• [Critique] Toute la lumière que nous ne pouvons voir
    Prix Pullitzer 2015

    On n’a pas grand-chose à dire sur l’américain Anthony Doerr. Relativement inconnu lors de la sortie de son second roman, Toute la lumière que nous ne pouvons voir, l’écrivain a pourtant réussi un sacré tour de force : celui de se mettre la critique dans la poche et de décrocher rien de moins que le Prix Pullitzer 2015. Responsable de deux autres recueils de nouvelles et d’un premier roman qui, du coup, attisent la curiosité après la lecture de son dernier bébé en date, Anthony Doerr se penche sur une période historique vue, vue, vue et revue dans le genre littéraire mainstream (et autres d’ailleurs) : la seconde guerre mondiale. Que peut-il bien apporter en plus ?

    D’abord un talent minutieux pour l’agencement de son histoire qui s’emboîte par courts chapitres – transformant par la même le roman en un page-turner surprenant – et qui ressemble à s’y méprendre aux ingénieux mécanismes conçus par le père de Marie-Laure. En donnant un écho à cette dernière en la personne de Werner, jeune allemand surdoué mais apparemment condamné au bagne de la Ruhr, Doerr pense son histoire comme un horloger pense son œuvre. Nous sommes bien à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale, et de l'Entre-Deux également. La montée du nazisme, la difficulté de la guerre, tout cela semble connu et, à un certain point, Doerr en paraît bien conscient. C’est pour cela qu’il choisit d’aborder la double atrocité nazisme/guerre sous le regard de deux enfants qui vont en perdre leur innocence. Déjà fait également, mais Doerr a l’habilité narrative pour ne pas nous lasser ni, et c’est peut-être le plus important, être trop lourd sur cette triste déconstruction de l’enfance.

    Toute la lumière que nous ne pouvons voir va donc suivre en parallèle l’histoire de Marie-Laure, jeune fille aveugle française trouvant refuge avec son père dans la cité de Saint-Malo, et de Werner, petit garçon extrêmement doué aveuglé par l’idéologie de son pays en pleine déliquescence morale. En mettant en rapport un handicap physique d’un côté et idéologique de l’autre, avec une subtilité constante, Doerr trouve le ton juste à la fois pour donner une empathie immédiate au lecteur vis-à-vis de ses personnages principaux mais également pour éviter les clichés sempiternels de ce type de récit. Il ne s’appesantit jamais plus qu’il ne faut sur un événement, veille à ne pas tomber dans un voyeurisme de l’horreur et sait conserver une certaine beauté à son récit même dans ses instants les plus noirs.

    Même si l’aventure de Marie-Laure s’avère bien menée et joliment poétique – notamment pour son amour déclaré à la littérature – c’est surtout Werner qui finit par occuper le centre du récit. Doerr montre la lente glissade morale et comment l’arrivée au fond du gouffre détruit l’innocence en profondeur, comment la chute s’avère fatale sous le pas cadencé des bottes nazies. Tout le passage dans le camp d’entraînement reste, à bien des égards, la chose la plus puissante que l’on lira dans ce roman. Doerr livre là une vision terriblement triste d’une jeunesse broyée…par son propre peuple. Les adultes chargés de guider les enfants deviennent des monstres, en font des monstres. Au milieu, et c’est inévitable, il faut citer la plus belle réussite de Doerr : Frederick. Fragile, rêveur, délicat, intelligent mais humain. Son effroyable destin colle une sensation amère dans la gorge, semble dire que l’innocence est vouée à l’horreur dans le monde impitoyable des hommes. A ce moment-là, Doerr touche les cimes et explore à sa façon le soldat Baleine de Full Metal Jacket. Sauf que celui-ci n’a pas les moyens de se défendre ni même d’en réchapper d'une quelconque manière.

    Le roman s’attarde aussi sur les passions, le besoin de l’homme de s’émerveiller. Que ce soit devant une pierre fabuleuse, devant des oiseaux, devant des livres ou encore des mollusques. C’est aussi un vibrant hommage à la radio, cet outil incroyable qui a révolutionné notre ère et qui, aujourd’hui, semble totalement oublié. C’est pourtant par la radio que les rêves, les peurs, les plans d’une époque sont passés. Il semble juste de lui rendre ici un bel hommage, sous les obus ou sous les chaumières. Au fond cependant, Toute la lumière que nous ne pouvons voir étonne par l’aisance de sa narration. On regrette bien sûr que Doerr ait tant de difficultés à finir son récit – il traîne en longueur comme pas possible – mais c’est un regret relativement mineur à la vue de la qualité du reste.

    Témoignage sur l’enfance plus encore que sur la guerre, sur le passage à l’âge adulte et la construction de sa propre moralité, Toute la lumière que nous ne pouvons voir se lit avec une rapidité désarmante et désarme son lecteur par surprise le temps d’une horreur ou d’un sourire. Anthony Doerr rend honneur à toutes les victimes de la guerre, sans faire de différence entre vaincus et vainqueurs, donnant à voir en eux toute cette lumière que nous n’aurions pas vu par nous-mêmes.

    Note : 8.5/10

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  • [Critique] La La Land
    Golden Globes 2017 :
    - Meilleur Film
    - Meilleur Réalisateur 
    - Meilleure actrice
    - Meilleur acteur
    - Meilleur musique de film
    - Meilleur chanson originale
    - Meilleur scénario 

    Oscars 2017 :
    - Meilleur réalisateur pour Damien Chazelle
    - Meilleur actrice pour Emma Stone
    - Meilleur bande-originale
    - Meilleure chanson originale pour City of Stars
    - Meilleur décors
    - Meilleure photographie

     En 2014, un jeune cinéaste du nom de Damien Chazelle sort un film inattendu : Whiplash. Emmené par un J.K Simmons hallucinant et un Miles Teller excellent, le film épate la galerie. Un grand vient de naître. Du moins, c’est ce que semble nous crier à corps et à cris Whiplash, ne serait-ce que par sa scène finale incroyable d’intensité musicale et cinématographique. 3 ans plus tard, Damien Chazelle remet le couvert avec La La Land. Deux acteurs, Emma Stone et Ryan Gosling, un genre en perdition, la comédie-romantique musicale, et l’histoire peut commencer. Croulant sous les distinctions et les applaudissements, La La Land s’engouffre dans la saison pré-oscars, décroche 7 golden globes sur 7 nominations (!!) et s’octroie 14 nominations pour la cérémonie reine. Le consensus critique et public impressionne…Et La La Land débarque chez nous.

    Mia est serveuse dans un café des studios de cinéma d’Hollywood. Elle rêve. Devenir une actrice, éclabousser l’écran de son talent. Les castings s’enchaînent et les déceptions avec. Mia va alors rencontrer une personne dans la foule qui va changer sa vie. Un homme qu’elle a déjà vu à plusieurs reprises. Ce soir-là, il joue au piano un morceau de jazz qui la touche au plus profond d’elle-même. Lui, Sébastian, a un rêve également : monter son propre club de jazz. Lui vivant, le jazz ne mourra jamais. Eux, ensemble, vont toucher les étoiles, frôler le soleil. A s’en brûler les ailes.

