• [Critique] The Plague Dogs

    En 1981, Disney sort un long-métrage avec un renard et un chien, la fameux Rox et Rouky. Il s'agit du dernier film sur lequel travaille un certain Don Bluth avant de partir à son compte pour réaliser le superbe Brisby et Le Secret de Nimh (dont on a déjà dit beaucoup de bien ici) en 1982. Pourquoi parler de Rox et Rouky ou Brisby ? Parce qu'alors que ces deux dessins-animés prennent des animaux pour parler de sujets plus ou moins graves (Brisby notamment, Rox et Rouky restant anecdotique), un troisième long-métrage a vu le jour en 1982 dans lequel deux chiens occupent les rôles principaux. Pourtant, vous n'avez jamais entendu parler de ce dernier. Interdit pendant près de 30 ans en France du fait de sa noirceur et de sa violence psychologique, The Plague Dogs du cinéaste américain Martin Rosen n'est projeté dans nos contrées qu'en 2012 (!!!). Comment une telle chose a pu se produire ? Tout simplement parce que le dessin-animé fait figure d'OFNI total à réserver à un public chevronné. Il est certainement l'un des seuls exemples de l'ère pré-Pixar où l'animation occidentale rivalise avec le ton adulte de l'animation japonaise. Comme les premières oeuvres d'un certain Don Bluth.
    Prenez une grande inspiration.

    Car il est probable que vous manquiez d'air à la vision de The Plague Dogs. Adapté du roman éponyme du britannique Richard Adams, le film explore le monde de l'expérimentation animale par le biais de deux chiens : Rowf, un labrador qui a perdu toute foi en l'homme, et Snitter, un fox-terrier qui vit dans l'espoir de retrouver un maître. La première scène du film donne le ton. On se retrouve dans une pièce froide, anguleuse, où trône un bassin conséquent. Dedans, Rowf se débat, nage inlassablement tandis que deux hommes chronomètrent. Inévitablement, Rowf se noie, épuisé. Il est alors repêché et réanimé par les scientifiques qui se congratulent de cette nouvelle bonne performance. Glaciale. Terrifiante. Ce sont les premiers mots qui viennent à l'esprit pour décrire cette introduction. Bien vite, Rosen nous entraîne dans le laboratoire où les cages se succèdent, renfermant des rats, des lapins, des singes et des chiens. Tous sont morts de peur, désespérés. Tous vivent dans l'horreur la plus absolue. Une erreur d'un gardien, un verrou mal fermé, et Rowf et Snitter s'échappent. Commence alors une épopée dans une lande anglaise désertique qui n'en finira pas de disséquer la cruauté humaine.

    The Plague Dogs est un calvaire moral. Jamais vous ne verrez un dessin-animé plus noir. Martin Rosen donne naissance à un monstre, un vrai. Il ne rechigne devant aucune horreur, montrant frontalement l'empilement des cages, les bêtes traitées comme des marchandises ou la détresse infinie des animaux piégés dans ce véritable camp de concentration animalier. Il faut voir ces instants où Rosen s'attarde sur un singe enfermé dans une cage de métal et qui se blottit désespérément contre la paroi glaciale pour comprendre que The Plague Dogs va nous donner la nausée. Plaidoyer d'une extrême virulence à l'encontre de l'expérimentation animale, le film accumule les parallèles entre les camps d'expérimentations nazis et ce qu'il se passe dans les laboratoires. On retrouve la même cruauté froide, la même déshumanisation et ce goût de cendres lorsque les deux chiens s'échappent par...un incinérateur. Il ne s'agit là que des vingt premières minutes du film, et, déjà, on assiste à quelque chose de magistral.

    La suite n'est cependant pas en reste. Relâchés dans le monde des hommes, les chiens s'interrogent. Pourquoi cette cruauté ? Comment survivre dans ce monde fait d'horreurs ? Une dichotomie intéressante se crée entre Snitter et Rowf, créant deux facettes d'un même désespoir. Rosen arrive à humaniser d'une façon extrêmement intense ses deux héros. Mieux, il ose bâtir son dessin-animé sur un unique trio, aucun autre personnage ne vient interférer hormis la voix-off des militaires et autres journalistes. Grâce à une animation fait de plans fixes crayonnés, The Plague Dogs renforce la noirceur de son sujet. Perdus au cœur de la lande anglaise, pourchassés par les hommes, les chiens retournent à l'état sauvage, bien aidés en cela par Futé, le renard. Incarnation de la survie animale mais aussi d'un certain cynisme désarmant, le renard complète à merveille le récit. Nos compagnons tentent alors de survivre. Après certaines désillusions et la peur panique de se retrouver piéger à nouveau, ils se résolvent à s'entraider pour tuer des moutons. Cela attirant inévitablement la foudre des hommes.

    Pendant ce temps, Martin Rosen décortique ces deux personnages. Rowf devient de plus en plus catégorique à l'égard des hommes, des monstres cruels qui ne leur veulent que du mal, tandis que Snitter s'affirme comme le héros le plus tragique du métrage. Victime d'une expérience sinistre au cerveau, le chien confond progressivement le réel et ses fantasmes. La superposition d'un foyer douillet et de la froideur de son aventure crée une tension émotionnelle supplémentaire. D'autant plus que Rosen le fait disserter sur ses espoirs et ses chimères, véritable crève-cœur au milieu d'une aventure sans aucun espoir. Reste alors les humains. The Plague Dogs ne les montre jamais. Du moins jamais leurs visages. Dans le film, les hommes sont des Dieux cruels et sanguinaires. Ils parlent hors-champ, complotent, condamnent, mentent et surtout tuent. Plus qu'un réquisitoire contre l'humanité, le film abat la figure humaine. Elle dépouille tous les artifices pour ne laisser que la bête immonde. Ici, l'animal n'est plus celui que l'on croit. La violence du film n'est donc pas tant graphique (même très peu) mais bien psychologique. Et elle s'avère quasiment insoutenable.

    Martin Rosen trimbale ensuite les chiens dans des grottes et sur des plaines gelées et enneigées. Il s'achemine, petit à petit, vers une fin terrible que l'on sait inévitable. Acculés, les deux chiens perdent tout sens rationnel, Rowf se raccrochant à la folie de plus en plus évidente de Snitter. La dernière scène, rigoureusement atroce d'un point de vue psychologique, achève ce conte cruel et horrifiant. Dans l'univers créé par Martin Rosen, où tout n'est que métaphore autour du caractère inhumain de l'homme, reste un espoir. Une île prise dans la brume. Sauf que voilà, on le devine, on le pressent, l'île n'est qu'un mirage, l'espoir n'est qu'un mirage. Il n'y a pas d'espoir dans The Plague Dogs. Juste une inlassable fuite pour échapper au monstre humain. Dès lors, Snitter et Rowf prennent une toute autre apparence. Plus universelle, plus terrible. Peut-être qu'au final l'homme a chassé sa propre humanité depuis longtemps. 

    Un chef d'oeuvre. Voilà ce qu'est The Plague Dogs de Martin Rosen.
    Pour autant, le film est à fortement déconseiller aux enfants tant la violence psychologique et la noirceur implacable de l'oeuvre risque de les heurter profondément. Charge magistrale contre l'expérimentation animale et contre la cruauté humaine, The Plague Dogs laisse K.O.

    Note : 10/10

    Meilleures scènes : La traversée - L'hallucination dans la remise

     

     

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  • [Critique] Paprika

    Dans un futur plus ou moins proche, un nouveau type de traitement psycho-thérapeutique a été  inventé. Pour guérir les patients de leurs névroses et traumatismes, des personnes spécialement entraînées pénètrent dans les rêves de leurs clients pour exposer leurs peurs et les résoudre. Pour se faire, ils ont recours à une technologie révolutionnaire, la DC Mini, inventée par deux scientifiques : le Dr Kosaku Tokita, un génie obèse aux tendances enfantines, et le Dr Atsuko Chiba, plus réservée et bien plus mature. Encore en phase de test, la DC Mini est utilisée par Chiba pour pénétrer l'inconscient du commissaire Toshimi Konakawa, un ami de Toratarō Shima qui dirige l'équipe testant cette technologie onirique. Tout se passe pour le mieux jusqu'à ce que plusieurs prototypes de DC Mini soient volés et que les choses dérapent. Capable de pénétrer dans les rêves des autres, le voleur s'en prend à l'équipe scientifique et les pousse vers la folie. Bien vite, la réalité et le monde des rêves s'entrelacent, risquant de tuer les patients voir de détruire complètement le monde réel. Le temps est compté pour Atsuko Chiba qui va tenter de reprendre les choses en main grâce à son alter-ego facétieux évoluant dans la dimension onirique : Paprika.

    Si tous les amateurs d'anime connaissent le nom de Satoshi Kon, il n'en est pas de même du commun des mortels vivant en Occident. Considéré comme un des plus grands génies de l'anime japonais, Satoshi Kon arrive rapidement au poste convoité de réalisateur après avoir travaillé sur quelques OAVs mineurs. Son premier film, Perfect Blue connaît immédiatement un fort succès et décroche même quelques récompenses. Fort de cette réussite, Satoshi Kon désire adapter le roman Paprika de Yasutaka Tsutsui. Seulement voilà, faute d'obtenir les fonds nécessaires et suite à la faillite de l'entreprise de production, Paprika est mis au placard. Il faut attendre 9 ans pour que le réalisateur japonais puisse disposer des moyens nécessaires pour accomplir son rêve. Après Millenium Actress et Tokyo Godfathers, Satoshi Kon adapte enfin Paprika sous la forme d'un anime d'une heure trente. Énorme succès critique, le long-métrage parvient même à concourir pour le fameux Lion d'Or de la Mostra de Venise (qu'il n'obtient évidemment pas). Malheureusement, Satoshi Kon décède en 2010 des suites d'un cancer du pancréas, fauché en pleine gloire. Pourtant, son film-somme, Paprika, a attiré le respect d'un grand nombre de réalisateurs, allant jusqu'à très largement inspirer le fameux Inception de Christopher Nolan. Revenons donc quelques instants sur ce petit bijou encore trop méconnu.

    Sans préavis, Satoshi Kon lance le spectateur en plein milieu de son univers psychédélique. L'entrée en matière de Paprika nous jette dans l'inconscient de l'inspecteur Konakawa, délivrant immédiatement des images fabuleuses et folles sans aucune explication. Première évidence, Paprika possède un style et un aspect graphique époustouflants. Véritable joyaux d'animation magnifié à la fois par les folies visuelles de Satoshi Kon mais également par la tendance manifeste du film à abuser des couleurs criardes, le métrage s'avère rapidement un pur délice pour les yeux. Rares sont les films d'animation occidentaux à atteindre une telle qualité. Ce n'est d'ailleurs pas le seul aspect de Paprika qui écrase la production occidentale. Avec une maturité exemplaire, Paprika s'aventure sur un terrain que l'on pourrait croire miné : celui des rêves et de la perception.

    Loin d'être un film pour enfants, Paprika tisse un scénario aussi retors que machiavélique. Si l'on se perd même en chemin à plusieurs reprises, c'est un réel bonheur d'arpenter l'esprit labyrinthique du réalisateur. Construit entièrement sur la manipulation des rêves, Paprika va bien plus loin qu'Inception le fera par la suite. Ici, les événements ont réellement un côté aléatoire et complètement fou. Les choses les plus improbables se passent devant nos yeux : parade de frigos et poupées géantes, explosion de corps en milliers de papillons, transformation en sirène ou en chimère...bref nous sommes bel et bien dans le monde du rêve avec toute l'absurdité et le non-sens que cela peut suggérer. Enfin, presque. Au-delà de ces apparences délirantes, Paprika cherche constamment à faire passer des messages, à orienter son intrigue grâce aux étrangetés qui défilent à l'écran. Satoshi Kon ne laisse rien au hasard, bien au contraire, tout est calculé pour se fondre dans l'intrigue globale. 

    Et quelle intrigue ! Paprika adopte d'abord la forme d'un film policier (l'enquête sur le vol du DC Mini) pour totalement exploser les limites de ce genre par la suite et les confondre avec la science-fiction ou le fantastique. L'énigme principale passe au second plan au fur et à mesure de l'avancée de l'enquête pour une réflexion extrêmement poussée et stimulante centrée sur la perception de la réalité. Qu'est-ce que la réalité en définitif ? Qu'est-ce qui définit le monde réel ? Les alter-ego imaginaires des protagonistes viennent brouiller les cartes, Paprika devenant presque plus réel que Chiba au gré des péripéties du récit. La dichotomie réel/rêve s'évapore dès que Satoshi Kon abat le filtre poreux entre les deux dimensions. Dès lors, Paprika devient un film tortueux et dingue. Difficile de dire si l'on est dans le réel ou le rêve. Entre les traumatismes du commissaire Konakawa (extrêmement bien pensés et mis en scène) et les non-dits entre Atsuko et Kosaku, le film se fait labyrinthe. Malgré son apparente froideur, Paprika recèle des trésors d'imagination et, parfois, d'émotions. Il suffit de voir cette séquence poignante où Atsuko avoue ses sentiments. "Elle rêve" nous dit Paprika. Et le spectateur avec elle.

    Cette tendance de Paprika à brouiller les pistes et à entretenir le doute jusqu'au bout ne sera pas sans rappeler au spectateur occidental la fameuse toupie d'Inception. Un film qui perd beaucoup de sa superbe après avoir visionné le joyaux de Satoshi Kon. Tout ce qui avait fait l'originalité d'Inception se trouve déjà là et de façon bien plus débridée et convaincante. De surcroît, Paprika hante longtemps son spectateur. Questionnant notre rapport aux apparences, le long-métrage paraît bien plus pertinent que le film de Nolan, cela sans avoir recours à de grandes explications. Evidemment, on pourrait arguer que le manque d'informations - au début notamment - rend le film un poil hermétique. Seulement voilà, un rêve n'est jamais très clair, il faut creuser, chercher, taquiner son inconscient. Au fond, Paprika ne fait que retranscrire la réalité dans toute son irrationalité. N'est-ce pas plus authentique de cette façon ?

    Véritable pépite de l'animation japonaise, à ranger quelque part entre Ghost In The Shell et Akira, Paprika questionne, passionne, agace et fascine. Le dernier film de Satoshi Kon fait partie de ces OVNIs salutaires où le psychédélisme attaque le rationnel et où l'imagination ne connaît aucune barrière.
    Indispensable tout simplement. 

     

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Chiba/Paprika soutenant le robot de Tokita

     

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  • [Critique] Everest

    On ne peut pas dire que l'Islandais Baltasar Kormakur ait brillé dans le monde du cinéma jusqu'ici. Après des films aussi mineurs que 2 Guns ou Contrebande, il a tout de même réussi à décrocher le poste de réalisateur sur un blockbuster américain avec Everest. Récit inspiré de faits réels (comme en raffole Hollywood), le long-métrage se base sur l'ouvrage Tragédie à L'Everest du journaliste et alpiniste Jon Krokauer qui raconte la destin funeste d'une expédition vers le plus haut sommet du monde ayant coûté la vie à quinze personnes. Pour l'occasion, Kormakur s'entoure d'un casting hallucinant avec pas loin d'une dizaine d'acteurs connus parmi lesquels Jason Clarke, Josh Brolin ou Jake Gyllenhaal. Si l'on sait pourtant pertinemment que les films catastrophes à l'Hollywoodienne ont tendance à être de vrais nanars en puissance, Everest fait un choix très pertinent : raconter un drame sans tout baser sur le côté spectaculaire de la chose. Du coup, le résultat s'avère bien moins catastrophique que prévu.

    Everest revient donc sur un fait divers datant du 10 mai 1996. A cette date, plusieurs expéditions commerciales menées par des alpinistes chevronnés tentent d'atteindre le sommet de l'Everest. Parmi elle, celle d'Adventure Consultant dirigée par Rob Hall et comprenant le journaliste Jon Krakauer du magazine Outside, Beck Weathers, Doug Hansen ou encore Yasuko Namba, la seconde japonaise a avoir atteint les sept plus hauts sommets du monde. Alors que le camp de base grouille de monde avec l'afflux des touristes et aventuriers de tous poils, l'équipe de Rob Hall s'unit à celle de Scott Fischer pour l'ascension finale au jour J. Du fait d'une météo catastrophique et d'un retard sur l'horaire prévu, l'expédition tourne au drame, laissant derrière elle une quinzaine de victimes gelées dans les neiges du toit du monde. 

    Si la bande-annonce laisse entrevoir un film purement catastrophe, Everest fait le choix autrement plus pertinent d'être le récit d'une catastrophe. Baltasar Kormakur nous raconte comment la fameuse expédition du 10 mai 96 a pu se transformer en désastre en tentant d'humaniser le plus possible ses protagonistes. Certes, Everest n'est pas un film d'acteurs, mais l'Islandais donne l'épaisseur nécessaire aux protagonistes de son histoire pour que le spectateur éprouve une certaine empathie envers eux, notamment à l'égard de Rob Hall, Doug Hansen et Yasuko Namba. On pointera immédiatement du doigt de grosses ficelles à l'Hollywoodienne tels que les rôles de Robin Wright et Keira Knightley en femmes éplorées qui, en fin de compte, n'ont rigoureusement aucune utilité à part rajouter une bonne couche de larmes. Prendre de telles actrices pour ce genre de rôle frise la blague de mauvais goût.

    Heureusement, Everest s'intéresse avant tout au déroulement de l'expédition. En posant sa caméra dans l'Himalaya, Kormakur nous fait rêver, dans ce monde totalement hors du temps, extrêmement impressionnant sur grand écran. Si l'on a bien quelques petits frissons lors d'une chute de neige ou le tremblement d'une échelle, le film ne mise pas sur un côté catastrophe qui l'aurait condamné. Il préfère se concentrer sur le destin fatal de ses protagonistes pris au piège de rafales impitoyables, tentant avec plus ou moins de bonheur d'entretenir le suspense jusqu'au bout quant à leur sort. La réalisation soignée et étonnamment ample de l'Islandais capture à la fois le désespoir du lieu et le côté exceptionnel de cette ascension. Si bien que l'on est souvent soufflé par la beauté des images et l'immensité des reliefs (encore magnifié par l'emploi de la 3D, relativement réussie). De ce côté, le métrage ne ment à aucun moment et en donne pour son argent au spectateur avide de grands espaces.

    Côté acteurs, même si l'on est impressionné par le casting 5 étoiles, il faut bien avouer qu'il n'y a guère que Jason Clarke pour véritablement tirer son épingle du jeu. Les autres n'ont ni le temps nécessaire à l'écran ni la profondeur psychologique requise pour faire vivre leur personnage, à commencer par un Jake Gyllenhaal en mode touriste ou un Josh Brolin bourru et effacé. On ne parlera même pas du revenant Sam Worthington qui n'a quasi aucune utilité. Le vrai acteur principal du film, c'est bien l'Everest et personne d'autre. Pour enjoliver tout de même son histoire, Baltasar Kormakur glisse un petit sous-texte mordant à l'encontre du tourisme de l'Everest, pointant du doigt la logique commerciale de l'entreprise et les drames que cet angle d'attaque apporte inévitablement. Ce petit plus permet dans un sens d'apporter un léger avantage par rapport à la conccurrence en la matière (même si elle est bien faible).

    Réalisé avec soin, souvent haletant et véritablement impressionnant, Everest fait les bons choix et rempli son contrat de blockbuster frigorifiant. Sans jamais aller chercher bien loin, Baltasar Jormakur livre un film soigné et honnête, à peine entaché par des rôles féminins parfaitement inutiles et un côté tire-larmes agaçant sur sa fin.
    Les amateurs du genre seront ravis !

    Note : 6.5/10

    Meilleure scène : L'arrivée de la tempête au sommet
      

     

     

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  • [Critique] Mary et Max

    Cristal du meilleur long-métrage d'animation Festival Annecy 2009

     Les films australiens ne sont pas Légion à arriver en France. A plus forte raison lorsqu'il s'agit d'animation. Pourtant, après trois films restés inédits dans nos contrées, Mary et Max, quatrième long-métrage de l'australien Adam Elliott, a réussi à se frayer un chemin dans nos salles de cinémas. Encensé par la critique, Mary et Max délaisse l'animation moderne pour recourir à la pâte à modeler en stop-motion à la façon d'un Wallace et Gromit ou d'un ParaNorman. Pas forcément un succès en salles lors de sa sortie en 2009, il a tout de même réussi à décrocher la récompense suprême au Festival d'Annecy la même année. En abordant un sujet singulier et délicat, Adam Elliot ne destine pas forcément son oeuvre aux plus jeunes mais montre une fois de plus que l'animation peut cacher de véritables trésors d'intelligence.

    Mary a huit ans lorsqu'elle commence à écrire par hasard à un inconnu à l'autre bout du monde : New-York. Complexée, renfermée et maladroite, Mary a de surcroît la malchance de vivre avec une mère un peu trop accroc au Sherry.  Son correspondant, Max Horovitz, habite dans un appartement plutôt spartiate avec son poisson rouge, son perroquet et son chat borgne. Max est obèse, facilement perturbé et hyperphagique. La lettre de Mary va initier une longue histoire d'amitié qui devra traverser les drames de la vie de Mary et les rechutes de Max. Car Max est atteint d'une forme rare d'autisme, le fameux Syndrome d'Asperger, qui l'empêche de vivre comme tout un chacun. Une histoire extraordinaire qui traverse les océans.

    Mary et Max est un film d'animation véritablement atypique. Plusieurs raisons à cela. La première, c'est qu'il s'agit d'un film très adulte et très noir à la fois. Adam Elliot nous raconte la correspondance entre deux personnages à la vie pas vraiment rose, à savoir une fille complexée aux tendances dépressives et un homme victime du Syndrome d'Asperger vivant dans une solitude quasi-absolue. Le sujet ne devrait donc pas forcément prêter à rire. Seulement, c'est sans compter sur l'humour fin et délicat d'Adam Elliot qui réussit le tour de force de marier la naïveté de la fillette à l'étrangeté de Max, donnant un cocktail délicieusement drôle où l'imagination débridée et savoureuse de l'australien se déverse devant nos yeux. C'est surement le premier point fort du film : arriver à nous faire rire et sourire au milieux de deux histoires franchement déprimantes. Elliot saisit la beauté fugace de ces échanges improbables pour les distiller patiemment au cours de son histoire empêchant celle-ci de tomber dans une accumulation grossière de drames et de larmes.

