• [Critique] The Jane Doe Identity

     En 2010 sortait discrètement sur nos écrans un petit film norvégien qui s’inscrivait dans la mode (agaçante) du found footage : The Troll Hunter. Ce long-métrage norvégien, bien loin des médiocres Paranormal Activity et autres Tchernobyl Diaries, arrivait à jongler avec bonheur entre horreur, humour et documentaire. Son réalisateur, André Øvredal, revient sept ans plus tard avec un second long-métrage et deux excellents acteurs américains, Emile Hirsch et Brian Cox. The Autopsy of Jane Doe (renommé The Jane Doe Identity pour l’occasion parce que...bah parce que ça fait un peu Jason Bourne et que ça pète...) nous plonge dans une atmosphère pesante au cœur d'une vieille morgue tenue par un soir d'orage. Alors que le shérif Sheldon intervient sur une scène de crime particulièrement sanglante, il découvre le cadavre d'une jeune femme impossible à identifier. Cette Jane Doe est amenée à Austin et Tommy Tilden pour que les deux légistes découvrent enfin son identité. Mais d'étranges choses commencent à survenir durant l'autopsie... C'est donc un postulat de départ très simple que propose The Autopsy of Jane Doe et qui semble tout entier contenu dans son titre. 

    Øvredal a quelques idées bien arrêté qu'il met en pratique dès les premiers instants du film. The Autopsy of Jane Doe démarre rapidement, et l'on entre dans le vif du sujet au bout d'une quinzaine de minutes. La principale originalité du métrage est de proposer une approche atypique dans le traitement de son horreur, à savoir que toute la première moitié du récit se concentre sur l'examen d'un corps, faisant surgir l'horreur et entretenant son ambiance oppressante par les découvertes et déductions des deux légistes. Le show repose alors sur deux éléments : la capacité de mise en scène du cinéaste norvégien dans ce qui est, en réalité, un huit-clos, et la prestation des deux acteurs principaux. Sans surprise, Hirsch et Cox assurent permettant au spectateur d'avoir à la fois une attache empathique (notamment avec le personnage d'Austin) et une immersion convaincante dans l'enquête en cours. Jamais Øvredal ne mise sur les effets gores de son autopsie comme aurait pu le faire un film lambda et durant une bonne moitié de l'histoire, le norvégien arrive à faire vivre ses personnages et son intrigue avec une habilité qui force le respect. D'autant plus qu'il développe une atmosphère lourde en arrière-plan.

    Cependant, à un certain stade (et peut-être par peur de lasser le spectateur), le réalisateur s'engage dans une autre voie horrifique en transformant son huit-clos d'expertise et de sous-entendus en un huit-clos horrifique surnaturel avec fantômes et autres apparitions. Ce virage n'est, en soi, pas forcément mauvais, il permet à Øvredal de varier les sources de terreur et de jouer également avec le cliché du fantôme. Evidemment, puisque la chose est plus courante ailleurs, l'originalité a tendance à disparaître. Il faut cependant concéder que le norvégien s'y prend fort bien, évite les jump-scares abusifs, et privilégie les silhouettes aux effets gores grossiers. Quelques astuces simples comme la clochette au pied d'un des cadavres, permettent ne pas miser frontalement sur l'horreur, Øvredal comprend qu'il vaut mieux laisser de la place à l'imagination. Certes, il est assez difficile de comprendre pourquoi la petite amie d'Austin est impliquée là-dedans. Le film n'y gagne rien en réalité. Mais le reste se révèle tout à fait honorable.

    Le vrai raté de The Jane Doe Identity, c'est de ne pas aller au bout de son postulat de départ et de ne pas intégralement fondé son intrigue sur une autopsie. Evidemment, il est fort possible que le résultat d'une telle démarche soit rébarbative mais elle éviterait au moins la sévère sensation de manque d'originalité de la seconde partie du métrage. En l'état, l'intrigue de fond, elle, reste accrocheuse. Øvredal arrive à retourner les hypothèses du spectateur quand à l'identité de la jeune fille et même à inverser le sempiternel cliché de la sorcière. Il y a donc du bon dans cette histoire de revenants matinée de satanisme. Du très bon même puisque le norvégien tient de bout en bout une atmosphère délicieusement effrayante grâce à une mise en scène précise et épurée.

     Pour son second long-métrage, André Øvredal offre un spectacle à la hauteur des attentes. Même si The Jane Doe Identity semble avoir du mal à choisir parfois, il n'en reste pas moins un film fantastico-horrifique relativement original et efficace supporté par deux excellents acteurs. Les amateurs seront ravis. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure(s) scène(s) :  L'autopsie

    - Critique de The Troll Hunter d'André Øvredal

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  • [Critique] Pirates des Caraïbes 5 : La Vengeance de Salazar

     

     Triste destin que celui de la franchise Pirates des Caraïbes. Ce coup de poker des studios Disney en 2003 qui tentent alors d'adapter une attraction-phare du parc devient un énorme succès. Forcément, deux suites sont mises en chantier, Le secret du coffre maudit et Jusqu'au bout du monde, toujours sous la direction de Gore Verbinski mais qui finit clairement par épuiser le filon avec un épisode trois poussif. Malgré le départ du créateur de la trilogie, la production choisit de remettre le couvert en confiant le quatrième volet à Rob Marshall. La Fontaine de Jouvence s'avère logiquement un échec artistique quasi-total. Malgré tout, le public suivant, un cinquième film est mis en chantier. Cette fois, le métrage est co-réalisé par les réalisateurs norvégiens Joachim Rønning et Espen Sandberg à qui l'on doit Kon-Tiki mais aussi Bandidas. Difficile donc de soulever un véritable enthousiasme pour cette énième aventure malgré la présence inattendue de Javier Bardem. Ne serait-il pas temps de couleur le Black Pearl ?

