciner à l'heure actuelle. Certainement l'un des péplums les importants de l'histoire du cinéma. 

     

    Note : 8.5/10

    Meilleures scènes : La bataille - Spartacus sauvé par ses hommes après la défaite

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  • [Critique] Nocturama

     

    Ils sont sept jeunes français, de toute origine, de tout horizon. 
    Rien ne devrait les réunir. Du moins rien en apparence. Ces sept jeunes vont pourtant commettre un attentat au cœur de Paris en combinant leurs efforts. Un coup de semonce contre la société capitaliste qui les a oublié et qu'ils ne supportent plus. 
    Minutes après minutes, les choses se mettent en place, l'inéluctable s'annonce avec force. Pour échapper au châtiment policier, ils s'enferment alors dans un grand centre commercial au cœur de la capitale. Et là...les choses changent, les révolutionnaires tombent le masque. 

    Bertrand Bonello s'était déjà fait fortement remarqué avec L'Apollonide et, davantage encore, avec Saint-Laurent. Acclamé pour sa mise en scène, le réalisateur français s'attaque cette fois à tout autre chose. Un sujet brûlant et délicat. Il choisit en effet de filmer des attentats au cœur de Paris, sombre réminiscence du Bataclan pour nombre de spectateurs. Inspiré très librement par le Glamorama de Brest Eastin Ellis, Nocturama nous entraîne dans notre monde au travers des yeux de plusieurs jeunes désenchantés. La violence de son sujet ne doit pourtant pas faire perdre de vue que Bonello ne se résume pas à un cinéma d'apparat. Pas de vide dans Nocturama mais une densité narrative qui sait gérer le silence et mettre en exergue les contradictions.

    Le métrage se divise en deux. 
    D'abord, on suit les actions de plusieurs jeunes au cœur de Paris que rien ne semble lier de prime abord. Dans le plus grand silence, avec quelques lignes de dialogues discrètes au possible, Bonello filme la préparation d'un attentat. Dans des lieux à la banalité surprenante, dans un métro, dans un hôtel, dans la rue en fait. Sa caméra colle ses personnages, abuse du plan-séquence et des travellings pour figurer un labyrinthe urbain où le spectateur finit par se perdre. Dans ce monde très froid, le réalisateur met en scène un ballet mortel, un ballet où les humains deviennent des bombes en puissance, des tueurs de sang-froid, des êtres prêts à tout pour faire basculer le monde autour d'eux.

    Dans cette première partie, Bonello ne dissémine que peu de sous-texte politique. C'est à peine s'il montre quelques coupures de presses sur la suppression d'emplois ou les ravages du capitalisme moderne. A peine s'il explique pourquoi ces jeunes ont décidé de tout faire péter. Et il a raison. La seule séquence du déjeuner aurait même pu suffire, quand deux jeunes de Sciences-Po expliquent une dissertation sur les régimes totalitaires et dressent, sans le dire, le plan du film dans son entièreté. Bonello est malin, il n'a pas besoin d'assommantes lignes de dialogues pour démontrer son théorème. Il postule qu'au fond, le spectateur sait. 
    Et oui, le spectateur sait.

    Tout comme saura aussi cette étrange inconnue sur une place déserte qui dit à David que "ça devait arriver, c'était obligé". Cela semble inévitable, évident même, et pas besoin de l'expliciter pendant des heures. Le premier tour de force de Bonello, c'est de faire montrer cette évidence révolutionnaire, cette nécessité de révolte. Du coup, on pourrait croire que Nocturama serait un autre film incitant à la révolution. Sauf qu'il change du tout au tout dans sa seconde partie filmée en huit-clos dans un centre-commercial. A ce moment-là, Bertrand Bonello nous fait pénétrer dans l'intimité de ces personnages-fantômes qu'il nous a fait suivre auparavant. On pourrait alors s'attendre à de grands discours, à des envolées révolutionnaires.

