• [Critique] Qui a peur de la Mort ?

    World Fantasy Award 2011 
    Prix Imaginales 2014 du Meilleur roman étranger traduit

    sa façon, Nnedi Okorafor est victime de la même tragédie que Jeff Vandermeer sous nos latitudes. En 2013, Eclipse, la collection imaginaire de PaniniBooks, est en pleine gloire. La parution en France de Qui a peur de la Mort ?, premier roman adulte de l’américaine d’origine nigériane, lui vaut d’emblée le Prix Imaginales. Salué outre-Atlantique par la critique et couronné par le fameux World Fantasy AwardQui a peur de la Mort ? s’inscrit à la fois dans une veine science-fictive et fantasy, prenant pour cadre une Afrique post-apocalyptique débordant de magie. Malheureusement pour le public français, et malgré un catalogue impressionnant, Eclipse disparaît. Depuis, on attendait avec impatience qu’un courageux éditeur en récupère les droits pour rééditer ce roman de cinq cent pages indisponible depuis des années. Ce sont les éditions ActuSF qui s’y collent avec une nouvelle couverture pour l’occasion (malheureusement nettement inférieure à la sublime illustration de Joey Hifi chez Eclipse) et une nouvelle chance pour les lecteurs français de découvrir cet ouvrage singulier en cours d’adaptation par HBO et George R.R. Martin himself.

    Tout commence par une mort.
    Celui d’un père.
    Et les larmes de sa fille, Onyesonwu. 
    Onyesonwa est une ewu. Une personne née d’un viol de guerre. 
    Dans une Afrique d’après l’apocalypse, la guerre n’en finit pas entre les deux ethnies majoritaires. D’un côté les Nurus, maîtres et tortionnaires, de l’autre les Okekes, condamnés à naître inférieurs comme l’affirme le Grand Livre d’Ani. La mère d’Onyesonwu était Okeke lorsque les Nurus ont attaqué son village et qu’ils y ont sauvagement violé les femmes qui y vivaient. Errant dans le désert, Najiba se refuse à mourir et finit par donner naissance à une fille ewu qu’elle nomme Onyesonwu, Qui a peur de la mort ?. En grandissant, celle-ci comprend qu’elle possède des pouvoirs hors du commun et que son destin sera de sauver son peuple de la barbarie. Une sorcière, une eshu, une ewu.

    Qui a peur de la Mort ? est scindé en trois parties inégales. Les deux premières, plutôt courtes, racontent l’enfance et l’adolescence d’Onyesonwu. La dernière, elle, parlera de son passage à l’âge adulte. Nnedi Okorafor construit son récit sur un schéma des plus classiques : Une élue, un terrible sorcier, une prophétie, une quête sans espoir. Tous les poncifs sont là. Et pourtant…
    Et pourtant, Qui a peur de la Mort ? impressionne dès les premières pages. Le lecteur pénètre dans une Afrique intangible, qui pourrait aussi bien être hier que demain, où les traditions et la magie règnent sans partage. Dans cet univers, la jeune Onyesonwu va découvrir de plein fouet ce qu’est la condition féminine dans une société dominée par l’homme. A peine a-t-on le temps de prendre ses marques que Nnedi Okorafor se risque dans des sujets graves, très graves. Elle nous parle tout d’abord de cette horrible pratique qu’est le viol de guerre. L’américaine n’hésite pas à décrire la chose dans les moindres détails, à mêler l’affectif à l’horreur. A nous terroriser par l’indicible. On reprend une bouffée d’air pour ensuite se pencher vers la place de la femme dans la société africaine. La femme n’est pas aussi forte, pas aussi intelligente que l’homme. Elle doit, par essence, se tenir à l’écart des choses qui ne lui sont pas permises. Mais surtout, la femme, pour rester pure, doit subir le Onzième Rite : l’excision. Cette barbarie ultime que subissent encore des milliers de femmes dans le monde.

    Qui a peur de la Mort ? ne prend pas de gants, n’enjolive pas les choses. Nnedi Okorafor cependant, possède un atout que d’autres auteurs n’ont pas : son origine Nigériane. Ces racines lui permettent d’adopter un point de vue criant de vérité sur les sujets difficiles abordés, sans complaisance, sans langue de bois mais surtout sans les préjugés occidentaux. Elle jette un regard plein de tristesse sur cette barbarie mais explique comment cela peut exister et pourquoi. Elle dit la force de la tradition et des vieux démons. Ainsi, à la douleur se mêle l’espoir. Onyesonwu va vaincre le carcan qui l’entoure et devenir une femme libre, forte et sublime. C’est elle, avant tout autre chose, qui fait la force de ce récit. C’est ce personnage, nuancé et émouvant, qui guide le lecteur dans un monde cruel et impitoyable. Onyesonwu devient une figure féministe et humaniste intemporelle, qui lutte aussi bien pour les femmes que pour les peuples. Elle redonne le plaisir et l’amour d’un même mouvement et Nnedi, malicieusement, en profite pour montrer que le sexe, si salement considéré par nombre de cultures, n’est rien de moins qu’une chose magnifique.

    Le roman, bien que rempli de considérations sur la guerre, s’avère résolument pacifiste. La beauté de cette histoire réside avant tout dans sa capacité à pardonner, à rassembler plutôt qu’à opposer. A tout moment, Nnedi Okorafor reste lucide. Elle ne fait pas le choix stupide de donner le rôle de méchant à une seule ethnie mais montre, avec une justesse salutaire, que le mal engendre le mal. Elle continue, au gré des pages, à discourir sur tous ses maux qui semblent si actuels. Par le personnage de Mwita, elle nous parle des enfants-soldats, ces gamins brisés qui ne seront jamais vraiment vivants. Elle nous parle de l’intolérance et du racisme, quelque soit la couleur de peau. Mais surtout elle nous parle de courage. Le courage de dire non, de changer les choses, enfin.

    Autour de ces nombreuses thématiques, Nnedi Okorafor construit un univers débordant de magies, de légendes africaines et de créatures étranges. L’atmosphère unique de Qui a peur de la Mort ? fait se rencontrer le désert et les petits villages perdus, les champs de blés et les tempêtes de sables. Ainsi, le dépaysement du lecteur est total, le voyage magnifique. Nnedi aime l’Afrique et nous le montre à chaque page, dans une explosion de couleurs et de mystique. La religion, très présente, se confond avec les éléments fantasy. Le Grand Livre d’Ani, rejeton lointain de la Bible, renferme autant de malveillance que de beauté, réécrit sans cesse selon le bon vouloir des hommes. Ce qui est le plus surprenant avec ce roman, c’est qu’à un certain point, il est difficile d’y déceler le côté science-fictif. L’apocalypse a bien eu lieu mais n’est qu’une vague toile de fond entassée tels des écrans d’ordinateurs rouillés dans une caverne oubliée. L’Afrique et le pays décrits pourraient être à notre portée sans que nous le sachions. C’est aussi pour cela que le récit de Nnedi Okorafor marque, par son universalité et son intemporalité.

    Qui a peur de la Mort ? aime avec une force incomparable.
    Nnedi Okorafor parle de l’horreur de la guerre et de la tradition mais sait aussi tirer les plus belles choses de la culture Africaine. Elle donne naissance à Onyesonwu, une figure féminine magnifique, et à un univers singulier, qui nous emmène loin, très loin, dans le pays du sucre de cactus et des mascarades. 
    Un livre qui raconte l’Afrique d’aujourd’hui avec les mots de demain.
    Un Grand livre.

    Note : 9/10

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • [Critique TV] Fargo, Saison 2

     Certainement l'une des meilleurs surprises en termes de séries ces dernières années, Fargo a naturellement été renouvelé pour une seconde saison en 2015. Aux commandes de celle-ci, toujours l'excellent Noah Hawley (Legion) mais un casting totalement différent puisque le show se veut anthologique, chaque saison pouvant être regardée de façon indépendante (même si l'on rate alors quelques clins d’œil). Avec une certaine malice, Hawley focalise son nouveau récit sur le fameux incident de Sioux Falls en 1979, soit vingt-sept ans avant les événements de la première saison, où plusieurs personnages y faisait allusion en passant. Changement d'époque donc également mais toujours cette même partie glaciale des Etats-Unis : le Minnesota. 

