• [Critique] Angle Mort N°8
    Copyright { pranav } & Deih

     Pour ce numéro 8, la revue numérique Angle Mort invite à nouveau quatre auteurs. Deux sont français : Léo Henry et Jean-Claude Dunyach. Les deux autres américaines : Vandana Singh et Theodora Goss. L'édito de Sébastien Cevey et Laurent Queyssi se penchent quant à lui sur le numérique et les possibilités offertes par ce support dans le monde littéraire. Une façon de mettre en lumière les avantages de l'e-book et des réseaux attenants pour les amoureux de l'objet-livre. Venons-en maintenant aux textes en eux-mêmes. 

     C'est l'américaine d'origine hongroise Theodora Goss qui ouvre le bal. Totalement inconnue en France - c'est ici son premier texte traduit par l'excellente Florence Dolisi - elle est notamment l'auteure d'un recueil de nouvelles, In The Forest of Forgetting, et du roman The Strange Case of the Alchemist Daughter. Dans Les Beaux Garçons, le docteur Leslie se penche sur une race d'hommes qui n'en est en réalité pas une. Ces beaux garçons, grands, forts et charmeurs, ne sont en fait qu'une race extra-terrestre venue sur Terre pour féconder des humaines. Pour quelle raison ? Mystère... Texte assez court, Les Beaux Garçons est une variation comico-science-fictive sur le thème de l'invasion extra-terrestre tout en étant une métaphore anthropologique. Et si les hommes les plus beaux et mystérieux, inaccessibles fantasmes sur pattes, étaient en réalité des extra-terrestres ? De même, Goss explore l'impossibilité du couple moderne à rester stable, à cette tendance actuelle qui fait que rien ne semble pouvoir durer même en amour. Pas mal donc mais assez léger. 

     Jean-Claude Dunyach, l'auteur français qu'on ne présente plus, revient dans Angle Mort avec une nouvelle farfelue et inattendue : Paysage avec Intrus. Dans celle-ci, Jay part surveiller - et s'isoler - au sud de la baie d'Hudson en pleine nature. Après une bonne cuite, il se réveille avec une étrange douleur au ventre avant de constater que des êtres minuscules viennent de débarquer...sur son corps ! Paysage avec intrus est, à nouveau, un texte sur une invasion extra-terrestre mais d'un type tout à fait surprenant. Ici, les visiteurs se trouvent être des lilliputiens, et le lieu de conquête le ventre de Jay. Le changement d'échelle est original, drôle et fascinant à la fois, permettant à Jean-Claude de parler de la déification puisque, à cette échelle, Jay devient un dieu pour ses nouveaux habitants. La nouvelle finit cependant abruptement et le reste du message semble être un peu moins maîtrisé, ce qui n'empêche pas Paysage avec intrus de rester une bonne lecture. 

     Pourtant, cette lecture ne nous prépare en rien au texte de l'américaine Vandana Singh. D'origine indienne, Vandana Singh nous offre la plus longue nouvelle de ce numéro avec Infinis. Abdoul Karîm est un vieil homme désormais. Le professeur musulman qui voulait bouleverser le monde des mathématiques se penche ici sur l'histoire de sa vie. Il explique son amour des mathématiques et de l'infini, mais également ses relations avec son meilleur ami, un hindou du nom de Gangâdhar. Au moment même où de mystérieux êtres lui ouvrent les voies d'un multivers vertigineux, Abdoul Karîm devient le témoin des horreurs d'une toute autre réalité...la sienne. Infinis est un texte merveilleux. Vandana Singh arrive non seulement à transmettre l'amour des mathématiques mais également à entremêler science-fiction et conflits ethniques. Superbement écrite - et impeccablement traduite par Gilles Goullet - le texte se révèle un trésor d'humanité, une ode à la tolérance et une dénonciation virulente des violences entre musulmans et hindous en Inde. Mieux encore, Vandana Singh oppose les horreurs commises par l'homme à la beauté d'un univers mathématique. Le personnage d'Abdoul Karîm s'avère sublime de bout en bout et, à l'arrivée, Infinis devient un texte bouleversant. Un vrai joyau...mais qui constitue également le point faible de ce numéro.
    Pourquoi ? 
    Parce que depuis, Vandana Singh a connu les honneurs d'une traduction française dans le recueil Infinités chez Denoël Lunes D'encre, et que ce texte figure naturellement au sommaire. De ce fait, ceux qui ont déjà lu l'ouvrage connaîtront déjà cette nouvelle qui constitue le principal atout de ce numéro. Evidemment, les personnes qui n'ont pas encore abordé l'oeuvre de Vandana trouveront ici une porte d'entrée idéale pour voir si l'écrivaine américaine les intéresse avant d'acheter Infinités...mais les autres, eux, risquent bien d'être déçus. 

     Pour tempérer cette déception, il reste le texte de l'autre français : Léo Henry. Le génial auteur de Yama Loka Terminus, Bara Yogoï ou encore Point du jour (qui vient juste de paraître et où le présent texte figure également...) conclut ce numéro 8 d'Angle Mort avec un texte dont lui seul a le secret. Le problème, c'est d'avoir à vous résumer de quoi il s'agit...Disons que Down There by the Train prend place dans un univers post-apocalyptique où les hommes ont "évolué" d'une façon pour le moins surprenante. A la fin de cette dernière nouvelle, soyons francs, on n'est pas sûrs d'avoir compris vraiment de quoi il s'agit mais... Léo Henry écrit de façon si formidable dans un univers tellement original que son texte fascine de toute façon. C'est étrange, sublimement dépeint, avec quelques idées franchement dingues - les hommes-femmes araignées - et ça dégage une atmosphère tout à fait unique. Bref, on se laisse porter par cette expérience définitivement made in Léo Henry.