    Difficile de se voiler la face, ce nouveau volet de Pirates des Caraïbes n'a plus la fraîcheur d'antan. En effet, on marche en territoire connu avec malédictions, moussaillons, canonnades, couple d'amoureux, abordages, singes voleurs, Jack Sparrow et autre Barbossa. A priori rien de nouveau sous le soleil. Cependant, les cinéastes étant certainement bien conscients de cet état de fait, capitalisent justement sur ce qui a fait le succès de la franchise à ses débuts. La Vengeance de Salazar (en réalité Dead men tell no tales, mais les français adorent les titres moisis, c'est bien connu) s'ouvre donc de façon très semblable au premier opus en misant tout, ou presque, sur un côté aventure décontractée qu'il fait assez plaisir de retrouver. Le ton mystérieux est là, Jack Sparrow égal à lui-même (bien que le personnage commence à lasser) et surtout les réalisateurs norvégiens nous présentent Salazar. Très (très) loin du fade Barbe Noire, le grand méchant interprété par un succulent Javier Bardem bénéficie non seulement d'un background efficace mais également de superbes effets spéciaux qui, sans égaler la perfection graphique du Hollandais Volant, renvoie à l'équipage maudit du Secret du coffre maudit. 

    En s'ouvrant sur une séquence d'action drôle et impressionnante à souhait, La Vengeance de Salazar réjouit. Certes, on le savait en entrant dans la salle, on ne trouvera rien de véritablement nouveau là-dedans mais au moins Joachim Rønning et Espen Sandberg ont-ils la bonne idée d'offrir un divertissement le plus proche possible des origines. On évite évidemment pas les défauts comme celui du couple formé par Brenton Thwaites-Kaya Scodelario, copie à peine masquée de celui d'Elizabeth et Will, ou le manque cruel de scènes véritablement épiques. Mais ce cinquième volet a pourtant bien des choses à proposer. A commencer par un antagoniste puissant au navire franchement excellent, et surtout, comme on le disait plus haut, d'un background qui fait plaisir et sort des ornières habituelles. De même, l'humour, malgré quelques errements, s'avère globalement meilleur avec quelques blagues franchement drôles (l'astrologue putative). Saluons enfin quelques séquences qui sortent du lot comme le combat sur les canons, la libération de Jack ou encore le cambriolage. Tout cela sur une bande-son dans la droite lignée des autres opus et, donc, excellente.

    Plus court que tous les autres volets précédents, La Vengeance de Salazar n'a pas le temps de faire bailler son spectateur comme pouvait le faire Jusqu'au bout du monde ou La Fontaine de Jouvence. Mieux même, les deux réalisateurs tentent de rattacher les wagons de l'histoire de la trilogie originale pour lui donner un épilogue qui, s'il semble un peu téléphoné, n'en demeure pas moins touchant. Reste alors le cas de Jack Sparrow interprété par un Johnny Depp égal à lui-même qui finit, simplement par agacer. Pas que le personnage en lui-même soit mauvais - il a été brillantissime par le passé - mais il est l'exemple même du héros usé jusqu'à la corde et dont on connaît chaque réplique. C'est pourquoi la séquence si contestée du flash-back s'avère une excellente idée. Elle permet de montrer quelque chose de neuf à propos de Jack tout en achevant en un certain sens sa légende. Espérons simplement qu'il s'agisse là de la dernière apparition de l'excentrique pirate des caraïbes. 

     Surprenant par sa volonté affichée de revenir aux sources d'une saga passablement essoufflé, Pirates des Caraïbes 5 se hisse au rang des bons divertissements. En tentant de se faire plus léger, plus rythmé, plus esthétique et surtout de rassembler les personnages des premiers volets, le long-métrage de Joachim Rønning et Espen Sandberg offre une fin satisfaisante aux aventures de Jack Sparrow. Du moins, on l'espère. 

     

    Note : 6.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Le cambriolage

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  • [Critique] Message from the king

     Le réalisateur franco-belge Fabrice Du Welz, à qui l'on doit des pépites horrifiques comme Alléluia ou Calvaire, se tourne aujourd'hui vers Hollywood. Si l'on sait très bien que ce milieu a une fâcheuse tendance à broyer les cinéastes devant des impératifs budgétaires et scénaristiques, on est tout de même heureux de voir Fabrice revenir derrière la caméra pour s'essayer à un genre radicalement différent, celui du revenge movie. Dès la première bande-annonce le ton est donné, Message from the King ne va pas faire dans la dentelle et c'est tant mieux. Avec un casting aux petits oignons qui regroupe Chadwick "Black Panther" Boseman, Teresa Palmer, Luke Ewans ou le trop ignoré Alfred Molina, on peut dire que Du Welz sait s'entourer. Reste maintenant à voir comment il va gérer le changement d'univers et son passage à Hollywood. 

    Première bonne chose, Message from the King n'est pas là pour ergoter pendant des heures, à peine commencer que l'on plonge déjà dans l'intrigue, tout à fait simpliste d'ailleurs : Jacob King débarque à Los Angeles pour retrouver sa sœur Bianca qui lui a laissé un message de détresse sur son répondeur quelques jours plus tôt. Il ne dispose que de quelques centaines de dollars, d'un sac de vêtements pour sept jours. Du Welz pose les bases en quelques minutes et s'intéresse ensuite à son histoire de vengeance. Le métrage va droit au but, fonctionne d'abord comme une enquête pour rapidement suivre les traces d'un vigilante-movie à l'ancienne. Chadwick Boseman, impressionnant de bout en bout, trouve en Jacob King un personnage excellent que Du Welz laisse à moitié inexploré jusqu'à la toute fin de son métrage. Le spectateur ne connaît pas Jacob mais comprend vite que ses origines sud-africaines en font quelqu'un d'autrement plus dangereux et déterminé que des gangsters américains lambda. De Boseman se dégage une aura de charisme brutal mais aussi une sympathie instantanée envers un homme qui tente de faire justice sans chercher à excuser ou minimiser. C'est certes assez basique mais diablement efficace.

    Malheureusement, qui dit revenge movie dit scènes de combat...et là, Fabrice Du Welz montre ses limites de metteur en scène. En effets, les affrontements sont le plus souvent brouillons et parfois carrément illisibles. Si l'on excepte l'idée de la chaîne de vélo (qui renvoie en un sens au marteau de Old Boy, chacun ses goûts), l'action dans Message from the King s'avère simplement ratée. A côté de ce défaut ennuyeux, le film accumule les bonnes idées. La première étant de faire de Los Angeles un endroit crade et violent où les rêves des jeunettes en quête de gloire se brisent sur les rochers de la réalité américaine. Bianca en est le parfaite exemple et le fait même de la rendre aussi peu sympathique permet au film de donner une dimension d'autant plus poignante à la relation Bianca-Jacob. Jacob venge un souvenir plus qu'une réelle personne, il venge sa petite sœur du Cap et pas la droguée paumée de Los Angeles. Sous la caméra de Du Welz, la Cité des Anges adopte un aspect tout à fait repoussant où la richesse n'est qu'une façade, où le mal rode dans les coins. De ce côté-là, le cinéaste n'a rien perdu de son talent de mise en scène.