     A Luverne, une petite ville sans histoire, Ed Blumquist, un garçon boucher, et sa femme, Peggy luttent avec la banalité étouffante du quotidien. Cette dernière esquive d'ailleurs toutes les discussions tournant autour de l'avenir du couple. Alors qu'elle rentre de son travail, elle percute un homme près d'un restaurant en bord de route. Prise de panique, elle ramène sa voiture et l'homme fiché dans le pare-brise de celle-ci dans son garage. Elle ne sait pas que celui qu'elle vient de renverser n'est autre que Rye Gerhardt, cadet d'une puissance famille mafieuse du coin. Une famille doublement endeuillée suite à l'AVC qui a frappé le chef de famille, Otto. Contrainte de prendre les affaires en main, sa veuve, Floyd , va devoir gérer le conflit larvé entre ses deux autres fils, Dodd et Bear. Sentant les Gerhardt affaiblis, une autre organisation mafieuse de Kansas City approche la famille pour l'incorporer à son business. C'est le début d'une série de catastrophes qui va mettre à mal la quiétude de Luverne et de son shérif, Hank Larsson. 

     Pour ce second round, accrochez-vous.
    Contrairement à la première saison qui présentait avec patience une galerie de personnages farfelus, cette seconde saison nous plonge dans les sales besognes de la famille Gerhardt en les introduisant tous dès le pilot. Heureusement, Hawley est un petit génie de la caractérisation et arrive à incarner chaque individu avec un talent évident. La formule de la première saison ne change guère. Il s'agit toujours d'un dérapage incontrôlé où une minuscule étincelle entraîne des conséquences disproportionnées dans une ville tout à fait banale. Changement notable par rapport à la saison précédente cependant, Fargo mise à fond sur l'effet papillon et explique comment un tout petit incident (en l’occurrence l'accident de Peggy renversant Rye) va mener à une impitoyable guerre entre familles mafieuses rivales. L'absurdité de la chose, délicieuse à souhait, renoue avec le second degré traditionnel de l'univers Fargo.

    Certes, l'humour noir est un peu moins présent dans cette saison. Mais le couple formé par Peggy et Ed se révèle, au fur et à mesure des épisodes, une brillante déconstruction du mythe de la famille américaine tranquille et sans histoire. En disséquant ces deux personnages, Hawley met en évidence la frustration de deux individus qui tentent désespérément de ressembler aux stéréotypes que leur culture leur a inculqué. Ed veut être un bon petit père de famille et tenir un commerce respectable qui lui offrira l'admiration de son épouse, tandis que celle-ci rêve d'être autre chose qu'un simple trophée et rencontre les prémices du féminisme américain par l'intermédiaire d'une amie de travail. Jesse Plemons et Kirsten Dunst, excellent de bout en bout, incarnent à la fois l'Amérique traditionnelle et le renouveau en marche...à la sauce cynique made in Fargo. Au fond, ces deux tourtereaux sont aussi médiocres et pathétiques que les autres habitants qui les entourent, renvoyant en quelque sorte au pathétique personnage de Martin Freeman de la saison précédente. 

    A l'opposé, on trouve la famille Gerhardt qui incarne aussi ce tiraillement entre modernisme et traditionalisme mais par le prisme du grand banditisme cette fois. Les deux frères sont d'autant plus succulents qu'ils sont confrontés à un monde qui finit par les dépasser. Dans cette même optique, Mike Milligan incarne un vent de nouveautés...avant de se rendre compte qu'il est lui aussi tout à fait dépassé. Fargo applique toujours la même formule qui consiste à mixer une galerie de personnages tous plus pathétiques les uns que les autres, et à faire surnager deux figures en son sein. La première est celle de l'électron libre quasiment invincible, assuré cette fois par l'indien Hanzee (et qui en profite pour tailler un costard aux américains qui n'en finissent jamais d'être racistes), un monstre d'efficacité et de violence plus profond qu'il n'y parait de prime abord. La seconde, c'est évidemment celle du flic (ou des flics en l’occurrence) qui ne paie pas de mine mais finit, à force de courage et de détermination, à retirer une once de compréhension dans tout ce chaos. Pour le coup, c'est l'excellent Patrick Wilson qui s'y colle.

    Ce qui change le plus ostensiblement dans cette seconde saison, c'est bien évidemment l'époque. Noah Hawley s'en donne à cœur joie sur le plan du montage et de la mise en scène, retrouvant une ambiance fin seventies plus vraie que nature, mais en n'oubliant jamais de prendre quelques risques (un certain passage de l'épisode 9, totalement WTF). L'atmosphère glaciale du Minnesota est toujours là, enveloppant le tout d'une gangue froide et menaçante. La tension, élément fondamentale pour cette seconde saison, monte graduellement pour finir dans une explosion que l'on attendait de toute façon à tout moment. Hawley maîtrise ses pièces, son rythme, ses personnages et ses thématiques prouvant une nouvelle fois, si cela était encore nécessaire, qu'il a tout compris à l'esprit des frères Coen et de l'illustre film dont la série est elle-même issue. Le résultat, une nouvelle fois passionnant et bourré de cynisme, force le respect.

     Ce nouveau tour de montagnes russes permet à Fargo de prolonger le plaisir. Noah Hawley réunit un nouveau casting de choc pour une intrigue menée tambour battant et qui explore avec cynisme le way of life américain. Plus sanglante et plus dense que la précédente saison, cette seconde fournée d'épisodes ne déçoit jamais. Bien au contraire. 
    Vivement la suite.

     

    Note : 9/10

    Meilleur épisode :   Episode 6 - Le Château

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • [Critique] Memories of Murder

     Nous sommes en 2003. Le cinéma coréen, encore méconnu en France, va connaître un rayonnement mondial grâce à deux petites pépites cinématographiques. La première, c'est Old Boy de Park Chan-Wook qui remportera même le Grand Prix du Jury au festival de Cannes l'année suivante. La seconde est l'oeuvre d'un tout jeune cinéaste nommé Bong Joon-ho : Memories of Murder. Pour ce deuxième long-métrage, le réalisateur coréen porte son dévolu sur la traque d'un serial killer inspiré de faits réels et ayant pris place dans la fin des années 80 en Corée du Sud. Près de 8 ans après le génial Se7en de David Fincher, le long-métrage de Bong Joon-ho tente de donner un souffle nouveau à un genre quelque peu balisé. Le résultat est une surprise colossale.

    Tout commence en Corée du Sud, dans un petit village quelque part en province. Le corps d'une femme est retrouvé ligoté et bâillonné dans un conduit d'évacuation d'eau. L'inspecteur Park Doo-Man et son coéquipier Jo Young-goo sont chargés de l'enquête. Leurs méthodes pour le moins contestables (intimidation, torture, mise en scène, menaces...) finissent par discréditer le travail de la police. Pour en terminer avec cette histoire, Séoul envoie Seo Tae-yoon qui croit pouvoir boucler rapidement l'affaire par des méthodes rigoureuses et scientifiques. Mais les jours passent et les meurtres s'accumulent pendant que le village s’enfonce dans la peur. Voici, peu ou prou, le point de départ de Memories of Murder. A sa lecture, on pourrait prendre le long-métrage de Bong Joon-ho pour une énième variation sur le serial-killer. Il n'en est cependant rien.

    Memories of Murder constitue l'exemple typique du film qui explose totalement les limites de son sujet et devient tout autre chose. Si le récit de Bong Joon-ho est bel et bien celui de la traque d'un serial killer, il est avant tout le portrait minutieux d'une époque et d'un pays : la Corée du Sud des années 80. Le cinéaste tire le portrait d'un petit village rural sans histoire et sans moyen (ou presque) qui voit surgir un tueur en série impitoyable. Le pays, comme la police du coin, n'est alors absolument pas prêt à ce genre de cas. Ainsi, les deux personnages avec lesquels débutent l'histoire, Park Doo-Man - interprété par le génial Song Kan-ho - et Jo Young-goo, sont des flics du passé. Deux doux-idiots qui n'ont de flic que le titre. On pourrait rapidement les taxer de pourris, mais il sont en réalité simplement d'une autre époque, d'un autre paradigme. Celui de la tradition, de l'instinct. Bong Joon-ho les dépeint cependant avec un œil goguenard, malgré leurs violences contre les "suspects". Il n'y a aucune haine dans ce portrait mais simplement un regard humain qui finit par nous attendrir. Car les deux larrons ne sont pas de mauvaises personnes au fond, bien au contraire.