     Si la qualité globale de ce numéro reste tout à fait satisfaisante, on ne pourra s'empêcher de mettre en garde les lecteurs qui ont déjà lu Infinités de Vandana Singh puisque le texte le plus fort s'y retrouve parmi d'autres tout aussi excellents. Cela vient également rappeler qu'Angle Mort avait publié en premier cette auteure formidable...Enfin peu importe, le numéro 8 d'Angle Mort nous offre une nouvelle fois de bons moments de lecture et c'est déjà pas mal.

    Note : 8/10 (6.5 si vous avez déjà lu Infinités)

    - Critique d'Infinités de Vandana Singh

    - Critique d'Angle Mort Numéro 9
    Critique d'Angle Mort Numéro 10

    Critique d'Angle Mort Numéro 11
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  • [Court-métrage du dimanche] The Fisherman

     Ce dimanche, on change de sous-genre science-fictif avec le court-métrage du réalisateur espagnol Alejandro Suarez Lozano : The Fisherman.
    Acclamé dans plusieurs festivals, The Fisherman nous embarque à bord du petit bateau de pêche de Wong, un pêcheur de calamar têtu, qui tente une dernière fois de ramener une prise digne de ce nom...mais le calamar de cette nuit-là n'est pas tout à fait comme les autres. 


     

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  • [Court-métrage du dimanche] Invention of Love


     Pour le retour de cette rubrique, voici une petite perle steampunk aussi poétique que sensible avec Invention of Love du russe Andrey Shushkov (pour son projet de fin d'étude à l'Université d'Arts et Cultures de St Petersbourg). Tout en ombres chinoises, vous voici projetés dans une société mécanique et aérienne pour une histoire d'amour à la mélancolie lancinante.



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  • [Critique] Angle Mort N°9
    Copyright Image : jeroenbennink & Deih

     Après un numéro 10 toujours aussi réussi, nous continuons à remonter le fil du temps avec le numéro 9 de la revue numérique Angle Mort.
    Moins de pages (78 au total) pour celui-ci, et moins d'auteurs également. On y retrouve deux écrivains français  - le lillois Stéphane Croenne et le parisien Laurent Kloetzer - ainsi que deux écrivains américains : Jeffrey Ford et Jack Skillingstead. Avant de parler des textes en question, un mot sur l'édito de Sébastien Cevey et Laurent Queyssi - leur dernier avant de passer la main - qui nous parle de l'évolution inévitable de la fiction dans notre moderne et connecté. C'est à la fois passionnant et pertinent tout en remettant en avant le petit penchant délicieusement rétrograde du média littéraire (même si cela a déjà bien évolué à l'heure actuelle). Après ces quelques pages de réflexion, entrons dans le vif du sujet. 

    C'est Jeffrey Ford qui prend la parole en premier. Même si l'américain reste relativement peu connu en France (principalement pour son recueil La Fille dans le Verre chez Denoël Lunes d'Encres, Physiognomy chez J'Ai Lu, et un tas de nouvelles dispersées entre les revues Fiction, Galaxies et Bifrost), il n'en reste pas moins l'un des poids lourds du genre outre-Atlantique. La nouvelle de ce numéro s'intitule Daltharee, et met en scène la ville du même nom. Celle-ci n'est d'ailleurs pas une cité ordinaire puisqu'il s'agit d'une ville miniature sous cloche créée par un scientifique un tantinet dérangé du nom de Mando Paige. La chose pourrait être mignonne, et prêter à sourire si elle ne renfermait pas également une civilisation humaine en miniature vivant en vase clos dans cet univers étrange. En introduisant un récepteur dans la ville, l'un des chercheurs qui inspecte cette création en vient à capter les conversations de ces habitants qui semblent touchés par un mal pernicieux. Écrivain atypique s'il en est, Jeffrey Ford montre une nouvelle fois tout l'étendu de son talent avec Daltharee. Non seulement l'idée de cette ville en miniature est d'une puissance évocatrice indéniable, mais elle permet en plus à l'auteur d'y faire tenir un nombre d'idées proprement stupéfiant. La simple description de Daltharee elle-même, de son iceberg, ou encore de son alternance jour-nuit s'avèrent immédiatement envoûtante mais lorsque Ford part dans un délire de miniaturisation des miniatures, il explore jusqu'au bout son postulat de base dans un final qui frôle l'horreur. A l'arrivée, Daltharee est aussi merveilleuse qu'inquiétante, fascinante que dérangeante. Le type même d'histoire qui contient plus d'idées en quelques lignes que bien des romans de plusieurs centaines de pages.

    Après cette brillante entrée en matière, Angle Mort accueille pour la première fois le français Stéphane Croenne, auteur de plusieurs nouvelles dans diverses anthologies. Le Chant des Baleines nous place dans la peau d'un homme qui attend son tour chez un médecin un peu particulier. Suite à la relation sexuelle qu'il a eu avec Michèle, le Tribunal du Sens a décidé de le punir en lui faisant poser un mouchard à l'intérieur de son pénis. Terrorisé à cette idée, l'homme tremble dans la salle d'attente. Très court - 6 pages à peine -, cette nouvelle s'avère pourtant tout à fait envoûtante. D'abord parce que la plume de Stéphane Croenne a la sensibilité nécessaire pour capturer la détresse émotionnelle de son protagoniste, ensuite parce le texte brasse pas mal de thèmes dans un univers à peine effleuré mais extrêmement inquiétant. En renversant le châtiment traditionnel à l'encontre du péché de la chair, Croenne donne à réfléchir. Qu'ont pu ressentir les femmes avortées dans des cuisines miteuses lorsque l'avortement était illégal ? Que peuvent endurer les victimes d'excision punies pour des crimes qui n'en sont même pas ? Derrière cette perspective sociale, il y a également un background kafkaïen voir orwellien d'une société autoritaire à peine déflorée par l'auteur. Cette suggestion laisse libre cours à l'imagination du lecteur qui le terrifiera bien davantage qu'une longue description. A noter l'excellente interview attenante à cette nouvelle menée par un Julien Wacquez toujours pertinent.