    Mais non.
    Tout ce beau monde, qui semblait vouloir tant et pouvoir tant, ne fait rien. Nos jeunes révolutionnaires redeviennent des gosses ne se préoccupant en réalité que de jeux vidéos, de karting, de vêtements et d'autres choses triviales. Pire, ils deviennent dans cette partie tout ce qu'ils détestent : des consommateurs. Nocturama prend des allures de film désabusé, non seulement sur la société capitaliste qui broie l'humain, mais aussi et surtout sur l'inanité des révolutions. A quoi sert-il de se rebeller si ce n'est pour être que...ça. Cependant, soyons justes, Bonello ne nous dresse pas un portrait au vitriol de ses personnages, il ne cherche pas à les avilir. Il cherche à nous faire voir en quoi ils se révèlent d'une banalité tragique. Alors qu'au dehors on parle d'ennemis d'état, de terroristes sanguinaires...le spectateur voit des gamins. De simples gamins à la médiocrité banale, qui tentent de se rebeller, de s'affirmer mais ne poussent pas la chose comme il faut, qui sont piégés dans une société de consommation qu'ils haïssent pourtant. Le contraste entre intérieur/extérieur s'avère d'ailleurs saisissant. Dans le magasin, on pourrait presque croire que la vie quotidienne continue, le silence règne. A l'extérieur, Paris est une ville-morte arpentée par les sirènes, sorte de fresque apocalyptique en noir et blanc. 

    Reste alors la fin, brutale et sans concession, qui apporte encore davantage de questions au sujet exploré par Bonello. Y-a-t-il vraiment une issue ? Quand on tue des gamins sans se poser de questions ? Quand, justement, on ne se pose plus de questions. Nocturama laisse un goût de cendres, le cinéaste français ne transigeant pas avec son matériel politique et nous refilant une bombe à méditer. Un film d'autant plus atypique qu'il fait entrer en collision la fougue de la jeunesse et le regard désabusé des vieux de la vieille qui ont vu tant de révolutions échouées dans la médiocrité de ses instigateurs. 
    Nocturama mérite franchement toute votre attention.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La discussion du café - L'assaut vu par les caméras

    Meilleure réplique : C'est facebook qu'on aurait du faire péter.

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  • [Critique] Les Sentiers de la gloire

    Convaincu par The Killing, MGM offre un budget confortable à Stanley Kubrick pour réaliser son prochain film. Le problème, c’est que le jeune cinéaste désire faire un film anti-militariste se déroulant durant la Première Guerre Mondiale. La MGM n’étant alors pas intéressé par un film de guerre, et encore moins par un film anti-guerre, le projet semble vouer à l’échec. Jusqu’à ce qu’un certain Kirk Douglas reçoive le script de Stanley Kubrick et se mette à soutenir le projet même si, selon lui, le film ne marchera pas en termes de recettes. Fort de ce soutien de poids, Kubrick entame donc le tournage des Sentiers de la gloire qui sort finalement dans les salles américaines en 1957.

    Inspiré par des faits historiques, l’affaire des caporaux de Souain de mars 1915, Les Sentiers de la Gloire permet à Stanley Kubrick de revenir dans un domaine qu’il affectionne tout particulièrement : le film de guerre. Ce genre, qu’il n’avait pas approché depuis son Fear and Desire, lui permet de discourir sur des thèmes qui lui sont chers. Pour ce long-métrage, il nous raconte l’histoire du colonel Dax et de ses hommes du 701ième Régiment contraint par ordre de leur supérieur, le général Mireau, d’attaquer une position allemande réputée imprenable : Anthill. Malgré les réticences de Dax, celui-ci lance ses hommes à l’assaut et, évidemment, la forte résistance allemande cueille ses troupes en plein no man’s land. Le massacre est telle que la compagnie B, chargée de soutenir l’attaque, refuse de monter à l’assaut. Fou de rage, le général Mireau demande à ses propres batteries d’artillerie d’ouvrir le feu sur la compagnie B, indiquant qu’il s’agit de réprimer un acte de couardise et de traitrise. Le chef d’artillerie refuse et, devant l’échec de l’attaque, Mireau demande des sanctions à son supérieur, le général Broulard. Pour l’exemple, il faut fusiller 100 hommes du 701ième. Après maintes protestations, Dax arrive à faire réduire ce nombre à trois. Le caporal Paris, le soldat Ferol et le soldat Arnaud sont alors désignés pour être fusillés.