    En face, il introduit Seo Tae-yoon, un jeune premier venu de Séoul aux méthodes résolument modernes. Deux conceptions s'affrontent alors : celle de Park Doo-Man convaincu de pouvoir trouver un coupable en le regardant dans les yeux, et celle de Seo Tae-yoon qui ne jure que par une méthodologie rigoureuse et par la science. Bong Joon-ho, loin de donner raison à l'un ou à l'autre, se contente de les faire rencontrer le mal. Un mal flou, qui glisse entre les mains des deux policiers. C'est à peine si l'on verra une ombre s'emparer de ses victimes. L'une des facettes les plus remarquables de Memories of Murder - et qui prolonge le message de Fincher dans se7en avec son John Doe - c'est le caractère ordinaire du mal. Le meurtrier ne porte rien sur son visage, on ne peut pas lire dans ses yeux ou le démasquer par sa tenue. Il est un monsieur tout-le-monde discret. Ce que viendra d'ailleurs renforcer les dernières paroles de la fillette en fin de métrage. Mais surtout, au-delà de cette histoire de meurtres en série, se cache un tout autre sujet pour Bong Joon-ho.

    Celui de la Corée. Le cinéaste aurait pu, après tout, se contenter d'un film virtuose sur une traque impossible. Mais non. Par ce jeu de pistes épuisant, il dresse le portrait de la Corée, lui donnant non seulement un visage, mais également une saveur. Une certaine quiétude brisée par de soudaines poussées d'horreur. Il nous présente un pays pauvre, archaïque dont la police, reflet direct de cet état, n'a pas les moyens pour lutter contre un véritable criminel. Scènes de crime non respectées, reconstitution lamentable, salle d'interrogatoire minable, locaux ridicules...la Corée, en 1986, est loin d'être le pays moderne que l'on connaît aujourd'hui. C'est aussi un état sous tension, avec des manifestations et des agitations internes... sans compter la menace du grand-frère au Nord, figuré par les multiples exercices qui parsèment le récit. Bong Joon-ho, prenant le prétexte d'un polar, réalise un film-portrait impressionnant.

    Enfin, et c'est un trait récurrent des productions coréennes, Memories of Murder n'est pas un film dramatique ou comique, il est un mélange des deux qui profite de rupture de ton saisissants. Pendant la première partie du métrage, on rit même franchement devant les imbécillités de Park Doo-Man...puis le réalisateur assomme d'un coup avec un meurtre en plein champ, sous la pluie, à l'ombre d'une usine lugubre. Le côté dramatique, noir, du film finira même par prendre le dessus vers sa conclusion, dans une séquence sous la pluie simplement somptueuse à la mise en scène rien de moins que remarquable. Ici, Bong Joon-ho fait se croiser les lignes de pensée des deux inspecteurs pour retourner l'opinion du spectateur. Qui a raison ? Peut-on réellement se fier aveuglément à la science ou doit-on marcher à l'instinct ? La réponse se situe certainement quelque part entre les deux. 

    Pour son second long-métrage, Bong Joon-ho nous offre un chef d'oeuvre. 
    Magistralement mis en scène, multipliant les niveaux de lectures et ne relâchant jamais la pression sur le spectateur, Memories of Murder s'impose comme une référence du genre. Un monument incontournable.

    Note : 10/10

    Meilleure(s) scène(s) : Sous la pluie, devant l'entrée du tunnel

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    1 commentaire
  • [Critique] Invisible Planets : Collected Fiction

    Sommaire :

    Deus Ex Homine
    The Server and the Dragon 
    Tyche and the Ants
    The Haunting of Apollo A7LB
    His Master's Voice
    Elegy for a Young Elk 
    The Jugaad Cathedral 
    Fisher of Men 
    Invisible Planets 
    Ghost Dogs 
    The Viper Blanket 
    Paris, in Love 
    Topsight 
    The Oldest Game 
    Shibuya no Love 
    Satan's Typist 
    Skywalker of Earth
    Neurofiction: Introduction to "Snow White 
    Is Dead"
    Snow White Is Dead 
    Introduction to "Unused Tomorrows and Other Stories"
    Unused Tomorrows and Other Stories 


     En France, la publication de recueil de nouvelles (et même de nouvelles en général) est devenue chose rare. Si l'on excepte Le Bélial, très peu d'éditeurs se risquent à publier des recueil traduits à l'heure actuelle. Il en résulte un vide assez sidérant en terme de textes traduits dans ce format. Un vide que tente de combler des revues comme Galaxies, Bifrost, ou encore l'excellente revue numérique Angle Mort. Cela n'est, évidemment, pas suffisant. Aujourd'hui, nous allons nous pencher sur un auteur Finlandais : Hannu Rajaniemi. A l'exception d'une poignée de personnes, l'écrivain reste peu connu sous nos latitudes. Seul Bragelonne s'est fendu par le passé d'une traduction en français avec son roman Le Voleur quantique (dont on attend la suite dans l'Hexagone...). Côté nouvelles, il n'existe qu'un texte traduit du finlandais : His Master's Voice (La Voix de son Maître) dans la revue numérique Angle Mort N°4. Le présent recueil contient pas moins de dix-huit nouvelles et quelques micro-fictions issues de Twitter. Réédité cette année par Gollancz, Invisible Planets : Collected Fiction constitue une excellente porte d'entrée sur le monde ébouriffant d'Hannu Rajaniemi

    Cet ouvrage de 242 pages peut se subdiviser en deux catégories : les récits de science-fiction et ceux, moins nombreux, de fantasy/fantastique. Rajaniemi aime triturer les fables/contes pour en faire ressortir des histoires souvent cruelles flirtant avec l'horreur. C'est la cas par exemple de The Viper Blanket, où Markku raconte l'inquiétante vie après la mort menée par sa famille et dont les vivants doivent assurer la pérennité. Ce texte résume assez bien les éléments qui habitent les récits fantastique de l'écrivain. On y retrouve des légendes issues du folklore finlandais ainsi qu'une action se déroulant dans les étendues nordiques. Hannu aime retranscrire l'ambiance si particulière des mythes et légendes finlandais donnant de ce fait une saveur exotique à ses écrits fantastiques. On retrouve exactement la même chose dans Fisher of Men où une sirène capture des hommes dans l'attente de retrouver son alliance perdue, ou dans The Oldest Game et son géant des cultures. Ces histoires flirtent tous avec une horreur sourde discrète mais omniprésente. La très courte Satan's Typist en est un parfait exemple et, surtout Ghost Dogs et ses chiens fantômes terrifiants. Cependant, il s'avère tout à fait capable de quitter son pays natal pour jongler avec d'autres destinations comme dans sa courte mais excellente nouvelle Paris, in Love où un touriste finlandais et la ville de Paris tombe, littéralement, amoureux. C'est aussi drôle que surréaliste. Plus généralement, tous les textes d'Hannu, qu'ils soient fantastique ou science-fictifs, sont emprunt d'une certaine mélancolie. Mélancolie d'un monde passé, d'un monde d'avant qui se perd, qu'il s'agisse de vieux contes ou d'univers moins carnassier.

    C'est ici que l'on arrive à la seconde catégorie de nouvelles, celle de science-fiction.
    Et là, Hannu Rajaniemi, mathématicien et physicien, déploie une imagination débridée époustouflante. Pour s'en rendre compte, il faut parler un peu plus avant des nouvelles les plus remarquables du recueil.
    Deux ex Homine et Elegy for a Young Elk prennent place dans le même univers. Elles décrivent toutes deux un monde cyberpunk post-apocalyptique où des IAs ont transformé des personnes (y compris des gamins) en sorte de Dieux destructeurs. Pour contrer la catastrophe, des hommes et femmes ont été changé en véritables anges vengeurs robotiques pour les combattre alors que les villes infectées étaient entourées de pare-feu géants. La peste des dieux a cependant détruit une bonne partie du monde qui reste constamment en lutte. Deux Ex Homine raconte les "retrouvailles" d'un couple victime de cette catastrophe. Aileen fait partie de ces anges robotiques super-puissants qui combattent les dieux-IAs et Jukka, lui, est une ancienne victime de la peste qui a pu être sauvé au prix de la perte totale de sa capacité empathique. Pour y pallier, un symbiote informatique lui traduit les émotions des autres. Elegy for a Young Elk quant à elle nous fait suivre le retour dans une ville perdue de Kosonen. La cité, désormais aux mains d'un enfant contaminé par l'IA, est devenue une chose vivante. Hannu Rajaniemi fait montre d'une imagination proprement stupéfiante et vertigineuse. Le nombre d'idées et concepts contenus dans ces deux textes a de quoi faire pâlir d'envie nombre d'écrivains de science-fiction. Non content d'accoucher d'un monde fascinant tel que celui-ci, il arrive à en tirer une émotion poignante qui tourne autour de la perte et du deuil. Ses personnages ne s'effaçant pas devant la foisonnance de son univers. Une chose assez rare pour être mentionnée.