    Second texte français de ce numéro, Christiana est l'oeuvre du vétéran Laurent Kloetzer (Anamnèse de Lady Star, Le Royaume Blessé, Vostok...). Encore une fois, il s'agit d'un texte très court - 5 pages - qui flirte allègrement avec le fantastique. Laurent nous y rapporte l'histoire d'Yves, un homme ordinaire en quête de travail, qui croise sans cesse une femme dénudée dans les transports en commun sans que cela ne semble déchaîner les passions autour d'elle. Peu à peu, il est obsédé par l'inconnue...Ce très étrange texte de Laurent Kloetzer rassemble la plume langoureuse et poétique de l'auteur avec sa capacité à faire naître l'étrange, l'incompréhensible en quelques pages. Christiana se révèle énigmatique à plus d'un titre mais joue surtout sur les fantasmes ainsi que l'inquiétude qui peut en découler. Même si sa brièveté l'empêche d'être réellement marquante, la nouvelle n'en reste pas moins un moment hors du temps, tantôt perturbant tantôt sensuel en diable. 

    Enfin, pour clore ce numéro, c'est l'américain Jack Skillingstead qui entre en scène. Pour sa première traduction en français, la revue Angle Mort a choisi Tu es là ?, apparemment l'un des textes les plus importants pour la carrière de l'auteur (Cf. Interview). Plus long texte de cette fournée de nouvelles, le récit nous emmène dans un monde où l'on est désormais capable de conserver l'esprit d'une personne dans un petit module avec lequel on peut communiquer. Il s'agit en fait d'une reproduction psychique à un instant t de la personne qui se comporte dès lors comme une simili-IA. L'un de ces modules est récupéré par Brian Deatry, un paraflic d'un quartier miteux où une série de meurtres particulièrement sanglants l'a mis sur la piste d'un tueur en série qu'il surnomme le Fumier. Alors que la traque continue, Brian se découvre de plus en plus touché par le module de Joni Cook, une mère de famille décédée des années auparavant. 
    Tu es là ? est un texte sublime. Il utilise dans un premier temps la structure (et le prétexte) du polar pour finalement nous plonger dans les affres de la solitude émotionnelle de son personnage principal. L'idée des modules, simple et déjà vue, est employée à merveille par Skillingstead qui en fait un parfait condensé du problème posé par les technologies de communications modernes. Tout est faux en réalité, nous sommes seuls et nous vivons dans la peur de tisser des liens réels. D'autant plus si notre histoire se révèle complexe. Le texte est aussi sensible que subtil sans oublier d'entretenir le doute quand à la réalité de l'existence de Brian lui-même. Skillingstead pousse sa comparaison jusqu'au bout et semble insinuer qu'au final, tout devient faux à force de ne plus se voir, se toucher, se sentir. Une petite pépite en somme.


     Malgré un nombre de pages plus réduit, le numéro 9 d'Angle Mort condense tout ce que l'on aime dans cette revue : de l'audace, des textes qui refusent de rentrer dans des cases précises, et des découvertes qui réjouissent. 

     

    Note : 8/10

    - Critique d'Angle Mort Numéro 10
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  • [Critique] Free Fire

     Si vous ne connaissez pas encore Ben Wheatley, réalisateur britannique atypique s'il en est, Free Fire risque de vous surprendre un tantinet.
    Film d'action saupoudré d'une bonne dose d'humour noir filmé en huit-clos complet, le long-métrage de l'anglais utilise un scénario timbre-poste pour coincer le spectateur dans un improbable affrontement entre gangsters. Des membres de l'IRA (organisation terroriste d'Irlande du Nord) rencontrent des vendeurs d'armes dans un hangar désaffecté de Boston. Alors que les tensions surgissent entre les deux groupes, l'antagonisme entre deux des hommes présents va finir par faire exploser le tout. On connaît la propension de Ben Wheatley pour aller là où on ne l'attend pas. On se souvient notamment de Kill List, film dingue et ultra-violent, ou de Touristes où le gore se mêlait à un humour (très) noir. Après un détour par un cinéma expérimental en diable avec l'adaptation de High-Rise de Ballard, il change une nouvelle fois totalement de voie avec ce Free Fire

    Tarantino n'est pas mort. Si vous avez été (comme beaucoup) amèrement déçus par les Huit Salopards, réjouissez-vous Wheatley a décidé de prendre le relais. Un hangar isolé, des gangsters, un huit-clos, des dialogues savoureux...Free Fire est une version revue et corrigée du Reservoir Dogs de 1992. Son scénario minimaliste cache en réalité une galerie de personnages tous plus truculents les uns que les autres. Film au casting all-stars, Free Fire invite Cilian Murphy, Brie Larson ou encore Sharlto Copley dans une ambiance qui fleure bon les années 80. L'acteur sud-africain que l'on avait tant apprécié pour son rôle dans District 9 revient ici dans l'habit d'un vendeur d'armes ridicule au possible avec un accent franchement exagéré mais hilarant. En face, Cilian Murphy et Armie Hammer composent des meneurs d'hommes aussi efficaces que dépassés par une situation qui échappe à tout contrôle. Soyons clairs, Free Fire est un joyeux bordel où les balles fusent. Après une introduction courte et efficace, le spectateur est plongé au cœur d'un imbroglio monumental. Tout le monde dégaine, tire, se fait toucher, crie.