    La critique doit rendre honneur au film que l’on vient de voir. Elle obéit à des codes, comme ne jamais parler à la première personne du singulier. Il faut pourtant expliquer par l’émotion La La Land. Sans passion, rêves ou amour, rien ne marche…Alors…
    Tu rentres dans la salle, bondée. Tu attends le fondu au noir, de voir l’écran virer du blanc au noir aux couleurs. Et La La Land s’ouvre à toi.
    Avec une pancarte de vieux films, avec des manières de films hollywoodien d’antan. La La Land s’ouvre avec un plan-séquence en musique sur une autoroute, te met le sourire au bord du cœur, te rappelle les grandes comédies musicales d’avant, quand on savait faire rêver. Chazelle empoigne la caméra, virevolte, aérien, fluide, incroyablement à l’aise. Il t’a déjà au creux de sa main en une seule séquence d’ouverture.
    Le rêve, ne fait que commencer.

    Tu vois alors cette romance entre deux acteurs dont l’alchimie éclate en quelques secondes de présence à l’écran. Emma Stone, sublime, rayonnante, à la voix feutrée angélique. Ryan Gosling, plus beau et séduisant que jamais, d'une élégance rare. Ces deux-là s’aiment instantanément et…toi aussi, tu les aimes instantanément. Parce que ça marche tout de suite. Parce qu’ils rêvent tous les deux, de choses meilleures, de rêves plus fous, de choses plus grandes que leur vie un peu pathétique. Dans cet Hollywood qui les a tant fait rêver, auquel Chazelle rend hommage avec une telle application tout du long. Singing in the Rain, Grease, West Side Story, il faut ressusciter le rêve. Filmer les couleurs chatoyantes, faire des folies. A l’aune de l’histoire d’amour de Mia et Sébastien, tout devient plus beau. La passion t’engloutit, les plan-séquences et les audaces de mise en scène, hommage ou pas, émerveillent. Chazelle maîtrise et le fait savoir.

    La La Land te parle de rêve, te parle d’un certain cinéma et de musique. De jazz, cette langoureuse musique qu’on laisse un peu mourir et qui, pourtant, recèle tant de merveilles. Tu tombes amoureux du piano, puis du saxophone. Tu aimes les deux qui brûlent l’écran, qui offrent une prestation formidable jusqu’au bout du bout. Tu penses que la magie de la rencontre, ça existe toujours. Que quelque part le virtuel et la modernité n’ont pas tué l’amour, qu’il reste surement des gens comme eux, comme toi, qui rêvent, doux-dingues en perte d’espoir. Et les numéros musicaux s’enchaînent, la musique de Justin Hurtwitz te fait décoller. Comme lors de cette séquence du planétarium, aussi kitsch que romantique. Tout marche. Tout semble vouer à un bouillon d’émotions et d’amour. Sauf que.

    Sauf que Chazelle t’attend au tournant. Les rêves sont difficiles, ne se laissent pas apprivoiser si facilement. Comme pour la torture de Whiplash, il va falloir faire des choix, et se sacrifier pour toucher les étoiles, se brûler les ailes. La La Land vire alors à la mélancolie la plus profonde. Le métrage prend un chemin qu’on ne veut pas. Toi, tu cries intérieurement. Le rêve devient petit à petit trop réel. Jusqu’à cet épilogue cinq ans plus tard. Tu peux être venu avec la femme qui partage ta vie, durant ces instants, tu repenses à ton ex, à la précédente. Tu repenses à cet autre fil narratif de ta vie qui a glissé de ta main. Que vous avez laissé glissé. Il faut un sacré courage pour ne pas verser ses larmes devant la reprise lancinante du thème de Sebastian et Mia. Chazelle te piège, et sa caméra elle, toujours, virevolte, souple, incroyable. En quelques minutes, le cinéaste te claque au visage son talent. C’est beau comme un sourire. Ça te bouleverse en un seul soupir. Et toi, au The End, tu ne sais plus si tu aimes, si tu pleures, si tu hais, si tu veux danser ou chanter, si tu veux voir un film de l’âge d’Or d’Hollywood ou écouter une musique de jazz, si tu veux être artiste ou pianiste, actrice ou amoureux. Tu sais juste que tu viens d’être secoué.

    Et voilà…La La Land est un déchirement passionnel, un flamboyant hommage, une fabuleuse histoire d'amour, de rêveurs et de destins qui n'ont pas d'happily ever after.
    La La Land, c'est la nostalgie d'aimer, et de savoir encore aimer. C’est la magie d’avant et les larmes d’après, toujours. C’est un morceau de piano qui te brise le cœur, une musique qui te met en joie.
    La La Land va recevoir une pluie d’oscars, car c’est le chef d’œuvre que nous offre Damien Chazelle.

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène :  What if...

    >> Critique de Whiplash

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  • [Critique] Quelques minutes après minuit (Film)



    >> Critique du roman (LISEZ-LE !!!)

     Voilà près de sept mois, nous vous parlions d’un fabuleux roman jeunesse : Quelques minutes après minuit. Sur une idée de l’anglaise Siobhan Dowd et achevé par l’américain Patrick Ness, l’histoire de Quelques Minutes après minuit s’intéressait à une thématique extrêmement forte : l’enfant face à la mort. Après un succès mondial et des récompenses prestigieuses, voici que Juan Antonio Bayona, réalisateur espagnol qui avait livré L’Orphelinat et (le tout juste correct) The Impossible, adapte ce petit livre qui a tout d’un grand. Avec un casting prestigieux – Liam Neeson, Felicity Jones, Sigourney Weaver, Toby Kebbell – et un grand inconnu – le jeune Lewis MacDougall sur qui tout le film va pourtant reposer – Quelques minutes après minuit s’est attiré autant de louanges que son équivalent livresque. Sauf que Bayona a souvent été un cinéaste surestimé par le passé…Qu’en est-il réellement ?

    Il faut dire avant tout que Quelques minutes après minuit était un livre d’une sensibilité et d’une subtilité extrêmement rare et c’est certainement pour cela qu’après le mélodrame appuyé qu’était The Impossible, on craignait beaucoup l’approche de Bayona sur un sujet encore plus tendu. Suivre Conor O’Malley, petit garçon confronté à la maladie qui ronge sa mère et finira inévitablement par la tuer, n’est pas chose facile. D’une part parce qu’il s’agit de se mettre sur la même longueur d’onde qu’un garçon de cet âge, d’autre part parce que l’histoire menace à tout moment de tomber dans le larmoyant irritant. Le talent de Dowd et Ness était justement de ne jamais chuter. Heureusement pour le spectateur, il semble que Bayona ait gagné en maturité. De ce fait, Quelques minutes après minuit fait plus que surprendre, il enchante de la première à la dernière seconde.