    Autre nouvelle du même type : His Master's Voice. Ce cousin éloigné de We3 de Grant Morrison nous est narré par un chien super-intelligent qui a décidé, avec son ami chat, de récupérer la tête de son maître punit pour avoir tenté de se dupliquer lui-même dans un monde qui refuse ces pratiques dangereuses. L'histoire, toujours extrêmement inventive, regorge de merveilleuses trouvailles. Elle sous-entend un conflit éthique, verse dans l'onirisme durant les rêves des deux animaux, se fait poétique le temps d'une escapade dans une cité post-humaine...Mais c'est aussi une histoire touchante sur la fidélité et l'amour de deux animaux envers leur maître, leur propre image de Dieu. Hannu Rajaniemi est fasciné par le transhumain et le post-humain, par la singularité et l'hyper-technologie. Mais surtout par ses conséquences sur l'homme et sur son monde. Plutôt critique dans The Jugaad Cathedral (où la société est prisonnière d'une dystopie à la Black Mirror) ou Shibuya No Love (où le principe de l'outil de rencontre est poussé à l'extrême pour notre plus grande horreur), Hannu Rajaniemi ne perd pas non plus sa capacité à rêver. 

    Les nouvelles The Server and the Dragon, Tyche and the Ants et Invisible Planets le prouvent de façon assez magistrale. La première imagine la création d'un univers par le prisme informatique, la seconde mêle fantasy et SF sur la Lune, la dernière...La dernière s'impose comme le chef d'oeuvre du recueil (et lui donne très justement son nom). Dans Invisible Planets, un vaisseau conscient discute avec une partie enfouie de lui-même qu'il lui rappelle par le biais de six descriptions de planètes rencontrées par le passé ce qui fait de lui un vaisseau-ambassadeur. Sur le même schéma que The Bookmaking Habits of Select Species de Ken Liu, Hannu Rajaniemi imagine six planètes et donc six civilisations originales totalement incroyables. La prouesse d'imagination du texte n'a d'égale que sa beauté à la fois picturale mais aussi émotionnelle sur le message de mémoire sous-jacent. Le finlandais sait passer d'un registre à l'autre avec une facilité déconcertante. Une chose que l'on retrouve dans son dernier texte, Skywalker of Earth, qui sent bon la SF old school et qui réjouit à la fois par les trouvailles d'un Hannu Rajaniemi qui se fait clairement plaisir mais aussi par un hommage touchant envers un certain âge d'or de la SF. Reste à dire un mot sur la neurofiction Snow White is Dead qui n'aura forcément pas le même impact que dans sa forme originale mais qui revoit et corrige Blanche-Neige de façon délicieuse. La neurofiction, elle, semble un concept tout à fait passionnant puisqu'il s'agit de faire lire à quelqu'un un texte avec un EEG sur le crâne et de relever ses réactions à la fois vis-à-vis du texte qu'il lit et des images projetées pour choisir les parties suivantes de la nouvelle. Une sorte de livre dont on est le héros dont le choix serait plus ou moins subconscient. Pour clôturer l'ouvrage, Rajaniemi offre des micro-fictions issus de Twitter à la force évocatrice étonnamment forte. Un dernier petit plaisir pour la route en somme.

     SI la partie fantastique du recueil s'avère plus conventionnelle malgré son folklore finlandais dépaysant, c'est bien les textes science-fictifs d'Invisible Planets : Collected Fiction qui constitue la principale attraction de l'ouvrage. Hannu Rajaniemi est un auteur débordant d'inventivité, un créateur de mondes stupéfiant et, pour ne rien gâcher, un écrivain sensible qui n'oublie jamais l'humanité de ses personnages. Une excellente découverte.

    Note : 9/10


    Classement des nouvelles :

    5/5

    Invisible Planets
    Deus Ex Homine
    Elegy for a Young Elk 
    His Master's Voice
    Shibuya no Love
    Tyche and the Ants

    4/5

    The Server and the Dragon
    The Jugaad Cathedral 
    The Viper Blanket 
    Snow White Is Dead 
    Skywalker of Earth

    3/5

    Ghost Dogs 
    Paris, in Love
    The Haunting of Apollo A7LB
    Fisher of Men
    Satan's Typist 
    The Oldest Game


    2/5 

    Topsight

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • [Critique] Valerian et la Cité des milles planètes

     Classique de la bande-dessinée de science-fiction, Valerian et Laureline est l'oeuvre de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Avec vingt-trois albums publiés depuis 1967, il s'agit d'une saga culte pour de nombreux lecteurs. Luc Besson, réalisateur de Léon et du Cinquième Élément, en acquiert les droits en 2015 pour l'adapter sur grand écran sous le titre de Valerian et la Cité des mille planètes. Blockbuster de 180 millions de dollars (!!), il emmène à son bord un couple de jeunes premiers : Dane DeHaan (Chronicle, The Amazing Spider-Man 2...) et Cara Delevingne (la chanteuse et mannequin que l'on avait déjà aperçu dans Suicide Squad). Véritable crash au box-office américain, le film a également été étrillé par la critique US malgré l'énorme succès du précédent métrage de Besson, Lucy, outre-Atlantique. Que vaut réellement cette super-production à la française ?

    Clarifions d'abord les choses. Valerian est un film de science-fiction d'un sous-type particulier : le space-opera. Il s'inscrit dans le même registre que Star Wars ou Les Chroniques de Riddick. C'est aussi, et surtout, un blockbuster dans la droite lignée des productions hollywoodiennes. Dernière chose, Valerian est mis en scène ET écrit par Luc Besson lui-même. Le (très) gros problème, c'est que Besson n'a plus rien réalisé de bien depuis 1997 (Le Cinquième Élément justement) si l'on excepte son biopic correct (mais très académique) intitulé The Lady. Valerian, c'est donc du quitte ou double. On y entre pourtant avec un enthousiasme non dissimulé car Besson plonge tête la première dans le space-opera et la SF comme il ne l'avait pas fait depuis Le Cinquième Element.

    La première partie du film fait d'ailleurs immensément plaisir. Simplement parce qu'elle renoue avec une folie visuelle et créative qui réjouit. La multiplicité des races extra-terrestres à l'écran, les nombreuses trouvailles de mise en scène (le marché invisible, simplement fantastique) et un sense-of-wonder délicieux. Nous sommes bel et bien dans un space-opera ambitieux...sur le plan visuel. Besson renoue avec la foisonnance du Cinquième Élément ainsi qu'avec son extravagance en termes de costumes et de xénomorphes. C'est fou, c'est bon, et ça fait du bien. Les effets spéciaux (globalement excellent malgré quelques incrustations perfectibles) clouent le spectateur à son siège dès l'introduction sublime sur la planète des Pearls. Arrive ensuite nos deux héros, Laureline et Valerian qui vont dès lors enchaîner courses-poursuites et scènes d'action brillamment mises en scènes. Puis, une fois ces premiers sommets passés, le film se recentre sur la fameuse Cité des mille planètes pour installer son intrigue. C'est là que tout dérape.

    A partir de ce moment, la brèche dans la coque du vaisseau Valerian apparaît très clairement : le scénario. Non seulement on ressent de désagréables sensations de déjà-vu avec le Cinquième Élément (un duo de héros en fuite perpétuelle, une danse mémorable au 2/3 du film, une menace de fin du monde...) mais, surtout, celui-ci s'avère simpliste. Trop simpliste. Pour n'importe quel amateur de science-fiction et/ou de cinéma, l'intrigue sera cousue de fil blanc avec des twists qui n'en sont absolument pas. En réalité, Besson est tellement préoccupé par l'esthétisme de son film (sur lequel il n'y a franchement rien à redire) qu'il en oublie ses personnages et le fond de son aventure. Laureline et Valériane par exemple, sont tellement clichés que cela en devient ridicule. Le fil rouge de leur intrigue : "Tu vas m'épouser ou pas ?". Mais...franchement... Les deux acteurs n'ont aucune profondeur. Ajoutez à cela une Cara Delevingne médiocre (cette pseudo-actrice ne sait définitivement pas jouer !) et vous obtenez une immense déception narrative. En face, le grand méchant de service joué par un Clive Owen totalement sous-exploité (souvenez de son excellence dans Les Fils de l'homme et The Knick) se révèle du même tonneau. Il est méchant, très méchant, et encore un peu méchant derrière. Il n'y a aucun début de nuance. 