    Mais dans ce foutoir absolu, Wheatley arrive toujours à coller à ses personnages, à ne pas perdre son public entre les positions des uns et des autres. Mieux, il arrive à incarner chacun avec une efficacité qui force le respect. Non seulement le gunfight s'avère parfaitement filmé, dynamique et précis, mais il fourmille d'idées scénaristiques pour relancer l’intérêt. Qu'il s'agisse de l'arrivée impromptue de nouveaux belligérants ou d'une simple sonnerie de téléphone, Wheatley utilise toutes les possibilités qu'il trouve. Surtout, au milieu, l'anglais se marre. Si tout le monde se tire dessus dans Free Fire, c'est avec un mauvais esprit réjouissant qui rappelle les meilleurs gunfights du cinéma de Tarantino. C'est drôle, caustique, sale gosse, bref, c'est tout sauf dramatique. Et ça fait du bien. Le second degré constant de l'intrigue ainsi que la folie destructrice qui s'empare des personnages, les menant à des extrémités d'une violence incroyable, fait sourire le spectateur. Il faut voir Copley se traîner en armure de carton et se prendre une machine à écrire pour comprendre que tout ce beau monde s'amuse comme pas possible.

    Au-delà de son humour constant, Wheatley continue à explorer un thème qu'il affectionne depuis le début de sa carrière : l'irruption d'une violence extrême et absurde dans des situations banales. Remplacez les campeurs de Touristes ou les riches de High-Rise par ces deux gangs de fous furieux, et vous constatez directement des ressemblances évidentes. Si le scénario semble tenir sur un timbre-poste, c'est aussi parce qu'il synthétise très abruptement ce qui cloche dans la société humaine. Mettez des armes, un bon paquet de pognon et de l'ego en veux-tu en voila, et vous avez une bonne synthèse du mode de fonctionnement de notre chère espèce. Pour pousser la blague encore plus loin, Wheatley profite du personnage de Brie Larson, unique femme du lot, pour livrer un pied de nez succulent à cette société masculine stupide. De bout en bout, Free Fire est un délice d'ironie mordante.

     Petit plaisir Tarantinesque, Free Fire est peut-être le film le plus accessible de Ben Wheatley. Fun, drôle et inattendu, le long-métrage rassemble une équipe de choc le temps d'un huit-clos méchamment réjouissant.
    Une belle réussite.

     

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Quand tout dérape...

    Critique de High-Rise de Ben Wheatley

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  • [Critique] The Jane Doe Identity

     En 2010 sortait discrètement sur nos écrans un petit film norvégien qui s’inscrivait dans la mode (agaçante) du found footage : The Troll Hunter. Ce long-métrage norvégien, bien loin des médiocres Paranormal Activity et autres Tchernobyl Diaries, arrivait à jongler avec bonheur entre horreur, humour et documentaire. Son réalisateur, André Øvredal, revient sept ans plus tard avec un second long-métrage et deux excellents acteurs américains, Emile Hirsch et Brian Cox. The Autopsy of Jane Doe (renommé The Jane Doe Identity pour l’occasion parce que...bah parce que ça fait un peu Jason Bourne et que ça pète...) nous plonge dans une atmosphère pesante au cœur d'une vieille morgue tenue par un soir d'orage. Alors que le shérif Sheldon intervient sur une scène de crime particulièrement sanglante, il découvre le cadavre d'une jeune femme impossible à identifier. Cette Jane Doe est amenée à Austin et Tommy Tilden pour que les deux légistes découvrent enfin son identité. Mais d'étranges choses commencent à survenir durant l'autopsie... C'est donc un postulat de départ très simple que propose The Autopsy of Jane Doe et qui semble tout entier contenu dans son titre. 

    Øvredal a quelques idées bien arrêté qu'il met en pratique dès les premiers instants du film. The Autopsy of Jane Doe démarre rapidement, et l'on entre dans le vif du sujet au bout d'une quinzaine de minutes. La principale originalité du métrage est de proposer une approche atypique dans le traitement de son horreur, à savoir que toute la première moitié du récit se concentre sur l'examen d'un corps, faisant surgir l'horreur et entretenant son ambiance oppressante par les découvertes et déductions des deux légistes. Le show repose alors sur deux éléments : la capacité de mise en scène du cinéaste norvégien dans ce qui est, en réalité, un huit-clos, et la prestation des deux acteurs principaux. Sans surprise, Hirsch et Cox assurent permettant au spectateur d'avoir à la fois une attache empathique (notamment avec le personnage d'Austin) et une immersion convaincante dans l'enquête en cours. Jamais Øvredal ne mise sur les effets gores de son autopsie comme aurait pu le faire un film lambda et durant une bonne moitié de l'histoire, le norvégien arrive à faire vivre ses personnages et son intrigue avec une habilité qui force le respect. D'autant plus qu'il développe une atmosphère lourde en arrière-plan.

    Cependant, à un certain stade (et peut-être par peur de lasser le spectateur), le réalisateur s'engage dans une autre voie horrifique en transformant son huit-clos d'expertise et de sous-entendus en un huit-clos horrifique surnaturel avec fantômes et autres apparitions. Ce virage n'est, en soi, pas forcément mauvais, il permet à Øvredal de varier les sources de terreur et de jouer également avec le cliché du fantôme. Evidemment, puisque la chose est plus courante ailleurs, l'originalité a tendance à disparaître. Il faut cependant concéder que le norvégien s'y prend fort bien, évite les jump-scares abusifs, et privilégie les silhouettes aux effets gores grossiers. Quelques astuces simples comme la clochette au pied d'un des cadavres, permettent ne pas miser frontalement sur l'horreur, Øvredal comprend qu'il vaut mieux laisser de la place à l'imagination. Certes, il est assez difficile de comprendre pourquoi la petite amie d'Austin est impliquée là-dedans. Le film n'y gagne rien en réalité. Mais le reste se révèle tout à fait honorable.