    Ce sujet en or massif pour Stanley Kubrik lui permet enfin de révéler la pleine mesure de son talent. Fasciné par la guerre et par la folie humaine, Kubrick capture celle-ci avec une brillante acuité. Les Sentiers de la Gloire illustre la folie du général Mireau et, plus généralement, de la chaîne de commandement et de l’armée. Impossible de prendre Anthill, à moins d’être prêt à mourir comme un chien dans le no man’s land. Ce que les hommes de la compagnie B n’ont pas l’intention de faire, naturellement. En face, le général Mireau (et l’armée qu’il symbolise), est totalement en dehors des réalités. Pour tout dire, il est fou, aveugle et ne comprend pas ce qui se déroule devant ses yeux. Avec brio, Kubrik montre la folie totale de l’armée. On pourrait voir dans le métrage un plaidoyer contre la guerre, mais le cinéaste est plus fin. Il se sert des horreurs de la guerre, notamment à travers l’impressionnante séquence de charge dans le no man’s land par le Colonel Dax - où Kubrick utilise plusieurs caméras pour capturer tous les angles possibles - pour dénoncer la folie de la hiérarchie militaire et des puissants.

    Profondément manichéen, Les Sentiers de la gloire ne souffre pourtant aucunement de ce manque de nuance. Tout simplement car il ne peut y en avoir vu les faits largement authentiques rapportés, mais aussi parce ce manichéisme illustre à merveille le propos anti-militariste du film. Il permet aussi à Kubrick de mettre en place des doubles, l’une de ses obsessions les plus profondes, avec le Colonel Dax et le Général Mireau. Le premier est aussi droit, moral et honorable que l’autre est vil, opportuniste et sans pitié. Si les deux hommes sont amenés à tant se détester au cours de l’histoire, c’est aussi parce qu’il se tende un miroir déformant l’un à l’autre symbolisant tout ce qu’ils détestent.

    Cette charge anti-militariste s’accompagne d’une mise en scène prodigieuse. Très tôt dans le film, Kubrick étale son savoir-faire. Il suit d’abord le général Mireau en visite dans les tranchées, bien avant l’invention de la steady-cam, et nous convie dans un labyrinthe de boue, de sang et de folie. En quelques instants seulement, Kubrick capture toute l’essence de cette guerre de tranchées en faisant se balader un général propret et patriotique dans un enfer creusé par des hommes éreintés, épuisés et, pour tout dire, prisonniers. Pour peu, on se croirait à la fin du monde, dans les tranchées de l’Armageddon. Avec la maturité, Kubrick a appris à utiliser plus parcimonieusement les plans serrés sur ses acteurs. Lorsqu’il filme les trois soldats condamnés à mort, qu’il capture leur visage plein de peur, de larmes et de colère, cette fois, on est renversé. Renversé par le malheur de ces hommes, brillamment interprétés par Timothy Carey, Joe Turkel et Ralph Meeker. Chacun incarnant une réaction différente face à l’injustice : la peur, la colère, la résignation. La séquence de leur exécution restera l’un des points d’orgue du film.