    On pourrait espérer quelques originalités dans la course de l'intrigue elle-même mais...non. Valerian, c'est du rollercoaster. Un enchaînement de séquences visuellement bluffantes (et qui permettent de maintenir l'attention du spectateur sur plus de 2h de film) mais cruellement vides. Pire encore, aucune émotion ne se dégage, l'alchimie qu'on trouvait entre les protagonistes du Cinquième Élément ne marche pas ici. La faute également à un trop plein de caméos où l'on voit défiler Alain Chabat, Matthieu Kassovitz, Ethan Hawke ou encore...Rihanna. Le cas de cette dernière est d'ailleurs surprenant. Profitant d'une excellente séquence d'introduction, elle se révèle en vérité être un joli personnage en plus d'une actrice tout à fait respectable. Elle ne dénote cependant pas dans la narration de Besson en finissant expédiée pour ne pas perdre le rythme. La dernière partie, une fois que l'on a déjà largement tout deviné de l'intrigue, nous dévoile une longue et pesante explication du comment et pourquoi de l'histoire. Luc Besson prend par la main son spectateur si jamais celui-ci aurait été trop stupide pour avoir tout compris lui-même. On assiste, désabusé, à un long résumé de l'intrigue par Valerian...digne d'un épisode de série policière cheap. On se demande pourquoi Besson en arrive là...

     Valerian et la Cité des mille planètes n'est pas le mauvais film qu'on dit mais n'est pas non plus la réussite que claironne certains. Luc Besson reste un brillant réalisateur capable de nous scotcher dans un univers de SF foisonnant et ultra-généreux. Il reste aussi un pitoyable scénariste qui déroule une intrigue insignifiante et ébauche des personnages creux. A l'heure où des blockbusters comme War of The Planet of the Apes et Baby Driver tirent le meilleur de ce type de super-productions que l'on pensait définitivement inintéressantes, Valerian fait fausse-route. 
    Une magnifique coquille vide en somme.

     

    Note : 6.5/10

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • [Critique] La Porte des Enfers

     Cinquième roman de l'écrivain français Laurent Gaudé, La Porte des Enfers revient dans le sud de l'Italie (une région qu'affectionne tout particulièrement l'auteur puisque Le Soleil des Scorta s'y déroulait également) et renoue avec un genre qu'il avait un peu délaissé : le fantastique. La Porte des Enfers nous emmène en effet dans un monde où la vie après la mort existe et, plus particulièrement, les Enfers (au sens grec du terme, c'est à dire sans jugement de valeur associé). On y suit trois personnages principaux : Matteo De Nittis, le père d'un garçon de six ans, Pippo, tué pendant une fusillade de la mafia; Giuliana, son épouse; et bien sûr Pippo lui-même...mais à l'âge adulte. On pourrait scinder le roman en deux fils conducteurs : celui de Pippo cherchant vengeance, et celui de ses parents, pleurant la mort de leur fils et cherchant à la surmonter. 

    Comme il en a l'habitude, Gaudé mêle un fantastique discret avec une réalité poignante. Toujours formidablement sensible dans sa description de l'Italie, l'écrivain français retrouve la beauté lyrique du Soleil des Scorta. Le lieu et l'époque ne sont pas exactement les mêmes, mais l'amour de l'auteur pour ce pays transparaît à chaque page. A partir de ce background, il construit des personnages superbes comme il en a le secret. Il est d'ailleurs étonnant que le père pourtant mis en avant plus précocement, devienne moins fascinant que la figure maternelle, cette fois-ci plus complexe, plus touchante. A nouveau, ce sont les rapports familiaux qui intéressent Laurent Gaudé. La relation entre un père et son fils, entre une mère et son enfant. Il y a dans La Porte des Enfers toute la douleur du deuil, de la perte. Comment accepter l'inacceptable, la mort d'un enfant...? 

    A cette question, Laurent Gaudé tente de donner deux réponses : le refus violent de la mère, la tristesse insondable du père. Deux façons de réagir avec leur bons et leurs mauvais côtés. La justesse de l'approche, aussi douce que cruelle, permet d'expliquer le sentiment d'injustice ressenti avec le style poétique de Laurent Gaudé, un style qui n'a plus grand chose à prouver. Il reste pourtant qu'à un certain point, l'écrivain nous livre une descente aux Enfers, littéralement. C'est un peu la faiblesse du roman. Contrairement à l'homme-cochon de Cris ou aux peuplades de La Mort du Roi Tsongor, les Enfers de Laurent Gaudé manquent de caractère. On ne retrouve pas l'imagination flamboyante qu'on lui a connu par le passé et l'on se rend vite compte que c'est le reste qui fait la qualité du récit.

    Le reste, ce sont les personnages de parias qui rejoignent Matteo, une galerie hétéroclite mais magnifique où l'humanité vibre à travers des gens à la moralité parfois douteuse. On y retrouve un prêtre assiégé par l'Eglise, un travesti qui cherche la beauté de son existence, un professeur sulfureux qui en sait long sur les mythes...Bref, une galerie superbe qui touche profondément dans les fêlures nombreuses qu'elle laisse apparaître, et qui contraste avec la grandeur d'âme dont elle fait preuve pour aider Pippo. La recherche d'une humanité oubliée de la part de Gaudé touche bien plus profondément que la superficialité de son monde souterrain. Vient ensuite une dernière thématique, celle du pardon, qui réunit Pippo et sa mère, qui réconciliera la mémoire du père et de l'épouse. Les dernières pages, sublimes, achèvent ce court récit en faisant oublier les quelques faiblesses du registre fantastique pur.

     Même si l'on ne retrouve pas la créativité de La Mort du Roi Tsongor ni la beauté enivrante des Pouilles du Soleil des Scorta, La Porte des Enfers reste un très beau roman sur le deuil, la mort, la vengeance et le pardon. Laurent Gaudé extirpe l'humanité des recoins les plus inattendus de Naples pour livrer un tableau humain touchant. 

     

    Note : 8/10

    - Critique de Cris de Laurent Gaudé
    - Critique de La Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé
    - Critique du Soleil des Scorta de Laurent Gaudé

    Disponible également en grand format chez Actes Sud :

    [Critique] La Porte des Enfers

     

     

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • [Critique] Love Hunters

     Les publicitaires français n'en finissent pas d'ébahir par leur bêtise. Cette fois, c'est le premier film de l'australien Ben Young qui en subit les conséquences. A l'origine intitulé Hounds of Love, le métrage devient Love Hunters sous nos latitudes. Encore une fois, ça n'a aucun intérêt. Pourquoi remplacer un titre anglais par un autre ? Quitte à supposer que le public français est débile, autant le traduire...Mais passons. Inconnu jusqu'ici, Ben Young se risque sur un sujet archi-rebattu : celui du serial-killer, et, plus précisément, le couple serial-killer. Avec un casting peu connu, le réalisateur nous livre un thriller qui flirte constamment avec l'indicible dans la droite lignée des Crimes de Snowtown de Justin Kurzel ou de The Loved Ones de Sean Byrne. Deux films sur des serial-killers à l’atmosphère pesante. Deux films australiens là-aussi. Le pays des kangourous serait-il devenu le nouvel eldorado du thriller malsain ?