    Long-métrage dense qui parle autant à l’enfant qu’à l’adulte, Quelques minutes après minuit bénéficie avant toute chose d’une mise en scène fabuleuse. Bayona fourmille d’idées et se permet même quelques folies lorsque le monstre raconte ses histoires. A cet instant, le film-live s’efface derrière une animation atypique mais extrêmement réussie, clair-obscur de l’esprit de Conor. Ces univers fantastiques, en fait contes psychanalytiques et initiatiques, trouvent non seulement leur place avec une aisance formidable dans le métrage, mais ils sont à eux seuls de petits moments de bravoure cinématographique. Autour, on retrouve le monde réel où Bayona a l’intelligence de faire une chose pas si évidente que cela : il suit scrupuleusement le cheminement du livre et ne change quasiment rien à l’histoire originale. En mettant en sourdine la musique et en feutrant ses dialogues, le réalisateur comprend que Quelques minutes après minuit est avant tout une histoire humble et discrète qui raconte avec des mots magnifiques la mort à un enfant, le prépare à affronter les sentiments contradictoires qu’il va ressentir.

    Là où Quelques minutes après minuit réussit un miracle, c’est avec son acteur principal. Le jeune Lewis MacDougall…est impressionnant. Il est Conor O’Malley à chaque seconde et si le métrage réussit autant à émouvoir sans pourtant forcer les larmes, c’est à lui principalement qu’il le doit. Ce petit acteur est extraordinaire. En face Felicity Jones et la revenante Sigourney Weaver ne déparent pas, elles sont sublimes de discrétion pour rendre honneur à une histoire poignante en diable. Seul petit changement concédé, la toute fin, qui se rajoute à celle du roman, qui prouve que Bayona a tout compris à ce que voulait faire Sioban Dowd. Celle-ci avait écrit Quelques minutes après minuit pour expliquer à son enfant qu’elle allait mourir, Bayona explique au spectateur que la mère de Conor voulait lui expliquer comment surmonter son chagrin. A l’arrivée, cette adaptation doit certainement énormément (pour ne pas dire tout) à l’œuvre sur laquelle elle se base mais elle profite de l’intelligente mise en scène de Bayona, de ses prises de risques esthétiques et de la qualité hors-norme de son casting.

     Quelques minutes après minuit constitue non seulement l’une des meilleures adaptations cinématographiques qui soit, mais également un complément idéal pour penser la mort d’une façon redoutablement intelligente et adaptée.
    Une immense, immense, réussite.

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène :  La troisième histoire...

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  • [Critique] Latium, Tome 2
    Grand Prix de l'Imaginaire 2017 catégorie Roman francophone

    >> Critique de Latium, Tome 1

     Coup de génie ou pétard mouillé ? C'était un peu la question qui restait en suspens après la lecture du premier tome de Latium, la pari éditorial de la collection Lunes D'encre de la fin de l'année 2016 (et qui lui réussi d'ailleurs très bien jusqu'ici). Romain Lucazeau avait peut-être livré un excellent space-opéra bourré de réflexions philosophiques et métaphysiques passionnantes, il se devait encore de mener à bien son épopée et de concrétiser toutes les promesses de son ambitieuse entreprise. C'est pourquoi l'on est d'autant plus exigeant lorsque l'on aborde ce second volume où les pièces du puzzle s'assemblent et où Lucazeau relie les fils de son intrigue pour un final qu'on espère à la hauteur.

    Othon est furieux. Après la bataille spatiale qui vient d'avoir lieu entre sa Nef et la flotte barbare, il sait désormais qu'un des prince de l'Urbs a trahi le Latium. C'est pourtant l'occasion rêvée pour lui de retourner auprès des autres IAs en vainqueur tel César rentrant victorieux de la guerre des Gaules. Pour Plautine, Rutilus et Atticus, les choses ne sont pas si claires. Ils craignent en effet qu'un piège ne soit tendu à leur maître et que l'Urbs ne soit leur dernier voyage. Depuis que les hommes-chiens d'Eurybiadès et Photis ont découvert les secrets de leurs origines et qu'ils ont décidé de ne plus suivre aveuglément les commandements d'Othon, Transitoria se trouve dénué de son maître-atout. Il faut pourtant faire vite car les Barbares arrivent et ne laisseront rien de l'espace épanthropique derrière eux. Reste un mystère que tous devront découvrir : le dernier Homme existe-t-il et l'Hécatombe fut-elle préméditée ?

    Nous ne reviendrons pas sur le génie de bâtisseur d'univers de Romain Lucazeau sauf pour dire que pour ce second tome, le français nous gratifie d'un passage somptueux dans la cité de L'Urbs, décalque futuriste d'une Rome fantasmée. Par la suite, l'écrivain nous trimbale dans l'univers, de Mars à Europe, tout en s'interrogeant sur le sens de l'existence. Plus encore que le premier volume, le second tome s'intéresse à la signification de la vie. Il faut voir l'autre création "Moreau-esque" de Lucazeau pour comprendre à quel point celui-ci ouvre le débat sur la création de la vie et où s'arrête justement le pouvoir créateur. Il est à ce stade assez intéressant de considérer l'opinion très pessimiste de Romain quand à la race humaine. L'espèce découverte par le Transitoria s'opposant presque point par point à celle des hommes-chiens, la première étant issue de l'intellect de machines (Othon et Atticus en l’occurrence) la seconde des hommes. Il semblerait que ces derniers n'aient eu que faire de l'enfer auxquels ils condamnaient des êtres pourtant doués d'intelligence. Toute ressemblance avec la réalité n'étant que purement fortuite, évidemment.

    Comme pour le premier tome, Lucazeau continue à s'intéresser à la capacité des machines de se rapprocher de l'être humain. Ce fil rouge sur le transhumanisme (en quelque sorte) et sur la frontière entre homme/IA permet de se rendre compte qu'arrivé à un certain niveau de complexité, la machine peut être aussi touchante que l'humain. Les frontières se brouillent. Il en va de même avec les hommes-chiens, toujours aussi formidablement intégrés à l'histoire, et dont on oublie rapidement l'apparence certainement repoussante pour ne plus voir que l'humanité qui en ressort. Cette volonté d'effacer la trace de l'homme au profit d'espèces génétiquement modifiés ou de machines pensantes donne une saveur particulière à l'épopée de Latium. De même, on plonge à nouveau (et de manière plus intense) dans le rapport à Dieu. Conscient de la fausseté de leurs croyances, les hommes-chiens reprennent le pouvoir sur leur existence...ou presque. Ils ne sont pourtant qu'un écho de la solitude ressentie par des IAs perdues sans la présence de l'homme. La conclusion, logique, prend alors tout son sens : un Dieu cruel se doit d'être abattu, cela par tous les moyens possibles. Mais peut-on se débarrasser de la force divine pour autant ? Il semblerait qu'un Dieu en remplace toujours un autre.

    Toujours très cohérent avec son univers et son inspiration principale, Romain Lucazeau ne pouvait que conclure par un Deus Ex Machina qui en décevra certains mais qui, à l'évidence, ne fait que prolonger l'expérience théâtrale voulue par Latium dès ses premières lignes. Il faut souligner le talent déployé par le français pour ne jamais perdre son univers et son ton singulier de bout en bout. Ce qui n'est pas forcément sans revers puisque, soyons clair, si vous n'avez pas goûté le contenu du premier volume, il ne vous sert strictement à rien de lire le second. En définitive, ce roman de 900 pages scindé en deux se révèle non seulement sacrément stimulant intellectuellement mais aussi un superbe et passionnant space-opera qui livre également dans ce second tome quelques scènes épiques en diable (la bataille de Mars, la résistance sur la Tour...). Décidément, Romain n'a rien négligé dans son entreprise pharaonique.

    Vous l'aurez compris, avec ce second tome de 500 pages, le diptyque Latium achève de convaincre du bien-fondé de la confiance accordée par Gilles Dumay et Lunes D'encre pour sa publication. Space-opera élégant et passionnant, Latium n'en oublie jamais d'entretenir l'intellect et l’émerveillement devant l'immensité de son univers. Romain Lucazeau vient d'entrer dans le petit monde de l'imaginaire par la grande porte. On lui souhaite le meilleur pour la suite !
    Alea Jacta Est.

    Note : 9/10

     

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  • [Critique] American Pastoral

     S'il existe une chose difficile, c'est de mener à bien un premier long-métrage. La chose est encore plus ardue lorsque l'on est un acteur reconnu qui doit faire ses preuves derrière la caméra. Clint Eastwood ou Ben Affleck en savent quelque chose. C'est aujourd'hui au tour d'un autre grand nom d'Hollywood de tenter de devenir réalisateur : Ewan McGregor. L'acteur britannique recrute Jennifer Connelly et Dakota Fanning (un peu perdue dans l'ombre de sa sœur, Elle Fanning) pour un drame académique sur une famille américaine typique adapté du roman éponyme de l'immense Philip Roth. Cependant, malgré tout le talent d'acteur qu'on lui connaît, Ewan McGregor aura fort à faire pour nous convaincre. Cela même s'il est également l'acteur principal de son film. Que vaut réellement cet American Pastoral ?

    Tout d'abord, McGregor choisit d'introduire son film par une histoire annexe à celle de la famille principale. En faisant intervenir un écrivain qui finit par nous raconter le drame qu'a subi les Levov, le réalisateur britannique commet une faute qu'on pourrait dire de didactisme. Quelque soit la raison pour laquelle il fait intervenir ce procédé, il perd la fluidité de son récit dans la prmeière partie et le rallonge de façon tout à fait artificielle. Cette introduction maladroite et assez lourde ne peut cependant pas occulter le fait que d'emblée, McGregor dispose d'une mise en scène élégante, académique certes mais véritablement élégante. Ses plans, ses cadres, tout concourt à nous immerger dans son aventure sans jamais remarquer qu'il s'agit là d'une première fois derrière la caméra. Le vraie problème dans la narration d'American Pastoral s'envole dès que l'on plonge dans l'histoire des Levov.


    A ce stade, McGregor acteur tient le film sur ses épaules d'une façon remarquable. En face, Jennifer Connelly rappelle qu'elle est une très grande actrice injustement négligée. Ce que vont traverser Swede et Dawn Levov pourtant n'a rien d'anodin. Nous en arrivons donc au cœur de ce drame familial et, d'une certaine façon, social. American Pastoral raconte comment tout peut s'effondrer pour un couple à qui tout semble sourire. Il le fait en exploitant l'un des aspects les plus redoutables de la société américaine : son fanatisme. Qu'il soit religieux ou politique, le fanatisme américain s'incarne dans la jeune Merry, fille brillante mais influençable et fragile, qui perd pied par les manipulations qu'elle va subir. Avec un simple grain de sable dans les rouages harmonieux de la famille Levov - la vision de ce moine qui s'immole à la télévision - tout vole en éclats. 

    American Pastoral se retrouve alors en même temps un drame familial poignant magnifié par la prestation de son couple vedette, et une mise en abîme de la fragilité de la société américaine. Ou comment sa propension à l'extrême peut finir par détruire ses valeurs les plus sacrées. Ce qui touche le plus en réalité, c'est la relation entre un père et sa fille, une fille qu'il ne cessera de rechercher jusqu'à la fin et qui, selon toute évidence, est morte sans qu'il s'en aperçoive. American Pastoral parle donc du passage à l'âge adulte, de comment les enfants peuvent aller vers des horizons plus sombres où quoique l'on fasse, on ne pourra jamais les rattraper. A cet égard, American Pastoral reste un grand film triste jusqu'à sa scène de fin magnifique mais tragique en diable. On retrouve dans cette dernière partie la lourdeur didactique imposée par le choix narratif de départ mais la force émotionnelle dégagée amoindrit quelque peu ce défaut.


    Pour une première réalisation, et malgré un académisme certain ainsi que des choix narratifs discutables, American Pastoral s'avère un film de qualité. Ewan McGregor assure deux rôles extrêmement difficiles en s'en sortant franchement de belle manière pour accoucher d'un long-métrage poignant et sombre sur les travers d'une société américaine qui n'en a pas fini avec ses vieux démons. 

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  Swede découvrant sa fille en banlieue

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  • [Critique] Nocturnal Animals
    Lion d'argent Mostra de Venise 2016
    Grand Prix du Jury Mostra de Venise 2016
    Golden Globes Meilleur acteur dans un second rôle pour Aaron Taylor-Johnson

     Il faut 7 ans à Tom Ford pour revenir à la case cinéma. Après son premier long-métrage en 2009, A Single Man, le styliste et réalisateur américain convoque un casting 4 étoiles pour une histoire tortueuse qui laisse des traces. Récompensé à Venise et, très récemment, aux Golden Globes, Nocturnal Animals n'a rien d'un film aisé. Tom Ford adapte le roman d'Austin Wright, Tony and Susan, dans une Amérique où la sauvagerie et la cruauté prennent des atours diamétralement opposés. Il nous présente Susan Morrow, femme respectable travaillant dans le milieu artistique et dont le mari, Huton Morrow s'éloigne peu à peu. Un jour, elle reçoit un manuscrit de son ex-mari, Edward Sheffield, intitulé Nocturnal Animals et qui lui est dédié. En s'enfonçant dans ce roman pervers et sauvage, Susan fait resurgir d'anciennes émotions et jette un œil nouveau sur sa vie. Nocturnal Animals agit comme un révélateur pour Susan...et pour le spectateur.

    Le film s'ouvre sur un générique aussi grandiose qu'incroyablement osé - on vous laisse volontairement la surprise. Le ton est donné, Tom Ford va aller au-delà de l'amusement et de l'art pour mettre à nu l'être humain dans toute sa laideur. Nous sommes des êtres médiocres. Nocturnal Animals s'attaque de front à plusieurs sujets et entrelace deux fils conducteurs : la vie de Susan et l'histoire contenue dans le roman. Jouant rapidement avec l'horreur psychologique, le film de Ford prend à la gorge quand on s'y attend le moins. Son script, bourré d'ingéniosité, explore la création littéraire dans toute sa complexité. Chaque roman renferme une partie de son auteur, chaque histoire parle en réalité de celui qui l'a écrit. Nocturnal Animals, le livre, n'échappe pas à cette règle. Ainsi, tout du long, Ford s'échine à mettre en parallèle l'histoire de Susan et Edward avec celle de Tony. 