    La second élément qui rend Mary et Max unique, c'est son mode de narration. Tout le film est raconté en voix-off, majoritairement par un narrateur, mais également par les voix de Mary et de Max lisant les lettres qu'ils reçoivent. Ce choix singulier donne l'apparence d'un conte noir au film, comme si le spectateur écoutait une histoire triste au coin du feu. La démarche devrait lasser par sa systématisation, et pourtant, étrangement - et surement de par la nature épistolaire du film - le tout fonctionne admirablement. Enfin, dernier élément et non des moindres, l'utilisation des couleurs. Pour nous immerger dans le monde de ses deux personnages, Adam Elliot choisit d'adapter sa palette de couleurs aux émotions de ses personnages. Ainsi, obnubilée par sa tâche de naissance marron, l'environnement de Mary s'avère dominé par les teintes marrons. A l'autre bout du monde, dans cette ville lugubre qu'est New-York, l'existence triste et vide de Max est faites de noir et blanc. Lorsqu'il reçoit des cadeaux de Mary, celle-ci met littéralement des couleurs dans sa vie. Cette idée toute simple s'avère juste géniale à l'arrivée, le jeu permanent entre les différentes teintes permet à Mary et Max d'affirmer encore davantage sa patte artistique unique.

    De ce côté, on ne le dira jamais assez, l'animation en stop-motion a quelque chose d'unique, de poignant. La beauté plastique de Mary et Max, que n'aurait certainement pas renié par moment un certain Tim Burton, est un bonheur sans cesse renouveler, d'autant plus que l'esprit d'Adam Elliot regorge d'idées de mise en scène décalées (les bulles d'idées par exemple). Cependant, Mary et Max est surtout remarquable pour la sincérité et l'authenticité qui s'en dégage. Inspiré par un vrai Max (qui aurait correspondu avec Elliot en personne), celui du film explore l'autisme avec une acuité rare. Elliot se débarrasse des préjugés pour montrer à la fois le calvaire des personnes atteintes du Syndrome d'Asperger mais aussi pour leur rendre leur humanité dans ce qu'elle a de plus touchante, ce désespérant désir d'arriver à communiquer avec les autres, à ressentir les choses. Bref, la volonté profonde d'arriver à exister au-delà des normes étranges de cette société qu'ils ne peuvent pas comprendre. A ce titre, Mary et Max s'impose comme une immense réussite dans le domaine de l'analyse psychiatrique, dépeignant avec humour et intelligence la pathologie mentale et ne reculant pas devant les moments les plus sombres et les plus abstraits qui peuvent en découler. De même, l'exploration de l'épisode dépressif de Mary, même s'il semble moins pertinent et un peu "too much" au sein du récit, retranscrit avec une grande acuité le sentiment de noirceur et de vide qui envahit l'esprit d'un dépressif.

    Original, drôle, touchant et surtout d'une grande intelligence dans sa peinture de l'autisme, Mary et Max offre un moment de cinéma entre rires et larmes. Adam Elliot arrive à déceler l'espoir au cœur du désespoir pour finalement toucher son public en plein cœur. 
    Une délicieuse curiosité.

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : Max écrivant à Mary qu'il l'a pardonne

    Meilleure réplique : "You're my best friend. My only friend."

     



     

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  • [Critique] Mon Voisin Totoro

    Prix Noburō Ōfuji
    Meilleur film Prix Mainichi

     

    En 1988, soit deux ans après son précédent film Le château dans le ciel, Hayao Miyazaki est encore loin d'avoir acquis la notoriété qu'il connaîtra plus tard. Son projet de l'époque, un film tendre sur l'enfance dans le Japon des années 50 intitulé Mon Voisin Totoro, a toutes les peines du monde à s'imposer aux producteurs de Tokuma. Il faudra coupler la production du long-métrage à celle du chef d'oeuvre d'Isao Takahata, le sublime Tombeau des Lucioles, appartenant au même studios Ghibli, ainsi que trouver le soutien de l'éditeur de la nouvelle éponyme d'Akiyuki Nosaka pour qu'enfin Mon Voisin Totoro voit le jour. Pourtant, lors de sa sortie sur les écrans japonais, le film devient un classique instantané et connaît un succès phénoménal. Le personnage de Totoro devient par la suite la mascotte des studios Ghibli et un anime incontournable pour les enfants japonais. Ailleurs dans le monde, il faudra attendre la déferlante Mononoke pour découvrir Totoro et continuer à explorer le monde magique et bourré d'intelligence de Miyazaki. Retour sur un anime pas comme les autres.

    Après des animes pas forcément lumineux (Nausicaa ou Le Château dans le ciel), Mon Voisin Totoro apparaît comme une véritable rupture de ton. Il nous emmène à la découverte de la campagne japonaise des années 50 (celle-là même où a grandi Hayao Miyazaki) à travers les yeux de deux fillettes : Mei et Satsuki. En emménageant avec leur père tandis que leur mère est hospitalisé en ville, elles découvrent un univers où se terrent des créatures magiques. La maison grouille de noiraudes, sorte de petits fantômes de suie, et surtout, la forêt qui jouxte leur maison cache en son sein des habitants bien étranges. C'est la cadette, l'intrépide Mei, qui va découvrir la première ce monde caché et se lier d'amitié avec Totoro, un gigantesque hybride féerique au timbre puissant mais à la fourrure apaisante. Pour surmonter la maladie de leur maman, les fillettes vont devoir trouver l'aide de Totoro, du chat-bus et de la nature elle-même. Mais est-ce bien la réalité ? Serait-ce un rêve ?

    Film atypique (d'autant plus pour nous autres occidentaux), Mon Voisin Totoro s'avère une porte d'entrée sublime pour les plus jeunes (voir même pour les autres). Dans sa partie introductive avec la découverte de la maison ainsi que de la campagne environnante, Hayao Miyazaki nous présente un Japon presque fantasmé, un Japon où la verdure est partout, où la magie de la nature illumine le monde. Tout va très lentement, très paisiblement, Mon Voisin Totoro se fait immédiatement apaisant, irradiant d'une clarté délicieuse. On batifole avec les deux petites filles dans ce petit bout de paradis où seul l'absence de la mère semble contrarier le bonheur parfait de cette petite famille. On sent d'emblée la volonté contemplative et poétique voulue par le japonais, une volonté affichée et revendiquée de prendre son temps, de nous immerger peu à peu dans des souvenirs d'enfance sucrés et chaleureux.

    Puis, le réalisateur japonais introduit petit à petit la dimension fantastique de son long-métrage. Le spectateur découvre avec le même étonnement que les fillettes les fantômes de suie, les fameuses noiraudes (que l'on retrouvera dans le Voyage de Chihiro plus tard), avant de partir à l'aventure dans la forêt pour y découvrir de petites créatures entre la chouette et le chat. Evidemment, point d'orgue de cette première partie, la découverte de Totoro (déformation par la jeune Mei du mot japonais tororu qui signifie troll), immense créature aussi paisible que soyeuse. On retrouve dans ces êtres magiques cette volonté atmosphérique de quiétude et de chaleur enfantine voulue par Miyazaki. De façon assez surprenante cependant, Mon Voisin Totoro utilise avec parcimonie ces moments fantastiques, à la fois pour leur donner un côté plus marquant et iconique (la scène mythique de l'arrêt de bus sous la pluie ou la poussée du jardin pendant la nuit) mais également pour laisser de la place à un autre thème fort du film.

    Double lumineux du désespérant Tombeau des Lucioles, Mon Voisin Totoro tente de raconter l'enfance, l'émerveillement et la douceur. Il utilise le tragique de la maladie maternelle pour montrer les liens profonds qui unissent les deux sœurs. Leur complicité mais aussi leurs prises de becs sont autant de preuves d'amour subtiles et, finalement, sublimes. Confrontées à un événement pourtant terrible, elles trouvent en elles-même et en la nature magique environnante, une force qu'elle ne soupçonnait pas. Avec tendresse, Hayao Miyazaki explore le chagrin (la scène crève-cœur où Satsuki s’effondre en larmes dans les bras de sa grand-mère) mais sans jamais véritablement tomber dans le pessimisme. En réalité, le monde de Mon Voisin Totoro est une vision de paradis où les plantes poussent par magie, ou des chats vous emmènent en bus retrouver votre petite sœur perdue ou votre mère malade, et où un épi de maïs rend la santé. Ce conte doux-amer, fantasme d'une enfance lointaine quelque part entre le rêve et la réalité, joue de sa poésie visuelle et sonore pour ensorceler le spectateur.

    On retrouve évidemment dans Mon Voisin Totoro cette vision écologique et si proche de la nature chère à Miyazaki. C'est la proximité des arbres, de la forêt, de ses habitants mythiques qui sauvent les enfants et permet à l'homme de s'émerveiller. Il suffit d'un arbre pour protéger une famille, d'une grosse créature duveteuse pour trouver la paix. Une nouvelle fois, le japonais fait passer un sous-texte écologique subtil mais forcément salutaire, d'autant plus pour les jeunes génération. En y ajoutant ce bestiaire purement japonais qui ravira par son originalité les occidentaux découvrant cette facette du pays du soleil levant, Mon Voisin Totoro s'affirme sans surprise comme un classique de l'animation. 

    Sucrerie tendre et lumineuse, Mon Voisin Totoro donne à Hayao Miyazaki la consécration qu'il attendait. Traversé par une magie de l'enfance tout à fait délicieuse et un bestiaire enchanteresque, l'anime trouve rapidement sa place parmi les grands classiques. 

    Note : 8.5/10

    Meilleures scènes : L'arrêt de bus - Les fillettes dormant sur Totoro dans l'arbre - La danse pour faire pousser les arbres - Le voyage en chat-bus

    Meilleure réplique :  

    Mei : "Ça a marché"
    Satsuki : "Ça a marché"
    Mei : "C'était pas un rêve !"
    Satsuki : "C'était un rêve !"
    Mei : "C'était pas un rêve !"
    Satsuki : "C'était un rêve qui n'était pas un rêve !" 

    A noter qu'il existe une suite sous forme de court-métrage à Mon Voisin Totoro, Mei et le chat-bus, uniquement projeté au musée Ghibli au Japon.

    Critique dédiée à Morgane B.

     



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  • [Critique] Agents très spéciaux - Code U.N.C.L.E

    Où était passé Guy Ritchie, le réalisateur de Sherlock Holmes et Snatch ? Après nous avoir offert le plus célèbre des détectives anglais sur grand écran durant deux volets survoltés, le britannique est resté silencieux pendant près de quatre ans. Il revient aujourd'hui avec un projet improbable : le remake d'une vieille série des années 60 de NBCThe Man from U.N.C.L.E., que tout le monde a oublié depuis. Alors que les espions et autres agents secrets ont le vent en poupe ces dernières années, il suffit de voir le succès colossal de Skyfall ou de Mission Impossible 5 : Rogue Nation pour s'en convaincre, Ritchie suit le mouvement en tentant d'y apposer sa patte personnelle. Renommé en France Agents très spéciaux - Code U.N.C.L.E., le long-métrage réunit trois acteurs montants : l'anglais Henry Cavill, l'américain Armie Hammer et la suédoise Alicia Vikander. Action, humour, aventure et guerre froide sont au rendez-vous du dernier bébé de l'excentrique Guy Ritchie.

    Berlin. Début des années 60. La guerre froide n'en finit plus de déchirer le monde en deux.
    L'agent américain Napoleon Solo a été chargé de retrouver et de ramener Gaby Teller. Pris en chasse par un des meilleurs hommes du KGB, Illya Kuryakin, il doit faire appel à tous ses talents pour s'en sortir en un seul morceau. Quelques temps plus tard, Solo est convoqué par Sanders, son supérieur. Celui-ci lui révèle que d'anciens fascistes travaillent en secret pour fabriquer une bombe atomique. Devant l'importance de cet enjeu, les américains et les russes ont décidé d'unir leurs forces. Solo devra donc faire équipe avec son ex-ennemi juré, le russe Illya Kuryakin, pour infiltrer Gaby Teller et déjouer les plans de Victoria Vinciguerra. Une coopération qui promet quelques savoureuses péripéties entre le condescendant agent américain et l'impulsif agent soviétique.  

    Guy Ritchie aime les duo de personnages aux styles tranchés. Après Holmes et Watson, il nous propose cette fois deux agents secrets que tout semble opposer, à commencer par leur allégeance. Le britannique nous plonge tout de suite dans le bain avec une scène de course-poursuite à cent à l'heure dans les rues d'un Berlin coupé en deux. Immédiatement, on retrouve la nervosité du réalisateur, une nervosité que l'on retrouvera durant tout le film donnant un cachet appréciable à l'aventure. Ritchie démultiplie les plans, bouillonne toujours d'idées de mise en scène, s'approchant même parfois du style comics (on pense à la scène d'attaque finale et son découpage de l'image). Nul doute que l'anglais n'a rien perdu de son talent pour filmer des scènes d'actions. Celles-ci s'avèrent des plus jouissives, avec toute la désinvolture filmique dont est capable Ritchie. Sans oublier, bien sûr, son humour décalé.

    L'un des gros points forts d'Agents très spéciaux - Code U.N.C.L.E., c'est justement son humour qui joue sur l'opposition de style entre les deux agents secrets. Le premier est un prétentieux pas possible doublé d'un incorrigible séducteur, le second se révèle aussi impulsif que taciturne. La compétition entre Solo et Illya permet à Ritchie d'accumuler les gags sans pour autant tomber dans le surlignage humoristique grossier. On note quelques scènes véritablement excellentes à ce niveau, tels que Solo regardant patiemment Illya se faire poursuivre en bateau ou Illya et Solo en train de discuter du sort à réserver au bourreau qu'ils ont capturé. Ritchie sait jouer sur plusieurs registres d'humour et ménager ses effets. Bref, un vrai plaisir.

    Pour incarner ses deux héros, Ritchie a porté son dévolu sur Henry "Superman" Cavill et Armie Hammer, deux acteurs pas forcément encore populaires mais qui joue leur rôle à la perfection. Un léger avantage sera donné à Armie Hammer, franchement génial dans le rôle moins évident du russe bourru et surtout légèrement psychotique. Reste Alicia Vikander, un peu en retrait du fait d'un personnage moins convainquant et moins important que les deux précédents, mais qui assure le nécessaire. L'histoire quand à elle arrive à ne jamais ennuyer, Ritchie dose son action pour maintenir l'attention du spectateur durant les deux heures du long-métrage tout en ajoutant une atmosphère guerre froide finalement très réussie. On reprochera juste la fin balisée et sans surprise qui, du coup, gâche un tant soit peu une aventure jusque là vraiment accrocheuse.

    Malgré un succès pour le moment assez limité, Agent très spéciaux - Code U.N.C.L.E mérite bien son statut de divertissement drôle et rythmé. Guy Ritchie arrive même à surpasser sa saga Sherlock Holmes pour ressusciter une franchise morte et enterrée.
    Un bon moment pour qui aime les films d'espionnages ne se prenant pas (trop) au sérieux. 

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : La discussion pour savoir que faire du bourreau

     



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  • [Critique TV] Mr. Robot, Saison 1

    Vous voulez des séries de qualité ? Oubliez les grandes chaînes publiques américaines. A quelques rares exceptions près, vous n'y trouverez que du bas de gamme. Tournez-vous vers le câble. Et réjouissez-vous. HBO, Showtime, AMC...vous y trouverez de nombreuses pépites. Alors lorsque la chaîne câblée USA Network décide de revitaliser son offre pour faire face à la concurrence et produit une série ambitieuse intitulée Mr. Robot, évidemment, la chose attise la curiosité. Pourtant, à l'étonnement général, le showrunner s'avère être un illustre inconnu répondant au nom de Sam Esmail. Côté casting, c'est un peu maigre également à l'exception d'un certain Christian Slater (que l'on pensait mort et enterré depuis le temps) et un Rami Malek que les connaisseurs auront déjà croisé dans la mini-série de Steven Spielberg et Tom Hanks, The Pacfic. Diffusé depuis juin 2015, Mr. Robot agite pourtant rapidement la toile et les médias, gagnant une jolie réputation à la fois sulfureuse et atypique. Alors, qui est Mr. Robot ?

    Mr. Robot est un hacker. Et du genre génial.
    Elliot Alderson bosse dans une boîte de sécurité internet, AllSafe, qui travaille elle-même pour EvilCorp, une immense multinationale qui contrôle la plupart du marché. Le jour, Elliot n'est donc qu'un petit informaticien asocial que seule sa meilleure amie, Angela, approche réellement. La nuit cependant, Elliot a d'autres activités. Il hacke les comptes de certaines personnes pour exposer leurs sales petits secrets au grand jour. Le problème, c'est qu'il hacke également toutes les personnes qu'il connaît et pénètre dans leur intimité par le biais des renseignements à sa disposition sur les réseaux sociaux, les boîtes mails...et l'internet en général. Elliot a également de graves problèmes de sociabilité qui le condamne à une solitude terrible et à fréquenter un cabinet de psy. Seulement voilà, Elliot a été trop loin. Il a piraté le gars de trop et des hommes en noir le suivent jusque dans le métro jour et nuit. C'est alors qu'un certain Mr Robot le trouve. Cet énigmatique personnage lui révèle alors son plan insensé : faire tomber le monde capitaliste en faisant chuter EvilCorp. Et si cela arrivait vraiment ?

    Mr. Robot s'ouvre sur un pilote d'une heure avant de repartir sur un format 45-50mn pour les neuf épisodes suivants. Pourtant, en l'espace de cette première heure, Mr. Robot fait des merveilles et promet énormément de choses. Influencé par une multitudes de réalisateurs et de films récents, Sam Esmail fait la synthèse d'un Social Network et d'un Fight Club saupoudré d'American Psycho et d'une bonne rasade de Margin Call. Ce pilote sous influences pourrait s'avérer totalement inintéressant mais c'est justement le contraire qui se produit, une sorte de petit miracle en soi. Extrêmement accrocheur, le premier épisode introduit le monde froid et paranoïaque dans lequel évolue Elliot. Un monde avec d'énormes ressemblances par rapport au nôtre. Tout est contrôlé par l'argent, les interactions entre les personnes sont devenues froides, effrayantes presque. Et l'internet est devenu le Dieu de l'ère moderne. Au milieu, Elliot a un pied dans l'ancien monde et un pied dans le nouveau monde. A la fois hacker et farouche opposant aux réseaux sociaux, le jeune homme incarne une certaine figure de rébellion qui charme immédiatement. 

    Frontalement, Mr. Robot nous met face à nos propres contradictions. Épris de liberté, nous évoluons pieds et poings liés par le pouvoir de l'internet. La série montre à quel point il est facile aujourd'hui de perdre toute vie privée. Dès le premier épisode, Elliot charge Facebook et démonte Apple, montrant que Sam Esmail ne veut pas s'arrêter à la surface. A côté de ça, la série s'illustre par sa volonté de s'insinuer dans le monde du hack et des pirates informatiques. Et tant pis si l'on y comprend rien bien souvent, on est captivés par ce charabia quasi-magique. C'est ici que Mr. Robot joue la carte Margin Call après avoir usé de sa carte Fight Club. Loin d'étouffer la série cependant, ces influences sont digérées patiemment et s'intègre dans une volonté d'explorer plus profondément les choses. Outre le désir constant de la série de détruire bloc par bloc une société moderne devenue une dictature incapable de dire son nom, Mr. Robot s'amuse avec nous.

    C'est à ce moment qu'entre en scène Rami Malek. Encore peu connu, l'interprète d'Elliot fournit un travail plus qu'admirable avec de claires prouesses d'acteurs par moments. Soyons clairs, si l'on enlève Malek de Mr. Robot, la série n'a quasiment plus d’intérêt. En effet, absolument toute la série (excepté le malencontreux épisode 7) est basée sur lui et son personnage captivant. Esmail joue sur deux terrains avec Elliot : celui de la folie et celui du génie. Elliot est-il fou ? Hallucine-t-il le grand complot capitaliste ? Qui est-il vraiment sous sa capuche et derrière son regard de junkie ? Mr. Robot entretient le suspense...sans vraiment l'entretenir. En réalité, Esmail a l'intelligence de comprendre qu'il n'invente rien sur ce plan et la révélation finale n'en sera pas une. Elliot parle toujours directement au spectateur, le met dans sa poche, en fait un complice. Du coup, Esmail joue avec ce postulat casse-gueule pour ne pas jouer la carte du twist improbable mais celle du twist logique que l'on attend de pied ferme. La chose est tellement finement amenée et assénée que tout passe comme une lettre à la poste.

    Seulement voilà, Mr. Robot s'avère au final une série terriblement frustrante car bancale. Passé le pilote formidable sur tous les plans (la réalisation, notamment, est divine), Mr. Robot devient inégal. La faute à des arcs secondaires franchement parfois hors de propos et lourds. Si l'on peut pardonner toute l'intrigue avec le dealer (elle accouche d'un épisode d'une intensité extrêmement réussie même si elle s'éloigne totalement de l'histoire), difficile d'excuser le remplissage de la sous-intrigue d'Angela, au mieux passable, au pire tout à fait chiante. Si on rajoute le fait que Portia Doubleday, l'actrice l'intreprétant, est surement la seule erreur de casting de la série, la chose devient embarrassante. Heureusement que l'arc concernant Tyrell, satire mordante et violente de l'homme d'affaire moderne à en faire pâlir Bateman, rattrape quelque peu les choses. De même, l'épisode 7, comme on l'a dit plus haut, fait le choix de mettre Elliot en arrière-plan. Du coup, le résultat s'avère pénible et ennuyeux. Il est heureux que l'erreur ne soit plus renouvelée par la suite.

    Ces errements sont d'autant plus dommageables à Mr. Robot que sur un point de vue strictement formel, la série est proche de la claque. Réalisée avec classe (et très influencée par le cinéma de Fincher) et présentant des scènes tout à fait mémorables. De la même façon, la bande-originale se révèle délicieuse, en parfaite adéquation avec son sujet et très souvent perturbante. Car c'est là-dessus que l'on finira, Mr. Robot a de quoi perturber le spectateur. Non seulement par le jeu psychologique constant qu'elle impose mais par sa volonté de nous tendre un miroir particulièrement désagréable sur notre propre servitude. Tout le défi de Sam Esmail après l'épilogue réussi de cette première saison, c'est d'arriver à aller plus loin, à assumer sa révolution et à montrer comment cette vendetta va pouvoir faire émerger un monde autre, pas forcément meilleur notez-bien, mais différent. Si Mr. Robot arrive à atteindre cet objectif, alors il pourra toucher de bien plus hauts sommets.

    Série inégale mais pleine de bonnes choses, Mr. Robot a des allures de melting-pot d'influences. Heureusement, Sam Esmail fait preuve une grande habilité pour présenter les choses et digérer ses sources. Malgré des défauts qui handicapent parfois lourdement la série, son message politico-social et surtout son héros incroyablement fascinant interprété par un Rami Malek impressionnant, constituent autant de points forts qui nous font espérer beaucoup pour la suite. 
    Is this happening ?

    Note : 7.5/10

    Meilleur épisode : eps1.0_hellofriend.mov

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  • [Critique TV] Penny Dreadful, Saison 1

     

    En 2013, le prolifique John Logan (scénariste d'Aviator, Skyfall, Noé...) annonce avoir signé avec la chaîne câblée Showtime pour une série fantastico-horrifique prenant place en Angleterre. Intitulée Penny Dreadful (d'après les revues de l'époque victorienne qui coûtaient un penny et racontaient des histoires d'horreur), la première saison compte 8 épisodes d'une heure environ chacun. Les deux premiers segments sont en outre réalisés par l'espagnol J.A Bayona (L'Orphelinat, The Impossible). Diffusé à partir de 2014, Penny Dreadful rencontre un certain succès amenant la chaîne à renouveler l'aventure pour une seconde saison. Il faut dire que le casting alléchant composé de Josh Hartnett, Eva Green, Timothy Dalton ou Rory Kinnear a de quoi attirer le regard des curieux. Penny Dreadful doit relever cependant un défi de taille : celui de faire vivre des personnalités littéraires sur le petit écran. Un pari réussi ?

    En réalité, Penny Dreadful renvoie immédiatement les connaisseurs à une autre oeuvre colossale : La ligue des gentlemans extraordinaires, d'un certain Alan Moore. Il semble même qu'à un certain niveau, John Logan a tenté d'effacer des mémoires la déplorable adaptation cinéma de celle-ci. Une initiative qu'on ne peut que saluer tant le film était une insulte en soi. Pourquoi cette comparaison ? Parce que Penny Dreadful replace des personnages issus de diverses œuvres littéraires dans un même univers. Nous sommes à Londres en 1891. Les rues ne sont plus sûres depuis qu'une série de meurtres particulièrement atroces ont eu lieu. Pour y mettre fin, Sir Malcolm, un aristocrate, demande l'aide d'un américain fraîchement débarqué dans le pays, un certain Ethan Chandler. Pour s'assurer de son soutien, il envoie Vanessa Ives, une jeune femme aussi belle que mystérieuse. Leur chemin croisera celui d'un certain Dr Frankestein qui s'entête à vouloir fabriquer un être humain. Seulement voilà, pour retrouver la fille de Sir Malcolm, Mina Harker, ils vont devoir affronter un monde terrifiant où les monstres sont légion.

    Convoquant allègrement Bram Stocker (Dracula) ou Mary Shelley (Frankestein), Penny Dreadful fait aussi des choix plus curieux, à commencer par le personnage de Dorian Gray. Incarné à l'écran par le très androgyne Reeve Carney, il s'agit du personnage le plus énigmatique de cette première saison, mais également le plus inutile. C'est bien simple, si l'on enlève toutes ses scènes (ou presque), il n'y a aucune différence. Difficile de comprendre la véritable utilité de Gray dans la première saison, hormis pour faire du remplissage. En effet, cette première saison souffre d'un handicap de taille : sa longueur. Alors même que la série adopte un format court de 8 épisodes, le spectateur a tendance à gentiment s'ennuyer lors de la première partie. Normal ? Peut-être. John Logan installe son univers et ses personnages avec une lenteur assumée. Il nous présente les individus avec une précision d'horloger et se paye le luxe de faire revivre la légende Timothy Dalton à travers le superbe personnage de Sir Malcolm. Les quatre premiers épisodes s'avèrent en effet des épisodes de mise en place de l'intrigue.

    On y découvre un univers fantastique avec des vampires et des démons, ainsi qu'un Londres à l'heure victorienne des plus délicieux. L'ambiance sombre et mystérieuse de Penny Dreadful marche très bien à l'écran. Et c'est heureux car il faut bien cela pour tenir face à la lenteur du scénario. Cependant, dès le premier épisode, on comprend que la série va marcher comme une montagne russe. Il faut voir le Dr Frankestein et sa créature découvrir le monde pour appréhender le potentiel de la chose dans le premier épisode (un potentiel gâché par la suite d'ailleurs avec l'arrivée de Clare qui deviendra bien moins intéressant...). En fait, entre l'arc scénaristique consacré à Frankestein et celui de Dorian Gray, Penny Dreadful est sauvé in extremis. Parce qu'au milieu, il y a l'histoire du trio Malcolm-Ives-Chandler. C'est là que se situe le cœur de l'histoire et la véritable force du récit.

    Dans cette espèce de suite à Dracula, John Logan imagine la rencontre entre trois superbes personnages. Si l'on ne reviendra pas sur celui de Sir Malcolm, on pourra dire quelques mots sur les deux autres. Respectivement interprétés par Eva Green et Josh Hartnett, Vanessa Ives et Ethan Chandler sont la véritable attraction de cette première saison. Hartnett fait un retour remarqué à côté de Dalton, tout à fait à l'aise dans le rôle de l'américain renfermé Chandler. Mais s'il ne faut retenir qu'une personne de Penny Dreadful, c'est définitivement Eva Green. Au 5ème épisode, John Logan renverse la table et fait quelque chose de terriblement audacieux. Il consacre un épisode entier à un flash-back, en délaissant tous ses personnages à l'exception de Vannesa Ives. C'est à ce moment que Penny Dreadful abat son jeu. Ce splendide épisode d'une heure fait taire toutes les réserves que l'on pouvait avoir jusque là et démontre le potentiel émotionnel de la série, en même temps qu'il lève le voile sur sa véritable dimension horrifique.

    De là naît véritablement un personnage, celui de Vannessa Ives. Penny Dreadful devient le show personnel d'Eva Green, qui explose littéralement de talent. La voir grogner ou s'exprimer dans une langue gutturale aurait du être une expérience comique mais elle s'investit tellement dans le rôle que le résultat final est bluffant. Son personnage, passionnant de bout en bout, devient le seul intérêt du show dans la seconde partie. Tant et si bien qu'un second épisode lui est consacré par la suite. C'est le moment où Eva Green "steals the show" comme diraient nos amis anglais. Sa prestation ébouriffante qui convoque autant L'Exorciste que les textes bibliques laisse simplement pantois. On comprend alors que Penny Dreadful marche par ces moments d'épiphanie intenses, qui nous secouent l'échine durablement. Entre deux, l'intrigue décolle un tant soit peu et s'achemine vers une conclusion certainement un peu trop rapide (il manque un authentique adversaire à l'équipe). Mais ces errements sont véritablement occultés par l'histoire de Vanessa et le talent diabolique d'une Eva Green possédée. L'habilité de John Logan pour en faire un personnage flamboyant et la marier avec l'histoire de Sir Malcolm ainsi que d'Ethan Chandler finit par forcer le respect. Il semble vraiment que la lenteur de la première partie de saison soit une énorme (et nécessaire) mise en place. 

    Si Penny Dreadful commence de façon assez bancale, elle se termine en feu d'artifice. Ne serait-ce que pour deux des épisodes de la seconde partie, l'amateur de fantastique devra se pencher sur cette première saison. Emmenée par un casting irréprochable et une Eva Green trouvant peut-être là le rôle de sa vie, l'oeuvre de John Logan a un potentiel fou dont on espère énormément pour la seconde saison.
    En attendant, armez-vous pour parcourir les rues de Londres...

     

    Note : 8/10

    Meilleur épisode : Closer than Sister



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  • [Critique] La Rage au ventre


    Antoine Fuqua est un réalisateur paradoxal. S'il n'est jamais entré dans le cercle des grands, il a tout de même réussi à livrer quelques films hautement sympathiques comme Training Day, L'élite de Brooklyn ou La Chute de la Maison Blanche. Seulement voilà, le reste de sa filmographie est pour le moins décevante. On se souvient encore de son Roi Arthur raté ou de son pathétique Les Larmes du Soleil. Revenant une fois de plus sur le devant de la scène avec La Rage au ventre (Southpaw en version originale), il pénètre dans le monde de la boxe pour nous parler d'une histoire de revanche qui sent, déjà, le déjà-vu. Heureusement, il peut compter sur un solide casting avec la présence de Jake Gyllenhaal et Forest Whitaker. On est un peu plus perplexe devant la participation d'un certain 50 Cent... mais pourquoi pas. La véritable question, c'est de savoir si Fuqua peut apporter du neuf à un postulat qui semble tellement vu et revu.

    Parce qu'il faut bien l'avouer, La Rage au ventre ne part pas gagnant. Fuqua nous raconte l'histoire de Billy Hope, champion du monde de boxe au sommet de sa gloire. Coulant le parfait amour avec sa femme Maureen et voyant grandir avec douceur sa petite fille Leila, Billy peut également compter sur l'aide de son manager Jordan Mains. Provoqué en duel par un autre boxeur, Billy finit par perdre le contrôle. Sonné par le drame qui s'ensuit, Billy connaît une longue descente aux enfers. Pourtant, bien décidé à retrouver sa fille, l'ancien boxeur va tout faire pour remonter la pente avec l'aide d'un vieil entraîneur aux méthodes strictes, Titus Willis. Il faut avouer que tout cela n'a rien de bien excitant tant on pense à un pseudo-Rocky croisé avec Million Dollar Baby. Le problème, c'est que le film ne sort jamais de ce carcan.

    Difficile en effet de trouver une quelconque utilité à l'existence de La Rage au ventre. Evidemment, Fuqua assure une réalisation soignée et Gyllenhaal livre une prestation correcte. Non le problème n'est pas là, mais bien dans l'histoire qui est proposée au spectateur. Tout est tellement cliché que cela en devient pénible. Billy est un champion du monde de boxe bling-bling qui achète des rolex à ses potes (Nicolas Sarkozy a fait des émules). Il a tout de même réussi à devenir champion en ne sachant pas se défendre sur le ring (ce qui est un sacré exploit quand même) et fait confiance à un manager qu'on devine pourri dès qu'on l'a aperçu (et pas seulement parce qu'il s'agit de 50 Cent). Puis arrive le drame qui élimine Rachel McAdams de l'équation et engonce le film dans un simili-revenge movie toujours plus insipide.

    De là, l'histoire déraille totalement. Fuqua n'en a plus rien à faire de la cohérence de son récit (Billy qui roulait sur l'or et semblait plus riche que l'Oncle Picsou un mois auparavant se retrouve à la rue, évidemment) et va finalement jouer la carte bien connue du mec bien qui veut remonter la pente. Ainsi, Billy trouve un vieil entraîneur très bien mais incompris (non, ce n'est pas Frankie Dunn mais Forest Whitaker borgne, parce que ça fait classe) qui va établir une relation qui pourrait être fortement attachante si, justement, elle n'avait pas déjà été vu dix fois ailleurs. Alors forcément, il y aura un combat retour. Une victoire aussi. Bref, si vous êtes surpris par la conclusion du film, il va falloir revoir sérieusement votre culture cinématographique. On pourra tout de même saluer le match qui clôture le long-métrage qui arrive à être prenant malgré son issue obligée. Cela dit, si c'est pour voir un match de boxe palpitant, autant en regarder un vrai.

    C'est vrai que La Rage au ventre n'a rien d'un film honteux. Il se regardera même avec un certain plaisir coupable dans une soirée entre potes avec moult pizzas et bières. Mais ce qui pose problème, c'est qu'il s'agit d'un film vide, totalement inutile et tellement inférieur à ce qui s'est fait par le passé. On ne comprend simplement pas la démarche d'Antoine Fuqua en réalisant ce long-métrage. Il s'agit de l'exemple typique du film à peine vu déjà oublié. D'autant plus que le message sous-jacent, apprendre à être un homme bien comme il faut, raisonnable et maître de lui-même (et d'éviter de traîner avec des noirs qui ne savent pas utiliser un flingue), a tout de la morale bas de gamme qu'aurait pu nous vendre un des innombrables téléfilms de l'après-midi sur M6. On se demande vraiment ce qu'il y a à sauver à l'arrivée.

    Film inutile, grossier et déjà vu mille fois ailleurs, La Rage au ventre d'Antoine Fuqua ne peut jamais dépasser son postulat de départ et va même toujours plus loin dans le cliché et l'incohérence. Que sont venus faire Whitaker et Gyllenhaal dans ce naufrage ? En tout cas, revoyez plutôt Rocky ou Million Dollar Baby !
     

    Note : 3/10

    Meilleure scène : Le match final


    Cette critique est dédiée à Amandine, si elle me lit, qui a quitté notre aventure et à qui je pense à chaque film que je vois. Merci infiniment pour toute l'aide que tu m'as donné pour ce site et ton soutien indéfectible dans mon exercice critique. Tu fus inestimable et ta magie emplie encore mes mots. 

     


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  • [Court-métrage du dimanche] One Minute Time Machine


    Le court-métrage vous a manqué ? Alors réjouissez-vous puisqu'il revient avec ce court de science-fiction aussi drôle qu'intelligent. Imaginez que vous disposiez d'une machine à remonter le temps...d'une minute ! Qu'en feriez-vous ? La réponse en images par Devon Avery !





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  • [Critique] Dheepan
    Palme D'or Festival de Cannes 2015

    Véritable sensation du Festival de Cannes 2015, le dernier film du français Jacques Audiard sort enfin en salles. Non content d'avoir créé un buzz médiatique non négligeable, Dheepan a été couronné par la récompense suprême : la Palme d'Or. Étrangement pourtant, le film est porté par des acteurs rigoureusement inconnus et ne semble pas, de prime abord du moins, pouvoir surpasser le sujet audacieux d'Un Prophète, le meilleur Audiard jusqu'ici. Après un De Rouille et d'Os bon mais loin d'être mémorable, Audiard revient à un cinéma politiquement et socialement engagé dans un contexte finalement très tendu. Nul doute que l'entreprise a de quoi séduire mais comporte, c'est évident, un grand nombre de risque. Heureusement, Jacques Audiard reste l'un des réalisateurs français les plus intéressants et les plus talentueux à l'heure actuelle. Si l'on a peu de doute sur la qualité du film, a-t-il pour autant mérité la Palme si convoitée ?

    De quoi parle donc Dheepan ? Du sujet très sensible - d'autant plus ces derniers temps - de l'immigration clandestine en France. Trois Sri-Lankais tentent de fuir la guerre civile. Pour se faire, des passeurs leur font endosser l'identité d'un homme décédé, le fameux Dheepan, et de sa famille, une femme et une fille. Débarqués en France, Dheepan, Yalini et la petite Illayaal subissent la dure réalité des clandestins pourchassés par la police et vendant à la sauvette des gadgets au cœur de la capitale. Bientôt pris en charge par les services sociaux, ils se retrouvent reloger dans la cité "Les Prés", une banlieue difficile où la drogue fait la loi. Lentement, Dheepan et les siens glissent dans un monde de violence tout en essayant de conserver un équilibre fragile pour maintenir l'illusion "familiale". Evidemment, avec un tel postulat de départ, le long-métrage est attendu au tournant. Et pendant longtemps, Dheepan s'en sort brillamment.

    En effet, Jacques Audiard reste avant tout un metteur en scène de génie. Souci du détail, rendu très cru et réaliste de la situation sociale, atmosphère urbaine à mi-chemin entre le film de gangsters et la plongée en apnée au cœur de la misère, le français manie la caméra avec un talent consommé. Il capture la cité tout autant comme une prison asphyxiante que comme un champ de bataille. L'immersion progressive de Dheepan dans cet environnement se fait avec une douceur surprenante, surtout eu égards aux personnages qu'il rencontre. On s'aperçoit bien vite qu'Audiard n'a pas envie de jouer la carte du misérabilisme ou du cliché bien commode de l'immigrant martyrisé. Le français s'avère bien plus futé que cela. Dheepan et Yalini ne sont pas présentés comme des victimes mais comme des pièces d'un jeu cynique. L'idée de faire de Dheepan un ancien des Tigres Tamouls provoque une ambiguïté bienvenue puisque l'on soupçonne d'emblée que son personnage n'est pas aussi innocent qu'il n'y parait. Tout du long, Audiard joue sur cette dichotomie pour finalement la justifier dans son dernier quart d'heure.

    Mais revenons d'abord à l'installation du récit. Jacques Audiard dissèque avec une patience infinie les rouages de l'intégration...dans une cité. Ce lieu forcément très particulier apporte un message politique très fort au film. A savoir que les immigrants ne sont pas les grands méchants que l'on veut nous vendre. Ils s'avèrent même bien plus courageux et travailleurs que les autres habitants des HLMs. Seulement voilà, les autochtones, eux, étouffent la vie des autres. Vente de drogue, fusillade, violence et dégradations en tout genre, les voyous de la cité pourrissent tout. Audiard démontre comment l'influence néfaste de ceux-ci arrive finalement à entraîner tout le monde dans leur chute. Le système semble tellement surréel que l'on a parfois l'impression d'assister à...du cinéma. Comme Yalini et Dheepan le font judicieusement remarquer lorsqu'ils contemple le ballet des voitures et des réunions clandestines à travers une fenêtre ô combien évocatrice. Ce monde criminel qui se terre dans nos cités a des allures de farce bouffonne, tellement exagérée qu'elle peut prêter à rire. Du moins, si elle ne tuait pas.

    Cette peinture acérée de la banlieue se conjugue avec le portrait nuancé d'une cellule familiale qui n'en est pas une. Le lent processus d'intégration dans la société française va de paire avec l'acceptation du jeu de dupes nécessaire pour tromper les autorités. Seulement voilà, comment vivre avec un mari qui n'est pas le sien, aimer une enfant qui n'est pas le sien ? Est-ce seulement possible ? Ce sujet douloureux au cœur des interactions entre les trois personnages principaux renferme son lot de fulgurances où Audiard prouve une nouvelle fois qu'il sait faire ressortir les sentiments humains avec une habilité sans pareille. On retrouve un peu de la dimension émotionnelle de De Rouille et d'Os dans ces instants alors que la majeure partie du film semble se rapprocher d'Un Prophète. Cette synthèse inattendue des deux derniers films du réalisateur devrait en toute logique accoucher d'un métrage mémorable. Sauf qu'en réalité, Dheepan gâche un peu toutes ses bonnes intentions dans sa dernière partie.

    La chose reste toute relative et bien modeste il est vrai, mais à un moment Dheepan semble quitter le champ de la critique sociale et de la peinture familiale pour se rediriger vers un thriller violent lorgnant vers le vigilante-movie. En soi, il ne s'agit pas d'un lamentable ratage mais plutôt d'une déception. Si la séquence de vengeance de Dheepan reste filmée de façon magistrale et si le choix de faire éclater le côté obscur du personnage dans une fin d'une violence extrême présente une certaine cohérence avec ce que l'on devine de son passé, le film perd indéniablement en puissance. Pourtant, on est encore loin de la fausse note que représente la séquence finale clôturant le film. On ne l'a dévoilera pas bien évidemment, mais celle-ci représente un tel décalage de ton avec le reste du film qu'elle apparaît définitivement à côté de la plaque. Pire, elle conclut Dheepan sur un cliché d'une incroyable bêtise. On reste médusé par cette conclusion que l'on attendait pas du tout, surtout d'un réalisateur de la trempe d'Audiard. Cela ne peut heureusement pas réduire à néant tout le reste mais s'avère fortement décevant. 

    Alors finalement, Dheepan a-t-il mérité la Palme d'Or ? Non. Malgré toute la justesse de sa lecture sociétale ainsi que le jeu impeccable d'Antonythasan Jesuthasan et Kalieaswari Srinivasan, le dernier long-métrage d'Audiard paraît en réalité bien faible comparé à Un Prophète qui reste le pinacle de l'oeuvre du français. De même, la tournure finale du long-métrage l'empêche d'atteindre la qualité requise pour s'arroger une telle récompense. Nous ne sommes bien entendus pas dans la Palme honteuse à La Vie d'Adèle mais un fossé sépare la qualité de Dheepan de celle de Winter's Sleep l'année dernière. On ne peut s'empêcher de penser que le jury rattrape l'erreur monumentale de n'avoir décerné "que" le Grand Prix du Jury à Un Prophète en 2009. On attendra patiemment la sortie en salles des autres films de la sélection pour juger définitivement de la pertinence de ce choix contestable.

    Dheepan, malgré quelques fausses notes encombrantes, reste un film remarquable et marquant. Grâce à la mise en scène crue de Jacques Audiard ainsi qu'à la férocité de sa chronique sociale, le film nous emporte dans un tourbillon d'émotions, de violence et de rêves brisés. Si le long-métrage n'a peut-être pas mérité de remporter la récompense suprême à Cannes cette année, il mérite assurément que vous lui accordiez un moment.
    Surtout à l'heure actuelle !

    Note : 8.5/10




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  • [Critique] Le monde de Charlie
    Meilleur film Independant Spirit Awards 2013

    Sujet épineux s'il en est, le passage de l'adolescence à l'âge adulte a fait l'objet de nombreux films. Difficile cependant de parler de cette période sans se confronter aux poncifs du genre et sans tomber dans la caricature pure et simple. Adapté du livre éponyme, Le Monde de Charlie se risque à cet exercice périlleux. Cas relativement rare dans le monde des adaptations romanesques au cinéma, le long-métrage est l'oeuvre de Stephen Chbosky, lui-même auteur du roman. Il s'agit de son second film après The Four Corners of Nowhere et de sa participation télévisuelle à la défunte série Jericho. Précédé par une réputation flatteuse, Le Monde de Charlie embarque quelques belles têtes d'affiches tels que Logan Lerman (Percy Jackson, Noé, Fury), Ezra Miller (We need to talk about Kevin, Flash) ou encore Emma Watson (Harry Potter, The Bling Ring). Cela peut-il être suffisant pour se démarquer dans un genre des plus balisés ?

    Refusant de faire de son film un simili-Skins ou une énième bleuette pour midinettes, Chbosky base tout son récit sur le personnage passionnant de Charlie. Pour expliquer plus précisément l'importance de celui-ci, il faut se souvenir que Le Monde de Charlie s'intitule en réalité The Perks of being a Wallflower, un titre déjà infiniment plus beau que l'hideuse traduction française mais qui a surtout l'avantage de donner le ton. Charlie représente un peu le cliché du jeune lycéen transparent, invisible. Il longe les murs pour la rentrée des classes, cherche désespérément sa place et survit par son goût pour la musique et la littérature. C'est également un garçon discret et introverti qui va avoir le bonheur de tomber sur deux compères hauts en couleurs : Le truculent Patrick et la sublime Sam. Ensemble, ils vont construire une amitié et des amours souvent difficiles. Le film s'attache à suivre leurs parcours à travers les yeux du jeune Charlie en tentant de capturer ce qui constitue l'essence même de cet âge : la passion.

    Si tout cela semble cliché au possible (et c'est bien le cas par moments), le réalisateur met un point d'honneur à creuser ses personnages, à les rendre éminemment humains et attachants. En premier lieu, il y a bien sûr Charlie. Ce jeune garçon effacé donne au récit toute sa force. Partant d'une grosse caricature, Chbosky en fait un individu passionnant victime de multiples drames qui font de lui une personne sans équivalent. Il faut évidemment rendre justice au jeune Logan Lerman (que l'on retrouve plus tard dans Fury) qui livre une prestation tout à fait remarquable. Il en va d'ailleurs de même pour les deux autres acteurs du trio, à savoir Ezra Miller, bluffant et criant de vérité dans son rôle de gay clownesque, et Emma Watson qui trouve ici son tout premier rôle véritablement profond. Celle-ci arrive enfin à faire oublier les errances de ses premières prestations dans la saga Harry Potter. Cependant, ce qui fonctionne le plus remarquablement dans Le Monde de Charlie, c'est l'alchimie entre ces trois personnages. C'est au final ce trio aussi divers que soudé qui fait tout le charme du récit.


    Seulement voilà, Le Monde de Charlie n'est pas qu'un film de camaraderie. C'est aussi un film sur l'adolescence (et non pour adolescents). Il raconte avec une grande acuité les méandres sentimentaux de cet âge et comment certaines personnes peuvent être aveugles au bonheur qui se trouve juste à côté d'eux. A ce titre la relation Charlie-Sam est formidable de bout en bout, Chbosky capturant cet étrange paradoxe qui veut que l'on se dévalorise pour être avec des personnes vides d’intérêt quand celles qui vous feront le plus de bien se trouvent à côté de vous. Dans ces instants, le film tutoie parfois les sommets comme lors de ces séquences dans la chambre éclairée de milles ampoules de Sam. Ou lors des deux passages du tunnel sur fond de David Bowie. Le Monde de Charlie touche alors à quelque chose d’éminemment sensible, la sensation de redécouvrir le réel, de trouver sa place dans l'univers. Certes le réalisateur se trompe parfois, notamment dans la sous-intrigue concernant Patrick et Brad, tellement déjà vue et revue qu'elle n'a plus aucune saveur. Mais c'est pour mieux surprendre son public avec un dernier axe.

    Charlie cache en effet un secret, et pas forcément celui que l'on croit. Traitant la chose avec une extrême pudeur et disséminant les indices de façon progressive dans le récit, Chbosky aborde un thème totalement tabou et infiniment douloureux. On ne révélera pas sa teneur mais l'habilité de l'américain pour dévoiler petit à petit la chose force le respect, d'autant plus qu'elle sert le récit. N'oublions pas tout de même que Le Monde de Charlie peut compter sur d'autres atouts de taille. La mise en scène de Chbosky d'abord, franchement surprenante par moment et comportant de vraies morceaux de poésie, la bande originale des plus réussies ensuite, mélangeant The Smiths, Dawid Bowie, Sonic Youth ou encore New Order  (sans oublier les partitions discrètes mais superbes de Michael Brook), son humour et enfin ses références littéraires, véritable hommage à la belle littérature où l'on retrouve L'attrape-cœurs de Salinger, Ne tirez pas sur l'Oiseau Moqueur de Harper Lee ou L'étranger d'Albert Camus. Dans le fond, Le Monde de Charlie fait plus que parler de fougue amoureuse et d'amitié, il parle du fait de vieillir ensemble, de découvrir le monde avec ceux que l'on aime et de surpasser le passé, le tout en oubliant jamais le rôle primordial de la culture pour définir qui l'on est.

    Authentique surprise, Le Monde de Charlie s'impose comme un des meilleurs représentants des films consacrés à l'adolescence. Intelligent, mis en scène avec talent et regroupant trois acteurs talentueux, le film de Stephen Chbosky surpasse ses clichés de départ pour imposer quelque chose de touchant et criant de sincérité. Un superbe découverte.

    Note : 8.5/10

    Meilleures scènes : Le premier baiser de Charlie - Les 2 séquences du tunnel - Patrick et Charlie échangeant des légendes urbaines

    Meilleures répliques : 

    - Welcome to the island of misfit toys
    - Why do I and everyone I love pick people who treat us like we're nothing?  We accept the love we think we deserve.
    - You are alive, and you stand up and see the lights on the buildings and everything that makes you wonder. And you're listening to that song and that drive with the people youlove most in this world. And in this moment I swear, we are infinite



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  • [Critique] American Ultra


    Mike Howell habite dans une petite ville paumée.

    Il gère une supérette en dessinant les aventures d'un héros de comics qu'il a imaginé, Apollo Ape. 
    Loin d'être le genre super-héros, Mike fume de l'herbe avec sa petite amie Phoebe qu'il rêve de demander en mariage au cours d'un voyage à Hawaï. Sauf que Mike souffre de crises d'angoisses terribles et qu'il n'arrive pas à sortir de sa propre ville. Malgré tout, Phoebe aime ce garçon que d'aucuns qualifierait de gentil raté. 
    Un jour, alors qu'il attend paisiblement le client à sa supérette, une femme vient lui débiter une série de phrases sans queue ni tête avant de s'en aller visiblement désappointée. Quelques minutes plus tard, deux hommes trafiquent sa voiture sur le parking et tente de l'agresser lorsqu'il sort les interpeller.
    C'est alors que Mike Howell, le fumeur d'herbe effacé et rongé d'angoisses se transforme en machine à tuer en éliminant les deux agresseurs avec une simple...cuillère à soupe. 
    Il semblerait que Mike Howell n'est pas ce qu'il pense être...

    Si le nom de Nima Nourizadeh ne vous dit rien, le titre de son dernier film vous sera forcément plus familier : Projet X. Après ce galop d'essai délirant, le britannique remet le couvert en changeant radicalement de style avec American Ultra. Un peu sorti de nul part, le long-métrage comporte pourtant deux têtes d'affiches remarquables avec Jesse Eisenberg (The Social Network) et Kristen Stewart (Still Alice). Mieux, le réalisateur se paye les services d'une ribambelle de second rôles des plus sympathiques pour l'occasion : Topher Grace, Connie Britton, John Leguizamo, Tony Hale, Walton Goggins et même un revenant en la personne de Bill Pullman. Avec sa bande-annonce punchy et un casting aussi réjouissant, American Ultra pourrait-il créer la surprise dans le joyeux monde des films estivaux ?

    Étrangement, oui. American Ultra commence lentement, paisiblement. Il installe la vie de deux personnages attendrissants, Phoebe et Mike, tout en montrant que leur couple se fissure. Mike Howell apparaît immédiatement comme un loser, mais du genre hautement sympathique, effacé, qu'on a presque envie de serrer très fort dans ses bras. Dans ce rôle, Jesse Eisenberg s'avère remarquable. Cheveux longs, pétards à tour de bras, voix fluette et tremblotante, l'américain est remarquablement à l'aise. En face, Kristen Stewart continue de faire oublier les errances des années Twilight en composant un personnage poignant et regorgeant de mystères. Car American Ultra nous réserve un bon lot de mystères. Nima Nourizadeh bâtit un métrage à la confluence des genres super-héros et agent secret, le résultat faisaint penser à un joyeux mix d'influences comics, de RED à Wanted. Si le héros griffonne quelques strips, ce n'est d'ailleurs pas un hasard.

    Là où Projet X adoptait un style très jeune et tape à l’œil, American Ultra se pose un peu plus, se dote de véritables personnages et d'une histoire trépidante. Cela ne veut pas dire que le britannique abandonne ses vieilles habitudes, juste qu'il les fait évoluer, gagner en maturité. Jonglant entre humour, action et tragique, American Ultra s'avère aussi généreux que foutraque par moment. Une fois la machinerie lancée après le premier affrontement, les événements s'enchaînent, les second rôles défilent à l'écran et l'on est franchement happé par cette histoire de complots certes déjà vue mais délicieusement mise en scène. Nourizadeh garde son goût pour l'outrance et le pied de nez. Il prouve surtout qu'il sait véritablement manié sa caméra en filmant des scènes d'actions de façon totalement jouissive et véritablement lisible. La séquence du commissariat, celle du supermarché ou de la maison de Mike : autant de moments truculents qui font virevolter la caméra de l'anglais, l'éclabousse de sang à la Kick-Ass et tutoie parfois les sommets de jouissance d'un Kingsman.

    Film sous influences, American Ultra fait aussi figure de joyeux melting-pot. Nima Nourizadeh les digère et les restitue sous forme de clins d’œils complices avec ses spectateurs. Terminator, Men In Black, Alerte, Wanted, le film accumule les références sans pourtant ne jamais tomber dans le bête plagiat. Ce qui saute également aux yeux, c'est qu'American Ultra est un film fun. Le britannique prend un malin plaisir à détourner les clichés, du dealer sensible habillé en rose fluo à l'agent de la CIA homosexuel avec une sonnerie chien sur son portable en passant par un héros maladroit et paumé, le récit nous offre du fun, même beaucoup de fun, et engrange un capital sympathie étonnant. Ce qui ne fait pas d'American Ultra un film sans défaut, au contraire. On pourra lui reprocher un background type complot assez facile à percer par exemple, ou de ne pas totalement profiter des possibilités qu'il laisse entrevoir.

    La plus importante parmi celles-ci, c'est un peu les autres agents spéciaux. Nima Nourizadeh commence pourtant plutôt bien avec l'arrivée de Grue et Rieur au poste de police. Ce dernier condense tout ce que l'on aurait voulu trouvé chez les autres. Un miroir déformé mi-ridicule mi-terrifiant de Mike. Walton Goggins livre une excellente prestation et il y a définitivement quelque chose de glaçant dans cette simili-némésis décalée. La courte séquence où Mike et lui se retrouve face à face au supermarché s'avère l'une des meilleures du long-métrage tout entier. Il semble que le réalisateur britannique manque un petit coup de génie en éliminant toute caractérisation plus poussée de ses autres agents, en ne tentant pas d'en faire un cortège de freaks vraiment marquant. C'est extrêmement dommage tant Rieur est réussi. A un certain point, American Ultra manque d'audace, manque d'envie créatrice. Quelque chose qui le ferait franchement se démarquer de ses concurrents, dans la même lignée que la scène de la demande en mariage ou que son générique sous LSD absolument délirant. En l'état, on reste un tantinet sur notre faim. On se contentera d'un divertissement sympathique et plein de bonnes idées, à défaut de plus.

    Confirmation que Nima Nourizadeh sait manier sa caméra et embarquer le spectateur dans un univers atypique, American Ultra est une petite surprise acidulée où l'humour le dispute à l'action. S'il aurait pu viser bien plus haut en étant plus audacieux et en s'aventurant davantage vers une certaine noirceur, le long-métrage remplit son contrat de divertissement fun et efficace. 
    C'est déjà pas mal.

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Le supermarché 


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  • [Critique] Le Petit Prince

     

    On ne compte plus les adaptations qu'a connues Le Petit Prince, le chef d'oeuvre d'Antoine de Saint-Exupéry. Ce roman faussement simple s'avère d'une extraordinaire complexité dès qu'il s'agit de le retranscrire à l'écran tout en conservant ses différents sous-textes philosophiques et surtout, sa poésie intemporelle. Nullement impressionné par ce défi, le producteur français Dimitri Rassam a porté son dévolu sur le réalisateur américain Mark Osborne pour porter le projet sur les écrans de cinéma. Responsable du fort sympathique Kung Fu Panda, Osborne a donc la très lourde tâche de retranscrire la magie de Saint-Exupéry sur pellicule. Attendu comme l’événement de l'été en matière d'animation, Le Petit Prince est-il à la hauteur des espérances ?

    Pas tout à fait. Le principal problème dont il faut prévenir le spectateur avant d'aller voir le film, c'est qu'en réalité, il ne s'agit pas d'une adaptation du roman de Saint-Exupéry. Même si le récit s'ouvre de la même façon que dans le livre, bien vite les choses divergent. Le Petit Prince s'avère en réalité une réflexion autour du conte dans notre époque moderne, ainsi qu'une tentative de suite au légendaire roman. On suit donc une petite fille qui emménage avec sa mère dans un quartier résidentiel flambant neuf... à l'exception de la vieille baraque étrange de leur vieux voisin. Ce doux-dingue attise vite la curiosité de la petite fille puisque non seulement il possède un biplan décrépit dans son jardin, mais aussi parce qu'il désire partager avec elle une histoire qu'il a écrite à propos d'un mystérieux Petit Prince. Pour la petite fille, c'est l'occasion de s'évader du cadre rigide dressé par sa mère pour assurer son avenir et de connaître l'Amitié avec un grand A.

    Là où Le Petit Prince est extrêmement décevant, c'est qu'il tisse en réalité l'histoire de la petite fille et de son ouverture d'esprit plutôt que, stricto sensu, le récit de Saint-Exupéry. Si d'un côté la chose peut sembler originale, elle perd forcément en intérêt en passant à toute vitesse sur la véritable histoire de Petit Prince. On assiste, frustré, à des séquences bien trop courtes où Osborne tenait pourtant quelque chose de superbe. Pour mettre en images les écrits de Saint-Exupéry, l'américain emploie le stop-motion, une idée grandiose, d'autant plus d'ailleurs que la conception artistique de ces passages est fabuleuse. Il faut voir le Renard surgir de derrière un arbre tel une douce flamme pour le comprendre totalement. Cependant, puisqu'il n'est pas question de faire un film suivant pas à pas le roman, Osborne passe avec une vitesse désolante sur les plus beaux moments du livre, enlevant la saveur si particulière des rencontres et l'émotion inhérente à celles-ci. On a la sensation que l'équipe créatrice fait le mauvais choix, loupant de peu un petit chef-d'oeuvre de poésie.

    Du reste pourtant, on ne peut vraiment nier certains sommets de beauté au film. Simplement, il ne s'agit pas de l'histoire du Petit Prince. Osborne imagine plutôt l'aventure d'une petite fille qui redécouvre le terne monde moderne grâce à une magie d'antan cachée juste à côté de chez elle. Le résultat final n'est pas désagréable, il en est même touchant, mais il faut alors considérer le Petit Prince comme une oeuvre nouvelle et non une réelle adaptation. La relation douce et poétique entre le vieil homme et la petite fille finit par toucher, réellement. La beauté de la redécouverte du monde par le prisme d'une personne encore indemne de la grisaille moderne apporte son lot d'émotions. Puis, dans sa seconde partie, le long-métrage finit par s'éloigner de cette douce poésie pour tenter quelque chose d'audacieux mais de forcément voué à l'échec : imaginer une suite du Petit Prince dans notre société moderne.

    Pourquoi voué à l'échec ? Simplement parce qu'il est impossible à Osborne de ne serait-ce qu'approcher le génie littéraire de Saint-Exupéry, l'américain va forcément échouer à égaler le chef-d'oeuvre littéraire et se heurter à quelques éléments en totale contradiction avec l'esprit du Petit Prince. On avait déjà remarqué subtilement la dague que place la petite fille dans la main de la figurine du Petit Prince en début de métrage, un contre-sens total pour l'oeuvre la plus pacifiste du monde, mais la partie dystopique du film achève de convaincre qu'Osborne se méprend. Soyons bons joueurs, il ne livre pas quelque chose d'immonde, la dystopie elle-même s'avère d'ailleurs d'une intelligence salutaire en montrant avec lucidité que ce sont les personnages les plus hideux, et donc les plus grandes craintes de Saint-Exupéry, qui dominent le monde moderne. Il y a quelque chose de terriblement véridique dans cette partie mais également une dimension artistique qui sonne faux. Osborne s'éloigne du conte de Saint-Exupéry pour s'inspirer d'autres sources dont il n'a nullement besoin. Mr Prince ne renvoit-il pas à un Peter Pan qui aurait grandi ? Peut-on réellement faire grandir le Petit Prince sans trahir l'esprit même du roman ? 

    La réponse se situe certainement quelque part entre les deux. On avait déjà remarqué la propension d'Osborne à mêler d'autres contes - le passage très Alice au Pays des Merveilles où la petite fille rampe à travers les haies avant de tomber sur un monde enchanteur par exemple - mais il passe en réalité à côté de quelque chose de fondamental. Il n'est pas tout à fait saugrenu de vouloir montrer que Le Petit Prince était précurseur et visionnaire, en ce sens, toute la seconde partie du film se regarde très bien avec une pointe de désespoir latent. Seulement, comment l'américain peut-il autant modifier une histoire qui aurait du être celle de la rencontre entre un aviateur et un petit garçon. Quelle nécessité de transposer cela comme il le fait ? Evidemment la relation petite fille - vieil homme est un écho du roman, mais fondamentalement, quelle est la nécessité d'un écho, aussi réussi soit-il ? Pourquoi cette volonté étrange de toujours vouloir modifier une oeuvre déjà fondamentalement parfaite ?

    La question reste posée. En l'état, le Petit Prince ne peut se voir dénier une certaine qualité. Il y a de l'intelligence dans le scénario, dans sa dénonciation du pouvoir de l'argent, du business. Il y a de la beauté et de la poésie dans certaines séquences (le lever de soleil de la Rose, la séquence à l’Hôpital...). Et surtout, on sent un vrai amour pour l'oeuvre de Saint-Exupéry derrière tout ça. C'est certainement à cause de ces éléments que l'on s'abstiendra de démolir le long-métrage, tant il est objectivement agréable et magnifique par moments. Il est également certainement trop long et gâche un peu sa puissance évocatrice avec la sous-intrigue mère-fille lassante et caricaturale. Mais finalement, rien de vraiment grave. Nous obtenons à l'arrivée quelque chose d'honnête, d’attachant même, mais qui n'arrive jamais à remplir le contrat présupposé par son titre. Rajoutons également que pour le plus grand malheur des spectateurs français, il sera rare de trouver une copie VO du film et qu'il faudra supporter un doublage inégal. Si les voix de Cassel ou Dussollier ne posent aucun problème, celle de Florence Foresti a tendance à faire tâche quand la mère s’énerve... mais surtout, Andrea Santamaria, qui double le Petit Prince lui-même, se révèle un choix catastrophique, se contentant de déclamer des lignes de dialogues et enlevant toute l'émotion dégagée par ce personnage crucial. Un point fort dommageable.

    Grosse déception pour ceux qui s'attendait à voir une adaptation stylistiquement inspirée et scénaristiquement fidèle du Petit Prince cet été. En lieu et place, Mark Obsorne nous offre un long-métrage avec pour toile de fond l'histoire mythique de Saint-Exupéry. Le résultat s'avère tout à fait correct, voir même bien davantage par moments, mais il ne cache pas le gâchis d'un véritable parti-pris artistique en stop-motion qui aurait pu accoucher d'une merveille.
    On se contentera malheureusement de l'entrevoir de-ci de-là au gré d'une histoire finalement frustrante.

    Note : 7/10

    En tant qu'adaptation : 3/10

    Meilleure scène : Le Renard et Le Petit Prince en stop-motion / Le lever de soleil de la Rose

    In our Memory, No Fate.

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  • [Critique] Summer
    Prix de la mise en scène Sundance 2015

    Palme d'or en 2013, La Vie d'Adèle tentait de dépeindre l'éveil à la sexualité d'une jeune fille un peu perdue. Le film fut surtout remarqué pour sa romance lesbienne qui lui valu, en grande partie, la récompense suprême. Pourtant, le long-métrage de Kechiche était très loin de valoir les louanges qu'il a reçu. Boursouflée, prétentieuse, aguicheuse et surtout clichée au possible, l'histoire entre Adèle et Emma finissait dans un marasme complet à tous les points de vues. Pourquoi parler de La Vie d'Adèle pour introduire Summer ? Tout simplement parce que le second long-métrage de la lituanienne Alanté Kavaïté partage d'immenses similitudes dans le déroulé de son intrigue avec le film de Kechiche. Récompensé à Sundance cette année pour la qualité de sa mise en scène, Summer incarne en réalité à peu près tout ce que La vie d'Adèle n'était pas. 

    Alanté Kavaïté nous parle de l'éveil à la sexualité de la jeune Sangaïlé. Dans le cadre étrange de la Lituanie moderne, pris entre friches industrielles et paysages champêtres, Sangaïlé s'ébahit devant les spectacles aériens de l'aérodrome tout proche. Mal dans sa peau, effacée et timide, la jeune fille tombe par hasard sur Auste, une artiste extravagante qui n'a aucun des complexes de Sangaïlé. Toutes deux vont connaître l'amour l'espace d'un été. Grâce à Auste, Sangaïlé va grandir et vaincre les démons qui la rongent, elle va trouver en elle la force d'être. On se rend compte que le duo de personnages, les conditions de départ (Sangaïlé couche d'abord avec un garçon, s'interroge sur son désir naissant etc...) sont très semblables au film de Kechiche. Pourtant, quasi-instantanément, on sent qu'Alanté Kavaïté est d'une autre trempe.

    L'histoire s'ouvre sur une longue séquence de ballet aérien, la caméra virevoltant entre l'avion et le visage ébahi de Sangaïlé. Kavaïté capture avec une grâce infinie les paysages et les mouvements, reproduit avec une fluidité étonnante à l'écran les sentiments intérieurs. Au fur et à mesure de l'avancée du récit, la mise en scène se fond autour des deux amoureux, les absorbe, les fait sien. La Lituanienne nous trimballe au bord d'un lac ou le long de pilônes à hautes tensions. Elle fait entrer en collision la décrépitude moderne de la Lituanie avec la splendeur des paysages naturels du pays. Dans Summer, tout semble entrer en collision au ralenti. On assiste à la rencontre de deux personnalités aux antipodes l'une de l'autre, qui se mélangent avec douceur et beauté. D'un côté l'extravagance artistique d'Auste, de l'autre la souffrance intérieure mutilante de Sangaïlé. Là où Kechiche immisçait un grotesque sous-texte social, Kavaïté parle de renaissance et de thérapie. Là où Kechiche exposait l'acte sexuel dans une complaisance pornographique presque dérangeante, Kavaïté soigne ses plans, donne à l'acte une évanescence inattendue.

    Tout comme elle le fait avec ses décors, la réalisatrice explore méticuleusement la beauté de son histoire d'amour. Elle dévoile l'acte sexuel dans la brume du coucher de soleil, en plein milieu d'un champ, à peine éclairé par le clignotement des robes artisanales d'Auste. Au lieu de tout montrer crûment, elle laisse une place à la suggestion, à l'imagination. Le spectateur contemple les visages en pleine extase, ne pouvant que tenter d'imaginer les lèvres et les mains s’effleurant, s'enfouissant, se consumant. Summer tente de sublimer la passion par la qualité se sa mise en scène, simplement bluffante de poésie et d'épure. De même, le récit ne fait pas l'erreur de s’appesantir des heures sur les affres de l'amour entre les deux jeunes femmes et repositionne sa caméra sur les méandres psychologiques de Sangaïlé, tente d'expliquer. La place du vide dans Summer n'est pas anodine. Le vertige de Sangaïlé renvoie à son vide intérieur, sa sensation d'incomplétude et de rejet. Dès lors, la comparaison avec l'aviation semble aller de soi. 

    Outre sa réalisation sublime de bout en bout et son refus d'un certain voyeurisme racoleur, le métrage d'Alanté Kavaïté peut compter sur la prestation admirable de son duo d'actrices. Rigoureusement inconnues, Julija Steponaityte et Aistė Diržiūtė donnent une âme à cette relation passionnée et passionnante. Elles donnent une sincérité et une authenticité loin des clichés habituels, composant avec les failles de leurs personnages pour les rendre plus humains, plus beaux et finalement plus touchants. C'est au cours de la scène finale, lors de l'envol de Sangaïlé sous les yeux embués de larmes d'une Auste déchirée que l'on se rend compte que, définitivement, Summer méritait dix fois plus une palme d'Or que l'indigeste Vie d'Adèle.

    Petit film indépendant venu droit de la Baltique, Summer offre enfin un portrait amoureux poétique de deux femmes qui se découvrent. Envoûtant, aérien, poétique et intelligent dans sa construction psychologique, le second long-métrage d'Alanté Kavaïté mérite toute votre attention.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Auste et Sangaïlé faisant l'amour au milieu des champs

     

     

     

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  • [Critique] La Peur
    Prix Jean Vigo 2015

    A la fois réalisateur, poète et documentariste, le français Damien Odoul reste cependant une figure assez discrète. On trouve pourtant à son actif pas moins de six long-métrages, quatre documentaires et une dizaine de courts. Une carrière déjà bien remplie donc. Ce mois-ci sort La Peur, septième film d'Odoul et plongée sans concession dans la grande guerre. Inspiré par le roman de Gabriel Chevallier, le récit se concentre sur l'histoire d'un jeune homme, Gabriel, appelé à servir dans l'armée de terre française en 1914 alors qu'il n'a que dix-neuf ans. Loin d'avoir les moyens d'un Joyeux Noël, La Peur tente de livrer un témoignage cru de l'enfer de la guerre à travers les yeux d'un jeune homme rencontrant brutalement la boue des tranchées.

    Gabriel et ses amis s'en vont en guerre comme l'on s'en va à la foire, morveux comme des gosses, fiers comme des coqs. Immédiatement pourtant, Odoul montre qu'il y a quelque chose qui grippe dans cet élan patriotique. Dès la première scène au ralenti, les mots se décomposent et se désolidarisent des lèvres. On tabasse un supposé espion qui a eu le tort de ne pas croire à la guerre et ces premiers instants marquent le long chemin de croix de Gabriel vers la pleine connaissance de l'horreur humaine. Malheureusement, Damien Odoul semble avoir bien du mal à diriger ses acteurs, des illustres inconnus qui déclament plus qu'ils ne jouent. La Peur n'arrive que rarement à se défaire de cette image de théâtre amateur, dans les tirades enflammées mais si peu naturelles du sergent Nègre ou dans les longues séquences de disputes entre les hommes où les acteurs peinent à faire passer une véritable émotion. Reste alors la voix-off de Gabriel, interprété par un Nino Rocher des plus correctes, heureusement, et qui semble un peu sauver la chose. 

    Ce talon d'Achille que l'on ressent d'emblée ne peut cependant pas dépouiller le long-métrage de sa réalisation. Damien Odoul impressionne quand à la gestion de son espace, à la malignité de ses plans et de ses cadres, ne faisant que peu ressentir finalement le manque de budget. Si nous n'avons pas de décors aussi "grandioses" que ceux d'un Joyeux Noël, La peur offre une atmosphère et un tableau plus authentique. Le film finit par prendre aux tripes, littéralement, lorsque Gabriel arrive en première ligne, jeté contre un ennemi que l'on ne voit pas. Odoul laisse sa caméra à hauteur d'homme, submergée par la tranchée, embourbée avec les cadavres innombrables. Il dessine un enfer noir, étouffant, anxiogène. Inhumain. La principale réussite de La peur se trouve là, dans les instants où Gabriel survit sur le front, sans esquiver les horreurs les plus répugnantes. Certes, il y a de beaux moments à l'hôpital de campagne où des infirmières rêvent à coucher avec des héros sans savoir qu'ils n'ont jamais exister, mais rien ne semble pouvoir égaler le pouvoir absolu du noir de la première ligne noyée sous les chocs répétitifs et traumatisants de l'artillerie. La Peur réussit le pari osé de la reconstitution crasse, sans concession et qui sait saisir toute l'absurdité et la folie de cette guerre incompréhensible. 

    On croise aussi de beaux personnages dans la Peur. Nègre et Gabriel se complètent, le naïf et le blasé. L'interaction de ces deux-là, la gouaille du sergent confrontée à la candeur déplacée de Gabriel, donne de très beaux instants, gâchés il est vrai par ce problème de jeu d'acteurs décidément bien embarrassant. On fait la connaissance d'un fou au milieu d'un cratère, on assiste à la lente déchéance de Théophile, un poète transformé en excrément (Un personnage au passage hautement attachant et symbolique mais qui écope du plus mauvais acteur de tout le long-métrage...) ou l'on regarde médusé ces officiers lancés des jeunes vers le grand hachoir à viande du Chemin des Dames. Oui, malgré ses handicaps et quelques moment longuets, On ne peut enlever à La Peur une sincérité et une authenticité à rendre malade. Une authenticité d'autant plus désoeuvrante devant le tableau noir d'une espèce humaine définitivement perdue, qui, en quelque sorte, ne s'en remettra pas.

    La Peur est plombé par une troupe d'acteurs amateurs vraiment peu convaincants, les dialogues et tirades tendant plus vers la déclamation sans conviction que vers le véritable feu d'artifice émotionnel que l'on aurait été en droit d'attendre dans le contexte. Heureusement, Damien Odoul s'avère un réalisateur excellent, capable d'arracher à la moindre parcelle de tranchée une atmosphère de fin du monde. On regardera donc plutôt le film pour son aspect de témoignage cru que pour le reste, finalement peu convaincant.

    Note : 5.5/10

    Meilleure scène : L'arrivée dans les tranchées.

     

     

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  • [Critique] Jug Face

    Au rang des nombreux films inédits ou sortis discrètement en DVD en France, Jug Face fait un peu figure d'arlésienne. Présenté en 2013 (!!) au Slamdance Film Festival, le premier long-métrage de l'américain Chad Crawford Kinkle a connu une sortie nationale aux USA en juillet de la même année. Bien accueilli par la critique, le film se classe autant en horreur qu'en fantastique et n'est pas sans rappelé le We Are What We Are de Jim Mickle sorti à la même période. Partageant tous deux ce goût prononcé pour l'horreur sourde et dans lequel un village retiré cache en son sein de multiples surprises, ils partagent également le même destin calamiteux concernant leur sortie internationale, notamment en France. Sans star bankable au casting et pas forcément grand public, Jug Face a pourtant bien des atouts à faire valoir.

    Dès le générique tout en crayonné qui sert autant à poser l'ambiance que les bases de l'histoire (une excellente idée donc), Jug Face nous entraîne dans les bois. Une étrange petite communauté vit au cœur de la forêt. Les seuls contacts entre ses membres et la ville toute proche ne se font que lorsqu'il faut commercer pour obtenir des denrées vitales. Ada est la fille de Sustin, le plus respecté des patriarches de la communauté. Seulement voilà, alors qu'Ada doit être donnée en fiançailles à un garçon, elle découvre qu'elle est enceinte, mettant en péril la relation secrète qu'elle entretient. Pire encore, elle trouve chez Dawai, le potier du village, une poterie d'argile avec la forme de son visage dessus. En effet, cette micro-société dans les bois s'organise autour d'un culte étrange et terrifiant. Ses adeptes vénèrent un puits au milieu de la forêt qui est sensé les guérir de toutes les maladies en échange de sacrifices rituels qu'il désire, transmettant ses volontés par le biais d'hallucinations au potier. Celui dont la face se retrouve sculptée par le potier en transe...devra mourir. Ada tente alors de fuir, bravant la colère de ses parents et celle du puits. 

    Évacuons les évidences immédiatement. D'abord, Jug Face reste un petit film avec des moyens limités. Pour y remédier Chad Crawford Kinkle pose sa caméra au milieu d'un bois pittoresque mais ô combien évocateur. Car sans moyen ne signifie pas sans esthétique. Profitant de la remarquable patte artistique de l'américain, Jug Face fleure bon l'archaïque et le redneck. Au milieu de ces bois défraîchis, la communauté habite dans des bicoques proches de l'insalubrité, vivant dans un style XIXème siècle qui n'est pas sans rappeler celui de la famille de Massacre à la tronçonneuse sous un certain angle. En tirant profit de l'atmosphère du cadre, Kinkle nous fait pénétrer dans un tout autre monde, celui des adorateurs du puits. Ensuite, seconde évidence, Jug Face n'est pas tant un film d'horreur que cela. On aura bien évidemment quelques scènes violentes avec les moyens du bord (et donc souvent en hors-champ) mais le long-métrage ne repose pas sur des gerbes de sang ou des sursauts faciles.

    En réalité, l'horreur de Jug Face se terre dans son atmosphère psychologique et dans la peinture de cette communauté retirée vivant selon une morale douteuse. Mélangeant allègrement rites païens et pudibonderie chrétienne, les codes de cette société se découvrent très progressivement. Chad Crawford Kinkle prend son temps pour dévoiler son jeu et pose ainsi tranquillement ses personnages. Même si celui d'Ada occupe forcément une place centrale (excellemment interprété par la jeune Lauren Ashley Carter), c'est véritablement Dawai qui tire son épingle du jeu. Étrange, attardé mais constamment bienveillant, il reste pourtant l'un des principaux responsables des sacrifices, bien qu'involontairement il est vrai. Il illustre aussi une des autres particularités malsaines de cette communauté, à savoir la consanguinité. Retirés de tout, les habitants vivent dans un système clos, la chose est donc inévitable. Tous ces éléments mis bout à bout donnent un cachet très particulier au récit. Sorte de critique larvée des sectes mais aussi de certaines racines ultra-conservatrices américaines, Jug Face ne va cependant jamais souligner les choses.

    Reste alors la partie véritablement fantastique du métrage. Même si encore une fois le manque de moyens force le réalisateur à recourir à des artifices un tantinet ridicules (les flashs, les effets grossiers de flous pour les hallucinations...), la mythologie autour du Puits et de ceux qui arpentent les bois arrive tout de même à faire mouche. Crawford Kinkle ose aller au bout des choses et confronte les éléments surnaturels de son histoire aux protagonistes humains. Si la question de la pertinence de ce choix peut se poser, le résultat reste assez convaincant pour ne pas desservir le film. Ce qui étonne par contre, c'est le chemin que prend l'intrigue de l'américain, expliquant certainement son insuccès auprès du grand public. Loin de se conclure par une happy-end ou avec une moralité nettement définie, Jug Face reste sur ses positions, balayant la rébellion et donnant en fait raison à la communauté. En quelque sorte, le long-métrage distille une sensation dérangeante qui semble véhiculer un message des plus pessimistes : L'homme est un animal superstitieux et la superstition reprend toujours le dessus. La dernière image, malgré son apparence anodine, a de quoi glacer le sang.

    Film fantastique au budget limité mais à l'esthétique léchée, Jug Face profite autant du jeu impeccable de ses acteurs principaux que de l'intelligence du scénario imaginé par l'américain Chad Crawford Kinkle. Grâce au puissant pouvoir malsain et amoral dégagé par cette petite communauté, le film arrive aisément à surpasser ses lacunes pour donner quelque chose d'unique. 
    Un petit film hautement recommandable. 


    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Le générique de début - Dawai et Ada ligotés à l'arbre 

     

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  • [Critique] Masaan

    Parmi la sélection toujours très éclectique de la section Un Certain Regard de Cannes, nous avons eu droit cette année encore à quelques belles choses. Outre le Cimetery of Splendour d'Apichatpong Weerasethakul ou Vers l'autre rive de Kiyoshi Kurosawa, c'est le jeune réalisateur indien Neeraj Ghaywan qui fut le candidat indien à la Caméra d'Or avec son second long-métrage : Masaan. Depuis quelques temps, on peut découvrir d'excellents films venus d'Inde dans les salles de cinéma. On se souvient par exemple du joli The Lunchbox ou du sublime documentaire Kumbh Mela. Drame et film social tout à la fois, Masaan prouve une nouvelle fois que le cinéma indien a encore beaucoup de choses à offrir.

    L'action de Masaan prend place à Bénarès au bord du Gange. Devi a pris une grande décision, celle de faire l'amour pour la première fois avec un jeune homme qu'elle a rencontré récemment. Pour que les choses se fassent discrètement, les deux amoureux se donnent rendez-vous à un petit hôtel. Malheureusement, la police débarque sans crier gare et menace de les humilier publiquement en révélant la relation à leurs parents respectifs. Désespéré, le jeune amant de Devi se suicide et l'inspecteur Mishra rencontre le père de Devi, Pathak. Il menace alors de tout dévoiler publiquement si Pathak ne lui paye pas une somme colossale, surtout par rapport au modeste emploi de vendeur sur les ghâts. Dans le même temps, Deepak tombe éperdument amoureux de Gupta, une fille appartenant malheureusement à une caste supérieure. Dans la cité sainte, les destins se croisent au milieu des bûchers funéraires et des célébrations entraînant Deepak, Pathak et Devi dans un tourbillon de drames et de joies. 

    Masaan pourrait facilement être qualifié de film-choral. Il expose en effet trois destins différents. Chaque fil narratif de Neeraj Ghaywan convoque une préoccupation moderne sur la société indienne. Dans le segment consacré au drame vécu par Dévi, Neeraj montre un visage sombre de son pays. Flics corrompus, poids des rumeurs et de la réputation, place de la femme dans la société, le réalisateur dépeint quelques-uns des problèmes majeurs accablant l'Inde et qui semblent, pour certains, presque anachroniques. Il décrit avec force et justesse le poids écrasant de l'honneur pour la famille indienne et comment, en quelques minutes, tout peut basculer dans le drame. Au-delà de cette peinture sociale au vitriol, Ghaywan fournit un aperçu convaincant des traditions indiennes et de l'organisation de ses classes.

    C'est d'ailleurs là l'élément majeur du second arc narratif, celui de Deepak, où le cinéaste construit une très belle histoire d'amour pour mieux pointer du doigt les difficultés qu'engendrent le principe des castes dans la société indienne moderne. Concept plus archaïque mais finalement très proche des classes sociétales occidentales, le système de castes semble enfermer les individus dans des cases où un plafond de verre les maintient prisonniers. L'histoire entre Deepak et Gupta prouve que rien n'est cependant immuable. Enfin, le cinéaste aborde une des caractéristiques les plus tristes et étonnantes de l'Inde, à savoir la pléthore d'orphelins livrés à eux-mêmes et qui, pour survivre, assument tous les menus travaux qu'ils peuvent trouver. La subtile relation qui se noue entre Pathak et son petit travailleur représente à ce sujet une belle réussite.

    Plus qu'une simple critique sociale, Masaan est un film-portrait. Un cliché instantané d'une heure quarante sur l'Inde d'aujourd'hui tiraillée entre modernisme et tradition, entre amour et haine. Le long-métrage impressionne à la fois par sa mise en scène flirtant parfois avec la plus belle des poésie (les ballons s'envolant un soir de fête) mais également par son casting impeccable où le plus vieux protagoniste, Sanjay Mishra, tire encore mieux son épingle du jeu que les autres, surement grâce à un rôle plus nuancé et plus profond. La force du long-métrage réside donc dans ce réalisme capturant l'âme indienne dans son ensemble avec ses bûchers funéraires, ses ghâts, ses castes, ses innombrables dieux et traditions... Sur ce point précis, plus encore que sur les autres, Masaan est une grande réussite. Cela malgré la prévisibilité d'une fin qui ne sonne nullement comme un twist mais comme une nouvelle chance redonnant espoir au spectateur comme aux protagonistes du récit. 

    Neeraj Ghaywan signe avec Masaan un film beau et touchant, où les personnages marquent et où les drames ne parviennent pas à éclipser la beauté d'un pays unique. Tout autant peinture sociale que critique acerbe des maux qui rongent l'Inde moderne, le long-métrage est une réussite.
    Une de plus parmi la nouvelle vague des films venus d'Asie.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Les bûchers funéraires sur les ghâts en pleine nuit.

     

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  • [Critique] Difret
    Prix du Public Sundance 2014
    Prix du Jury Festival 2 Valenciennes 2015
    Prix du public Panorama Berlinale 2014

     

    Sélectionné pour le Panorama de la Berlinale 2014, récompensé par le Prix du public à Sundance la même année et Prix du Jury au dernier Festival 2 Valenciennes, le film éthiopien Difret, écrit et réalisé par Zeresenay Mehari, connaît enfin les honneurs d'une distribution grand public. Premier film de la jeune cinéaste, le long-métrage est également produit par une certaine Angelina Jolie, qui réaffirme encore son soutien aux causes humanitaires et féministes, après Au pays du sang et du miel. Engagé mais aussi historique dans un certain sens, Difret permet de jeter un regard d'une grande justesse sur l'Ethiopie, ainsi que de comprendre une culture tout à fait différente de la nôtre, tout en expliquant le combat authentique d'une femme, Meaza Ashenafi, pour sauver d'une mort certaine Aberash Bekele (renommée Hirut Assefa pour les besoins de l'histoire), une jeune fille de quatorze ans sans histoire.

    Retour en 1996. L'Ethiopie vit encore, pour une large partie, sous la tradition tribale, notamment dans le milieu rural. Hirut Assefa vient de réussir son passage en année supérieure, lorsqu'un groupe d'hommes l'enlève. Selon la coutume, l'homme qui désire prendre une épouse doit l'enlever de force pour consommer l'union le même jour. Seulement voilà, séquestrée puis violée, Hirut trouve la force de saisir l'arme de son tortionnaire pour s'enfuir. C'est ainsi qu'elle en vient à tuer l'un de ses kidnappeurs. Détenue par la police locale, la jeune fille encourt la peine de mort pour son crime. Heureusement, Meaza Ashenafi, une avocate bénévole d'une association d'aide aux femmes, se saisit de l'affaire. Envers et contre tous, elle va tenter de faire acquitter la jeune fille et de bouleverser l'ordre établi, changeant le visage de la loi éthiopienne par la même occasion. 

    Sans être épatant au niveau de sa mise en scène, le premier long-métrage de Zeresenay Mehari assure ce qu'il faut pour raconter l'histoire tragique de Hirut Assefa. De façon assez simpliste, on peut scinder Difret en deux axes de lecture. Le premier s'intéresse à la fillette victime d'une tradition barbare, tout en montrant de quelle façon les hommes du village en viennent à ce genre d'extrémités. Plus qu'une simple tragédie, l'histoire de Hirut permet à Mehari de raconter les traditions de son pays. Profondément enracinés et notamment dans les milieux les plus pauvres, les enlèvements font partie d'un système complexe de domination patriarcale solidement enraciné dans les origines tribales de ces populations. Ainsi, Difret n'est jamais aussi captivant que lorsqu'il s'intéresse aux us et coutumes de ce village perdu, Mehari filmant un tribunal tribal avec sérieux, sans forcément condamner ce que l'on voit ou ce que l'on entend. Du fait d'un endoctrinement dès le plus jeune âge, les hommes du village ne se perçoivent pas comme mauvais : ils font simplement ce qu'on leur a appris à faire. Avec une grande pertinence, Mehari évite la stigmatisation appuyée, pour mieux exposer l'état de l'Ethiopie en 1996. Elle attire l'attention du spectateur sur l'ignorance des fermiers et la pauvreté de ces villages, que seule l'installation d'écoles semble pouvoir sortir de l'ornière.

    Au-delà de cette peinture d'une Ethiopie traditionnelle, on retrouve un second axe de lecture. La cinéaste nous montre également L'Ethiopie moderne, celle des villes, où les femmes s'émancipent et où les lois s'appliquent tant bien que mal. C'est aussi l'occasion pour le long-métrage de brosser le portrait de personnages féminins forts et touchants, tels que celui de Meaza Ashenafi, interprétée par l'excellente Meron Getnet. Avocate tenace et audacieuse, Meaza incarne l'image de la femme moderne, une conception magnifique d'un féminisme souvent galvaudé aujourd'hui. Sa rencontre avec la jeune Hirut est l'occasion de comprendre ce qui sépare la fillette de cet autre monde aux allures irréelles. Un monde où la femme peut vivre seule sans pour autant être mauvaise, un monde où elle n'est pas obligée de savoir faire la cuisine et de se plier au diktat masculin. Evidemment, les choses ne sont pas entièrement manichéennes, il s'avère bien difficile de changer les habitudes, à commencer par se coucher dans un simple lit. Mais Difret ne renonce pas et persévère comme ses personnages féminins.

    Si l'on peut reprocher au long-métrage de tomber parfois dans l’écueil de la séquence tire-larmes - on pense notamment à la lourde scène de fin -, il parvient à trouver un équilibre intéressant entre film historique et drame. En opposant deux mondes différents, sans les juger, sans les condamner, Mehari réussit à ne pas tomber dans la caricature. Elle donne également une magnifique place à la femme éthiopienne, et milite pour des droits qui sembleraient évidents si de telles choses ne se produisaient pas. Elle démontre également que les traditions ne sont pas immuables, que les mentalités doivent changer. De gré ou de force, l'égalité doit être imposée pour toutes ces femmes démunies. Même si les enlèvements sont désormais interdits en Ethiopie, nul doute qu'un film comme Difret sera toujours nécessaire pour rappeler qu'il faut lutter contre toutes les injustices pouvant encore exister de par le monde. 

    Premier film important, à défaut d'être mémorable, la faute à une mise en scène banale, Difret délivre un message salutaire. A la fois peinture des différents visages de la société éthiopienne et hommage féministe au combat contre l'ignorance, le long-métrage de Zeresenay Mehari atteint ses objectifs haut la main.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Le tribunal tribal

     

     

     

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  • [Critique] Les Milles et Une Nuits : Volume 1 - L'inquiet

    Dans la sélection de la Quinzaine des réalisateurs de Cannes cette année, le portugais Miguel Gomes offrait à la presse sa dernière réalisation. Trois ans après Tabou, une des sensations de la Berlinale 2012, le cinéaste s'est fixé un défi : celui d'adapter à sa façon les fameux contes des Milles et Une Nuits. Divisée en trois volumes, cette expérience cinématographique dépasse les 6 heures, mise bout à bout... de quoi inquiéter n'importe quel cinéphile ! Précédée d'une réputation flatteuse, la première partie paraît au début du mois de juillet, les deux autres segments devant arriver fin juillet et fin août. Difficile, surtout avec la bande-annonce, de savoir à quoi s'attendre de la part du fantasque réalisateur portugais. Pétard mouillé ou véritable coup de maître ?

    Il est bien difficile de décrire ce qui se déroule pendant les deux heures de ce premier volume. Tout commence par un étrange prologue qui donne le ton. Trois fils narratifs s'y entrecroisent : d'un côté des ouvriers parlant de la fermeture prochaine du chantier naval, de l'autre l'inquiétante invasion des abeilles tueuses au Portugal... et à côté, l'équipe de tournage elle-même, avec le réalisateur Miguel Gomes qui tente de s'enfuir devant l'ampleur du projet monstrueux qu'il s'est fixé. Le tout sous forme de documentaire austère mais très réaliste. Immédiatement, le portugais signale au spectateur que son film ne sera peut-être pas facile à appréhender mais qu'il est le fruit d'une longue réflexion ne laissant rien au hasard. Ballotté entre le désir de dénoncer les désastres du capitalisme sur son pays et celui de trouver la voie de l'enchantement procurée par les fameuses Milles et Une Nuits, Gomez va faire quelque chose de dingue : il ne va rien choisir et va tenter d'intriquer les deux. Dès lors, comment arriver à conjuguer la poésie légendaire des contes arabes avec la désespérante société moderne ?

    Ce premier volume se poursuit alors par trois contes remaniés pour les besoins du scénario : Les hommes qui bandent, L'Histoire du coq et du feu et Le Bain des Magnifiques. Le tout précédé par une courte introduction inspirée de L'île des Jeunes Vierges de Bagdad. L'intégralité de l'histoire se situe donc dans un Portugal moderne rongé par la crise économique. Il fallait bien ces deux heures pour ce premier opus car, à la fin, on en ressort proprement lessivé. Non, Les Mille et Une Nuits revues et corrigées par Miguel Gomes ne sont pas faciles d'accès. Mais elles sont d'une beauté parfois à couper le souffle, d'un humour tantôt potache tantôt discret, et d'une intelligence sans fond. En reprenant à son compte les histoires de Schéhérazade, le cinéaste joue avec le connaisseur sans pour autant laisser le novice sur le bord du chemin. Une fois que le spectateur se laisse emporter par le délire de Gomez, le long-métrage se pare de mille feux. 

    Véritable fourre-tout, Les Mille et Une Nuits accueille les plus joyeux délires. On y croise les banquiers du FMI et les hommes politiques portugais à dos de dromadaires, un homme-médecin noir détenant le spray qui fait bander, un coq qui parle, une pyromane de douze ans, une baleine échouée qui explose pour révéler une sirène, un bain collectif dans un océan glacé... Bref, on y trouve à peu près tout ce qu'il est possible d'imaginer. Très bavard, le film regorge de trouvailles et Gomez ne recule devant rien, revendiquant une liberté de ton jouissive, où même les mauvaises idées se noient dans la générosité de l'histoire. Surprenant du début à la fin, Les Mille et Une Nuits arrive à faire quelque chose que l'on pensait impensable : réenchanter notre monde. C'est parfois loufoque et potache (tels ces hommes politiques bandant comme des taureaux), c'est souvent touchant (le triangle amoureux des enfants ou les biographies des Magnifiques), mais c'est surtout toujours intelligent.

    Gomez raconte le Portugal moderne. Il le fait avec une patience infinie et une sincérité sidérante. Véritable déclaration d'amour à son pays et à ses habitants, Les Mille et Une Nuits tente également de jeter un cri d'alarme, de désespoir pour ainsi dire. La crise, l'argent, ce capitalisme indécent, ces existences broyées par la machinerie impitoyable qu'est la mondialisation, la dette humiliante... tout se retrouve dans ce premier volet, s'entrechoque pour bousculer les idées préconçues. Gomez rabaisse et traîne dans la boue ces impuissants politiques et financiers qui détruisent le pays. Il nous montre le ridicule de ces politiciens locaux prêts à vendre leur âme pour le moindre vote. Il laisse la parole à des chômeurs, ces gens sur qui l'on crache à longueur de temps et qui vivent comme des moins que rien. Il montre la tristesse de voir la beauté du Portugal se flétrir sous les coups de boutoir du capitalisme. Le propos s'avère fort, beau et tellement juste. Le monstre capitaliste devient semblable à une insatiable grenouille dévorant l'argent de tous, en même temps que leurs existences. Sans jamais renier la poésie de ses récits, le cinéaste offre une charge violente contre une situation infamante et tellement d'actualité. Avouons que voir les membres du FMI ainsi ridiculisés dans le premier conte a quelque chose de totalement jubilatoire.

    Evidemment, tout n'est pas parfait. L'inquiet ne facilite pas la tâche au spectateur, il ne le laisse quasiment jamais en paix et demande une attention soutenue tant sa densité frôle l'apoplexie. On pourra aussi pointer du doigt l'introduction abrupte et nébuleuse entre ouvriers et abeilles tueuses. Ou reprocher la longueur du témoignage du premier Magnifique, bien moins fort de ce fait que le couple passant juste après. Pourtant, devant l'audace narrative de l'ensemble, le flot continuel d'idées qui irrigue le récit, la réalisation millimétrée et la lucidité salutaire de l'oeuvre, on pardonne facilement ces menus défauts. Gomez réussit quelque chose d'incroyable, il apporte une réelle bouffée d'air frais dans le monde du cinéma moderne.

    Cet impressionnant premier volet des Mille et Une Nuits ne laissera personne indifférent. D'une incroyable densité (on n'ose pas imaginer la suite), d'une liberté de ton réjouissante et d'une poésie saisissante, L'Inquiet réenchante notre terne société moderne, crachant sur cet argent du diable sans jamais perdre de sa lucidité morale.
    "Ô Roi bienheureux, on raconte qu'un modeste réalisateur portugais s'est mis en tête de déclarer sa flamme à tout un peuple, on raconte que son premier volume renferme l'âme de son pays."

    Une magnifique expérience.

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : Le second témoignage des Magnifiques

     


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  • [Critique] Valley of Love

    On trouve quelques curiosités lors du Festival de Cannes. L'édition 2015 n'a pas dérogé à cette règle. Que ce soit Tale of Tales de l'italien Matteo Garrone ou The Lobster du grec Yorgos Lanthimos, la Croisette a encore vu défiler quelques OFNIs. Parmi eux, le discret mais intriguant Valley of Love de Guillaume Nicloux. Réalisateur fantasque à qui l'on doit L'Enlèvement de Michel Houellebecq, Nicloux recrute deux acteurs français, Isabelle Hupert et le revenant Gérard Depardieu, et les emmène dans la Vallée de la Mort aux Etats-Unis. Malgré un certain désamour des festivaliers, le long-métrage intrigue. 

    Au milieu des paysages désertiques américains, on retrouve Isabelle et Gérard - les personnages portant les mêmes noms que les acteurs  - qui se retrouvent dans la Vallée de la Mort pour honorer le dernier souhait de leur fils. Celui-ci s'est en effet suicidé 6 mois auparavant et leur a écrit à chacun une lettre énigmatique au possible où il parle à cœur ouvert à ses parents avant de leur donner rendez-vous à une date précise. Ils doivent en outre se conformer à un itinéraire précis durant une semaine. Si Isabelle veut croire que son fils viendra les revoir une dernière fois envers et contre tout, Gérard lui n'a rien d'un homme spirituel. Forcément, les retrouvailles de ces deux-là vont faire des étincelles. Simple façon de faire le deuil ou réelle dernière chance de revoir leur défunt fils ?

    Film tout à fait singulier, Valley of Love repose intégralement sur ses deux acteurs. Evidemment, on n'oublie pas les superbes panoramas offerts par la Vallée de la Mort ainsi qu'un certain talent de Nicloux pour capturer l'intimité du couple, mais ce sont les prestations de Gérard Depardieu et d'Isabelle Hupert qui font tout. Du fait, et malgré un démarrage poussif, le récit est avant tout l’occasion de retrouver deux immenses légendes du cinéma français. Impeccable de bout en bout, la relation nostalgique qui s'installe progressivement entre les eux marche d'ailleurs très bien. Mais c'est surtout le deuil qui les rapproche donnant à ce couple improbable une saveur toute particulière.

    Lent et intimiste au possible, Valley of Love parle du deuil, forcément. Nicloux confronte la blessure profonde du couple à ces lettres-fleuve écrites par leur fils. Dans ces instants où tout passe par l'écrit et le visage torturé des acteurs, Valley of Love arrive à toucher de belle façon le spectateur. Il devient alors un film relativement dur et bouleversant sur la douleur de parents confrontés à l'impensable : la perte de leur enfant. Derrière les mots de Michael, on ressent également beaucoup de non-dits, de reproches et de cicatrices à peine refermées. Valley of Love n'est jamais aussi bon que lorsqu'il s'intéresse à cette sourde douleur et aux sentiments explosifs qu'elle engendre. Seulement voilà, Nicloux choisit étrangement de faire un film avec des acteurs pris au piège de leurs rôles. Plus que des doubles cinématographiques, les deux personnages portent le même nom que ceux qui sont censés les incarner à l'écran, exercent le même métier qu'eux dans la vie réelle. Pis encore, bien des éléments renvoient au passé de Gérard Depardieu, notamment la perte d'un fils qui n'appréciait guère son père. Ainsi, et sans vraiment savoir si cela dessert le récit ou non, difficile d'oublier qui se trouve devant nous. On gardera en mémoire quelques traits d'humour bien sentis et une certaine autodérision bienvenue de la part de Gérard Depardieu notamment. 

    En fait, Valley of Love semble hésiter constamment. D'une part entre choisir un abord totalement fictif ou faire une pseudo-biographie de ses deux acteurs, d'autre part entre l'approche fantastique ou réaliste. Même s'il devient clair que le film glisse doucement vers le fantastique, notamment avec cette fin un tantinet abrupte, il ne sait pas vraiment prendre les choses à bras le corps. Le métrage se retrouve à courir après une certaine identité à l'image de Gérard dans ce défilé à la fin du film. Michael est-il un fantôme ? Les personnages souffrent-ils d'une sorte d'hystérie ? Nicloux a bien du mal à trancher. Par son choix de ne rien montrer à part des stigmates douteux, le réalisateur nous laisse dans le flou, seul juge de ce qui est réel ou ne l'est pas. Ainsi, Valley of Love reste brumeux jusqu'à la dernière minute mais toujours avec cette sympathie étonnante vis-à-vis de ses deux personnages. Littéralement sauvé par ses acteurs et l'émotion parfois poignante de son histoire, le long-métrage aurait cependant pu viser bien plus haut.

    Hésitation fantastique par excellence, Valley of Love ne sait pas bien comment se positionner. Nicloux tâtonne, fait courir ses personnages derrière autant de chimères et oublie parfois le spectateur en route. Tentative méta ou non, le long-métrage vaut bien plus pour son message touchant sur le deuil et pour ses personnages en niveaux de gris que pour le reste de son récit parfois bien brumeux. 
    A réserver aux amateurs.

     

    Note : 6/10

    Meilleure scène : Isabelle et Gérard discutant au sommet d'une falaise

     

     

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  • [Critique] Les Minions



    Devenus en quelques années la coqueluche des enfants (et des autres), les séides de Gru débarquent au cinéma dans leur propre long-métrage. N'oublions pas qu'à l'origine, ces petites créatures jaunes au langage si particulier sont les bestioles à tout faire dans les deux films de la sympathique franchise Moi, Moche et Méchant de Chris Renaud et Pierre Coffin. A l'instar d'un Scrat ou des Pingouins de Madagascar, ce qui n'était à la base qu'une ribambelle de personnages comiques de second plan s'est vu propulsé sur le devant de la scène. Délicieusement stupides dans Moi, Moche et Méchant mais également diablement attachants, Les Minions ont également joui d'une campagne de pub démesurée, si bien qu'on trouve du Minion à toutes les sauces aujourd'hui. Leur consacrer un film entier n'était donc qu'une question de temps. Seulement voilà, comme toute entreprise de ce genre, motivée par des intérêts financiers purs et durs (qui ne plaisent pas tant que ça à Pierre Coffin, le co-créateur de l'univers), Les Minions peuvent-ils exister par eux-mêmes ?


    Voilà bien une question épineuse. On se souvient d'ailleurs encore de la déception engendrée par Les Pingouins de Madagascar. Pourtant, il faut avouer que ces petites créatures ont un sérieux potentiel comique qu'une histoire appropriée mais surtout audacieuse (donc basée sur un comique absurde par essence) pourrait exploiter de bonne façon. Le problème, c'est que Les Minions a justement le cul entre deux chaises. Le film s'ouvre sur une longue introduction avec une voix-off des plus sérieuses pour nous expliquer l'origine des créatures. Très vite, on se rend compte qu'elles n'existent que pour une seule chose : servir le maître le plus méchant (et le plus moche) qui soit. Un décalage toujours aussi étrange entre cette volonté forcenée des minions de servir un bad guy et leur apparence franchement adorable. C'est ainsi qu'après plusieurs essais infructueux, trois minions tentent d'enfin trouver le boss idéal. Bob, Stuart et Kévin partent à l'aventure de par le monde et vont rapidement faire la connaissance de la plus grande méchante de l'époque : Scarlet Overkill.

    Au départ, Les Minions marche très bien. Les toutes premières images sans paroles nous montrent l'évolution de proto-organismes minionnesques jusqu'à la forme définitive qu'on leur connaît. Puis, les péripéties s'enchaînent avec ce goût prononcé pour passer l'histoire à la moulinette. Les gags et les personnalités se succèdent et le film semble réellement avoir trouvé une excellente orientation. Seulement voilà, la chose ne dure qu'un temps. Pour se renouveler sans sombrer dans l'accumulation de scénettes humoristiques, les réalisateurs ébauchent une intrigue bien plus classique avec l'arrivée de Scarlett Overkill. A partir de ce moment, le métrage jongle entre deux aspects : celui des scènes-gags et une intrigue cousue de fil blanc, et donc banale. Du coup, Les Minions devient un film bancal.

    Scarlet Overkill, malgré toute l'extravagance technologique habituelle de l'univers, n'est pas à la hauteur d'un Gru. Sa présence gêne plutôt qu'autre chose l'humour délicieusement stupide de nos êtres jaunes adorés. On aime évidemment les innombrables clins d’œil du film aux années 60 ainsi qu'aux James Bond movies, mais l'intrigue en elle-même devient rébarbative dès que l'on essaye de coltiner Scarlet à la fine équipe de Bob, Kévin et Stuart. C'est d'autant plus dommage qu'un certain nombre de choses marche du tonnerre dans le long-métrage. A commencer par les délires linguistiques des minions qui parlent une langue savoureusement incompréhensible à base de moussaka, de puci ou de l'inévitable banana. De même, lorsque les trois compères explorent le monde par leurs propres moyens et enchaînent les pires bêtises qui soient, le film prend une toute autre saveur.

    Seulement voilà, Il manque quelque chose de fondamental aux Minions : Gru et les enfants. Conçues au départ comme éléments secondaires, les petites créatures jaunes ont cruellement besoin de la présence émotionnelle des autres personnages de la franchise pour exister. S'ils arrivent à nous faire mourir de rire à plusieurs occasions, Les Minions ne parviennent tout simplement jamais au-delà. On reste donc devant un spectacle malheureusement creux, agréable sur le moment, mais qui sera complètement oublié en quelques jours. Seuls quelques gags resteront car, qu'on le veuille ou non, Les Minions n'ont pas les épaules pour être des personnages principaux. Il ne se révèlent vraiment qu'en arrière-plan d'autres héros plus complexes et plus touchants. On se contentera donc d'un moment de détente délicieusement stupide en attendant les prochaines aventures de toute la famille de Moi, Moche et Méchant.

    Pas aussi décevant que Les Pingouins de Madagascar, Les Minions reste pourtant un film incomplet, en quelque sorte orphelin du reste de son univers. Malgré des clins d’œil excellents et de nombreux gags hilarants (le rat, les inventions, la torture, la séquence d'introduction, l'abeille, le chien), le film de Pierre Coffin et Kyle Balda prouve une nouvelle fois que le dessin-animé repose sur un équilibre fragile entre ses personnages. 

    Note : 6.5/10

    Meilleures scènes : L'introduction - le running-gag du rat


     

     

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  • [Critique] Spy


    Le nouveau réalisateur de comédie qui monte à Hollywood, c'est lui ! Paul Feig s'est fait connaitre grâce à son impertinent mais aussi drôlissime Bridesmaids (connu en France sous le titre Mes meilleures amies). Malgré un second long-métrage poussif et lourd avec Les Flingueuses, l'américain a le vent en poupe puisqu'il retrouve un casting de luxe pour son troisième film : Spy. Parodie de films d'espionnage type James Bond, il embarque à son bord l'actrice fétiche du réalisateur, la truculente Melissa McCarthy, ainsi que Jason Statham, Jude Law et Rose Byrne. Déjà à pied d'oeuvre pour S.O.S Fantômes 3 (qui a toutes les chances d'être une horreur, peu importe son réalisateur), Paul Feig arrive-t-il à redresser la barre ?

    Meilleur agent secret de la CIA, Bradley Fine ne redoute rien ni personne. Contrairement à l'illustre James Bond, l'homme a pourtant une botte secrète : Susan Cooper. Ancien grand espoir de l'espionnage, elle est devenue la plus dévouée des assistantes pour Bradley, qu'elle aime secrètement. Ce qui explique facilement que le jour où Bradley se fait tuer par l'infâme Raina Boyanov, Susan tente l'impossible : devenir un agent de terrain. Malgré les réticences d'espions plus expérimentés tels que le fameux Rick Ford, Susan peut compter sur l'aide de Nancy, une autre assistante de choc, pour la prévenir des pires dangers grâce à son oreillette. Pourra-t-elle empêcher la vente d'une arme nucléaire et sauver le monde ? Rien n'est moins sûr...

    Pour une fois, un des films de Paul Feig sort sans changement de titre en France (Champagne !). Il semblerait que le public français comprenne donc le mot Spy. Bref, Spy fait la part belle à la parodie de la saga James Bond. Dès le départ, Jude Law figure un pseudo agent secret plein d'élégance et extraordinairement talentueux (comme tout bon agent secret qui se respecte, il peut dégommer 30 types sans une seule égratignure). On s'aperçoit immédiatement que Paul Feig a envie de démonter le mythe, de jouer avec. Pour se faire, il a recours à diverses astuces. La première, évidente, c'est Susan. Cette assistance rondouillarde et tout sauf charismatique, devient contre toute attente un agent de terrain provoquant des cascades de situations improbables. On la retrouve ainsi à Paris ou à Rome, aux prises avec un univers qu'elle ne côtoyait que depuis l'autre côté d'une oreillette. Le décalage marche d'autant mieux que Melissa McCarthy colle parfaitement au personnage, devenant peu à peu irascible et plus vulgaire qu'un charretier. Bien évidemment, on pourra pointer du doigt le fait que, comme toujours, Melissa McCarthy fait du Melissa McCarthy. Mais bon, elle le fait bien.  

    L'autre astuce de déconstruction, ce sont les divers agents secrets que rencontre Susan au cours de ses aventures. Rick Ford d'abord, interprété par un Jason Statham qui n'a décidément pas peur de l'auto-dérision. Caricature poussée à l'extrême de l'agent invincible mais également macho et prétentieux, Ford est un délice d'exagération, d'autant plus savoureux que Statham a passé sa vie dans les films d'action outranciers. Ensuite, il y a Aldo, l'agent italien (ou pas ?) qui lui aussi incarne une caricature de l'agent mais en version purement méditerranéenne type obsédé ou gros pervers. Encore une fois, c'est tellement exagéré que la sauce prend, il restera d'ailleurs le personnage le plus drôle du film. Paul Feig cependant ne veut pas se contenter d'un film comique lambda. On peut lui reprocher un humour souvent trop gras/lourd, notamment son entêtement scatophile mal placé (là où il était génialement bien trouvé dans Bridesmaids), ainsi que certains running-gags vraiment chiants (les souris au bureau, drôle une fois mais pas dix) ou encore son histoire balisée avec un twist de fin tellement évident qu'il n'en est plus un. Ce que l'on ne peut par contre pas lui reprocher, c'est que Feig tente une nouvelle fois un film féministe. 

    Au-delà de ses gags en pagaille et de ses caricatures sur pattes, Spy véhicule un message délectable. Susan Cooper est une assistance parce que d'une part on l'a convaincue qu'elle n'était pas à la hauteur par rapport à un homme (le grand Bradley Fine !), et d'autre part parce qu'elle s'est volontairement mise en retrait pour rester proche de celui qu'elle aime bêtement. Feig dénonce autant un système purement machiste qu'est celui du cinéma hollywoodien d'action/espionnage, où seul l'homme viril peut sauver le monde, mais aussi cette propension des femmes à se rabaisser pour telle ou telle raison stupide, brisant de facto leur carrière et leur ambition. En contre-pied de cette résignation, on trouve le personnage d'Elaine Crooker, à la tête de la CIA, et la grande méchante Raina Boyanov, incarnée par une Rose Byrne délicieuse. Deux femmes fortes qui utilisent les hommes et pas l'inverse. L'affirmation progressive mais spectaculaire de Susan sera la preuve ultime de l'absurdité de cette domination masculine (d'autant plus absurde quand les représentants de la susnommée gente masculine se comportent en parfaits imbéciles misogynes). Le refus final de Susan de dîner avec un autre agent, préférant une soirée entre filles avec Nancy, acquiert une résonance toute particulière. En tant qu'exercice de style féministe, Spy s'avère une réussite quasi-totale.

    Malgré un certain nombre de défauts et une histoire prévisible au possible, Spy se révèle drôle, bourré de personnages désopilants et attachants mais surtout, joyeusement féministe.
    On espère juste beaucoup mieux pour Ghostbusters 3 de la part de Paul Feig.

    Note : 6.5/10

    Meilleure scène : Statham dans l'hôtel français qui raconte ses exploits à Susan



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  • [Critique TV] A Young Doctor's Notebook, Saison 1

    Décidément, la télévision française ferait bien de s'inspirer de nos voisins britanniques. Pendant que M6 accueille un énième couple dans l'affligeant Scènes de Ménages, la chaîne Sky Arts nous a mijoté l'adaptation de l'autobiographie d'un médecin russe du début du XXème siècle : Mikhail Bulgakov. Dans un format type mini-série en 4 épisodes de 22 minutes, A Young Doctor's Notebook bénéficie d'un casting de luxe. Pour interpréter le personnage principal, Vladimir Bormgard, pas un mais bien deux acteurs. D'un côté Vladimir jeune incarné par Daniel "Harry Potter" Radcliffe, de l'autre côté un Vladimir seize ans plus vieux joué par le géniallissime John Hamm (Mad Men, Black Mirror). En effet, la série va employer un postulat fantasque - pour ne pas dire fantastique - afin de raconter les mémoires de ce jeune docteur fraîchement diplômé de l'université médicale de Moscou et parachuté dans un hôpital de village perdu dans la neige à Muryevo. Remarqué par la critique, le show s'est rapidement exporté aux USA sur Ovation et bénéficie même d'une seconde saison sur le même modèle. Une énième série médicale ?

    En fait, pas du tout. A Young Doctor's Notebook se veut plutôt le témoignage d'une époque et de la vie d'un homme, le docteur Bormgard, qu'une série d'investigation type Dr House ou de cas médicaux sur fond de love-story à la Grey's Anatomy. Avant tout, la série adopte un ton très particulier que l'on n'imaginait pas retrouver ailleurs que dans une production anglaise. Très portés sur un certain humour souvent très noir, les quatre épisodes de cette première saison installent rapidement le contexte. Nous sommes en 1917, la Russie va basculer dans la révolution bolchévique et souffre affreusement de la guerre. Le jeune et brillant Vladimir Bormgard est envoyé au milieu de nul part dans un hôpital où il est l'unique médecin, épaulé par quelques infirmières et un assistant, Demyan Lukich. Comme vous l'imaginez, le changement s'avère rude... très rude même. Le jeune médecin doit notamment affronter le regard aigri des infirmières qui vouent un culte à Léopold Léopoldovicth, l'ancien médecin-chef. 

    Comme nous l'avons dit, le ton de la série se révèle très caustique. A Young Doctor's Notebook peut se concevoir comme une comédie noire virant ponctuellement au tragique. Le spectateur découvre un monde vraiment particulier, celui de la campagne russe, et surtout ses habitants (des paysans en majeure partie) à l'intelligence très limitée. Le décalage entre la personne cultivée qu'est Vladimir et ses patients se ressent immédiatement. Le gouffre s'avère tellement énorme que la chose en devient comique. Pourtant, le rire devient rapidement amer devant le sentiment d'impuissance du médecin face à la bêtise. Le récit nous emmène dans le véritable enfer psychologique vécu par Vladimir... et pas seulement du fait de l’imbécillité de ses patients. Il doit également gérer seul toute une région. Il se retrouve isolé au milieu de nulle part, sans quasi-aucune expérience pratique. Dès lors, la confrontation avec le réel fait mal. Les livres de médecine ne faisant pas tout, loin de là.

    Les innombrables maladresses du jeune médecin amènent une bonne dose d'humour dans la série. Un humour noir que ne reniera pas le monde médical d'ailleurs. On citera par exemple l'hilarante scène d'arrachage de dents ou l'interminable scène d'amputation. Ne reculant devant aucun détail (Ayez le cœur et l'estomac bien accrochés), A Young Doctor's Notebook surpasse la dimension horrible de ces deux séquences pour montrer à la fois toute l'ironie de la situation et les conséquences terribles pour ces patients. "Pourquoi ne veut-elle pas mourir ?", s'exclame le jeune Vladimir épuisé alors qu'il tente désespérément d'amputer la jambe d'une fillette... à la scie... A Young Doctor's Notebook ose l'humour noir, et surtout, il ose aller jusqu'au bout de sa démarche. Devant les difficultés, le jeune docteur perd pied, devient amer et cynique. Et pire encore. Le genre de sentiment d'impuissance que chaque médecin connaît un jour ou l'autre, multiplié par mille.

    Revenons également sur l'autre grosse trouvaille du show. Sans expliquer pourquoi, la série fait dialoguer les deux versions de Vladimir, à savoir le jeune et le plus expérimenté qui se remémore justement ses souvenirs après avoir retrouvé son vieux journal. Questionné par les militaires russes, pour des raisons évidentes puisqu'il est morphinomane, il redécouvre son passé en même temps que le spectateur. Mais, chose inattendue, le jeune Vladimir arrive à voir le vieux Vladimir et à discuter avec lui. Hallucinations ? Voyage temporel ? Peut-être un peu des deux. Cette pirouette fantastique donne de fabuleuses confrontations entre deux immenses acteurs. A Young Doctor's Notebook n'est pas qu'une série au scénario intelligent et au ton unique, c'est également la rencontre au sommet de deux excellents comédiens. On aurait d'ailleurs pu croire que le jeune Radcliffe se ferait totalement eclipsé par John Hamm, mais il n'en est rien. Malgré la prestation parfaite de celui-ci, c'est Radcliffe qui emporte l'adhésion, composant à merveille ce rôle de jeune médecin désespéré et au bord du gouffre. Une prestation du tonnerre, tout simplement. Bien sûr, on émettra quelques réserves sur l'emploi d'un casting purement britannique pour jouer des russes. La chose n'est peut-être pas crédible, mais elle permet de jouir de deux excellents interprètes, sans compter les seconds rôles. 

    Reste le sujet central du récit, l'addiction à la morphine de Vladimir, qui prend de l'ampleur au fur et à mesure des épisodes. Bien amenée, et même si elle a tendance à atténuer le versant purement médical de la série, elle permet de donner une ampleur dramatique bienvenue à la saison. Elle donne aussi l'occasion au personnage de Radcliffe de s'étoffer, d'acquérir une certaine profondeur et de le confronter à un adversaire plus formidable encore que son exercice quotidien. Même s'il reste pas mal de zones d'ombres à la fin de cette première saison, inutile de dire que c'est pour mieux les exploiter dans la suivante, que l'on espère, franchement, aussi réussie que celle-ci. 

    Délicieuse mini-série aussi drôle que noire, A Young Doctor's Notebook bénéficie d'une réalisation soignée, de deux acteurs formidables et d'un récit prenant qui n'hésite pas à s'affranchir des contraintes réalistes pour enrichir son propos. A consommer sans modération !

     

    Note : 8/10

    Meilleur épisode : Episode 2

     

     

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  • [Critique] Primer
    Grand Prix du jury Sundance 2004

     

    Dans la (très) longue liste des films de science-fiction prenant pour sujet le voyage dans le temps, Primer fait office d'OFNI. Présenté à Sundance en 2004, le premier long-métrage de l'inconnu Shane Carruth se taille une solide réputation. Il reçoit même le grand prix du jury à cette occasion. Avec quelques sept mille dollars (soit un budget quasi-inexistant), Shane Carruth doit assumer tous les rôles : réalisateur, scénariste, compositeur, monteur, chef décorateur...jusqu'à être l'acteur principal. Seuls deux acteurs principaux à l'écran - et quelques protagonistes très secondaires - pour assurer durant une heure et quinze minutes. Malgré tout cela (ou peut-être grâce à cela justement), Primer constitue un des films de Hard Science-fiction les plus audacieux et les plus troublants de ces dix dernières années. Entièrement basé sur un scénario passionnant mais diablement retors, le métrage s'avère aussi difficile qu'épatant. 

    Comment construire un film avec sept mille malheureux dollars, surtout de nos jours ? Avec du talent et de l'intelligence, deux qualités dont Carruth ne manque pas. Deux personnages également, Abe et Aaron, jeunes scientifiques ambitieux travaillant dans leur garage (comme un certain Steve Jobs en son temps) pour révolutionner le monde. Leur objectif ? Arriver à diminuer le poids des objets en les faisant passer dans un engin de leur cru. Si au bout de quelques temps la chose semble fonctionner, elle s'avère décevante. Jusqu'au jour ou Abe découvre une étrange moisissure sur leur objet-test. Une moisissure qui met des années à se développer normalement. Sauf qu'elle n'a jamais passé même un seul mois enfermer dans l'engin. Sans le savoir, et comme de nombreux scientifiques avant eux, Abe et Aaron viennent de découvrir un moyen de voyager dans le temps. Et si ça marchait vraiment ?

    Primer diffère grandement des films traditionnels consacrés aux voyages dans le temps. A la fois à cause d'un budget anémique n'autorisant qu'une marge de manœuvre réduite, mais également grâce à un postulat tout simple : les deux personnages principaux sont des scientifiques, ils se comprennent et il ne vont pas vous expliquer les choses comme dans un Retour vers le Futur. De ce principe découle deux conséquences logiques. La première est forcément négative, puisque Primer devient rapidement un film complexe, voir extrêmement complexe, d'autant plus que Shane Carruth ne prend pas son spectateur par la main et lui laisse le soin de tout analyser lui-même.Ce talon d'Achille, en fait le seul défaut de taille du métrage, va en rebuter plus d'un. Il faut même avouer que la fin du film devient quasiment totalement obscure si l'on a pas été attentif au moindre petit détail. Pour apprécier entièrement Primer, il faudrait presque le voir deux fois d'affilée.

    Seulement voilà, l'autre conséquence, c'est que Primer impressionne par son sérieux et son scénario d'une grande intelligence. Carruth apparaît aussi remarquable pour réaliser un film d'une heure et quart avec trois bouts de ficelles que pour pondre un récit passionnant et regorgeant de surprises. Le long-métrage se réclame de la hard-SF, et l'on comprend pourquoi. On peut immédiatement saluer l'engin et son principe de voyage dans le temps, le principe en question étant tellement ingénieux et bien plus crédible que tout ce qui a été fait jusqu'ici. Dans Primer, il n'y a pas de voyage vers le futur, mais au contraire, dans le passé, seule dimension connue en réalité. Un principe limitatif ? Pas du tout. Si dans un premier temps nos deux héros utilisent la machine pour grappiller l'argent nécessaire afin de poursuivre leurs travaux, la futilité humaine d'Aaron va rapidement brouiller les cartes et venir tout remettre en question. 

    Carruth prend un soin immense à traiter son sujet le plus rigoureusement possible. Pour éviter les changements, les héros s'isolent de tout pour ne pas influencer le futur par exemple. Mais au-delà de la simple question du voyage dans le temps, ce sont les détours du scénario et ce qui en ressort qui paraissent à la fois géniaux et terriblement difficiles. Chaque dialogue, chaque mot, même une simple remarque à propos d'un rat dans le grenier, devient crucial. Accrochez votre ceinture, Carruth ne va pas vous épargner. On ressort avec une certaine incompréhension du final mais aussi une furieuse envie de comprendre. Lorsque l'on commence à appréhender l'intrigue à tiroirs (ou à boucles plutôt), Primer prend des allures de grand film. 

    Pourtant, aussi étonnant que cela semble, il y a autre chose qu'un scénario impressionnant dans Primer. A commencer par une réalisation minimaliste mais géniale, reniant à peu près tous les artifices usuels pour se consacrer sur une sorte de rendu documentaire inquiétant des plus fascinants. Carruth jongle tout autant avec son budget ridicule qu'avec son talent de metteur en scène. De même, il s’avère également être un excellent acteur, volant la vedette à un David Sullivan qui ne démérite pourtant jamais. Enfin, l'utilisation de la voix-off qui semble si souvent inutile ailleurs, prend ici tout son sens. Ajoutez-y une bande-originale minimaliste mais exactement dans le ton inquiétant du film et vous obtenez un tour de force, un vrai.


    Primer se révèle aussi épatant que difficile. Réalisé avec rien (ou quasiment), porté par deux acteurs excellents et un scénario en béton armé, le premier long-métrage de Shane Carruth a quelque chose d'obsédant. De quoi se précipiter sur le second film de l'américain : Upstream Color.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Abe expliquant à Aaron sa découverte

    Meilleure réplique : "What happens if it actually works ?"

     

     

     

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  • [Critique] Loin de la foule déchaînée

     


    Trois ans après avoir créer l’événement à Cannes avec La Chasse, le danois Thomas Vinterberg revient sur le devant de scène avec un nouveau long-métrage adapté de Thomas Hardy : Loin de la foule déchaînée. Délaissant l'époque moderne pour l'ère victorienne, le réalisateur recrute un casting 5 étoiles composé de Carey Mulligan, Matthias Schoenaerts ou encore Michael Sheen. Bien plus sage et posé que son précédent film, le métrage met à l'honneur une certaine conception du féminisme et se propose d'axer son récit sur une romance à tiroirs. En près de deux heures, Vinterberg nous invite à découvrir la vie pastorale anglaise ainsi que le déchaînement des passions amoureuses, le tout en costumes et avec le plus grand sérieux. Peut-il réitérer le coup de maître de La Chasse ?

    Le verdict s'avère en fait assez complexe. Vinterberg nous entraîne dans l'existence mouvementée de Bathsheda Everdene, une simple fermière héritant de tout un domaine agricole suite au décès de son oncle. Belle comme le jour, elle attire nombre de prétendants dans son sillage, à commencer par l'infortuné Gabriel Oak qui devient berger au domaine d'Everdene. Alors que la jeune femme s'installe péniblement dans ses nouvelles fonctions, elle repousse également les avances d'un riche veuf, William Boldwood. Têtue et farouchement indépendante, Bathsheda va pourtant voir sa vie bouleversée par l'arrivée d'un certain soldat de sa majesté : le sergent Troy. Dès lors, tout est en place pour une grande tragédie Shakespearienne où les cœurs se brisent aussi facilement que les corps.

    Fresque romantique par excellence, Loin de la foule déchaîné semble partir à l'opposé de La Chasse. Pourtant, à y regarder de plus près, Vinterberg met encore une fois en scène un personnage en proie à toutes les peines du monde. Bathsheda Everdene incarne un féminisme avant l'heure, une femme forte ne reculant devant aucun regard ou aucune remarque. Inimaginable pour l'époque, elle repousse également ses prétendants successifs. Il n'empêche que le personnage devient rapidement antipathique à force de jouer avec les sentiments des uns et des autres (notamment ceux de Gabriel Oak). Carey Mulligan se révèle brillante de bout en bout, livrant une interprétation impeccable de l'effrontée Batheshda, mais il faut avouer qu'on a du mal à faire la part des choses entre le dégoût que peut inspirer le comportement de son personnage par moment et la volonté de Vinterberg d'ériger son héroïne en figure solitaire et rebelle. Heureusement (ou pas d'ailleurs), il reste toujours le personnage du sergent Troy, infiniment écœurant, qui va vite faire oublier ce dilemme.

    Au-delà de ces préoccupations purement empathiques, Loin de la foule déchaînée ne vient jamais démentir la talent de mise en scène du danois. L'ambiance comme les plans s'avèrent impressionnants, croquant l’Angleterre victorienne avec un grand raffinement. Même si l'on est loin du génie des Hauts de Hurlevent d'Andrea Arnold, le long-métrage est un ravissement pour les yeux. Le principal bémol qui vient freiner cet enthousiasme, c'est le côté longuet de l'histoire et cette répétition lassante du triangle amoureux, vu mille fois ailleurs et resservi sans trop d'originalités ici. L'autre grand personnage du film, c'est bien évidemment Gabriel Oak, interprété par l'omniprésent Matthias Schoenaerts. Celui-ci compose une figure digne et morale, bouillonnant de désirs contenus. A l'arrivée, c'est bien l'alchimie étrange entre Oak et Everdene qui porte le film sur ses épaules. Le reste s'avère parfois bien ennuyeux, tant les péripéties autour de ce couple tragique traînent en longueur.

    On peut tout de même saluer le risque pris par Thomas Vinterberg en adaptant le roman de Thomas Hardy. Toute la démesure sentimentale et le déchaînement des passions du récit sont parfaitement retranscrit à l'écran. Le message féministe ainsi que la vision nouvelle de la femme, à une époque où le monde est entièrement dominé par les hommes, fait du bien. D'autant plus qu'il laisse la place aux erreurs, n'érigeant pas la femme moderne en être humain infaillible. Comme dit plus haut, le personnage de Bethsheda s'avère souvent hautement énervant, mais reste finalement assez fidèle aux tumultueux revirements sentimentaux que l'on peut voir dans la réalité. Malgré toutes ces qualités cependant, Loin de la foule déchaînée s'avère bien moins convainquant que son illustre aîné.

    Rongé par le classicisme de son récit et par de multiples longueurs, Loin de la foule déchaîné déçoit. Une déception toute relative cependant puisque Thomas Vinterberg ne perd rien de son talent de mise en scène, il accouche simplement d'une histoire trop longue et parfois bien fade par rapport à l'ardeur des sentiments exposés à l'écran.
    A réserver aux amateurs.

    Note : 7/10

    Meilleure scène : Le tir au fusil de chasse de Boldwood

     

     

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  • [Critique] Tomorrowland - A la poursuite de demain

    Bien plus connu pour ses films d'animation, l'américain Brad Bird fut longtemps un des piliers des studios Pixar, avant de passer au métrage-live. Ratatouille, Les Indestructibles, ainsi que son excellent court-métrage Baby-sitting Jack-Jack ont fait de Bird un des hommes forts de l'animation américaine, mais aussi une figure incontournable à Hollywood. C'est ainsi qu'il décroche le poste de réalisateur du quatrième volet de Mission Impossible, avant de pouvoir diriger son propre projet de science-fiction : Tomorrowland (traduit A la poursuite de demain en France, pour des raisons qui échappent au commun des mortels). En soi, le film est un événement puisqu'il ne s'agit ni d'une suite, ni d'un reboot, ni d'un remake, mais bien d'un projet original (inspiré cependant il est vrai par une des célèbres sections du parc Disneyland). Qui plus est, Brad Bird mise tout sur un film de science-fiction pure et dure, chose qui pourrait forcément rebuter certains esprits chagrins. Avec son budget confortable, Tomorrowland se paye de luxe d'engager deux stars, à savoir Hugh Laurie et George Clooney. Seulement voilà, le dernier bébé de Brad Bird semble ne rencontrer qu'un succès très mitigé... Quasi-échec au box-office américain, Tomorrowland n'est pas non plus la consécration critique à laquelle on aurait pu logiquement s'attendre de la part du cinéaste oscarisé. Quelles sont les raisons de ce désamour ?

    Le jeune et curieux Frank Walker s'aventure à la Foire Internationale de New-York dans les années 60 pour révolutionner le monde, rien que ça ! Malheureusement, son jet-pack semble encore bien perfectible. Par un heureux concours de circonstances (et l'aide d'une petite fille bien mystérieuse), Frank va découvrir un autre monde : celui de Tomorrowland, où les plus grands génies tentent d'innover et de créer un monde meilleur. Près de cinquante ans plus tard, Casey, une adolescente qui rêve des étoiles depuis sa plus tendre enfance, se retrouve en possession d'un pin's au pouvoir extraordinaire. A peine l'effleure-t-elle qu'elle se retrouve projetée dans des champs de blé ondulant sous la brise d'un monde futuriste fabuleux. Bien déterminée à découvrir où se trouve cet univers bourré de promesses, elle s'embarque dans un voyage qui lui réserve non seulement son lot de surprises, mais aussi de pièges mortels qui pourraient lui coûter très cher. Pour sauver l'humanité du désastre, elle va devoir retrouver le brillant Frank Walker... qui a bien vieilli.

     Tomorowland n'a pas la tâche facile. En effet, le film doit se bâtir son propre univers et tenter de trouver un ton bien à lui, une chose qui est, avouons-le, extrêmement difficile à l'heure actuelle. Brad Bird s'en sort pourtant plutôt bien (et malgré ce que tentent de faire croire bon nombre de critiques). Même s'il prend place dans le monde moderne pour la quasi-totalité de sa durée (exceptée la présentation de Frank enfant qui se déroule dans les années 60), le long-métrage injecte suffisamment de bonnes idées à son récit pour se constituer une personnalité propre. Brad Bird a beaucoup d'idées et cela sur plusieurs plans : des armes rétros au magasin old school, en passant par l'excellent passage de la maison piégée. Le réalisateur se prend pourtant les pieds dans le tapis pour d'autres raisons. D'abord parce qu'il gère mal le rythme de son récit. Le début de l'histoire traîne cruellement en longueur et l'on passe par de longs passages à vide, avant de retomber sur de vrais beaux moments. Ensuite, il faut avouer que son personnage principal, Casey, s'avère passablement raté. Il ne s'agit pas tant du jeu vraiment très correct de la jeune Britt Robertson que du nombre de clichés accumulés par l'héroïne qu'elle incarne. Entre autres, on tiquera surtout à propos de l'archétype de l'élue, vu et revu dans des dizaines de films et tellement usé jusqu'à la corde qu'il ne fait qu’ennuyer poliment le spectateur. Le long-métrage perd donc l'un de ses principaux atouts, celui du bénéfice d'un rôle-titre accrocheur.

    Un des autres très gros défauts de Tomorrowland, c'est de s’enfoncer dans une niaiserie toute "Disneyenne" en fin de métrage. Bird adresse peut-être son film à des enfants/adolescents mais tout de même, son message final aussi simpliste qu'utopique arrive comme une conclusion bien faiblarde pour un homme capable de bien mieux (Ratatouille, pour ne citer que lui). De même, il est regrettable qu'après avoir passé beaucoup de temps à tisser un univers crédible et envoûtant, Bird se limite à un bête twist final sur l'identité du grand méchant. C'est d'autant plus ennuyeux qu'on avait senti la chose arriver à des kilomètres. En imbriquant ces nombreuses raisons, on comprend évidemment que Tomorrowland ait déçu l'ensemble de la critique et convainque tièdement le public. Mais (car il y a un mais) Tomorrowland n'est pas un échec complet, c'est plutôt une semi-déception. Brad Bird, comme on l'a dit plus haut, parvient au final très bien à nous entraîner dans un monde entre rétro-futurisme et science-fiction moderne. Sa vision de Tomorrowland laisse d'ailleurs admiratif dès le premier vol de Frank au cœur de la cité. Tout du long, l'américain n'aura de cesse de jongler entre deux registres : l'avenir et la nostalgie. A peine est-on passé de l'ébahissement provoqué par la vision de Casey que l'on retrouve un magasin de vieilleries des années 80, au cours d'une scène qui a tout de l'hommage d'un amoureux des années Stars Wars. Le reste sera d'ailleurs à l'avenant, en enchaînant quelques séquences véritablement géniales (la maison piégée, la lancement de la Tour Eiffel) tout en rendant de multiples clins d’œil à l'oeuvre d'un certain Jules Vernes.


    C'est là tout le paradoxe de ce film bancal. Tomorrowland se plante à de nombreuses reprises, s'avère trop lent... mais il déborde de bonnes intentions. La mise en scène par exemple (l'effet des tachyons)... ou les personnages de Frank et Athena. Ces deux-là constituent en réalité le vrai cœur du film, beaux du début à la fin, carrément bien trouvés et surtout donnant à Clooney autre chose à jouer que ce dont il a l'habitude. Celui-ci livre une prestation presque aussi excellente que la toute jeune Raffey Cassidy, tout simplement délicieuse en robot sensible. C'est arrivé à cette étape qu'il faut d'ailleurs revenir sur l'aspect niais du long-métrage. Certes la conclusion donne dans l'utopie la plus niaise, pourtant Tomorrowland délivre un message véritablement génial. Dans cette époque de films noirs, post-apocalyptiques, désespérés (et désespérants), Bird se risque à pousser un cri d'indignation. Pourquoi tant de pessimisme ? Parce que tout va mal dans le monde bien évidemment. Mais si, au lieu de nous apitoyer sur notre sort et de considérer que le futur sera forcément horrible, pourquoi ne pas nous battre ? Brad Bird se demande au fond comment nous en sommes arrivés à cette véritable pulsion de mort, tant sur le plan humain qu'artistique. On aurait presque l'impression qu'à notre époque, la fin du monde est devenue cool. Prenant à contre-pied les standards actuels, Brad Bird tente de réenchanter la science-fiction et le cinéma en général. La tentative peut certes paraître maladroite, mais elle dégage une telle volonté, une telle envie que Tomorrowland en devient sympathique. Perdu dans un raz-de-marée de films pessimistes, le long-métrage de Bird devient un hymne à la vie et surtout aux rêves. Comme si nous avions perdu en cours de route notre capacité à rêver. Même si la conclusion semble engluée dans de bons sentiments à la Disney, Tomorrowland se veut avant tout un vibrant cri d'amour à une époque où l'espace et demain étaient encore de belles choses pour les enfants... et les plus grands. Rien que pour cette audace, le film vaut le coup d’œil.

    On attendait bien mieux de Brad Bird. Trop long, trop niais parfois et surtout handicapé par une héroïne banale à souhait, Tomorrowland déçoit, c'est certain. Pourtant, il se trouve dans ce film une audace idéologique forte, tellement forte, qu'elle finit par rejaillir sur tout le reste, à commencer par ses personnages et son ambiance finalement très agréable. Une semi-déception donc, ou une demie-réussite, qui permet tout de même de réenchanter une certaine conception de l'avenir au cinéma.

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : La découverte de Tomorrowland par Casey

     

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  • [Critique] La tête haute
    Festival de Cannes 2015 - Hors Compétition

     

    Pour l'ouverture du Festival de Cannes 2015, c'est le film La tête haute qui vient donner le coup d'envoi de cette grande messe du cinéma français (et mondial). Réalisé par Emmanuelle Bercot, le long-métrage joue dans la catégorie film social, un type de film particulièrement apprécié sur la Croisette (on se souvient encore de la palme contestable de Sean Penn, Entre les Murs.). De même, comme tout bon festival de Cannes, la polémique n'est pas loin. La faute à l'une des actrices principales, Catherine Deneuve, qui s'est lâchée sur Dunkerque, la ville où prend place l'action de La tête haute. C'est aussi l'occasion de faire la connaissance du jeune Rob Paradot, la tête d'affiche du film, qui écope d'un rôle pour le moins épineux. Malgré le fait que le métrage soit présenté Hors Compétition, il est la première occasion pour le cinéphile français de prendre la température cannoise. Que nous réserve Emmanuelle Bercot ?

    Du lourd, assurément. Au moins par le sujet, puisque La tête haute prend le pari de raconter le parcours de Malony, un gosse entêté, violent et déshérité, dont le parcours familial est au moins aussi difficile que les rapports qu'il entretient avec l'autorité. Retiré de la garde de sa mère Séverine à l'âge de six ans, l'enfant va passer par le foyer d’accueil avant d'enchaîner les petits faits de délinquance dont, notamment, le vol de voiture. Pour le sortir de cette spirale d'autodestruction, la juge pour enfants va tout tenter, bien aidée en cela par l'éducateur spécialisé, Yann. Malgré tous ces efforts, Malony reste hermétique à toute forme d'autorité et se retrouve exilé dans un centre pour jeunes en plein milieu de la campagne. Ce qui est clair, c'est que La tête haute fait partie des films qui en veulent. Son principal souci restant pourtant que Bercot n'a pas la carrure pour un tel projet, surtout étiré sur près de deux heures. 

    Le long-métrage n'est par ailleurs pas aidé par la comparaison (absurde) avec le superbe Mommy de Xavier Dolan. En vérité, La tête haute plonge dans une réalité sociale (et économique, le choix du Nord pour filmer n'étant pas anodin) complexe où les individus se retrouvent broyés. Bercot tente avec la meilleure volonté du monde de dépeindre la vie brisée d'un jeune gamin, Malony, en explorant les origines du mal, à savoir l'éducation parentale. Celle-ci est inexistante (pour ne pas dire nocive) avec la détestable bêtise de Séverine, archétype de la mère démissionnaire et débile qui colle franchement très bien à la réalité. Sara Forestier, bien enlaidie pour l'occasion, joue d'ailleurs merveilleusement ce rôle pour le moins ingrat. Bercot passe un certain temps à démontrer que ce qui a amené Malony là où il en est résulte de l'influence néfaste de sa mère et, plus simplement, du fait qu'elle n'aurait jamais dû avoir d'enfants. Jamais. Le long-métrage va suivre les déboires de Malony, et les multiples perches tendues par la juge et son éducateur pour le sauver. Malheureusement, au bout d'un moment, la partie s'avère perdue d'avance, une chose que la cinéaste capte remarquablement bien... jusqu'à un certain point.

    Il semble en effet qu'à un instant précis, une morale bien-pensante reprenne le dessus dans le film de Bercot. Dès lors, elle tente de se conformer aux prescriptions d'une société aseptisée (interdiction de lever la main sur Malony, comme si le fait qu'il n'avait jamais connu de limites n'était pas responsable pour moitié de sa lente descente aux enfers), avant de tourner son sujet à l'envers pour retomber dans une morale tout à fait détestable. Celle-ci se conjugue avec une énorme tare du film, le fait que La tête haute traîne en longueur et oublie passablement qu'il doit finir un jour. Dix minutes avant de se terminer, Bercot se rend compte qu'elle doit trouver une conclusion. Le problème, c'est qu'elle ne sait absolument pas comment faire, après avoir été d'un didactisme écrasant (un des autres gros soucis du film qui semble constamment nous dire ce qu'il faut ressentir). Ainsi, La tête haute se boucle de façon totalement étrange, sorte de happy-ending juxtaposé à une morale gentillette voyant le délinquant incapable de vivre en société soudain trouver la rédemption... en faisant un môme. A 17 ans. Bien évidemment. Niant ainsi toute la brillante construction sur la responsabilité parentale bâtie jusque là. 

    Une chose d'autant plus dommage que le réalisme cru du film jouait largement en sa faveur, porté en cela par un casting irréprochable. De Catherine Deneuve à Sara Forestier, en passant par l'excellentissime Benoît Magimel (malheureusement trop peu développé), c'est une équipe de choc qui incarne à l'écran la misère et le combat perpétuel pour sauver les ados en détresse. L'adolescent en question, Malony, est incarné par Rob Paradot, dont c'est ici le premier rôle. Malgré toute la pression d'un tel titre, il s'en sort plus que brillamment, véritable révélation du film, cela malgré le personnage ingrat qu'il incarne. Car il faut bien avouer qu'il est difficile d'éprouver beaucoup d'empathie pour Malony, passé un certain seuil, tant le garçon s'avère perdu, broyé par ses pulsions et son passé irrattrapable. Le plus désolant dans La tête haute, c'est que Bercot n'a jamais les moyens de ses ambitions. Elle n'a pas vraiment une réalisation marquante, sacrifie son discours sur l'autel de la bien-pensance, gère de façon calamiteuse le rythme de son récit... et ce en dépit de tous les efforts de ses acteurs pourtant formidables. Le métrage aurait mérité de larges coupes taillant dans le gras de ces deux heures finalement bien longues pour le spectateur, répétant ad nauseam que Malony ne fait que des conneries. Rien à voir avec la maestria d'un Dolan, ni dans le thème, ni dans la mise en scène.

    Cruelle déception, La tête haute n'en garde pas moins un certain nombre de qualités qui font que l'on suit les deux heures sans trop de mal. Grâce à un casting épatant, Rob Paradot en tête, La tête haute touchera certainement beaucoup une catégorie de spectateurs prêts à lui pardonner ses errances et, surtout, sa fin bâclée.
    Emmanuelle Bercot n'a simplement pas su gérer son sujet en or. Dommage.

    Note : 6/10

    Meilleure réplique : "Tu veux faire un gosse avec un mec de 17 ans que t'as vu trois fois dans ta vie ?"

    Meilleure scène : Malony et Yann au restaurant 

     

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  • [Critique] Mad Max 3 : Au-delà du dôme du Tonerre


    Fort d'un succès planétaire avec Mad Max 2, George Miller se paye le luxe de réaliser un segment de la Quatrième Dimension avec des ténors tels que Spielberg, Landis ou Dante. Après ce crochet fantastique, l'australien revient à ses premiers amours avec sa saga culte. Pour son troisième tour de piste, Miller retrouve Mel Gibson juste avant que celui-ci ne tourne le mythique film d'action L'arme Fatale. Si Mad Max 2 laissait notre anti-héros dans la poussière du désert australien, Mad Max 3 ne l'en sort pas pour autant. Sous-titré Au-delà du Dôme du Tonerre, l'épisode finale de la trilogie reprend les fondamentaux d'une série de science-fiction post-apocalyptique pur jus à l'ambiance désormais mythique. Seulement voilà, George Miller décide de tenter tout autre chose et va surprendre tous les fans de la première heure. Volet mal aimé (et c'est peu de le dire) de la saga culte, Mad Max 3 se trompe totalement de voie en détrusiant la vision sombre et grandiloquente de son auteur. Retour sur un naufrage artistique.

    Dans ses 30 premières minutes, Mad Max 3 arrive à faire illusion. Le fan retombe en terrain connu dans un monde à la dérive à l'esthétique inimitable où la technologie se raccommode de bric et de broc, où les crêtes punks et les tenues de cuirs sont devenues la norme. On retrouve un Mel Gibson aux cheveux longs, taciturne et charismatique, dangereux mais étrangement sympathique à la fois. Miller continue d'étendre son univers en délaissant la station de pompage encerclée pour une ville aux allures de marché géant où se rassemble les bizarreries désormais familières de l'univers Mad Max. L'australien en profite pour introduire une seconde ressource indispensable en catimini avec l'eau. Alors que l'on pense qu'il va capitaliser là-dessus, il nous parle rapidement d'une source d'énergie alternative et barrée comme seul l'univers de la franchise pouvait le concevoir. A ce moment précis, Miller joue à nouveau sur la corde raide menaçant de basculer dans le ridicule à tout moment. Un ridicule qui est franchi une première fois lors de l'apparition d'Aunty Entity, en fait la grande méchante de l'histoire, interprétée par nulle autre que...Tina Turner. Idée aussi improbable qu'absurde, son personnage est également introduit par une séquence simplement débile sur fond de saxophone. Turner n'a ni la carrure ni le talent pour le rôle, fait pâle figure après le délirant Lord Humungus ou le terrible Toecutter. Comble de l'horreur, la chanteuse surjoue outrageusement son rôle. Ce premier accroc n'est que le premier d'une longue liste.

    Si Mad Max 3 renoue avec la classe et l'ambiance unique des précédents volets dans sa première partie au cœur de BarterTown, il s'achève après l'excellent combat dans le fameux Dôme du Tonnerre. Encore une fois, Miller dispose d'idées de mise en scène originales (les élastiques ajoutent une nouvelle dimension aérienne au duel) mais il se flingue avec le final lorsque Blaster se dévoile. A partir de ce moment précis, c'est véritablement le drame. Outre une Tina Turner insupportable passant son temps à s’égosiller, Miller tombe dans une niaiserie incongrue. Quelques instants plus tard, le spectateur semble quitter l'univers Mad Max pour celui de...Hook. Mad Max se transforme un conte où des enfants perdus symbolisent le retour à l'innocence et le futur de l'humanité. Miller tente d'introduire l'espoir dans son univers mais il se plante magistralement dans sa rupture de ton et la façon de le faire. Il devient rapidement difficile de croire que l'on est dans le même film tant ce qui était un univers de violence se métamorphose en une resucée d'aventures bonnes enfants où l'humour gentillet domine et où Max se fait papa de substitution. On nage en plein délire. Et pas le bon.

    Tout le reste du film adopte le même ton enfantin. Miller essaye de réenchanter un univers qui ne se prête absolument pas à ça. Il nous mixe les Ewoks avec les aventures d'Indiana Jones et le Temple Maudit, montre Max comme le sauveur d'une génération perdue...Bref, on reste pantois devant ce déferlement de niaiseries sorties d'on ne sait trop où. A un moment, il semble que le réalisateur se souvienne que Mad Max reste le symbole de la mécanique et de la course-poursuite en nous gratifiant enfin d'une séquence de chasse à l'homme peu convaincante et tellement moins intense que celle du second volet. Il semble à un certain point que Miller ne sait plus comment mixer les deux versants de son long-métrage bâtard. D'un côté on se retrouve avec quelque chose d'aseptisé, familial et tendre, de l'autre une esthétique léchée et crade qui ne colle pas un seul instant avec le reste. Miller se prend les pieds dans le tapis et entraîne son film avec lui. Sa conclusion tente bien de renouer avec le mythe du Road Warrior du précédent opus mais va jusqu'à déifier Max, en totale contradiction avec l'aura du vengeur solitaire des précédents opus. Arrivé au générique et malgré la tentative de Miller d'élargir son monde à une sorte d'espoir inattendu, Mad Max 3 se révèle un échec majeur. Pire, une catastrophe. Le début sympathique ne suffit en rien à cacher l'immense gâchis qui vient après et tout le versant écologiste du long-métrage est noyé dans une guimauve de bons sentiments que l'on s'attendait à voir partout ailleurs sauf sans cet univers-là.

    Pour George Miller, Mad Max 3 représente un terrible naufrage. Malgré l'évident talent de mise en scène du réalisateur, tout capote lorsqu'il tente vainement de virer de bord après une demi-heure de film. La surprise est d'autant plus désagréable qu'il reste de bonnes choses dans Mad Max, notamment un Mel Gibson toujours aussi à l'aise et une esthétique dingue à faire pâlir d'envie bien d'autres metteurs en scènes. Après cet opus, Miller quitte la science-fiction pour longtemps, très longtemps. Il faudra près de 30 ans pour voir le retour de l'australien à la saga qui l'a propulsé sur le devant de la scène. 

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène : L'affrontement du Dôme du Tonnerre

    Meilleure réplique : Deux hommes entrent, un seul sort.

     

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  • [Critique] Mad Max 2 : Le défi

     

     

    Avec le carton inattendu de Max Max, Le cinéaste australien George Miller peut envisager un second volet avec de tous autres moyens. Ainsi, Max Max 2 bénéficie d'un budget dix fois plus important que le précédent. Pourtant, le film n'a pas aussi bien marché qu'attendu aux Etats-Unis, un marché primordial pour la nouvelle franchise. Difficile d'imaginer qu'un second opus déclenchera l'enthousiasme si le public américain n'a même pas vu le précédent volet. C'est pourquoi Miller décide non seulement de créer un film regardable indépendamment du premier mais aussi de renommer Max Max 2 aux USA en The Road Warrior. Ce pari osé se révèle rapidement gagnant et Mad Max 2 fait carton plein tout en se taillant la part du lion lors des Australian Film Institute Awards. Encore plus que pour Max Max premier du nom, c'est bien ce film qui va faire entrer Mel Gibson dans la légende tout en codifiant un univers post-apocalyptique tellement fort pour l'époque qu'il sera à l'origine d'une esthétique dites "A la Mad Max". Pour comprendre pourquoi des générations de cinéastes se sont retrouvés à s'inspirer de l'univers de Miller, il faut donc s'attarder sur ce second volet qui explose les limites que s'était imposé le premier Mad Max.

    A la fois pour permettre aux nouveaux venus de ne pas être totalement perdus mais aussi pour élargir la focale de son univers, George Miller introduit Mad Max 2 avec un petit film en noir et blanc aux allures d'images d'archives. Il nous raconte comment le monde a sombré après une guerre entre deux peuples (qu'on devine être l'URSS et les USA, époque oblige) puis a fini par sombrer dans l'anarchie avec le manque de pétrole. Il établit le lien avec son premier film en décrivant des contrées en proie aux pillards prêt à tout pour s'emparer d'un bidon d'essence et termine en présentant son héros, le fameux Max. Une fois les choses posées, Miller nous replonge immédiatement dans le cœur de l'histoire avec une course-poursuite typique de la saga. Furieuse et toujours aussi inspirée, elle permet aux anciens comme aux nouveaux de se retrouver dans l'univers de Miller. Celui-ci ne cherche pourtant pas à reproduire son premier film, au contraire. Il tente d'élargir considérablement son monde, hybridant blockbuster et film de genre. 

    Ainsi, Mad Max 2 n'adopte plus un rythme aussi lent que son prédécesseur mais s'évertue à chaque instant à bâtir une esthétique forte. Max devient plus qu'un simple fou, il devient une sorte de justicier solitaire, une légende, donnant une envergure mythologique au film de Miller. Il n'est pas sans rappeler le Snake de New York 1987 sorti la même année. Taciturne, ténébreux mais héroïque au final, Max bénéficie grandement de l'interprétation irréprochable du charismatique Mel Gibson qui compose un personnage fascinant. Pour alléger un peu l'aspect solitaire, Miller lui adjoint un compagnon, en la personne du Gyro Captain, sorte de personnage bâtard à mi-chemin entre le side-kick comique et le bras droit. On perçoit une volonté certaine de Miller de construire une galerie d'individus attachants et atypiques. Leur originalité ne résidant pas forcément dans leurs rôles respectifs, après tout beaucoup reste des archétypes (à l'exception notable de l'enfant sauvage, excellente trouvaille). Ce qui fait toute la saveur des protagonistes de Mad Max 2, c'est encore une fois leur esthétique. Miller va loin dans son délire et livre quelque chose d'inédit. Les méchants se baladent en arborant crêtes punks, combinaisons rafistolées et tenues Sado-maso, les hommes et femmes du campement ressemblent à une version désertique des rebelles de Star Wars et Max ne se dissocie plus une seconde de sa tenue de cuir iconique. Au milieu de ces joyeux lurons se retrouve l'amour de Miller pour les bolides qu'il personnalise encore davantage en les rapiéçant de toute part pour leur donner un aspect disparate et archaïque.

    Buggys, Gyrocopter (le véhicule le plus excellent du film d'ailleurs), camion blindé, toute la cohorte visuelle qui fera de Mad Max une source d'inspiration pour les générations futures est là. Miller nous montre un univers moderne retournant à l'âge de pierre, il hybride les deux modes de vies et accouche d'un monde visuellement génial toujours à la limite du ridicule le plus complet. Le vrai exploit restant que Miller n'y tombe jamais. Pourtant, le cinéaste met beaucoup d'humour dans son film, juste assez pour tirer des sourires à son public mais pas pour ridiculiser ses acteurs et son récit. Celui-ci prend le parti de continuer dans la voie western du premier opus en reprenant un très grand classique du genre : le fort assiégé. Mad Max 2 joue la carte d'un simili-Fort Alamo en s'appuyant sur un cadre désertique australien aussi magnifique qu'évocateur. Au milieu, Max devient un justicier encore plus redoutable que dans le premier volet, confectionné en niveaux de gris, qui ne pense qu'à lui et ne recherche plus la compagnie des autres. Cette sorte d'anti-héros fait mouche, préfigurant une grande partie des personnages amoraux que l'on rencontrera plus tard au cinéma. Les grandes valeurs telles que le courage et la défense des opprimés (l'enfant notamment) sont mises en avant également, permettant de donner au long-métrage un côté universel, expliquant par la même son succès public. Rajoutons à cela une séquence de course-poursuite hallucinante où l'intensité et la rage du réalisateur s'expriment pleinement avec des moyens à la hauteur cette fois, et l'on obtient un spectacle marquant à plus d'un titre.

    Si Mad Max 2 se termine sur une voix-off racontant la légende qu'il est devenu, c'est pour achever de donner un aura intemporelle à ce Road Warrior qui a décidément bien évolué depuis sa première apparition. Avec Mad Max 2, George Miller construit un film-univers à l'esthétique remarquable et à l'ambiance unique, il codifie sans le savoir les règles d'un univers post-apocalyptique déjanté et cruel qui inspirera des générations de cinéastes. Plus qu'un essai transformé, The Road Warrior est l'accomplissement d'une vision qui fera date, donnant au film une aura culte qu'il garde toujours à l'heure actuelle.
    Un classique en somme.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La course poursuite 

    Meilleure réplique : My life fades. The vision dims. All that remains are memories. I remember a time of chaos, ruined dreams, this wasted land. But most of all, I remember the road warrior, the man we called Max.

     

     

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