    Il semblerait bien...
    Ben Young pose une intrigue simple et, apparemment déjà vue : des jeunes filles sont enlevées par un couple de serial-killer particulièrement sadique. Le métrage s'intéresse plus particulièrement à l'une d'entre elle, Evelyn, et à son calvaire entre les mains de Vicki et John. Si la trame semble écrite par avance au vu de ce postulat de départ, Young a beaucoup d'arguments à faire valoir pour différencier son oeuvre du tout-venant. A commencer par son environnement et sa mise en scène. L'histoire se déroule dans une banlieue pavillonnaire australienne - comme Les Crimes de Snowtown - et utilise la forte identité visuelle de ce lieu pour établir un contraste avec ce qui se déroule à l'abri des regards. Dès les premiers instants, le cinéaste utilise des ralentis pour évoquer la langueur et la tranquillité de la banlieue australienne. Puis, il nous transporte dans la maison de Vicki et John pour casser cette image. L'effet, très similaire à celui de Snowtown, possède des avantages évidents. L'atmosphère,elle, est complétée par une mise en scène sobre, volontairement assombrie par des couleurs délavées, fades. 

    Hounds of Love évite la case du simple film de torture-porn en évoquant plutôt qu'en montrant. Il se plaît à laisser imaginer le spectateur une fois la porte close et les cris devenus insupportables. Fonctionnant à moitié en huit-clos asphyxiant, le récit laisse toute latitude à son trio d'acteurs extrêmement bien dirigé. Emma Booth et Ashleigh Cummings sidèrent par l'intensité de leur jeu tandis que Stephen Curry compose un monstre plus vrai que nature. Derrière ce banal enlèvement se cache aussi tout un jeu sur la dépendance sentimentale. La relation dysfonctionelle (et c'est peu de le dire) entre Vicki et John alterne des scènes hautement dérangeantes (la fellation devant Evelyn attachée au lit) et les moments de doutes viscéraux. Au fond, qui est le plus monstrueux ? Sans dédouaner un instant, le film montre comment la dépendance peut pousser aux pires choses. 

    Enfin, le dernier élément qui fait la force de Hounds of Love, c'est l'indifférence. L'indifférence des policiers blasés, l'indifférence des voisins qui ne cherchent pas à comprendre (ou qui ne le veulent pas), l'indifférence des autres habitants (personne, à part les parents, ne cherche toutes ces gamines disparues). Derrière cette torture psychologique autant que physique se cache l'indicible banalité. Dans cette petite banlieue où le temps semble ralentir, l'horreur s'enracine sans que personne n'y prenne réellement garde. En dehors de leur petit chez-eux, le couple monstrueux devient tristement banal dans une société qui s'en fout. On peut crier devant la porte d'à côté en cherchant sa fille, il est préférable de rentrer dans sa propre baraque pour ne plus l'entendre. Sous ses allures innocentes, Hounds of Love, comme Se7en, met le doigts sur l'individualisme de la société moderne. 

     Thriller tendu et intelligent, Love Hunters offre une vision lugubre de la banlieue australienne. Grâce à un trio d'acteurs excellemment dirigés et une mise en scène inspirée, Ben Young entre dans la cours des grands.
    Voilà un cinéaste que l'on suivra avec attention à l'avenir.

     

    Note : 8.5/10

     

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • [Critique] Baby Driver

     Il est très drôle de voir que Baby Driver est considéré en France comme un ersatz de Fast and Furious par une partie des spectateurs. On peut arguer que la bande-annonce ne vend pas le film autrement, certes. Le problème, c'est qu'il s'agit d'une erreur d'appréciation monumentale.
    Baby Driver est un film avec des courses-poursuites en voiture (et à pied), des braquages, des gangsters et même une histoire d'amour. Mais Baby Driver est, surtout, avant tout, le dernier film du génial Edgar Wright. Ce qui fait toute la différence !
    Pour les trois du fond qui ne sauraient pas qui est Edgar Wright, il s'agit du réalisateur britannique qui se cache derrière la déjà-culte trilogie Cornetto - Shaun of The Dead, Hot Fuzz, The World's End - et, plus récemment, du trip-geek Scott Pilgrim. Penser qu'un type qui a quitté la réalisation d'Ant-Man car il ne pouvait pas faire ce qu'il désirait va nous pondre une copie de film d'action au rabais est un non-sens absolu. Littéralement acclamé outre-Atlantique par la presse et par le public, Baby Driver débarque sur nos écrans avec un casting ultra-excitant. Faites chauffer l'Ipod.

    Wright reprend pour son nouveau long-métrage l'idée qu'il avait eu lors de la réalisation du clip Blue Song où un conducteur attendait en musique pendant que le reste de l'équipe allait faire un braquage. Sauf que cette fois, il s'agit d'un film de près de deux heures. 
    Baby Driver s'ouvre exactement de la même façon et se prolonge par une première course-poursuite impressionnante (autant par sa maîtrise que par sa créativité). Baby est conducteur pour des braquages. Il s'intègre aux équipes recrutées par Doc, criminel notoire qui s'est fait une spécialité de ce genre d'opérations. Baby n'est pourtant pas un criminel. Piégé par Doc, il réalise depuis des casses pour rembourser sa dette. Il est d'ailleurs le seul élément fixe dans les équipes concoctées par Doc. La raison en est simple : Baby est un dieu de la conduite, un artiste de l'asphalte. Taciturne, il ne quitte jamais ses lunettes de soleil et...surtout...ses écouteurs. Atteint d'acouphènes, il surpasse ce handicap par l'écoute quasi-continue de musiques, ce qui lui donne parfois des allures d'attardés. Mais Baby n'est pas lent. Pas lent du tout...

    ...Et le film de Wright non plus.
    Dans la droite lignée de ces précédentes œuvres, Baby Driver est un délice de références et de mise en scène. En fait, Wright a une idée géniale qui sous-tend tout son film : la musique ! Baby passe son temps avec des écouteurs dans les oreilles et vit au rythme de la musique. Le réalisateur britannique tente de fairefonctionner son film avec la même logique, de la cheviller dans le corps de son histoire elle-même. La mise en scène épouse donc parfaitement la bande originale, les deux devenant instantanément indissociables. Et quelle BO !!!! Les Beach Boys, Queen, Blur, T.Rex, la compilation réunit par Steven Price et Edgar Wright démonte. Ce qui impressionne pourtant le plus, c'est la parfaite harmonie entre le rythme musical et celui de la mise en scène nerveuse, dynamique et ultra-inventive de l'anglais. On le savait depuis Shaund of The Dead, mais Wright prouve à nouveau qu'il est un réalisateur salement doué. C'est pop, c'est cool, c'est fou. Bref, c'est génial.

    Derrière se cache une histoire de braquage pas forcément des plus originales mais qui joue avec un second degré délicieux (il fallait oser la réplique de Monstres et Cie), bardée de références cinématographiques plus ou moins évidentes, et avec une galerie de personnages extrêmement réussies. Non pas que ceux-ci soient d'une immense profondeur (excepté peut-être Baby lui-même) mais ils ont une âme, et existent dès leur première seconde à l'écran. On se souvient de chacun d'entre eux à la fin de la séance d'une part parce qu'ils bénéficient d'une identité visuelle forte (la palme à Bats alias Jamie Foxx) mais aussi grâce aux acteurs derrière qui s'en donnent à cœur joie (notamment un Jon Hamm succulent). Wright arrive une nouvelle fois à reprendre un genre archi-balisé pour en faire une séance de montagnes russes ultra-efficaces, inspirée et, pour tout dire, extrêmement jouissives. Baby Driver est un film généreux, riche, il arrive à passer de l'émotion aux rires en quelques minutes. Mais mieux que cela, Baby Driver démontre que le blockbuster intelligent est possible.

    Comme La Planète des Singes : Suprématie, Baby Driver ne prend pas son spectateur pour un imbécile. Il est fonctionnel, convenu dans le déroulement de son intrigue de fond, mais il sublime ce qui aurait pu être un banal Fast and Furious bis par une réalisation incroyablement géniale. Il faut insister sur ce point, la caméra de Wright est d'une fluidité exemplaire, capte la vivacité de l'action comme aucune autre, et se marrie à la perfection avec la bande-originale. On pouvait craindre la prestation d'Ansel Elgort qui aurait du, en toute logique, faire Ryan Gosling du pauvre, mais ce n'est jamais le cas. Parce que son personnage est bien écrit, touchant, loin des canons habituels et qu'en plus, Edgar possède cette touche fun qui fait tout passer comme une lettre à la poste. Le résultat impressionne de bout en bout, rien n'est innocent dans le métrage, chaque objet, chaque élément a son utilité pour offrir un tableau d'ensemble d'une remarquable maîtrise.