    Mais les Sentiers de la Gloire doit aussi beaucoup aux qualités de Kubrick en tant que directeur d’acteur. Kirk Douglas, déjà formidable à l’origine, y est parfaitement dirigé composant un colonel Dax inoubliable tant Kubrick l’immortalise sur pellicule comme une figure héroïque mais humble. Un homme capable de tout risquer pour sauver la vie de ses hommes et qui porte sur ces gueules cassées un regard attendri lors d’une scène finale carrément poignante. A cet instant, Kubrick réunit toutes ses qualités pour délivrer un message somme. Il nous montre des hommes aux instincts primaires beuglant dans un café, abrutis par la guerre et l’injustice, mais qui redeviennent humains par la chanson d’une allemande prisonnière, seule femme du film. Il capture alors les visages de ces anonymes qui ont fait la guerre et connaîtront pour beaucoup une mort inutile. Dax dévisage avec compassion ces types-là, avec plus d’humanité que tout le métrage n’en aura montré jusque-là.

    Les Sentiers de la gloire représente la première consécration pour Stanley Kubrick.
    Le film est si brillamment dérangeant qu’il sera interdit en France jusqu’en 1975 (soit pendant près de dix-huit ans !), en Suisse jusque 1970 et en Espagne jusqu’en 1986. Véritable charge anti-militariste, Les Sentiers de la gloire permet non seulement à Kubrick d’éclabousser de son talent le monde du cinéma mais également de lui ouvrir les portes d’Hollywood par l’intermédiaire de Kirk Douglas.
    Pour le meilleur…et pour le pire.

    Note : 9.5/10

    Meilleures scènes : L’exécution - La charge dans le no man's land - le café

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  • [Critique] The Killing (L'Ultime Razzia)

     Premier film de Stanley Kubrick avec une équipe professionnelle et un véritable budget, The Killing (connu en France comme L'Utime Razzia) sort en salles en 1956, soit un an après Killer's Kiss. C'est grâce à la rencontre avec le producteur James B. Harris que le jeune cinéaste fonde sa première société de production dans le but de racheter les droits du roman Clean Break de Lionel White. Entouré par le scénariste Jim Thompson et par le vétéran Lucien Ballard à la photographie, Kubrick se lance dans sa première réalisation d'envergure. Influence avouée des dizaines d'années plus tard par Quentin Tarantino pour son Reservoir Dogs, The Killing raconte le braquage d'un champ de courses avec une efficacité narrative redoutable. Pourtant, c'est peut-être l'un des films les moins Kubrickiens qui soit.

    The Killing amène Kubrick dans un genre qu'on attendait pas forcément : le film de braquage. Supporté par une véritable équipe technique et, surtout, de véritables acteurs, le long-métrage s'avère d'emblée plus impressionnant que les deux précédents. En fait, on peut voir The Killing comme une démonstration du jeune cinéaste américain lui permettant enfin d'accéder à la notoriété. Ce qui entraîne plusieurs choses. D'abord, on ne trouve pratiquement aucune des obsessions de Kubrick dans l'histoire - exceptée peut-être la folie de George Patty en fin de métrage. Ensuite, The Killing se révèle le film le plus lisse et le plus propre jusqu'ici de l'oeuvre de Kubrick. On sent que tout y est calibré et millimétré pour montrer la maîtrise du réalisateur sur le plan technique et narratif. Il n'y aura pas cette fois d'affrontement dans un entrepôt de mannequins ou de questions existentielles sur la mort et la culpabilité.

    En lieu et place, Stanley Kubrick construit une histoire de braquage dont le déroulement narratif force le respect. En employant le flash-back à bon escient et, surtout, en exploitant les divers points de vues des participants au dit braquage, le réalisateur arrive à tenir son spectateur en haleine de bout en bout. Sorti du travelling d'entrée, la réalisation se fait efficace et fonctionnelle, oubliant les tâtonnements d'un Fear and Desire ou la course-poursuite d'un Killer's Kiss. Les personnages restent assez caricaturaux mais servent à merveille l'histoire, faisant de The Killing une vraie réussite sur le plan du divertissement pur. Au-delà de celui-ci, et malgré la maîtrise évidente de l'ensemble, difficile de trouver le métrage exceptionnel. C'est certainement là le revers de la médaille pour l'entreprise de Kubrick et Harris. 

    L’enchevêtrement des fils narratifs a cependant pour l'époque quelque chose d'impressionnant. La multitude de points de vues permet à Kubrick se s'amuser à reconstituer un fait unique, le braquage, avec plusieurs angles d'attaques. On pourrait presque parler de film choral à certains moments. La fin, quant à elle, a quelque chose de délicieusement ironique avec cette conclusion toute simple de Johnny "What's the difference ?". The Killing n'a donc qu'un intérêt mineur dans la filmographie du réalisateur américain en terme de cinéma pur. Il reste cependant son film le plus important du point de vue de la reconnaissance artistique. Il fait en effet forte impression sur la critique de l'époque ainsi que sur la MGM. C’est le début de la grande aventure pour Kubrick attendu sur les sentiers de la gloire.

    Film mineur au retentissement majeur pour Stanley Kubrick, The Killing n'en reste pas moins un excellent film de braquage, conventionnel d'autant plus à l'heure actuelle mais maîtrisé de bout en bout et d'une efficacité narrative redoutable.

       

    Note : 6.5/10

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  • [Critique] Killer's Kiss (Le Baiser du tueur)

    En 1995, Stanley Kubrick a 26 ans. Franchement déçu par son Fear and Desire, il décide d’emprunter la coquette somme de 40.000 dollars à son oncle pour financer son deuxième film. Si cela fait de Killer’s Kiss un métrage quatre fois plus cher que le précédent, il reste un (très) petit budget. Désireux de tout contrôler, Kubrick enfile la casquette de réalisateur, de monteur, de co-scénariste, de producteur et de directeur de la photographie. Ironie de la démarche, ce sera tout de même United Artist qui disposera du final cut et imposera une happy-end. Considéré par le cinéaste comme sa vraie première réalisation, Killer’s Kiss s’avère un film personnel…et classique à la fois.

    Stanley Kubrick quitte l’univers de la guerre pour revenir dans un New-York des années 50 où un boxeur du nom de Davey Gordon fait la rencontre de sa belle voisine danseuse : Gloria. Les deux jeunes gens tombent rapidement amoureux au grand dam de l’employeur de Gloria, le gangster Rapallo. Ce dernier décide de tout mettre en œuvre pour empêcher le départ de la femme qu’il aime. Ce postulat archi-convenu renvoie évidemment aux films noirs de l’époque et n’offre malheureusement pas beaucoup plus que ce qu’il laisse entrevoir de prime abord.

    Stanley Kubrick reprend Frank Silvera pour interpréter Rapallo – on l’avait déjà aperçu dans Fear and Desire sous les traits du sergent Mac – et offre le rôle féminin à Irene Kane. On s’aperçoit immédiatement que ce second film corrige les nombreux défauts de son prédécesseur. Kubrick dirige mieux ses acteurs, apprend à gérer ses plans et son cadre…bref, l’américain prend ses marques. Film noir classique et, pour tout dire, assez cliché, Killer’s Kiss n’explore que de loin les thèmes chers à Kubrick. Cependant, il permet à celui-ci de filmer un sport qu’il affectionne tout particulièrement : la boxe. En un sens, il reste toujours un peu de Kubrick dans l’histoire.

    Côté réalisation, tout s’améliore grandement. Si Kubrick n’est pas un scénariste à la hauteur (il ne le sera plus jamais par la suite), il offre cependant une remarquable scène en fin de métrage : la poursuite entre Rapallo et Davey. Celle-ci utilise au mieux l’espace des ruelles New-Yorkaises puis s’envole vers les toits des immeubles avant de terminer dans une usine de fabrications de mannequins. L’atmosphère qui se dégage de la scène se révèle très particulière. Pour dire vrai, et pour la première fois, on sent un peu la patte du cinéaste américain. Dans cet affrontement, les corps artificiels sont massacrés, lancés, piétinés, écrasés. Comme autant de victimes collatérales innocentes et muettes. Il est d’ailleurs assez cocasse de constater que Kubrick semble parfois plus occupé à filmer ces mannequins de plastique anonymes broyés à la hache que les combattants eux-mêmes. C’est véritablement cette séquence qui tire le film vers le haut et permet de l'extirper de l’anonymat total.