    Enfin, on peut regretter la simplicité extrême de l'histoire qui, s'il on y réfléchit bien, tient sur un timbre-poste plié en quatre. Cela semble pourtant renouer avec les revenge-movie old school des années 80-90 mais peut très certainement décevoir des gens habitués à des joyaux noirs ultra-fouillés comme Old Boy ou Lady Vengeance. Cette caractéristique d'uppercut de Message from the King s'avère donc à double-tranchant. Reste que le métrage arrive à éviter certains clichés inhérents à ce type de film, comme l'histoire d'amour qui, cette fois, n'en sera heureusement pas une. Malgré la volonté de Fabrice de toujours vouloir investir tout son être dans ses films (cf. Interview), on se rend compte que Message from the King reste tout de même assez loin de la qualité de ses autres long-métrages, plus étranges, plus audacieux et, simplement, plus personnels. 

     Direct, sec et sans pitié, Message from the King tient ses promesses. Emporté par un Chadwick Boseman impeccable dans un Los Angeles magnifiquement capturé par Fabrice Du Welz, le film est aussi simple qu'efficace tout en se permettant quelques subtilités bienvenues. 
    On attend maintenant le retour du réalisateur dans un domaine plus personnel et forcément plus captivant. 

     

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) :   La scène de la morgue 

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  • [Critique] Life

     Dernier film du réalisateur suédois Daniel Espinosa, Life (sous-titré en France Origine inconnue, parce que ça fait mystérieux et qu'au moins y'a des mots français pour le spectateur français qui est, forcément, incapable de comprendre un mot d'anglais) rentre dans la catégorie des métrages qui annoncent la couleur dès leur première bande-annonce. Après Enfant 44, Espinosa s'envole pour la Station Spatiale Internationale et un futur plus ou moins proche où une sonde ramène de Mars un échantillon qui contient...un organisme vivant ! Pour ne pas mettre la Terre en danger et éviter une possible contamination, l'équipe décide d'étudier Calvin - le nom donné à cette nouvelle forme de vie - au sein de la station même. Le problème, évidemment, c'est que le nouveau venu va se révéler extrêmement hostile. A la lecture de ce synopsis et après avoir visionné la première bande-annonce, on a comme une sensation de déjà-vu...

    En effet, Life est un simili-Alien.
    Un xénomorphe découvert dans l'espace... dans une installation spatiale exigue et de plus en plus glauque... avec une équipe d'hommes et de femmes pas forcément préparée à faire face à une telle situation...
    Tout est là, ou presque. Cependant, notez-bien, le métrage s'assume comme tel dès le départ, le spectateur est prévenu à l'avance et à aucun moment il n'y a mensonge sur la marchandise. De ce fait difficile d'en vouloir pour les ressemblances flagrantes entre les deux films. 
    En fait, il faut comprendre simplement que Life renoue avec quelque chose que l'on n'a plus vraiment l’habitude de voir sur grand écran aujourd'hui : le film de série B honnête.
    Vous ne serez pas (ou peu) surpris par l'histoire mais elle fait le job, il en va de même pour la galerie de personnages, tous assez basiques et qui servent surtout de proies à la dangereuse bestiole qui va parcourir la station. On peut d'ailleurs se demander comment le film arrive à réunir un tel casting...pour n'en faire rien ou quasiment. Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds, Hiroyuki Sanada, Rebecca Ferguson...devaient avoir surtout quelques factures à régler. L'avantage par contre, c'est que ce petit film bénéficie d'une galerie d'acteurs convaincants pour son jeu du chat et de la souris (avec scaphandres).

    Alors Life finalement à quoi ça sert ? 
    A frissonner. On sent l'influence de Gravity (la séquence d'introduction) et Alien, le 8ème passager (tout le reste !) mais Espinosa arrive tout de même à livrer au spectateur un spectacle soigné avec une mise en scène très fonctionnelle mais parfaitement adaptée au sujet, tout en insinuant assez de tension pour ne jamais ennuyer. Le point central du film, c'est évidemment la créature, Calvin, qui évolue constamment et qui s'avère, franchement, une brillante réussite sur le plan du design. Il faut noter à ce titre que la première attaque de la bestiole et la première mort se révèlent extrêmement convaincantes (et absolument dégoûtantes)...Il est à ce titre très amusant de noter la symétrie inversée entre la première mise à mort d'un membre de l'équipage et la mythique scène de repas d'Alien. Le reste devient ensuite un survival spatial assez classique mais toujours très efficace qui se conclue sur un twist prévisible mais délicieusement noir. 

     En résumé...Life tient ses promesses. Ni plus ni moins. 
    Daniel Espinosa offre un divertissement horrifique honnête, qui ne fera certainement pas date tant il lorgne ailleurs, mais qui ne prend pas ses spectateurs pour des imbéciles.
    Une bonne série B en somme. 

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  La première mort

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  • [Critique TV] Taboo, Saison 1

     Parmi les séries excitantes du moment, Taboo figure en bonne position. Créée par un certain Steven Knight (responsable déjà de l'excellente série Peaky Blinders que l'on vous recommande chaudement) et Edwards Hardy, père du fameux acteur Tom Hardy - lui-même acteur principal de la série -, Taboo est une production à destination de la BBC et de la chaîne américaine FX. On y retrouve une pléiade d'acteurs remarquables tels que Jonathan Pryce (aka The High Sparrow dans Game of Thrones), Oona Chaplin (Game of Thrones aussi !), Mark Gatiss (Sherlock Holmes) ou encore Stephen Graham (le Al Capone de la série Boardwalk Empire) ainsi qu'un compositeur qui n'en finit plus de monter en la personne de Max Richter (The Leftovers, Black Mirror, Arrival...). En somme, tout semble réuni pour faire de Taboo l'une des nouvelles séries les plus folles de l'année. 