     Bien que moins personnel dans un sens que sa trilogie culte, Baby Driver s'affirme comme un excellent moment de cinéma. Un blockbuster qui brûle l’asphalte avec une âme, avec des idées, avec de l'intelligence à tous les niveaux. Edgar Wright n'est pas un yes-man, mais bien un auteur pop remarquable, la preuve en images...et en musique !

     

    Note : 9/10

    Meilleure(s) scène(s) : La course-poursuite à pied

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • [Critique] Spider-Man : Homecoming

     Spider-Man au cinéma, c’est un peu les montagnes russes.
    A l’origine, les deux premiers films de Sam Raimi avec Tobey Maguire avaient mis la barre très haut. Le réalisateur américain trouvait le ton exact pour retranscrire le super-héros sur grand écran et livrait, dans le même temps, des vilains extrêmement réussis (le Docteur Octopus restant à ce jour l’un des tous meilleurs).
    Seulement, un jour - quand les majors se sont aperçus que le super-héros faisait recette au box-office - l’Araignée a commencé à chuter. Il y eut d’abord le troisième volet de Raimi avec l’obligation d’inclure Venom…qui se révéla une catastrophe...puis Sony reboota la franchise avec Marc Webb. En soi, Webb n’était pas un mauvais réalisateur puisqu’il venait de réaliser un excellent film indépendant – 500 days of Summer – mais il n’était certainement pas prêt à faire face aux exigences de Sony. Le résultat ? Deux nouveaux films où Tobey Maguire laisse sa place à Andrew Garfield (énorme miscast) dans un univers qui se voudrait plus proche de la version Ultimate des comics. Le problème…c’est que c’est nul. Il n’y a quasiment rien à sauver de ces deux métrages si ce n’est la musique du second volet. Le reste, TOUT le reste est une catastrophe…jusqu’à la mort de Gwen Stacy, véritable outrage cinématographique d’une scène culte du comic book original.

    Après l’échec artistique d’Amazing Spider-Man, Sony conclut un arrangement avec Marvel Studios pour faire apparaître Spider-Man dans le cross-over Captain America : Civil War. On y découvre avec bonheur un jeune Spider-Man incarné par un Tom Holland rafraîchissant et attachant. Pour peu, il constituerait presque le meilleur moment du film ! Fort du succès de ce « caméo », Sony et Marvel se mettent d’accord pour s’associer, donnant naissance à une nouvelle trilogie Spider-Man dans la continuité de l’univers Marvel au cinéma. Le résultat de cette collaboration arrive en 2017 sur les écrans sous le nom de Spider-Man : Homecoming rajeunissant la franchise et ses héros tout en tentant d’inclure l’Homme-Araignée dans le Marvel Universe.

    Tout le problème de Spider-Man : Homecoming se situe dans le choix de son réalisateur et dans la direction imposée au Marvel Universe par Kevin Feige. Depuis un certain nombre de films, Feige est devenu le chef d’orchestre des films Marvel au cinéma et applique, il faut l’avouer, une recette. Celle-ci est assez simple : recruter des réalisateurs sans patte particulière pour avoir le contrôle sur le métrage. Ceci a deux conséquences : les films Marvel sont devenus des divertissements relativement efficaces mais sans caractère, et ils cartonnent au box-office. Du coup, pour Spider-Man : Homecoming, c’est le réalisateur Jon Watts qui a été choisi pour s’occuper de Peter Parker. Un cinéaste qui n’a…quasiment rien fait dans sa carrière jusque-là…. On est très loin d’un Edgar Wright (mis à la porte d’Ant-Man) ou d’un Shane Black (débarqué après Iron Man 3). Ce qui fait que Spider-Man : Homecoming a tendance à avoir les mêmes défauts et qualités que les derniers Marvel.

    Le bon côté des choses, c’est que le métrage redore le blason terriblement terni du super-héros par les deux infâmes bouses de Marc Webb. Tom Holland, bien plus crédible et attachant qu’Andrew Garfield, incarne un Spider-Man jeune qui doit encore gérer le lycée et ses amis. L’acteur britannique s’avère à la hauteur, émouvant même parfois. Homecoming a la (très) bonne idée de ne pas nous refaire une origin-story (parce qu’on en a un peu ras-le-bol de voir ce genre de choses à l’écran) mais de continuer l’arc narratif aperçu dans Civil War. Spider-Man troque son oncle Ben contre un Tony Stark très efficace dans le rôle du « père » de substitution permettant en même temps au Tisseur de s’intégrer parfaitement dans la continuité de l’univers Marvel. C’est certainement d’ailleurs la plus grosse réussite du film.

    Chargé en humour (heureusement assez agréable), Homecoming renoue avec une certaine légèreté qu’on avait pas vu depuis quelque temps dans l’univers Marvel. De même, en tenant son postulat de base, le métrage laisse Peter Parker au lycée en ne tentant pas vainement de le faire sortir par quelque astuce que ce soit. Un choix audacieux (certainement le seul du film en fait) mais qui paye. On lui reprochera juste de fatiguer sur la durée. Non, les véritables problèmes de Spider-Man : Homecoming sont ailleurs…dans la recette Marvel made in Kevin Feige. Il s’agit en effet d’un divertissement pur et dur. Vous n’aurez finalement aucun véritable sous-texte fort. Les quelques thématiques intéressantes étant balayées en quelques scènes. Ce qui handicape vraiment cet opus, comme dans tous les Marvel ou presque, reste bien sûr son méchant.

    Pour cette fois, c’est Le Vautour qui passe à la moulinette cinématographique sous les traits du génial Michael Keaton. Et c’est un échec total. Non pas que Keaton soit un mauvais acteur, c’est tout le contraire et son jeu ici reste même très correct…mais il est totalement sous-exploité. La définition du méchant (et donc le principal antagoniste du film, un moteur primordial pour le héros) repose sur cinq minutes pré-générique ultra-rapides, quelques scénettes où le Vautour se montre méchant puis à une rencontre finale où la seule chose intéressante est balancée en une phrase (la parenté entre Tony Stark et le Vautour) avant que les deux ne se tapent dessus. C’est bien simple, Le Vautour s’oublie aussitôt le film terminé. Il n’a aucune saveur. Spider-Man : Homecoming n’a donc du fait aucune gravitas. Tous les autres éléments de l’histoire déçoivent (l’amourette de Peter, la difficile conciliation de sa vie de lycéen et de super-héros)…tout ça a déjà été vu ailleurs et en largement meilleur.

    Au contraire d’un Batman vs Superman, Homecoming n’a aucun caractère dans sa mise en scène non plus. Il n’icônise plus son héros (comme le faisait si bien les deux premiers volets de Sam Raimi), et manque simplement de scènes fortes. La séquence la plus impressionnante – celle du ferry – s’avère un pétard mouillé. Non pas qu’elle soit mauvaise en elle-même mais elle a déjà été vu ailleurs (Spider-Man 2). Elle manque surtout d’une chose essentielle : elle manque d’intensité dramatique ! Une chose que ne maîtrise absolument pas Jon Watts. Le ferry pourrait couler…on n’en aurait rien à faire contrairement à la magnifique scène de sauvetage du métro de Spider-Man 2 de Sam Raimi.

     Spider-Man : Homecoming a beau remonter la pente après les catastrophiques Amazing Spider-Man, il n’en reste pas moins un blockbuster calibré made in Marvel. En s’obstinant à prendre des réalisateurs insipides, Marvel Studios s’enferme dans une recette de divertissement qui lasse petit à petit. Le film de Jon Watts n’est que cela, un petit divertissement agréable mais qui ne laissera rien derrière lui.

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) : L'invitation à joindre les Avengers

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    1 commentaire
  • [Spécial] Que lire en vacances ?

    Chaque année, pour les vacances, c'est la même question : Que va-t-on faire des gosses ?

    Euh non...attendez.

    On recommence : chaque année, c'est la même question : que va-t-on lire sur la plage (ou à la montagne ou dans le RER si on a vraiment pas de chance) ?

    Pour la première fois, Just A Word va vous proposer une série de livres à lire selon ce dont vous avez envie. Parce qu'en été, même s'il faut programmer ses randos et trouver ses auberges de jeunesse (ou programmer sa croisière et réserver son caviar pour les riches), il faut bien avouer qu'on ne peut pas toujours crapahuter partout, subir les chamailleries des gamins, sortir sa femme sans laisse ou traîner son homme fainéant derrière soi. Il faut encore pouvoir s'échapper, et on n'a encore rien inventé de mieux que les livres (ou les liseuses pour les personnes qui n'ont aucun goût et sont voués à Satan) pour ça.
    Bref, avec un ton plus décontracté et acide que d'habitude, voici ce que l'on vous conseille pour avoir, quand même, des vacances réussies.