    Il faudra pourtant attendre encore, car, malgré toute la bonne volonté du jeune Stanley Kubrick, Killer’s Kiss reste un film noir banal, bien filmé et agréable à suivre mais dépourvu de l’ambiance narrative de son prédécesseur. Anecdotique en somme.

    Note : 5.5/10

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  • [Critique] Fear and Desire

    Longtemps introuvable sur le marché, Fear and Desire est le premier film d’un certain Stanley Kubrick. Tourné en 1953 avec un budget ridicule (pour ne pas dire inexistant) de 10 000 dollars, le long-métrage deviendra une source d’embarras pour celui qui sera appelé par la suite à devenir l’un des plus grands cinéastes du XXème siècle. Qualifiant lui-même ce premier film d’amateur, Kubrick a vainement tenté d’en détruire les copies en circulation. C’est en 2012 que le film ressort sur le marché et permet de se pencher sur l’œuvre de jeunesse d’un illustre inconnu à cette époque.

    Très court, une heure au total, Fear and Desire n’est pas si dénué d’intérêt qu’on le clame souvent. Monté, joué et filmé en amateur il est vrai, le long-métrage s’intéresse à une troupe de militaires perdue en territoire ennemi. Accompagné d’une voix-off pesante, l’histoire prend place dans un lieu et une époque indéterminés, les soldats appartenant à des belligérants non identifiés. L’histoire reste assez simpliste puisqu’elle nous propose de suivre l’échappée des quatre hommes. On assiste à plusieurs rebondissements, notamment la rencontre avec une jeune femme et la découverte d’un quartier général non loin de la rivière.

    Ecrit par un ami de Kubrick, Howard Sackler, Fear and Desire reste cependant intéressant dans la filmographie du réalisateur. Maladroit, le film l’est sans aucun doute. On relève un certain nombre de faux raccords, une tendance aux gros plans ennuyeuse et un montage hasardeux…mais qui tente quelques petites choses. En réalité, Fear and Desire porte en lui les germes d’un réalisateur qui se cherche. On sent que Kubrick tente de dégager des idées, notamment en saisissant dès que possible ses personnages en plan serré, comme pour capter leurs pensées, leurs démons intérieurs. De même, son cadrage étonne par son efficacité. De fait, même si Fear and Desire n’a rien d’extraordinaire, il présente déjà quelques marottes de l’américain. 

    On retrouve en effet un récit de guerre qui évoque déjà la noirceur d’un Full Metal Jacket, une fascination pour la folie qui s’incarne dans le jeune soldat chargé de garder la femme capturée ou encore un propos sur la violence prépondérant. En ajoutant l’idée simple de faire jouer les soldats ennemis par les mêmes acteurs que les personnages principaux, Kubrick affirme déjà une tendance à brouiller les pistes, à questionner le sens de la réalité ainsi que de la culpabilité. Ainsi, malgré la faiblesse générale de cette première œuvre, Fear and Desire apporte un propos noir quasiment poétique par moments (la voix-off du sergent sur le radeau ou celle du général se questionnant sur le lieu de sa mort) que l’on retrouvera bien plus tard dans la filmographie du cinéaste.

    Amateur, Fear and Desire n’est pas en soi un film marquant, loin de là même. Il intéressera avant tout les spectateurs curieux des débuts d’un cinéaste hors pair. Au-delà des faiblesses du long-métrage, on y décèlera pourtant un propos pas si innocent et bien plus captivant qu’il n’y parait.

    Note : 4.5/10


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