    Mais avant toute chose, Taboo, de quoi ça parle ? 
    James Keziah Delaney que l'on pensait disparu en Afrique, rentre à Londres à la mort de son père, Horace Delaney. Ce dernier, devenu fou dans ses dernières années de vie, possédait un certain territoire sur la côté Ouest de l'Amérique du Nord appelé Nootka Sound. Occupée par des tribus de sauvage, la terre laissée en héritage à James n'a de prime abord aucune valeur...sauf qu'elle est en réalité la clé de la délimitation territoriale dans la guerre que se livre le Royaume-Uni et les Etats-Unis en cette année 1814. Courtisé à la fois par les américains et par les anglais, James n'a cependant aucune intention de céder aux offres de la East India Company malgré l'arrangement de celle-ci avec sa demi-sœur, Zilpha Geary. Hanté par ce qu'il a fait en Afrique et les étranges pouvoirs qu'il a côtoyé, James n'est plus le même homme. Aidé par Atticus, Brace et Helga, il risque bien de bouleverser l'échiquier politique et même de s'attirer les foudres du roi. 

    Il faut l'avouer, Taboo met un certain temps à se mettre en place. Sa narration, volontairement élusive au début, n'est pas aussi clairement accrocheuse que ne pourrait l'être une série plus conventionnelle. Ce qui accroche par contre immédiatement le spectateur, c'est son atmosphère très noire aux forts relents fantastiques. Grâce à sa mise en scène crasse et sèche, Taboo propulse immédiatement ses personnages dans un Londres à la fois très familier et très différent. Knight et Hardy auraient pu se limiter cependant à reproduire un simili-Peaky Blinders...mais ils ajoutent une dimension de plus en plus clairement fantastique à mesure que les épisodes s'enchaînent. En mêlant les mythes africains et indiens, avec un zeste de magie noire/vaudou pour faire bonne mesure, la série acquiert une aura d'étrangeté malsaine parfaitement synthétisée par son personnage principal : James Delaney.

    N'en faisons pas mystère, le plus gros atout de cette première saison, c'est évidemment l'acteur britannique Tom Hardy (Mad Max Fury Road, Bronson, The Dark Knight Rises) qui endosse cette fois le costume pour le moins singulier de James Delaney. Avec son charisme habituel et un talent toujours plus impressionnant, l'anglais offre une prestation magistrale pour un personnage franchement fascinant de la première à la dernière seconde. Knight sait ménager les révélations qui l'entoure et garde même quelques non-dits en réserve pour la prochaine saison. Pour tout dire, Tom Hardy tient la série sur ses épaules. En cela, il est aidé par une galerie d'excellents acteurs déjà cités précédemment mais on est sans cesse épaté par le talent du trio Pryce - Graham - Hayman, véritable équipe de choc. Outre cette solide distribution, la série peut également compter sur une intrigue maîtrisée et minutieusement calibrée par un Steven Knight toujours aussi en forme. 

    En prenant pour toile de fond la guerre relativement méconnue de 1814 entre les britanniques et les américains, Taboo permet de (re)découvrir une période qui n'avait rien à envier aux fresques fantasy type Game Of Thrones. Londres est alors un nid de vipères où les espions pullulent, où les agents des deux factions s'affrontent à travers des crimes d'une rare violence (qui trouvent d'ailleurs un écho tout particulier avec la brutalité bestiale de James) et où l'on ne sait plus bien en fin de compte qui sert qui. Ce jeu du chat et de la souris entre James et ses adversaires tient en haleine durant les huit épisodes de cette première saison et permet également à Knight d'aborder quelques thèmes forts justes. Celui de l'esclavagisme et de l'hypocrisie de la société anglaise de l'époque à son égard par exemple. Ou celui de l'homosexualité voir de la transsexualité à travers Benjamin Wilton. C'est aussi l'occasion d'insérer un certain nombre de clins d’œils historiques (les allusions à Napoléon, le rôle de la chimie et du personnage étrange mais savoureux de Cholmondeley etc...) qui apportent une saveur particulière à cette sombre histoire.

    La franche réussite de Taboo est due à la conjonction de tous les éléments précités. La série aurait pu être un ersatz du succès précédent de Steven Knight, Peaky Blinders, mais l'ajout de la dimension fantastique - d'ailleurs clairement assumée et esthétiquement remarquable - en font tout autre chose. La prestance de Tom Hardy, la qualité du casting et la minutie de l'intrigue qui multiplie les pistes sans jamais s'égarer (et cela même si la sous-intrigue de Zilpha apparaît comme plus faible que le reste), la partition entêtante de Max Richter... tout participe au résultat final plus que fascinant. Si une saison 2 est d'ors et déjà annoncée, vous pouvez vous précipiter sur ce joyau noir télévisuel.  

     

    Note : 9/10

    Meilleure épisode :  Episode 4

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  • [Critique] La Belle et la Bête (2017)

      Hasard du calendrier, La Belle et la Bête version 2017 sort peu de temps avant Ghost In The Shell le remake à l'américaine. Derrière ces deux "franchises" qui n'ont, de prime abord, rien à voir, se cache pourtant des mécanismes de marketing pourtant tout à fait similaires. Après avoir étudié en détails le cas Ghost In The Shell, penchons-nous aujourd'hui sur celui de cette énième variation autour du conte populaire de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont datant de 1757. Si peu de gens aujourd'hui connaissent le film de Cocteau de 1946, il en va tout autrement du dessin-animé de Disney de 1991, succès public et critique en son temps, et qui est aujourd'hui le matériau principal qui sert de base au film de Bill Condon. Comédie-romance-musical, le long-métrage met en scène Emma Watson (qui doit toujours s'en mordre les doigts d'avoir refusé le rôle-titre de La La Land en lieu et place de celui-ci) et un Dan Stevens numériquement bestial. Dans les autres personnages archi-connus, on retrouve une pléiade de visages...enfin de voix connues comme celles de Ian McKellen, Ewan McGregor, Stanley Tucci ou encore Emma Thompson. Derrière ses effets spéciaux numériques charmeurs, que vaut ce remake-live des aventures de La Belle et la Bête ?