    [Ceux qui n'ont pas de vacances, c'est dommage, on vous enverra une carte postale, cassez-vous]


    I - J'ai envie d'un page-turner (rien à voir avec Tina, mais je veux vraiment lire un truc qu'on ne lâche pas)

    Dans ce cas, on vous conseille Drone Land. Pas seulement parce que c'est un livre de SF-polar qui déchire sa race ou parce que les hollandais sont sous l'eau mais aussi (et surtout) parce qu'une fois pris dans l'intrigue de Tom Hillenbrand, on ne décroche pas. Pour parfaire cet aspect page-turner, Drone Land peut compter sur un background géo-politique aux petits oignons ainsi qu'un monde science-fictif qui fait passer Minority Report pour un épisode de Oui-Oui (veut pas qu'on le mette en taule avant qu'il ait tué quelqu'un, un volume vachement dur à trouver dans le commerce)

    Critique de Drone Land


     

     

    II - J'ai envie d'un truc qui fait peur (parce que ma belle-mère ne suffit pas)

    Alors là, pas de problème, jetez-vous sur Troupe 52 de Nick Cutter. Cette histoire de scouts piégés sur une île avec un parasite dégueulasse va vous donner moins envie de manger de la viande mal cuite cet été. Rajoutez à cela un côté page-turner bienvenu, et une propension à disséquer l'inhumanité des gosses qui parsèment le récit...et vous obtenez un mélange détonnant ! Faudra juste pas vomir dans la piscine ou sur le tartare de madame au resto.

    Critique de Troupe 52



    III - J'aime la fantasy, les celtes et les vikings

    Déjà, c'est pas la même chose les celtes et les vikings. Mais on s'en fout, nan ?
    Alors, si vous aimez les légendes, partez dans du traditionnel avec La Mythologie Viking de Neil Gaiman. Ce faux-roman mais vrai recueil de nouvelles brosse simplement tout ce qu'il faut savoir sur les loubards du Nord. On y apprend que Thor a été un travesti, et que Loki a déjà donné dans la zoophilie. C'est donc forcément un bon moment !

    Critique La Mythologie Viking



    Par contre, si vous voulez quelque chose de vraiment travaillé dans l'écriture et véritablement original, lâchez-tout (sauf le gosse) et embarquez dans la suite des aventures de Bellovèse. Le sieur Jaworski n'en finit pas de saucissonner sa saga phare mais le bougre en a sous le coude. Même pas Mort et les deux volumes de Chasse Royale devraient vous occuper pleinement et vous emmenez dans une Gaule celtique délicieuse. En plus, vous permettrez aux Moutons Électriques de s'offrir une seconde villa ! Si c'est pas beau...

    - Critique Rois du Monde, Première branche : Même pas Mort
    - Critique Rois du Monde, Deuxième branche : Chasse Royale I
    - Critique Rois du Monde, Deuxième branche : Chasse Royale II





    IV - J'aime la Science-fiction pure et dure (et je sais pas lire en anglais parce que je suis français)

    Stop !!!!
    Tu aime la SF ? Mais t'es pas un peu gamin pour aimer la SF toi ? Nan ? Pfiou, Pfiou, les tirs de lasers c'est ça ? Et puis des robots aussi, nan ?
    Ça tombe bien, Romain Lucazeau investit dans la SF, le space-opera et le robot. Bon, va falloir embarquer encore une fois plusieurs livres (2 en fait) mais au moins là, tu vas pouvoir dire que tu as lu le Prix de l'Imaginaire 2017 (même si tout le monde s'en fout et que le prix est truqué). Une saga ambitieuse, métaphysique (prends le dico ouiais....) et fichtrement intelligente...que demander de plus ? (Mary Elizabeth Winstead ? Oui, certes).

    - Critique de Latium, Tome 1
    - Critique de Latium, Tome 2

      


    V - J'aime la science-fiction pure et dure (et je sais lire en anglais pour me la jouer)

    Pas de problème alors, un seul livre dans ta valise : The Thing Itself. Non seulement c'est le haut du panier de la SF mais on y apprend aussi la pensée Kantienne appliquée au Paradoxe de Fermi et aux IAs. Ça fait envie ? Non ? En tout cas, c'est un tuerie.

    Critique de The Thing Itself




    VI - Je veux une histoire d'amouuuuuuurrrrrrr (parce que je suis une gonzesse #Mysogyniebonjour)

    Parce que Milady ne publie pas que de la mer...euh parce que Milady est une collection très éclectique (et j'aime beaucoup l'éclectisme), vous y trouverez un magnifique petit livre qui s'appelle La Maison des Morts. La rencontre de deux adolescents qui se savent condamnés. Ça a l'air beau comme du Twilight comme ça, mais c'est largement meilleur (et avec moins de vampires boule-à-facette et de loulous métrosexuels).

    Critique de La Maison des Morts




    VII - J'ai une liseuse et je compte bien la rentabiliser 

    Comme il reste toujours des gens de mauvais goûts, les liseuses vont encore fleurir partout sur les plages. Pourquoi, dans ce cas, ne pas soutenir un excellent magazine de l'imaginaire en achetant un ou deux (ou 12, faites plaisir à Julien Wacquez) numéros d'Angle Mort ? Fourmillant de bons textes et d'auteurs souvent inédits en France, Angle Mort c'est aussi des interviews et des articles passionnants, vous allez pas me dire que ça vaut pas le coup ? En tout cas, c'est ici que ça se passe.

    Critique d'Angle Mort Numéro 9
    Critique d'Angle Mort Numéro 10
    Critique d'Angle Mort Numéro 11
    Critique d'Angle Mort Numéro 12




    VIII - J'ai envie de lire un petit truc (pour dire que je suis intello mais pas trop)

    La meilleur solution dans ce cas, c'est de se tourner vers le Bélial.
    Avec leur excellente collection Une Heure-Lumière, vous avez tout ce qu'il vous faut ! On vous recommande tout particulièrement L'homme qui mit fin à l'Histoire de Ken Liu qui est, il faut l'avouer, une vraie pépite. Ensuite, vous pouvez embrayer sur le Kij Johnson ou le Vernor Vinge...Vous pouvez même acheter toute la collection, pour que les mecs du Bélial se payent du caviar au moins une fois dans leur vie au lieu du pâté en croûte quotidien.

    - Critique de L'homme qui mit fin à l'Histoire de Ken Liu
    - Critique de Cookie Monster de Vernor Vinge
    - Critique d'Un pont sur la brume de Kij Johnson

         


    IX - J'ai envie d'historique

    Bah déjà, tu n'es pas sur la bonne page. Mais c'est rien. On va faire avec. 
    Heureusement que Jean-Laurent Del Socorro a pensé à vous avec Boudicca, l'histoire de la révolte de la reine du même nom contre l'Empire Romain. Maîtrisé et fort, ce récit se dévore à toute vitesse. Et comme chez ActuSF on est très forts, vous aurez même droit à une nouvelle-teaser en rab pour vous pousser à acheter le prochain ouvrage de Jean-Laurent. Si c'est pas du marketing ça...

    Critique de Boudicca




    X - J'ai envie de découvrir un auteur

    Bah dans ce cas, deux solutions.
    Soit tu investis sur le marché de l'occasion en acquérant le génial (mais dingue) La Cité des Saints et des Fous de Jeff Vandermeer.
    Soit tu achètes Un étranger en Olondre de Sofia Samatar aux éditions de l'Instant parce que c'est beau à crever et qu'en plus, Patrick Dechesne en aura vendu au moins un exemplaire pendant les vacances ! (Avant d'arriver à dominer le monde quand Sofia Samatar sera reconnue à sa juste valeur en France)

    Critique d'Un étranger en Olondre


      

    Voilà, sinon, pour d'autres idées, vous pouvez aussi parcourir le site, section littérature et même jeter un coup d’œil aux interviews qui vous offrent pas mal d'idées lectures bonus.

    Bonne vacances, mettez de la crème et profitez bien.
    Parce qu'il va falloir revenir un jour...

     

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    1 commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires