• [Critique TV] Taboo, Saison 1

     Parmi les séries excitantes du moment, Taboo figure en bonne position. Créée par un certain Steven Knight (responsable déjà de l'excellente série Peaky Blinders que l'on vous recommande chaudement) et Edwards Hardy, père du fameux acteur Tom Hardy - lui-même acteur principal de la série -, Taboo est une production à destination de la BBC et de la chaîne américaine FX. On y retrouve une pléiade d'acteurs remarquables tels que Jonathan Pryce (aka The High Sparrow dans Game of Thrones), Oona Chaplin (Game of Thrones aussi !), Mark Gatiss (Sherlock Holmes) ou encore Stephen Graham (le Al Capone de la série Boardwalk Empire) ainsi qu'un compositeur qui n'en finit plus de monter en la personne de Max Richter (The Leftovers, Black Mirror, Arrival...). En somme, tout semble réuni pour faire de Taboo l'une des nouvelles séries les plus folles de l'année. 

    Mais avant toute chose, Taboo, de quoi ça parle ? 
    James Keziah Delaney que l'on pensait disparu en Afrique, rentre à Londres à la mort de son père, Horace Delaney. Ce dernier, devenu fou dans ses dernières années de vie, possédait un certain territoire sur la côté Ouest de l'Amérique du Nord appelé Nootka Sound. Occupée par des tribus de sauvage, la terre laissée en héritage à James n'a de prime abord aucune valeur...sauf qu'elle est en réalité la clé de la délimitation territoriale dans la guerre que se livre le Royaume-Uni et les Etats-Unis en cette année 1814. Courtisé à la fois par les américains et par les anglais, James n'a cependant aucune intention de céder aux offres de la East India Company malgré l'arrangement de celle-ci avec sa demi-sœur, Zilpha Geary. Hanté par ce qu'il a fait en Afrique et les étranges pouvoirs qu'il a côtoyé, James n'est plus le même homme. Aidé par Atticus, Brace et Helga, il risque bien de bouleverser l'échiquier politique et même de s'attirer les foudres du roi. 

    Il faut l'avouer, Taboo met un certain temps à se mettre en place. Sa narration, volontairement élusive au début, n'est pas aussi clairement accrocheuse que ne pourrait l'être une série plus conventionnelle. Ce qui accroche par contre immédiatement le spectateur, c'est son atmosphère très noire aux forts relents fantastiques. Grâce à sa mise en scène crasse et sèche, Taboo propulse immédiatement ses personnages dans un Londres à la fois très familier et très différent. Knight et Hardy auraient pu se limiter cependant à reproduire un simili-Peaky Blinders...mais ils ajoutent une dimension de plus en plus clairement fantastique à mesure que les épisodes s'enchaînent. En mêlant les mythes africains et indiens, avec un zeste de magie noire/vaudou pour faire bonne mesure, la série acquiert une aura d'étrangeté malsaine parfaitement synthétisée par son personnage principal : James Delaney.

    N'en faisons pas mystère, le plus gros atout de cette première saison, c'est évidemment l'acteur britannique Tom Hardy (Mad Max Fury Road, Bronson, The Dark Knight Rises) qui endosse cette fois le costume pour le moins singulier de James Delaney. Avec son charisme habituel et un talent toujours plus impressionnant, l'anglais offre une prestation magistrale pour un personnage franchement fascinant de la première à la dernière seconde. Knight sait ménager les révélations qui l'entoure et garde même quelques non-dits en réserve pour la prochaine saison. Pour tout dire, Tom Hardy tient la série sur ses épaules. En cela, il est aidé par une galerie d'excellents acteurs déjà cités précédemment mais on est sans cesse épaté par le talent du trio Pryce - Graham - Hayman, véritable équipe de choc. Outre cette solide distribution, la série peut également compter sur une intrigue maîtrisée et minutieusement calibrée par un Steven Knight toujours aussi en forme. 

    En prenant pour toile de fond la guerre relativement méconnue de 1814 entre les britanniques et les américains, Taboo permet de (re)découvrir une période qui n'avait rien à envier aux fresques fantasy type Game Of Thrones. Londres est alors un nid de vipères où les espions pullulent, où les agents des deux factions s'affrontent à travers des crimes d'une rare violence (qui trouvent d'ailleurs un écho tout particulier avec la brutalité bestiale de James) et où l'on ne sait plus bien en fin de compte qui sert qui. Ce jeu du chat et de la souris entre James et ses adversaires tient en haleine durant les huit épisodes de cette première saison et permet également à Knight d'aborder quelques thèmes forts justes. Celui de l'esclavagisme et de l'hypocrisie de la société anglaise de l'époque à son égard par exemple. Ou celui de l'homosexualité voir de la transsexualité à travers Benjamin Wilton. C'est aussi l'occasion d'insérer un certain nombre de clins d’œils historiques (les allusions à Napoléon, le rôle de la chimie et du personnage étrange mais savoureux de Cholmondeley etc...) qui apportent une saveur particulière à cette sombre histoire.

    La franche réussite de Taboo est due à la conjonction de tous les éléments précités. La série aurait pu être un ersatz du succès précédent de Steven Knight, Peaky Blinders, mais l'ajout de la dimension fantastique - d'ailleurs clairement assumée et esthétiquement remarquable - en font tout autre chose. La prestance de Tom Hardy, la qualité du casting et la minutie de l'intrigue qui multiplie les pistes sans jamais s'égarer (et cela même si la sous-intrigue de Zilpha apparaît comme plus faible que le reste), la partition entêtante de Max Richter... tout participe au résultat final plus que fascinant. Si une saison 2 est d'ors et déjà annoncée, vous pouvez vous précipiter sur ce joyau noir télévisuel.  

     

    Note : 9/10

    Meilleure épisode :  Episode 4

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  • [Critique] La Belle et la Bête (2017)

      Hasard du calendrier, La Belle et la Bête version 2017 sort peu de temps avant Ghost In The Shell le remake à l'américaine. Derrière ces deux "franchises" qui n'ont, de prime abord, rien à voir, se cache pourtant des mécanismes de marketing pourtant tout à fait similaires. Après avoir étudié en détails le cas Ghost In The Shell, penchons-nous aujourd'hui sur celui de cette énième variation autour du conte populaire de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont datant de 1757. Si peu de gens aujourd'hui connaissent le film de Cocteau de 1946, il en va tout autrement du dessin-animé de Disney de 1991, succès public et critique en son temps, et qui est aujourd'hui le matériau principal qui sert de base au film de Bill Condon. Comédie-romance-musical, le long-métrage met en scène Emma Watson (qui doit toujours s'en mordre les doigts d'avoir refusé le rôle-titre de La La Land en lieu et place de celui-ci) et un Dan Stevens numériquement bestial. Dans les autres personnages archi-connus, on retrouve une pléiade de visages...enfin de voix connues comme celles de Ian McKellen, Ewan McGregor, Stanley Tucci ou encore Emma Thompson. Derrière ses effets spéciaux numériques charmeurs, que vaut ce remake-live des aventures de La Belle et la Bête ?

    A peu près la même chose que celle du Major à la sauce Hollywoodienne...à ceci près que le propos ici n'a jamais été très complexe même pour l'original. En réalité, cette adaptation découle de la constatation simple (et putassière) que le passage vers le live de ses classiques de dessins-animés marchent bien dans les salles obscures. Car les générations qui ont grandi avec ces mêmes dessins-animés ont maintenant un autre âge et s'y retrouvent davantage avec ce nouvel enrobage semble-t-il. Comme pour le Livre de la Jungle, Blanche-Neige et le Chasseur et autre Maléfique, Disney joue sur la nostalgie du spectateur pour amasser un paquet de fric en faisant le minimum syndical derrière une bonne grosse vitrine d'effets spéciaux. Nous ne ferons pas l'affront au lecteur de préciser le postulat de La Belle et La Bête dans cette critique puisqu'il faudrait avoir vécu dans une grotte les trente dernières années pour ne pas le connaître. La trame narrative s'avère donc sensiblement la même que celle du dessin-animé, avec des ficelles grosses comme des cordes d'amarrage de navires, des personnages aussi simplistes et manichéens que les Disneys de la grande époque et...une bonne plâtrée de bons sentiments en veux-tu en voilà.

    Il ne s'agit pas ici de détruire la franchise de La Belle et La Bête ni le joli dessin-animé des années 90, comprenons-nous bien. Mais de se demander au fond : Pourquoi tous ces millions de dollars et cette énergie pour accoucher d'un film parfaitement inutile ? Excepté titiller la corde sensible du spectateur nostalgique, qu'apporte de neuf La Belle et La Bête ? Absolument rien. On retrouve le même univers, le même ton, les même personnages...avec des effets spéciaux jolis (mais voyants) pour enrober le tout et masquer le vide scénaristique ainsi que le manque criant d'innovation. Emma Watson a beau faire ce qu'elle veut, Luke Evans a beau cabotiner comme il le peut...il n'y a strictement rien d'excitant dans La Belle et la Bête que vous ne connaissiez déjà. Excepté un certain sens du politiquement correct où l'on introduit deux personnages gays juste pour le plaisir de le faire (donc en se foutant totalement d'édifier de beaux personnages) et de disperser quelques personnages noirs pour respecter un quota même s'il n'y a aucun intérêt scénaristique à cela. A côté de ces faits, on retrouve le choix de montrer une Bête tout en images de synthèse au lieu de jouer sur du maquillage et un costume, certainement plus coûteux et difficile à mettre en oeuvre, mais qui aurait été tellement plus réel que cet artifice de jeux-vidéo. Le pire restant que lorsque l'apparence numérique tombe, on constate que Dan Stevens est un total miscast dans le rôle du Prince...Mais soit. 

    Il n'y a donc qu'une seule petite chose qui tente de rattraper ce drame commercial, c'est bien les musiques et la bande-originale, brillamment retranscrite au moins avec quelques belles petites scénettes notamment la chanson de Gaston dans l'auberge, rythmée et bien mise en scène. On retrouvera également les quelques succès qui ont fait la gloire du dessin-animé original, à savoir Be Our Guest ou Beauty and the Beast, mais qui, une nouvelle fois, ne font que pincer la corde du nostalgique assis devant l'écran de cinéma. Mobiliser un tel nombre de personnes, d'acteurs et Bill Condon pour ça...C'est vraiment gaspiller du temps, du talent et de l'argent (même s'il est vrai que Bill Condon est capable du pire, avec Twilight IV et V, comme du meilleur, avec Mr Holmes). Le film s'achève dans une happy-end attendue (tout le monde sait ce qu'il va se passer, il n'y a donc rigoureusement aucun suspense) et achève de convaincre de sa vacuité.

    A quoi sert La Belle et La Bête version 2017 ?
    C'est simple à rien. Le film n'est pas honteux ou mal joué ou mal mis en scène, au contraire, il est très correct et fait le job.
    Il ne sert juste à rien d'autre qu'à vous soutirer quelques billets en échange d'une Madeleine de Proust enrobée d'effets numériques. 
    Une perte de temps.

     

    Note : 3/10

    Meilleure scène :  La chanson de Gaston à l'auberge

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  • [Critique] Ghost in the Shell (Remake américain)

     Annoncé de longue date depuis qu'un certain Steven Spielberg a acquis les droits du manga, le remake américain du génial Ghost in The Shell du non moins génial Mamoru Oshii a fini par voir le jour. Réalisé par Rupert Sanders, déjà responsable de Blanche-Neige et le Chasseur, cette tentative d'adaptation en prises réelles d'un anime culte s'avère extrêmement intéressante. Elle apparaît en effet comme la parfaite synthèse de tout ce qui cloche dans le cinéma Hollywoodien actuel. Ne soyons pas hypocrites, dès l'annonce du projet on savait pertinemment que le métrage ne servirait à rien. Quel est le but de faire un remake d'un anime déjà extraordinaire en le confiant de surcroît à un jeune réalisateur qui n'a pas le quart du génie d'Oshii ? Comme toujours, il s'agit pour Dreamworks et la Paramount de rendre plus "accessible" au public américain une oeuvre totalement étrangère...et de se faire de l'argent au passage. Et comme toujours, le procédé n'a strictement qu'une fin putassière. 

    Il semble pourtant intéressant de se pencher sur ce Ghost in The Shell à l'américaine pour expliquer pourquoi la démarche s'avère aussi stérile qu'insultante. L'action se situe dans un futur proche dans une ville futuriste jamais nommée où une équipe, la Section 9, dirigée par Daisuke Aramaki et le Major, tente de mettre la main sur un terroriste qui pirate des esprits, un certain Kuze. Le Major est un être unique dans ce monde pourtant déjà largement amélioré, puisqu'elle possède un corps entièrement artificiel qui accueille le cerveau d'une humaine authentique. Elle va cependant découvrir au cours de son enquête sur Kuze que bien des choses lui ont été caché. 
    Déjà, première constatation, le synopsis de départ a été changé et, pour tout dire, très largement simplifié. Le Major n'est plus un être entièrement cybernétique mais une espèce de Robocop-bis, la Section 9 est la seule mentionnée dans le film, les intrigues politiques sont bien plus faciles tout comme les considérations philosophiques etc...

    Nous tenons-là le premier défaut du métrage. Ghost In The Shell sauce américaine simplifie sous prétexte de populariser...et perd l'originalité et le génie de l'original. Pire encore, Sanders a peut-être beaucoup de connaissances en matière de classiques de SF, il ne fait que mélanger le tout pour rendre une copie hybride qui n'a plus vraiment à voir avec ce que l'on connaissait. L'univers du présent film est un étrange mix de Robocop (pour le Major et ses questionnements, humour en moins), Blade Runner (pour le style de la ville), Matrix (pour les combats) et Deux Ex (pour les améliorations des humains). Alors que l'oeuvre de base se suffit à elle-même de par son extrême intelligence et la foisonnance de ses concepts, ce remake choisit de faire du grand public...et fait donc dans le vu et revu ailleurs (et en mieux). L'intrigue est au diapason, très prévisible car elle semble avoir vingt ans de retard sur toutes les grandes œuvres SF cinématographiques et littéraires. Tous les thèmes abordés ne sont en réalité qu'effleurés, le métrage ne voulant perdre personne finit par proposer une simili-enquête policière aux enjeux restreints à l'injustice de la création du Major et de Kuze. Tout est franchement évident dès que l'on possède quelques notions sur le plan science-fictif.

    Second défaut : le fameux white-washing. Pour adapter Ghost In The Shell au public américain, pas question de reprendre l'ethnie logique du film. A la place d'asiatiques pour les rôles principaux - à l'exception notable de Takeshi Kitano pour le fan-service - tous les protagonistes redeviennent des occidentaux. A commencer par le Major interprétée par une Scarlett Johansonn simplement hors de propos. En ajoutant que l'actrice surjoue les tics robotiques (alors qu'elle était excellente dans Under the Skin), on obtient un miscast total. Le reste de l'équipe ne vaut guère mieux. Cette volonté de transformer l'ethnie majoritaire du film pour le rendre plus bankable, phénomène déjà bien connu à Hollywood, atteint ici des sommets d’imbécillité. Le pire restant que les quelques acteurs asiatiques du film jouent...comme des pieds (excepté Kitano) et...Juliette Binoche, juste insupportable dans un rôle cliché au possible. 

    Enfin, Ghost In The Shell peut se targuer d'avoir des effets spéciaux, une esthétique et une mise en scène d'excellente qualité. Sanders, de ce côté au moins, fait le job. C'est là aussi une des marottes des remakes à l'américaine, cacher sa misère scénaristique sous des atours séduisants. Une chose qui marche certainement avec un public peu exigeant mais justement...à qui s'adresse ce remake ? Certainement à cette frange de la population avec des préjugés lamentables quant à la qualité des anime japonais...Et encore ! Le film misant justement sur cette parenté (il y a même nombre de clins d’œils pour les fans...qui...évidemment n'en auront un peu rien à faire), on doute qu'il draine ce public-là. D'un autre côté, on trouve les fans de SF et les connaisseurs de l'anime d'origine...Ceux-là ne douteront pourtant pas un instant de l'inutilité totale d'un remake d'une oeuvre déjà...grandiose, tout simplement. Le pire restant que Ghost In The Shell le remake n'a rien de véritablement honteux, pris à part, il s'agit d'un film honnête et bien mis en scène...qui a juste un retard considérable sur son époque. 

    Quel intérêt trouver à ce Ghost In The Shell ?

    Le même que celui de tous les remakes américains du même genre...vous faire connaître l’œuvre d'origine qui vaut mille fois cette copie pâle et oubliable de Rupert Sanders. La sortie du métrage en France a permis de rééditer l'anime de Mamoru Oshii dans une belle édition blu-ray et l'on ne saurait que trop vous conseiller d'investir la somme de la place de cinéma dans ce même blu-ray. Vous aurez cette fois un film d'une maîtrise absolue, passionnant et d'une extrême intelligence. 
    Vous savez ce qu'il vous reste à faire...
     

    Note : 4/10

    Meilleure scène :  La rencontre avec Kuze

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  • [Critique] Patients

     Pour adapter son roman autobiographique, le chanteur Grand Corps Malade décide d'appliquer l'adage qui dit que l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Tout de même épaulé par son ami Mehdi Idir - réalisateur des clips du chanteur -, le français Fabien Marsaud met en scène Patients, long-métrage à propos de sa rééducation suite à un accident dans une piscine qui lui a presque fait perdre totalement l'usage de ses jambes et qui l'a mené à mettre fin à sa pratique du basket. Pour se faire, il recrute un casting de jeunes acteurs et donne son propre rôle à Pablo Pauly qui va de ce fait porter tout le film (ou presque) sur ses épaules. Reste maintenant à savoir si Grand Corps Malade réussi son pari de passer derrière la caméra.

    On ne reviendra pas sur l'histoire puisqu'il s'agit en réalité de celle du chanteur avec des noms différents. Rappelons juste que l'on suit la difficile rééducation de Benjamin, un jeune qui doit tout réapprendre suite à un accident dans une piscine. Le but de Patients n'est cependant pas tant de dresser le portrait d'un homme que celui plus ambitieux, et certainement plus original, de décrire le milieu des soins de suites et réadaptation. Par le regard de Benjamin puis de ses amis, le spectateur découvre un univers médical un peu différent de la norme habituelle et certainement bien plus réel que les conceptions aseptisées que l'on peut trouver ailleurs. Grand Corps Malade évite deux des principaux pièges de ce genre d'entreprise : il conserve une certaine forme d'humour sans cependant effacer toute trace dramatique...et il reste sobre sans chercher à tirer à tout prix des larmes au spectateur.

    Alors que l'on ne s'y attendait pas du tout, Patients s'avère un film humble qui sait parler du handicap sans verser dans les excès de misérabilisme ou au contraire de bienveillance que l'on aurait pu craindre. Il ne rechigne pas à parler de la vérité du handicap avec les lavages évacuateurs, l'impossibilité de se nettoyer seul ou de manger seul, mais il le fait avec une sincérité omniprésente. Quand le long-métrage montre l'absurde du comportement de Jean-Marie, c'est pour mieux faire comprendre par la suite qu'il n'est pas vraiment méchant...il est juste comme ça. Du coup, on en rigole bien plus facilement. De même, les relations qui se nouent entre Benjamin et ses potes, tous issus de la banlieue, se révèlent nuancées et équilibrées évitant la plupart du temps de tomber dans la caricature maladroite. De ce fait, le long-métrage apparaît comme éminemment sincère, davantage encore qu'un Intouchables. 

    Sur le plan des défauts, il faut pointer la longueur certainement un peu excessive de Patients au regard de son sujet. En voulant uniquement traiter l'environnement de la rééducation, Marsaud a une excellente idée mais il ne peut éviter une certaine lassitude du spectateur. Certes, on peut aussi arguer que c'est aussi le but, faire ressentir la lenteur du processus de réhabilitation...Pourtant, on finit un tant soit peu par tourner en rond. Heureusement, le ton d'une grande justesse adopté par le métrage sauve le film du ratage, lui donnant au contraire un capital sympathie énorme. Il faut dire que Pablo Pauly assure dans le rôle de Benjamin et que le refus de faire de son récit un tire-larme facile aide à s'identifier au personnage.

    Enfin, il faut reconnaître le mérite de Grand Corps Malade qui propose une mise en scène sobre et efficace, ne tombant pas dans l'excès ou le tape à l’œil. Certains choix de musiques sont discutables (même si celles-ci s'incluent parfaitement dans le monde social décrit...) ainsi que certaines scènes finalement très clipesques, mais il faut saluer le recours au silence plutôt qu'à une musique pesante dans les scènes émouvantes. En ce sens, on peut vraiment dire que le jeune réalisateur réussi à raconter quelque chose de touchant sans tomber dans l'excès bien connu du cinéma français populaire habituel. Au fond, mis à part un sous-texte social un peu maladroit (le film n'a ni la place ni l'intelligence nécessaire pour s'intéresser véritablement au sujet), Patients parle avec brio du courage, de l'abnégation, de la persévérance et du regard de l'autre quand on est handicapé. Rien que pour cela, le métrage mérite que l'on s'y attarde.

     Petite surprise de ce début d'année 2017, Patients permet à Grand Corps Malade de parler avec sincérité de son histoire tout en évitant un pathos que l'on pensait inévitable. Drôle et touchant, le long-métrage n'a pas à rougir de la concurrence, au contraire. 
     

    Note : 7/10

    Meilleure scène :  Le premier jour en rééducation et l'arrivée de Jean-Marie.

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  • [Critique] Logan
     

     Après le succès en demi-teinte du second opus des aventures solo de Wolverine, Le Combat de l'Immortel, James Mangold rempile pour un épilogue sombre et mélancolique. Ou du moins annoncé comme tel par la campagne promotionnelle organisée par la 20th Century Fox. Pourtant, on ne peut pas dire que Logan ait eu réellement l'occasion de briller dans les deux précédents volets...toujours à la recherche d'un méchant à la hauteur et, surtout, d'une mise en scène avec du caractère. Vaguement inspiré par le fameux comic book Old Man Logan de Mark Millar (impossible d'adapter à cause des problèmes de droits au cinéma des univers Marvel...), Logan a également la lourde tâche de mettre fin à une époque puisque deux des acteurs les plus célèbres de la franchise, à savoir Hugh Jackman et Patrick Stewart, tirent leur révérence. Malgré le sentiment mitigé laissé par le précédent opus du même Mangold, Logan peut-il donner une fin digne de ce nom au mutant le plus célèbre de la saga X-Men ? 

    Dans un futur incertain, Logan n'est plus le Wolverine d'antan. Vieillissant, le super-héros est las de son existence remplie de désillusions. Caché à la frontière mexicaine avec un autre rescapé des X-Men, Charles Xavier, il tente tant bien que mal de garder celui-ci à l'abri des autorités. Contacté par une mystérieuse inconnue, Logan doit protéger une jeune fille, Laura, qui semble être pourchassée par un groupe de mercenaires dirigé par l'impitoyable Donald Pierce pour le compte d'un certain Dr Zander Rice. Désormais en fuite, Charles Xavier, Logan et Laura devront passer la frontière canadienne pour échapper au funeste destin qui attend les mutants dans une Amérique qui ne veut désormais plus d'eux. Mais Wolverine est-il encore en état de protéger les siens ?

    Logan tranche sur plusieurs plans avec ses prédécesseurs. D'abord en ce qui concerne l'ambiance. Même si l'on retrouve le ton torturé inhérent à l'histoire de Wolverine (cela fait près de huit films qu'on nous le répète), le long-métrage s'intéresse à un futur très noir pour la race des mutants puisque ceux-ci ont quasiment été exterminés par les hommes. Dans une atmosphère à mi-chemin entre le post-apocalyptique et le western, Logan raconte la fin, et cela dans tous les sens du terme. La fin des mutants avec des héros qui aujourd'hui ne sont plus que des ombres fatigués, Wolverine en tête naturellement, la fin d'un monde avec un aspect crasseux omniprésent et la fin de l'innocence avec l'histoire de Laura, enfant torturée et brisée devenue adulte trop rapidement. De ce fait, le film s'avère rapidement plus sec, plus âpre. Hugh Jackman, toujours aussi excellent dans son rôle fétiche, traîne sa gueule burinée dans une Amérique ultra-violente où tout espoir de renaissance a disparu.

    Violent, Logan l'est assurément. Le sang gicle, les têtes volent, les membres tombent...Le dernier film de la trilogie ne fait pas dans la dentelle et le résultat en est d'autant plus réjouissant, en parfaite osmose avec la brutalité animale de son héros mais aussi de son époque. Les combats, nerveux et sanglants, rythment l'histoire avec cette touche de violence qui semble attendue depuis longtemps dans la saga. Mais malgré tout, la franchise ne peut se dépêtrer d'une certaine redites dans la peinture de Wolverine, certes excellemment mis en valeur cette fois, mais qui ne fait qu'enfoncer le clou par rapport aux volets précédents. De même, Logan n'a toujours aucun méchant digne de ce nom. Pierce, malgré tout le charisme de Boyd Holbrook à l'écran, n'a pas de pouvoir capable d'inquiéter Wolverine...et le seul vrai antagoniste du film apparaît bien peu original (même si l'intention sous-jacente, confronter Logan à son passé de façon très directe, n'est pas sans avoir une certaine pertinence.)

    Outre les problèmes récurrents de la série, Logan souffre aussi de sa campagne promotionnelle et de sa volonté clairement annoncée dès le départ de conclure la série. Personne n'ignore en entrant dans la salle que le film fait figure d'épilogue et le dénouement final ne fait aucun doute, le suspense s'en trouve donc fortement amoindri pour ne pas dire complètement annihiler. Prévisible donc mais réjouissant tout de même. Il faut l'avouer malgré tout, Logan évite les pièges récurrents qui se sont installés dans l'univers Marvel au cinéma. Son ton désespéré et désespérant ainsi que sa structure de road-movie en font une oeuvre un peu à part tout en donnant la sensation d'assister à un spectacle un tantinet plus adulte sans pour autant tomber dans un sérieux pesant. De même, malgré toutes les critiques quand à l'impression de déjà-vu autour de la vie torturée de Wolverine, force est d'admettre que le personne possède une histoire toujours aussi captivante à l'écran, d'autant plus avec cette mélancolie lancinante qui ne cesse de peser sur le spectateur au fur et à mesure que l'aventure avance. Les deux autres personnages principaux ne déméritant pas, à savoir X-23 aka Laura et Charles Xavier, l'une faisant une entrée fracassante dans l'univers X-Men (sa jeune actrice, Dafne Keene, est une petite révélation), l'autre trouvant une fin touchante à la hauteur du personnage. Reste alors à pointer du doigt le parallèle savoureux (fortuit ?) entre la politique actuelle des Etats-Unis et la chasse aux enfants mutants (et étrangers !) du long-métrage...qui finissent par rejoindre le Canada en partant du Mexique. En un sens, on espère que Logan ne sera par trop clairvoyant sur l'avenir. 

     Meilleur volet d'une trilogie très inégale, Logan offre une conclusion digne de ce nom à un héros passionnant. Le dernier film de James Mangold, aussi sauvage que mélancolique, met un terme à une époque, sans scène post-générique, sans happy-end et surtout sans retour en arrière cette fois. Une belle conclusion en somme. 

       

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  Charles Xavier et Logan dans le château d'eau en ruines

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