    Le vrai raté de The Jane Doe Identity, c'est de ne pas aller au bout de son postulat de départ et de ne pas intégralement fondé son intrigue sur une autopsie. Evidemment, il est fort possible que le résultat d'une telle démarche soit rébarbative mais elle éviterait au moins la sévère sensation de manque d'originalité de la seconde partie du métrage. En l'état, l'intrigue de fond, elle, reste accrocheuse. Øvredal arrive à retourner les hypothèses du spectateur quand à l'identité de la jeune fille et même à inverser le sempiternel cliché de la sorcière. Il y a donc du bon dans cette histoire de revenants matinée de satanisme. Du très bon même puisque le norvégien tient de bout en bout une atmosphère délicieusement effrayante grâce à une mise en scène précise et épurée.

     Pour son second long-métrage, André Øvredal offre un spectacle à la hauteur des attentes. Même si The Jane Doe Identity semble avoir du mal à choisir parfois, il n'en reste pas moins un film fantastico-horrifique relativement original et efficace supporté par deux excellents acteurs. Les amateurs seront ravis. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure(s) scène(s) :  L'autopsie

    - Critique de The Troll Hunter d'André Øvredal

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  •  Continuons l'exploration de la revue française numérique Angle Mort avec le numéro 10.
    Numéro de transition pour l'équipe avec changement de sous-titre - d’Éclats d'Imaginaire à Épreuves de réalité - et changement de l'équipe rédactionnelle, ce numéro 10 est l'occasion de mettre en avant des auteurs de chez nous. En effet, ce n'est pas moins de trois écrivains français qui figurent au sommaire : Stéphane Beuaverger, Fanny Charrasse et Stéphane Meyer. Pour compléter le tableau, deux écrivains britanniques de haut vol avec Christopher Priest et son épouse Nina Allan. Comme d'habitude, chaque nouvelle s'accompagne d'une interview et le numéro se conclut par un court article signé Julien Wacquez.

    Commençons donc par la première nouvelle, celle de la française Fanny Charrasse. Si ce nom ne vous dit rien, c'est tout à fait normal puisqu'il s'agit d'une totale inconnue qui livre ici sa première nouvelle du genre. En bonne anthropologue, Fanny Charrasse nous plonge dans une histoire très étrange avec Chronique d'une croissance. Phil s'amuse de l'inquiétude saugrenue de sa copine qui prend soudainement peur à l'idée que l'un de ses grains de beauté puisse avoir grandi et, potentiellement être devenu cancéreux. Cet événement anodin va pourtant changer la vie de Phil du tout au tout puisqu'il va se mettre à porter une attention redoublée sur des détails de son environnement qui, jusqu'ici, ne l'avait pas frappé. Comme cette tâche rouge sur son plafond. Peu à peu, la tâche grandit et pire...se multiplie. Que faire ? Comment avertir les autres qui ne les voient pas ? Existent-elles seulement ? Chronique d'une croissance est une sacrée nouvelle. Un peu foutraque (peut-être du au bouillonnement intellectuel de son auteure ?) mais follement stimulante. Fanny Charrasse fait plonger son lecteur dans le doute : Phil est-il fou ? Hallucine-t-il ? Ou les autres sont-ils aveugles ? L’atmosphère paranoïaque de l'histoire prend vite aux tripes et se recoupe avec une certaine hypocondrie. Charrasse tente de prouver que selon notre angle d'attaque de la réalité, nous percevons les choses tout à fait différemment. Est-ce ce plafond qui est blanc ou est-il rouge recouvert par du blanc ? L’oppression constante de Chronique d'une croissance recoupe un sujet médical tout à fait crucial : ce que l'on ne voit pas peut nous tuer. Mais doit-on pour autant devenir maladivement observateur ou maniaque pour s'en prémunir ? Finalement, à force de trop vouloir déceler telles ou telles choses, ne faisons-nous pas naître ces mêmes choses dans notre esprit ? Ne les exacerbons-nous pas ? Son interview à la suite nous renseigne encore davantage sur le concept de contre-nuit et l'auteur y annonce un ouvrage reprenant cette idée à travers plusieurs histoires. Vous l'aurez compris, c'est passionnant, inquiétant et intelligent. On espère avoir des nouvelles de son auteure prochainement.

    Après cette plongée paranoïaque, retour à une science-fiction plus "conventionnelle". Avec des guillemets évidemment puisqu'il s'agit du texte de la britannique Nina Allan, lauréate du Grand Prix de l'Imaginaire 2014 pour son recueil Complications. Dans un futur indéterminé, Nina Allan nous présente deux femmes : Anita Schleif et Rachel Alvin. Rachel a décidé d'entreprendre la procédure Kushnev, une technique révolutionnaire qui a permis aux hommes de s'ouvrir aux voyages spatiaux...mais au coût d'un changement corporel plutôt radical. Alors que Rachel s'apprête à partir, Anita, la femme qui l'aime, l'interroge sur ses motivations et replonge elle-même dans sa propre histoire familiale. Si vous pensiez avoir ici force détails sur les changements corporels de la procédure Kushnev ou même une longue dissertation sur le voyage spatial, c'est perdu. Nina Allan se penche sur l'humain et, plus particulièrement, ce qui nous attache à quelqu'un. L'amour sublime entre Rachel et Anita est encore magnifiée par une mise en abyme au travers de la relation entre Anita, sa mère et sa grand-mère. Nina Allan livre un récit toute en subtilité et en émotions pour en tirer un brillant regard sur ce qui fait de l'humanité ce qu'elle. A la fois histoire d'amour et réflexion sur l'héritage, A l'Assaut du Ciel s'avère magnifique de bout en bout.