    A peu près la même chose que celle du Major à la sauce Hollywoodienne...à ceci près que le propos ici n'a jamais été très complexe même pour l'original. En réalité, cette adaptation découle de la constatation simple (et putassière) que le passage vers le live de ses classiques de dessins-animés marchent bien dans les salles obscures. Car les générations qui ont grandi avec ces mêmes dessins-animés ont maintenant un autre âge et s'y retrouvent davantage avec ce nouvel enrobage semble-t-il. Comme pour le Livre de la Jungle, Blanche-Neige et le Chasseur et autre Maléfique, Disney joue sur la nostalgie du spectateur pour amasser un paquet de fric en faisant le minimum syndical derrière une bonne grosse vitrine d'effets spéciaux. Nous ne ferons pas l'affront au lecteur de préciser le postulat de La Belle et La Bête dans cette critique puisqu'il faudrait avoir vécu dans une grotte les trente dernières années pour ne pas le connaître. La trame narrative s'avère donc sensiblement la même que celle du dessin-animé, avec des ficelles grosses comme des cordes d'amarrage de navires, des personnages aussi simplistes et manichéens que les Disneys de la grande époque et...une bonne plâtrée de bons sentiments en veux-tu en voilà.

    Il ne s'agit pas ici de détruire la franchise de La Belle et La Bête ni le joli dessin-animé des années 90, comprenons-nous bien. Mais de se demander au fond : Pourquoi tous ces millions de dollars et cette énergie pour accoucher d'un film parfaitement inutile ? Excepté titiller la corde sensible du spectateur nostalgique, qu'apporte de neuf La Belle et La Bête ? Absolument rien. On retrouve le même univers, le même ton, les même personnages...avec des effets spéciaux jolis (mais voyants) pour enrober le tout et masquer le vide scénaristique ainsi que le manque criant d'innovation. Emma Watson a beau faire ce qu'elle veut, Luke Evans a beau cabotiner comme il le peut...il n'y a strictement rien d'excitant dans La Belle et la Bête que vous ne connaissiez déjà. Excepté un certain sens du politiquement correct où l'on introduit deux personnages gays juste pour le plaisir de le faire (donc en se foutant totalement d'édifier de beaux personnages) et de disperser quelques personnages noirs pour respecter un quota même s'il n'y a aucun intérêt scénaristique à cela. A côté de ces faits, on retrouve le choix de montrer une Bête tout en images de synthèse au lieu de jouer sur du maquillage et un costume, certainement plus coûteux et difficile à mettre en oeuvre, mais qui aurait été tellement plus réel que cet artifice de jeux-vidéo. Le pire restant que lorsque l'apparence numérique tombe, on constate que Dan Stevens est un total miscast dans le rôle du Prince...Mais soit. 

    Il n'y a donc qu'une seule petite chose qui tente de rattraper ce drame commercial, c'est bien les musiques et la bande-originale, brillamment retranscrite au moins avec quelques belles petites scénettes notamment la chanson de Gaston dans l'auberge, rythmée et bien mise en scène. On retrouvera également les quelques succès qui ont fait la gloire du dessin-animé original, à savoir Be Our Guest ou Beauty and the Beast, mais qui, une nouvelle fois, ne font que pincer la corde du nostalgique assis devant l'écran de cinéma. Mobiliser un tel nombre de personnes, d'acteurs et Bill Condon pour ça...C'est vraiment gaspiller du temps, du talent et de l'argent (même s'il est vrai que Bill Condon est capable du pire, avec Twilight IV et V, comme du meilleur, avec Mr Holmes). Le film s'achève dans une happy-end attendue (tout le monde sait ce qu'il va se passer, il n'y a donc rigoureusement aucun suspense) et achève de convaincre de sa vacuité.

    A quoi sert La Belle et La Bête version 2017 ?
    C'est simple à rien. Le film n'est pas honteux ou mal joué ou mal mis en scène, au contraire, il est très correct et fait le job.
    Il ne sert juste à rien d'autre qu'à vous soutirer quelques billets en échange d'une Madeleine de Proust enrobée d'effets numériques. 
    Une perte de temps.

     

    Note : 3/10

    Meilleure scène :  La chanson de Gaston à l'auberge

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  • [Critique] Ghost in the Shell (Remake américain)

     Annoncé de longue date depuis qu'un certain Steven Spielberg a acquis les droits du manga, le remake américain du génial Ghost in The Shell du non moins génial Mamoru Oshii a fini par voir le jour. Réalisé par Rupert Sanders, déjà responsable de Blanche-Neige et le Chasseur, cette tentative d'adaptation en prises réelles d'un anime culte s'avère extrêmement intéressante. Elle apparaît en effet comme la parfaite synthèse de tout ce qui cloche dans le cinéma Hollywoodien actuel. Ne soyons pas hypocrites, dès l'annonce du projet on savait pertinemment que le métrage ne servirait à rien. Quel est le but de faire un remake d'un anime déjà extraordinaire en le confiant de surcroît à un jeune réalisateur qui n'a pas le quart du génie d'Oshii ? Comme toujours, il s'agit pour Dreamworks et la Paramount de rendre plus "accessible" au public américain une oeuvre totalement étrangère...et de se faire de l'argent au passage. Et comme toujours, le procédé n'a strictement qu'une fin putassière. 

    Il semble pourtant intéressant de se pencher sur ce Ghost in The Shell à l'américaine pour expliquer pourquoi la démarche s'avère aussi stérile qu'insultante. L'action se situe dans un futur proche dans une ville futuriste jamais nommée où une équipe, la Section 9, dirigée par Daisuke Aramaki et le Major, tente de mettre la main sur un terroriste qui pirate des esprits, un certain Kuze. Le Major est un être unique dans ce monde pourtant déjà largement amélioré, puisqu'elle possède un corps entièrement artificiel qui accueille le cerveau d'une humaine authentique. Elle va cependant découvrir au cours de son enquête sur Kuze que bien des choses lui ont été caché. 
    Déjà, première constatation, le synopsis de départ a été changé et, pour tout dire, très largement simplifié. Le Major n'est plus un être entièrement cybernétique mais une espèce de Robocop-bis, la Section 9 est la seule mentionnée dans le film, les intrigues politiques sont bien plus faciles tout comme les considérations philosophiques etc...

    Nous tenons-là le premier défaut du métrage. Ghost In The Shell sauce américaine simplifie sous prétexte de populariser...et perd l'originalité et le génie de l'original. Pire encore, Sanders a peut-être beaucoup de connaissances en matière de classiques de SF, il ne fait que mélanger le tout pour rendre une copie hybride qui n'a plus vraiment à voir avec ce que l'on connaissait. L'univers du présent film est un étrange mix de Robocop (pour le Major et ses questionnements, humour en moins), Blade Runner (pour le style de la ville), Matrix (pour les combats) et Deux Ex (pour les améliorations des humains). Alors que l'oeuvre de base se suffit à elle-même de par son extrême intelligence et la foisonnance de ses concepts, ce remake choisit de faire du grand public...et fait donc dans le vu et revu ailleurs (et en mieux). L'intrigue est au diapason, très prévisible car elle semble avoir vingt ans de retard sur toutes les grandes œuvres SF cinématographiques et littéraires. Tous les thèmes abordés ne sont en réalité qu'effleurés, le métrage ne voulant perdre personne finit par proposer une simili-enquête policière aux enjeux restreints à l'injustice de la création du Major et de Kuze. Tout est franchement évident dès que l'on possède quelques notions sur le plan science-fictif.

    Second défaut : le fameux white-washing. Pour adapter Ghost In The Shell au public américain, pas question de reprendre l'ethnie logique du film. A la place d'asiatiques pour les rôles principaux - à l'exception notable de Takeshi Kitano pour le fan-service - tous les protagonistes redeviennent des occidentaux. A commencer par le Major interprétée par une Scarlett Johansonn simplement hors de propos. En ajoutant que l'actrice surjoue les tics robotiques (alors qu'elle était excellente dans Under the Skin), on obtient un miscast total. Le reste de l'équipe ne vaut guère mieux. Cette volonté de transformer l'ethnie majoritaire du film pour le rendre plus bankable, phénomène déjà bien connu à Hollywood, atteint ici des sommets d’imbécillité. Le pire restant que les quelques acteurs asiatiques du film jouent...comme des pieds (excepté Kitano) et...Juliette Binoche, juste insupportable dans un rôle cliché au possible. 

    Enfin, Ghost In The Shell peut se targuer d'avoir des effets spéciaux, une esthétique et une mise en scène d'excellente qualité. Sanders, de ce côté au moins, fait le job. C'est là aussi une des marottes des remakes à l'américaine, cacher sa misère scénaristique sous des atours séduisants. Une chose qui marche certainement avec un public peu exigeant mais justement...à qui s'adresse ce remake ? Certainement à cette frange de la population avec des préjugés lamentables quant à la qualité des anime japonais...Et encore ! Le film misant justement sur cette parenté (il y a même nombre de clins d’œils pour les fans...qui...évidemment n'en auront un peu rien à faire), on doute qu'il draine ce public-là. D'un autre côté, on trouve les fans de SF et les connaisseurs de l'anime d'origine...Ceux-là ne douteront pourtant pas un instant de l'inutilité totale d'un remake d'une oeuvre déjà...grandiose, tout simplement. Le pire restant que Ghost In The Shell le remake n'a rien de véritablement honteux, pris à part, il s'agit d'un film honnête et bien mis en scène...qui a juste un retard considérable sur son époque. 

    Quel intérêt trouver à ce Ghost In The Shell ?

    Le même que celui de tous les remakes américains du même genre...vous faire connaître l’œuvre d'origine qui vaut mille fois cette copie pâle et oubliable de Rupert Sanders. La sortie du métrage en France a permis de rééditer l'anime de Mamoru Oshii dans une belle édition blu-ray et l'on ne saurait que trop vous conseiller d'investir la somme de la place de cinéma dans ce même blu-ray. Vous aurez cette fois un film d'une maîtrise absolue, passionnant et d'une extrême intelligence. 
    Vous savez ce qu'il vous reste à faire...
     

    Note : 4/10

    Meilleure scène :  La rencontre avec Kuze

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  • [Critique] Patients

     Pour adapter son roman autobiographique, le chanteur Grand Corps Malade décide d'appliquer l'adage qui dit que l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Tout de même épaulé par son ami Mehdi Idir - réalisateur des clips du chanteur -, le français Fabien Marsaud met en scène Patients, long-métrage à propos de sa rééducation suite à un accident dans une piscine qui lui a presque fait perdre totalement l'usage de ses jambes et qui l'a mené à mettre fin à sa pratique du basket. Pour se faire, il recrute un casting de jeunes acteurs et donne son propre rôle à Pablo Pauly qui va de ce fait porter tout le film (ou presque) sur ses épaules. Reste maintenant à savoir si Grand Corps Malade réussi son pari de passer derrière la caméra.

    On ne reviendra pas sur l'histoire puisqu'il s'agit en réalité de celle du chanteur avec des noms différents. Rappelons juste que l'on suit la difficile rééducation de Benjamin, un jeune qui doit tout réapprendre suite à un accident dans une piscine. Le but de Patients n'est cependant pas tant de dresser le portrait d'un homme que celui plus ambitieux, et certainement plus original, de décrire le milieu des soins de suites et réadaptation. Par le regard de Benjamin puis de ses amis, le spectateur découvre un univers médical un peu différent de la norme habituelle et certainement bien plus réel que les conceptions aseptisées que l'on peut trouver ailleurs. Grand Corps Malade évite deux des principaux pièges de ce genre d'entreprise : il conserve une certaine forme d'humour sans cependant effacer toute trace dramatique...et il reste sobre sans chercher à tirer à tout prix des larmes au spectateur.

    Alors que l'on ne s'y attendait pas du tout, Patients s'avère un film humble qui sait parler du handicap sans verser dans les excès de misérabilisme ou au contraire de bienveillance que l'on aurait pu craindre. Il ne rechigne pas à parler de la vérité du handicap avec les lavages évacuateurs, l'impossibilité de se nettoyer seul ou de manger seul, mais il le fait avec une sincérité omniprésente. Quand le long-métrage montre l'absurde du comportement de Jean-Marie, c'est pour mieux faire comprendre par la suite qu'il n'est pas vraiment méchant...il est juste comme ça. Du coup, on en rigole bien plus facilement. De même, les relations qui se nouent entre Benjamin et ses potes, tous issus de la banlieue, se révèlent nuancées et équilibrées évitant la plupart du temps de tomber dans la caricature maladroite. De ce fait, le long-métrage apparaît comme éminemment sincère, davantage encore qu'un Intouchables. 

    Sur le plan des défauts, il faut pointer la longueur certainement un peu excessive de Patients au regard de son sujet. En voulant uniquement traiter l'environnement de la rééducation, Marsaud a une excellente idée mais il ne peut éviter une certaine lassitude du spectateur. Certes, on peut aussi arguer que c'est aussi le but, faire ressentir la lenteur du processus de réhabilitation...Pourtant, on finit un tant soit peu par tourner en rond. Heureusement, le ton d'une grande justesse adopté par le métrage sauve le film du ratage, lui donnant au contraire un capital sympathie énorme. Il faut dire que Pablo Pauly assure dans le rôle de Benjamin et que le refus de faire de son récit un tire-larme facile aide à s'identifier au personnage.

    Enfin, il faut reconnaître le mérite de Grand Corps Malade qui propose une mise en scène sobre et efficace, ne tombant pas dans l'excès ou le tape à l’œil. Certains choix de musiques sont discutables (même si celles-ci s'incluent parfaitement dans le monde social décrit...) ainsi que certaines scènes finalement très clipesques, mais il faut saluer le recours au silence plutôt qu'à une musique pesante dans les scènes émouvantes. En ce sens, on peut vraiment dire que le jeune réalisateur réussi à raconter quelque chose de touchant sans tomber dans l'excès bien connu du cinéma français populaire habituel. Au fond, mis à part un sous-texte social un peu maladroit (le film n'a ni la place ni l'intelligence nécessaire pour s'intéresser véritablement au sujet), Patients parle avec brio du courage, de l'abnégation, de la persévérance et du regard de l'autre quand on est handicapé. Rien que pour cela, le métrage mérite que l'on s'y attarde.

     Petite surprise de ce début d'année 2017, Patients permet à Grand Corps Malade de parler avec sincérité de son histoire tout en évitant un pathos que l'on pensait inévitable. Drôle et touchant, le long-métrage n'a pas à rougir de la concurrence, au contraire. 
     

    Note : 7/10

    Meilleure scène :  Le premier jour en rééducation et l'arrivée de Jean-Marie.

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  • [Critique] Loving

     Après un dernier long-métrage plutôt décevant, Midnight Special, l'américain Jeff Nichols s'éloigne du cinéma de genre pour s'intéresser à un fait historique autour de la ségrégation raciale aux Etats-unis. De nouveau sur les marches de Cannes en 2016, le cinéaste y présente Loving, histoire d'amour et combat pour l'égalité dans une Amérique des années 60 où certains états tels que la Virginie rejette l'existence d'unions mixtes entre blancs et personnes de couleurs. Malgré un accueil tiède sur la Croisette, le long-métrage a permis à l'actrice Ruth Negga (récemment aperçue dans Preacher) de décrocher une nomination à l'oscar de la meilleure actrice. Il était donc temps de découvrir si Nichols pouvait renouer avec la réussite...

    Bâti comme un biopic mais cette fois consacré au combat juridique - et moral - d'un couple dit "mixte" dans l'Amérique des années soixante, Loving s'intéresse plus précisément à Mildred et Richard Loving qui décidèrent de se marier malgré l'interdiction faîtes à ce genre d'union dans leur état de résidence, la Virginie. Immédiatement arrêtés et mis en accusation, les Loving devront mener un combat éprouvant pour gagner le droit de revenir sur la terre qui les a vu naître. Symbole des lois raciales qui avaient alors encore cours dans certains états, l'affaire Loving contre la Virginie fut l'étape décisive qui décida du droit au couple mixte à exister partout aux Etats-Unis suite au jugement du 12 juin 1967 rendu par la Cour Suprême américaine. Devant ce fait historique archi-connu, Jeff Nichols tente donc de rendre honneur au couple Loving et à son combat.

    Incarnée par Ruth Negga, que l'on sent d'ailleurs très investie dans son rôle et qui fait ici oublier sa prestation douteuse de Preacher, et Joel Edgerton, beaucoup trop monolithique dans son jeu d'acteur quant à lui, le couple Loving a toutes les cartes en mains pour nous émouvoir. Il s'agit tout de même d'une histoire d'amour interdite et tragique dont l'intensité va finir par triompher d'une des lois les plus injustes des Etats-Unis de l'époque. En ajoutant à cela que Jeff Nichols sait d'ordinaire très bien gérer l'intimité de ses personnages et les bouleversements qu'ils affrontent - il suffit de revoir l'excellent Mud ou le chef d'oeuvre Take Shelter pour s'en convaincre -, Loving ne pouvait être qu'un grand film.
    Sauf qu'il ne l'est pas. Loving fait parti de cette malheureusement catégorie de films qui manquent leur objectif. Pour tout dire, Loving s'avère un film raté.

    Parce que là où l'on devrait se retrouver devant une histoire d'amour qui nous prend aux tripes et/ou un combat juridique qui se fait de plus en plus poignant, Nichols choisit la sobriété envers et contre tout. Ce qui dessert totalement son sujet et ses personnages. Jamais le spectateur ne sentira l'intense amour des Loving devant une mise en scène d'une extrême discrétion et des acteurs dont le jeu s'efface totalement. Quand en face American Honey bouillonne d'émotions et brûle d'amour, Loving se révèle un objet filmique élégant mais totalement froid au cheminement balisé et un poil longuet. On assiste à une histoire certes importante au sujet passionnant mais traitée avec une telle distance qu'on ne se sent jamais impliqué. Il faudra attendre les quelques minutes d'écran d'un Michael Shannon toujours aussi génial pour réchauffer un tantinet cet amour devenu de glace. 

    L'échec de Loving est d'autant plus dommage qu'il ne peut pas légitimement être qualifié de mauvais film. Jeff Nichols reste un excellent metteur en scène avec l'élégance qu'on lui connaît, Ruth Negga et Joel Edgerton tente de faire passer ce qu'ils peuvent dans les limites du cadre imposé par le cinéaste...et le sujet surtout reste quelque chose de fort, d'important. C'est juste qu'on ne sentira jamais germer la colère légitime qu'une telle histoire devrait soulever, ni même l'empathie qu'elle devrait susciter. Ajoutons à cela que le film prend un temps fou à aller à son but principal (l'affaire devant la Cour Suprême) et l'on ne peut que constater l'échec de Nichols, cette fois-ci bien plus évident que pour son tiède Midnight Special qui laissait déjà entrevoir nombre des tares de Loving...

    Nouvelle déception, et non des moindres, dans l'oeuvre du jeune réalisateur, Loving prouve que le ton d'un film a une importance cruciale pour son bon fonctionnement. Froid, presque clinique, le long-métrage de Jeff Nichols laisse le spectateur sur le bord du chemin admirant avec respect la tentative mais ne pouvant que constater l’évidence : Loving passe totalement à côté de son sujet.
     

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène :  Michael Shannon qui photographie les Loving

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  • [Critique] Silence

     On ne présente plus Martin Scorsese, réalisateur américain incontournable à la carrière jalonnée de grands films inoubliables. Trois ans après Le Loup de Wall Street, Scorsese revient à un genre plus sage, celui du récit historique. Avec Silence, projet de longue date du cinéaste, il adapte le roman éponyme de Shusaku Endo se déroulant dans le Japon du XVIIème siècle en proie aux persécutions de la minorité chrétienne. Emmené par Andrew Garfield - décidément très en vogue ces derniers temps puisqu'il était également à l'affiche du Hacksaw Ridge de Mel Gibson - et Liam Neeson, Silence se penche sur la question de la foi. Superbement ignoré à la prochaine cérémonie des oscars, le long-métrage n'a pourtant pas à rougir de la concurrence. Sur près de 2h40, Martin Scorsese nous transporte dans le temps pour revivre le chemin de croix du père Sebastião Rodrigues.

    Silence n'a cependant rien d'un film facile, à l'image des souffrances endurées par les chrétiens de cette sombre période. Immédiatement, Scorsese affirme sa maîtrise absolu sur le plan formel par une introduction dans les brumes de toute beauté. La voix-off, omniprésente de bout en bout, nous fait pénétrer dans l'esprit torturé des différents prêtres qui traversent le film. C'est avec le père Ferreira que l'on commence Silence mais c'est rapidement avec le père Rodrigues que l'on continue à explorer ce Japon effrayant. Bien décidé à éradiquer la religion chrétienne de leur île, les autorités japonaises, menées par l'impitoyable inquisiteur Inoue, vont torturer les croyants mais également les prêtes. Leur but est simple : l'apostasie. Réduire au néant le culte chrétien et restaurer la tradition. Au milieu de ce carnage abominable, Les pères Rodrigues et Garupe débarquent du Portugal pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, dont on dit qu'il a apostasié et qu'il vit désormais comme un authentique japonais. Confronté à l'immense souffrance des chrétiens de l'île, Rodrigues et Garupe vont durement éprouvés leur propre foi.

    ...Et le spectateur aussi. Silence n'est pas le Loup de Wall Street. Il n'est pas un film facile d'accès ou même divertissant. Silence est une épopée introspective dans la tête du père Rodrigues. Scorsese livre un métrage à la fois bavard - par l'intermédiaire des voix-off - et taiseux - par l'absence de dialogues entre les personnages à l'écran une bonne partie du temps. Il raconte le chemin de croix à la fois d'une figure christique et d'un avatar de Pierre (qui renia le Christ justement). Le père Rodrigues (et par extension le père Ferreira) synthétise en eux une bonne part de ces deux personnages bibliques et incarnent à eux seuls la souffrance des chrétiens de l'époque mais également le dilemme théologique qu'est celui de renier sa propre foi. Sur près de 2h40, Silence prend donc un temps fou (certainement trop long par ailleurs) pour raconter, en somme, la souffrance morale et physique. 

    Pour se faire, c'est Andrew Garfield qui va tenir le film sur ses épaules. Tout le long-métrage s'intéressant au calvaire enduré par le père Rodrigues, la prestation de Garfield devient dès lors essentiel. Peut-être un peu trop jeune encore pour ce rôle (qu'on aurait en fait bien plus imaginé pour son partenaire sous-exploité à l'écran, l'excellent Adam Driver), l'américain s'en tire plutôt bien parvenant même parfois à susciter de vrais instants d'émotions (on pense à la séquence de la plage ou aux Adieux à Mokichi).A l'instar de ce héros, le film de Scorsese fait souffrir le spectateur. Il est lent, répète sans cesse la torture et la souffrance, et ne semble jamais vouloir dévier de cet axe de réflexion. Pour cause d'ailleurs, puisque tout l'histoire elle-même parle de résilience, de courage et de lutte spirituelle.

    Il faut donc immédiatement avouer que si le sujet ne vous passionne guère de base, Silence sera certainement une épreuve pour vous. Cependant la mise en scène toujours aussi épatante de Scorsese ainsi que sa reconstitution minutieuse du Japon de l'époque forcent le respect. Silence nous embarque dans un autre temps, plus noir, plus désespéré mais aussi, et certainement, plus courageux à bien des égards. Authentique leçon de bravoure et d'abnégation, l'histoire de Silence interroge sur la capacité à croire envers et contre tout, sur la persécution des minorités religieuses dans le monde et sur l'universalité des croyances. Il le fait en exposant des choses horribles mais d'où peut jaillir des éclairs de beauté insoupçonnés, comme ces communautés qui n'ont rien mais qui vivent par leur foi ardente, ou ce père qui va tout sacrifier pour sauver les siens. Silence apporte un message fascinant sur la confrontation à Dieu, sur la recherche de sa voix et la solitude de l'homme. 

    Mais il échoue aussi d'une certaine façon, non seulement dans sa façon abrupte de présenter son sujet - peu nombreux seront les spectateurs à pénétrer l'histoire - mais aussi avec sa profusion de voix-off. Cette dernière reste assez surprenante chez Martin Scorsese qui devrait pourtant être capable de faire passer les émotions de ses personnages ainsi que leurs sentiments sans cette lourdeur didactique parfois lassante. Silence aurait également mérité de franches coupes, ne serait-ce que pour éviter la répétition dont il est victime. Certes le film est à l'image du chemin de croix de son héros mais on l'aurait bien compris au bout de deux heures derrière l'écran. C'est d'autant plus dommage que le long-métrage présente une véritable ambition narrative qui fait du bien, bien davantage en tout cas que le mou et consensuel Sully de Clint Eastwood. 

    Film clivant mais fascinant, Silence permet d'aborder une autre facette de Martin Scorsese tout en réaffirmant le talent de mise en scène extraordinaire de l'américain. Certainement difficile pour le spectateur lambda, le long-métrage n'en reste pas moins une formidable plongée sur les croyances et la capacité à se battre pour sa foi et les siens. Un chemin de croix qui en vaut la peine. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure scène :  L'adieu à Mokichi sous la pluie

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