    Le métrage renferme dès les premiers instants une animalité qui va prendre deux formes bien distinctes. D'abord, la plus évidente, celle des agresseurs de la famille de Tony ainsi que, progressivement celle de tous les personnages de cette lugubre vengeance. L'horreur de la situation s'infiltre partout, la bête reprend le dessus petit à petit, l'homme n'arrive jamais à la cacher...Malgré les plus beaux oripeaux. C'est là que le film de Ford se fait terriblement roublard en inspectant avec perversité le monde aseptisé mais carnassier où évolue Susan. Une existence triste et lugubre où tout n'est qu'artifice, où le mari trompe sa femme, où l'on discute avec froideur du sort d'un employé, où l'on expose la viande humaine. Où l'on regarde son enfant par un écran de téléphone glacé et austère. La vie de Susan s'avère rapidement aussi triste que celle de Tony, l'alter-ego d'Edward.

    Ce qui étonne constamment dans Nocturnal Animals, c'est la diffuse sensation de malaise qui émane de chaque scène, comme si l'horreur sourde se terrait autour de l'écran, juste à l'orée de notre champ de vision. Tom Ford, en bon styliste qu'il est, capture cela avec une maestria visuelle saisissante composant parfois des tableaux proches d'un Nicolas Winding Refn (on pense notamment aux corps enlacés dans un divan rouge ou les lieux que fréquentent Susan). L'esthétisme brute d'une maîtrise sans faille de Ford fait des merveilles, que cela soit pour exposer la rudesse du Texas ou la froideur d'un Los Angeles où l'art devient vénéneux. Il reste alors cette histoire d'amour au milieu, celle de Susan et Edward, vécue par métaphore pour le spectateur à travers la lecture du roman d'Edward, et aussi plus directement par les flash-backs qui parsèment le film. Il faut rendre honneur à Jake Gylenhall à cet égard qui joue deux hommes différents avec un talent toujours aussi incroyable. Cependant le reste du casting n'a pas à rougir, que ce soit Adams en femme rongée par le regret, Aaron Taylor-Johnson en ordure inquiétante ou le génial Michael Shannon en flic désabusé. La direction d'acteurs de Ford impressionne. Autant que sa peinture froide et sans concession de l'amour. Un amour qui crève de la cruauté féminine. Puis masculine. Un amour éphémère et artificielle qui n'existe que pour cacher notre véritable nature bestial. En réalité, Noctunal Animals ne laisse aucun espoir comme semble le confirmer sa séquence de fin en forme de revanche glaçante.

    Nocturnal Animals s'affirme comme le premier grand film de cette année 2017. Son atmosphère quasiment crépusculaire, sa violence psychologique et sa réflexion sur la création littéraire (voir la création tout court) subjugue, surtout lorsqu'elles se conjuguent avec la mise en scène effroyablement efficace de Tom Ford et avec son casting détonnant. Une histoire qui ronge, petit à petit, et dont on ne ressort pas indemne.

     

    Note : 9,5/10

    Meilleure scène :  La confrontation entre Tony et Ray dans le bungalow

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  • [Critique] Beauté cachée

    Certains mystères continuent à planer sur le cinéma hollywoodien. L'un des plus impénétrables pourrait être la disparition quasi-totale d'immenses acteurs qui finissent par croupir dans des métrages de seconde zone. Prenons, au hasard, Beauté Cachée de David Frankel (un nom qui ne vous dis rien mais qui est à l'origine Du Diable s'habille en Prada ou encore de Marley et moi), ce film rassemble un casting tout à fait époustouflant avec, en tête, le génial Edward Norton, la formidable Helen Mirren et l'excellente Kate Winslet (on reparlera du cas Will Smith plus tard...). Un trio d'acteurs presque tombés dans l'oubli de façon totalement...incompréhensible. On les retrouve donc au casting de Beauté Cachée, film choral mélodramatique qui, ne le cachons pas, résume toutes les choses détestables de ce sous-genre lorsqu'il est bouffé par le système Hollywoodien. Un résultat d'autant plus pathétique que l'idée de départ, elle, n'est pas forcément mauvaise.

    En effet, Beauté Cachée nous parle de la descente aux enfers d'Howard Inlet, chef d'entreprise et publicitaire New-Yorkais, qui n'arrive pas à surmonter la mort de sa fille. Pour l'aider (et aussi un peu pour sauver leurs miches), ses trois plus "proches" amis vont faire intervenir des acteurs pour incarner la Mort, l'Amour et le Temps, des abstractions chères à Howard et auxquelles il écrit depuis un certain temps. Malgré un arrière-goût déjà assez sirupeux (on sent que l'on peut glisser à tout moment dans le tire-larmes facile), le postulat pourrait être intéressant au vu du casting assez hallucinant engagé. Le problème, et on s'en rend compte dès les premiers instants, c'est que Beauté Cachée n'est qu'un projet de commande lambda sans âme, sans talent et bouffé de tous les côtés par des hordes barbares de clichés.

    Le problème le plus évident, c'est évidemment le scénario. Tout dans Beauté Cachée est d'une prévisibilité sans nom. A moins d'avoir vécu dans une grotte les dix dernières années et n'avoir jamais vu un seul film mélodramatique, tout se devine à l'avance. Cette incapacité à ménager la moindre surprise aurait cependant pu être compensée par de beaux personnages...et là, c'est encore le drame. Caricatures sur pattes ne servant qu'à s'imbriquer dans un scénario cousu de fil blanc, les héros de l'histoire n'ont en fait qu'une seule facette qui permet d'ébaucher sur chacun d'entre eux une sous-intrigue. De ce fait, les trois amis d'Howard sont liés à l'un des trois acteurs qu'ils engagent et Frankel morcelle son récit pour en faire une sorte de simili-film choral. En anémiant son histoire principal, il se doit donc être d'une subtilité éléphantesque pour tout régler dans le temps imparti. Donc, les acteurs qu'il dirige jouent sans aucune conviction, juste là pour encaisser leur chèque. Tout ce rassemblement de talents pour rien en somme....Arriver à faire jouer de façon totalement oubliable Norton et Mirren reste tout de même un sacré exploit en soi. 


    Il faut alors reparler du cas Will Smith, un peu sensé être le centre de tout ça. En réalité, Will Smith fait du Will Smith. Depuis un certain temps, celui-ci ne fait que répéter ad vitam aeternam le même rôle larmoyant avec un père qui pleurniche sur son enfant. Will Smith tend à devenir l'empereur du tire-larme facile mêlé à une espèce de cool-attitude qui finit par agacer. Un pur produit Hollywoodien alors qu'il avait à la base un potentiel sympathie énorme. Forcément, Beauté Cachée semble taillé pour lui. Le film s'avère tout à fait incapable de sortir de son carcan de drame affligeant où il faut pleurer mais...quand même à la fin...on doit avoir le sourire parce que même si tu vas crever, même si tu es divorcé, même si tu vas finir vieille fille, même si ta gosse est morte...la vie est pas si mal quoi. Merde, on peut quand même faire des ballades à Central Park et voir des écureuils. Beauté Cachée n'a rien compris au potentiel de son postulat de base et on soupçonne qu'il n'en a jamais rien eu à faire en réalité.

    Qu'est-ce qui peut alors rattraper le métrage ? Ce n'est ni la mise en scène banale au possible, ni la musique sans saveur, ni même son pseudo-twist de fin que tout le monde a compris depuis le début. Vous pleurez très certainement devant Beauté Cachée de David Frankel mais pas pour les raisons attendues. On cherche toujours l’intérêt de ce genre de film, à part de payer les impôts de Smith et compagnie. 
      

    Note : 1.5/10

    Meilleure scène :  Euh...

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  • [Critique] Paterson

     A sa manière, chaque nouveau film de l'américain Jim Jarmusch est un petit événement. Prenons par exemple son dernier en date, Only Lovers Left Alive qui revisitait le mythe vampirique à la sauce moderne avec une mélancolie lancinante délicieuse. Cette fois, c'est un cinéma dénué de tout élément fantastique qui voit le retour du réalisateur avec Paterson. A la fois petite-ville du New-Jersey et prénom du héros du personnage principal, Paterson plonge dans l'intimiste à la sauce Jarmusch d'un couple de passionnés qui coule des jours paisibles avec leur chien dans une modeste maison de banlieue. Sélectionné en compétition officielle à Cannes, le film est reparti bredouille prouvant, s'il le fallait encore, que le jury de Cannes de l'année passée avait des goûts fort contestables.

    Paterson n'est certainement pas un film facile et commun...même s'il nous parle justement du commun, du banal de notre existence. Jarmusch place sa caméra dans l'intimité d'un couple et surtout dans la routine de Paterson. Le rythme s'avère forcément extrêmement lent de par son sujet, encore davantage que les films traditionnels du réalisateur. Car Jarmusch tente de montrer le temps qui passe de manière effronté, ne s'arrêtant jamais. Son héros, Paterson, à la fois humble et magnifique, est incarné par un Adam Driver toujours aussi talentueux. En face, Golshifteh Farahani s'avère à la fois un contrepoids au flegme de Paterson ainsi qu'un feu d'artifice de création artistique. C'est cette dernière thématique qui est explorée par le cinéaste dans son long-métrage. La passion, la capacité à créer et, surtout, la poésie qui se cachent dans le banal de nos vies.

    A travers le parcours journalier de Paterson, Jarmusch déniche des instants de grâce discrets où les moindres petits détails semblent devenir de petites merveilles. On le constate par les conversations captées par Paterson lorsqu'il conduit son bus, petites tranches de vies touchantes de passagers qui ignorent leur propre grandeur. On le constate aussi par les nombreuses personnes que côtoie Paterson : acteur en mal d'amour, créatrice folle, poète oublié, rappeur anonyme...Tout ce petit monde prend vie...quand on sait regarder et ralentir. Paterson délivre ce message : ralentissez et regardez autour de vous, regardez cette vie qui recèle des merveille simples et délicieuses. Peut-être découvrirez-vous des artistes inconnus et qui resteront dans l'ombre pour toujours. Peut-être verrez-vous le bonheur simple d'un couple discret qui crée, qui s'aime, en toute simplicité et pour qui la routine n'a rien d'un fléau...mais tout d'un voyage langoureux et infini. 

    Paterson s'attaque surtout à la poésie puisque son personne principal est poète. Traversé par les poèmes de Ron Padget et de William Carlos Williams, le long-métrage affiche ses vers à l'écran avec pudeur et tendresse, lus par la voix-off d'un Adam Driver touchant. Il faudra bien sûr avouer que l'on aimera ces vers en fonction de notre sensibilité à la poésie de ses auteurs. Pourtant, ces poèmes bâtit sur le quotidien s'insèrent formidablement bien avec ce qui nous est raconté à l'écran. C'est aussi ça la force de Paterson, de faire correspondre son fond, son message sur la création et la poésie, avec sa forme lente et aérienne, qui se déguste petit à petit comme on goûte un grand vin. Si l'on goûte de la bonne façon, on redécouvre avec un émerveillement constant un quotidien pas si soporifique et tout à fait grandiose par la somme des petites gens qui le constitue. Paterson semble trouver du génie créateur en chacun d'entre nous, et c'est surement cela le plus beau.

     Presque contemplatif par moment, Paterson ne déroge pas au cinéma habituel de Jim Jarmusch. Avec son talent consommé pour exprimer la mélancolie et la difficulté de la création artistique, Jarmusch nous offre un anti-blockbuster qui prend son temps et redonne foi en l'humanité. Une humanité belle dans ce qu'elle a de plus ordinaire ou comment transformer le banal en fabuleux.  

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La rencontre avec le poète asiatique

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  • [Critique] Au-Delà du gouffre 

    Prix Hugo de la meilleure novella 2010 pour L'Île
    Prix Shirley Jackson de la meilleure nouvelle 2010 pour Les Choses
    Prix Aurora 1992 pour La Niche

     Pour ceux qui suivent l'actualité du Bélial, cette petite maison d'édition du milieu de l'imaginaire qui n'en finit pas de nous réjouir, la fin de l'année 2016 a été marqué par la publication d'un gros recueil de 17 nouvelles et 1 essai regroupés sous le titre d'Au-delà du gouffre. Épaulé par les Quarante-Deux (qui avaient également permis la traduction de trois recueils de nouvelles du génial Greg Egan, à savoir Axiomatique, Radieux et Océanique), Le Bélial présente cette fois Peter Watts. Auteur canadien de science-fiction, biologiste de formation, il avait déjà fait parler de lui en France chez un autre éditeur, Fleuve Noir, qui avait traduit son roman Vision Aveugle, terrifiante plongée dans une mission d'exploration spatiale. Après la publication sous nos latitudes de sa trilogie Rifteurs (qui s'intéresse aux fonds marins, forcément) et d'Echopraxie (préquelle-suite à Vision Aveugle) chez le même éditeur, c'est donc au tour du Bélial de compiler une grande partie de ses nouvelles (le présent recueil n'étant pas tout à fait l'équivalent français de son homonyme anglais). Écrivain de Hard-SF passionnant, Peter Watts se révèle aussi diablement intéressant dans la forme courte que dans la forme longue.

    Pour ouvrir cette critique, attardons-nous d'abord sur la nouvelle d'ouverture, Les Choses. Cas unique dans ce recueil, il s'agit d'une fan-fiction qui reprend le film The Thing (La Chose) de John Carpenter, classique de la science-fiction horrifico-paranoïaque, mais du point de vue de l'entité extra-terrestre qui pourchasse MacReady et ses compagnons. Cette première nouvelle qui aurait pu (voir aurait du) être quelque chose d'anecdotique s'avère non seulement profondément intelligente mais passionnante de bout en bout. Il est bien évident que les lecteurs d'Au-delà du gouffre n'apprécieront cette histoire à sa juste valeur qu'en connaissant le film de Carpenter en question. Pour ceux-là, Peter Watts se livre à un exercice de contorsionnisme mental tout à fait jubilatoire et renverse le paradigme du métrage. L'horreur change de camp, la question du premier contact s'en trouve bouleversée et, surtout, nos sentiments vis-à-vis de la Chose, être terrifiant dans le film, deviennent plus ambigus. En nous faisant pénétrer dans l'esprit de l'entité, on se rend compte qu'il ne s'agit pas forcément d'un monstre mais simplement...d'autre chose. Qui pense différemment, qui conçoit le monde différemment. Watts entremêle les fils de l'histoire et nous plonge dans une vision complètement chamboulée du classique de Carpenter qui finit sur une sentence à la fois glaçante et...intriguante pour tout dire. Pourquoi s'attarder sur cette première nouvelle ? Parce qu'elle résume peu ou prou tout le talent de Peter Watts pour pondre une histoire foisonnante, passionnante et inattendue. La suite du recueil sera du même tonneau, pour notre plus grand bonheur.

    Pour cette édition, Le Bélial et Les Quarante-Deux ont choisi de scinder en plusieurs grandes parties le recueil, rattachant entre elles certaines nouvelles du fait de leur proximité thématiques voir de leur appartenance à un même univers partagé (on pense notamment aux nouvelles L’île, Éclat et Géantes de la partie Eriophoba). Il serait donc logique ici de parler de chaque partie imaginé par les concepteurs du recueil. Cependant, rien n'est vraiment logique dans cette critique. 
    Ce qui s'avère beaucoup plus intéressant, c'est évidemment de laisser la surprise de telle ou telle histoire au lecteur et de parler de la richesse thématique et, de ce fait, scientifique de l'ouvrage. En ce sens, Au-delà du gouffre se révèle d'une densité intellectuelle proprement stupéfiante. Malgré (ou à cause) de sa formation de biologiste marin, Peter Watts se penche de façon très étroite sur notre rapport à Dieu, sur sa nature et, finalement sur ce en quoi cela impacte notre vie. Comment conçoit-on la nature divine ? Watts nous fournit plusieurs pistes à cette question. Dans l'excellente Un mot pour les païens ou dans la non-moins excellente Chair faite parole, l'écrivain canadien désigne Dieu comme un ensemble de stimuli d'une partie de notre cortex. Que l'on soit en contact avec Dieu grâce à un équipement technologique comme le Prêteur d'Un mot pour les païens ou que l'on arrive à vaincre la mort et l'au-delà en recréant un individu sous forme d'IA comme Wescott, Dieu chez Peter Watts s'avère moins une conception abstraite qu'un pur produit neurochimique issu de nos cervelles reptiliennes. Toute la thématique liée à Dieu étend largement son ombre sur le recueil entier. Dans une certaine mesure, La Chose peut se concevoir comme un Dieu omnipotent capable de réécrire l'Homme, l'immense entité de L'île, de par sa capacité cognitive hallucinante, fait figure de Dieu devant Sunday. Et que dire alors des nuages qui pourchassent nos héros dans Nimbus si ce n'est là l'expression la plus littérale (et très originale en fait) de la colère divine ?
    Watts parsème ses écrits de réflexions au divin mais l'aborde comme un scientifique. Il est d'ailleurs très coquasse de s’apercevoir qu'une question aussi "mystique" préoccupe autant les auteurs de science-fiction. 

    Toujours dans le même ordre d'idée, Peter Watts se penche constamment sur notre capacité à choisir, sur ce qui, en réalité, constitue notre libre-arbitre. Dans Malak, plus qu'un simple questionnement sur le terrifiant pouvoir des drones tueurs, le canadien se penche sur la notion de choix, qu'il soit calculé par des statistiques sur des dégâts collatéraux ou évalué par un pseudo-scanner du futur qui permet de trier vos intentions les plus malsaines pour les réaligner dans Les Yeux de Dieu. Cette dernière nouvelle, l'une des plus puissantes du recueil, en dit d'ailleurs long sur cette thématique. Est-on le pur produit de ses pulsions ou peut-on les refréner une vie durant par la seul force de sa volonté ? En intégrant cette réflexion à la question de la pédophilie, Watts aime jouer avec les limites...mais il le fait bien. En définitive, le choix peut s'interpréter d'une myriade de façon différente, et surtout, selon une myriade de référentiels différents. Il suffit de voir comment se résout l'affaire Hillcrest contre Velikovski, petite histoire malicieuse et bourrée d'un cynisme réjouissant. Selon le paradigme que l'on choisit, le choix devient bon ou mauvais, et les personnages sortis de l'esprit de Watts, tout comme ses univers dans un sens plus large, peuvent être vus sous un angle positif ou négatif. Après tout, dans Le Second avènement de Jasmine Fitzgerald, ce n'est pas nécessairement un meurtre qui est commis mais bien une tentative désespérée pour sauver une personne, même si cela passe par une éviscération en bonne et due forme. Dans Les Choses, notre entité bienveillante ne cherche qu'à corriger nos propres lacunes. Le chimp, quand à lui, cherche à protéger sa mission et son équipage du mieux qu'il le peut dans les nouvelles d'Eriophora. Dans cette dernière partie d'ailleurs, on retrouve le goût prononcé de Watts pour la Hard-SF spatiale de haut vol. L'île en est certainement le plus brillant (et tortueux) exemple et démontre bien que les intentions d'une entité résolument étrangère, sont tout à fait incompréhensibles pour l'homme. Manipulation ou simple déviation morale...qui sait. Dans ces trois histoires, Watts n'oublie jamais surtout sa capacité à émerveiller par l'immensité du projet spatial, qu'il s'agisse de l'univers lui-même (et cette plongée dans Géantes) ou par l'envergure d'une expédition, d'une mission qui semble vouée à l'éternité.

    Reste alors des nouvelles moins significatives peut-être pour le lecteur novice de l'univers de Peter Watts. Colonel par exemple est pourtant un brillant (et réjouissant) prélude à Echopraxie qui remet un tas d'obsessions de son auteur sur la table entre la question du choix, le statut de divinité, la dystopie comme seul échappatoire (avec l'optimisme en bagage), le contact avec une intelligence impénétrable ou encore cette ambiance Hard-SF inimitable qui laisse sur le carreau les lecteurs du dimanche. Ses derniers textes, Une niche et Maison, prennent place dans l'univers Rifteurs. La première définit tout ce que l'on retrouve dans Starfish et fera jubiler les amateurs des grandes profondeurs, la seconde hybride la perception du premier texte (Les Choses) avec l'univers Rifteurs pour donner un aperçu d'une évolution pour le moins inattendue de l'Homme confronté à un environnement hostile. Le recueil se conclut d'ailleurs sur un essai tout à fait passionnant, hanté par une malheureuse expérience vécue par Watts dans le monde réel, et où celui-ci tente de se faire passer pour un optimisme...en considérant notre piètre monde moderne. Le bougre y parvient d'ailleurs aisément. 

     Que dire en conclusion sur Au-delà du gouffre
    Forme suprême de la science-fiction, la nouvelle trouve avec Peter Watts un représentant de poids. Chaque texte regorge de subtilités et d'idées passionnantes, suscite la réflexion ou l’émerveillement, tout en prouvant que la Hard-SF peut rester relativement accessible pour le lecteur de science-fiction traditionnel. Loin de la froideur total d'un Ted Chiang, l'écriture viscérale de Peter Watts nous entraîne dans les profondeurs de l'espace ou de l'océan, malmène votre cerveau et vos croyances et vous interroge constamment. Voilà donc un recueil à mettre entre toutes les mains pour découvrir un auteur passionnant.  

    Note : 9/10

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  • TOP CINE 2016 - JUST A WORD

    Ce top a été composé après visionnage de 96 films au cinéma sortis cette année 2016.

    [Top] Bilan Cinéma 2016

    10 - Nocturama de Bertrand Bonello

    Et si l'on commençait ce top par un film français ?
    Nocturama, c'est le dernier bébé de l'excellent Bertrand Bonello qui nous démontre avec brio que le malaise de la société moderne va bien plus loin que ce que constate les journalistes. Après une première partie en apesanteur, Bonello traîne son regard de vieux révolutionnaire déçu sur une jeunesse sacrifiée qui ne sait plus comment exister et combattre. C'est aussi beau que fort et ça prouve que le cinéma français vit encore quelque part !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    9 - Ma Loute de Bruno Dumont

    Encore un film français ? 
    Avec Ma Loute, nouvelle dinguerie signée Bruno Dumont, le top 2016 est bien représenté sous nos latitudes ! Accompagné d'une bande de joyeux drilles tous plus loufoques les uns que les autres, Bruno délivre un chant d'amour à sa région du Nord en s'en gaussant à outrance avec une caméra virtuose, un humour improbable et un sens de la mise en scène impressionnant. L'un des films les plus drôles et les plus jusqu'au-boutistes de l'année !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    8 - La Tortue Rouge de Michael Dudok De Wit

    Le film d'animation à l'occidental est-il mort dans l'ombre de l'anime japonais ?
    Avec la fusion de ces deux univers, Michael Dudok De Wit nous démontre qu'il n'en est rien. Petit joyaux brut inattendu, La Tortue Rouge est un monument de poésie muet où la beauté se cache dans la moindre image. Ode à la vie, au temps qui passe, à la nature et tout simplement à l'amour, La Tortue Rouge émerveille de la première à la dernière seconde. Le film d'animation de l'année !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    7 - Comancheria (Hell or High Water) de David MacKenzie

    L'année 2016 réservait au moins une authentique surprise avec Comancheria de David MacKenzie. L'auteur de Perfect Sense nous offre rien de moins qu'un des meilleurs films de l'année et cela en toute discrétion. Passé inaperçu en salles sauf pour une poignée de cinéphiles avertis, Comancheria revisite le western à la sauce sociale, charge une Amérique en train de se bouffer elle-même et offre un portrait de frères touchant en diable. Une véritable merveille.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    6 - The Witch de Robert Eggers

    Catégorie injustice, voici The Witch.
    Sorti directement en DVD, ce film d'horreur arrive pourtant à mettre une bonne claque à 99% des long-métrages sortis en salles. Dans une Amérique puritaine, une famille va découvrir l'horreur à l'orée d'une forêt pleine de mystères. Avec une économie de moyens tout à fait remarquable, Robert Eggers vous donne la chair de poule en filmant un lapin et un bouc. Redoutablement intelligent et incroyablement mis en scène, The Witch ne laisse personne indemne. Et c'est un premier film...

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    5 - Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich 

    Après The Look of Silence l'année dernière, c'est cette fois Jodorowsky's Dune qui gagne la place du documentaire de l'année ! Frank Pavich ébauche un film passionnant sur un projet mythique qui n'a jamais vu le jour mais semble couvrir de son ombre toute la production moderne. Tour à tour truculent, hilarant et passionnant, le documentaire émerveille par la passion qui en suinte par tous les pores. C'est jubilatoire de bout en bout et ça fait du bien à notre cœur de cinéphile !

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    4 - The Revenant d’Alejandro González Iñárritu 

    Premier choc cinématographique de l'année, The Revenant n'a pas que permis à Di Caprio de recevoir l'oscar mais de confirmer l'incroyable talent du réalisateur mexicain. Pièce de choix du survival, The Revenant offre un moment de cinéma confinant au sublime dans une première séquence à couper le souffle puis en émerveillant à chaque seconde par la beauté maniaque de ses plans. En y ajoutant une dimension mystique passionnante et une pléiade d'acteurs formidables - Tom Hardy en tête - The Revenant entre dans l'histoire. Prenez une doudoune quand même.

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    3 - Premier Contact de Denis Villeneuve

    Voici donc le podium de l'année en commençant par Premier Contact de Denis Villeneuve.
    Basé sur le texte de Ted Chiang, Premier Contact déjoue les pièges du blockbuster américain et se concentre sur l'intime devant tout le reste. Porté par une Amy Adams en état de grâce, le film de Villeneuve montre à nouveau le talent de mise en scène fabuleux du canadien. Véritable chant d'amour à une Science-fiction de l'humain, Premier Contact émeut. Devant l'immensité spatiale, c'est bien tout ce qui compte. La vie comme un palindrome.

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    2 ex-aequo - Mademoiselle de Park Chan-Wook

    Tricherie éhontée dans ce top ! Un ex-æquo !!!!!
    Eh bien oui, devant l'impossibilité de faire un top 3 digne de ce nom, Mademoiselle de Park Chan Wook se retrouve ex-æquo ! Oeuvre incroyablement sensuelle et dense, Mademoiselle consacre de nouveau le réalisateur coréen comme un artiste de toute première catégorie. Mise en scène à tomber, musique raffinée et héroïnes extraordinaires, Mademoiselle incarne la quintessence du cinéma dans tout ce qu'il a de sensuel. En réalisateur machiavélique, Park Chan-Wook nous tient au creux de sa main pour mieux nous faire jubiler avec des plaisirs inavouables !

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    2 ex aequo - Steve Jobs de Danny Boyle

    La surprise du podium de cette année, c'est bien l'apparition d'un biopic sur la seconde marche.
    Danny Boyle profite de l'expertise d'Aaron Sorkin pour livrer un long-métrage tout simplement extraordinaire sur un homme fascinant : Steve Jobs. Pensé comme une pièce de théâtre, Steve Jobs offre des dialogues succulents accompagné par une mise en scène qui n'en finit pas d'épater le spectateur pendant qu'un certain Michael Fassbender vole le show à lui seul. En contournant les pièges du biopic classique et en donnant sa vision de l'homme devant le génie, Boyle et Sorkin ont tout compris. Et si l'amour d'une fille était tout ce qui comptait en réalité ?
    Juste sublime.

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    [Top] Bilan Cinéma 2016

    1 - The Neon Demon de Nicolas Winding Refn

    La beauté est tout.
    Vainqueur de cette année 2016, le film-expérimental de Nicolas Winding Refn laisse un peu tout le monde sur le carreau. Dans une ambiance qui vire peu à peu vers le glauque, The Neon Demon se révèle une véritable oeuvre d'art ciselée dans les moindres détails par un artiste fou. Parabole sur le monde moderne de l'apparence à tout prix, le long-métrage vous chope à la gorge pour vous murmurer à l'oreille que votre existence n'a aucun but. Que vous serez dévoré par le système. Plastiquement irréprochable, thématiquement terrifiant, The Neon Demon s'arroge la première place pour cliver encore un peu plus son monde. 
    Hail to the king !

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    Les Coups de Cœur :

    - Captain Fantastic de Matt Ross -- Critique
    - Paterson de Jim Jarmusch -- Critique

    - Vaiana de John Musker et Ron Clements
    - Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson  -- Critique
    - Le ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar 
    - Ma Vie de Courgette de Claude Barras -- Critique
    - L’effet aquatique de Solveig Anspach 
    - Men & Chicken de Anders Thomas Jensen -- Critique
    - Batman vs Superman de Zach Snyder -- Critique
    - Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase 


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