    Stéphane Meyer a ensuite la lourde tâche de convaincre après ces deux excellente nouvelles. Inconnu également, il livre ici son premier (court) texte avec Moi, la forêt. Alors qu'ils tombent en panne dans une forêt, deux amis partent à la recherche de quelque chose qui pourrait les aider à filer de cet endroit sauvage avec leurs copines. Seulement voilà, la forêt n'en a pas décidé ainsi. Dire que le texte de Stéphane est une surprise relève de l'euphémisme. Aussi sauvage qu'imprévisible, Moi, la forêt a quelque chose de puissant dans la vision qu'elle évoque. Certes, il est difficile de réellement évaluer le talent du français sur un texte si court mais son style nerveux et incisif charme d'entrée de jeu. Difficile de trop en dire sans gâcher le plaisir de la découverte mais pour un galop d'essai, c'est du tout bon.

    Passons à un vétéran avec la nouvelle de Christopher Priest, l'auteur britannique du Monde Inverti et de La Séparation qu'on ne présente plus. Futouristic.co.uk est une courte histoire originellement destinée à la radio anglaise, la BBC, dans le cadre de ses fictions radiodiffusées. Elle parle d'un homme, Michæl Frogle, qui fait l'acquisition d'une machine temporelle suite à un spam publicitaire. Seulement on s'en doute, Michael va avoir quelques soucis dans l'utilisation de cette étrange technologie. Autant le dire simplement, Futouristic.co.uk a beau changer des autres travaux de l'anglais en adoptant un ton léger et humoristique, c'est également un texte tout à fait anecdotique. Non seulement on a connu le britannique plus inspiré mais, en plus, cette farce radiophonique n'a pas grand chose à proposer de neuf dans le genre. De façon surprenante, c'est simplement le plus mauvais texte du numéro qui dénote, franchement, avec la qualité du reste. A jeter.

    Dernier tour de piste avec le français Stéphane Beauverger à qui l'on doit Le Déchronologue et la trilogie Chromozone. De son propre aveu, Stéphane s'essaye ici pour la première fois au genre fantastico-horrifique en puissant son inspiration dans le champ Lovecraftien. La couleur des angles morts (quel titre magnifique !) nous convie à la rencontre entre le Général Keller et le lieutenant-colonel Dorian E. Coogan de l'armée américaine qui tentent de résoudre l'énigme de la mort de trois hauts responsables alliés durant l'opération Market Garden. Celle-ci pourrait être liée à un pacte entre les occultistes nazis et des forces démoniaques. A moins que...En jonglant à nouveau avec un background historique à la façon d'un Déchronologue, la nouvelle de Beauverger arrive à la fois à rendre hommage à Lovecraft tout en distillant une atmosphère horrifique réussie. Même si l'on n'atteint pas les sommets des deux premiers textes de ce numéro, La couleur des angles morts atteint facilement son but, celui de surprendre et de faire frissonner. 

    Le numéro se termine sur un court article de Julien Wacquez qu'il faut saluer pour la grande pertinence de son propos, notamment vis-à-vis de l'auto-ségrégation du genre. Son appel, en filigrane, à abandonner un cloisonnement aussi nocif pour les uns que pour les autres, a quelque chose de très important dans le contexte des prochains états généraux de "L'Imaginaire" en novembre prochain.

    Encore un numéro de haut vol donc pour Angle Mort qui présente deux pépites avec les textes de Nina Allan et Fanny Charrasse. Ajoutons-y l' excellente prestation de Stéphane Beauverger et la tonitruante intrusion de Stéphane Meyer, et l'on oubliera facilement le texte insignifiant de Christopher Priest
    A consommer sans modération ! 

      

    Note : 8.5/10

    - Critique d'Angle Mort Numéro 11

    - Critique d'Angle Mort Numéro 12

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  • [Critique] Pirates des Caraïbes 5 : La Vengeance de Salazar

     

     Triste destin que celui de la franchise Pirates des Caraïbes. Ce coup de poker des studios Disney en 2003 qui tentent alors d'adapter une attraction-phare du parc devient un énorme succès. Forcément, deux suites sont mises en chantier, Le secret du coffre maudit et Jusqu'au bout du monde, toujours sous la direction de Gore Verbinski mais qui finit clairement par épuiser le filon avec un épisode trois poussif. Malgré le départ du créateur de la trilogie, la production choisit de remettre le couvert en confiant le quatrième volet à Rob Marshall. La Fontaine de Jouvence s'avère logiquement un échec artistique quasi-total. Malgré tout, le public suivant, un cinquième film est mis en chantier. Cette fois, le métrage est co-réalisé par les réalisateurs norvégiens Joachim Rønning et Espen Sandberg à qui l'on doit Kon-Tiki mais aussi Bandidas. Difficile donc de soulever un véritable enthousiasme pour cette énième aventure malgré la présence inattendue de Javier Bardem. Ne serait-il pas temps de couleur le Black Pearl ?

    Difficile de se voiler la face, ce nouveau volet de Pirates des Caraïbes n'a plus la fraîcheur d'antan. En effet, on marche en territoire connu avec malédictions, moussaillons, canonnades, couple d'amoureux, abordages, singes voleurs, Jack Sparrow et autre Barbossa. A priori rien de nouveau sous le soleil. Cependant, les cinéastes étant certainement bien conscients de cet état de fait, capitalisent justement sur ce qui a fait le succès de la franchise à ses débuts. La Vengeance de Salazar (en réalité Dead men tell no tales, mais les français adorent les titres moisis, c'est bien connu) s'ouvre donc de façon très semblable au premier opus en misant tout, ou presque, sur un côté aventure décontractée qu'il fait assez plaisir de retrouver. Le ton mystérieux est là, Jack Sparrow égal à lui-même (bien que le personnage commence à lasser) et surtout les réalisateurs norvégiens nous présentent Salazar. Très (très) loin du fade Barbe Noire, le grand méchant interprété par un succulent Javier Bardem bénéficie non seulement d'un background efficace mais également de superbes effets spéciaux qui, sans égaler la perfection graphique du Hollandais Volant, renvoie à l'équipage maudit du Secret du coffre maudit. 

    En s'ouvrant sur une séquence d'action drôle et impressionnante à souhait, La Vengeance de Salazar réjouit. Certes, on le savait en entrant dans la salle, on ne trouvera rien de véritablement nouveau là-dedans mais au moins Joachim Rønning et Espen Sandberg ont-ils la bonne idée d'offrir un divertissement le plus proche possible des origines. On évite évidemment pas les défauts comme celui du couple formé par Brenton Thwaites-Kaya Scodelario, copie à peine masquée de celui d'Elizabeth et Will, ou le manque cruel de scènes véritablement épiques. Mais ce cinquième volet a pourtant bien des choses à proposer. A commencer par un antagoniste puissant au navire franchement excellent, et surtout, comme on le disait plus haut, d'un background qui fait plaisir et sort des ornières habituelles. De même, l'humour, malgré quelques errements, s'avère globalement meilleur avec quelques blagues franchement drôles (l'astrologue putative). Saluons enfin quelques séquences qui sortent du lot comme le combat sur les canons, la libération de Jack ou encore le cambriolage. Tout cela sur une bande-son dans la droite lignée des autres opus et, donc, excellente.

    Plus court que tous les autres volets précédents, La Vengeance de Salazar n'a pas le temps de faire bailler son spectateur comme pouvait le faire Jusqu'au bout du monde ou La Fontaine de Jouvence. Mieux même, les deux réalisateurs tentent de rattacher les wagons de l'histoire de la trilogie originale pour lui donner un épilogue qui, s'il semble un peu téléphoné, n'en demeure pas moins touchant. Reste alors le cas de Jack Sparrow interprété par un Johnny Depp égal à lui-même qui finit, simplement par agacer. Pas que le personnage en lui-même soit mauvais - il a été brillantissime par le passé - mais il est l'exemple même du héros usé jusqu'à la corde et dont on connaît chaque réplique. C'est pourquoi la séquence si contestée du flash-back s'avère une excellente idée. Elle permet de montrer quelque chose de neuf à propos de Jack tout en achevant en un certain sens sa légende. Espérons simplement qu'il s'agisse là de la dernière apparition de l'excentrique pirate des caraïbes. 

     Surprenant par sa volonté affichée de revenir aux sources d'une saga passablement essoufflé, Pirates des Caraïbes 5 se hisse au rang des bons divertissements. En tentant de se faire plus léger, plus rythmé, plus esthétique et surtout de rassembler les personnages des premiers volets, le long-métrage de Joachim Rønning et Espen Sandberg offre une fin satisfaisante aux aventures de Jack Sparrow. Du moins, on l'espère. 

     

    Note : 6.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Le cambriolage

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  • [Critique] Message from the king

     Le réalisateur franco-belge Fabrice Du Welz, à qui l'on doit des pépites horrifiques comme Alléluia ou Calvaire, se tourne aujourd'hui vers Hollywood. Si l'on sait très bien que ce milieu a une fâcheuse tendance à broyer les cinéastes devant des impératifs budgétaires et scénaristiques, on est tout de même heureux de voir Fabrice revenir derrière la caméra pour s'essayer à un genre radicalement différent, celui du revenge movie. Dès la première bande-annonce le ton est donné, Message from the King ne va pas faire dans la dentelle et c'est tant mieux. Avec un casting aux petits oignons qui regroupe Chadwick "Black Panther" Boseman, Teresa Palmer, Luke Ewans ou le trop ignoré Alfred Molina, on peut dire que Du Welz sait s'entourer. Reste maintenant à voir comment il va gérer le changement d'univers et son passage à Hollywood. 

    Première bonne chose, Message from the King n'est pas là pour ergoter pendant des heures, à peine commencer que l'on plonge déjà dans l'intrigue, tout à fait simpliste d'ailleurs : Jacob King débarque à Los Angeles pour retrouver sa sœur Bianca qui lui a laissé un message de détresse sur son répondeur quelques jours plus tôt. Il ne dispose que de quelques centaines de dollars, d'un sac de vêtements pour sept jours. Du Welz pose les bases en quelques minutes et s'intéresse ensuite à son histoire de vengeance. Le métrage va droit au but, fonctionne d'abord comme une enquête pour rapidement suivre les traces d'un vigilante-movie à l'ancienne. Chadwick Boseman, impressionnant de bout en bout, trouve en Jacob King un personnage excellent que Du Welz laisse à moitié inexploré jusqu'à la toute fin de son métrage. Le spectateur ne connaît pas Jacob mais comprend vite que ses origines sud-africaines en font quelqu'un d'autrement plus dangereux et déterminé que des gangsters américains lambda. De Boseman se dégage une aura de charisme brutal mais aussi une sympathie instantanée envers un homme qui tente de faire justice sans chercher à excuser ou minimiser. C'est certes assez basique mais diablement efficace.

    Malheureusement, qui dit revenge movie dit scènes de combat...et là, Fabrice Du Welz montre ses limites de metteur en scène. En effets, les affrontements sont le plus souvent brouillons et parfois carrément illisibles. Si l'on excepte l'idée de la chaîne de vélo (qui renvoie en un sens au marteau de Old Boy, chacun ses goûts), l'action dans Message from the King s'avère simplement ratée. A côté de ce défaut ennuyeux, le film accumule les bonnes idées. La première étant de faire de Los Angeles un endroit crade et violent où les rêves des jeunettes en quête de gloire se brisent sur les rochers de la réalité américaine. Bianca en est le parfaite exemple et le fait même de la rendre aussi peu sympathique permet au film de donner une dimension d'autant plus poignante à la relation Bianca-Jacob. Jacob venge un souvenir plus qu'une réelle personne, il venge sa petite sœur du Cap et pas la droguée paumée de Los Angeles. Sous la caméra de Du Welz, la Cité des Anges adopte un aspect tout à fait repoussant où la richesse n'est qu'une façade, où le mal rode dans les coins. De ce côté-là, le cinéaste n'a rien perdu de son talent de mise en scène.

    Enfin, on peut regretter la simplicité extrême de l'histoire qui, s'il on y réfléchit bien, tient sur un timbre-poste plié en quatre. Cela semble pourtant renouer avec les revenge-movie old school des années 80-90 mais peut très certainement décevoir des gens habitués à des joyaux noirs ultra-fouillés comme Old Boy ou Lady Vengeance. Cette caractéristique d'uppercut de Message from the King s'avère donc à double-tranchant. Reste que le métrage arrive à éviter certains clichés inhérents à ce type de film, comme l'histoire d'amour qui, cette fois, n'en sera heureusement pas une. Malgré la volonté de Fabrice de toujours vouloir investir tout son être dans ses films (cf. Interview), on se rend compte que Message from the King reste tout de même assez loin de la qualité de ses autres long-métrages, plus étranges, plus audacieux et, simplement, plus personnels. 

     Direct, sec et sans pitié, Message from the King tient ses promesses. Emporté par un Chadwick Boseman impeccable dans un Los Angeles magnifiquement capturé par Fabrice Du Welz, le film est aussi simple qu'efficace tout en se permettant quelques subtilités bienvenues. 
    On attend maintenant le retour du réalisateur dans un domaine plus personnel et forcément plus captivant. 

     

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) :   La scène de la morgue 

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  • [Critique] Life

     Dernier film du réalisateur suédois Daniel Espinosa, Life (sous-titré en France Origine inconnue, parce que ça fait mystérieux et qu'au moins y'a des mots français pour le spectateur français qui est, forcément, incapable de comprendre un mot d'anglais) rentre dans la catégorie des métrages qui annoncent la couleur dès leur première bande-annonce. Après Enfant 44, Espinosa s'envole pour la Station Spatiale Internationale et un futur plus ou moins proche où une sonde ramène de Mars un échantillon qui contient...un organisme vivant ! Pour ne pas mettre la Terre en danger et éviter une possible contamination, l'équipe décide d'étudier Calvin - le nom donné à cette nouvelle forme de vie - au sein de la station même. Le problème, évidemment, c'est que le nouveau venu va se révéler extrêmement hostile. A la lecture de ce synopsis et après avoir visionné la première bande-annonce, on a comme une sensation de déjà-vu...

    En effet, Life est un simili-Alien.
    Un xénomorphe découvert dans l'espace... dans une installation spatiale exigue et de plus en plus glauque... avec une équipe d'hommes et de femmes pas forcément préparée à faire face à une telle situation...
    Tout est là, ou presque. Cependant, notez-bien, le métrage s'assume comme tel dès le départ, le spectateur est prévenu à l'avance et à aucun moment il n'y a mensonge sur la marchandise. De ce fait difficile d'en vouloir pour les ressemblances flagrantes entre les deux films. 
    En fait, il faut comprendre simplement que Life renoue avec quelque chose que l'on n'a plus vraiment l’habitude de voir sur grand écran aujourd'hui : le film de série B honnête.
    Vous ne serez pas (ou peu) surpris par l'histoire mais elle fait le job, il en va de même pour la galerie de personnages, tous assez basiques et qui servent surtout de proies à la dangereuse bestiole qui va parcourir la station. On peut d'ailleurs se demander comment le film arrive à réunir un tel casting...pour n'en faire rien ou quasiment. Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds, Hiroyuki Sanada, Rebecca Ferguson...devaient avoir surtout quelques factures à régler. L'avantage par contre, c'est que ce petit film bénéficie d'une galerie d'acteurs convaincants pour son jeu du chat et de la souris (avec scaphandres).

    Alors Life finalement à quoi ça sert ? 
    A frissonner. On sent l'influence de Gravity (la séquence d'introduction) et Alien, le 8ème passager (tout le reste !) mais Espinosa arrive tout de même à livrer au spectateur un spectacle soigné avec une mise en scène très fonctionnelle mais parfaitement adaptée au sujet, tout en insinuant assez de tension pour ne jamais ennuyer. Le point central du film, c'est évidemment la créature, Calvin, qui évolue constamment et qui s'avère, franchement, une brillante réussite sur le plan du design. Il faut noter à ce titre que la première attaque de la bestiole et la première mort se révèlent extrêmement convaincantes (et absolument dégoûtantes)...Il est à ce titre très amusant de noter la symétrie inversée entre la première mise à mort d'un membre de l'équipage et la mythique scène de repas d'Alien. Le reste devient ensuite un survival spatial assez classique mais toujours très efficace qui se conclue sur un twist prévisible mais délicieusement noir. 

     En résumé...Life tient ses promesses. Ni plus ni moins. 
    Daniel Espinosa offre un divertissement horrifique honnête, qui ne fera certainement pas date tant il lorgne ailleurs, mais qui ne prend pas ses spectateurs pour des imbéciles.
    Une bonne série B en somme. 

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  La première mort

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